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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:17
Ci-dessous un extrait d'un article de Frédéric Lordon publié par le Monde Diplomatique

On se croyait en start-up nation. On se retrouve à Tchernobyl. Qu’en un instant tout le glamour de pacotille de la Station F et des écrans tactiles s’écroule pour faire revenir d’un coup des images d’URSS n’aura pas été le moindre des paradoxes de l’explosion Lubrizol. Il faut pourtant s’y rendre : des pompiers envoyés en toute méconnaissance de ce qui les attendait, avec pour tout équipement « spécial » de pauvres masques de bricolage pareils à ceux des manifestants, à piétiner des heures dans la sauce qui troue les bottes et leur promet des pieds comme des choux-fleurs — et tout ceci, parfaite ironie, alors que la série Chernobyl venait de remporter un succès de visionnage bien fait pour consolider la commisération réservée aux régimes soviétiques et le sentiment de supériorité capitaliste (au prix tout de même de devoir oublier que Tchernobyl était en sandwich entre Three Miles Island et Fukushima).

Mais plus encore que les bottes et les masques, il y a le mensonge, le mensonge énorme, le mensonge partout, sans doute le propre des institutions en général, mais la marque de fabrique de ce gouvernement qui, en tous domaines, l’aura porté à des sommets inouïs. Jusqu’au stade de la rodomontade obscène : si elle avait été rouennaise, nous assure Sibeth Ndiaye, « elle serait restée ». On croirait entendre un secrétaire régional du PCUS d’Ukraine juste avant de fourrer d’urgence sa famille dans un autocar — mais les images de CRS en masque à gaz pendant que le préfet assurait de la parfaite normalité de la situation avaient déjà tout dit.

Sibeth Ndiaye n’a pas eu à « rester » puisqu’elle n’était pas là. Mais il n’est pas trop tard pour un acte de bravoure rationnelle, et il est encore temps d’y aller ! On peut même l’aider : un « Pot commun » devrait rassembler sans difficulté de quoi lui offrir une semaine dans un Formule 1 des environs, avec vue sur le sinistre et cadeau de bienvenue, une bouteille de Château Lapompe, directement tirée au robinet, un peu grise sans doute mais assûrement goûteuse, en tout cas certifiée potable par toutes les autorités.

Mais tous les mensonges n’y pourront rien : l’événement synthétise toute une politique et en dresse l’incrimination. Car voilà ce qu’il en coûte aussi — entendre : au-delà des destructions sociales et humaines — de faire le choix de tout accorder à « l’entreprise ». Un article d’Actu Environnement, accablant à proportion de sa froide sobriété, détaille les silencieux démantèlements réglementaires qui ont conduit à l’accident, et dont on voit comme en transparence la philosophie à la graisse de phoque qui les a animés : agilité, libération des énergies, attractivité du territoire, simplification administrative, accueil des investisseurs, accueil de Warren, accueil des bidons, rangez ça là comme vous voulez. Quand, sous le présupposé que tout ce que fait « l’entreprise » est bon pour tous, on laisse « l’entreprise » faire ce qu’elle veut, alors, en effet, « l’entreprise »… fait ce qu’elle veut. Mais avec un mot gentil tout de même, pour le Vivre Ensemble, puisque la directrice de Lubrizol s’est dite « réellement embarrassée » — on ne fait pas plus concerné.

Nous apprenons donc l’existence de décrets, publiés en juin 2018, avec pour effet d’assouplir les critères de soumission à l’évaluation environnementale, et d’une loi Essoc d’août 2018 qui retire ces évaluations à l’autorité environnementale indépendante pour la remettre au préfet. Nous apprenons aussi qu’« Essoc » veut dire « État au service d’une société de confiance ». Sans doute faut-il habiter suffisamment loin de Rouen pour regagner la possibilité d’en rire.

 

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Albert Goodwin. — « Apocalypse », 1903.

Comme à la balançoire, l’abaissement des normes d’un côté est fait pour remonter de l’autre dans les classements internationaux « d’attractivité » du type Doing business (Banque mondiale). Alors tout devient permis: on décide qu’une partie de ce qui était classé « Seveso » redevient « Belle des champs », et que l’autre ne mérite pas qu’on en fasse une marmite. Ces tolérances-là tombent rarement dans l’oreille d’un sourd. Lubrizol connaissait la musique. Le détail des augmentations de capacité obtenues en douce (avec la bénédiction du préfet) pour entasser de nouvelles saletés est vertigineux. Et comme rien ne doit être fait pour froisser « l’entreprise », qui s’y entend pour menacer tous les quatre matins de partir sous d’autres cieux si on la contrarie, on regarde d’un œil bienveillant les manquements répétés, et le cas échéant on donne une gentille tape sur les doigts — 4000 euros d’amende pour le dernier, on imagine le tonnerre de rire à Omaha, siège de Berkshire Hathaway.

 

La prise d’otages dans la société présente n’est pas celle qu’on croit – celle dont les médias jouissent si fort de se faire une obsession : la grève (des cheminots, des éboueurs, de qui on veut, tous des preneurs d’otages de toute façon). La vraie prise d’otages, c’est celle du capital, celle qui dit « ce sera l’emploi avec les bidons, ou rien du tout » – et qui, pour finir, empile les bidons mais détruit les emplois !

Quand le macronisme accorde tout à « l’entreprise » au motif qu’« elle crée l’emploi », il ajoute  au contresens économique une licence sans frais : un droit élargi à « ce qu’on veut », piétiner les salariés (France Télécom, Free, Lidl, La Poste), piétiner l’environnement, piétiner la morale, piétiner la société. Et voilà peut-être le sens général du marcionisme  tel qu’il se trouve fatalement incriminé par l’événement Lubrizol : l’autorisation générale – pour le capital. Doublé, très logiquement, par la répression générale – pour tous ceux qui ne l’entendent pas ainsi.

De la même manière que les grotesques incantations du « Vivre ensemble » sont le plus sûr indicateur d’une société où l’oligarchie fait sécession, le mâchonnage de la « responsabilité de l’entreprise » est celui d’un capital à qui tous les degrés de l’irresponsabilité ont été ouverts. Il n’y a que les amateurs de bondieuseries sécularisées pour croire que la vertu sauvera le monde, c’est-à-dire auto-régulera les salaires patronaux, auto-disciplinera la finance, et auto-nettoiera les petites salissures de l’industrie. Sauf imbécillité complète caparaçonnée d’idéologie, nul ne peut croire que ceux à qui on donne toutes les autorisations n’iront pas au bout de toutes les autorisations. D’ailleurs ils y vont.

Nous savons donc maintenant de connaissance certaine que le capitalisme, assisté de tous ses fondés de pouvoir gouvernementaux, détruira jusqu’au dernier mètre carré de forêt, assèchera jusqu’à la dernière goutte de pétrole, polluera jusqu’au dernier étang, et suicidera jusqu’au dernier salarié suicidable (il faudra bien en garder quelques-uns) pour extraire le profit jusqu’au dernier euro. Il s’agirait maintenant de faire quelque chose de ce savoir.

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15 octobre 2019 2 15 /10 /octobre /2019 05:15

Sheffield. Des étudiants anglais de couleur, syndiqués, interdisent à des étudiants blancs l'accès à des réunions visant à combattre le racisme. Coluche, depuis son nuage, a demandé : “ quid des étudiants gris clair ? ” 

 

Lorsque j'ai publié mon premier livre il y a 48 ans, dont la moitié était consacrée aux minorités de couleur, jamais je n'aurais imaginé de telles dérives qui vont mener la société britannique à sa perte avant qu'elle ait le temps de faire ouf. 

 

 

Contactée, la direction nationale du syndicat étudiant (NUS), est restée mutique.

 

 

Combattre le racisme par du racisme
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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 05:53
 

Le 26 septembre, un incendie s’est déclaré dans l’usine Lubrizol, classée Seveso, (risque d’accident majeur). Un nuage de produits chimiques se forme rapidement au-dessus de Rouen et de la région, la pluie va les déposer sur les habitants, les cultures et les bâtiments… Les salariés sont les premiers touchés par cette catastrophe. Les pompiers qui sont intervenus n’avaient pas, par manque de moyen, le matériel adapté pour ce genre d’intervention.

Depuis une semaine, les ministres défilent à Rouen et jurent que les habitants n’ont rien à craindre de l’incendie dont ils ne connaissent ni les origines ni les réactions chimiques...


L’usine Lubrizol appartient à la holding Berkshire Hathaway du milliardaire étasunien Warren Buffett, qui disait cyniquement en 2005 à la chaîne de télé CNN parlant de la lutte des classes: « C’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre, et qui est en train de la gagner ». Il se fiche de la santé, de l’écologie, de la sécurité d’une usine. Ça coûte cher. Seul compte les profits. Le même Buffet finance le «Climate Emergency Fund » qui subventionne largement des organisations écologistes.


En 2018 la multinationale a réalisé un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’euros.


La CGT demande : « la prise en charge financière de la dépollution, des résultats d’analyses, par la multinationale Lubrizol et son actionnaire Warren Buffet, troisième fortune mondiale. Ils doivent assumer financièrement l’ensemble de coûts sociaux liés à l’incendie, dont 'indemnisation des salariés en chômage partiel ».


Il est inacceptable que, dans un site classé « Seveso, seuil haut », un tel incendie puisse se développer. Le préfet a beau affirmer que « le site était en règle administrativement », à l’évidence les obligations de sécurité n’ont pas été remplies. L’« accident » était prévisible... Il y a deux ans, les services de contrôle du Ministère avait demandé au préfet de mettre en demeure l’industriel de procéder à des mises en sécurité, notamment en raison de manquement … dans la protection incendie.


Des manquements constatés dans cette usine par le passé !


En 2013 une fuite importante de gaz Mercaptan avait incommodé des dizaines de milliers de personnes. Cette acte gravissime avait abouti à une amende pour Lubrizol de... 4000 euros !


En 2015 c’est de l’huile minérale qui est déversée dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales.


Macron et son gouvernement c’est la réduction constante des moyens en personnel des ministères, qui sont responsables, entre autre, du contrôle des installations industrielles (ICPE). Comme Trump aux EU, Macron a mis en place l’autorisation par les préfets de déroger aux normes faites pour protéger les écosystèmes, la sécurité et la santé. Les affaires d’abord !


Le système capitaliste pollue et tue car seul compte la logique du profit. 


La riposte qui s’organise à Rouen montre la voie de la lutte. Oui, il est urgent de faire reculer ces menaces contre notre santé et l’environnement mais il faut aller plus loin en menant la lutte politique.


Le capitalisme avec sa recherche effréné des profits est incompatible avec un maintien environnemental vivable.

 

 

Source : le site Communistes

Lubrizol, Warren Buffet et le le gouvernement du banquier
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12 octobre 2019 6 12 /10 /octobre /2019 04:27

 

J’ai soutenu tout récemment une manifestation d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) devant le rectorat de Lyon. J’ai découvert à cette occasion les conditions de travail et d’existence de ces personnels surexploités que le banquier éborgneur et son ministre veulent exploiter encore davantage.

 

 

D’une manière générale l’objectif du banquier concernant les fonctionnaires et agents de l’État est de prolétariser et précariser toujours plus les salariés. C’est au point que même le syndicat CFDT des inspecteurs d’académie – pas des foudres de guerre donc – vient d’écrire au banquier pour lui exposer « les motifs de son inquiétude et les raisons de son espérance » (fichtre !). Dans le cas des AESH, il rentre dans du beurre car il a affaire à des travailleurs sans aucun statut, hors des grilles indiciaires de la fonction publique et percevant des salaires misérables. Un ou une AESH qui s’occupe d’un enfant lourdement autiste gagne moins qu’une femme de ménage en milieu scolaire. J’ai ainsi discuté longuement avec une déléguée syndicale qui avait 12 ans d’ancienneté, qui percevait 800 euros mensuels et qui, en fin de carrière, toucherait 130 euros de plus qu’actuellement. Elle sortait d’un stage de formation qu’elle s’était elle-même payée (350 euros).

 

 

Quelles revendications défend l’intersyndicale (9 syndicats, c’est trop, mais c’est un autre débat) pour que cesse la « maltraitance des personnels » ? L’absence de contrats de travail, la mutualisation à l’extrême qui oblige les personnels à s’occuper d’enfants de plus en plus nombreux dans des établissements eux aussi de plus en plus nombreux, le temps partiel imposé, des salaires indécents.

 

 

Á propos d’indécence, Blanquer a eu le front de dire que la rentrée s’était bien passée. Que non, bien sûr ! Sa politique consiste à affirmer dans les médias que des personnels adéquats sont présents. Les parents des enfants handicapés savent très bien que cela n’est que de la foutaise mais le « grand public » – dont je fais partie – croit en effet que la situation est globalement satisfaisante, et pour les enfants, et pour ces auxiliaires.

 

 

Ceux-ci exigent que le temps de travail soit calculé sur 45 semaines, la fin des temps partiels imposés, la possibilité de formuler des vœux d’affectation, un véritable plan de formation permettant d’accéder à un diplôme niveau 4, l’application d’une circulaire de 2019 qui préconisait l’augmentation du salaire au bout d’un an, puis de trois, puis la CDIsation et enfin, très prosaïquement, le paiement des salaires en temps et heure.

 

 

Des sous-prolétaires de l’Éducation nationale

 

Demain, je ne suis pas là mais le blog sera là !

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11 octobre 2019 5 11 /10 /octobre /2019 05:24

Desseins cachés.

 

1. La droite, les riches et le patronat n’ont jamais admis le principe des retraites universelles, gérées publiquement selon un principe égalitaire. Et ce qui est révélateur, dans leur vocabulaire, c’est qu’elles nomment «charges» ce que les progressistes et la gauche nomment cotisations, lesquelles couvrent les soins de santé, la retraite ou les périodes de chômage. Pour eux, ces sommes représentent une diminution intolérable de leurs profits, diminution à laquelle il faut remédier, en supprimant ces «charges».

 

 

2. La droite, les riches et le patronat se rendent néanmoins compte que l’énorme majorité des gens aspirent à la retraite et sont prêts à cotiser pour cela. Mais, dès lors qu’ils sont bien obligés d’admettre le principe de la retraite, ce qui leur est de nouveau intolérable est que l’argent des cotisations aille directement aux retraités et échappe à leur rapacité. Or, les sommes en jeu sont considérables (310 milliards par an) et les fonds de pension, banques, assurances et autres aigrefins voudraient bien mettre la main sur ce pactole pour spéculer à leur profit. [Ce qui conduit souvent au désastre : retraités ruinés de Maxwell, d’Enron et des pays d’Amérique du Sud, souvent obligés de travailler sur leurs vieux jours].

 

 

3. Le but de la droite, des riches et du patronat est donc d’abolir les retraites publiques, collectives, et reposant en partie sur la solidarité, et de les remplacer par des fonds de pension, système individualiste, de type assurantiel. Pour ce faire, plutôt que de décréter brutalement la suppression des retraites héritées de la Libération, les forces de droite s’ingénient à dégrader le niveau des retraites en diminuant le montant des pensions, en retardant l’âge du départ en retraite et en exigeant davantage d’années de cotisation. Par exemple : prise en compte des 25 meilleures années au lieu des 10 meilleures, allongement de la durée de cotisation, retard de l’âge légal de la retraite, déconnexion de l’indexation des retraites sur les salaires et indexation sur l’inflation, décote et surcote, encouragement à la capitalisation par incitations fiscales, etc. Le but est de réduire les pensions à un niveau tel que les gens se tournent d’eux-mêmes vers la capitalisation.

 

 

4. A cet égard, le gouvernement a beau affirmer qu’il maintient le principe de la répartition, son plan intègre l’ouverture à la capitalisation. Sur la tranche de salaire supérieure à 10 000 euros brut (contre 27 016 euros actuellement), on ne cotisera plus dans le système commun, mais dans des fonds de pension. Or, il faut savoir que les plus pauvres ne peuvent cotiser efficacement. Toute leur paye, ou la plus grosse partie d’entre elle sert à des achats urgents. La capacité d’épargne est plus que proportionnelle au revenu.

 

 

Mensonges et déformations de la droite et du patronat 

 

1. La droite et le patronat disent : puisque la vie s’allonge, il faut travailler plus longtemps. C’est faux ! Ce n’est pas parce que la durée de la vie augmente qu’il faut travailler davantage, c’est parce que la durée du travail (par jour, par semaine, par mois, par an, toute la vie) a été réduite que la vie s’est rallongée. Si on rallonge la durée du travail, l’espérance-vie régressera. Et elle a déjà commencé à régresser.

 

 

2. Ce n’est pas la durée de la vie qui importe, mais la durée de la vie en bonne santé (64 ans pour les femmes, 63 ans pour les hommes). Il est hypocrite de considérer que toutes les années de la retraite se valent. Lorsqu’on retarde l’âge de la retraite, les retraités vivent une vie de malade, et c’est saboter leur retraite que de ne pas leur permettre de vivre des vies de retraités en bonne santé.

 

 

3. Et ce qui importe aussi, c’est de tenir compte de la différence d’espérance de vie entre les ouvriers et ceux qui travaillent dans des bureaux, à l’abri des accidents, des fatigues et du contact d’engins ou de substances dangereuses. [Au passage, on a affaire ici à la même supercherie que lorsque les ultralibéraux vantent les bas taux de chômage dans les pays qu’ils présentent comme des modèles : États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne. Que veut dire un taux de chômage bas lorsque les salariés sont payés avec un salaire de misère ? Que veut dire la retraite lorsqu’on est malade ou handicapé, et qu’on ne peut plus en profiter ?].

 

 

4. Autre déformation : l’invocation de 42 régimes de retraite différents pour tout ramener à une seule règle. En effet, dans ces 42 régimes, les quatre principaux (le régime de base du privé et les complémentaires Agirc-Arrco plus les régimes des fonctionnaires d’État et des collectivités) représentent 84 % du total. Il n’était pas nécessaire de tout bouleverser pour ces 16 %. Cette (pseudo) disparité apparaît plutôt comme un prétexte pour aligner toutes les retraites vers le bas.

 

 

5. Encore une déformation : opposer les retraités du public et ceux du privé en présentant les premiers comme des privilégiés parce que leur retraite est calculée sur les six derniers mois de la carrière (au lieu des 25 ans pour les salariés du privé). En fait, les taux de remplacement des deux catégories sont proches car, en plus de la retraite du régime général, les salariés du privé bénéficient des retraites de l’Agirc ou de l’Arcco.

 

 

6. Encore une déformation et un mensonge : celui de compter les cotisations sociales comme des prélèvements obligatoires, de les assimiler à l’impôt et de dire que les Français sont les plus taxés du monde. Or, ce qui importe, c’est la comptabilité analytique que font les gens. Que l’on donne 100 euros à une caisse de retraite publique ou 100 euros à un fonds de pension privé, ce sont les mêmes 100 euros qui sont retirés de la consommation : autant de moins pour s’acheter des chaussures, des livres, aller au restaurant ou au cinéma. Et dans les pays où les cotisations sont privées, elles sont toujours plus chères que les cotisations publiques (pour un rendement inférieur, voire nul lorsque desspéculateurs ont joué et perdu les cotisations en Bourse).

 

 

Omissions ou silences de la droite et du patronat 

 

1. Un grand nombre de seniors ne sont plus en activité depuis plusieurs années lorsque la retraite arrive : à quoi sert de retarder l’âge de départ à la retraite si on ne leur offre plus de travail ? Ce qui est le cas de la moitié d’entre eux.

 

 

2. La part des retraites est calculée pour représenter une proportion fixe du PIB revenu national (14 %). Comme le nombre de retraités augmentera, cela veut dire que la pension de chacun diminuera.

 

 

3. Au début, Macron a voulu supprimer la notion de pénibilité du travail, car ce mot induit que le travail est une douleur alors que le travail est, selon lui, émancipateur. Outre le changement terminologique, le compte est désormais géré par la CNAM (et non plus par la CNAV), son financement a été modifié et quatre facteurs de risque (sur dix) ne sont plus pris en compte (manutention de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et agents chimiques dangereux).

 

4. Lorsqu’on fixe un âge-pivot à 64 ans (c’est-à-dire l’âge auquel on peut toucher la retraite à taux plein) et qu’on dit que l’âge légal reste fixé à 62 ans, on est faux jeton, car l’âge réel de départ en retraite sera de 64 ans et non pas de 62 compte tenu des fortes décotes.

 

 

La retraite par points

 

1. Le principe est «Un euro cotisé donnera les mêmes droits.(…) À carrière identique et revenu identique, la retraite doit être identique»,annonce un communiqué du haut-commissariat. Ainsi, à carrière courte et faible salaire, faible retraite ! La même chose pour tout le monde…

 

 

2. De plus, avec ce système, le calcul de la pension prend en compte l’ensemble de la carrière, et non plus les 25meilleures années du régime général, ou les six derniers mois de la fonction publique. Toute période de chômage sera pénalisée, de même ceux qui sont montés par le rang au lieu de sortir d’une grande école. 

 

 

3. Dans un régime à points, les cotisations servent à acheter des points pendant la vie active. A la retraite, la pension est calculée en multipliant le nombre de points acquis par la «valeur de service». Cette dernière et le prix d’achat sont ajustés chaque année par les gestionnaires des caisses de retraite de manière à équilibrer les finances. Il n’y a ni taux de remplacement garanti ni notion de carrière complète, donc pas de visibilité sur la pension. C’est un régime à prestations définies, doublement instable, comme celui des fonds de pension. La contributivité s’oppose à la solidarité.

 


 

 

Les mensonges de la réforme des retraites (par Philippe Arnaud)

 

4. Les systèmes Agirc et Arrco sont des systèmes par points. Ils ont baissé de 30 % entre 1990 et 2009. Et on ne se basera plus sur les 25 meilleures années ou sur les 6 derniers mois (fonctionnaires) mais sur toute la carrière, ce qui sera bien plus défavorable. Les périodes de chômage seront plus pénalisées puisque les points seront attribués selon l’indemnisation reçue alors qu’ils le sont actuellement selon le salaire de référence.

 

 

5. Dans la réforme préconisée, le taux de remplacement sera a priori le même quel que soit le niveau des salaires, ce qui sera relativement favorable aux salaires supérieurs au plafond de la SS. Il aurait fallu surévaluer les cotisations sur les salaires en-dessous du plafond, en leur attribuant plus de points et sous-évaluer les cotisations au-dessus en considérant que le salaire est un indicateur de l’espérance de vie.

 

 

6. D’une manière générale, les inégalités entre femmes et hommes s’aggraveront. Il suffit de comparer les pensions reçues dans les régimes en annuités et dans les régimes complémentaires à points. Les pensions des femmes représentent entre 41 % (Agirc) et 61 % (Arrco) de celles des hommes, contre un ratio compris entre 74 % et 90 % pour les régimes en annuités. Le rapport est systématiquement plus faible dans les régimes à points.

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10 octobre 2019 4 10 /10 /octobre /2019 05:32

Je ne suis pas chrétien –  je suis même carrément athée – mais je n'aime pas qu'on massacre des chrétiens.

 

 

La même semaine que la terrible attaque contre la mosquée de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, plus de deux cents chrétiens ont été tués au Nigéria. Les médias ont fort peu évoqué ce massacre. Aucune marche n’a été organisée pour ces chrétiens, les églises n’ont pas fait sonner les cloches. Le Vatican fut quasi muet.

 

 

En 2018, 4 305 chrétiens dans le monde ont été assassinés parce qu'ils étaient chrétiens, contre 3 066 en 2017. En un an, deux fois plus d’églises ont vandalisées, pillées ou détruites : 1 847 en 2018, 793 en 2017. Ces chiffres sont fournis par l’index mondial des persécutions contre les chrétiens, que tient depuis vingt-cinq ans l’ONG protestante Portes ouvertes (Open Doors), active dans 70 pays. D’après ces sources, 245 millions de chrétiens – catholiques, orthodoxes, protestants – ont été persécutés dans le monde, soit « un chrétien sur neuf », contre un sur douze l’année précédente.

 

Selon Wikipédia, le rapport dirigé par l'évêque anglican de Truro (Cornouailles), Philip Mountstephen, sur la persécution des chrétiens dans le monde, et dont une version provisoire est publiée le 2 mai 2019, révèle que « dans certaines régions, le niveau et la nature des persécutions sont sur le point de répondre à la définition internationale du génocide adoptée par l’ONU ». Il estime qu’à l’échelle mondiale, une personne sur trois, quelle que soit sa religion est victime de persécution, si on inclut aussi les persécutions dites « économiques » (refus de logement, d’emploi), et précise que « les croyants persécutés sont chrétiens, dans une écrasante majorité des cas (80 %) ».

 

Des chrétiens massacrés parce qu'ils sont chrétiens
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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 05:28
 

Les « preuves » contre Abdallah ont été rétroactivement fabriquées par les services de renseignement français, américain et israélien.
Arrêté en 1984, il est libérable depuis 1999. Les USA s’y opposent, la France obéit.
Le réalisateur Pierre Carles veut faire sortir ce scandale de l’ombre d’un cachot.
Les lecteurs du Grand soir aident et aideront. C’est ici : https://www.lepotcommun.fr/pot/q49nxyby

 

Le réalisateur.

Journaliste qui a travaillé pour plusieurs chaînes de télévision, Pierre Carles s’est fait connaître en dénonçant par l’image en 1992 la fausse interview de Fidel Castro par Patrick Poivre d’Arvor. 


En 1995, il réalise un documentaire pour Canal+, intitulé « Pas vu à la télé » dans lequel il démontre spectaculairement les connivences entre nos journalistes et les personnalités politiques. Son reportage sera diffusé en 1996 par la télévision…belge.

 

En 1998, son film « Pas vu pas pris », fait à partir du documentaire censuré à la télé française, sort dans les salles de cinéma.

 

En 2019, Pierre Carles s’attaque à un interminable scandale politico-judiciaire méconnu. Par neuf fois, faisant fi de la décision du tribunal d’application des peines, le Parquet (sous l’autorité des gardes des sceaux successifs, se pliant au veto des Etats-Unis) a refusé la libération et l’expulsion du prisonnier Georges Ibrahim Abdallah.

 

Chers lecteurs, merci d’aider à la réalisation de ce film en versant votre contribution (même modeste) à : Le Pot commun 
https://www.lepotcommun.fr/pot/q49nxyby


Le Grand Soir

Film de Pierre Carles sur Georges Ibrahim Abdallah 

Présentation du projet par Pierre Carles WE WANT GEORGES IBRAHIM ABDALLAH IN JAIL 

(Nous voulons Georges Ibrahim Abdallah en prison)

 

Le 25 octobre 2019, cela fera 35 ans que le militant communiste libanais Georges Ibrahim Abdallah croupit en prison en France pour... complicité d’homicide volontaire. Oui, on a bien lu : cet homme a accompli une peine d’une telle longueur pour complicité d’assassinat (et non pour avoir tué des gens). Les actions en question ont été commises par son groupe les FARL (Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises) contre des militaires étasuniens et israéliens en poste dans l’Hexagone, complices de l’invasion du sud-Liban par Israël à la fin des années 70/début des années 80.


En dehors de Georges Ibrahim Abdallah, nul être humain n’est actuellement détenu en Europe depuis près de 40 ans pour des faits à caractère politiques. Ainsi, Georges Ibrahim Abdallah détient le triste record de plus vieux prisonnier politique du vieux continent. Neuf demandes de libération conditionnelle ont été déposées par ses avocats depuis le début des années 2000, la dernière en 2015. Sans succès. Dès qu’un tribunal d’application des peines considère qu’il n’a plus sa place en prison, le parquet, qui est inféodé au pouvoir politique (contrairement aux juges d’application des peines) fait appel de la décision quand ce n’est pas le ministre de l’Intérieur qui refuse de signer l’arrêté d’expulsion vers le Liban, où Georges Ibrahim Abdallah est considéré comme un résistant à l’invasion de son pays par une puissance étrangère. Mais pourquoi un tel acharnement ?

 

En 2012, Me Jacques Vergès, l’avocat de Georges Ibrahim Abdallah, affirmait : « C’est le gouvernement des Etats-Unis qui oppose un veto intolérable à sa libération. » La révélation par WikiLeaks, en 2016, de propos échangés par Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat des RU et Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères français, accrédite cette hypothèse.

 

Il n’est pas inhabituel que des puissances étrangères tentent d’interférer dans les affaires internes d’un pays. En 2017, la Colombie a demandé à la Chine qu’un de ses ressortissants condamné à la peine de mort pour trafic de stupéfiants voie sa peine commuée. Cela n’a pas pour autant empêché qu’Enrique Arciniegas soit exécuté. Le gouvernement cubain, quant à lui, a longtemps réclamé aux Etats-Unis l’extradition de Luis Posada Carriles, un militant anticastriste tenu pour responsable d’un attentat terroriste contre un avion cubain qui fit 73 morts en 1976. Sans succès, là encore. Carriles a vécu jusqu’à l’âge de 90 ans en Floride, où il est décédé en 2018 sans jamais avoir eu affaire à la justice cubaine. En revanche, lorsque les Etats-Unis d’Amérique ordonnent, en 2013, à la France et à trois autres pays européens (Espagne, Italie, Portugal), de fermer leur espace aérien à l’avion du président bolivien Evo Morales soupçonné de transporter le lanceur d’alerte Edouard Snowden, ces quatre pays présumés souverains obtempèrent sans se poser de questions. A l’évidence, le scandale de la non-libération de Georges Ibrahim Abdallah témoigne d’un manque d’indépendance de la France vis à vis des Etats-Unis. Cet acharnement sécuritaire à l’égard de ce militant communiste ne trouve pas d’autres explications.

 

Chaque année, devant la prison de Lannemezan, des centaines d’hommes et de femmes se réunissent pour réclamer la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Avec le documentaire We Want Georges Ibrahim Abdallah in Jail nous tenterons d’alerter un public plus nombreux sur ce scandale afin - qui sait ? – de réussir à faire bouger les lignes sur la question de la libération de Georges Ibrahim Abdallah. Pour fabriquer un documentaire se distinguant du simple tract vidéo militant (qui a son utilité mais aussi des limites), il est préférable de disposer d’un minimum de ressources pour couvrir les frais de tournage, de montage, de mixage, d’étalonnage... Grâce à Gilbert Hanna (radio La Clé des Ondes), à Isabelle Vallade (comité de soutien de Bordeaux) et à une douzaine de membres des comités de soutien à travers la France, environ 3500 € ont été collectés et le tournage du film a pu démarrer. Mais cette somme est bien insuffisante pour fabriquer un film de qualité. Aussi, nous lançons un appel à dons pour tenter de réunir les 10 000 € nécessaires permettant d’être en mesure d’avancer plus rapidement sur ce projet. Un tout premier état de ce travail sera présenté le 24 octobre prochain au cinéma Utopia à Bordeaux. Ce jour-là, Georges Ibrahim Abdallah attaquera sa 36ème année de détention.

Pierre CARLES

 

 
EN COMPLEMENT

Qui est Georges Ibrahim Abdallah ?

 

Il est né le 2 avril 1951 dans le nord du Liban. À partir de 1975, son pays est plongé dans une guerre civile confessionnelle qui a forgé sa conscience politique. Il est le cofondateur, en 1979, des « Fractions Armées Révolutionnaires Libanaises », un petit groupe marxiste anti-impérialiste.


Le 6 juin 1982, le Liban est envahi par l’armée israélienne avec la complicité des puissances occidentales. La guerre fait des milliers de morts parmi les civils. Les 16 et 17 septembre 1982, les phalangistes chrétiens libanais, sous le regard bienveillant des militaires israéliens, massacrent 5 000 civils, principalement des femmes et des enfants, dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila. En réponse à cette barbarie, les combattants libanais et arabes portent alors la guerre contre le sionisme et l’impérialisme dans le monde. Les Fractions armées révolutionnaires libanaises se revendiquent comme mouvement de résistance.

 

Arrêté à Lyon le 24 octobre 1984, Georges Ibrahim Abdallah est condamné à perpétuité, en 1987, par la Cour d’assises spéciale de Lyon pour « complicité d’assassinat » par les FARL, à Paris, du lieutenant-colonel Ray, attaché militaire adjoint des Etats-Unis en France, et de Yakov Barsimentov, conseiller à l’ambassade d’Israël. Les États-Unis se sont constitués partie civile.

 

Georges Abdallah, cet ancien instituteur, a déclaré devant ses juges : « Je suis ici, Messieurs, pour vous demander simplement de bien vouloir laver vos mains maculées de notre sang et du sang de nos mômes, avant de prétendre nous juger, car celui qui accepte de fouler aux pieds le sang de vingt-cinq mille morts tombés au Liban lors de l’invasion impériale-sioniste de 1982 ne peut qu’être le complice direct de Reagan et de Begin dans leur guerre d’extermination contre notre peuple. Je suis un combattant pas un criminel ». Il a ajouté « La voie que j’ai suivie m’a été imposée par les atteintes aux droits de l’homme perpétrées contre les Palestiniens ».

 

Le procès a souffert de nombreuses irrégularités. Pendant plusieurs années, son premier avocat, Jean-Paul Mazurier, n’étant autre qu’un agent des services spéciaux… Le patron de la DST de l’époque, Yves Bonnet, a déclaré, en 2012, à La Dépêche du Midi « J’ai un problème de conscience dans cette affaire ». On a parlé de « vengeance d’État ». Les « preuves » contre Abdallah ont été fabriquées de façon rétroactive par les services de renseignement français, américain et israélien.

 

Selon la loi française, Georges Abdallah est libérable depuis 1999. La défense de Georges Abdallah a déposé neuf demandes de libération conditionnelle. À deux reprises, la justice française a estimé que Georges Abdallah pouvait être libéré à condition qu’il soit expulsé vers son pays, le Liban. Les États-Unis se sont systématiquement opposés à toute libération, même conditionnelle, de Georges Ibrahim Abdallah et ont, à chaque fois, obtenu satisfaction du pouvoir français.

 

La dernière exigence du département d’État remonte à avril 2014, sous la présidence de Barack Obama, lorsqu’il est intervenu auprès du gouvernement français pour empêcher la libération et le retour au Liban d’Abdallah. Le premier ministre Manuel Vals s’est empressé d’obtempérer et a refusé de signer l’arrêté d’expulsion ! L’avocat de Georges Abdallah, Jean-Louis Chalanset, a déclaré à cette époque : « L’atteinte à la séparation des pouvoirs (était) flagrante (…). Une nouvelle fois, les États-Unis ont imposé au gouvernement français leur volonté de se venger ». Et à l’époque, l’Humanité écrit : « Washington a gagné, sous les applaudissements de Tel-Aviv (…). Le procès Abdallah a été de bout en bout piloté pour et par une puissance étrangère. »

 

Le 31 mars 2016, Jean-Claude Urvoas, l’ancien ministre de la Justice d’un gouvernement dit « socialiste », a osé déclarer sur France Inter : « Nous avons la peine perpétuelle réelle avec Georges Ibrahim Abdallah », réinstaurant une sorte de peine capitale en condamnant Georges Ibrahim Abdallah à demeurer « en prison en France sans avoir de perspective de sortie ».


Il est grand temps de mettre un terme à cette injustice : 35 ans ça suffit !

 

Face à l’enfermement, quelques mots suffisent pour apporter un peu de soleil. Pour écrire à Georges…


Monsieur Georges Ibrahim ABDALLAH,
numéro d’écrou 2388/A221
CP de Lannemezan
204 rue des Saligues
BP 70166
65307 LANNEMEZAN

 

Le Collectif Justice pour la Palestine Annecy (justice.palestine@gmx.com) demande la libération de Georges Abdallah.


Appel de la campagne 2018 « (…) Ce combat s’inscrit pleinement sur le terreau des luttes actuelles. C’est le combat des révoltes justes et légitimes de celles et ceux qui s’opposent à l’offensive capitaliste et à ses guerres impérialistes de pillage. C’est le combat de toutes celles et ceux qui font face à la violence répressive d’Etat, qui s’abat sur eux pour tenter de les bâillonner, que ce soit dans la rue, dans les quartiers populaires ou pour les militants politiques et syndicaux. Ce combat de toute une vie est aussi le nôtre ! (…) »

À l’appel de tous les collectifs de soutien, une manifestation nationale se déroulera devant le centre pénitentiaire de Lannemezan, le samedi 20 octobre 2018 (départ à 14 heures devant la gare). L’objectif est d’être le plus nombreux possible. »


Jacqueline Lavy. ( Membre du Collectif Justice pour la Palestine Annecy).

 

Mercredi 19 septembre, la souscription lancée le 10 avait recueilli : 4101€ pour 78 donateurs (1000 euros et 21 donateurs de plus dans la journée.)
Mardi 24 septembre : 6541 € de 124 donateurs. 
Jeudi 26 septembre : 6987€ et 137 donateurs.
Le 1er octobre : 7737€ de 154 donateurs.
Le 4 octobre : 8022€ de 162 donateurs.
7000 € ont déjà été versés au réalisateur pour pouvoir poursuivre le tournage.
Merci à vous. On continue.

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6 octobre 2019 7 06 /10 /octobre /2019 05:35

J'ai eu le bonheur de passer une demi-heure en compagnie d'Henri Alleg lors d'une manifestation littéraire à Toulouse il y a sept ou huit ans. J'étais accompagné de mes filles à qui j'ai expliqué, après cette demi-heure, ce qu'était la torture. Il leur était difficile d'imaginer que ce petit homme chétif, à la voix très douce, avait subi les actes barbares de soldats français. Il nous avait raconté le sens de son combat, sa détermination. Un très grand petit homme.

 

L'avocat Roland Rappaport raconte comment le manuscrit, écrit sur du papier toilette, fut sorti en 1957 de la prison de Barberousse à Alger, feuille par feuille. 

Publié le 24 juillet 2013.

 

"La Question" d'Henri Alleg, histoire d'un manuscrit

Henri Alleg en 1962. AFP/STF

 

Comment se fait-il qu'Henri Alleg ait été celui qui a produit La Question (Minuit, 1958), "un témoignage sobre ayant le ton neutre de l'Histoire" comme l'a écrit François Mauriac ? Ils se comptaient pourtant par milliers, ceux qui ont eu à subir le supplice de l'électricité et de la baignoire pendant la guerre d'Algérie. Beaucoup y ont succombé et, pour d'autres, les tortures infligées ne restèrent pas sans effet. Les victimes qui n'avaient pas pleinement résisté demeurèrent marquées pour toujours, moralement atteintes, porteuses d'un sentiment de culpabilité.

 

Dès lors, comment écrire avec l'énergie nécessaire ? Certes, comme je l'ai lu ces derniers jours, Henri Alleg, journaliste militant, était accoutumé à l'usage de la plume, mais je pense qu'il n'a pas été suffisamment souligné que, s'il a pu s'exprimer comme il l'a fait, c'est que ses tortionnaires n'ont rien, absolument rien, pu obtenir de lui. Si Alleg a pu écrire La Question, c'est donc parce qu'il n'avait pas parlé.

 

Je l'ai compris lors de notre première rencontre à la prison Barberousse à Alger en septembre 1957. Membre, à cette époque, du Parti communiste français, j'étais auprès de lui, comme l'envoyé du collectif d'avocats communistes, assurant la défense de militants emprisonnés pour leur participation aux combats pour l'indépendance de l'Algérie. Je me suis alors trouvé en présence d'un homme exprimant hautement sa fierté d'avoir résisté à ses tortionnaires. Il m'a fait, non sans exaltation, le récit de ce qu'il avait subi et comment il avait fait front. J'ai été particulièrement impressionné par ce qu'il m'a raconté de l'épreuve du penthotal, utilisé comme sérum de vérité, à laquelle il avait été soumis.

 

Ceux qui le détenaient étaient à la recherche d'André Moine, l'un des dirigeants du Parti communiste algérien, devenu clandestin. Ils voulaient lui arracher des informations, et Henri Alleg a trompé leur attente en faisant mine de croire qu'il se trouvait avec des amis. Non il ne savait vraiment pas comment entrer en contact avec André Moine, et puis il les trouvait bien imprudents, les dits amis, "attention, ne parlez pas si fort, on pourrait nous entendre ", leur recommandait-il.

 

A la fin du mois de juin 1957, il a été expédié au camp de Lodi. Il s'agissait d'un camp d'internement placé sous contrôle des autorités militaires. L'interné était privé de tout droit de communication, que ce soit avec sa famille ou avec des avocats. L'internement était d'une durée indéterminée et les militaires pouvaient soumettre leurs prisonniers à de nouveaux interrogatoires. Ce n'est donc pas, comme il a été écrit ces derniers jours, pendant qu'il se trouvait au camp de Lodi qu'Henri Alleg a pu remettre à un avocat les feuillets de La Question. Il fallait absolument le soustraire au régime d'internement. Pour y parvenir une décision judiciaire était indispensable. Les efforts entrepris par son épouse, Gilberte, et ses avocats aboutirent fin août 1957 à son transfert à la prison Barberousse.

 

C'est à ce moment là, alors que plus de deux mois et demi s'étaient écoulés depuis son arrestation, le 12 juin 1957, que Henri a pu connaître les raisons judiciairement exprimées de son emprisonnement, s'entretenir avec son épouse et recevoir la visite de Léo Matarasso, membre du collectif des avocats communistes. C'est au cours de cette rencontre qu'a vu le jour le projet de La Question. Mais le détenu Henri Alleg ne disposait que de brefs moments pour s'y consacrer, plusieurs mois lui furent donc nécessaires. Il importait aussi que ces écrits parviennent à l'extérieur. Les membres du collectif des avocats communistes furent chargés de cette mission. Je fus de ceux qui, entre les mois de septembre et décembre 1957, se succédèrent auprès d'Henri Alleg, recueillirent les précieuses feuilles du manuscrit et les emportèrent, au dehors, dans leur serviette.

MANUSCRIT SUR PAPIER TOILETTE

La publication de La Question a été considérée au printemps 1958 comme une "participation à une entreprise de démoralisation de l'armée ayant pour objet de nuire à la Défense Nationale". Un juge d'instruction du Tribunal permanent des forces armées de Paris, le commandant Giraud, a délivré, au mois de mars 1958, un ordre de saisie des exemplaires du livre au commissaire de Police Mathieu, qui s'en est acquitté avec zèle. Les avocats qui avaient œuvré à cette publication en emportant à l'extérieur de Barberousse, feuille après feuille, le manuscrit étaient passibles de poursuite comme ayant participé à une entreprise de démoralisation de l'armée, ce qui n'a pas manqué de se produire.

 

En effet, au printemps 1958, un juge d'instruction d'Alger a été chargé de l'identification des coupables. Henri Alleg a été convoqué et le magistrat l'a sommé de lui faire connaître l'identité de ceux qui lui avaient donné assistance. Il se trouve que j'étais l'avocat assurant sa défense lors de cet interrogatoire. La situation était singulière, pour ne pas dire cocasse. A la question posée, Henri a simplement répondu "Je ne vous le dirai pas, monsieur le juge" et celui-ci a très vite compris que ses efforts resteraient vains. Ce que je relate ici, je l'ai rappelé l'année dernière lors d'une réunion, à la Bibliothèque de France de l'association Maurice Audin, qui poursuit sans relâche ses efforts pour que la République reconnaisse que le mathématicien Maurice Audin est mort au mois de juin 1957, victime des sévices subis à la villa Sésiny. J'étais avec Henri Alleg à la tribune de la réunion, présidée par Henri Tronel. Henri Alleg a confirmé mes souvenirs qu'il a cependant tenu à rectifier sur un point. J'avais dit au public que son manuscrit avait été écrit sur "un genre de papier de toilette""Pas un genre, Roland, c'était bien du papier de toilette !" 

 

 

La saisie de La Question, en mars 1958, avait provoqué une vive campagne de protestations. Une adresse solennelle avait été envoyée au président de la République, René Coty, pour demander que "la lumière soit faite dans des conditions d'impartialité et de publicité absolue sur les faits rapportés par Henri Alleg" et aussi que " les pouvoirs publics au nom de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen condamnent sans équivoque l'usage de la torture"…Cette déclaration portait les signatures de François Mauriac, Roger Martin du Gard, Jean-Paul Sartre. Au rang des signataires figurait aussi André Malraux. Si j'insiste, c'est que j'ai lu avec beaucoup de surprise, dans le journal Libération, la déclaration d'une historienne soutenant que Malraux était demeuré silencieux au moment de la saisie des exemplaires de La Question.

SAISIES D'EXEMPLAIRES

Ces prises de position ne sont pas restées, à l'époque, sans conséquence. Les Editions de Minuit ont certes été victime de la saisie de milliers d'exemplaires de La Question, mais les poursuites engagées contre l'éditeur Jérôme Lindon sont demeurées sans suite. Henri Alleg, lui, est resté en prison et a été condamné le 15 juin 1960, par le TPFA d'Alger, à dix ans de travaux forcés "pour atteinte à la sécurité de l'Etat ". S'il a retrouvé la liberté au printemps 1961, c'est parce qu'il est parvenu à s'évader de la prison de Rennes, où il continuait à exécuter sa peine. Aussitôt libre, il a repris sa vie de militant journaliste politique. Il est retourné en Algérie au lendemain de l'Indépendance, en 1962, pour faire reparaître Alger républicain, dont la publication a été, à nouveau, interdite en 1965, au lendemain de la chute de Ben Bella.

Il est alors revenu en France, où il a poursuivi une vie de journaliste et d'écrivain bien connue. Il importe aussi de savoir qu'Henri Alleg, ce militant de l'indépendance de l'Algérie, s'est exprimé publiquement au sujet du traitement subi en France par ceux des Algériens qui avaient combattu dans les rangs de l'armée française. C'est ainsi qu'il a tenu à figurer parmi les signataires d'une lettre adressée, le 21 septembre 2005, au président Chirac, à l'initiative du président de la Ligue des Droits de l'Homme, Jean-Pierre Dubois. On y lit qu'il est temps de mettre fin au comportement indigne de la France à l'égard des harkis, caractérisé par des discriminations inouïes, parcage dans des camps, maintien "en marge de la société", tandis que leurs enfants subissent une scolarité amputée. 

Il est précisé dans cette lettre que, parmi les signataires, "certains ont approuvé la lutte du peuple algérien pour son indépendance, d'autres non, mais quelle qu'ait été notre opinion, nous ne pouvons admettre que la République ne reconnaisse pas, au regard des droits de l'Homme, ses torts vis-à-vis des harkis et de leurs familles". Aujourd'hui encore, La Question demeure une référence. C'est ainsi, qu'en 2007, aux Etats-Unis, lors des débats sur l'usage en Irak de ce qui était désigné comme " des interrogatoires musclés ", en réalité de véritables tortures, l'Université du Nebraska a publié, en anglais, La Question. Dans la préface, signée du professeur James D. Le Sueur, on lit La Question est et demeure, aujourd'hui une question pour nous tous. "

 

PS : une illustration pour nous souvenir que L'Express servit autrefois des causes justes sans imaginer qu'il serait un jour au service des banques.

 

"La Question" d'Henri Alleg, histoire d'un manuscrit
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5 octobre 2019 6 05 /10 /octobre /2019 05:33

 

Á l’arrière-plan, il semble qu’on ait affaire à des gendarmes. Peut-être des gardes mobiles, des costauds qui cognent dur quand ils en reçoivent l’ordre.

 

Mais à l’avant-plan, on fait face à douze créatures (par paire de deux) habillées de bric et de broc, affublées, à l’exception d’une d’entre elles, d’une arme de guerre. 11 de ces créatures sur 12 ne portent pas de pantalon réglementaire. Il n’y a pas deux hauts identiques. Comme ils portent un brassard de la police, ils peuvent être membres de forces de l’ordre mais aucun matricule n’est apparent. Les yeux et le nez font l’objet d’un maquillage qui serait ridicule dans des circonstances normales et qui vise vraisemblablement à faire peur.

 

On pourrait également penser que ces créatures font de la publicité pour Adidas, une seule d’entre elles portant des chaussures réglementaires.

 

Nous sommes en présence d’une des nombreuses milices du banquier éborgneur, hors du champ de la légalité, donc hors du champ républicain. Les « CRS-SS » de 1968 étaient des enfants de chœur, des danseuses en tutu, des petits bras, comparés à ces créatures irréelles.

 

On sait désormais que le système du banquier éborgneur a mis tout en place pour empêcher la moindre contestation démocratique. Un jour, ces créatures tireront à balles réelles. Les caciques de la République en Marche justifieront leurs crimes.

 

C’est quoi cette milice, même ?
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2 octobre 2019 3 02 /10 /octobre /2019 05:25
 

 

Pendant combien de temps l'argent du CICE, argent public, va-t-il profiter presque exclusivement aux actionnaires ? L'argent versé doit être remboursé.

 

Je reprends un document de la CGT concernant simplement les grandes surfaces.

 

 

CARREFOUR :

 

-400 millions d’euros de CICE ainsi que d’aides publiques en 2018.

-Plus de 7 000 emplois supprimés dans ce groupe en deux ans.

-517 millions d’euros reversés aux actionnaires en 2018.

 

 

CASINO :

 

-34 millions d’euros au seul titre du CICE en 2018.

-Plus de 1 000 emplois disparaissent par an depuis cinq années.

-343 millions d’euros reversés aux actionnaires en 2018.

 

 

AUCHAN :

 

-88 millions d’euros en 2018 au titre du CICE.

-Plus de 2 000 postes supprimés.

-313 millions d’euros reversés aux actionnaires en 2018.

 

 

L’Etat a versé gracieusement 522 millions d’euros d’argent public rien qu’à ces trois grands groupes de la distribution, sans contrepartie ni contrôle !

 

Cet argent public avait pour principal objectif de permettre aux entreprises de créer des emplois.

 

Or, pour ces trois enseignes, ce sont plus de 10 000 emplois supprimés en 2018 !

 

Et dans la même année, les actionnaires de Carrefour, Casino et Auchan ont perçu plus d’1 milliard d’euros.

 

Ces trois grands distributeurs ont donc utilisé l’argent public pour licencier des salariés et verser des dividendes aux actionnaires.

 

Sur le plan national, en 2018, le cumul CICE / allègements de cotisations sociales s’élève à plus de 40 milliards d’euros !

 

Cette situation est connue de tous et le gouvernement ne réagit pas.

 

Alors à nous de réagir et d’exiger le remboursement de cet argent public, afin qu’il soit réinvesti dans nos services publics (hôpitaux, écoles…).

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