Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 05:13

 

 

La Résolution sur « La charia, la Déclaration du Caire et la Convention européenne des droits de l’homme » a été adoptée le 22 janvier dernier à Strasbourg par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

 

Cette résolution signifie que la loi islamique constitue un ordre juridico-religieux concurrent au droit existant.

 

La charia est appliquée dans divers endroits du continent européen, en particulier en Grèce (depuis la fin de la Première Guerre mondiale), en Tchétchénie et au Royaume-Uni. En Grèce, les femmes sont désavantagées dans les procédures de divorce et les décisions ne peuvent faire l’objet d’aucun recours. Au Royaume-Uni, environ 85 “ Conseils de la charia ”, rattachés à des mosquées, prononcent des jugements en matière de divorce, de succession et de droit commercial. Certains d’entre eux considèrent le viol conjugal comme négligeable et autorisent les mariages forcés sans la garantie de cérémonies civiles.

 

L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, (47 États dont la Russie et les pays du Caucase) compétente en matière de droits de l’homme, reconnaît que des tribunaux islamiques “ informels ” existent un peu partout en marge de la société. Au Royaume-Uni, les autorités les reconnaissent de facto depuis 2008 et leur confèrent une compétence judiciaire officielle.  L’Assemblée parlementaire n’a jamais demandé au Royaume-Uni de mettre fin à la Charia mais simplement de « veiller à ce que les conseils de la charia fonctionnent dans le cadre du respect de la législation ». Elle a également demandé au Royaume-Uni d’« imposer aux couples musulmans l’obligation légale d’enregistrer leur mariage à l’état civil avant ou au moment où ils contractent le mariage musulman ». Cette demande a été suivie de peu d’effets.

 

En outre, l’Assemblée a estimé que les États pouvaient « créer un cadre juridique déterminé pour accorder aux communautés religieuses un statut spécial impliquant des privilèges particuliers ». Elle a suivi la politique du gouvernement grec qui lui avait suggéré de « procéder à un examen, au cas par cas, de chaque règle de la charia qui s’appliquerait à des cas concrets visant des musulmans résidant dans des États non-musulmans », afin de tenir « compte de critères tels que le respect du multiculturalisme dans l’Europe d’aujourd’hui ». L’équation étant donc que lorsqu’il y a multiculturalisme, il peut y avoir charia et que, plus l’islam se répandra en Europe, plus la charia règnera.

 

Trois États membres du Conseil de l’Europe, l’Albanie, l’Azerbaïdjan et la Turquie, ont avalisé la Déclaration du Caire de 1990. Cette « Déclaration sur les droits de l’homme en islam » se veut une adaptation de la Déclaration universelle des Droits humains. Elle stipule notamment que tous les hommes naissent musulmans et que « tous les droits et libertés sont soumis aux dispositions de la Charia ». Elle prône l'affirmation de la primauté divine, la limitation de la liberté d'expression ainsi que de celle de choisir sa religion et d’en changer, et elle pose comme définitive l’inégalité des droits entre l’homme et la femme. 

 

Cette Déclaration, qui pose que la charia est supérieure au droit international et vise à le supplanter, a été reconnue par 57 États à majorité musulmane, représentant plus d’1,3 milliard de personnes.

 

En Europe, la charia a de beaux jours devant elle
En Europe, la charia a de beaux jours devant elle
En Europe, la charia a de beaux jours devant elle
En Europe, la charia a de beaux jours devant elle
En Europe, la charia a de beaux jours devant elle
Partager cet article
Repost0
30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 05:14

Ci-dessous un très bon article de Pedro Gaite pour Pagina 12

 

 

 
 
La pandémie du coronavirus met au jour les misères du capitalisme financier. Les pays européens ont évité de prendre des mesures drastiques contre le virus par crainte de nuire à l'économie et aujourd'hui l'Europe a plus d'un millions de personnes contaminées et des milliers meurent tous les jours. Donald Trump s'oppose aux gouverneurs qui ont décrété la quarantaine malgré le fait que les Etats-Unis est déjà, et de loin, le pays le plus touché et où l'on déplore le plus grand nombre de morts. Son principal conseiller économique, Larry Kudlow, dit que pour la situation économique, la fermeture des frontières pour éviter la propagation n'est peut-être pas utile. Le vice-gouverneur du Texas, Dan Patrick, considère que les personnes âgées du pays sont disposées à mourir pour ne pas nuire à l'économie et pour soutenir les Etats-Unis ; « Vous venez de dire qu'il y a pire que de mourir du coronavirus ? » lui a-t-on demandé, et Patrick a répondu : « Oui, sans aucun doute. »
 
En Amérique Latine, Jair Bolsonaro exige la réouverture des commerces ; il a renvoyé le ministre de la Santé qui préconisait le confinement et, comme Trump, il fait face à des gouverneurs qui ont organisé la quarantaine. Il avait même décidé de suspendre les contrats de travail pendant quatre mois sans solde, mais il a dû faire machine arrière devant le nombre des critiques.
 
Ces décisions sont le résultat de la logique capitaliste, dont l'objectif est la maximalisation des profits. Seulement l'épidémie du coronavirus met sur la table une question qui est sous-jacente au capitalisme : Qu'est-ce qui est le plus important : la vie ou le profit ?
 
 
INEGALITE
 
Dans l'optique du capital le virus peut avoir des conséquences positives. La population qui va mourir est dans sa majorité peu intéressante du point de vue productif. Les gens âgés qui sont à la retraite et qui ne créent pas de richesses. Quand Dan Patrick répond qu'il y a quelque chose de pire que la mort, il veut simplement expliquer la logique du système.
 
Depuis qu'a été confirmé le premier cas de coronavirus (21 janvier 2020) la maladie a tué au (22 avril) quelques 183 000 personnes dans le monde. Dans le même temps sont mortes également 950 000 personnes, pour d'autres causes, pour n'avoir pu le plus souvent accéder à des soins, selon l'ONG Oxfam. La pauvreté tue plus que le virus.
 
Cette pauvreté est l'autre face de l'extrême inégalité que génère le système. En 2019, les 2153 milliardaires possédaient plus de richesses que 4 600 millions de personnes. Pour cette élite, chaque accroissement des richesses se traduit par un 0 en plus sur leurs comptes en banque. On pourrait réduire de 10% leur part et ils pourraient continuer à se payer manoirs, yacht et tout le luxe qu'ils désirent. Alors que quasiment la moitié de la population mondiale vit avec moins de 5,5 dollars par jour. 
 
Un de ces milliardaires est Paolo Rocca, propriétaire de Techint, qui a renvoyé 1450 travailleurs de son entreprise de construction à cause de la quarantaine en Argentine. Il aurait pu payer ses salariés avec une partie des 400 millions de pesos qu'il a encaissé l'an dernier par l'exonération des charges sociales qu'il a obtenue gracieusement du gouvernement Macri. Sans parler des 9100 millions de pesos qu'a blanchis la direction de l'entreprise en 2016. 
 
La règle de la logique capitaliste c'est le néolibéralisme. Ce dogme repose sur trois grandes prémisses :
  1. Le marché est le meilleur régulateur des ressources.
  2. La méritocratie.
  3. La théorie du ruissellement.
     
 
LE MARCHE
 
L'idée-maîtresse du néolibéralisme est que le marché est le meilleur régulateur des ressources, et que, par conséquent, l'intervention de l'Etat dans l'économie doit se réduire à sa plus simple expression. Chaque individu (ou chaque pays) cherchant son propre bénéfice individuel contribue de la meilleure façon possible à maximiser le bénéficie social.
 
Cette tromperie est d'autant plus manifeste dans les situations critiques. En ces jours de crise du coronavirus nous voyons les fondamentalistes de la dérégulation reconnaître le rôle-clef de l'Etat. Tous les pays mettent en avant une politique fiscale et monétaire expansive pour essayer de freiner la baisse de l'activité économique.
 
Pour certaines puissances mondiales comme la France, le Royaume Uni et l'Allemagne les paquets fiscaux dépassent 14% du PIB. Ce sont ces mêmes puissances qui par l'intermédiaire du FMI ont exigé de la Grèce une sévère purge qui a plongé son économie dans huit années de récession et baisse de 30% du PIB et des salaires. 
 
Elles ont aussi envisagé de nationaliser les entreprises les plus importantes devant les difficultés financières actuelles, alors qu'elles avaient exiger de la Grèce qu'elle privatise son énergie, ses télécommunications, ses ports, ses aéroports et tout ce qu'il y avait d'entreprises publiques.
 
C'est la technique de « retirer l'échelle ». Tous les pays se développent sur la base d'une politique protectionniste dans ses premières étapes de développement, avec un Etat actif qui investit dans des secteurs stratégiques et stimule le secteur privé. Ensuite ils exportent dans le monde l'idée du libre marché comme recette du succès, et quand ils n'arrivent à convaincre les leaders des pays en marge, ils les obligent par le biais du FMI, de la Banque Mondiale et de l'OMC.
 
 
LA MERITOCRATIE
 
L'imaginaire néolibéral pose comme principe que le succès est le résultat exclusif de l'effort personnel. Pourtant on estime que le tiers des richesses des milliardaires provienne de l'héritage. Pendant qu'ils accroissent confortablement leurs fortunes par la frénésie de la spéculation financière, le système tient par les emplois précaires et mal rémunérés. 
 
Prendre soin des enfants, des personnes âgées, des malades physiques et mentaux, ainsi que les tâches domestiques quotidiennes sont un exemple évident. Si personne n'investissait du temps dans ces tâches l'économie mondiale s'écroulerait complètement. Les femmes réalisent les trois quarts de ce travail, en général sans recevoir un centime. Par conséquent 42% des femmes en âge de travailler ne font pas partie de la main d'oeuvre rémunérée contre 6% pour les hommes. 
 
De la même manière dans les pays sous-développés on ne passe pas plus de cinq ans de scolarité contre plus de douze ans dans les pays développés.Clairement les chances ne sont pas égales. La méritocratie dépend du sexe, du statut social, de la race, de l'ethnie, de la nationalité. 
 
 
LE RUISSELLEMENT 
 
Le troisième mythe du néolibéralisme est la théorie du ruissellement, qui explique qu'une distribution de la richesse pour les plus riches est ce qu'il y a de mieux pour la société. Comme ceux qui ont le plus sont propriétaires des moyens de production, ils vont investir plus et cela va générer des emplois et un bien général pour la société. C'est ainsi qu'on justifie la réduction des impôts pour les grosses fortunes (et même l'étatisation de leurs dettes) et la flexibilité pour le monde du travail. Seulement quatre cents de chaque dollar perçu proviennent des impôts sur la richesse.
 
Les millionnaires profitent des impôts les plus bas et de plus, à travers toute sorte de manœuvres financières comme les comptes dans les paradis fiscaux dissimulent jusqu'à 30% de leurs obligations fiscales. Pendant que la grande majorité cherche quelques miettes qui ruissellent, en général avec peu de réussite. Une augmentation de 1% de l'impôt sur les grandes fortunes permettrait de recouvrer des fonds nécessaires pour investir dans la création de 117 millions de postes de travail dans des secteurs comme la santé et l'éducation.
 
Le capitalisme financier, dans sa version néolibérale, est un système qui donne la priorité aux profits exorbitants de quelques uns contre la possibilité de la majorité à avoir une vie digne. C'est également favoriser la production et la consommation effrénées au détriment de l'environnement. 
 
Comment expliquer qu'1% des plus riches dispose de plus du double de la richesse de 6 900 millions de personnes ? Que chaque jour 10 000 personnes meurent pour n'avoir pas eu accès aux soins ? Qu'un enfant sur cinq n'a pas pu accéder à l'éducation ? Qu'on fasse exploser des montagnes et contaminer des milliers de litres d'eau pour obtenir des métaux précieux et pour alimenter l'ego d'une minorité de privilégiés ? Qu'on rase des forêts aux bois essentiels pour augmenter la surface cultivable pour aliments transgéniques ? Que les avancées technologiques soient une menace pour des millions de postes de travail au lieu d'être une opportunité pour éliminer le travail précaire et améliorer la vie de millions de gens ? Que la science et la technique continuent d'être au service des industries d'armements, responsables de tant de morts? Que les Etats-Unis aient plus de missiles que de lits dans les hôpitaux ? Qu'en Argentine les fonds rapaces aient une rentabilité de 1600% au prix de la faim du peuple ? 
 
 
La pandémie du coronavirus nous invite à repenser notre avenir : quoi produire ? Comment le faire ? Pour quoi et pour qui? Quels travaux sont essentiels pour la survie humaine ? Lesquels vont améliorer notre qualité de vie et lesquels vont reproduire simplement un système d'exclusion ?
 
C'est le moment de repenser notre organisation comme espèce. Les ressources naturelles sont suffisantes pour que tout le monde mène une vie digne, sans la faim et sans le minimum vital. Mais pour cela, nous devons abandonner l'individualisme qui est le propre de ce système et penser en termes de salut collectif. Les avancées de la science et de la technologie nous donnent une opportunité unique pour le travail insalubre et que personne ne veut plus faire soit réalisé par des machines. C'est le moment pour que la science et la technologie soit au service de l'amélioration de la qualité de la vie de tous et de toutes. Le moment de mettre la vie et l'environnement au centre de tout.
 
 
Pedro Gaite
économiste
Journal Pagina 12
Partager cet article
Repost0
28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 05:13

Ce petit montage devrait plaire à mon ami et néanmoins lecteur assidu de ce blog M.-J. S., psychanalyste de son état.

 

Il montre comment asservir par la double contrainte, le double bind, cette situation où une personne est sujette à deux contraintes contradictoires ou incompatibles.

 

Depuis plusieurs mois maintenant, le discours de la bande du banquier éborgneur n’est, en surface, que cacophonie. Mais derrière les reculades, les dérobades, les coups de menton, les contritions, les menaces, l’objectif est toujours le même : subjuguer le peuple en s’adressant à lui comme à un enfant et, en le culpabilisant, lui faire accepter l’anormal comme du nécessaire et donc du normal.

 

La double contrainte – le double bind – devient alors une arme  redoutable.

 

La théorie de la double contrainte fut proposée en 1956 par l’école de Palo Alto comme cause ou facteur de la schizophrénie. Le sociologue Norbert Elias montra comment, en période de guerre froide (l’utilisation du mot “ guerre ” par le banquier éborgneur n’était pas improvisée) la peur suscitée par une agression peut devenir une arme au service des dominants. Le banquier éborgneur a, pour l’instant, réussi à imposer un cadre institutionnel, qu’il souhaite pérenne, où les individus, schizophrènes, ne seront plus à même de juger de la réalité de manière rationnelle.

 


 

Comment asservir par la double contrainte

 

Les deux photos ci-dessus nous montrent un monde en apparence fou. En haut, un espace de liberté, pur, mais interdit sans raison apparente par les forces d’un ordre qui sont elles-mêmes prêtes à déraper à la première occasion. On a tous en mémoire la triste mésaventure de cet qui homme qui, muni d’une autorisation en bonne et due forme visée par la Gendarmerie, se vit interdire l’accès de l’Île de Ré où son père se mourait … par un gendarme qui, justement, avait mis de côté ce qui lui restait de raison et d'humanité. Sur cette plage, un promeneur n’aurait aucune chance d’être contaminé par le terrible fléau et ne pourrait lui-même contaminer qui que ce soit.

 

Dans la photo du bas, un agrégat d’humains, dont beaucoup se rendent à leur travail, ne peuvent nullement  respecter la nouvelle législation d’exception. Nous sommes dans un espace  physique et mental confiné, anxiogène, où des comportements physiques illégaux sont requis parce que nécessaires à la bonne marche d’une société qui n’avance plus que sur une jambe.

 

Dans le premier cas, la liberté est donc interdite dans un monde pré-adamique tandis que dans le second la servitude est obligatoire dans un univers potentiellement mortel.

Partager cet article
Repost0
22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 05:20

 

 

 

Quoi qu’en pense l’ignoble vieux jeune homme Christophe Barbier qui n'a pas encore intégré qu'il sera décati avant d'avoir eu le temps de dire "ouf", la société française est organisée de telle manière qu'elle ne peut se passer des personnes âgées, de 65 ans et plus. 

 

Je reprends ici un article de Bernard Conte publié par le Grand Soir qui en fait la démonstration (le titre est de moi). 

 

 

La « pandémie » du coronavirus met en lumière une crise économique et financière déjà présente mais jusqu’alors cachée par un emballement de la planche à billets.

 

La quasi-totalité des pays a adopté des mesures de quarantaine en confinant les populations dans leurs foyers et en limitant drastiquement les déplacements. Après plusieurs semaines, la sortie du confinement est entrevue à travers différents scénarios dont l’un envisageait le report dans le temps du déconfinement des personnes « âgées ».

 

Emmanuel Macron déclarait le 13 avril : « Pour leur protection, nous demanderons aux personnes les plus vulnérables, aux personnes âgées, en situation de handicap sévère, aux personnes atteintes de maladies chroniques, de rester, même après le 11 mai, confinées, tout au moins dans un premier temps. Je sais que c’est une contrainte forte » (1).

 

Le Président du comité scientifique qui conseille les autorités, le Pr Jean-François Delfraissy, avait indiqué le 15 avril que les personnes « au-dessus de 65 ou de 70 ans » devraient rester confinées.

 

Le 17 avril, le Président précise qu’il « ne souhaite pas de discrimination » des personnes âgées dans le cadre du déconfinement progressif après le 11 mai.

 

Comment expliquer les tergiversations présidentielles et sa décision finale ? Ladite décision qui marque la déconfiture (temporaire ?) du confi+ des seniors, va à l’encontre des avis « éclairés » des experts.

 

Une des raisons du revirement présidentiel est à rechercher dans les nombreux effets pervers engendrés par un déconfinement retardé des seniors et des personnes vulnérables.

 

Dans un contexte de confi+ des seniors, une grande part des « élites » œuvrant dans tous les domaines de la société serait maintenue hors-jeu, laissant ainsi subsister des goulets d’étranglement entravant la reprise de l’activité espérée.

 

D’une part, nous envisagerons l’impact de la poursuite du confinement selon l’âge pour les élus et, d’autre part, les conséquences dans d’autres domaines seront évoquées.

 

 

L’impact de la poursuite du confinement pour les élus
La France compte un grand nombre d’élus dans les multiples couches du millefeuille institutionnel. Notre étude ne vise pas l’exhaustivité, elle porte sur les maires, les conseillers départementaux, les conseillers régionaux, les députés et les sénateurs . Deux hypothèses seront envisagées pour les élus : le maintien en confinement 1) des 70 ans et plus et 2) des 65 ans et plus.

 

Les Maires 
La France compte 35 297 maires.
Le maintien en confinement concernerait :
• 11 392 élus de 70 ans et +, soit 32,3%
• 19 120 élus de 65 ans et +, soit 54,2%.

Les conseillers départementaux
Il y a 4 026 conseillers départementaux.
Le maintien en confinement concernerait :
• 689 conseillers de 70 ans et +, soit 17,1%
• 1 349 conseillers de 65 ans et +, soit 33,5%.

Les conseillers régionaux
On dénombre 1 753 conseillers régionaux.
Le maintien en confinement concernerait :
• 154 conseillers de 70 ans et +, soit 8,8%
• 375 conseillers de 65 ans et +, soit 21,4%.

 

Les députés
L’assemblée nationale comprend 577 députés.
Le maintien en confinement concernerait :
• 35 députés de 70 ans et +, soit 6,1%
• 79 députés de 65 ans et +, soit 13,7%.

 

Les sénateurs
On compte 348 sénateurs.
Le maintien en confinement concernerait :
• 99 sénateurs de 70 ans et +, soit 28,4%
• 166 sénateurs de 65 ans et +, soit 47,7%.

 

Les données statistiques révèlent un impact important du prolongement du confinement sur les élus des différentes instances considérées quel que soit le scénario retenu.

 

Les maires et les sénateurs sont les plus touchés. Les autres assemblées enregistrent une répercussion de plus faible intensité mais qui reste toutefois significative.

 

Dans tous les cas, un déconfinement progressif en fonction de l’âge aura des conséquences néfastes sur le fonctionnement des instances politiques pouvant aller jusqu’au blocage.

 

 


L’impact sur les entreprises du maintien du confinement pour les plus âgés
L’activité économique serait impactée de façon significative par les mesures de maintien en confinement des 65 et plus et/ou des 70 ans et +.

 

En effet, selon un sondage « près de la moitié des patrons de PME ont plus de 65 ans » (2). La poursuite de leur maintien en quarantaine se traduirait inévitablement par une mise en danger des entreprises déjà fragilisées par la période de confinement général.

 

Il en est de même pour les dirigeants des grandes entreprises. Quelques exemples d’âge : Bernard Arnault 71 ans (PDG de LVMH), Martin Bouygues 68 ans (PDG du groupe Bouygues), Jacques Aschenbroich 66 ans (PDG de Valeo), Xavier Huillard 66 ans (PDG de Vinci), Maurice Lévy 78 ans (président du conseil de surveillance de Publicis Groupe), Michel-Édouard Leclerc 68 ans (président du Comité Stratégique des centres E. Leclerc), Vincent Bolloré 70 ans (PDG de la Financière de l’Odet, actionnaire majoritaire de Bolloré SA), Jean-Marc Janaillac 67 ans (Président de la Fnege), Hubert Sagnières 65 ans (PDG d’Essilor), Jean-Bernard Lévy 65 ans (PDG d’EDF), Gérard Mestrallet 71 ans (Président du conseil d’administration d’Engie, Président du conseil d’administration de Suez), Laurent Burelle 70 ans (PDG de Plastic Omnium), Jean-Dominique Senard 67 ans (PDG de Renault). Cette liste non exhaustive révèle le nombre significatif de responsables de grandes entreprises susceptibles d’être mis à l’écart par un confinement supplémentaire des personnes plus âgées.

 

 

L’impact sur les médias

De nombreux journalistes, animateurs, consultants, experts... des médias entrent dans la fourchette des âges pouvant être concernée par le prolongement de la quarantaine.

 

Quelques exemples : Philippe Bouvard 90 ans, François de Closet 85 ans, Michèle Cotta 83 ans, Jean-Pierre Elkabbach 82 ans, Alain Duhamel 79 ans, Michel Drucker 77 ans, Olivier Mazerolle 77 ans, Robert Namias 75 ans, Catherine Nay 75 ans, Christine Ockrent 75 ans, Jean-pierre Foucault 72 ans, Evelyne Dhéliat 71 ans, Olivier Duhamel 71 ans, Hélène Pilychowski 71 ans, Jean-Jacques Bourdin 70 ans, Jérôme Jaffré 70 ans, Jean-Pierre Pernaut 70 ans, Jacques Legros 69 ans, Pierre Weill 69 ans, Arlette Chabot 68 ans...

 

En fait, de nombreux acteurs pourraient partiellement ou totalement être privés d’activité car toutes leurs prestations ne peuvent se réaliser par télétravail.

 

 

L’impact dans les autres domaines d’activité

Environ 4% des magistrats ont 65 ans et plus (3). La réforme des retraites de 2010 ayant reculé l’âge limite d’activité de 65 à 67 ans(4) et compte tenu des multiples possibilités de maintien en fonction au-delà de la limite d’âge, il est évident que le nombre de seniors dans la magistrature connaît une croissance notable. La poursuite du confinement des plus anciens risque d’accentuer les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire et notamment d’accroitre les retards.

 

Dans le même ordre d’idée, ceux qui cumulent emploi et retraite, les chercheurs, les enseignants-chercheurs émérites... devraient réduire au cesser leur activité, alors que les médecins pourraient poursuivre la leur car peut-être immunisés.

 

 

L’impact sur le bénévolat

« En 2016, 63% des Français indiquent donner du temps [gratuitement] ou l’avoir déjà fait ! », « tous cadres d’engagement confondus »(5). En effet, cette année-là près de 20,5 millions de personnes ont donné du temps à travers le bénévolat associatif (13,197 millions), le bénévolat dans d’autres organisations (4,410 millions) et le bénévolat direct ou informel (8,302 millions)(6). Le bénévolat touche une part importante de la population et il s’exerce dans de nombreux domaines.

 

En 2016, il représentait une part significative des ressources humaines dans une large palette de secteurs : social caritatif (27%), sport (24%), loisirs (21%), jeunesse éducation populaire (18%), culture (17%), environnement (9%), santé, recherche médicale, aide aux malades (8%), solidarité internationale (7%), formation, emploi, insertion économique (7%), autres (16%) .

 

Concernant les associations qui mobilisent la majeure part des bénévoles, le pic d’adhésion se situe entre 55 et 75 ans . Plus précisément, le nombre de bénévoles associatifs de 65 à 85 ans était de 35 % en 2016(9) . Il apparaît que le fonctionnement de nombreux secteurs est tributaire du bénévolat dont les seniors représentent une large part des effectifs. La poursuite du confinement de cette population désorganiserait voire paralyserait de nombreuses activités nécessaires à la vie sociale.

 

 

Conclusion

Notre grand timonier adore tirer des bords, mais il semble devoir abandonner les mesures de confi+ pour les seniors du fait des désordres qu’elles pourraient engendrer ainsi que des contestations potentielles.

Pour conclure, il est à noter que même s’il était adopté in fine, le confi+ ne concernerait que les 70 ans et plus, car la tranche inférieure aurait inclus une personne éminente de la République.

 


 

NOTES

 

(1) Source des données statistiques : Batiste KOLENC , « Âge, sexe et profession : nos élus mis à nu », Le Dauphiné, 18 nov. 2019, https://www.ledauphine.com/actualite/2019/01/11/age-sexe-et-profession...consulté le 16 avril 2020.
(2) Sondage portant sur 483 PME de 10 à 250 salariés réalisé en 2013, 
https://www.leblogdudirigeant.com/enquete-vraiment-dirigeants-de-pme consulté le 17/04/2020.
(3) Au 1er avril 2017, source : 
http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_Infostat_161.pdf 
(4) Concerne les natifs de 1955 et plus, 
https://www.union-syndicale-magistrats.org/web2/themes/fr/userfiles/fi... consulté le 18 avril 2020.
(5) La France bénévole en 2016, 
http://www.recherches-solidarites.org/media/uploads/la-france-benevole-2016.pdf consulté le 19/04/2020.
(6) La somme des personnes bénévoles engagées dans des cadres différents est supérieure au total de 20,5 millions en raison des engagements pluriels.
(7) Les pourcentages concernent le « taux d’engagement » : « cette notion, utilisée couramment par France Bénévolat, est le pourcentage de personnes qui donnent leur temps par rapport à la totalité de la population concernée », L’évolution de l’engagement bénévole associatif en France, de 2010 à 2016, 
http://www.associations.gouv.fr/IMG/pdf/ENQUETE_Evol_benevolat_associa...
(8) Source : http://addes.asso.fr/wp-content/uploads/2018/12/Prouteau_rapport-compl... 
(9) Source : idem note 7.

 

 

Confiner les personnes âgées et la République s’écroule !
Partager cet article
Repost0
18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 05:24
Ci-dessous un article publié par Bastamag et repris par Le Grand Soir
 
Contrôles arbitraires et violences policières : la répression en temps de confinement

Depuis le début du confinement, les forces de l’ordre ont procédé à 8,2 millions de contrôle et 480 000 verbalisations. De nombreux témoins font état d’abus, de discriminations et de brutalités de la part des forces de l’ordre. Les organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent des contrôles arbitraires et des violences policières. Tour d’horizon de la répression en ces temps confinés.

 

« J’ai senti que dans leur esprit, il y avait deux camps : les bons citoyens et les mauvais. » Mardi 17 mars au soir, Baptiste, ouvrier agricole, est contrôlé dans les rues désertes de Douarnenez alors qu’il se rend chez un ami pour récupérer un ordinateur, seul moyen de s’informer en ces temps confinés. Son tort ? Être sorti alors que le confinement vient juste d’être décrété le jour-même, depuis midi. Au cours du contrôle, Baptiste comprend que le PV signé ne fera pas nécessairement l’objet d’une amende. Cela dépendra du bon vouloir des agents. « On m’a dit que je prenais pour tous les Français qui ne respectaient pas les règles. » Chaque citoyen est désormais tenu de limiter ses déplacements et de se munir d’une attestation dérogatoire en cas de sortie de son lieu de confinement. Sous peine d’une amende forfaitaire [1].

 

Si la nécessité du confinement et du respect des gestes barrières lors des déplacements n’est, très largement, pas contestée, les témoignages d’abus de pouvoir, d’amendes pour des motifs absurdes, voire même de violences policières graves, se multiplient depuis le 17 mars. Une fois de plus, le ministère de l’Intérieur choisit la répression plutôt que la prévention. « Tout citoyen peut subir un contrôle d’identité sans même indice préalable d’infraction », déplore l’avocat Arié Alimi. Selon lui, nous assistons à une « inversion du paradigme de l’État de Droit » : « Tout citoyen dans la rue est un délinquant ou un contrevenant potentiel. » [2]

 

8,2 millions de contrôles, 480 000 verbalisations

« Vous me connaissez, je vais faire comprendre assez vite les consignes », avait tancé le préfet de police de Paris Didier Lallement. Gare à celles et ceux qui comptent se soustraire aux restrictions prises contre l’épidémie qui frappe le pays, et le monde ! Certaines villes ont pris des arrêtés locaux comme à Perpignan où un couvre-feu a été imposé. À Marseille ou Paris, des « drones parlants » surveillent certains quartiers et lancent leurs injonctions métalliques : « Rentrez chez vous ». La ville de Nantes privilégie des hélicoptèresdernier cri à vision nocturne. Depuis le 7 avril, la capitale a aussi interdit les activités sportives individuelles entre 10h et 19h.

 

Trois semaines après le début du confinement, plus de 8,2 millions personnes ont été contrôlées par les 100 000 agents des forces de l’ordre déployées. Plus de 10 % de la population française ! Un demi-million ont reçu une contravention, a annoncé le Ministre de l’Intérieur qui avait traité d’« imbéciles » ceux qui dérogeaient au confinement. Quelques jours plus tôt, son gouvernement enjoignait les électeurs à se déplacer pour voter...

 

Les resquilleurs présumés sont contrôlés partout, y compris sur les plages désertées, les chemins de campagne ou en pleine forêt. Un nageur marseillais a été verbalisé. Tout comme une famille à la sortie de l’enterrement d’un de ses parents ou une agricultrice souhaitant nourrir ses animaux. Même des personnes sans domicile fixe auraient été sanctionnées en raison de leur « attitude virulente ».

 

« C’est absurde, je connais plus de gens verbalisés que de personnes atteintes du coronavirus », raille Sarah, dont le compagnon Kamel a reçu une amende pour sortie non motivée. Cette architecte de 35 ans a été verbalisée en sortant faire ses courses à Romainville (Seine-Saint-Denis). Elle avait oublié de signer et dater son attestation : « Voilà, j’ai dépensé 100 euros de courses et 135 euros d’amende. »

 

« Mais de quoi suis-je accusé ? »

Nombre des procès-verbaux dressés semblent être soumis à l’arbitraire. Sorti faire une activité physique individuelle, conformément à la loi, Élie est interpellé à 200 mètres de chez lui. Motif ? Il portait un jean au lieu d’une tenue de sport, témoigne-t-il dans une lettre de contestation au Procureur de la République [3]. Même situation kafkaïenne vécue par Christophe : alors qu’il sort faire du sport, il est sanctionné par une policière qui aperçoit dans son sac une baguette de pain achetée juste avant le contrôle. « Mais de quoi suis-je accusé ? », se demande Christophe sur le site Révolution Permanente.

 

Le maire de Sanary-sur-Mer (Var), Ferdinand Bernhard (Modem) a pris un arrêté interdisant à ses administrés de s’éloigner à plus de 10 mètres de chez eux. Il leur interdit également de n’acheter qu’une seule baguette à la fois à la boulangerie, pour limiter leur sortie [4].

 

Verbalisée pour des paquets de gâteaux

 

Dans certains cas, la maréchaussée se transforme en inspectrice du contenu des caddies. Plusieurs personnes ont écopé d’une amende pour être sortis acheter des serviettes hygiéniques, des bouteilles de soda ou un journal. Les forces de l’ordre ont estimé qu’il ne s’agissait pas de produits de « première nécessité ». Le journaliste David Dufresne, qui travaille sur les violences et abus policiers, a reçu le courrier d’une dame ayant eu l’outrecuidance d’acheter des paquets des gâteaux [5]. Elle est interpellée dans l’enceinte d’un supermarché Leclerc par des gendarmes, alertés par un anonyme. Sanction : 135 euros. Ces derniers l’auraient sommé de ne pas revenir dans le magasin avant une semaine sous peine de doubler son amende.

 

Les policiers peuvent aussi s’improviser experts médicaux. À Toulouse, une travailleuse sociale nous raconte la contravention reçue par une demandeuse d’asile qu’elle accompagne. Sortie du périmètre autorisé pour trouver un magasin qui accepte les chèques-services, cette femme enceinte « à terme » a écopé de 135 euros pour avoir acheté un pack d’eau. Un déplacement « non conseillé à ce stade de grossesse », selon le gardien de la paix.

« Le policier est plus vecteur de maladie que moi »

Le blog « verbalisé (parce que) » répertorie ce genre de « PV arbitraires ou abusifs », à partir de coupures de presse ou de récits relevés sur le web. À croire que les forces de l’ordre punissent davantage le contournement ou l’adaptation des règles en vigueur plutôt que le risque réel de contamination. « Franchement, le policier est plus vecteur de la maladie que moi. Il a enlevé ses gants, m’a donné son stylo que tout le monde utilise », se désole Julien, sanctionné sur une plage, près de Douarnenez, « très isolée où il n’y avait aucun risque », lors d’une promenade avec sa compagne. En une semaine, Julien s’est depuis fait contrôler trois fois dans la ville.

 

Une jeune mère sortie faire ses courses, tasée et insultée

L’ambiance est encore plus tendue dans certains quartiers populaires, loin des plages et des promenades forestières. Les récits et vidéos de violences policières s’accumulent. Le 18 mars, un piéton est frappé à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) d’un coup de pied par un policier qui tentait de le verbaliser pour défaut de papiers. Selon la préfecture, les policiers l’auraient ensuite aspergé de gaz lacrymogène pour ne pas être contaminés par ses postillons ! À Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), des fonctionnaires assènent un coup de poing à un homme à terre. Scène similaire à Ivry-sur-Seine.

 

À Grigny (Essonne), des policiers en moto renversent un habitant. Les circonstances exactes ne sont pas déterminées. Ramatoulaye, jeune maman de 19 ans, s’est faite tirer dessus au taser par des agents, alors qu’elle revient de faire des courses pour nourrir son bébé, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Emmenée au commissariat sans motif apparent, elle est traitée de « petite merde », selon le récit qu’elle livre au site Actu.fr. Relâchée une heure plus tard, elle aurait tenté de porter plainte mais, coronavirus oblige, toute démarche doit se faire en ligne. Coup de Taser aussi à Marseille contre deux hommes interpellés par trois agents.

 
« On a plus peur de la police que du coronavirus »

À Torcy (Seine-et-Marne), une vidéo filmée par un riverain et signalée par le journaliste Taha Bouhafs montre un homme à terre à l’entrée d’un immeuble entouré de policiers. L’homme, qu’on entend crier, subit visiblement une clé d’étranglement, geste d’interpellation mis en cause dans nombre de décès [6]. « Ils sont censés nous protéger d’une maladie respiratoire et ils tentent de nous asphyxier. On a plus peur de la police que du Coronavirus », lance la journaliste activiste Sihame Assbague, qui collecte toutes ces vidéos et témoignages via son compte Twitter. « Depuis le début, on reçoit énormément de vidéos, plusieurs dizaines, toujours des non-blancs et des pauvres », relève-t-elle.

 

Le 27 mars, aux Ulis, Sofiane sort de chez son père pour aller récupérer des affaires au domicile de sa mère avant d’aller travailler. Interpellé par un agent de la Brigade anti-criminalité (BAC), le salarié d’une plateforme Amazon a oublié son attestation. Il est plaqué au sol puis emmené sous un porche avant d’être frappé et insulté par les policiers qui l’encerclent, puis placé en garde à vue. Sa mère est verbalisée en l’emmenant soigner ses blessures à l’hôpital ! Une plainte a été déposée au parquet d’Évry pour violences aggravées. Un autre,  Sofiene , est tabassé par des policiers à Strasbourg. Après avoir subi des insultes racistes, le jeune homme est placé en garde à vue pour possession de stupéfiants. Il ressort le nez fracturé et avec de multiples contusions. L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie.

 

Les balcons, observatoires des violences policières

Encore aux Ulis (Essonne), Yassine, 30 ans, témoigne de son tabassage par des gardiens de la paix. Alors qu’il sort de son immeuble acheter du pain avec son attestation, des policiers le ramènent dans le bâtiment sans lui signifier le motif. « Ils m’ont roué de coups, éclaté la tête à deux reprises contre le mur, ils m’ont mis un coup de crosse de flash-ball en pleine tête, ils m’ont mis une balayette », déclare-t-il, le visage tuméfié face caméra sur Instagram.

 

Le 4 avril, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), c’est une enfant de 5 ans qui est gravement blessée en marge d’un affrontement entre jeunes et forces de l’ordre. Accompagnant son père pour aller saluer de loin sa grand-mère, elle aurait reçu un tir de LBD (lanceur de balle de défense). Elle a été hospitalisée suite à une fracture du crâne. Les violences policières ne se sont pas arrêtées avec le confinement. « Je ne pense pas qu’il y en ait plus que d’habitude, juste plus de gens qui filment. Les balcons deviennent des observatoires des agissement des forces de l’ordre », note Sihame Assbague.

 

L’Observatoire parisien des libertés publiques – créé par les sections parisiennes de la Ligue des droits de l’Homme et du syndicat des avocats de France – réalise lui aussi un travail de vigilance vis-à-vis des méthodes employées par les forces de l’ordre. « La gravité de la situation ne saurait justifier des interventions illégitimes, discriminatoires ou disproportionnées de la police ou de la gendarmerie, dans le cadre des missions spécifiques qui leur sont actuellement dévolues », rappelle cet Observatoire, rappelant la nécessité de filmer les violences dont chacun peut être témoin. Sur ce sujet, le collectif Urgence notre police assassine a récemment créé une application qui enregistre la vidéo en direct sur un serveur sécurisé, dans le cas où le téléphone utilisé serait confisqué par les forces de l’ordre.

 

Prison pour « mise en danger de la vie d’autrui »

Face à la situation, plusieurs syndicats étudiants (Solidaires étudiant, Unef) et associations (Fidh, Human Rights Watch, LDH, Action droit des musulmans...) appellent le ministère de l’Intérieur « à veiller à ce que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19 ne donnent pas lieu à des abus ». Le gouvernement a plutôt opté pour un durcissement des sanctions allant jusqu’à une peine de six mois de prison en cas de récidive dans l’irrespect de confinement. Contre l’avis de plusieurs parlementaires : « On passe de la contravention au délit, au-delà de toute proportionnalité », s’est inquiété le député centriste Charles de Courson (UDI).

 

Plusieurs personnes en ont déjà fait les frais. À Béthune (Pas-de-Calais), un homme a écopé en comparution immédiate d’une peine de six mois de prison ferme. Dans la Loire, un homme de 35 ans a été verbalisé à huit reprises puis condamné. Motif ? « Mise en danger de la vie d’autrui ». Un chef d’inculpation problématique aux yeux de certains juristes car la violation porteuse de risque nécessite de remplir plusieurs conditions, dont la manifestation délibérée d’exposer immédiatement autrui à un danger de mort ou de blessures. Ce qui n’est pas nécessairement le cas des personnes bravant l’injonction de rester chez soi. « Envoyer en prison des contrevenants (...) expose le condamné à une contamination en détention et risque aussi de propager le virus dans ces espaces clos », critique l’avocat Raphaël Kempf dans une tribune. L’avocat craint que ces lois d’exception édictées dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire ne se transforment en droit commun et permanent.

 

Pas tous égaux face au confinement

Aveugles aux inégalités sociales, les mesures de restriction sanitaire sont encore plus dures dans les quartiers populaires, premiers touchées par les brutalités policières. Le premier jour de restriction, la Seine-Saint-Denis, l’un des départements les plus pauvres de France, concentrait déjà 10% des procès verbaux, selon Le Parisien. « Le gouvernement a oublié de dire qu’on ne se confine pas de la même manière dans un quartier pauvre qu’à Neuilly-sur Seine », rappelle Sihame Assbague.« Comment expliquer à des jeunes qu’il ne faut pas sortir alors qu’ils sont confinés avec leurs parents, souvent livreurs, femmes de ménage, exposés au risque de maladie, en première ligne pour rendre service à l’ensemble de la population ? ».

 

Cette dite « indiscipline » des banlieusards a ravivé les vieux réflexes xénophobes et anti-pauvres de l’extrême droite. Même état d’esprit chez certains fonctionnaires de sécurité, quand on lit les échanges d’un groupe de discussion Facebook rapportés par Médiapart.

 

Pourtant, les habitants « indisciplinés » s’adonnant au footing dans les quartiers bourgeois de la capitale ne subissent pas le même violence. Ni les 1,3 million de Franciliens partis retrouver leur famille ou s’isoler dans une maison secondaire, quitte à propager le virus dans des régions peu contaminées. Les employeurs qui privilégient le maintien de la production sans nécessairement respecter les mesures sanitaires minimales semblent également épargnés par les contrôles, comme cette usine d’un équipementier automobile dans l’Aisne. À l’inverse, les postiers des Hauts-de-Seine exerçant leur droit de retrait face au risque de contamination sur leur lieu de travail subissent un contrôle policier. Même sort pour les travailleurs n’ayant pas leur attestation complétée ou imprimée [7]. À l’image de ces soignants de Béthune (Pas-de-Calais), en première ligne face à l’épidémie, qui se sont plaints d’être arrêtés en allant prendre leur service à l’hôpital [8].

 

Des forces de l’ordre sans matériel de protection

Du côté des forces de l’ordre, 10 000 policiers et gendarmes seraient désormais confinés [9]. Parmi ceux mobilisés, de nombreux agents se disent indignés par l’irresponsabilité des citoyens et se plaignent d’être pris pour cible dans certains quartiers. Une policière a été blessée par un projectile lors d’un contrôle à Beauvais (Oise) [10]. Plusieurs syndicats de police ont menacé de cesser les contrôles s’ils ne recevaient pas de matériel de protection. Dans un témoignage publié par l’Association professionnelle de gendarmerie, un militaire anonyme atteint du Covid-19 dénonce un « scandale d’État » : « Je suis en colère d’avoir été contraint de contrôler des centaines d’automobilistes sans masque. C’est là que j’ai été contaminé, et combien de personnes ai-je pu contaminer à mon tour ? ». Ironie du sort, des gendarmes ont même verbalisé des policiers qui n’avaient pas d’attestation signée de leur employeur, c’est-à-dire l’État.

 

Dérive sécuritaire sous caution sanitaire

Pendant que l’État sanctionne le comportement individuel des citoyens, d’autres pointent la responsabilité des choix politiques dans la gestion de crise sanitaire, autrement plus dangereux pour la santé des Français que certaines soustractions aux mesures de confinement. « On assiste à un glissement progressif de la santé publique à la sûreté sanitaire, jusqu’à la sécurité intérieure », s’inquiète le sociologue de la santé Frédéric Pierru dans L’Humanité. Il propose une alternative préconisée par des médecins états-uniens : « Que la force publique se concentre sur la distribution de masques, de tests de dépistage et autres mesures de protection ».

 

Notes

[1] Le non-respect de ces règles est passible de 135 euros. Le montant est portée à 1500 euros en cas de récidive sous quinze jours. Quatre violations en un mois sont punies de 3750 euros.

[2] Lire ses explications sur twitter, à la suite de comparutions immédiates liées au non respect du confinement.

[3] A consulter ici, via Twitter.

[4] Lire cet article du site 20 Minutes.

[5] Lire ici, via twitter.

[6] Lire notre article sur le sujet.

[7] Le formulaire est depuis le 6 avril disponible en version numérique, téléchargeable sur smartphone.

[8] Lire cet article de La Voix du Nord.

[9] Lire cet article du Figaro.

[10] Lire cet article du Parisien.

Partager cet article
Repost0
17 avril 2020 5 17 /04 /avril /2020 05:22

Ci-dessous une analyse politique de Roland Gori, le président de l'Appel des appels, de la crise sanitaire.

 

 

Chers tous,

 

Aujourd’hui nous avons la peste, ou plutôt le Covid-19 provoqué par le SARS-CoV-2, - à croire que même les virus se convertissent à l’informatique -, et y perdent la simplicité des mots que l’on garde en mémoire et qui fondent les mythes. Tout le monde connait « la peste ». Qui se souviendra longtemps de cette saloperie de SARS-CoV-2 ? Il faut dire que ce sont les hommes qui nomment leurs malheurs, leurs peines et leurs joies. Et ces hommes, actuellement ont une fâcheuse tendance à « barbariser » la langue en la convertissant au numérique. Ce numérique ne le diabolisons pas trop quand même. C’est grâce à lui aussi que nous vous écrivons, que nous poursuivons une partie de nos activités, et que demain, peut-être il contribuera à nous soigner, à nous dépister et à nous alerter. La langue numérique, comme toute langue, est, comme disait Esope, la pire et la meilleure des choses. Ce sont les hommes qui en décident ainsi, qui en font la meilleure ou la pire des choses. A force de numériser le monde pourrions-nous nous voircondamnés à ne nous mouvoir que dans ses sphères digitales ? Serions-nous condamnés à mourir infectés par cette petite merde monocaténaire de forme elliptique mesurant en moyenne de 60 à 140 Nm ou voués à ne vivre que comme des hikikomori japonais dans nos écrans numériques ? 

 

Mais, les hommes, les humains comme on dit aujourd’hui, sont sur le front de l’épidémie. Ils y pratiquent leurs métiers. Ce ne sont pas des héros, ce sont des hommes de métiers, des hommes « honnêtes », admirables comme il en existe au cours des tragédies de l’histoire humaine. On se souvient de La Peste d’Albert Camusdu Dr Rieux faisant face au mal qui frappe la ville d’Oran et qui répond à la question du « courage », de « l’héroïsme » et de l’« honnêteté » par la simple, la vraie, l’exigeante éthique du métier : « c’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté. […] Je ne sais pas ce qu’elle est en général. Mais dans mon cas, je sais qu’elle consiste à faire mon métier. » 

 

Aujourd’hui, le gouvernement voudrait faire de tous ces travailleurs des « héros ». Comme le rappelle opportunément Marie José Del Volgo (cf ci-dessous) : « il est dangereux de faire endosser aux soignants le costume du héros ». Et puis, est-ce si « honnête » ? Ces pouvoirs qui, depuis plus d’une décennie, s’efforcent de faire l’éloge de l’éthique entrepreneuriale de l’entreprise, vantent les mérites des « premiers de cordée », déplorent tous ces pauvres, ces « gens de rien » qui « coûtent un pognon de dingue », imposent une logique austéritaire aux hôpitaux, aux systèmes éducatifs et de recherches, aux services d’information et de culture, aux institutions de justice et d’accompagnement social. Si aujourd’hui le pouvoir élève à la dignité de « héros » tous les hommes et toutes les femmes de métiers, c’est bien qu’il a beaucoup à se faire pardonner, beaucoup de choses à nous faire oublier ! Demandez aux RASED (cf la déclaration ci-après), demandez aux chercheurs (cf la lettre de Bruno Canard), aux soignants que les gouvernants appellent aujourd’hui à applaudir comme les « héros » du soin et sur lesquels ils jetaient naguère leurs meutes de robocops. Hier, la France populaire était dans la rue pour préserver un système de retraite par répartition dont on nous annonçait en vociférant d’un doigt menaçant qu’il serait en déséquilibre de 17 milliards d’euros sous peu. Ne parlons même pas des Cassandre qui annonçaient la fin du monde parce que le déficit de la sécurité sociale allait atteindre 4 milliards. Ne parlons même pas du point d’indice des fonctionnaires, du gel et de la CSG des retraités, ni des salaires de misère des « héros » sans lesquels aujourd’hui nous serions plongés dans le dénuement. C’est étonnant, ces « petits » milliards qui ont coûté des mains arrachées, des visages éborgnés, des peurs et des souffrances, du temps perdu, ils pèsent peu au temps des catastrophes. Aujourd’hui, et on doit s’en réjouir, Bruno Lemaire, bien plus intelligent que la moyenne des ministres LREM, « arrache » plus de 500 milliards et promet de doubler la mise pour relancer l’économie française mise à terre, non par des revendications salariales… mais par un petit virus, une saloperie de petit virus qui cause de bien des morts, bien des décès, bien des souffrances, la perte de nos libertés, au premier rang desquelles la possibilité de nous déplacer. Si un petit virus, une petite merde d’ARN mal fagoté, mais anthropophage, parvient à désorganiser la planète, à produire plus d’épouvante que les terroristes, à mettre à terre une économie néolibérale globalisée que les mouvements politiques et sociaux n’étaient pas parvenus à ébranler, quel monde avons-nous construit ? Quel monde avons-nous laissé se construire sans nous ? 

 

Ce petit virus tueur a mis en évidence l’indigence des politiques de santé. Et, aujourd’hui en France le « ressentiment » est lourd et profond. Depuis au moins trois quinquennats les fondés de pouvoir du néolibéralisme, ci-devant présidents de la République, ont contribué à « casser » les services publics en les soumettant aux régimes d’austérité et de privatisation mondialisé. Le mépris de ces administrateurs de l’économie néolibérale pour « leurs » fonctionnaires et leurs services d’Etat a été tel que la France qui était dotée, en 2000, du meilleur service de santé au monde s’est trouvée rétrogradée à un niveau fort « passable » dans les comparaisons européennes. Ce qui explique que nous ayons dix fois plus de morts du Covid-19 que l’Allemagne, par exemple. Nous avons, en partie, externalisé la production de masques, celle des réactifs chimiques des tests de dépistage, fermé les usines de fabrication de bouteilles d’oxygène… et j’en oublie ! Du coup, à la légitime préoccupation sanitaire de limiter la propagation d’un virus très contagieux, le portrait type du tueur de l’humanité prévu de longue date, s’ajoute, voire prévaut, la nécessité de « soigner » les carences produites par les politiques gouvernementales qui, depuis près de quinze ans, taillent dans les effectifs de nos système de santé. L’Allemagne a deux fois plus de lits de réanimation, par exemple, par nombre d’habitants que la France. Près de 100 000 lits hospitaliers ont été fermés en France ces dernières années pour « économiser » sur le budget public ! Résultats des courses, nous sommes confinés, non seulement pour limiter la propagation du virus mais aussi pour « masquer » les défaillances des politiques de santé. Au lieu de nous dépister, les dirigeants nous invitent à fabriquer des masques artisanaux, masques qu’ils nous déconseillaient naguère, faute d’avoir anticipé, prévu de protéger des stocks de matériel médical, des ressources de « guerre ». Ces « stocks » de masques liquidés, abandonnant aux entreprises le soin de s’en charger. Soyons charitables, évitons d’évoquer le cas de cette ministre de la santé qui avait tout prévu mais n’a rien fait. Ou l’irresponsabilité de ceux qui ont abandonné notre indépendance nationale en matière de sécurité sanitaire en délocalisant la fabrication de matériel médical de première nécessité. C’est ainsi que nous sommes devenus dépendants de la Chine pour des approvisionnements essentiels et de la charité allemande pour pallier à nos manques de lits de réanimation. Non sans révéler une pitoyable lâcheté nationale ayant conduit à abandonner l’Italie à son triste sort par ceux-là même qui quelques temps auparavant, les larmes dans la voix ou le courroux en bandoulière, lui donnait des leçons de solidarité européenne ! 

 

Nous sommes en proie à l’univers de la peste, à l’empire des souffrances qu’elle provoque, aux malheurs qu’elle engendre, aux paniques qu’elle appelle, aux recompositions sanitaires, géopolitiques et sociales qu’elle exige. La vulnérabilité que chacun éprouve aujourd’hui le rend plus humain, plus égoïste aussi. Il y a les gestes de solidarité. Il y a aussi les vols de vautours et le pillage des hyènes. Il y a ceux ou celles qui te donnent un masque parce qu’ils te pensent « personnes à risques ». Il y a ceux qui volent les gels hydro-alcooliques ou les masques des soignants pour eux-mêmes ou pour leurs « marchés noirs », noirs comme leurs âmes, mercantiles comme leurs vies. Les salauds ressemblent à leur époque, les gens bien, aussi. Il y a aussi la révélation des inégalités, ceux qui bronzent autour d’une piscine et ceux qui s’entassent dans une pièce exigüe. Il y a le plaisir et puis aussi la haine. Dans tous les cas, la crainte, la peur, l’extrême solitude à l’autre bout de moi ou dans le confinement des autres. Comment une fois encore, ne pas citer Camus : « les familles pauvres se trouvaient ainsi dans une situation très pénible, tandis que les familles riches ne manquaient à peu près de rien. Alors que la peste, par l’impartialité efficace qu’elle apportait dans son ministère, aurait dû renforcer l’égalité chez nos concitoyens, par le jeu normal des égoïsmes, au contraire, elle rendait plus aigu dans le cœur des hommes le sentiment de l’injustice. Il restait, bien entendu, l’égalité irréprochable de la mort, mais celle-là, personne ne voulait. » 

 

On l’aura compris, je suis en colère. Je suis en colère car depuis 2009 l’Appel des appels lance des mises en garde auprès des responsables politiques et de l’opinion publique. A quelques rares exceptions, près nous n’avons jamais été entendus, et lorsque nous étions écoutés c’était bien souvent à la veille d’une échéance électorale. Aujourd’hui la catastrophe sanitaire, sociale et économique que nous traversons exige que nous puissions être écoutés et entendus, exige que l’on reconsidère l’utilité sociale des métiers et la valeur de tous ceux qui les exercent. Il faut une fois pour toutes jeter à la poubelle de l’histoire les impostures des grilles d’évaluation ou contraindre ceux qui les fabriquent à aller directement en faire usage eux-mêmes sur le front de l’épidémie. Faute de quoi, nos démocraties seront balayées lors des prochaines pandémies. Nous ne cessons de le répéter depuis plus de dix ans, le programme de restauration des sociétés européennes est toujours celui de la Déclaration du Bureau International du Travail en mai 1944 à Philadelphie : investir dans la santé, l’éducation, la culture et la justice. Au lieu de les imputer dans la colonne des déficits, il vaudrait mieux les aligner dans celle des investissements ! Faute de quoi l’économie dont se gargarisent les Bouvard et Pécuchet du néolibéralisme sera « dans les choux ». Aujourd’hui elle s’en approche et on ne saurait s’en réjouir. Aujourd’hui nous redécouvrons l’économie réelle, celle des services et des entreprises répondant véritablement aux besoins des citoyens, à leurs désirs aussi. Mon ami Bernard Maris me l’avait dit, « on redécouvre Keynes dans les Grandes Ecoles ». Il était temps.

 

Laissons encore à Albert Camus et à son double, le Dr Rieux, le mot de la fin, celui de l’espoir : « bien entendu, un homme doit se battre pour les victimes. Mais s’il cesse de rien aimer par ailleurs, à quoi sert qu’il se batte ? »

 

Roland Gori
Président de l’Appel des appels

 

 

Malheur aux pays qui ont besoin de héros !
Partager cet article
Repost0
16 avril 2020 4 16 /04 /avril /2020 05:18

Je ne sais pas qui a écrit ça, mais c'est fort bien vu :

 

Les nouvelles règles :


1. Vous ne pouvez pas quitter la maison en principe, mais si vous en avez besoin, vous pouvez quand même.


2. Les masques ne servent à rien, mais il faudrait peut-être en porter, ça peut sauver.


3. Les magasins sont fermés, sauf ceux qui sont ouverts.


4. Il ne faut pas aller dans les hôpitaux, sauf s'il faut y aller, même chose pour les médecins, il ne faut y aller qu'en cas d'urgence A CONDITION que vous ne soyez pas malade (?!?)


5. Ce virus est mortel, mais pas trop effrayant néanmoins, sauf que si parfois. En fait ça va être une catastrophe planétaire.


6. Les gants n'aideront pas, mais ils peuvent aider quand même.


7. Tout le monde doit rester à la MAISON, mais il est important de SORTIR.


8. La nourriture dans le supermarché ne manquera pas, mais il y a plein de choses qui manquent si vous y allez en fin de journée mais ll ne faut pas y aller le matin.


9. Le virus n'a pas d'effets sur les enfants sauf sur ceux sur qui il en a...


10. Les animaux ne sont pas atteints, mais il y a malgré tout un chat qui a été testé positif en Belgique en février, quand on ne testait encore personne, mais ce chat oui ?!?


11. Vous aurez de nombreux symptômes si vous êtes malade, mais vous pouvez aussi tomber malade sans symptôme, avoir des symptômes sans être malade ou être contagieux sans symptôme. Ah ? Bref ???


12. Pour ne pas être malade, vous devez bien manger et faire du sport, mais mangez malgré tout ce que vous avez sous la main et c'est mieux de ne pas sortir, enfin si, mais non...


13. Il est préférable de prendre l'air, mais vous serez très mal vu si vous allez prendre l'air, et surtout n'allez pas dans les parcs, ou alors sans vous asseoir, sauf que maintenant si, vous pouvez si vous êtes vieux (à quel âge on est vieux ?!?) mais pas trop longtemps ou enceinte (mais pas vieille).


14. Vous ne pouvez pas aller chez les personnes âgées, mais vous devez vous en occuper et apporter des courses et des médicaments.


15. Vous ne pouvez pas sortir si vous êtes malade, mais vous pouvez aller à la pharmacie. Pour les soignants, même avec de la température, vous pouvez travailler, allez, pas plus de 38°C... 37,9 c'est pas grave, sauf si vous n'êtes pas soignant.


16. Vous pouvez commander la livraison de plats préparés qui l'ont peut-être été par des personnes qui ne portaient ni masques ni gants. Mais il faut laisser décontaminer vos courses pendant 3 heures dehors.


17. Chaque article ou interview inquiétant commence par les mots "Je ne veux pas semer la panique, mais...".


18. Vous ne pouvez pas voir votre mère ou votre grand-mère âgées, mais vous pouvez prendre le taxi et rencontrer un chauffeur de taxi âgé.


19. Vous pouvez vous promener avec un ami mais pas avec votre famille si elle ne vit pas sous le même toit.


20. Mais on vous dit que se promener avec la bonne "distanciation sociale" n'est pas dangereux alors pourquoi on ne peut pas se promener avec d'autres amis ou de la famille (un à la fois) si on est dehors à la bonne distance ?


21. Le virus reste actif sur différentes surfaces pendant deux heures, non, quatre, non, six, non, on a pas dit des heures, c'est peut-être des jours ? Mais il a besoin d'un environnement humide. Oh non, en fait pas nécessairement.


22. Le virus reste en suspension dans l'air enfin non, ou oui, peut-être, surtout dans une pièce fermée, en une heure un malade peut en contaminer dix, donc si ça tombe tous nos enfants ont déjà été contaminés à l'école avant qu'elles ferment ?


23. On compte le nombre de morts mais on ne sait pas dire combien de personnes sont infectées, puisque jusqu'ici on a testé que ceux qui étaient "presque morts" pour savoir si c'était de ça qu'ils allaient mourir...


24. On n'a pas de traitement sauf qu'il y en a peut-être un, qui n'est apparemment pas dangereux mais en fait si quand-même peut-être.


25. On devrait rester confinés jusqu'à la disparition du virus mais il ne va disparaître que si on arrive à une immunité collective et donc à condition qu'il circule... et pour ça il faut qu'on ne soit plus confinés...


26. On a un ministre des masques, mais on n'a pas de masques, et ceux qu'on a, c'est pas les bons.


27. Et grâce à toutes ces règles, on a déjà une diminution de l'augmentation.

 

Le banquier éborgneur : le plus grand président de l'Univers et de tous les temps
Partager cet article
Repost0
9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 05:13

Frédéric Keck, anthropologue, dirige le Laboratoire d’anthropologie sociale. Spécialiste des questions de biosécurité, il a conduit entre 2007 et 2014 des recherches ethnographiques à Hong Kong, Taïwan et Singapour, trois territoires aux frontières de la Chine, pour étudier la transmission des virus des animaux aux humains. Il est l’auteur  d’Un  monde grippé (Flammarion, 2010) et de Des hommes malades des animaux (l’Herne 2012). Son dernier livre, les Sentinelles des pandémies. Chasseurs de virus et observateurs d’oiseaux aux frontières de la Chine, est à paraître aux éditions Zones sensibles.

 

La nature est-elle en train de se venger ? La diffusion du coronavirus est en tout cas lié à la fois à la mondialisation et au grand déséquilibre de nos écosystèmes, explique le Frédéric Keck, directeur du Laboratoire d’anthropologie sociale-EHESS. Que signifie être réellement préparé à une pandémie ? Quel est l'impact de la perte de biodiversité ? Quelles leçons tirer de cette crise majeure ? Les réponses d'un historien de la philosophie et anthropologue.

 

Vous écriviez déjà dans votre livre Un monde grippé, paru en 2010, que la question n’est pas de savoir si une épidémie va arriver, mais si nous y sommes préparés... Vous reprenez ce propos dans l’introduction de votre dernier ouvrage, les Sentinelles des pandémies. Que signifie être préparé ?

 

Frédéric Keck. L’épidémie à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés est attendue depuis au moins 2003, année marquée par la survenue du Sras. Mais, depuis les années 1970, la pandémie est considérée comme un risque contre lequel doivent être mis en place de nouveaux dispositifs de sécurité, reposant singulièrement sur l’anticipation dès la détection des premiers cas – les patients zéro –, et la surveillance des populations sensibles, dites sentinelles. C’est aussi dans les années 1970 que des historiens de l’environnement, comme William McNeill ou Emmanuel Le Roy Ladurie, décrivent l’expansion de l’humanité comme une suite de pandémies. Ce caractère cyclique a alors conduit les experts à penser qu’une nouvelle pandémie était imminente, et qu’elle tuerait des millions de personnes. Après quoi, il y a eu le VIH, Ebola, H5N1 et le Sras, des maladies virales dites émergentes. Si bien qu’en 2005, les autorités sanitaires internationales ont mis en place le règlement sanitaire international. Apparaît alors une sorte de concurrence entre les États pour savoir s’ils sont suffisamment prêts pour la prochaine vague. Se posent, entre autres, les questions de l’achat de masques, de vaccins, d’antiviraux...

 

Un an après, en France, le ministre de la Santé Xavier Bertrand proclamait que le pays voulait être parmi les États les mieux préparés, affirmant qu’en la matière, il ne saurait y avoir de limitation des moyens financiers. Force est de constater qu’en miroir d’une volonté proclamée, il y a la réalité, celle du désinvestissement dans les infrastructures de l’hôpital public, lequel conduit aujourd’hui, par exemple, à la pénurie de masques et à des effectifs de lits et de soignants insuffisants.

 

Vous développez, dans votre ouvrage la théorie des 3 P : prévention, préparation et précaution. Qu’est-ce qui les distingue ?

 

Frédéric Keck. La prévention, c’est l’idée que l’on peut calculer les risques sur un territoire pour une population donnée à partir de statistiques portant sur des cas singuliers – un cas d’épidémie ou un cas d’inondation. Le raisonnement se fait à l’échelle d’un territoire et d’une population déterminée, avec la mise en œuvre de quarantaines, la diffusion de vaccins, ce qui peut permettre de gérer des épidémies comme la tuberculose, la rage ou la variole.

 

Le passage de la prévention à la préparation, c’est lorsque l’on ne peut plus calculer le risque d’une catastrophe, mais seulement l’imaginer comme si elle était déjà là, afin d’en limiter les dégâts. C’est l’idée d’un événement dont la probabilité n’est pas calculable, mais dont les effets sont catastrophiques.

 

Frédéric Keck. Dès lors, il s’agit de penser au niveau global et de poster des alertes au plus près d’un signal de déclaration de pandémie. La préparation est plus adaptée aux maladies émergentes : on envoie des signaux d’alerte, on établit des scénarios et l’on stocke les masques, les vaccins, les antiviraux. C’est ce qui est fait depuis trente ans pour Ebola, la grippe pandémique ou les coronavirus responsables des Sras.

 

Vous parlez aussi des trois S, au sujet des techniques de gestion liées à la préparation...

 

Frédéric Keck. Les trois S désignent les sentinelles, les simulations et le stockage. Wuhan est une ville sentinelle. Elle est équipée d’un laboratoire P4, construit avec la France et inauguré en 2017, pour repérer précocement de nouvelles pandémies passant des animaux aux humains. C’est ce qui a permis de séquencer très rapidement le Sars-Cov-2. Les virologues de Wuhan ont vite mis en évidence l’analogie entre ce nouveau coronavirus et un virus qui avait été identifié sur des chauves-souris en 2018. Wuhan est devenue une bonne sentinelle, comme l’avait été Hong Kong en 2003 pour le Sras. La Chine fait également des simulations. Son personnel hospitalier est entraîné à la gestion de maladies respiratoires aiguës. Singapour aussi a beaucoup investi dans ces simulations. Taïwan est en avance pour le stockage des antiviraux. Quant au stockage de masques, on a vu que ces pays en avaient en quantité bien supérieure aux pays occidentaux.

 

Pour quelles raisons ces pays ont-ils mieux anticipé, au point d’être présentés comme modèles par l’OMS ?

 

Frédéric Keck. Le rapport de l’OMS du 28 février donne explicitement la Chine comme modèle de la gestion du coronavirus, tout en reconnaissant que ce serait difficile de l’appliquer au reste du monde, parce que ce n’est pas le même système politique. Mais je pense qu’on ne peut pas dire que la Chine est un modèle. Le modèle, ce sont plutôt les tigres asiatiques que le lion chinois. Ce que j’appelle les sentinelles de pandémie ont réussi à réagir très rapidement. Taïwan, Singapour, Honk Hong, Corée du Sud n’ont pas mis en place le confinement. La Chine populaire, elle, a quand même perdu trois semaines au départ du foyer. Les autorités de Wuhan ont réprimé leurs lanceurs d’alerte, comme Li Wenliang, le jeune ophtalmologue. S’ils avaient été écoutés et si les autorités sanitaires avaient bien fait leur travail début janvier, je pense que l’on aurait gagné du temps.

 

Vous observez, et vous n’êtes pas le seul, que toutes les épidémies sont liées aux grandes phases de la mondialisation, à l’accélération et à la multiplication des échanges. Vous considérez que celle de Covid-19 est la face sombre de la mondialisation. Expliquez-nous.

 

Frédéric Keck. On peut considérer que la grande peste du Moyen Âge est une première étape de «mondialisation ». Elle est intervenue au moment de la constitution des villes comme lieux de commerce. Le contact entre l’Europe et ce que l’on appelait le Nouveau Monde s’est manifesté par un échange de maladies. Nous leur avons apporté la variole, qui a décimé les populations amérindiennes, et ils nous ont transmis la syphilis, qui a décimé les populations européennes.

 

Au XIXe siècle, deux maladies se diffusent à travers le monde, bouleversant les formes de gouvernement colonial que les Européens mettent alors en place. Le choléra affecte les villes en pleine expansion, à travers les systèmes de circulation de l’eau, tandis que la peste se répand à nouveau, cette fois depuis les ports, à travers les rongeurs transportés par les bateaux.

 

La révolution industrielle s’est accompagnée de maladies comme la tuberculose, qui a touché particulièrement les ouvriers dans les quartiers populaires. À l’accélération de la mondialisation succède un nécessaire ralentissement par la pandémie. Depuis les années 1970, nous vivons une nouvelle phase de la mondialisation, plutôt liée à l’ouverture du commerce international, à une nouvelle dépendance du système capitaliste par rapport à la Chine et à l’Asie. Aujourd’hui, nous nous trouvons, en réalité, toutes et tous, aux frontières de la Chine, qui est le nouveau centre de la mondialisation.

 

Les pandémies ne sont-elles pas aussi le signe d’un grand déséquilibre de nos écosystèmes ?

 

Frédéric Keck. La perte de biodiversité est un facteur important pour le risque de grippe aviaire pandémique. Il y a toujours eu des transmissions de virus de grippe par les oiseaux, particulièrement les canards. On a vécu avec pendant des millénaires. Si la grippe aviaire est devenue une vraie menace, c’est en raison des élevages industriels, intensifs, dans lesquels les volailles sont génétiquement standardisées. Le nombre de volailles est passé de treize millions en 1968 à treize milliards en 1997. L’uniformité génétique est un facteur de propagation, elle rend les organismes plus vulnérables, alors qu’une diversité génétique dans un petit élevage de volailles est une bonne protection. On sait aussi que la déforestation amène les chauves-souris plus près des habitats urbains. On peut dire que les nouvelles épidémies forcent à poser collectivement les questions écologiques, qui semblaient réservées à une minorité. Les meilleures préparations n’agissent pas sur les causes du problème.

 

Au final, de quoi la pandémie de Covid-19 est-elle le nom ?

 

Frédéric Keck. La pandémie est le signe que l’espèce humaine peut disparaître. Elle est le signe d’une accélération du commerce, d’une dépendance à la Chine, d’une standardisation écologique qui produit ces mécanismes d’émergence.

 

 

 
Frédéric Keck : «Cette pandémie est le signe que l’espèce humaine peut disparaître»

 

On dit aussi que « la nature se venge ». Qu’en pensez-vous ?

 

Frédéric Keck. C’est un bon slogan pour donner à voir de quel ordre est la menace. Il ne s’agit pas d’une menace chinoise, mais d’une menace de la nature par rapport à l’humanité elle-même. La formulation originale, celle de René Dubos, biologiste américain d’origine française est, en anglais, « nature strikes back » « la nature rend coup pour coup ». À chaque fois que l’humanité invente une arme pour la maîtriser, comme les vaccins ou les antibiotiques, la nature invente une autre arme pour déjouer notre conquête, en nous transmettant des maladies nouvelles. Ce n’est pas la nature comme un dieu vengeur, mais comme un mécanisme qui répond aux perturbations que l’humanité lui impose.

 

Que pensez-vous des enjeux actuels autour de la recherche et des essais cliniques pour trouver vaccins et traitements ?

 

Frédéric Keck. J’ai surtout travaillé avec des virologues et des ornithologues pour comprendre ces transmissions des virus des animaux aux humains. Je me heurtais toujours à un mur quand j’essayais de parler du travail des industries pharmaceutiques. Celles-ci financent une part des recherches, dans des conditions très opaques. J’ai assisté à des congrès d’entreprises pharmaceutiques qui permettent de comprendre que le stockage de vaccins ou d’antiviraux produit de la valeur économique dans un monde où les valeurs de coopération et de transparence sont pourtant essentielles. Les virologues étaient fiers de dire que leur recherche était financée par des fonds publics, qu’ils font de la recherche fondamentale, et non de la recherche appliquée. Je peux témoigner qu’ils avaient vraiment un objectif de service public, à savoir comprendre les mécanismes fondamentaux de transmission des virus et de réaction des humains. Il faut espérer que les investissements annoncés par la France et l’Union européenne ne concernent pas que la recherche appliquée, laquelle débouche aussi sur des profits pour l’industrie pharmaceutique, mais qu’ils s’intéressent à la recherche fondamentale. Cette dernière pose les vraies questions, de biologie, mais aussi de sociologie, d’écologie, de philosophie politique.

 

Quelles leçons tirez-vous de cette crise majeure ?

 

Frédéric Keck. C’est une opportunité exceptionnelle de repenser notre fonctionnement, notre système, de construire un autre scénario pour l’avenir, de forger un nouveau contrat entre les collectifs d’humains et de non-humains. Les pandémies de grippe ou de Sras rappellent aux humains que les maladies infectieuses émergent des transformations de leurs relations aux animaux – élevage industriel, déforestation. Alors que chaque État est en train de se calfeutrer derrière ses frontières, dans une surenchère insupportable sur le confinement, la question essentielle est de savoir comment penser une solidarité internationale, entre humains et entre humains et non- humains, penser une solidarité entre espèces, de sorte qu’un monde post-pandémique soit un monde où les humains apprennent à nouveau à vivre avec les animaux.

 

Propos recueillis par Latifa Madani

 

Source

Partager cet article
Repost0
7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 09:37

J’écris ce billet au moment où le Premier Ministre britannique est au plus mal. Pour les siens, ses enfants, sa compagne enceinte de ses œuvres, je souhaite naturellement qu’il s’en sorte. Mais je ne peux m’empêcher de constater que la grave maladie qui l’afflige actuellement est hautement symbolique de la politique de la santé et de la politique tout court menées par les pouvoirs publics depuis Margaret Thatcher.

 

On pense parfois en France qu’avec sa tête de chien battu fou – quand il ne grimace pas – Boris Johnson est un olibrius. Rien n’est plus faux : il est brillant, très intelligent, il parle couramment plusieurs langues, ce qui est rarissime outre-Manche. Tout ce qu’il a réalisé depuis qu’il est aux affaires a été pensé, pesé. Á commencer – ou à terminer – par son rapport à la santé publique comme quand, au début de la crise, on le vit fanfaronner dans un hôpital, « fier » de serrer la main de malades atteints par le Corona. S’il s’est permis cette démarche suicidaire, ne sachant pas qu’il jouerait la fable de l’arroseur arrosé, c’est parce que, né dans la grande bourgeoisie britannique, avec ce qu’il faut de sang bleu (BOJO a des liens de parenté avec la majeure partie des familles royales d'Europe), il a toujours été pénétré de son appartenance à l’élite sociale du pays (« la crème de la crème », comme on dit en anglais), et donc qu’il était immunisé par la grâce de Dieu.

 

Mais ce geste aussi dérisoire que sinistrement drôle, il l’a également accompli au nom d’une idéologie politique dont on a maintenant pleinement conscience qu’elle est mortifère, celle du capitalisme financier. Ce capitalisme ne connaît que les individus. Pas même les structures familiales. « La société, ça n’existe pas », disait Thatcher. Notre banquier éborgneur a exprimé cela à plusieurs reprises, comme quand il a évoqué ceux qui prenaient le train et ceux qui restaient à quai. Pour Johnson et les quatre cinquièmes de la classe politique britannique, la nature sélectionne avec discernement en permettant aux plus aptes, non seulement de survivre, mais de réussir. Cette philosophie fut résumée au XIXe siècle par le biologiste et philosophe Herbert Spencer après qu’il eut dévoré L’Origine des espèces de Charles Darwin. C’est ce qu’on appelle en français courant « la loi du plus fort ».

 

Alors quand on est fort et qu’on est responsable politique, on fait passer le privé avant le public, l’individu avant la collectivité. Et on décide de la manière la plus crétine et criminelle qui soit … de ne rien faire. Ou, plus exactement, de laisser le mal pénétrer le bien en étant persuadé que le bien finira par l’emporter de par la volonté des individus. Concrètement, BOJO et ses acolytes ont souhaité diffuser le microbe dans toute la population pour que les individus s’immunisent par eux-mêmes. Mais avec, non pas le risque, mais la certitude – une fois que les plus forts (les “ fittest ”) auraient été immunisés – que plusieurs centaines de milliers de personnes mourraient, que tout le monde perdrait, selon les mots du Premier ministre, des « êtres chers ». Heureusement que BOJO n’était pas nazi !

 

Les raisons de cette macabre fuite en avant étaient politiques et idéologiques. Pour devancer les poules mouillées de tous ordres (France, Italie, Allemagne etc.), il fallait que la machine économique britannique ne s’arrête pas. Il fallait que la banque triomphe, que la Cité de Londres soit dans la Cité de Londres.

 

Le principal conseiller scientifique du gouvernement britannique n’est autre que sir Patrick Vallance, un ancien patron du géant pharmaceutique GlaskoSmithKline. 100 000 employés dans 116 pays, 30 milliards de livres de chiffre d’affaires par an. Les choses sont claires. Tout comme la philosophie du ministère de la Santé en ce qui concerne les pandémies dans un monde ouvert : « Il est très certainement impossible de contenir ou d’éradiquer le virus dans son pays d’origine ou à son arrivée au Royaume-Uni. Il faut s’attendre à ce que virus se diffuse inévitablement, et toutes les mesures visant à bloquer ou réduire sa diffusion n’auront certainement qu’un impact très limité ou partiel et ne peuvent même pas être utilisées de manière fiable pour gagner du temps. [La seule mesure à prendre est de] « minimiser les pics et d’assurer une communication efficace » [pour éviter la panique] (cité par Le Monde Diplomatique, avril 2020).

 

Mais l'ironie dramatique de cette sombre histoire « raconté par un idiot, pleine de bruit et de fureur », est que Boris Johnson, après avoir amplifié les difficultés du Service National de Santé, s’est fait admettre à l’hôpital Saint Thomas, situé juste en face du Parlement, un des fleurons de la santé publique britannique.

 

Boris Johnson ou “ The Survival of the Fittest ”
Partager cet article
Repost0
1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 05:17
 
 

Ça faisait déjà plusieurs jours que j’avais prévu ce contact. Aujourd’hui j’ai pu joindre Axel Peronczyck au téléphone. C’est le délégué CGT de l’entreprise Luxfer. Il a 26 ans. Il est au top niveau de son métier : titulaire d’un DUT et d’une licence professionnelle de maintenance. Un bac pro plus 3, un de cette élite professionnelle qui produit les objets les plus sophistiqués du pays. Celui-là, avec ses 132 collègues, et les 27 intérimaires qui les aidaient, produisaient des bouteilles d’oxygène médical. Oui, en ce moment, ce n’est pas rien d’en avoir sous la main dans les circonstances extrêmes.

 

Bien sûr, je suppose que vous avez déjà tous vu des gens sous assistance respiratoire déambuler avec un petit sac dans lequel il y a une bonbonne d’oxygène médical. Vous avez vu aussi des pompiers porter sur leur dos une bouteille d’oxygène avant d’entrer dans les vapeurs, les fumées et le feu. Ou quand vous avez vu quelqu’un monter en détresse respiratoire dans une ambulance. C’est toujours la même petite bouteille. Comme beaucoup d’objets, ça n’a l’air de rien, mais c’est un concentré de techniques et de savoir-faire. Ces bouteilles là c’est la société Luxfer en Auvergne qui les produit depuis plusieurs décennies. Le gros avantage de cette production, et le savoir-faire particulier des salariés, c’est qu’ils travaillent une variété d’aluminium très difficile à maîtriser. Très léger. Ça s’appelle de l’aluminium 7060. Il permet d’obtenir les productions les plus légères dans cette catégorie, actuellement. C’était la seule usine qui savait le faire sur tout le territoire de l’union européenne. Et la légèreté d’une bouteille dans ce domaine ce n’est pas une petite chose quand vous imaginez que vous allez la retrouver sur le dos d’un pompier ou dans le sac d’une personne intubée. Non ? Le plus difficile à faire c’est la bouteille. Ensuite quand elle est vide, on la remplit de nouveau. L’oxygène liquide qui se trouve là, on sait aussi le faire en France.

 

En ce moment, ces bouteilles d’oxygène médical sont précieuses. Car une des conséquences du coronavirus c’est précisément la détresse respiratoire. On a donc besoin de ces bouteilles à tout bout de champ. Sur place, à l’hôpital, pendant les transports. Chaque fois qu’on fait de l’assistance respiratoire. Y a-t-il pénurie en France ou pas ? On ne le sait pas. Les salariés de l’usine ont posé la question au ministère de l’Économie et des Finances, leur interlocuteur. Les bureaux ne savent pas. Ils ne cherchent pas à savoir. Je suppose que les technocrates comptent sur la main invisible du marché. Je suis certain qu’il doit y avoir un nigaud dans un bureau qui croyait qu’on peut acheter ce que l’on veut dans le monde quand on en a besoin. Comme si les États-Unis d’Amérique ne monopoliseraient pas les achats partout dans le monde comme ils sont en train de le faire.

 

Le marché ? Mais le marché n’existe plus car l’entreprise a licencié tout son personnel de juin 2009 à février 2020 dernier. Oui, en février dernier il y avait encore une entreprise en vie dont les employés suppliaient qu’on les écoute et qu’on prenne en considération la nature particulière de leur production alors que se déclenchait l’épidémie. Les têtes d’œuf savaient. Le ministre en charge aussi, parce qu’il a été interrogé en question écrite. Le gouvernement savait parce que nous l’avons interpellé sur le sujet en question d’actualité et dans le débat parlementaire de la semaine passée. Ils n’ont rien fait. Ou juste des grandes phrases avec cet air condescendant qui n’appartient qu’à eux. Les salariés de Luxfer, les parlementaires à la gauche de l’hémicycle et peut-être aussi à droite ont demandé la nationalisation de cette entreprise puisque son propriétaire est défaillant.

 

Le prix de cette entreprise est voisin de zéro. En effet l’usine tourne sur 4 ha depuis 1939 avec une longue période de production polluante. À la revente, n’importe quel acquéreur devra dépolluer ou bien ce sera le fonds de pension américain qui possède Luxfer qui devra le faire. Il y en a pour 10 ou 20 millions. Vendue à la découpe, l’usine ne vaut que pour son terrain, soit quatre pauvres millions. Le propriétaire était un fonds de pension américain disais-je. En coulant l’usine française, il a volontairement créé des pénuries, augmenté de 12 % le prix de vente des bouteilles en se rabattant sur des productions de moindre qualité, plus lourdes, produites ailleurs, c’est-à-dire aux USA ou en Grande-Bretagne. Les employés de l’usine ont occupé le site jusqu’à la date du confinement à domicile de tout le personnel. Ils ont crié, hurlé, manifesté, signé des pétitions, alerté tout le monde. Leur propriétaire a plutôt envisagé d’entrer dans les murs pour détruire les machines comme d’habitude en pareil cas.

 

Les salariés ont donc occupé l’usine pendant 53 jours et nuits et construit un rempart de plusieurs mètres de haut. Peine perdue ! Le gouvernement ne s’y est pas intéressé. Et pourtant le risque de pénurie de ces bouteilles vitales est évident compte tenu de l’augmentation de la demande. Et surtout en prévision de celle à venir d’Espagne et du Maghreb. Comme on est là, personne ne pourra répondre. La planification de la mobilisation sanitaire reste le dernier souci de l’équipe macroniste. Sa spécialité c’est la communication de crise, style « tape à l’œil ». Pourtant, Macron devant une boite renationalisée, ça aurait de la gueule, hein les communicants ! Ça devrait donc vous intéresser. Mais vous n’écoutez personne à part votre miroir.

Axel Peronczyck de la CGT appartient pourtant à l’aristocratie. Mais pas celle qui compte à Bercy et dans les beaux palais. C’est l’aristocratie du monde du travail. Celle de la très haute qualification professionnelle. Celle d’une famille engagée dans la métallurgie depuis quatre générations. L’arrière-grand-père et le grand-père sont venus de Cracovie travailler dans les mines auvergnates. Puis ils sont passés dans la métallurgie. Et ensuite le père, le fils et sa sœur y ont fait carrière à leur tour. Luxfer produisait 80 000 bouteilles d’oxygène médical pour le marché européen, et 120 000 pour le reste du monde et les stocks. On voyait leurs bouteilles en Europe, en Russie, au Maghreb, en Asie du Sud-Est et en Australie. Ici c’était une usine en pointe dans le monde. Le mieux du meilleur.

 

Licenciés ou pas, les salariés ont tout de suite compris que l’épidémie rendait leur production irremplaçable. Pour la France l’Europe, le Maghreb et combien d’autres encore, qui seront atteints par le virus et les détresses respiratoire qui concernent les cas les plus graves. Ils sont prêts à reprendre le travail demain matin. Ils ont tout prévu. Ils ont même mis au point un plan de redémarrage. Ils ont alerté le ministère, le préfet. Il suffit d’une décision à prendre au sommet et aussitôt cet élément essentiel de la chaîne de la mobilisation sanitaire sera remis en production.

 

Il y a une pétition que mes lecteurs peuvent signer. Je continue mes enquêtes pour savoir comment organiser la planification des moyens sanitaires pour faire face à l’épidémie s’il fallait qu’on s’en occupe demain. Ici, j’entre dans du chaud. Très chaud. La brique de base pour faire face aux détresses respiratoires. Les bouteilles d’oxygène médical.]r. Et il y a des noms de ces responsables dans les bureaux, que les avocats feraient bien de noter. Les noms des personnes qui savent ce qu’il faut faire et qui ne font rien. Ceux qui seront responsables des morts quand une détresse respiratoire ne pourra pas être assistée par l’usage d’une bouteille qu’il est pourtant si facile de produire. Que ceux-là ne fassent rien par désinvolture, par bêtise, ou par ignorance, ne change rien à leur responsabilité. Nous saurons demander leur convocation devant la commission d’enquête parlementaire qui se constitue et qui se réunira pour la première fois début avril. Ils seront convoqués. Nous leur demanderons : « pourquoi ne faites-vous rien à ce sujet depuis deux mois alors que vous êtes alertés » ? Pourquoi ne nationalisez-vous pas Luxfer ? Et s’ils ne savent pas quoi répondre, je suis certain que leur non-assistance aux personnes qu’ils auront mises en danger ne restera pas impunie. N’est-ce pas ?

 

On pourrait s’éviter tout cela. On pourrait juste décider de faire tout de suite quelque chose d’utile et d’urgent : nationaliser Luxfer, sans attendre un jour de plus. Et produire, produire beaucoup, embaucher pour produire davantage encore. Pour nous-mêmes et pour tout ceux que nous devons aider à disposer de ces précieuses bouteilles et ne pas mourir.

 

Jean-Luc MELENCHON
Billet d’enquête – Vendredi 27 mars 2020.

Partager cet article
Repost0