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23 décembre 2019 1 23 /12 /décembre /2019 06:14
Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés.
 
L’erreur de la gauche

 

L’une des fragilités principales de notre système social est sa fragmentation entre professions, legs historique des « corporations ». En 1953 déjà, les régimes des mineurs et des cheminots étaient jugés trop « généreux ». Il appartenait à la gauche, lorsqu’elle était au pouvoir, d’unifier les systèmes de retraite. 

Car il était évident que ces histoires de régimes spéciaux allaient nous péter à la gueule. S’il est clair que l’on ne peut pas être conducteur, ou agent d’entretien mobilisé un week-end sur deux, pendant 42 ans, il y a des centaines de métiers que ces personnes pourraient effectuer, à la SNCF, ou dans un autre service public. Mais cela supposerait que l’État s’occupe de ses agents. Or, s’il y a tant de blocages dans nos services publics, c’est notamment parce que une fois recrutés, en réussissant des concours qui ne les préparent pas à leur futur métier, les fonctionnaires sont trop rarement formés, orientés, conseillés, etc. Ce sujet est beaucoup plus important que ces histoires de statut !

 

Nous ne sommes plus si spéciaux

 

Comme les autres, le statut de retraite de la SNCF a été beaucoup réformé. Le report de deux ans de l’âge de départ, instauré en 2010 par Nicolas Sarkozy, s’appliquera aux régimes spéciaux à partir de 2024. Et, à partir de la génération 1978 (1981 pour les conducteurs), les salariés de la SNCF devront, comme les autres, cotiser durant 43 ans (s’ils y arrivent).


Il n’y a donc, à proprement parler, plus de régimes spéciaux pour ces grandes entreprises. Et qui souhaiterait que disparaissent le régime de la Comédie Française, du Port autonome de Bordeaux, des Clercs et employés de Notaire, et, bien sûr, le régime des Cultes ? Même celui des Parlementaires a été réformé. Il y avait de quoi, puisque, actuellement, les citoyens payent 2 300 euros sur les 2700 euros de retraite moyenne des camarades députés.

 

Quelle solution ?

 

Si l’on veut résorber le déficit, la solution est simple : accroître l’emploi. Nous sommes perdus dans les gares ; des dizaines de « petites lignes » très utiles ont été fermées ; les femmes se font agresser quotidiennement dans les transports ; les trains de nuit ont été supprimés ; le fret a été massacré par les gouvernements successifs, fascinés par le « tout camion », etc. 

Il y a donc des dizaines de milliers d’emplois très utiles à créer. Mais nous prenons la direction inverse. Il est sidérant de voir l’État renoncer à diriger les chemins de fer, tout comme les compagnies productrices d’énergie, à une époque où tout le monde a la « transition écologique » à la bouche. Car l’écologie commanderait de remplacerun maximum de transports par route par le chemin de fer.

La solution au déficit des retraites de la SNCF, c’est l’emploi et le service public. On peut le faire, en taxant la route, en faisant les investissements que tout le monde attend, et en étant à l’écoute des besoins de la société. Bref, en étant pragmatiques et intelligents. Un candidat avait utilisé ces termes lors de la campagne présidentielle de 2017, je ne sais plus qui.

 

Réforme des retraites : les fonds de pension, des pièges à retraités
 

Les fonds de pension collectent l’épargne des salariés pour spéculer sur les marchés financiers. Petit tour d'horizon des requins qui tournent autour des vieux.

Le plus important d’entre tous les fonds de pension est le CalPERS (pour California Public Employees’ Retirement System). Il s’occupe de la retraite des profs de Californie. Il est public, oui oui. Il gère la modeste somme de 354 milliards de dollars. Et c’est juste un fonds parmi des milliers d’autres, hein. Ce n’est pas parce qu’il est public qu’il se prive de mettre des milliers d’entreprises à genoux pour leur faire cracher du cash. Oh non. C’est pour ses petits vieux de profs, vous comprenez ?

À cause des réformes passées des retraites, plus personne ne croit – à tort – à l’avenir du système collectif. Chacun cherche donc, quand il le peut, des « solutions individuelles d’épargne ». Les banques et assurances l’ont bien compris, qui nous inondent de publicités anxiogènes.

 

Spéculation, j’écris ton nom

 

« Enfin des fonds de pension en France ?  » Tel est le cri du cœur de Jean-Charles Simon, dirlo d’une entreprise nommée Optimind, dont le nom ridicule dit tout. Car les fonds de pension, c’est, nous explique Jean-Charles, la « culture du libre choix », « une nouvelle liberté ».

 
Bon, c’est une liberté très select : ainsi, regrette Jean-Charles, la possibilité d’investir dans un fonds de pension ne serait ouverte qu’aux personnes touchant plus de 10 000 euros bruts par mois. Au grand maximum, moins d’un salarié sur 100 pourrait en jouir.


Mais Macron et ses collègues sont obsédés par notre « taux de prélèvements obligatoires  », c’est-à-dire les sommes qui nous sont piquées chaque mois par la Sécu pour financer les retraites, la santé, et le chômage. Comme nous l’avons vu, la force de la Sécu est justement celle-là : ne pas nous laisser le choix de disposer de notre argent, afin d’éviter d’être pauvre lorsque nous serons vieux, malade, ou au chômage. 

Mais, avec les fonds de pension, vous êtes « libre » de placer votre argent à la Bourse, plutôt que d’aller aux Maldives. Cotiser aux fonds de pension est, évidemment, optionnel. Les sommes sont donc sorties des prélèvements « obligatoires ». Et donc cela fait de la France, dans les comparaisons internationales, un-pays-moderne-où-les-impôts-sont-bas.


Et Jean-Charles qui ose dire que les fonds de pension sont « favorables au pouvoir d’achat ». C’est le modèle américain : tu payes moins d’impôts, moins de cotisations sociales, et tout va bien pour toi, sauf si tu as des enfants, sauf si tu es malade, et sauf si tu es encore vivant alors que tu es trop vieux pour continuer à bosser. 

 

La tragédie des fonds de pension

 

Les fonds de pension sont incroyablement nuls. Tout le monde le sait, ils sont risqués : si, en 2048, par malheur, Donald Trump, toujours Président des États-Unis, déclare la guerre au Liechtenstein, Wall Street s’effondre, entraînant dans sa chute la Bourse de Paris, et votre retraite avec. Finies les vacances, vous n’avez qu’à retourner bosser. Je plaisante ? Cela est arrivé à des millions d’Américains.



Par ailleurs, même lorsqu’ils ne s’effondrent pas, les fonds de pension vous mangent toujoursune part très importante de votre retraite. Évidemment, les banques et assurances ne vous parlent que des « rendements » mirifiques qu’ils vous proposent. Mais d’où vient-il, ce pognon ? La BNP, AXA ou la Société Générale ne vont pas le prendre dans leurs caisses.

Cet argent, il découle des placements que leurs traders effectuent, à votre place, sur les marchés financiers. S’ils achètent des actions Google, et que le cours de ces actions augmente, vous allez gagner de l’argent. Mais le camarade trader n’émarge pas précisément au Smic. Il joue avec votre argent, mais il se sert d’abord de votre argent pour se payer… lui ! 

 

Au pays des fonctionnaires spéculateurs

 

Vous vous rappelez peut-être ces publicités pour Préfon retraites qui sont passées durant des années sur France Inter, avec un mec qui beuglait « Fonctionnaires ! », au début, si fort que votre tartine en tombait dans votre bol de café.

Je me rappelle mon directeur de thèse, avec son gros salaire de fin de carrière, me disant, « Jacques, tu devrais cotiser, j’y suis depuis des années, et c’est très avantageux  ». Sauf que mes valeurs de gauche, alimentées par la lecture des articles d’Oncle B. dans Charlie Hebdo, me l’interdisaient. (Et, aussi, le fait qu’il ne me restait pas d’argent à la fin du mois).


Préfon, qui revendique, comme tous les requins de la finance, sa « transparence » n’indique nulle part combien de millions il gère. Par contre, cette association « consciente de sa responsabilité sociale  », et dont les dirigeants se disent « bénévoles » fait gérer les cotisations de ses adhérents par… AXA, Groupama et Allianz, trois entreprises qui jouent de nos peurs les plus profondes – la maladie, la mort – pour nous plumer.



Préfon achète des obligations émises par les États lorsque ceux-ci s’endettent. Sur le site de l’association, on peut se poiler avec leurs « indicateurs » : liberté d’expression, stabilité politique, efficacité gouvernementale, qualité réglementaire, contrôle de la corruption, qualité de l’État de droit… Alors qu’aucun chercheur sérieux en science sociale ne peut définir simplement ces termes, les géniaux experts de Préfon eux, le peuvent.

 

Plus fort encore, ils attribuent une note à chaque critère. Ainsi, ils regrettent que l’indicateur de gouvernance des États soit « en baisse », en particulier concernant les piliers « stabilité politique, violence et terrorisme » pour la France. Qui aurait pensé que les fonctionnaires français soient les victimes collatérales des frères Kouachi, d’Amedy Coulibaly et des auteurs de l’attentat du Bataclan ?

 

La finance nuit gravement à la démocratie

 

Dans les pays où les fonds de pension sont très répandus – parce que la retraite publique est insuffisante –, votre retraite (potentielle) est placée en Bourse, que vous le vouliez ou non. Or pourquoi les États sont-ils en déficit aujourd’hui ? A cause de la crise boursière de 2008, qui a fait exploser le chômage. On l’a tous oublié, mais si les dettes publiques sont si fortes aujourd’hui, c’est parce que la finance dérégulée, censée favoriser la croissance, a fait exploser l’économie mondiale il y a onze ans. Et c’est au nom de la dette publique que l’on massacre les services publics.

Par ailleurs, pourquoi les électeurs américains et britanniques ont-ils voté pour Trump et le Brexit ? Parce que, aux États-Unis et au Royaume-Uni, les banques ont fait faillite, vraiment, et que les banquiers ont été sauvés avec l’argent des contribuables, ce gros nul d’Obama, en particulier, n’exigeant absolument rien d’elles en contrepartie, ce que les citoyens, bizarrement, ont mal vécu. 

Et les banques et assurances financent des bataillons de lobbyistes, d’avocats, de juristes, et d’« experts » en tous genres qui luttent, la plupart du temps avec succès, contre toute velléité de réglementer leurs activités. La finance nuit donc gravement à la démocratie.

 

La guerre des générations

 

De plus, lorsque votre future retraite est placée dans un fonds de pension, vous avez intérêt, au sens strict du terme, à ce qu’elle vous rapporte un max. Et donc que les entreprises dont vous possédez – par l’intermédiaire de votre fonds – des actions, vous versent, en tant qu’actionnaire, des dividendes élevés. 

Pour cela, l’entreprise engrange un maximum de profits. Ensuite, elle paye ses salariés le moins possible. Avec le fonds de pension, vous vous opposez à vos enfants et petits-enfants, qui travaillent : plus leurs salaires sont bas, plus – potentiellement – votre retraite est élevée.

Les fonds de pension alimentent donc la guerre entre générations. Les États, de leur côté, bonnes poires, soutiennent toujours les fonds de pension par des déductions fiscales qui vident les caisses publiques. Et nous devenons tous des soutiens de la Bourse, où notre avenir, littéralement, se joue.

À l’inverse, la Sécu repose sur la solidarité, entre métiers, et entre générations. C’est donc sans doute une coïncidence si, depuis des décennies, aucun gouvernement ne nous a rappelé que l’immense majorité des habitants de la planète rêve de notre bonne vieille Sécu, tandis qu’ils nous chantent les louanges des fonds de pension.

 

Réforme des retraites : La passion française pour les inégalités

 

On l’a dit, le système de retraites est inégalitaire, en raison des différences considérables d’espérance de vie. Aujourd’hui, c’est Robert le maçon qui finance la retraite de Françoise, la prof de français de ses enfants.

Mais, plus généralement, il est faux de penser qu’en France, les riches et les classes moyennes paient pour les pauvres. En fait, c’est l’inverse.

 

 

 

 
Il ne faut pas réformer les retraites (IV)

 

Vous voulez payer moins d’impôts ? Soyez riches

 

La première dépense de l’État, de très loin, ce sont les fonctionnaires : police, armée, justice, enseignement, santé. Pour se financer, l’État prélève des impôts : TVA, impôt sur le revenu, taxes sur l’essence, le tabac, etc. 

Une particularité du système français, c’est que la plupart des impôts sont proportionnels au revenu, ou à la dépense. Le cas typique est la TVA : Michel, le SDF du coin de la rue, paye le même montant de TVA lorsqu’il s’achète un T-shirt à 20 euros que Bernard Arnault.

Or la TVA rapporte 130 milliards d’euros par an à l’État, soit presque deux fois plus que l’impôt sur le revenu (70 milliards). À elle seule, la TVA représente presque la moitié des recettes de l’État !

Certes, les riches paient plus d’impôts, parce qu’ils gagnent plus, et dépensent plus. C’est quand même le minimum du minimum. Mais ils ne paient pas nécessairement une part plus importante de leurs revenus en impôts.

 

Tous à la proportionnelle

 

Pour nous autres économistes, il y a trois types d’impôts :

➡les impôts « progressifs » : plus votre revenu augmente, plus le tauxd’imposition augmente ;

➡les impôts « proportionnels » : le taux est le même pour tous ;

➡les impôts « régressifs » : le taux baisse lorsque le revenu augmente.

En France, l’immense majorité des impôts sont proportionnels. C’est notamment le cas de la TVA et des cotisations sociales, qui représentent 80 % des prélèvements.

Les seuls impôts – un peu – progressifs sont l’impôt sur le revenu et les droits de succession. Or ces derniers, contrairement à ce qui est généralement cru, sont minuscules.

Enfin, il existe des impôts régressifs. C’est le cas de tous les impôts dont le montant est fixe, comme les timbres fiscaux, ou les PV de stationnement. Pourquoi sont-ils régressifs ? Parce que la même somme représente une part plus faible d’un revenu plus élevé. Ainsi, en Suède, les PV sont d‘autant plus lourds que vous avez un salaire élevé. Car l’effet dissuasif d’une amende à 135 € est bien plus faible quand vous gagnez 10 000 € par mois que quand vous êtes prof ou infirmière.

 

« Bonjour, c’est la réalité, j’ai un message pour vous »

 

Un : le taux d’imposition le plus faible est celui versé par… les plus riches (partie tout à droite – ça tombe bien – du graphique, où il descend à un peu plus de 30 %).

Deux : le taux d’imposition des plus pauvres n’est que de peu inférieur à celui des classes moyennes (moitié gauche du graphique).

D’où découle cette chose très rigolote qui est que le taux d’imposition des classes populaires est… plus élevé que celui des très riches.

Or, on se rappelle que les plus pauvres vivent dans des endroits à l’habitat dégradé, où les services publics ferment les uns après les autres. La mairie de la Courneuve a mis en ligne un Atlas des inégalités territorialesqui montre qu’il y a moins de médecins, de profs et de, euh, ben, de tout en fait, par habitant de banlieue pauvre dans les quartiers pauvres qu’à Paris. Même les flics sont plus nombreux dans le Ve arrondissement de Paris qu’à La Courneuve.

De leur côté, des familles de Seine-Saint-Denis en sont à faire un procès à l’Étatpour que leurs enfants aient des profs en classe. A l’inverse, les enfants des lycées de centre-ville, plus souvent issus de familles favorisées, sont ceux qui coûtent le plus cher à l’Education nationale, puisqu’ils et elles ont face à eux les profs les plus diplômés et les plus expérimentés, donc les mieux payés.

À l’inverse, les cadres disposent de nombreuses possibilités de payer moins d’impôts, grâce à leurs « conseillers fiscaux », que je pendrais tous haut et court si je pouvais. Ou même de gagner de l’argent grâce aux atroces dispositifs « Pinel », « Scellier », et autres, dont le coût exorbitant pour l’État est dénoncé par l’Inspection générale des finances. Mais au moins « on est tranquille, on aura un petit quelque chose à léguer à Marion, Jules et Sacha ».

Décidément, le mouvement des Gilets Jaunes est vraiment incompréhensible.

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21 décembre 2019 6 21 /12 /décembre /2019 05:41
Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés.
 
 
J’ai fait un rêve de service public

 

L’argument le plus dégueulasse du gouvernement est sans doute celui de l’incertitude. Comme il le répète, « Aujourd’hui, une personne qui travaille ne sait combien elle va gagner à la retraite ». C’est vrai. Et c’est logique : si vous avez 40 ans, il vous reste 25 ans à taffer, au minimum, et personne ne sait combien vous allez gagner, donc on ne peut évidemment pas calculer votre future retraite. 

Il est d’ailleurs amusant de voir un gouvernement qui se revendique en permanence du « monde qui change chaque jour sous nos yeux  » nous reprocher de ne pas connaître au poil d’euro près notre salaire lors des 30 ans à venir.

Mais il existe des solutions simples : embaucher des milliers de personnes qualifiées dans les caisses de retraite et permettre à chaque citoyenne, à tout moment, de demander ce que serait le montant futur de sa retraite selon différents scénarios. On pourrait appeler cela un « service public ».

 
L’aventure, c’est l’aventure

 

Alors que le système par points, c’est tout l’inverse. Oui, chacun de nous va recevoir, chaque année, une jolie lettre du ministre nous disant de combien de points nous disposons. La belle affaire. Mais combien de baguettes de pain et d’iPhone je vais pouvoir acheter, avec mes points ?

Eh bien je ne sais pas. Et je ne saurai jamais. Car tel est LE but de cette réforme : nous déposséder de nos droits actuels, bien réels, pour permettre au gouvernement de baisser nos retraites comme il le souhaite. Il n’aura en effet, au moment où nous prendrons notre retraite, qu’une chose à faire : baisser la valeur, en euros, du point.

Et c’est un expert qui le dit. Nous avons tous vu cette vidéo de François Fillonlors de son « Grand oral devant les patrons », lors de la campagne présidentielle : 

« Le système de retraite par points, j’y suis favorable. Mais il ne faut pas faire croire aux Français que cela va régler le problème des retraites. Le système par points, en réalité, cela permet une chose, qu’aucun homme politique n’avoue : cela permet de baisser chaque année la valeur des points, et donc de diminuer le montant des pensions ».

Tout est politique

J’apprends également, de source sûre cette fois, que certains fonctionnaires pourront désormais partir plus tôt. Leurs professions ? Policiers, pompiers, surveillants pénitentiaires, contrôleurs aériens, et militaires. ET C’EST TOUT. Vous ne remarquez rien ? Les personnels soignants, eux, si.

Conclusion d’Henri Sterdyniak : 

« L’objectif réel de la réforme des retraites est de passer du système actuel, qui fournit certaines garanties aux salariés, à un système permettant d’utiliser les retraites comme variable d’ajustement des finances publiques. Comme pour l’allocation chômage, le système est étatisé, le rôle des syndicats est réduit. C’est le rôle du rapport Delevoye de détourner l’attention vers « l’universalité » du nouveau système. La société française doit choisir entre une justice fictive et la prise en compte des différences d’espérance de vie et de capacité à rester en emploi selon la carrière. Elle doit choisir entre une paupérisation des retraités et une hausse des taux de cotisation qui permettait le maintien des niveaux de vie des retraités. Les choix faits par le rapport Delevoye doivent être mis en cause. Il existe des alternatives. »

 
Réforme des retraites : con comme un Suédois

 

 « Une couronne de pension pour chaque couronne cotisée. » Ce slogan de l’Agence suédoise des retraites – où la monnaie est la couronne suédoise – ne vous rappelle rien ? Ben si, c’est le « Un euro cotisé égale un euro de pension » du gouvernement.

Les Suédois, gens prévoyants, on fait leur « big bang » des retraites en… 1994. Avant, ils avaient un système proche du nôtre. Depuis, leur nouveau système fait l’admiration des costards-cravates du monde entier, car le processus de consultation a été extrêmement long – plusieurs années – et parce que le déficit a disparu (enfin, presque). Comment ? Très simple : en massacrant les pensions.

 

La retraite : 1 300 € en Italie ; 1 100 € en France ; et… 800 € en Suède

 

Les amis, je suis désolé, je repousse ce moment depuis le début de cette série, mais là nous allons faire un peu d’économie. Mais, je vous promets que ce sera comme chez le dentiste : rapide, pas si douloureux, et très utile.

La réforme du système suédois avait un but, un seul, le même que celle de Macron : assurer l’équilibre financier. Cela peut sembler évident, mais ce n’est pas le cas. 

Voici comment fonctionne notre système actuel :

1. On définit un âge souhaitable de départ à la retraite ;

2. On définit un rapport souhaitable entre votre dernier salaire, et votre pension de retraite.

Par exemple, en 2019, pour un salaire de 1 500 €, voici ce que vous touchez à la retraite, dans différents pays, classés du pays le plus chouette – l’Italie – au plus pourri – les Rosbifs :

Pays

Retraite

Italie 

1 380 € 

Espagne 

1 245 € 

France 

1 110 € 

Suède 

795 € 

USA 

735 € 

Japon 

555 € 

Royaume-Uni 

420 € 

 

On voit :

➡que la France est loin d’être le pays où la pension de retraite est la plus élevée. À Rome, Michele touche 270 € de plus que Paul à Tourcoing. À Madrid, Maria touche 130 € par mois de plus que Françoise à Grenoble ;

➡que Greta, à Stockholm, touche 315 € de moins que Véronique, à Clermont-Ferrand ;

➡et que le montant des retraites est tout simplement misérable auxÉtats-Unis, au Japon, et au Royaume-Uni. Regardez le montant de la retraite anglaise, My God !

Le rapport entre le salaire moyen et la pension de retraite moyenne est le « taux de remplacement ». C’est à partir de ces taux que j’ai calculé ces pensions de retraite.

 

Pays

Taux remplacement

Italie 

92 % 

Espagne 

83 % 

France 

74 % 

Suède 

53 % 

USA 

49 % 

Japon 

37 % 

RU 

28 % 

(source : OCDE).

 

Ce qui s’est passé en Suède, et que veut nous infliger Macron, c’est de figer pour toujours ce que nous cotisons. Oui oui, alors que la population vieillit, nous n’allons pas dépenser une part plus importante de la richesse nationale pour les retraités, car ce serait mal !

Souffrez, c’est bon pour le déficit

Il y a trois éléments essentiels dans un système de retraite :

1. L’âge moyen de départ ;

2. Le taux de remplacement jugé juste ;

3. Le montant des cotisations, le « taux de cotisations » exactement, c’est-à-dire la part de votre salaire qui vous est piquée chaque mois pour être filée aux vioques.

 

Comme l’explique Michel Husson, l’un de mes plus chers papas économistes, la réforme en Suède et celle de Macron constituent « une véritable inversion de logique ». Jusque-là prévalait une logique de besoins : dans un premier temps, l’âge de départ et le taux de remplacement étaient déterminés ; puis, dans un second temps, on en déduisait le taux de cotisation assurant l’équilibre du régime. 

Traduction : si on veut des retraites plus élevées, et partir avant 92 ans, il faut cotiser plus. On pourrait ? On pourrait. C’est ce qu’on a fait sans problème depuis que le système existe.

Mais, poursuit Husson « avec le nouveau système, on bascule dans un autre fonctionnement : c’est le montant total des ressources du système de retraites qui est fixé, l’âge et le taux de remplacement servent ensuite de variables d’ajustement ».

Traduction : on prive le système de retraites de ressources, en déclarant que toute hausse des cotisations serait contraire aux droits du capitalisme. Puis, après, on vous dit que vous devez travailler plus longtemps, pour toucher une retraite plus petite, parce que, désolé, hein, mais les cotisations des jeunes étant insuffisantes…

Vous reconnaîtrez aisément cette pratique, mise en œuvre depuis des décennies à La Poste, à l’hôpital, à l’école, dans les transports publics, bref dans tous les services publics. Elle nous vient des États-Unis, où, dès les années 1970, elle porte le doux nom de starving the beast, autrement dit « affamer la bête » – la bête étant tout ce qui est public. Car, comme le dit le génial Bruno Amable, « l’usage de la baisse des recettes pour forcer celle des dépenses reste encore le moyen le plus simple de mettre en pièces l’État social  ».

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (II)

 

Massacre à Stockholm

Et les Suédois dans tout ça ? Prenons de leurs nouvelles :

« Bertil, 84 ans : le nouveau système lui a fait perdre 700 euros par mois. « Heureusement, j’avais souscrit une épargne privée », lâche-t-il.« Fini, les vacances à l’autre bout du monde. Et nous avons dû revendre nos deux voitures. » Marita, elle aussi retraitée, a dû travailler jusqu’à 69 ans. » (Challenges, 5 Oct. 2019).

Alain Lefebvre, spécialiste du système suédois : « Le niveau des pensions s’ajuste en fonction des cotisations collectées, c’est-à-dire de l’emploi. Lorsqu’il y a moins d’emploi, les retraites baissent. C’est arrivé deux fois ces vingt dernières années en Suède  » (Libération, Oct. 2018).

Et même trois fois, en fait : 3 % en moins en 2010 ; à nouveau 4,3 % de perdus en 2011 ; et encore 2,7 % d’envolés en 2014 (voir le graphique de cet article). 

« Un système idéal ? Pas vraiment. D’abord, il est de nouveau au bord du déficit, d’où une seconde réforme, qui a reculé l’âge légal de départ en retraite, de 61 ans à 64 ans d’ici 2026. Surtout, les pensions, qui s’élevaient à 60 % du salaire de fin de carrière en 2000, n’en représentent plus que 53 % aujourd’hui.  » (France Inter, juillet 2019).

« En France, le taux de pauvreté est de 7,5 % dans la tranche d’âge 65–74 ans, et de 7,9 % pour les plus de 75 ans. Il s’agit du taux le plus bas d’Europe. Pour la Suède, le taux de pauvreté est de 14,7 %, pratiquement le double.  » (France Info, 4 Oct. 2019).

 

Un dernier truc, et on va chez Ikea

 

Histoire de bien garder le sourire lorsqu’un député En Marche ! ou un journaliste mal informé vous vanteront les mérites du modèle suédois, voici 3 faits à leur coller dans les dents :

1. Les Suédois n’ont encore rien vu : il est prévu que le taux de remplacement s’effondre à seulement… 32 % en 2070. Une chute du niveau de vie des deux tiers le jour où Björn fait ses cartons ! Même les vieux Ricains auront plus.

2. Le système suédois, vanté comme égalitaire, ne l’est pas du tout, notamment parce que le montant qui vous est versé à la retraite est calculé en fonction d’une espérance de vie moyenne. Or, en Suède comme ailleurs, les ouvriers préfèrent quitter cette Terre bien avant les ingénieurs, les profs et les banquiers. De ce fait, comme l’explique Husson, « les catégories populaires « contribuent » aux retraites des plus favorisés  ».

3. Le temps long de la réforme en Suède, unique au monde, n’est pas synonyme ni de démocratie, ni d’intelligence collective, ni de rien de bien. Ce temps a surtout servi à « traiter les aspects les plus négatifs de la réforme, présentés comme techniques », afin d’arriver « à un consensus néolibéral ».

En France, on déteste le consensus. Alors quand en plus il est néolibéral…

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20 décembre 2019 5 20 /12 /décembre /2019 06:22
 Par Jacques Littauer. Analyse inspirée par Les Économistes atterrés. Le premier d'une série de cinq articles. Très intéressant.

 

En France, dès qu’il s’agit du système des retraites, on entend un peu tout et n’importe quoi, surtout quand il est question de réformer ledit système. Du coup, le camarade Jacques Littauer a eu envie de tirer les choses au clair, alors qu’un mouvement de contestation de grande ampleur se prépare dans le pays, avec comme (premier) point d’orgue une grève générale des transports le 5 décembre.

Le système coûte-t-il vraiment top cher ? Faut-il absolument repousser l’âge du départ à la retraite ? Les régimes spéciaux doivent-ils être supprimés au nom de l’égalité républicaine ? Autant de questions auxquelles vous trouverez les réponses ici, à raison d’un nouveau billet chaque jour du 25 novembre au 5 décembre. Bref, aucune excuse pour ne pas être incollable sur la question. 

 

 
Réforme des retraites : Le déficit  ? Quel déficit  ?

Comment serait-il possible de financer les pensions de nos vieux, et les nôtres, à nous actifs, demain ? Im-po-ssi-ble, évidemment. Sauf que. Le déficit annoncé pour 2025 est de 27 milliards d’euros. Vous ne savez pas ce que c’est, 27 milliards ? Moi non plus. Mais nous devrions tous savoir que Lionel Jospin avait créé le Fonds de Réserve des Retraites. Ce fonds, c’est nous qui l’avons alimenté avec notre pognon, en lui filant chaque mois des cotisations sociales. 

  • Or ce fonds, dont personne ne parle, se porte très bien. Il a aujourd’hui sur son compte en banque 32 milliards d’euros. 32, c’est plus que 27, non ? « L’urgence » brandie par le gouvernement… n’existe pas.
  • Plus fort : Jospin n’a pas été le seul à être prévoyant. Vous connaissez l’Agirc-Arrco (Association générale des institutions de retraite des cadres – Association des régimes de retraite complémentaires) ? Ce sont des caisses complémentaires à la Sécu, privées, auxquelles des millions de personnes cotisent. Elles aussi ont mis des sous de côté. Et pas qu’un peu : 116 milliards d’euros. En plusdes 32, oui oui.
  • Je continue : en 1996, un machin a été créé afin de gérer la dette de la Sécu. Il s’appelle la Cades, pour Caisse d’amortissement de la dette sociale. En 2024, cette caisse aura fini de rembourser la dette de la Sécu. De ce fait, comme l’a signalé son Président, Jean-Louis Rey, « en 2024, ce sont l’équivalent de 24 milliards d’euros qui seront disponibles. Aucun gouvernement ne s’était trouvé historiquement avec une telle manne !  ». 24 milliards, en plusdes 116 et des 32 ? Comme je vous dis. (Tous ces chiffres sont tirés de l’excellent article de Christian Eckert, ancien secrétaire d’État de Hollande au Budget et aux Comptes publics, qui, si si c’est possible, est un homme compétent et honnête. Vous pouvez aisément les vérifier).
  • Enfin, si vous lisez ce résumé du dernier rapport du Conseil d’Orientation des retraites, le COR, vous verrez – page 16– que le déficit du système ne sera de 27 milliards d’euros en 2030 que dans le pire des cas. Selon les autres scénarios, il pourrait n’être que de 13 ou 19 milliards. Étonnamment, le gouvernement n’a retenu que le pire.
  •  

Conclusion : sans rien changer à rien, notre système de retraites est parfaitement viable au moins jusqu’en 2050, facile.

 

Réforme des retraites : la solution c’est l’emploi  !

 

Plusieurs mesures simples à suivre

Tout d’abord, responsabiliser les entreprises. D’un côté, on nous demande d’aller à l’usine jusqu’à 70 ans, et, de l’autre, les boîtes vous virent, dès 50 ans. Il y a un petit problème, là, non ? Les entreprises devraient avoir un plan d’accompagnement du vieillissement de leurs salariés, les former de manière permanente, les faire évoluer, aménager leurs tâches et leurs temps de travail au fil de leur vie. Et être lourdement sanctionnées financièrement quand elles ne prennent pas soin de leurs salariés comme elles le devraient.

 

Deuxième piste : le travail des femmes. De nombreuses femmes restent à la maison, ou sont condamnées au travail à temps partiel, parce qu’elles n’ont pas de solution de garde pour leurs enfants, alors que leur homme est retenu tard le soir au Bar-PMU ou à des « réunions extrêmement importantes tu comprends ». Une solution simple est d’assurer une place à chaque enfant en bas âge, partout en France, toute la journée. Et d’étendre les heures de garde à la maternelle, et à l’école primaire, partout aussi, et notamment dans les banlieues, afin de permettre aux mères de se rendre à leur travail, parfois éloigné.

 

Troisième piste : lutter, enfin, contre les discriminations. Savez-vous que, si vous êtes Tunisien, vous ne pouvez pas être prof de maths titulaire  ? Car il faut être Français, môssieur – ou ressortissant d’un pays membre de l’Union Européenne – pour enseigner Pythagore. Et ce n’est pas que dans le public. Dans les si mal nommées professions « libérales », on s’arrange aussi pour exclure les pas Français, en leur demandant de posséder des diplômes gaulois. (Par contre, pas de problème pour les exploiter comme précaires, comme à l’hôpital). Au total, pas moins de 5 millions d’emplois sont fermés aux étrangers. Mettre fin à cette discrimination leur permettrait de bosser, et donc de cotiser à la retraite de Mamie Ginette.

 

Enfin, le plus évident : nous vivons dans une situation absurde où des millions de personnes sont sans emploi, tandis que des besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Or le chômage tue, donc c’est un peu dommage. Des tâches urgentes, elles, vraiment, il y en a à la pelle : logements pour les millions de mal-logés ; développement massif des transports en commun ; isolation des bâtiments ; passage à une agriculture 100 % biologique…

 

Réforme des retraites : On est les champions du monde  !

Le système de retraite français a accompli la plus gigantesque réduction de pauvreté de toute notre histoire. Il y a quelques décennies, seuls les rentiers, les propriétaires terriens, les commerçants ou les agriculteurs qui pouvaient revendre leur affaire, disposaient d’une bonne situation lorsqu’ils ne pouvaient plus travailler. Pour les autres, être vieux signifiait être pauvre. Parce que la retraite était soit inexistante, soit très faible.

 

Puis des hommes et des femmes, dont beaucoup de droite, se réunirent, grâce aux Nazis, dans le Conseil National de la Résistance. Puis des gens comme Alexandre Parodi, dont la vie nous est longuement présentée à l’école, ont créé la Sécu.

 

Grâce à eux, aujourd’hui, un salarié dont le salaire net s’élève à 1 300 € par mois coûte, en réalité, à son employeur, 2 200 € chaque mois ! Impressionnant, non ? Où vont les 900 € de différence ? Dans les caisses de la Sécu. C’est ce que l’on appelle, si l’on est lucide, du « salaire socialisé », ou du « salaire différé ». Si l’on est un patron, on dénonce ces insupportables « chââârges ».`

 

« Tu seras bien content s’il t’arrive quelque chose »

 

Ces sommes, d’un montant inouï en effet, nous sont rendues lors des aléas de l’existence : allocations chômage, remboursements de frais de santé, accès à la formation, allocation adulte handicapé, allocations familiales, soins gratuits aux urgences, congé maladie, congé maternité, etc. Et, bien sûr, pensions de retraite. Si vous n’êtes jamais au chômage, jamais malade, jamais pauvre, jamais enceinte, et que vous mourrez le soir de votre pot de départ à la retraite, on ne vous rembourse pas.

 

Une leçon évidente, mais souvent oubliée, de tout cela, c’est que ce n’est pas « l’État » qui nous verse notre retraite. Nous nous la versons à nous-mêmes, puisque les sommes qui nous sont versées à la retraite correspondent à celles qui ont été prélevées sur notre salaire alors que nous étions jeunes. 

 

Certes, ce sont les employeurs qui font des chèques à l’URSSAF (Union de Recouvrement pour la Sécurité Sociale et les Allocations Familiales), l’organisme qui collecte les cotisations sociales auprès des boîtes. Mais cet argent, les patrons le prennent sur notre salaire, par sur leurs profits  !

 

Reprenons notre exemple du salarié à 1 300 € net par mois. Son salaire brut est de 1 660 € par mois. Cette personne se fait piquer, rien que pour sa retraite, 187 €, tous les mois (voir infographie). Si cette cotisation n’existait pas, M. Macron toucherait tous les mois 1 487 €. Vous croyez qu’il en épargnerait spontanément 187 € pour ses vieux jours  ?

 

La plus grande force du système de Sécu, c’est celle-là : nous prendre, sans nous demander notre avis, plein de thunes sur notre salaire, pour nous forcer à disposer d’une retraite lors de nos vieux jours. Cela s’appelle le paternalisme (désolé les femmes), et ce n’est pas vraiment au goût du jour. Mais si vous levez la tête, vous verrez que le paternalisme est un élément essentiel de notre bonheur et de notre liberté. 

 

Réforme des retraites : un système à mauvais points

 

Les arguments du gouvernement en faveur de la retraite à points sont la « simplicité » et « l’égalité ». La réalité est autre : il s’agit de mettre en place un système qui garantisse au gouvernement que les dépenses de retraite ne vont pas augmenter dans l’avenir. Comme les retraités seront de plus en plus nombreux, cela veut dire que les pensions vont baisser.

 

Pour cela, le gouvernement veut prendre le système des retraites des mains des syndicats et du patronat, pour le gérer tout seul à l’Élysée. Et décider, peinard, de baisser nos retraites quand il en aura envie. Et il en aura très envie, le bougre.

 

La vie, c’est trop long

 

L’inconvénient majeur du système à points est qu’il prend en compte l’ensemble de la carrière. Cela peut sembler logique. Mais cela veut dire que nous n’avons plus le droit à l’erreur : se retrouver au chômage, travailler à mi-temps, ou s’arrêter de travailler pour se consacrer à sa collection de timbres se paiera cash au moment de la retraite, c’est-à-dire durant une période qui durera tout de même 20 ou 30 ans pour beaucoup d’entre nous… 

 

Une disposition qui va pénaliser des millions de femmes, qui « choisissent » bêtement de moins travailler, ou de moins faire carrière, ou de s’arrêter carrément pour s’occuper de leurs enfants, de leurs parents, de leurs frères et de leurs sœurs, ouh, ouh c’est le bonheur.

 

De plus, et paradoxalement, pour un gouvernement qui ne cesse de vanter « une société ouverte où chacun a ses chances », le système par points signifie que celui qui a eu le malheur de commencer sa carrière salariale au bas de l’échelle va être pénalisé. Ainsi, entre deux ingénieurs, payés pareil, qui prennent leur retraite au même moment, celui qui, fils d’ouvrier, a commencé avec un CAP aura une pension de retraite beaucoup plus petite que celui, fils de prof, sorti d’une grande école. Ce n’est pas, ou nettement moins, le cas dans le système actuel, où « seules » les 25 meilleures années sont prises en compte dans le privé. Et, les six derniers mois pour les fonctionnaires.

 

Ceux-ci justement seront les plus grands losersde la réforme. Les profs, en particulier, perdront, dans certains cas, un quart de leur retraite. Mais ce n’est finalement pas cher payé pour des gens qui bossent, au maximum, à mi-temps toute leur vie. (Je plaisante, j’en suis un  !).

 

Papa, pourquoi t’es déjà mort ?

 

Lisons cette publication de l’INSEE (de 2018) :

« Plus on est aisé, plus l’espérance de vie est élevée. Ainsi, parmi les 5 % les plus aisés, l’espérance de vie à la naissance des hommes est de 84,4 ans, contre 71,7 ans parmi les 5 % les plus pauvres, soit 13 ans d’écart. Chez les femmes, huit ans séparent les plus aisées des plus pauvres  ».

 

Est-ce que ce n’est pas complètement dingo cette histoire ? On ne parle pas de six mois, d’un an, bon, allez, de deux ou trois ans d’écart d’espérance de vie, ce qui ne serait pas si énorme quand on vit jusqu’à 85 ans. Non : TREIZE ANS. Et ce ne sont pas les mêmes vies, en plus, hein. Mais, magie du direct sur BFM, on arrive à parler de la « réforme des retraites » à longueur d’antenne sans évoquer ce sujet majeur.

 

Les inégalités, c’est trop bien

 

Car non seulement le gouvernement ne fait rien pour les livreurs, ouvriers, magasiniers, etc. qui crèvent avant les avocats, médecins, et ministres, mais il les enfonce un peu plus. 

 

En effet, Emmanuel-Macron-aux-mains-blanches ne like pas le terme de « pénibilité », car ce terme « induit que le travail est une douleur ». Dix facteurs de pénibilité avaient été retenus, même s’ils ne servent presque à rien. Mais à cause de Manu-pas-mal-au-dos, quatre ont été retirés : manutention de charges lourdes ; postures pénibles ; vibrations mécaniques ; et agents chimiques dangereux. Effectivement, à l’Élysée, il n’y a rien de tout ça.

 

Je continue ? Allez. La même publication de l’INSEE nous livre cette information fascinante : « Aux alentours d’un niveau de vie de 1 000 euros par mois, 100 euros supplémentaires sont associés à 0,9 an d’espérance de vie en plus chez les hommes et 0,7 an chez les femmes. » 

 

Je traduis : tu gagnes 1 000 euros par mois – toute ta vie –, tu meurs, mettons, à 75 ans. Tu gagnes 1 500 euros par mois, ce n’est pas une différence énorme. Sauf que tu gagnes 5 ans de vie en plus. Donc, littéralement, l’argent, c’est la santé, c’est la vie. Et dans des proportions très importantes.

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique mon maître Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

 

 

 

Il ne faut pas réformer les retraites (I)

 

Allez, reste encore un peu, devenir vieux

 

Évidemment, le gouvernement fait comme si sa réforme n’avait que des avantages. Mais ce n’est pas du tout le cas. Car, avec l’introduction d’un « âge pivot » (auquel personne ne comprend rien), si vous partez un peu trop tôt – ou si votre employeur vous met à la porte avant la fin du match – vous allez manger vos dents. 

 

Exemple : vous commencez à travailler à 20 ans, et vous partez à 62 ans. Mais l’âge pivot a été fixé par le gouvernement à 64 ans. Il vous manque 2 ans. Ça ne parait pas énorme, mais vous allez y laisser 14 % de la retraite. A 64 ans, vous auriez touché 1 000 euros de pension par mois ; eh bien là ça ne va être que 860.

 

Cette perte, c’est ce que l’on appelle la « décote ». Mais ça marche aussi dans l’autre sens, avec la « surcote », pour ceux qui jouent les prolongations au bureau, plutôt que de passer leurs après-midi avec Bobonne devant TF1. Comme l’explique Henri Sterdyniak, membre du chouette collectif des Économistes Atterrés, dont je tire toutes ces informations : « à 62 ans, un ouvrier subira une décote de 10 % ; à 66 ans, un cadre bénéficiera d’une surcote de 10 %, alors qu’en réalité ils ont, à ces âges respectifs, la même espérance de vie. ».

 

Et, bien sûr, plus on va avancer dans le temps, plus l’âge pivot va s’éloigner, un peu comme l’horizon à la fin des BD de Lucky Luke : 65 ans pour ceux nés en 1974 et après, 66 ans pour la génération 1987, et 112 ans pour ceux nés à partir de 2100.

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 14:50

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15 décembre 2019 7 15 /12 /décembre /2019 06:27
Par Martine Bulard, Le Monde Diplomatique
Selon les « éléments de langage » (expression branchée pour dire propagande) du gouvernement, les grèves de cette fin d’année dans les transports, l’enseignement, les universités, les hôpitaux, la radio publique, parmi les policiers, etc., seraient menées par des privilégiés qui défendent leurs régimes spéciaux de retraite. Vieille tactique de division.

S’il est vrai que le droit de grève est mieux respecté dans les services publics — c’est aussi pour cela que les pouvoirs successifs s’acharnent à les démanteler, la réforme des retraites concerne toute la population, salariés et chômeurs, et tous verront leur pension réduite — sauf les très, très, très gros salaires. La propagande n’a guère emporté la conviction. Et le mécontentement des couches populaires et moyennes, comme l’a montré la mobilisation des Gilets jaunes, est si profond que l’approbation ou le soutien à la grève l’emportent sur sa condamnation.

 

Pour faire passer la nécessité « incontournable » de la réforme, un énième rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) est tombé à pic le 21 novembre, qui conclut à un déficit d’ici à 2025 (0,7 point du produit intérieur brut). En réalité, le déficit est créé essentiellement par la non-compensation des exonérations de cotisations sociales par l’État (pour la première fois depuis la loi Veil de 1994), la forte baisse de la masse salariale (et donc des effectifs) de la fonction publique et quelques tours de passe-passe financiers. Le déficit « disparaît pratiquement si une autre convention comptable est adoptée », selon Henri Sterdyniak.

 

M. Emmanuel Macron et ses porte-voix veulent gagner du temps en imposant tout de suite un recul de l’âge de départ à la retraite (devenu par le miracle de la novlangue l’« âge pivot » ou l’« âge d’équilibre »…) pour pouvoir mener leur grand-œuvre : supprimer la retraite par répartition (nettement plus solidaire, même si elle est imparfaite) pour aller vers la retraite à points que réclament en chœur le patronat, la Commission européenne, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le patron de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), M. Laurent Berger.

 

Et de parer le système du magnifique adjectif « universel ». Mais cela serait universel si chacun pouvait accéder aux mêmes droits quelle que soit sa situation de départ. Si, par exemple, un ouvrier pouvait vivre autant qu’un cadre, soit six ans de plus ; ce qui impliquerait entre autres de nouvelles organisations du travail plus saines et moins intensives, un système de santé préventif et… des droits à la retraite plus précoces — rien d’utopique, mais toutes ces mesures restent hors du viseur patronal et gouvernemental. Or non seulement il n’y a rien de tout cela mais, avec le système proposé, le moindre accident de la vie entraînerait une baisse de la pension (ainsi que tous les accidents économiques).

 

En effet, on n’accumulerait plus des droits comme aujourd’hui, mais des points qui seraient calculés selon le salaire. Vous gagnez beaucoup, vous avez beaucoup de points. Vous gagnez peu, vous en avez peu. Vous arrêtez de travailler, vous n’avez rien.

 

De plus, la somme de points accumulés tout au long de sa vie professionnelle ne suffirait pas à donner le niveau de la pension. Il dépendrait de la valeur de chaque point, qui elle-même dépendrait de la croissance économique au moment du départ à la retraite, de l’espérance de vie moyenne de la classe d’âge… L’incertitude complète. 

 

M. François Fillon, ex-candidat à la présidentielle, a dévoilé le pot aux roses le 11 octobre 2018 : « Cela permet de baisser chaque année la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions ».

 

Les dirigeants politiques au pouvoir n’auront plus à rendre des comptes, les dirigeants syndicaux non plus

 

Le système est automatique. Donc les dirigeants politiques au pouvoir n’auront plus à rendre des comptes devant les électeurs – pas plus d’ailleurs que les dirigeants syndicaux. On se souvient que l’acceptation du plan Juppé sur la Sécurité sociale et la retraite en 1995 avait été négociée par Mme Nicole Notat, alors secrétaire générale de la CFDT – ce qui avait provoqué une défection de plusieurs organisations locales et professionnelles de ce syndicat.

 

Le nouveau système réduirait de fait les pensions. Le système envisagé propose, au mieux, de figer la part de celles-ci dans les richesses produites (13,8 % du produit intérieur brut) alors que le nombre de retraités va augmenter : le même « gâteau » à partager par plus de monde ! Cela pousserait ceux qui en ont les moyens à choisir des « surcomplémentaires », autre nom des fonds de pension placés sur les marchés financiers.

 

Anxiogène, inégalitaire, individualiste, la retraite à points rompt avec la philosophie du système par répartition, plus solidaire et collectif

 

Une parenthèse sur la polémique soulevée par l’économiste Thomas Piketty, ardent défenseur de la retraite à points, au cœur du dispositif Macron. Il s’est fait reprendre pour avoir déclaré sur France Inter le 2 décembre : « Avec la réforme des retraites, les salaires à moins de 10 000 euros cotiseront 28 % quand les salaires de plus de 10 000 euros ne cotiseront qu’à 2,8 %. ». En fait, les salariés qui touchent plus de trois fois le plafond de la Sécurité sociale — soit 10 135 euros par mois) acquitteront 25,3 % de cotisations jusqu’à 10 135 euros, comme tout salarié. Et ils ne paieront plus que 2,8 % sur la partie supérieure à ce montant.

 

Les porte-voix du gouvernement font valoir que ces salariés n’auront aucun droit à la retraite sur cette partie du salaire. Mais c’est justement cela qui remet en cause le principe du système de répartition : ceux qui ont le plus doivent contribuer le plus pour répondre aux besoins de tous. Or, avec le système Macron, ils participeraient moins et seraient encore davantage poussés à souscrire un plan épargne retraite privé — les fameux fonds de pension. Ce qui amènerait ces salariés à se désolidariser petit à petit du système général (pourquoi payer si l’on n’en profite pas ?) et le gouvernement à retirer la taxe dès qu’il le pourra…

 

Anxiogène, inégalitaire, individualiste, la retraite par point est « en rupture » totale avec la philosophie du système par répartition, plus solidaire et collectif. M. Macron le dit, et c’est bien l’un des seuls moments de vérité du président.

 

J'ajoute qu'en Suède, championne de la retraite à points, les retraités sont désormais plus pauvres qu'en France : chez nous, le taux de pauvreté est de 7,5% dans la tranche d’âge 65-74 ans et de 7,9% pour les plus de 75 ans, selon l'Insee. Il s’agit du taux le plus bas d'Europe. Le taux de pauvreté des personnes âgées est également le plus faible de toutes les tranches d'âges de la population française. Pour la Suède, le taux de pauvreté était de 14,7% en 2017, selon Eurostat. Ce pays est passé à la retraite par points en 1998 car son système était menacé de faillite, les politiques, dans leur grande majorité, ayant accepté ce grand changement.

 

Retraites à points ... de non-retour
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12 décembre 2019 4 12 /12 /décembre /2019 06:20

 

 

On ne parlera pas des pays scandinaves qui deviennent fous – en fait le processus date d’une quarantaine d’années. Des violeurs afghans, somaliens etc. de jeunes filles ou femmes suédoises sont condamnés à des peines légères pour la bonne raison qu’ils « viennent d’une autre culture ». Il reste aux victimes leurs yeux pour pleurer et des traumatismes à perpétuité. Ni du gang de violeurs de Telford en Angleterre (environ 1 000 victimes) couvert pendant des années par la police au motif que les relations étaient “consenties ”.

 

Je ne parlerai pas non plus des difficultés pour les femmes violées à se faire entendre, en France – ainsi qu’en Belgique – dans les commissariats de police ou les gendarmeries. Il semble qu’en la matière les choses évoluent dans le bon sens.

 

J’évoquerai des décisions de justice prises contre les victimes.

 

En 2017, à Narbonne, le violeur d’une fille de quatre ans a été condamné à cinq ans de prison avec sursis. Il était jugé par la cour d’assises de l’Aude des mineurs. La victime se trouvait alors au domicile du mis en cause, dont la mère était assistante maternelle agréée. C’est alors que la petite fille faisait la sieste dans une chambre que W. J. l’a tripotée avant de lui mettre son sexe dans la bouche. Sa peine de prison avec sursis fut assortie d’un suivi socio-judiciaire de cinq ans avec interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il a aussi l’obligation de travailler dans un milieu sans relation avec des enfants. Quelle contraintes ! 

 

 

 

Á Verviers, un professeur d’équitation âgé de 49 ans a été condamné à 3 ans de prison avec sursis pour le viol d’une de ses cavalières âgée de 14 ans.

 

 

Á Dinant, un ancien professeur de latin et de grec du Collège Notre-Dame de Bellevue condamné à trois ans avec sursis, en 2013. Un sursis probatoire. Il était poursuivi pour tentatives de viol et attentats à la pudeur commis entre 1991 et 2002 sur trois garçons et une fille. Le premier garçon avait 13 ans au moment des faits. A. S. était un ami de ses parents. 

 

 

En juillet 2018, le tribunal correctionnel d’Angers a condamné un professeur de théâtre à huit mois de prison avec sursis pour agressions sexuelles sur deux élèves de plus de 15 ans. Il lui est de même défendu d'exercer son activité professionnelle pendant cinq ans. Les agressions auraient duré pendant près d'un an et demi, contre des adolescentes considérées comme “ fragiles psychologiquement ” (selon Ouest-France).

 

 

PS : je pars quatre jours mais le blog continue comme un grand.

 

Violence policière et judiciaire contre les femmes : le chemin sera long
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11 décembre 2019 3 11 /12 /décembre /2019 06:09

Lignes de FrontLuttes sociales par Pâquerette Gracile.

 

 

De l’entre-deux-guerres au programme du Conseil national de la Résistance : vers le régime général par répartition

 

Après la Première Guerre Mondiale, l’idée de retraite s’est enracinée dans les esprits et est désormais considérée comme un droit dû à chaque travailleur, et un véritable salaire différé. Les retraités constituent désormais une catégorie sociale à part entière, comme le montre la création de groupements de retraités, dont les deux plus importants dans les années 30 sont l’Union syndicale des pensionnés civils et militaires et l’Entente générale des retraités. On assiste alors à la seconde tentative de mise en place d’un régime de retraite obligatoire pour les salariés du secteur privé les plus pauvres avec les lois de 1928 et 1930 qui créent les assurances sociales : le financement de la maladie, du décès et de la maternité est assuré par répartition, tandis que celui des retraites l’est par capitalisation. L’assuré reçoit une pension représentant 40% du salaire moyen sur la période de cotisation à partir de l’âge de 60 ans et de 30 annuités de travail. Sous le Front Populaire le sujet reste crucial puisqu’entre 1936 et 1939, pas moins de 24 projets et propositions de loi concernant les retraites seront déposés, sans qu’ils aboutissent finalement. Dans l’ensemble des pays européens, la crise des années 30 (inflation et dévaluations successives) montre les limites du principe de capitalisation et mène à son abandon progressif, avec le passage à un système de répartition en France sous le régime de Vichy dès 1940. Une allocation spéciale pour les vieux travailleurs salariés (65 ans et plus) disposant de ressources moindres est votée en mars 1941 au motif de la solidarité entre les générations et dans le but de retirer les plus fragiles et les moins aptes du marché du travail afin d’embaucher les plus jeunes et faire ainsi baisser le taux de chômage. Le principe de répartition est conservé dans le programme du Conseil National de la Résistance et la création de la Sécurité Sociale par l’ordonnance du 4 octobre 1945 acte un système d’assurance-vieillesse par répartition, avec un âge de la retraite établi à 60 ans et 30 annuités pour une pension fixée à 20% du salaire annuel moyen sur les dix dernières années, qui passe à 40% à partir de 65 ans. Comme le prévoyaient Les Jours heureux, il s’agit de mettre en place « une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ». Le régime est d’abord pensé pour être universel, mais les fonctionnaires et les salariés des régimes spéciaux conservent leur propre système de retraite, plus avantageux, de même que les agriculteurs avec la Mutualité Sociale Agricole. À partir de 1948, les professions non salariées (artisans, commerçants et professions libérales) organisent leurs propres régimes de retraite. Par rapport à la loi de 1928-1930, le régime général est plus favorable aux salariés, mais montre ses limites : les personnes ayant achevé leur carrière avant 1930 ne sont pas concernées, la tranche de salaire qui dépasse le plafond n’est pas prise en compte pour le calcul de la pension, et le taux de cette dernière (entre 20% et 40% du salaire actif) demeure insuffisant.

 

De l’après-guerre aux années 80 : la retraite intégrale pour tous et toutes

 

Même s’il s’agit d’une entorse au principe d’universalité, des retraites complémentaires sont créées avec l’appui des syndicats pour éviter le retour à des mécanismes par capitalisation pour compléter la retraite générale, notamment pour les cadres du secteur privé avec l’AGIRC en 1947, puis pour les non cadres de l’industrie et du commerce, et les agents du public non titulaires avec l’ARRCO en 1961, si bien qu’en 1978 l’ensemble de la population active est couverte par les systèmes de retraite, générale et complémentaires. On observe également une amélioration progressive des conditions des retraités avec la création en 1952 d’une allocation spéciale pour les personnes ne relevant d’aucun régime de retraite, et en 1956 du Fonds National de Solidarité, allocation financée par l’impôt qui vise à compléter les pensions faibles, et qui concerne quand même plus d’un million de personnes à la fin des années 50. De la même manière, il est décidé dès 1948 d’indexer les pensions, ou encore de mettre en place une réversion pour les conjoints veufs, finalement cumulable avec sa propre pension. La loi Boulin de 1971 marque un moment important en faisant passer le taux de retraite du régime général à 50% du salaire annuel moyen sur les dix meilleures années pour 37 ,5% annuités de cotisation. Avec l’arrivée de Mitterrand au pouvoir en 1981, le taux plein de la retraite est atteint dès 60 ans, âge auquel on peut également toucher une retraite complémentaire.

 

 

Une intensification de la contre-offensive libérale depuis les années 90

 

Cette longue liste des améliorations apportées au régime des retraites pourrait faire oublier qu’il y eut pourtant une contre-offensive libérale, et ce dès les années 50 : 4 millions de grévistes, soutenus par l’opinion publique, manifestent en août 1953 contre les décrets Laniel qui prévoient, entre autres mesures, et déjà au prétexte de l’ « harmonisation », le recul de l’âge de départ à la retraite pour les fonctionnaires, et poussent finalement le gouvernement à céder. En 1967, les ordonnances Jeanneney visent à imposer l’autonomie financière à chaque branche de la Sécurité Sociale, ce qui revient de fait à démanteler le régime général des retraites, remplacé par une Caisse Nationale de Vieillesse, dont la gestion passe à 50/50 entre patronat et syndicats (contre 1/3 – 2/3 auparavant). Le patronat, qui n’a eu de cesse de faire baisser sa part de cotisation et le niveau de pension, trouve une fois de plus un allié dans le gouvernement qui en 1987 indexe les pensions sur l’inflation et non plus sur l’évolution du salaire moyen, ce qui entraîne une baisse de 25% des pensions sur trente ans. En 1993, le nombre de semestres de cotisation pour une retraite à taux plain augmente (soit un passage de 37,5 annuités à 40), et la pension n’est plus calculée que sur les 25 meilleures années. À l’automne 1995, le plan Juppé pour la Sécurité Sociale vise à aligner la fonction publique sur le secteur privé en faisant passer les annuités de 37,5 à 40 ans, et déclenche un mouvement de grève massif (2 millions de manifestants au plus fort de la mobilisation, et 20 jours de grève dans les transports, notamment), qui finit par faire reculer le gouvernement Juppé. La mesure est néanmoins reprise par le gouvernement Raffarin en 2003, qui veut cette fois faire passer le nombre d’annuités pour la fonction publique à 41, tandis que les salariés sont invités à investir dans des systèmes de capitalisation (PERP et PERCO), cette fois sans que les fonctionnaires puissent établir un rapport de force en leur faveur. En 2008, Sarkozy lance une nouvelle offensive contre les « régimes spéciaux » : alignement de la durée de cotisation sur celle du public et du privé, calcul sur les six derniers mois au lieu du dernier, et indexation de la revalorisation des pensions sur les prix et non plus sur les salaires, sans que là non plus la mobilisation ne s’élargisse suffisamment pour porter ses fruits. En 2010 enfin, l’âge légal du départ à la retraite est repoussé de 60 à 62 ans, voire 67 ans pour les salariés n’ayant pas cotisé un nombre d’annuités suffisant, et les dispositifs PERP et PERCO sont renforcés. Là encore, la mobilisation, pourtant bien réelle, ne rencontre pas l’écho espéré, si bien que gouvernement et patronat imposent un nouvel allongement de la durée de cotisation en 2013 et une fusion des régimes AGIRC et ARRCO en 2015.

 

L’énième « réforme » des retraites “ cru 2019 ” s’inscrit donc dans un mouvement de reconquête libérale commencé depuis une trentaine d’années et qui n’a cessé de s’intensifier. Gageons que l’ensemble des citoyens saura se souvenir que Macron s’attaque lui à un patrimoine séculaire et que le combat pour les retraites prolonge jusqu’à nos jours l’héritage de la Libération, du mouvement ouvrier et de la sociale.

 

 

Pâquerette Gracile

 

 

Une brève histoire des retraites en France (II)
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10 décembre 2019 2 10 /12 /décembre /2019 14:40

 

Presque autant de monde que la semaine dernière.

 

Tout se passait très bien depuis une bonne demi-heure lorsqu’un vieux Lyonnais, et vieux manifestant, me dit : « Vu votre âge, vous n’allez pas pouvoir courir assez vite, alors prenez les devants. Les flics vont charger. »

 

— Pourquoi, demandai-je ?

— Parce que la manif’ arrive à un coude, à l’intersection du boulevard Jean-Jaurès et du cours Gambetta. Ils se sont massés là massivement et ils vont charger.

 

Encore une fois, tout baignait. Á l’avant de la manif’, où je me trouvais avec deux de mes chéries, quelques Gilets jaunes, 3 ou 4 types vêtus de noir et une centaine de jeunes lycéens et étudiants.

 

Ce sont ceux-là que les flics ont chargés. Pas les milliers de Cégétistes qui constituaient l’essentiel du milieu de la manif. Courageux, mais pas téméraires, les cognes.

 

Nous respirâmes quelques lacrymos bien poivrées (on dit qu’il y a aussi du cyanure dans ces grenades) et nous nous écartâmes du champ de bataille.

 

Les salauds : les cognes et les responsables qui leur ont soudain donné l’ordre de s’en prendre à une manifestation parfaitement pacifique ! Le prétexte était qu’il fallait protéger une succursale de la Banque Populaire, qui allait être vandalisée par les manifestants. Mensonge éhonté !

 

La police ment

La police ment

La police est Lallemand

 

Les flics chargèrent les pompiers, qui étaient moins d’une dizaine alors qu’eux étaient au moins 200.

 

Finalement, le cortège put progresser jusqu’à la Place Bellecour, but du défilé.

 

 

 

https://www.leprogres.fr/rhone/2019/12/10/lyon-des-gares-presque-desertes-apres-le-passage-des-rares-trains-greve-train-rail-sncf-retraites-manifestation

 

Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
Manif' impressionnante à Lyon, attaquée lâchement par les flics
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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 10:46

Je passe de nouveau ça matin, lundi 9 décembre, devant le lycée Ampère de Lyon.

 

Une centaine d'élèves et d'enseignants discutent devant la porte bloquée de l'établissement.

 

La présence policière est légère et discrète.

 

C'est bien la preuve que, dans les conflits sociaux, la violence émane, 99 fois sur cent, de la police. Surtout dans un État de caudillisme.

 

Lycée Ampère, Lyon : où est la violence ?
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7 décembre 2019 6 07 /12 /décembre /2019 06:23

 

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Le 24 octobre,  le ministère du travail a soumis à la commission nationale de la négociation collective un projet de loi portant sur le travail de nuit.

À l’heure actuelle, la loi prévoit que les entreprises respectent une coupure de 9h dans leur activité entre 21h et 7h, ce qui correspond à la période de repos. Cette pause doit obligatoirement comprendre l’intervalle entre minuit et 5h. Certains secteurs comme le cinéma, la presse ou bien les discothèques bénéficient d’une dérogation à cause de la nécessité de leur activité de se poursuivre la nuit.

Ce nouveau projet de loi a pour but d’ajouter les commerces alimentaires situés en dehors des ZTI (Zones de Tourisme International). Ces commerces pourraient donc ouvrir jusqu’à minuit sans que cela soit qualifié comme du travail de nuit. Si le projet de loi prévoit une compensation en temps de repos négociée en un accord de branche ou d’entreprise, la compensation financière ne sera quant à elle que facultative.

Ces mesures portées par le ministère du Travail visant à contourner l’interdiction du travail de nuit ne sont pas sans conséquences sur les salariés. Ces métiers sont physiquement et psychologiquement éprouvants, des classements sont souvent établis entre caissiers sur la base du nombre d’articles passés à la minute, forçant donc à travailler debout, quand le fait de s’asseoir n’est tout simplement pas interdit. Les employés doivent aussi être polyvalents et pouvoir travailler en rayon ou ailleurs dans le magasin si il n’y a pas beaucoup de clients en caisse.

On peut facilement imaginer que, pour quelqu’un qui n’a pas de voiture, le fait de finir à minuit peut mettre en difficulté. D’autant plus que les supermarchés sont souvent situés à l’extérieur des villes et peu desservis par les transports en commun, dont le service s’arrête bien souvent plus tôt dans la soirée.

Dans le projet de loi, le gouvernement justifie cet article « afin de favoriser la croissance des entreprises, d’adapter la législation applicable en matière de travail de nuit aux évolutions sociétales et aux nouveaux modes de consommation ». Le gouvernement utilise sans fondement l’argument d’une « évolution sociétale ». Et quand bien même ce changement existait, ce ne serait pas un phénomène naturel mais la conséquence du rallongement de ces mêmes journées de travail. Si le gouvernement prend ces mesures c’est, comme il le dit si bien, pour favoriser la croissance des entreprises – et ce sans tenir compte des conséquences sur les employés.

 

Source : le site Révolution Permanente

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