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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 06:32

 

Ce 3 janvier 2017 à 20 h, j’ai suivi, sur le journal télévisé de France 2, un reportage intitulé "Au Royaume-Uni, les chômeurs soumis à un régime drastique". Sous titre : "France 2 a enquêté sur le système dénoncé par le réalisateur Ken Loach dans son film Moi, Daniel Blake, auréolé de la Palme d’or au festival de Cannes.

Reportage :

 

Voix du journaliste : "Beaucoup disent y aller la peur au ventre, comme on répondrait à une convocation du commissariat de police. Le Job Centre, l’équivalent britannique de Pôle emploi, est interdit aux caméras. Ce chômeur est l’un des rares à avoir filmé en caméra cachée son évaluation bimensuelle. Il a écrit noir sur blanc toutes ses recherches d’emploi, mais visiblement cela ne suffit pas, d’autant qu’il a osé postuler à des offres en dehors de son champ de compétence."

 

Voix de l’employée du Job Centre : "Vous n’avez même pas postulé. Vous avez regardé des offres d’emploi qui ne vous correspondant pas. Vous n’avez pas l’expérience nécessaire."

 

Voix du chômeur : "Oui mais vous ne comprenez pas ce que je vous dit. Vous m’avez dit de faire ça..."

 

Voix de l’employée du Job Centre : "Vous n’avez pas utilisé les sites officiels..."

 

Voix du chômeur : "Non, mais, attendez, ce n’est même pas marqué sur le formulaire..."

 

Voix du journaliste : "Il y a 31 règles à respecter. La première d’entre elles : passer 35 heures par semaine sur ce site officiel à chercher du travail. Toutes les connexions et les clics sont enregistrés. Ce jeune chercheur d’emploi n’a pas pu atteindre le quota, ses allocations ont été coupées. "On a l’impression de n’être qu’un numéro. J’ai dû faire 35 heures de recherche d’emploi en ligne par semaine. C’est nettement impossible. Alors ils m’ont coupé les allocations. Je peux comprendre, mais si on me retire l’argent, comment fait-on pour vivre ?", demande-t-il. [Et je note même que le verbe employé, en anglais, est non pas vivre (to live) mais "survive", "survivre"...]. 


"Il est obligatoire, sous peine de sanctions, d’accepter n’importe quel travail fourni par le Job Centre. Autre règle pointilleuse : si vous avez dix minutes de retard à un entretien, vos allocations pourront être coupées. Si, et seulement si, ils respectent toutes les conditions, les chômeurs seront indemnisés. Mais avec une allocation conçue pour les décourager de rester inactifs. L’allocation-chômage ou ARE, s’appelle au contraire allocation de chercheur d’emploi. Elle est limitée à 6 mois maximum. Son montant est de 73 livres maximum par semaine, soit 400 euros par mois. Elle n’est pas indexée sur l’ancien salaire. Peu importe que l’on sorte d’un métier de banquier, de pilote de ligne ou de cadre supérieur. Enfin, cette maigre allocation est encore réduite en fonction des revenus du conjoint."

 

"Sur ce régime très strict, le cinéaste britannique engagé Ken Loach a réalisé un film, Moi, Daniel Blake, auréolé d’une palme d’or à Cannes, le film a suscité un léger débat au Royaume-Uni, vite balayé, quelques semaines plus tard, par le gouvernement britannique. Il croit dur comme fer en son modèle, conforté par le chiffre record de 4,8 % de chômage seulement."

 

Vue d’une salle où parle le ministre du travail, Damian Green : "Il faut veiller à ce que les gens soient toujours mieux dans le marché du travail qu’en dehors. Notre approche de la réforme de l’État-Providence a transformé ce pays. C’est le travail qui doit rapporter et les aides doivent limitées à ceux qui en ont le plus besoin. Il y a aujourd’hui 2,7 millions de personnes de plus qui travaillent qu’en 2010. "

 

Voix du journaliste : "Et il n’y a pas que les politiques. Une bonne partie de la société et les journaux populaires pointent du doigt ces chômeurs qui ont osé partir en vacances après avoir épinglé leur photo sur les réseaux sociaux et parfois la justice s’en mêle, comme avec l’exemple de cette femme qui avait beaucoup voyagé et qui a écopé de trois ans de prison ferme".

 

Remarques sur ce que n’ont pas dit les journalistes

 

Remarque 1. Cette grande dureté (montrée de façon saisissante par Ken Loach dans son film), révèle la persistance de l’ancienne mentalité chrétienne (catholique comme protestante, d’ailleurs) qui considère le non-travail (baptisé oisiveté) comme le vice principal, comme le vice initial, comme le vice-matrice de tous les autres, et qui voit le travail comme le rachat, la rédemption de la faute originelle d’Adam : "Á la sueur de ton visage tu mangeras ton pain" (Genèse 3, 19). Dans cette perspective, ce que rapporte le travail importe peu – et il importe encore moins que sa rémunération permette de vivre : l’essentiel est qu’il y ait travail, et travail comme "punition", comme épreuve douloureuse. Cette notion se retrouvant à la fois dans le nom de la "trabicula" ou chevalet de torture, et l’expression "femme en travail", c’est-à-dire femme dans les douleurs de l’enfantement.

 

Remarque 2. Même si tous les pays tendent à adopter la même attitude à l’égard des chômeurs, il n’est pas anodin que ce reportage ait été effectué au Royaume-Uni, pays qui a mis au point, au XVIIIe siècle, les workhouses (ou, littéralement, les maisons de travail), où les pauvres, en échange d’une maigre pitance, et d’un "logis", étaient astreints à travailler dans des conditions très dures et humiliantes, 18 heures par jour, séparés entre hommes et femmes, et soumis à de dures punitions en cas d’indiscipline ou de manque de rendement. A cet égard, pastichant Lénine, qui disait : "Le communisme, c’est les Soviets plus l’électricité", on pourrait dire, les Job Centres à la britannique, "C’est les workhouses plus Internet".

 

Remarque 3. Il est assez notable que dans l’Histoire de l’Angleterre dite "moderne" (c’est-à-dire à partir du début du XVIe siècle), certains des souverains les plus marquants, ou dont on s’est le plus souvenu, ont été des femmes : Marie Tudor, Élisabeth I, Victoria, et, depuis 1952, Élisabeth II, au point parfois que, de leur nom, a dérivé un adjectif : l’Angleterre élisabéthaine, l’Angleterre victorienne. Or, cette Angleterre victorienne traîne derrière elle des connotations négatives, à la fois du point de vue du social (les workhouses) mais aussi des mœurs (la pudibonderie, l’éducation stricte des femmes, les condamnations d’Oscar Wilde pour homosexualité). 


Peut-être, un jour, si le Royaume-Uni retrouve la voie du progressisme d’avant 1979, parlera-t-on de la seconde époque élisabéthaine (celle qui a débuté avec Élisabeth II) non plus comme celle du folklore royal célébré avec obséquiosité par les Léon Zitrone et Stéphane Bern, mais comme celle d’une ère particulièrement féroce pour les salariés, les pauvres, les malades et les chômeurs.

 

Dans les années trente, George Orwell publie son premier livre : Dans la Dèche à Paris et à Londres. Il y décrit la condition des clochards à Londres et dans le Kent, condition qu'il a volontairement partagée de manière intermittente, et celle des plongeurs dans des restaurants miteux parisiens, où il a travaillé par nécessité pour survivre.

La grande leçon qu'il tire de ses pérégrinations dans le sud-est de l'Angleterre c'est que clochard est un métier à plein temps. Il y a à cette époque au Royaume Uni des millions de chômeurs et il faut les occuper. Les chemineaux sont hébergés dans des foyers minables et insalubres et doivent se soumettre à la règle implacable (même s'ils sont unijambistes, scrofuleux ou tuberculeux) qui interdit de rester plus d'une nuit dans un même lieu. Ils doivent donc le matin vider les lieux et marcher une vingtaine de kilomètres pour rejoindre le foyer suivant, ce qui leur prend la journée.

L'un des centres d'hébergement les plus tristement célèbres se trouvait à Londres dans le quartier de l'Embankment. Les clochards ne dormaient pas sur des lits ou des paillasses mais sur un banc collectif devant lequel on tendait une corde pour qu'ils puissent s'y appuyer. Le matin, le gardien détachait brutalement la corde, les résidents s'écroulaient par terre, bien réveillés.

Au XIXe siècle, en France, on assimilait classes laborieuses à classes dangereuses. Même chose outre-Manche où l'on avait inventé le concept de “Policing the poor", surveiller, fliquer les pauvres. Ce que décrivent Philippe et Arnaud et France 2, c'est tout à fait cela, dans la version orwellienne mâtinée de 1984. Les pauvres sont  pauvres parce qu'ils naissent coupables ; ils doivent alors prouver leur innocence. Ils sont donc surveillés en temps réel, seconde après seconde. Être chômeur est donc un métier qui vous empêche de penser au Grand Soir, de penser collectivement, de vous décentrer.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 06:39

 

Un article de Benoît Delrue publié par le site Le Bilan le 21 mai 2015. Comme tout les bonnes choses, cet article n'a fait que ... se bonifier. Ici, de larges extraits.

 

La problématique de la dette publique est désormais omniprésente dans le monde politique. Partis et gouvernements se renvoient la balle de la « mauvaise gestion » dans une hypocrisie totale. En réalité, la dette publique reflète les gigantesques pertes de la crise bancaire de 2008, et d’un système financier aux intérêts exclusifs. Cette extorsion de masse, masquée par les politiciens, journalistes et pseudo-experts économistes, est d’une ampleur telle qu’elle en est devenue criminelle.

 

Ces dernières années, la question de la dette publique s’est placée au devant du débat national comme une problématique majeure. Sur les plateaux télé, les économistes – venus presque tous de cabinets de conseil financier, et non de laboratoires de recherche scientifique – s’alarment sur les « proportions » de notre dette. PS, UMP-Républicains et FN sont unanimes : cette situation résulte avant tout d’une « mauvaise gestion » des finances publiques. La majorité socialiste et l’ex-majorité de droite se renvoient la balle.

 

Tous insistent sur la gravité du phénomène. Aucun n’explique clairement d’où vient la dette publique, ni comment, ni à qui elle est remboursée.

 

La dette publique, un fait logique

 

Il convient avant tout de mieux définir ce qu’est la dette publique. Elle est la somme de tous les emprunts contractés par l’Etat, les collectivités territoriales et les organismes publics – notamment la Sécurité sociale. La procédure est des plus courantes : chaque pays, chaque région, chaque ville a besoin de fonds propres pour financer des investissements. De la construction d’infrastructures à l’adaptation aux techniques modernes, l’investissement est le fondement de l’action publique. Pour disposer de ces fonds propres, l’Etat peut attendre d’accumuler une grande trésorerie, par impôts et autres taxes ; mais il prendrait alors un retard préjudiciable. L’équipement, le renouvellement, l’amélioration des structures publiques ont vocation à renforcer les capacités productives, donc à accroître la production nationale, ce qui amène à l’augmentation proportionnelle des impôts levés. L’emprunt est donc la pratique la plus répandue, car elle est la plus efficace.

 

Répandue dès l’Ancien régime et omniprésente aujourd’hui, la dette publique est un fait logique. Elle répond néanmoins à un mécanisme différent selon les âges, et qui nécessite d’être éclairci. Une dette a lieu parce qu’il existe un débiteur et un créditeur. L’endetté et le créancier se rejoignent parce qu’ils trouvent chacun leur intérêt dans l’opération. Le premier, pour jouir d’une somme financière nécessaire à un investissement ou une activité ; le second, pour récupérer au final une somme supérieure à celle qu’il a concédée. Généralement exprimés en pourcentages rapportés à la somme prêtée, les taux sont déterminés d’un commun accord par le débiteur et le créancier. Cependant, leur définition fait l’objet d’un bras-de-fer : celui qui contracte le prêt cherchera le taux d’intérêts le plus bas, celui qui le fournit, le plus haut. Dans ce rapport de force, l’avantage se situe toujours du côté du créditeur : il détient l’argent voulu et décidera, en dernier recours, de le prêter ou non. Une fois l’emprunt signé, c’est lui qui rend le service, c’est donc à lui qu’on est redevable. Cette règle de supériorité se vérifie plus que jamais aujourd’hui.

 

La réalité de l’économie capitaliste

 

Avec l’avènement du capitalisme, la révolution industrielle et le progrès technique réalisé depuis, l’emprunt public s’est largement massifié. Le développement sans précédent du secteur financier est un marqueur du nouveau système de production. Les prêts se multiplient, en nombre et en montants, mais leur remboursement est assuré par les hausses fulgurantes de productivité. Plus encore que la hausse quantitative, c’est la nature même des emprunts qui doit être étudiée. Pour emprunter, l’Etat procède à l’émission de sa dette : il demande pour une période donnée – courte, de quelques mois, ou longue le plus souvent, sur dix ou vingt ans – la somme nécessaire à ses investissements immédiats, qui est divisée en parts égales. Ces dernières, les obligations ou bons du Trésor, peuvent être achetées par tout un chacun – les « petits porteurs » – mais elles sont en immense majorité achetées par de grosses institutions : les banques et fonds de placement (ou hedge funds). Aux emprunts de l’Etat s’ajoutent tous les prêts contractés par les collectivités et organismes publics, tels que les hôpitaux, pour établir la dette publique. Ces prêts sont effectués directement auprès de grandes banques d’investissement.

Le capitalisme est un régime économique fondé, comme son nom l’indique, sur le capital. Ce dernier est un amas de richesses, concrétisé sous formes de titres financiers – les parts de propriété des entreprises. Par extension, les détenteurs de grands capitaux détiennent les grandes entreprises, qui sont toutes-puissantes pour décider de la production nationale, et bientôt transnationale. Dès lors, le monde contemporain se partage en deux catégories : ceux qui détiennent le capital et ceux qui en sont démunis. Les premiers décident de la production, ont façonné les Etats et influencés les lois, possèdent via leurs holdings, maisons-mères, filiales et sous-traitants des moyens de production gigantesques – terres, immeubles, marques, machines, brevets d’invention – et emploient des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes. Les seconds disposent ou d’un maigre capital, leur permettant de « faire tourner » une petite affaire à la sueur de leur front, ou de leur seule force de travail pour subsister. La dernière catégorie, qui n’a pas d’autre choix que de « se vendre » sur le « marché du travail » pour trouver de quoi vivre, est en écrasante majorité sous le système capitaliste. Il s’agit, y compris dans une économie « de services », de la classe ouvrière, composée de tous les travailleurs exécutants assignés à un poste de production, démunis de tout pouvoir décisionnel sur le processus productif – et ce quel que soit leur niveau d’instruction.

Cet éclaircissement est fondamental pour notre problématique : les classes sociales existent, et par leur nature, par leurs rapports vis-à-vis de la production, leurs intérêts sont profondément antagonistes. Ceux qui détiennent le capital possèdent les banques, et donc les dettes. Ceux qui sont dépourvus de capital n’ont d’autre choix que de se financer encore et toujours auprès des institutions bancaires, donc des détenteurs de capital. La position de force de ces derniers explique les mécanismes modernes de la dette publique.

 

La loi de 1973

 

La loi « Pompidou Giscard Rothschild » est souvent citée pour définir le fonctionnement de la dette publique. Votée sous l’égide du ministre de l’Economie et des Finances, Valéry Giscard-d’Estaing, et du président de la République Georges Pompidou, qui a travaillé à la banque Rothschild durant la « traversée du désert » du général, ce texte législatif dépossède la Banque de France d’un pouvoir essentiel : imprimer de l’argent frais à destination directe du Trésor public. Autrement dit, l’Etat ne peut plus se financer par sa propre banque centrale, mécanisme qui lui permettait jusqu’alors de disposer de taux particulièrement bas, et donc d’investir massivement sans devoir s’acquitter d’intérêts élevés. Son seul choix de financement est alors le recours aux marchés financiers, c’est-à-dire aux agents privés. Ces derniers, puisqu’ils sont les seuls à fournir les capitaux, sont en position de force pour négocier les taux d’intérêts les plus avantageux.

 

 

La vérité sur la dette : comment le peuple français se fait piller

 

La loi de 1973 fait l’objet d’un débat féroce entre ceux qui l’accusent de tous les maux financiers actuels, notamment dans la gauche radicale et dans une moindre mesure à l’extrême-droite (non sans quelques accents racistes dans leur dénonciation de la « loi Rothschild »), et ceux qui la dédouanent de tous méfaits, comme les tribunes accordées par Le Monde. La vérité est plus fine. Il est vrai que la loi a été abrogée en 1994, mais c’est pour mieux laisser place aux règles régies par le traité de Maastricht et la nouvelle Banque centrale européenne, qui gravent dans le marbre l’interdiction pour les Etats de se financer eux-mêmes – et l’obligation de se financer sur les marchés à des taux volatiles.

 

Le fait le plus important n’est dit ni par ses détracteurs ni par ses défenseurs : la loi de 1973 n’est que l’expression logique du système capitaliste. Le mécanisme illogique pour le capitalisme est précisément celui qui était en vigueur de la Libération jusqu’à cette date. Après la victoire des forces alliées et de la résistance intérieure contre l’envahisseur hitlérien, la grande bourgeoisie collaboratrice a été purement et simplement expropriée de plusieurs de ses joyaux. Des grandes entreprises nationales, qui étaient depuis toujours la propriété exclusive de quelques familles privées, ont été nationalisées et soumises au contrôle de la nation, sous la pression d’un Parti communiste alors première force politique française. Parmi ces entreprises se trouvait la Banque de France. Dès lors, cette dernière appliqua des taux bas, permettant de financer massivement l’investissement public sans générer des intérêts monstres au profit des créanciers. Le compromis national, basé sur le renoncement de la grande bourgeoisie à des profits gigantesques, n’avait cours que tant que le rapport de force lui était défavorable. A l’aube des années 1970, elle retrouvait tout son pouvoir par les évolutions structurelles que sont la délocalisation de l’appareil industriel, le chômage naissant et la division syndicale. La classe capitaliste put donc, par la force de son influence tentaculaire, rétablir la règle logique de l’économie moderne : chacun est soumis au capital.

 

Le creusement de la dette

 

Les banques, compagnies d’assurance et fonds de placement ont construit, au fil des ans, un rapport de force qui leur est ultra-favorable. Devenus les seuls détenteurs de la dette publique, à l’exception d’autres acteurs au poids quasiment négligeable, ils ont appliqué des taux d’intérêts de plus en plus élevés et soumis à des mécanismes des plus astucieux. Les intérêts ne sont plus seulement une part du remboursement de la dette, mais font l’objet d’un paiement propre, institués par exemple dans les bons du Trésor à intérêts annuels (BTAN). Les obligations assimilables au Trésor (OAT), pour une durée longue de cinq à cinquante ans, ont vu de plus en plus leurs taux fixes remplacés par des taux variables, indexés selon les valeurs du marché, généralement très profitables aux créanciers.

 

Avec l’obligation faite à l’Etat de recourir aux marchés financiers pour se financer, les intérêts de la dette publique ont littéralement explosé. Maintenue inférieure à 2 milliards d’euros jusqu’en1973, la charge annuelle de la dette – les intérêts dont l’Etat doit s’acquitter – a atteint 10 milliards en 1982, puis 20 milliards en 1986, et s’accroche depuis vingt ans autour de 50 milliards d’euros. En deux décennies, l’Etat a dû payer pour les seuls intérêts de la dette, pour le seul coût de l’emprunt, l’équivalent de la moitié du PIB actuel – soit plus de 1.000 milliards d’euros.

 

Le système se mord la queue : plus l’Etat emprunte, plus il paye cher sa dette, et plus il doit réemprunter pour s’acquitter de ses remboursements. La dette publique de la France est passée de 100 milliards d’euros en 1982 à plus de 2.000 milliards en 2015. Le dernier exercice budgétaire bénéficiaire est d’ailleurs celui de l’année 1973, et le dernier excédent budgétaire a été constaté en 1974. Depuis lors, l’Etat a creusé son déficit, selon une courbe en montagnes russes largement déclinante sur le long terme. En 2010, le déficit public annuel s’établissait à 7,1%. Aujourd’hui, tous les « efforts » fournis par les gouvernements successifs pour réduire le déficit ne se concentrent que sur les budgets de fonctionnement de l’Etat. Les postes d’investissements, eux, ne peuvent baisser pour ne pas voir la France distancée dans la modernisation de ses infrastructures. La dette se creuse donc, à mesure que les emprunts se multiplient et que l’Etat se soumet aux règles édictées par le capital.

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Selon un rapport publié par Euroclear, entreprise spécialisée dans la gestion d’obligations, le premier créancier de la France est « Axa Investment Managers ». Allianz, MMA, CM-CIC et la BNP complètent le top cinq. Les cinquante principaux détenteurs de la dette publique française sont tous des établissements financiers privés, établis dans l’hexagone, au Royaume-Uni, en Allemagne, au Luxembourg ou en Suisse pour la plupart. Eux-mêmes détenus par des fonds de placement, eux-mêmes détenus par les milliardaires de la grande bourgeoisie, le pouvoir du capital est total et s’emploie en permanence à franchir les frontières du raisonnable. Car, si les banques imposent à la France des intérêts aussi lourds, c’est pour assurer leurs propres opérations financières. La pratique est simple : pour financer les prêts qu’on leur demande, les banques demandent elles-mêmes à être financées par les marchés en émettant des nouveaux titres financiers.

 

La complicité des Etats

 

Les conditions d’emprunt sont scandaleuses, mais les propriétaires capitalistes ont un rapport de force tel que la situation garde de beaux jours devant elle avant d’être remise en cause. Le système tient parce que les Etats, et en Europe les institutions supranationales que sont l’Union et la Banque centrale de Francfort, continuent d’appliquer les règles favorables aux banques. Non seulement les banques privées créancières sont en position de force, mais les Etats endettés refusent de leur tenir tête. La législation, notamment au niveau de l’Union européenne, existe pour répondre aux intérêts des puissances financières. Chaque année, les banques dépensent 120 millions d’euros en frais de lobbying à Bruxelles, en salaires et frais de bouche. Aux abords du Parlement européen, les représentants des entreprises financières invitent au restaurant la quasi-totalité des députés pour les convaincre de voter les mesures les plus avantageuses. Des amendements sont proposés, adoptés ou au contraire refusés avec pour seule boussole l’intérêt supérieur des banques privées.

 

Que les chauvinistes de la trempe frontiste se rassurent : la pratique a cours dans l’hexagone. La puissante Fédération bancaire française, dirigée par le président de la Banque populaire Caisse d’épargne (BPCE) François Pérol, exerce une influence majeure sur l’action du gouvernement. Un membre de la commission des Finances du Sénat explique que « le monde de la banque ne fait pas dans la dentelle. Il n’est pas question de déjeuners chics ni même d’amendements rédigés clés en main », des méthodes courantes dans le lobbying. « Les banquiers détiennent les clés des financements de nombreux projets des collectivités locales. Ils savent nous le rappeler au moment opportun. » Le chantage est permanent, comme le précise Gaël Giraud, économiste chercheur au CNRS : « le seul actif de BNP Paribas représente l’équivalent du PIB français ; lorsqu’il menace le gouvernement, cette menace est extrêmement crédible ».

 

Tracfin, l’institution de lutte « contre les circuits financiers clandestins », l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers font bien rire les établissements privés. Ces trois organismes de contrôle sont, soit dépourvus de moyens pour assurer leurs missions, soit gangrénés de l’intérieur par les complices des banques. Lorsqu’une infraction est finalement constatée et révélée au grand jour, l’Etat n’inflige qu’une amende dérisoire, au grand maximum de l’ordre de quelques dizaines de millions d’euros. En 2013 et en 2014, la Société générale et LCL (le Crédit Lyonnais) ont été pris la main dans le sac pour avoir obligé leurs clients les plus pauvres souhaitant ouvrir un compte bancaire à s’acquitter de prestations payantes, alors qu’elles étaient facultatives. Les deux banques ont écopé d’une amende de 2 millions d’euros. Un montant insignifiant comparé aux gigantesques bénéfices des banques, qui se comptent chaque année en milliards ; donc une « sanction » sans aucune conséquence, malgré le préjudice réel.

 

 

Le grand scandale de la crise financière

 

Les banques françaises ont à peine vacillé durant la crise des subprimes. BNP Paribas, pourtant empêtrée dans ses engagements dans des produits à hauts risques, est certes passée d’un résultat net de 7,82 milliards en 2007 à 3 milliards d’euros en 2008 ; mais elle maintenant alors des profits gigantesques au plus fort de la crise. Dès 2009, la BNP réalisait 5,83 milliards de bénéfices, puis 7,8 milliards en 2010, soit son niveau record d’avant la crise. Si cet exemple est le plus probant, les profits des autres banques ont suivi cette courbe. La dette privée des banques, qui jouent au poker avec des sommes astronomiques, ayant été rachetée par les Etats, les établissements ont pu se maintenir des bénéfices plus que confortables, partagés entre leurs dirigeants et leurs actionnaires. Mais, même si ce ne sont pas les banques qui l’assument, toute cette opération a un prix : l’accroissement sans précédent de la dette publique.

La crise bancaire de 2008 n’aura eu que des dégâts limités pour ceux qui l’ont provoquée, mais provoquera une seconde crise dans son sillage : celle des « dettes souveraines ». Evoquée dès le début de l’année 2010, provoquant une nouvelle tempête boursière à l’été 2011 et continuant de se développer depuis, cette nouvelle crise met en lumière les proportions démesurées qu’ont prises les dettes publiques de certains Etats. En Irlande, en Grèce, en Italie et au Portugal, la dette atteint des sommets, dépassant à chaque fois le produit intérieur brut (PIB).

 

Qui paye la dette publique ?

 

Nous avons vu qui détient la dette publique, combien elle coûte à la France – un prix exorbitant, en hausse constante – et par quels mécanismes elle se creuse. Pour terminer le tableau, il est important d’identifier qui paye la dette. La réponse simple est le contribuable, évidemment : seules les recettes procédées par l’Etat fournissent la manne nécessaire au remboursement de la dette publique. Il convient cependant d’adjoindre à cette vision simpliste une grille de lecture socio-économique autrement plus rigoureuse, basée sur les classes sociales.

siècle contre le travail des enfants, pour la réduction du temps de travail et pour un salaire digne, est parvenue à exercer une pression telle qu’un impôt progressif sur le revenu a été mis en place. Dans ce système, le revenu annuel d’un individu est divisé en tranches présentant chacune un taux d’imposition différent. La tranche inférieure à 6.000 euros (en 2013) n’est pas imposée, celle entre 6.000 et 12.000 euros est imposée à 5,5%, celle entre 12.000 et 27.000 euros est imposée à 14%, et ainsi de suite. Au sortir de la guerre, la classe ouvrière réunie dans une CGT de 5 millions et demi d’adhérents, face à une grande bourgeoisie affaiblie par sa collaboration, a obtenu le système d’imposition le plus progressif de l’Histoire de France. La dernière tranche était imposée à 80%, permettant ainsi de dégager des recettes conséquentes pour l’Etat et ses infrastructures. La reconstruction de ème et tout au long du 20èmeDans l’idée véhiculée, chacun prend sa part à la contribution de l’Etat et les impôts sont progressifs, pour refléter au mieux les revenus. Mais la définition des impôts fait elle-même l’objet d’un rapport de force, tant national que géopolitique. Si les ultra-riches semblent de mieux en mieux acceptés en France, le fait de gagner 1.000, 10.000 voire 100.000 fois plus que le Smicard moyen n’a pas toujours été accepté. La classe ouvrière, qui s’est battue à la fin du 19la France, contrairement à certains de ses voisins européens, a ainsi pu être fulgurante.

 

L’exemple français n’est pas isolé. En 1941, Roosevelt fait adopter un taux d’imposition maximum à 91%, pour la tranche de revenus supérieure à 200.000 dollars, environ un million de nos jours. Le taux est resté en vigueur jusqu’en 1964, avant d’être progressivement abaissé par les administrations successives, pour n’atteindre plus que 28% à la fin de l’ère Reagan – un taux qui a encore diminué aujourd’hui. La France a suivi un mouvement similaire. Désormais, le taux d’imposition maximum sur la dernière tranche est de 45%, en vertu du fameux « bouclier fiscal » de Sarkozy. En 2009, l’économiste Thomas Piketty prenait l’exemple d’ « Antoine Zacharias, patron de Vinci, (qui) a ponctionné 120 millions d’euros de rémunérations à son entreprise. Au nom de quelle folie idéologique devrait-on lui garantir qu’il conservera quoiqu’il arrive 50% de cette somme ? Même avec un taux d’imposition de 90%, cela lui laisserait tout de même 10 millions d’euros d’argent de poche… »

 

 

Les travailleurs français pris à la gorge

 

Depuis un demi-siècle, la progressivité des impôts a fondu tandis que les dettes ont explosé. De plus, les impôts sur les sociétés, initialement eux aussi progressifs, font l’objet d’une armada de crédits d’impôts et autres dégrèvements fiscaux, exemptant de dizaines de milliards les grands groupes chaque année. Dans ces conditions, comment les Etats se financent-ils ? En taxant, tout simplement. En s’appliquant à tous aux mêmes taux et aux mêmes montants, la taxe est l’impôt le plus inégalitaire qui existe. Ses déclinaisons se multiplient : sur l’essence, sur les cigarettes, sur l’ensemble des produits de consommation (taxe sur la valeur ajoutée ou TVA), ou plus récemment sur les sodas. En 2011, sur les 255 milliards d’euros perçus par l’Etat, 51,71% provenaient de la seule TVA, soit 132 milliards. En comparaison, l’impôt sur le revenu (dont l’essentiel provient désormais des ménages les moins riches) s’élevait à 51,5 milliards de recettes, tandis que l’impôt sur les sociétés s’établissait à 39 milliards, moins de trois fois le montant de la taxe intérieure sur les produits pétroliers.

 

Soyons clairs : les milliardaires de la haute bourgeoisie s’acquittent d’un impôt quasi nul en comparaison de leur immense fortune. Ils bénéficient de mécanismes de crédits d’impôts en tous genres, dont leurs conseillers financiers et comptables n’hésitent pas à user et abuser. Si l’imposition s’avère toujours trop lourde pour les plus riches, comme ils continuent de s’en plaindre par la voie des titres médiatiques leur appartenant, ils pratiquent l’évasion fiscale sans cas de conscience aucun. Cette dernière est archi-répandue dans les élites économiques, chacun disposant de ses comptes personnels en banque dans les paradis fiscaux. Le chiffre d’affaires des grandes sociétés eux-mêmes sont trafiqués, une part importante du bénéfice net des groupes réalisé sur le sol français étant transféré immédiatement dans des pays à la fiscalité très faible. Les montages financiers sont des plus astucieux pour permettre aux plus riches de payer toujours moins.

 

Par contre, la petite bourgeoisie – petits commerçants et propriétaires de leur propre affaire – est cernée par les impôts, auxquelles elle ne peut se dérober. Plus encore, ce sont les travailleurs français, qualifiés avec un salaire relativement confortable, au smic, ou au chômage, qui sont touchés de plein fouet par le système fiscal français. Ce sont les simples salariés qui fournissent l’essentiel des recettes liées à la TVA et à l’essence. C’est la classe ouvrière moderne, celle qui travaille dans les chaînes de distribution, de restauration, le télémarketing ou l’administration, qui paye de sa poche l’essentiel des recettes fiscales de l’Etat.

 

La position de François Hollande sur la question prouve la continuité entre le gouvernement socialiste et la précédente majorité de droite sur la question : la dernière tranche d’imposition n’a toujours pas été relevée, tandis que la TVA a été augmentée. L’évolution de la fiscalité ne fait que refléter l’évolution du rapport de force entre les classes sociales : plus la classe ouvrière est désunie et nie elle-même son existence, moins elle est en capacité de faire valoir ses intérêts. La situation ne trouvera donc aucun changement radical tant que le peuple de France ne se relève pas de son atrophie, pour remettre en cause la propagande dominante et le système financier. Sans cette nécessaire prise de conscience, le pillage en règle continuera dans des proportions plus infernales. Les banques, propriétés capitalistes, continueront leur poker permanent avec l’argent des Etats ; et cet argent proviendra toujours davantage du peuple français, qui se laisse cuire à petit feu, trop concentré aujourd’hui sur son voisin musulman pour se rendre compte de l’arnaque générale dont il est victime.

 

Le système financier est opaque, précisément parce qu’il sert les intérêts exclusifs d’une petite caste au détriment du peuple français. Les proportions démesurées de la dette publique sont l’œuvre de la grande bourgeoisie, qui tire de ce mécanisme un profit gigantesque. C’est à elle, la classe des milliardaires, que sont payés les 50 milliards d’euros annuels pour les seuls intérêts de la dette publique. Cet argent est ponctionné dans les poches de la classe ouvrière, toujours plus sévèrement par l’augmentation et la multiplication de taxes à l’application aveugle. Dans son grand tour de passe-passe, la classe dominante fait payer aux travailleurs de France une crise qu’elle n’a en réalité jamais connue. La dette publique n’est qu’un pan de notre régime économique. L’autre pilier, et non des moindres, de la domination de la grande bourgeoisie financière sur les peuples, réside dans les crédits à la consommation. Les ménages sont pris en étau par des emprunts toujours plus nombreux et plus lourds, qui confinent au surendettement général.

 

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 06:17

Récemment, un proche me demande si, selon moi, on reverra Sarkozy dans le paysage politique. Pour moi, aucun doute. Un exemple canonique : alors qu’il est âge de près de 90 ans, Antoine Pinay, 250 fois ministre, président du Conseil, membre pendant un an du Conseil national de Vichy, est approché par des ingénieurs et un ancien agent du SDECE qui a financé des opérations de déstabilisation dans des pays de l’Europe de l’Est par le biais de communautés religieuses locales (ohé, Wojtyla !). Il s’agit cette foi de promouvoir et de financer les avions renifleurs car, en France, si on n’a pas de pétrole, on a des idées. Se laisse-t-il abuser, est-il complètement excité par le peut-être dernier grand rôle politique de sa vie, Pinay s’embarque dans cette galère ridicule ? Il est vrai qu’il lui reste treize ans à vivre et que le temps passe vite.

 

J’évoquerai ici le cas d’un personnage beaucoup moins connu et qui eut la malchance d’être le cadet d’un frère brillantissime : Olivier Giscard d’Estaing. Á 86 ans, cet homme d’affaires de haute volée (comme Trump, il ne partait pas de rien puisque la famille avait depuis longtemps fait fortune dans les mines puis le nucléaire) s’était montré plutôt discret en politique, se contentant de la mairie du village d’Estaing et d’un siège de député pendant cinq ans dans les Alpes Maritimes. C’est une manie dans la famille : on a toujours besoin d’un hochet. L’aînée des enfants d’Estaing, Sylvie, épouse d’un comte de Las Cases, fut pendant vingt-sept ans mairesse de Prinsuéjols, village de l’Aubrac de 153 habitants.

 

Olivier a soudainement été pris d’un prurit qu’une application d’éosine n’aurait pu soigner : sauver Vierzon du stalinisme. Possédant une maison dans cette sous-préfecture du Cher depuis une cinquantaine d’années, il décida de figurer sur la liste UDI-UMP de Stéphane Mousset lors des élections municipales de 2014 pour mettre fin au « règne » du maire communiste Nicolas Sansu. Promettant de faire jouer ses réseaux au service de la ville, il appela les électeurs à saisir « la chance unique de se débarrasser d'une municipalité communiste qui entraîne Vierzon dans la déchéance ». Olivier appela le maire sortant à « renoncer à la mairie pour se consacrer à son mandat de député ». Dans un tract, il lança ce vibrant appel : « Notre liste mène à Vierzon un combat qui mérite d'être connu de tout le pays. C'est le combat de l'esprit d'entreprise, le combat du libéralisme contre le totalitarisme étatique. Le stalinisme a encore des fidèles ! À Vierzon, c'est Nicolas Sansu, et à Paris, nous avons Marie-Georges Buffet et Jean-Luc Mélenchon. Des dictateurs, qui stérilisent les territoires et dupent les électeursLe mur est tombé à Berlin. Il doit aussi tomber à Vierzon! ».

 

T’as des mecs à particule (“Monsieur Depuipeu”) qui, jusqu'à leur dernier souffle, vivront en 1788 !

 

Las ! Trois fois las ! La liste d’Olivier fut devancée par celle des couteaux entre les dents, par une autre liste de droite et par celle du FN. Que des gueux. Sans pouvoir se maintenir. Par la grâce d'une triangulaire, les Bolchéviques l’emportèrent au second tour.

 

 

En broutant à la recherche d’Olivier et de ses frasques municipales, je suis tombé sur ce désopilant article d’Alex Térieur (un pseudo ?), du blog LerrybéRit en date du 19 mars 2014, preuve qu’il est des manants irrévérencieux :

 

 

 

 

Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien président de la République, se faisait passer pour son frère Olivier à Vierzon

 

Valéry Giscard d'Estaing, l'ancien président de la République, se faisait passer pour son frère. L'Ex a profité de l'absence d'Olivier Giscard d'Estaing, parti une année entière dans un monastère bouddhiste en Amérique latine, pour prendre sa place et tromper, sans le moindre problème, tout l'entourage d'Olivier. L'ancien président e la République, prit le doigt dans le pot de confiture, a avoué avoir monté ce stratagème, "par ennui" car, a-t-il ajouté aux enquêteurs, "la vie d'ancien président est parfois monotone".

 

Parmi ces faits d'arme, Valéry Giscard d'Estaing a réussi, au nom de son frère Olivier, à rejoindre une liste de droite aux élections municipales de Vierzon dans le Cher. Ainsi, a-t-il fait croire aux trente-quatre autres colistiers, qu'il allait chasser les élus communistes de cette ville. Sa déclaration, au soir de la présentation de la liste sur laquelle Valéry Giscard d'Estaing s'est inscrit au nom de son frère, a même été reprise, via une dépêche de l'Agence france presse, dans de nombreux médias.

 

Ainsi, l'ancien président de la République quittait régulièrement son Puy-de-Dôme pour venir s'installer quelques jours, tout au plus, dans la demeure familiale d'Olivier, située à Vierzon, sur les hauteurs d'un quartier prénommé Chaillot. Dans la peau de son frangin, l'Ex a même fait croire que, grâce à son carnet d'adresses, il pourrait faire venir des entreprises à Vierzon, si sa liste était élue. "J'ai vu que ça marchait super bien alors j'ai continué. Et une fois pris dans l'engrenage, je n'ai pas pu reculer". Tout a été découvert lorsqu'Olivier, revenu de sa retraite bouddhiste, en début de semaine, a découvert, stupéfait, les nombreux articles de presse, tracts de campagne et ses déclarations qu'il n'a jamais faite.

 

Un musée Lady Di à Vierzon

 

C'est dans un brouillon de profession de foi, qu'Olivier a découvert d'où venait la supercherie car il était question de créer, à Vierzon, un musée dédié à la princesse Diana, avec, la reconstitution du pont de l'Alma, l'exposition du carrosse royal et une inauguration en grande pompe avec la reine d'Angleterre. Dans une lettre manuscrite, l'ancien président de la République avait même imaginé léguer le château de son frère à une œuvre caritative de Vierzon.

 

Dans l'impossibilité de joindre Valéry Giscard d'Estaing qui fait dire qu'il est parti en voyage pour six mois, Olivier a donné une conférence de presse dans laquelle, il explique, que pour rendre service, il restera sur la liste de Vierzon pour ne pas la mettre dans les difficultés. Il espère que les colistiers comprendront son désir de ne pas être élu et de n'assumer aucune responsabilité politique.

 

Le 1er avril, Olivier Giscard d'Estaing s'envolera pour trois mois à New York pour une série de conférences sur le thème de la famille. "La difficulté d'être un frère de l'ombre", "Comment vivre avec un nom connu", "si ce n'est donc toi c'est donc ton frère", "mon frère, ce président de la République" seront les quelques thèmes développés pendant ce cycle de conférences. Olivier a même prévu un code se cret avec son proche entourage et ses gensde maison afin que la supercherie ne se reproduise plus.

 

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 07:00

Jusqu’à il y a un an, il y avait en bas de mon immeuble (1 000 habitants dans cet immeuble, le plus grand d’habitation de Lyon) une boîte aux lettres La Poste. Vandalisée, elle n’a jamais été remplacée. Désormais nous postons notre courrier dans une boîte située à environ 400 mètres de chez nous.

 

Á 1 km 500 de là, nous disposons d’un petit bureau de poste qui est souvent fermé. Pendant les vacances d’été, par exemple. C’est ça le service « au » public : on fait disparaître des milliers de bureaux et ceux qui restent ouverts ne sont pas régis en fonction de la demande du public, de la simple existence des « clients », mais selon le management de La Poste.

 

Accrochée au mur de cette agence, une boîte aux lettres. Donc, lorsque l’agence est ouverte, les « clients » disposent de deux possibilités pour poster leur courrier.

Y’a pas à dire, La Poste, c’est des génies

Mais là où le génie éclate, c’est quand on s’aperçoit avec ravissement que La Poste a installé une boîte de l’autre côté de la rue, 30 mètres plus loin.

 

Trop forte, La Poste !

Y’a pas à dire, La Poste, c’est des génies
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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 07:06
La TVA, l'impôt préféré du châtelain Fillon
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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 06:33

Ci-dessous un long article (accrochez-vous, cela vaut le déplacement) de Guy Bajoit sur le capitalisme néo-libéral. Bajoit est un sociologue belge, professeur émérite à l'université de Louvain (UCL). La question centrale de son œuvre est : comment la pratique des relations sociales fabrique-t-elle des sujets personnels et/ou collectifs ?

 

 

INTRODUCTION

 

Pour que mes lecteurs me comprennent bien, je crois nécessaire d’expliciter d’abord quelques points importants.

 

Je suis convaincu que, pour agir efficacement sur une réalité sociale, quelle qu’elle soit, il faut commencer par comprendre au mieux comment elle « fonctionne » [2] et, pour cela, il faut en faire une analyse aussi proche que possible de la logique dominante à laquelle elle obéit. Je me propose donc d’écrire deux chapitres très synthétiques : le premier proposera une analyse de la logique du capitalisme dans sa phase néolibérale actuelle, et le second concernera les mouvements sociaux qui combattent ce néolibéralisme. L’un est plutôt une analyse sociologique, l’autre est plutôt un texte militant, mais fondé sur cette analyse. La lecture du premier est indispensable pour qui veut comprendre le second.

 

Décrire une logique dominante n’équivaut pas à décrire une société tout entière : comme dans n’importe quelle société, d’autres logiques sont à l’œuvre, qui fonctionnent selon d’autres principes, et qui peuvent parfois contrarier (freiner, réformer, arrêter) la logique dominante. Si bien que les acteurs qui sont partisans de cette dernière doivent composer avec ces autres logiques, et, pour aboutir à leurs fins, tenter de les redéfinir, de les infléchir, voire de les supprimer, bref, ils cherchent à s’imposer par des chemins spécifiques à chaque collectivité particulière.

 

Il résulte de ce qui précède qu’il n’y a jamais de déterminisme dans la vie sociale : les acteurs entretiennent entre eux des relations de coopération, de conflit, de compétition et de contradiction dont l’issue est toujours, au moins en partie, imprévisible (même si certaines voies sont plus probables que d’autres). La modernisation néolibérale suit donc des chemins différents selon les collectivités humaines dans lesquelles elle cherche à s’imposer. L’analyse que je propose ici est surtout valable pour comprendre le changement social et culturel dans les sociétés du Nord occidental, mais elle s’applique aussi à d’autres sociétés.

 

 

COMMENT FONCTIONNE LE CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

 

Démarche générale

 

Dans les sociétés du Nord occidental, depuis environ un demi-siècle, la logique dominante qui régit le fonctionnement du capitalisme a changé très radicalement. Pour le dire en une phrase, nos sociétés sont passées d’un capitalisme industriel national, régulé par les États, à un capitalisme néolibéral mondialisé, qui impose ses propres règles aux États. Il importe de bien préciser que ces deux régimes ne sont pas seulement des régimes économiques (des modes de production), mais des régimes sociétaux, qui imprègnent tous les champs relationnels de la vie collective comme nous allons le voir. Le but de mon premier chapitre est de comprendre les raisons de cette « grande mutation » et d’expliciter les effets concrets qu’elle a eus sur la vie sociale.

 

La démarche présentée ici repose sur sept propositions, qui concernent les sept champs relationnels que je considère comme constitutifs de la vie collective. Ces champs sont articulés entre eux et j’estime qu’ils ont tous une importance théorique égale : je ne privilégie donc aucun d’entre eux (notamment je n’accorde pas une place plus importante au champ économique). Dès lors, ces propositions forment un tout : elles interagissent les unes sur les autres, en cercle, ou mieux, en spirale (que les uns qualifieront de « vertueuse », les autres de « vicieuse »).

 

Le schéma ci-dessous résume l’analyse et peut servir de guide de lecture. J’attire l’attention sur la signification des flèches dans ce schéma : elles ne signifient pas « cause… », mais plutôt « permet de comprendre les raisons de… ». En effet, affirmer que les changements survenus dans un champ seraient la « cause » de ceux du champ suivant reviendrait à postuler l’existence d’une détermination entre eux, et donc d’une évolution prévisible de l’ensemble. Or, comme je viens de le préciser, les logiques des relations sociales, si elles conditionnent bien les acteurs, ne les déterminent jamais totalement.

 

Le capitalisme néo-libéral. Comment fonctionne-t-il ? Comment le combattre ? (I)

Première proposition : la logique des relations de savoir

 

Depuis les années 1970, les innovations techniques dans les domaines de l’informatique et de la robotique, ainsi que les découvertes scientifiques de la génétique et leurs prolongements dans la biotechnologie (notamment la nanotechnologie), ont engendré une profonde mutation technologique. Celle-ci a eu au moins trois conséquences majeures :

 

1. Ce mouvement a engendré une course effrénée à l’innovation technologique entre les entreprises des pays les plus hégémoniques du monde. Cette compétition a été largement stimulée par la course aux armements, ce qui souligne l’importance du « complexe militaro-industriel » dans l’évolution des innovations. Les entreprises qui ont adopté ces nouvelles technologies, et sont parvenues à suivre le rythme du renouvellement permanent de leurs procédés de production, ont survécu ; celles qui n’ont pas pu (pas voulu) les intégrer survivent péniblement ou ont disparu : elles ont fait faillite, ou bien elles ont été absorbées par les plus grandes.

 

2. Cette course à l’innovation a engendré une forte hausse de la productivité du travail, surtout dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie : ces nouvelles technologies permettent de produire, en quantité et en qualité, des biens et des services extrêmement diversifiés, dont l’offre dépasse largement la demande solvable dans les domaines les plus rentables de l’industrie.

 

3. Cette croissance accélérée et brutale des forces productives a provoqué une prise de conscience écologique. Le progrès indéfini de la maîtrise et de la transformation de la nature par la science, la technique et le travail a touché ses limites : les ressources non renouvelables s’épuisent, l’environnement est en danger, la santé des gens est menacée. En outre, étant donné la croissance démographique, il est sans doute physiquement impossible que tous les humains vivent… comme les Nord-Américains ou les Européens !

 

De ces trois conséquences, la dernière est sans doute, et de loin, la plus dangereuse pour l’avenir de l’humanité : on peut innover indéfiniment, on peut rêver d’un monde sans travail, mais un monde sans eau, sans terres cultivables, sans ressources énergétiques... serait carrément impossible.

 

Deuxième proposition : la logique des relations de puissance

 

Ce formidable dynamisme technologique a bouleversé les rapports sociaux de production : pour survivre, les entreprises doivent pouvoir vendre tout ce qu’elles sont capables de produire, donc elles doivent conquérir des marchés au-delà des frontières nationales de leur pays d’origine. On a vu alors les États – surtout dans les pays les plus industrialisés (« consensus de Washington ») –, abandonner peu à peu le protectionnisme économique (le modèle keynésien) qu’ils avaient mis en place après la grande crise des années 1929-1930.

 

Ils ont réduit les droits de douane qui protégeaient leurs entreprises nationales contre la concurrence des entreprises étrangères. Ils ont réduit aussi, voire supprimé, les interventions des États pour réguler les cycles de l’économie, en entreprenant des grands travaux publics, en créant des entreprises publiques et en pratiquant le contrôle des changes (abandon des accords de Bretton-Woods en 1976). Ils ont privatisé (totalement ou partiellement) les grandes entreprises publiques (chemins de fer, aviation, poste, téléphone, radio, télévision, construction des routes, etc.) Bref, les gestionnaires de l’économie ont exigé que les États se mettent au service du marché : qu’ils se soumettent à ses « lois », qu’ils laissent circuler librement les biens et les services, les capitaux et les informations, qu’ils laissent le marché fonctionner selon sa rationalité propre, en comptant sur sa prétendue « main invisible » pour réguler les échanges. Ils en sont ainsi revenus au libéralisme du 19e siècle, mais cette fois, en prétendant l’appliquer au monde entier : et ils ont peu à peu (entre 1970 et aujourd’hui) généralisé le modèle économique néolibéral. Cette évolution a engendré une violente montée du chômage, de l’exclusion sociale et des inégalités.

 

Cette évolution a eu pour conséquence que la classe gestionnaire, qui pilote l’économie mondiale, a changé progressivement : la vieille classe bourgeoise du capitalisme industriel national (les propriétaires privés de moyens de production qui exploitent la force de travail dans les usines) a perdu une grande partie de sa puissance, qui est passée entre les mains d’une nouvelle. En effet, qui gère aujourd’hui l’économie néolibérale mondialisée ? Une nouvelle classe gestionnaire s’est formée parmi les riches financiers et commerçants (les banques, les sociétés multinationales, les fonds d’investissement et leurs actionnaires, les spéculateurs, les marchands, ceux qui se réunissent chaque année à Davos, en Suisse, pour se concerter), qui contrôlent la plus grande partie des échanges financiers et commerciaux au niveau mondial.

 

Je propose de désigner cette classe par le terme « ploutocratie ». Ils sont aidés dans leur fonction par quatre types de technocrates (indispensables, très bien rémunérés, donc complices) : les agences de notation, qui évaluent la santé économique des entreprises et des États, et qui disent aux membres de la classe gestionnaire où et quand ils doivent placer leur argent s’ils veulent faire entre 15 à 25% de bénéfice par an ; les grands managers, qui savent comment il faut gérer les entreprises pour qu’elles soient compétitives et réalisent de tels bénéfices ; les agences d’innovation technique, qui ne cessent d’inventer des nouvelles technologies (et de rendre les anciennes obsolètes), permettant d’augmenter sans cesse la productivité du travail ; et les agences de publicité, qui savent comment manipuler les besoins des consommateurs pour leur faire acheter (quitte à s’endetter) tout ce que ces entreprises sont capables de produire.

 

Quand la classe gestionnaire change, la classe productrice change aussi. Il est très important, pour orienter les luttes sociales, de savoir qui est la nouvelle classe productrice dans le nouveau mode de production que la ploutocratie a mis en place, et pour répondre à cette question, il faut savoir comment cette dernière exerce sa puissance. Il existe au moins quatre manières, vieilles comme le monde, d’obtenir un surplus d’une classe productrice (et donc quatre formes de surplus) : en lui louant un bien foncier (rente foncière), en lui prêtant de l’argent (intérêt financier), en lui vendant des biens ou des services (bénéfice commercial) ou en exploitant sa force de travail (plus-value). Chaque classe gestionnaire combine à sa façon ces quatre méthodes, mais en privilégiant certaines d’entre elles.

 

La vieille bourgeoisie capitaliste s’approprie principalement le surplus par l’exploitation du travail dans le procès de production (plus-value). La ploutocratie se l’approprie principalement par l’exploitation de la demande solvable sur les marchés (intérêt financier et bénéfice commercial). En effet, si elle veut survivre et prospérer, elle doit savoir vendre tout ce qu’elle produit, et pour cela, il lui faut trouver des marchés dans le monde entier, ce qui implique qu’elle sache manipuler les besoins de consommation et déployer une forte capacité de compétition pour les conquérir.

 

Dès lors, ceux dont la contribution fait aujourd’hui « tourner la machine économique néolibérale », ce sont les usagers et les consommateurs manipulés du monde entier, qui s’endettent auprès des banques pour acheter des biens et des services, et qui travaillent ensuite dans n’importe quelles conditions pour payer leurs dettes : ce sont eux la nouvelle classe productrice. Je propose de la désigner par le terme « clientariat ». Hier, ce qui menaçait le capitalisme industriel, c’était la grève des travailleurs ; ce qui peut menacer aujourd’hui le capitalisme néolibéral, ce serait la grève des clients – consommateurs et usagers !

Le capitalisme néo-libéral. Comment fonctionne-t-il ? Comment le combattre ? (I)

 

Troisième proposition : la logique des relations d’hégémonie

 

Les performances économiques du modèle néolibéral sont telles que la nouvelle classe gestionnaire s’est efforcée (et s’efforce encore, car le processus est en cours) de le généraliser au niveau des marchés mondiaux. Les pays qui adoptent le modèle néolibéral et qui savent comment le mettre en œuvre, parviennent à augmenter considérablement leur « PIB par tête d’habitant », donc la richesse économique qu’ils produisent et consomment, même si celle-ci est très mal distribuée et si les inégalités sociales grandissent entre les groupes sociaux les plus riches et les plus pauvres et entre les pays qui réussissent, tantôt plus, tantôt moins, et ceux qui échouent. Cette évolution a eu d’abord pour conséquence l’effondrement des régimes communistes soviétiques qui n’ont pas su résister à la compétition avec les pays capitalistes. Elle a eu ensuite pour effet de stimuler les économies de certains grands pays (les « émergents » : Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud et Mexique), dont la ploutocratie avait intérêt à conquérir rapidement les marchés.

 

Dès lors, l’ordre économique et politique mondial qui avait régné jusqu’alors s’est trouvé bouleversé : le monde actuel n’est plus piloté par des blocs (Est, Ouest), mais par des alliances entre les États les plus hégémoniques de la planète (UE, G8, G20…), qui ont adopté le modèle néolibéral, et par des grandes organisations internationales (FMI, BM, OMC, OCDE…). Les dirigeants et le personnel de ces dernières, dont les ressources dépendent des États hégémoniques, sont au service de la ploutocratie et ils pèsent de tout le poids de leurs ressources financières et de leur pouvoir politique, pour promouvoir, là où c’est possible dans le monde, l’économie de marché, réputée efficace et incontournable.

 

C’est par l’intermédiaire des États les plus hégémoniques et de ces organisations internationales que la ploutocratie parvient à imposer le modèle néolibéral à tous (ou presque tous) les autres États du monde. Partout, sont mis en œuvre des traités de libre commerce destinés à libéraliser les échanges commerciaux et financiers entre les pays hégémoniques. Ces traités constituent le nouveau visage de l’impérialisme d’aujourd’hui et de demain, puisque les pays moins hégémoniques, s’ils veulent participer au commerce mondial, seront obligés de s’y soumettre dans les faits, même s’ils ne les ont pas signés. Certains de ces traités (comme le TTIP, le CETA ou le TISA) impliquent, de la part des États, une importante renonciation à leur souveraineté nationale, car ils pourraient être contraints de payer de lourdes amendes aux entreprises s’ils limitaient ou entravaient leurs investissements ou leurs échanges.

 


Quatrième proposition : la logique des relations de pouvoir

 

La ploutocratie et les organisations internationales qui promeuvent ses intérêts exercent d’énormes pressions (par chantage et souvent par corruption) sur les États nationaux pour qu’ils se conforment aux exigences du modèle néolibéral. Dès lors la relation de force entre les États et le marché s’est inversée : pour que la « machine » tourne rond, il faut que ces derniers renoncent à une grande partie de leur souveraineté nationale, qu’ils signent de nombreux traités internationaux qui les engagent, qu’ils renoncent à interférer sur la rationalité du marché (par exemple en aidant des entreprises ou des secteurs économiques en difficulté), qu’ils privatisent leurs entreprises publiques et qu’ils pratiquent une politique d’austérité budgétaire.

 

Or, les États sont inégaux devant ces exigences : les moins hégémoniques (ceux qui sont moins « développés ») sont souvent incapables de pratiquer de telles politiques, qui ouvrent tout grand la porte à l’impérialisme occidental et qui creusent les inégalités de façon dangereuse au sein de leur population (qui donc a tendance à migrer vers le Nord) ; les plus hégémoniques (ceux du Nord occidental) ont dû, pour y faire face, accepter le principe d’un « État minimum » qui les a amenés à affaiblir leur autonomie et qui a mis en cause leur démocratie représentative. En effet, les citoyens se rendent bien compte que leurs dirigeants politiques ont perdu une grande partie de leur emprise sur les États qu’ils gouvernent : pour être élus, ils font des promesses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir.

 

Par exemple, les politiciens promettent de résoudre le problème du chômage, alors que ce ne sont pas (bien au contraire) les États qui créent des emplois ; ils font des « cadeaux » fiscaux aux entreprises étrangères pour qu’elles s’installent dans leur pays : elles profitent de l’aubaine, s’y installent en effet, mais ne créent pas, ou très peu d’emplois. Tout cela fausse le « jeu » politique et provoque une crise profonde de la démocratie parlementaire représentative. D’où le découragement des électeurs qui ne savent plus pour qui voter, ni comment être citoyens : que leurs élus soient de gauche, du centre ou de droite, cela revient presque au même ! Donc ils s’abstiennent de voter, ou bien ils votent pour des partis démagogiques d’extrême droite, qui séduisent l’opinion publique dans beaucoup de pays en stigmatisant les immigrés, auxquels ils font jouer le rôle de bouc émissaire, et en promettant, en vain, de restaurer la souveraineté nationale.

 

Cinquième proposition : la logique des relations d’influence

 

Pour que tous les groupes de pression – représentant les multiples intérêts et les projets de toutes les catégories sociales qui interagissent dans une collectivité –, puissent coexister pacifiquement dans le cadre d’un contrat social, il est nécessaire que l’État mette en place des dispositifs légaux et institués de gestion des conflits par la négociation, qui permettent à ces groupes de discuter entre eux, d’établir des compromis et de faire garantir ceux-ci par le pouvoir politique.

 

Sous le régime du capitalisme industriel national, après plus d’un siècle de luttes, le mouvement ouvrier avait fini par obtenir des États qu’ils instituent de tels dispositifs – la concertation sociale –, grâce auxquels les syndicats ont pu négocier avec la bourgeoisie un grand nombre d’acquis sociaux, dans les domaines du travail, de l’éducation, de la santé, du logement et de la sécurité sociale (indemnisations du chômage, pensions de retraite, assurances maladie invalidité, allocations familiales, pécules de vacances). C’est ce que l’on a appelé le « pacte social de l’État-providence » : il traitait avec égalité tous ceux qui étaient également utiles au bien collectif.

 

Ainsi, l’institutionnalisation des conflits de classe avait mis en marche une « dialectique du progrès » qui profitait aux deux parties : la bourgeoisie faisait des concessions à la classe ouvrière (progrès social), mais elle récupérait la diminution de la plus-value absolue (résultant de ces concessions) par une augmentation de la plus-value relative, donc, par une croissance de la productivité du travail grâce au progrès technique. Progrès technique et progrès social s’engendraient ainsi réciproquement, en un « cercle vertueux ».

 

Les changements signalés ci-dessus ont remis en question le contrat social de l’État-providence, parce qu’ils ont affaibli les trois partenaires sociaux : la bourgeoisie industrielle (propositions 2 et 3) et l’État national (proposition 4), mais aussi les mouvements syndicaux dont les luttes courageuses et persistantes ont valu à nos sociétés la plupart de leurs acquis sociaux. En effet, la vieille classe ouvrière a perdu une grande partie de sa capacité de résister à la domination sociale : le mouvement ouvrier est en déclin partout, la capacité des syndicats de travailleurs de se défendre contre la domination de la ploutocratie, en exerçant sur elle des pressions efficaces (notamment par la grève), s’est considérablement réduite au cours des dernières décennies.

 

Il y a plusieurs raisons à cela : la hausse de la productivité du travail a engendré du chômage structurel (donc une « armée de réserve » de travailleurs en recherche d’emploi) ; les gestionnaires des entreprises sont devenus inaccessibles à cause de la mondialisation ; ils délocalisent leurs activités et trouvent ailleurs (notamment dans les pays dits « émergents ») des travailleurs plus soumis et plus exploitables ; le socialisme a perdu une grande partie de sa crédibilité et le communisme n’en a plus du tout. Dès lors, depuis quatre décennies, les acquis sociaux du pacte social se réduisent comme une peau de chagrin : ils sont « rongés » petit à petit dans tous les domaines. Le principe de sens du contrat n’est plus l’égalité, mais l’équité qui relève plus d’un « darwinisme social » que d’une solidarité instituée : à chacun selon ses mérites, étant donné ses performances dans la compétition interindividuelle généralisée.

 

Cette évolution s’explique facilement. En se mettant – bon gré, mal gré – au service de la ploutocratie, les États nationaux sont contraints de pratiquer des politiques d’austérité budgétaire : en effet, ils doivent faire des économies sur les dépenses publiques et sociales, pour permettre aux entreprises de réduire les coûts du travail et de payer moins d’impôts, afin de les rendre ainsi plus compétitives sur les marchés internationaux. Dès lors, les États rendent plus difficile et/ou plus cher, l’accès des usagers aux avantages que leur prodiguait l’État-providence, dans tous les domaines signalés ci-dessus (santé, éducation, sécurité sociale, etc.). La conséquence est que toutes les organisations du secteur public ou parapublic (la justice, les écoles, les hôpitaux, les centres publics d’aide sociale, la police, les entreprises publiques…) doivent gérer une contradiction entre, d’une part, une forte croissance de la demande (due à la hausse des inégalités, du chômage et de l’exclusion sociale) et des ressources financières insuffisantes pour y répondre.

 

Bref, l’État-providence a été progressivement remplacé par l’État social actif. Il serait plus juste de parler de « l’État activateur », car sa politique consiste à «activer» les individus et les groupes sociaux exclus des bénéfices du contrat social, afin qu’ils résolvent eux-mêmes leurs problèmes, en comptant le moins possible sur la solidarité instituée : il faut qu’ils soient « entrepreneurs » de leur propre subsistance. Du même coup, l’État désamorce la « dialectique du progrès » signalée ci-dessus : il sacrifie le progrès social sur l’autel du progrès technique.

 

Sixième proposition : la logique des relations d’autorité

 

Toute société s’efforce de socialiser ses membres (venus par fécondité naturelle ou par immigration) : elle tend à « fabriquer » les individus dont elle a besoin pour pratiquer les relations sociales dans les champs relationnels examinés ci-dessus. Ainsi, elle leur apprend à occuper les places qui leur sont assignées dans un ensemble social intégré.

 

La société capitaliste industrielle s’efforçait de « fabriquer » des individus dotés de compétences utiles aux finalités collectives. Ils devaient savoir jouer leurs rôles sociaux : être de bons fils/filles, élèves, maris/épouses, pères/mères, travailleur(euse)s, citoyen(ne)s, etc., bref, des hommes et des femmes « ordinaires », comme l’écrit Charles Taylor. En revanche, la société capitaliste néolibérale a besoin de « fabriquer » des gens dotés de compétences individuelles : ils doivent apprendre à se conduire comme des consommateurs insatiables, des compétiteurs impitoyables et des communicateurs infatigables. Il faut qu’ils trouvent du sens à leur vie en la passant à comparer les « rapports qualité/prix » de tous les biens et services qui leur sont offerts et qu’ils s’endettent pour les acheter ; il faut qu’ils soient mobiles, flexibles, imaginatifs, créatifs, qu’ils se battent comme des loups pour conserver leur emploi (ou en trouver un meilleur) et payer leurs dettes... et qu’ils se passionnent pour le football ; et il faut qu’ils passent leur temps le nez collé sur un écran (celui de leur GSM, de leur GPS, de leur PC ou de leur TV), qu’ils surfent sur le « web », qu’ils « tweetent », qu’ils « likent » et qu’ils collectionnent des « amis » sur «Facebook ».

 

Or, évidemment, c’est très exactement de ces individus-là que la « machine » néolibérale a besoin pour « tourner », en les faisant participer, aux logiques du savoir, de la puissance, de l’hégémonie, du pouvoir et de l’influence, telles que je les ai analysées ci-dessus. En écrivant cela, je ne prétends pas que tous les individus qui composent nos sociétés acceptent d’entrer dans ce « jeu » : je sais bien que beaucoup résistent et cherchent des alternatives. Je dis seulement que c’est de tels individus « consommateurs compétiteurs connectés » dont la logique néolibérale a besoin pour fonctionner et qu’elle les « fabrique » avec une grande efficacité.

 

Le capitalisme néo-libéral. Comment fonctionne-t-il ? Comment le combattre ? (I)

 

Septième proposition : la logique de la légitimité 

 

Les êtres humains, parce qu’ils sont (ou se croient) « sapiens » (donc dotés d’une conscience nettement plus développée que toutes les autres espèces vivantes), éprouvent le besoin de donner du sens (une orientation et une légitimation, donc une signification) à leurs pratiques dans les six champs relationnels qui viennent d’être examinés. À moins d’y être brutalement contraints par la force, ils ne pourraient supporter de vivre dans un monde qui leur paraîtrait arbitraire et absurde. Pour donner du sens à ce qu’ils font, disent, pensent, ressentent, les acteurs créent donc de la culture : ils croient à des principes éthiques, sur lesquels ils fondent la légitimité de leurs valeurs, de leurs intérêts, de leurs traditions et de leurs affects.

 

Cependant, ils interprètent différemment ces principes selon la position sociale (dominante ou dominée) qu’ils occupent dans les champs relationnels auxquels ils participent. Pour les acteurs dominants, « donner du sens », cela signifie justifier le savoir, la puissance, l’hégémonie, le pouvoir, l’influence ou l’autorité qu’ils exercent, c’est-à-dire produire des idéologies. Pour les acteurs dominés, en revanche, cela veut dire projeter un avenir meilleur, une société plus juste, c’est-à-dire, produire des utopies. Mais les idéologies et les utopies ont en commun de n’être que des interprétations opposées des mêmes principes culturels de sens, ceux d’un modèle culturel régnant.

 

Pour mieux faire comprendre cette proposition, sans doute trop abstraite, je recours volontiers à la métaphore des « commandements ». Avant l’avènement de la modernité, quand nos sociétés européennes étaient encore régies par un modèle culturel religieux (chrétien), l’Église catholique attribuait à Dieu les fameux « dix commandements » (et en rajoutait elle-même cinq autres) : avoir une « vie bonne » consistait alors à se conformer à ces injonctions, donc à tendre vers une inaccessible sainteté. Sous le règne de la (première) modernité, ce modèle culturel chrétien n’a pas disparu, mais, après un ou deux siècles de tensions et de conflits, il a été réinterprété par ceux qui ont préparé et mené les révolutions industrielles et démocratiques.

 

La conception régnante de la « vie bonne » a ainsi changé peu à peu : au lieu de se soumettre aux commandements de Dieu (entendez, de ceux qui parlaient en son nom), il convenait, pour avoir une « vie bonne » de se soumettre à ceux du progrès (entendez, là aussi, de ceux qui parlaient en son nom). La société capitaliste industrielle nationale reposait alors sur le modèle culturel de la modernité progressiste : tout le monde croyait au progrès (que le destin de l’humanité était de maîtriser la nature par la science, la technique et le travail et qu’ainsi, demain serait meilleur qu’hier).

 

La bourgeoisie croyait au progrès, mais pour elle, selon son interprétation, donc son idéologie, il s’agissait du progrès technique : la croissance des forces productives et de la productivité du travail. Le prolétariat, lui aussi, croyait au progrès, mais pour lui, selon son interprétation, donc son utopie, il s’agissait du progrès social : l’amélioration de ses conditions d’existence jusqu’à atteindre une égalité réelle (et pas seulement formelle) entre tous les membres de la collectivité. De même, les acteurs qui croyaient au progrès, croyaient aussi en quatre autres principes de sens : la raison (celle, rationnelle, de la science et celle, raisonnable, de la démocratie) ; l’égalité (formelle ou réelle) ; le devoir (d’apporter une contribution utile à la collectivité) ; et la nation (qu’ils appelaient patrie). Ces cinq principes constituaient les « commandements » de la première modernité, auxquels les modernes croyaient, bien que les acteurs dominants et dominés en donnaient des interprétations, idéologiques ou utopiques, différentes.

 

Or, les profonds changements qui ont été analysés ci-dessus, ont produit aussi une mutation dans la culture : le modèle culturel progressiste (celui de la première modernité) a cédé sa place à un modèle culturel subjectiviste (celui de la seconde modernité). La transition de l’un à l’autre s’est faite lentement. Elle a commencé dans les pays du Nord occidental vers le milieu des années 1960, et s’est propagée ensuite dans le monde, surtout dans les villes et parmi les jeunes générations. Il n’est pas certain qu’elle soit terminée aujourd’hui, mais les deux modèles peuvent très bien coexister dans la tête des acteurs (individuels ou collectifs), même si cette coexistence peut leur poser des problèmes très complexes.

 

Le modèle culturel subjectiviste régnant aujourd’hui n’est pas du tout (contrairement au discours des acteurs dominants) un appel à la « liberté » de l’individu : il se fonde, lui aussi, sur quelques principes éthiques de sens, que l’on peut également appeler des « commandements » et, qui peuvent être interprétés différemment par les acteurs dominants et dominés. Le principe culturel central me paraît être la croyance au principe de l’épanouissement personnel. Chaque individu qui adhère à ce principe est convaincu que son destin consiste à être sujet et acteur de sa vie personnelle : « sois toi-même » serait donc le principe culturel central (d’où l’adjectif «subjectiviste», qui me semble le plus approprié pour qualifier ce modèle culturel).

 

Ce principe central en impliquerait également quatre autres : que chaque individu ait le droit de choisir lui-même la vie qu’il mène, afin de réaliser ses préférences, ses goûts, ses dons, ses talents ; qu’il ait le droit au bonheur (de se sentir bien dans son corps, dans sa tête et dans son cœur) ; qu’il ait aussi le droit à la sécurité (de vivre dans un monde politique, écologique et éthique qui soit sain et sûr, donc sans peur) ; et qu’il ait enfin le devoir d’être tolérant, car les autres ont les mêmes droits que lui. Et, du même coup, il est convaincu aussi que la société – donc son État –, doit lui offrir les ressources (l’éducation, la santé, la sécurité, l’emploi...) dont il a besoin, sans lesquelles il sera exclu de la vie sociale, ne jouira pas de la reconnaissance des autres et sera par conséquent incapable de mener une « vie bonne », de réaliser le destin personnel que la culture régnante attend de lui.

 

Évidemment, ce principe central du modèle culturel subjectiviste est interprété différemment par les acteurs dominants et par les acteurs dominés. Pour les dominants, être sujet et acteur de sa vie signifie, selon le credo de l’idéologie néolibérale, devenir un consommateur avide de nouveauté (et endetté), un compétiteur performant et un communicateur toujours connecté, donc un « individu CCC » (proposition 6). Pour les acteurs dominés, cela signifie évidemment refuser cette interprétation idéologique et proposer une nouvelle utopie : je crois que celle-ci, bien qu’elle reste encore très confuse, dispersée et ambiguë, s’exprime aujourd’hui dans la multitude de mouvements sociaux et politiques qui résistent au néolibéralisme et lui cherchent désespérément des alternatives.

******


Ainsi « fonctionne », me semble-t-il, la logique du capitalisme néolibéral : on voit bien comment, dans chacun des sept champs constitutifs de la vie sociale, les acteurs ont besoin d’imposer à ceux des autres champs, les changements dont ils ont besoin pour mener à bien ceux qui leur conviennent. Bien sûr, je le rappelle, il ne s’agit que d’une logique dominante et ses modalités de réalisation diffèrent d’une société à l’autre. En outre, tous les membres des collectivités ne sont pas obligés d’obéir à cette logique, de se laisser emporter par elle. Ils sont dotés d’une conscience et ils peuvent dire « non ». Mais, même si elle ne les détermine pas complètement, la logique néolibérale conditionne très efficacement les conduites de la plupart d’entre eux. Et c’est tellement plus facile de se soumettre que de se rebeller ! Pourtant, partout, des voix s’élèvent pour affirmer « qu’un autre monde est possible ».

 

Ayant compris comment cette logique « fonctionne », nous pouvons nous demander maintenant comment la combattre efficacement.

 

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 07:05

 

 

Ce n’est pas pour des raisons personnelles que notre Fion national souhaite abolir l’ISF. Son château – que nos médias déjà serviles dénomment « grande maison », à la rigueur « manoir » – étant sa résidence principale, il n’entre pas en compte pour l’ISF. Mais c’est « pour l’emploi » que Fion veut diminuer le pouvoir d’achat des trois-quarts de la population d’au moins 10%, défonctionnariser la Fonction publique et casser la protection sociale mise en œuvre après la Deuxième Guerre mondiale par le député communiste Ambroise Croizat (et non par le haut fonctionnaire Laroque, comme se plaisent à le faire croire les médias mentionnés ci-dessus).

 

Cela fait désormais 35 ans que Fion (dont la seule action subversive aura été de jeter une ampoule lacrymogène dans son collège) a entamé, discrètement mais obstinément, une carrière antisociale. Comme ministre de l’Enseignement supérieur au début des années 90, il avait tenté de donner aux universités leur autonomie pleine et entière (en d’autres termes, les privatiser), ce qu’avait refusé le Conseil constitutionnel. Il réussit son coup comme ministre de la Poste en organisant la fin de son monopole, en transformant cette administration en entreprise publique, mutation achevée par le solférinien Lionel Jospin. En 2002, il est nommé ministre des Affaires sociales du gouvernement Raffarin (Nicole Notat, patronne de la CFDT l’avait chaudement recommandé à ce poste auprès de l’éminence du Poitou). Dans cette fonction, il va « réformer » les retraites (avec la complicité de la CFDT) et «assouplir» la loi sur les 35 heures en modifiant le calcul des heures supplémentaires au détriment des travailleurs.

 

On ne s’étonnera pas que Fion soit un admirateur de Thatcher et de Schröder, deux grands démolisseurs  des systèmes sociaux de leurs pays. Il approuva toutes les mesures réactionnaires prises dans les années 90, comme les ordonnances Balladur : augmentation de 150 à 160 trimestres pour avoir droit à une pension à taux plein, calcul de la retraite sur les 25 et non plus 10 meilleures années, décrochage des revalorisations à partir de l’indice des prix à la consommation au lieu des salaires.

 

Il veut aujourd’hui « sauver la sécurité sociale » alors que celle-ci n’est pas du tout en péril. Il veut revenir au système d’avant la Deuxième Guerre mondiale quand dominaient les assurances privées, quand – donc – seuls les riches pouvaient se soigner correctement, quand le Conseil National de la Résistance n’avait pas encore pensé la solidarité entre assurés sociaux et un système de retraite par répartition.

 

Rappelons que l’universalité de la sécurité sociale, voulue par Ambroise Croizat   ne fut jamais appliquée à cause de l’hostilité des hobereaux, des gros agriculteurs, des commerçants et des artisans qui, pour ces derniers, se plaindraient trente ans plus tard de ne toucher que des retraites de misère.

 

Il est parfaitement logique que, dans le discours de Fion, l’attaque contre la sécurité sociale occupe la première place : ce qui fait la spécificité progressiste de la société française tourne autour de la sécu, de la solidarité en synchronie et en diachronie. Le système de sécu nationale deviendrait un « panier » dont seraient même exclus les soins dentaires ou l’hypertension, maladies de « confort ».

 

 

La sécurité social de Croizat est un bloc que Fion et ses acolytes veulent pulvériser pour déboucher sur un système minimal à plusieurs vitesses. Déjà, sous les Solfériniens 35% au moins de malades renoncent à des soins professionnels. Il faut dire que depuis le temps que les malades de condition modeste sont «responsabilisés» … beaucoup moins que les entreprises pharmaceutiques, il est vrai! L’objectif ultime de la droite fionesque est de libérer les entreprises des contributions sociales en remplaçant les contributions patronales par une « TVA sociale » pour la majorité de la population pendant que les riches bénéficieront des meilleures assurances privées.

 

Il n’est pas certain que la majorité des travailleurs, obligés de s’escrimer jusqu’à 70 ans pour toucher une retraite à taux plein, arrivera en bonne santé à cet âge dès lors canonique.

 

Avec Fion, nous serons désormais dans un système totalement inégalitaire que même des libéraux de droite pur sucre du style Madelin dénoncent dans un des organes préférés de la bourgeoisie française : « C'est du Robin des bois à l'envers : prendre de l'argent aux pauvres pour le donner aux riches ! ».

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 06:42

Par Évariste

 
 
 

Nous avons largement présenté, dans les colonnes de ReSPUBLICA, l’enchaînement de la période néolibérale : la forte baisse des taux de profit dans l’économie réelle à la fin des années 60 et au début des années 70, l’incapacité des nouvelles technologies à y faire face contrairement aux séquences précédentes, l’éclosion de la financiarisation mondialisée comme seul remède permettant la croissance forte des taux de profit, le processus de gonflement et d’éclatement des bulles financières privées, l’utilisation de l’argent public pour combler des dettes privées impossibles à rembourser, le développement des dettes publiques, le renforcement obligatoire des politiques d’austérité pour financer les dettes publiques, la nécessité pour le capitalisme et son oligarchie de comprimer de plus en plus la masse des salaires, donc d’entrer dans le cercle vicieux de remplacement des fonctionnaires par des CDI, de remplacement des CDI par des CDD, de remplacement des CDD par des contrats de plus en plus précaires (par l’uberisation entre autres). 

 

Outre les reculs sociaux, l’entrée dans le processus de recul continu de la démocratie – lire et relire la fin de l’intervention de Pierre Mendès-France du 18 janvier 19571 – est une nécessité pour le capitalisme. De plus, ce processus s’assortit du recul continu de la laïcité car le développement de cette séquence demande de satisfaire les principaux alliés des néolibéraux que sont les communautaristes et intégristes, instrumentalisés par le capitalisme pour remplacer auprès des perdants de la mondialisation la partie de la sphère de constitution des libertés (école, protection sociale, services publics) que l’on marchandise et privatise ! Et dire qu’une partie de la gauche dite radicale joue les idiots utiles en soutenant les principaux alliés communautaristes et intégristes des néolibéraux !

  

Les conséquences de la « rupture Fillon » 

 

Or, dans cette période néo-libérale, nous venons d’entrer dans une nouvelle séquence. Non sans une certaine analogie avec les années 30, ce qui devrait faire un peu mieux réfléchir l’ensemble des gauches. Pour la première fois depuis la Libération, un candidat de la droite de gouvernement a scellé une alliance politique avec l’extrême droite catholique. Là réside l’explication principale de la poussée Fillon au sein de la droite. Après les rassemblements très puissants de la Manif pour tous, les dirigeants de celle-ci ont encastré « la Manif », qui d’après les journalistes des médias dominants ne ferait pas de politique, et Sens Commun qui en serait l’organe politique. Chez les catholiques, le rêve démocrate-chrétien s’éloigne des perspectives d’avenir et la poussée Fillon s’explique en grande partie par la mobilisation exceptionnelle d’une extrême droite catholique qui ne rêve que de revanche.


Si Fillon gagne l’élection présidentielle, accédera au pouvoir une droite conservatrice défendant le projet sociétal de l’extrême droite catholique du XXIe siècle. Sur le plan économique et social, on vérifiera la loi du mouvement réformateur néolibéral, à savoir que depuis 1983 chaque gouvernement fait pire que le précédent : avec l’accélération de la casse de la Sécurité sociale, le renforcement de la privatisation du profit et de la socialisation des pertes, la continuation du projet Kessler de suppression des conquis sociaux de la Libération et le recul de la laïcité seraient programmés.

 

Au sein du FN, cela devrait renforcer le courant de l’extrême droite politique au détriment de celui de l’extrême droite catholique. D’ailleurs, dès le soir de la victoire de Fillon à la primaire de la droite, en témoignait le discours de Philippot sur l’Union européenne, la zone euro, l’immigration, la xénophobie, ses vagues promesses de protection des couches populaires et des couches moyennes déclassées, etc.

 

Emmanuel Macron se sent pousser des ailes en espérant fortifier un électorat allant de la droite de l’électorat socialiste aux déçus de la défaite d’Alain Juppé, comme si on peut être progressiste sur le plan sociétal et néolibéral décomplexé et brutal sur le plan économique et social. On verra si Bayrou lui laisse cet espace.

 

Le spectacle de la gauche solférinienne est affligeant, prise qu’elle est au piège des primaires du PS stricto sensu et obligée de bafouiller près de deux mois encore devant les micros tendus par les journalistes avec un sourire narquois.

 

Du côté de la France insoumise, les choses avancent avec le vote légèrement majoritaire des adhérents du PC pour le soutien à Jean-Luc Mélenchon. Restent la discussion souhaitée par le PCF sur la signature de ses élus et un futur accord sur les législatives.

 

 

Avec le durcissement, voulu par les solfériniens, des règles de parrainage, la recherche de signatures n’a jamais été aussi difficile pour les autres petits candidats.

 

Il est aujourd’hui tout à fait possible, vu le triste spectacle des « hollando-vallsistes » et le bilan catastrophique pour les couches populaires et les couches moyennes intermédiaires des gouvernements Ayrault et Valls, que Jean-Luc Mélenchon passe devant le candidat solférinien au premier tour de l’élection présidentielle. Il pourra alors revendiquer le vote utile à gauche. Mais pour pouvoir atteindre les 20-25 % nécessaires pour être présent au second tour, il faudra alors qu’il puisse toucher les couches populaires et les jeunes qui, ces dernières années, s’abstiennent à 60 %. Cela demande une inflexion de la campagne sur ce point.

 

  1. «…  L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement « une politique », au sens le plus large du mot, nationale et internationale… » []

 

Source

 

Question : Fillon a-t-il payé les béquilles avec ses sous (bobologie) ou les a-t-il fait prendre en charge par sa mutuelle (affection de longue durée) ?

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 06:37

Cette petite saloperie-là, elle manquait à leur tableau de chasse. Non contents d’offrir les autoroutes pour presque pas un rond aux intérêts privés, les Solfériniens sont en train de privatiser des nationales.

 

La RN 154 relie Rouen à Orléans. 260 millions d’euros d’argent public ont déjà été investis sur cet axe. Sa partie Nord (Louviers-Nonancourt) est aménagée en 2x2 voies. Environ 60 km des 91,5 km de l’itinéraire situé entre Nonancourt et l’A10 restent à aménager.

 

Les Solfériniens ont choisi la mise en concession autoroutière de la RN 154 entre Nonancourt et Allaines et de son tronc commun avec la RN 12.

 

Au cours des débats publics organisés dans des salles de cinéma (le privé, toujours le privé), le gouvernement a présenté un projet de 6 millions d’euros. Sans compter les 13 millions d’euros déjà dépensés pour la réalisation d’une sortie d’autoroute A11 traversant l’Eure et Loir.

 

Jolis cadeaux offerts à Cofiroute par l’État mais aussi par le Conseil départemental d’Eure et Loir qui a contribué à l’achat des terrains permettant la réalisation des travaux.

 

Les sociétés d’autoroute réalisent d’énormes profits et n’en redistribuent qu’une infime partie pour l’entretien des infrastructures ou pour le développement d’autres modes de transports moins émetteurs de gaz à effet de serre.

 

Si un tel projet de privatisation devait se réaliser, ce serait la population, et particulièrement les salariés, qui subiraient une double peine avec :

 

  • ·Le prix des péages sur la RN 154 (coût d’un trajet par mois pour se rendre (et aller travailler) de Dreux à Chartres : 120 euros A/R, soit 1440 euros : l’équivalent d’un SMIC par an).
  • ·Le coût du projet de mise en 2 x 2 voies déjà payé par les impôts et les contribuables.
  •  

Une manifestation a eu lieu le 17 novembre 2016 à Chartres devant la Préfecture. 200 manifestants sont venus dénoncer ce projet pharaonique et la méthode de l’enquête publique. En effet les enquêtes publiques sont effectuées en Mairie, mais en journée pour éviter l’affluence des salariés et des usagers.

 

À leur disposition, un document de 5 000 pages et des commissaires acquis à la cause pour savoir si ce projet est réellement d’utilité publique. 

Quand les Solfériniens privatisent les routes nationales

Les syndicats, la CGT en particulier, s’opposent à toute forme de privatisation : externalisation des missions, partenariats Publics Privés (PPP), concessions qui ne font qu’augmenter les profits des SCA et leurs filiales du BTP.

 

Tout ceci se fait au détriment du service public, du service rendu aux usagers, des agents des routes qui subissent les restructurations et voient leurs conditions de travail se détériorer.

 

Il faut cesser de considérer que la route est une marchandise.

 

 

Source : CGT 

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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 06:47

Ci-dessous un article de Mark Lilla (New York Times du 6 novembre 2016), transmis par l'ami Jean-Charles Khalifa et ses étudiants.

 

 

L’espoir, disait le philosophe Francis Bacon est un bon petit déjeuner, mais un méchant souper. Il y a seulement un quart de siècle, l’espoir était une force motrice sur la scène politique internationale. La Guerre Froide avait pris fin de manière pacifique et des démocraties constitutionnelles en bonne et due forme avaient commencé à s’enraciner en Europe de l’est. L’Union européenne était une réalité institutionnelle, et l’adhésion à cette dernière s’était progressivement étendue vers l’est. Les accords d’Oslo entre Israël et la Palestine avaient été signés, et Nelson Mandela était devenu président d’Afrique du Sud après avoir passé trente ans en prison. 

 

C’est à se demander si nous savons même encore ce qu’est l’espoir. Aujourd’hui, dans le monde entier, c’est bien plutôt la colère, le désespoir et le ressentiment qui sont les moteurs de la vie politique. Et par-dessus tout, la nostalgie. « Rendre sa grandeur à X » est le slogan démagogique de notre temps, et ceci n’a pas commencé avec la candidature présidentielle de Donald J. Trump aux Etats-Unis. Qu’est-ce que l’islamisme politique, sinon la concrétisation violente d’un fantasme de retour, en l’occurrence vers une ère imaginaire de pureté religieuse et de puissance militaire ? Le Premier Ministre d’Inde, Narendra Modi, a fait carrière en faisant la propagande de l’Hindutva, une forme de nationalisme hindou fantaisiste qui glorifie la civilisation indienne avant l’arrivée des musulmans. Dans toute Europe, les partis d’extrême droite font commerce de passés imaginaires semblables.  

 

Nous vivons une époque réactionnaire. Les révolutionnaires sont des marchands d’espoir. Ils croient, et souhaitent que tout le monde croie, qu’une rupture radicale avec le passé est possible et qu’elle marquera l’avènement d’une nouvelle ère pour l’expérience humaine. Les réactionnaires estiment qu’une telle rupture a déjà eu lieu et que les conséquences en ont été désastreuses. Alors que, pour un œil profane, le fleuve de l’histoire semble couler, identique, comme depuis la nuit des temps, le réactionnaire voit passer sous ses yeux, à la dérive, les décombres du paradis. Le révolutionnaire voit l’avenir radieux, et cela le grise. Le réactionnaire songe au passé dans toute sa splendeur et lui aussi en est grisé. À ses yeux, il est le gardien de ce qui s’est réellement passé, et non le prophète de ce qui  pourrait advenir. Cela explique ce désespoir curieusement exaltant qui traverse la littérature et la rhétorique réactionnaire, le sentiment tangible d’être investi d’une mission. Comme les rédacteurs du magazine droitier National Review l’ont expliqué dans son tout premier numéro, la mission est de « prendre le contre-pied de l’histoire, en hurlant stop. »

 

Les réactionnaires ne sont pas des conservateurs. C’est la première chose à comprendre sur eux. Les conservateurs ont toujours vu la société comme une sorte d’héritage, quelque chose que l’on reçoit et dont on est responsable. Aux yeux des conservateurs, la façon la plus salutaire d’instaurer le changement passe par la concertation et des mutations lentes en matière de coutumes et les traditions, et non pas par des annonces de programmes audacieux de réformes ou l’invention de droits individuels prétendument inaliénables. Mais le conservateur accepte également le fait que l’histoire connaît toujours des soubresauts et que nous n’y sommes que de passage. Le conservatisme cherche à instiller l’idée toute simple selon laquelle l’histoire est porteuse de progrès pour l’homme, et non l’inverse. Et que des tentatives radicales de la maîtriser par la seule force de la volonté n’apporteraient que le désastre.

 

Les réactionnaires rejettent cette vision conservatrice. Ils sont, à leur manière, tout aussi radicaux que les révolutionnaires et tout aussi destructeurs. Les fables réactionnaires commencent toujours par un état du monde heureux, bien ordonné, où les gens partageaient volontairement un destin commun. Puis, des idées allogènes, promues par des intellectuels et des individus extérieurs au système (écrivains, journalistes, professeurs, étrangers) sont venues ébranler cette harmonie. (La trahison des élites est un élément central de tous les mythes réactionnaires.) Bientôt, la société tout entière, y compris le petit peuple, allaient se trouver dupés. Seuls ceux qui ont préservé la mémoire des traditions (les réactionnaires, eux-mêmes, donc) ont conscience de ce qui s’est produit. Seule leur résistance décidera si la société fait machine arrière ou continue sa course vers son désastre ultime.

Nous vivons une époque… réactionnaire

Qu’on ne s’y trompe pas, les réactionnaires ne se trouvent pas seulement à droite. Depuis l’effondrement de l’URSS et des rêves révolutionnaires pour le monde post-colonial, la gauche européenne a troqué la rhétorique de l’espoir pour celle de la nostalgie. La nostalgie pour sa propre puissance d’antan. L’histoire avec laquelle la gauche réactionnaire se berce commence avec les révolutions des siècles passés, les révoltes et les grèves générales. Puis vint la chute, avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan. À qui la faute ? Une fois encore, aux intellectuels, et dans ce cas précis, à une cabale internationale d’économistes « néolibéraux ». Ils ont, d’une manière ou d’une autre, réussi à convaincre les gouvernements et les anciens électeurs de milieux ouvriers que s’enrichir était signe de prestige. Et lorsqu’ils virent qu’ils ne deviendraient jamais riches, des responsables politiques racistes les persuadèrent de rendre les immigrés et les minorités responsables de leurs maux. Cette illusion ne peut être dissipée que si l’on Rend sa Grandeur à la Gauche (ce qui ne dit pas ce qu’une gauche ayant retrouvé toute sa vitalité ferait au pouvoir). Pas un seul des nouveaux partis anti-mondialisation en Europe (Podemos en Espagne, Syriza en Grèce, le Mouvement 5 étoiles en Italie) n’a proposé le moindre programme crédible pour l’avenir.

 

Il y a un rapport entre la popularité de ces partis, le vote en faveur du Brexit et l’enthousiasme de l’Amérique profonde pour M. Trump. La mondialisation économique et la paralysie des institutions démocratiques ont laissé se développer un sentiment d’abandon chez les peuples des sociétés occidentales, tout comme le fait qu’aucun parti ou mouvement sur l’ensemble de l’échiquier politique n’ait proposé de vision crédible de l’avenir à partir des réalités actuelles, qui connaissent des mutations toujours plus rapides. Aujourd’hui, vivre une vie moderne, dans quelque partie du monde que ce soit, soumise à des mutations sociales et technologiques perpétuelles, c’est ressentir l’équivalent psychologique d’une révolution permanente. Face à ce processus, c’est l’angoisse qui fait désormais figure de sentiment universel ; et voilà pourquoi les idées réactionnaires attirent des partisans qui n’ont pas grand-chose en commun sinon leur sentiment de trahison historique.

 

Toute mutation sociale de grande ampleur abandonne un nouvel Éden pouvant servir d’objet à la nostalgie de certains, et les réactionnaires de notre époque ont découvert que la nostalgie peut être une force politique mobilisatrice puissante, peut-être même plus puissante que l’espoir. Les espoirs peuvent être déçus. La nostalgie, elle, est irréfutable.

 

Traduit de l’anglais (EU) par Pierre-Jean PICHOURON et Geoffrey SAMSON, sous la supervision de Jean-Charles KHALIFA

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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