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17 juillet 2017 1 17 /07 /juillet /2017 05:44

 

 

La MÉCANIQUE des POUVOIRS en 2017 [par Francis ARZALIER]

Je reprends ici de larges extraits d'un article de Francis Arzalier

 

 

Les élections successives du printemps 2017 ont doté la France d'un Président-monarque aux allures de jeune premier, qui prétend incarner un pouvoir plus moderne. En fait, sa modernité se réduit à être encore moins représentatif des Français que le précédent (seuls 15 pour cent des électeurs potentiels ont voté pour lui !). On sait seulement qu'il ne fera qu'aggraver la politique antérieure, au détriment des revenus et des droits des salariés, et qu'il poursuivra la politique extérieure belliciste au service des impérialismes étasunien et germanique (il nous l'a dit lors de ses premiers voyages au Mali et en Allemagne). Il prévoit de le faire d'autant plus facilement que le système électoral français, majoritaire et monarchique de façon caricaturale, lui aura donné une majorité massive de députés alors que l'opposition est réduite à quelques élus. Des lors, la seule voie est d'animer les luttes populaires, dans la rue et les entreprises.

 


Animer ces combats de classe en se donnant les moyens de réussir, exige de bien analyser les " Pouvoirs " que nous combattons.

 


Dès les années de " Guerre Froide ", des intellectuels progressistes étasuniens définissaient leur État, dont l'impérialisme les inquiétait, comme " le Complexe militaro-industriel ". Un demi-siècle plus tard, dans les pays capitalistes développés comme la France, les mécanismes des pouvoirs pesant sur les citoyens se sont beaucoup alourdis et compliqués. Il s'agirait plutôt d'un " complexe politico-financiaro-médiatico-militaro-industriel ", pour autant qu'on puisse le résumer en une formule.



Le sommet de l'édifice des Pouvoirs, comme la partie émergée d'un iceberg, est formé d'un ensemble de politiciens professionnels, qui tirent leur légitimité de leur participation aux élections épisodiques, dites démocratiques de façon très abusive tant elles sont truquées, municipales, départementales, régionales, nationales, et même européennes. La Constitution française prévoit expressément : " il n'y a pas de mandat obligatoire ". Ce système est présenté comme d'autant plus " représentatif " qu'il réunit des politiciens affiliés à des partis multiples, qui se disputent avec acharnement la répartition des pouvoirs politiques, mais sont d'accord sur l'essentiel, le capitalisme et la " liberté du Marché ", celle en fait qu'ont les capitalistes de déplacer en fonction de leurs intérêts, les capitaux, les marchandises, et la main-d'œuvre. Dans une alternance Gauche-Droite, " social-libérale " ou "Républicaine ", depuis plusieurs décennies, les partenaires politiciens se justifient réciproquement, quitte à faire dans l'opposition quelques annonces démagogiques qu'ils ne réaliseront pas une fois aux commandes. Ce jeu pervers dont le prolétariat (la majorité qui vit de son travail ou voudrait bien pouvoir le faire) est exclu, inclut même l'extrême droite xénophobe, fort utile au système en divisant les travailleurs et en amenant des millions d'électeurs à élire le candidat choisi par le capital (Macron en l’occurrence) par peur de l'extrémisme raciste. 

 


La seule nouveauté en 2017 est que le discrédit des partis a contraint les responsables politiques à un gouvernement qui rassemble la Droite et la Gauche avec Macron et Édouard Philippe : en quelque sorte, un aveu de faiblesse.



Pas de cloison étanche entre ces politiciens et le capitalisme actuel, financiarisé et mondialisé. La majorité des Bourgeois français de 1950 contrôlaient des usines et des capitaux investis dans l'hexagone ou les colonies d'Afrique ou d'Asie. Soixante ans plus tard, décolonisation et mondialisation ont bouleversé ce dispositif : les petit fils des " 200 familles " d'autrefois sont actionnaires ou gestionnaires de sociétés transnationales, tirent profit de salariés surexploités à l'autre bout du monde, et le tissu industriel français a été démantelé par les délocalisations. Cela a entraîné notamment une mutation idéologique de la bourgeoisie française: elle est passée du nationalisme gaulliste des années 1960 aux dogmes mondialiste de l'effacement des Nations et des frontières, qu'incarnent l'Union Européenne et l'OMC.



Ces dirigeants, visibles ou occultes, tirent l'essentiel de leur capacité de conviction, du contrôle des médias au sens large du terme : presse écrite en déclin mais encore influente, contrôlée pour l'essentiel par quelques milliardaires et leurs commis ; télévisions d'État et privées, au sein desquelles les journalistes admis à l'image sont choisis pour leur aptitude à utiliser l'information pour illustrer un message idéologique ; réseaux internet dits " sociaux ", qui se présentent en espaces de libertés d'expression individuelle, mais sont étroitement contrôlés quand elles le jugent nécessaire par les serveurs, sociétés transnationales souvent domiciliées aux EU, et volontiers informatrices de la CIA et autres officines, y compris françaises.

 


La récente élection présidentielle est une illustration parfaite du pouvoir de manipulation du capitalisme : les médias ont fabriqué son candidat Macron jusque-là inconnu, ont éliminé ses concurrents éventuels comme Fillon, et lui ont assuré une élection quasi triomphale, alors que son programme n'était soutenu que par une minorité.



Le pouvoir en France est aussi d'ordre militaire, non qu'à ce jour la loi émane en France des casernes, même si la prorogation indéfinie d'états d'urgence favorise les dérives sécuritaires et militaristes. Mais il le devient de plus en plus en ce sens que l'industrie française a été démantelée en quelques décennies dans ses productions civiles (métallurgie, textile, alimentaire), alors que s'accroissaient celles liées à la fabrication et à la vente d'armes. Il est révélateur de voir le Président nouvellement élu se positionner aussitôt en chef de guerre et en voyageur de commerce pour vendre des bombardiers à l'Arabie Saoudite, à l'Inde, etc...



Enfin, l'inflexion mondialiste et financière du Capitalisme actuel, ne peut faire oublier qu'au sein de ces pouvoirs, les barons français des pôles industriels, et leurs commis, jouent un rôle essentiel: la France demeure en 2017 l'une des grandes puissances du monde grâce à sa production industrielle, sans commune mesure avec son poids démographique au sein de la communauté mondiale.

 


Quelques millions d'hommes et femmes, propriétaires des moyens de produire des richesses grâce au travail de ceux qui en sont dépourvus, et, de ce fait, maîtres de l'économie, gestionnaires et "experts" à leur service, maîtres aussi des médias qui modèlent l'idéologie, des orientations de l'État, et des avatars politiciens. Rien d'essentiel ne changera sans briser leur domination économique et sociale, et cela ne pourra se faire que par la collectivisation des dits moyens de production. D'une seule façon, par la lutte de classe, dans la rue et les entreprises, même si on ne peut aujourd'hui prévoir les échéances...

 

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 05:31

Ci-dessous un article de vila, contributeur du Grand Soir.

 

 

Aujourd’hui sur les champs Élysées, on commémorera le centième anniversaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis avec comme invité d’honneur son président Trump.

 

C’est l’occasion d’extraire une partie de la substantifique moelle du livre de Jacques Pauwels (14-18, guerre de classes). Dans ce livre, il explique entre autre pourquoi les EU sont entrés dans le premier conflit mondial. Avant cela, il faut bien comprendre que l’essence même du capitalisme est malthusien.

 

C’est-à-dire qu’une guerre, c’est avant tout l’occasion de supprimer le surplus de marchandise que l’anarchie de ce système économique a créé. Et ceci est vrai aussi bien pour le premier conflit mondial que le deuxième et pour celui qui vient. La guerre a aussi cet avantage de faire abattre sur la majorité de la population une terreur nihiliste qui a pour but de détourner les revendications de la classe ouvrière, et de mater toute velléité de changement. La guerre a donc cette vertu de supprimer les foyers d’une révolte qui pourraient abattre les privilèges du capital et aussi de se projeter dans un monde où il faut produire en grande quantité pour contenter les survivants démunis (comme les trente glorieuses). Et quand la production trouve des acquéreurs, cela s’appelle une marchandise et en bout de course, cela veut dire profit qui est on ne le répétera jamais assez la finalité du capitalisme.

 

Le contexte social des Etats-Unis était très tendu lors du début du vingtième siècle, comme lors de la grève du textile à Lawrence (Massachusetts) en 1912 ou lors des multiples grèves des mineurs dans tous le pays. Ces événements se soldent inévitablement par l’armée ou les milices privées qui se vengent avec férocité dans cette guerre de classe. Naturellement une cohorte de morts et d’exactions s’en suivirent. L’exemple le plus frappant fut le massacre de Ludlow (30 morts par arme à feu) dans le Colorado en avril 1914. La grève vit s’affronter pendant 14 mois, 11 000 mineurs à Rockfeller, le patron. Alors dans ces conditions, incontestablement, la guerre mondiale allait rendre service au patronat.

 

Les Etats-Unis entrèrent en guerre il y a donc cent ans. Ce n’était pas écrit d’avance car le président Wilson avait été élu (5 mois auparavant) à ce poste sur un programme de non-intervention contrairement à son adversaire qui lui en était partisan. Pendant les trois premières années de guerre, les EU avait le beau rôle, il avait commercé avec la Grande-Bretagne, la Belgique et la France, et tout cela était bon pour le business. Sauf que ces trois ans ont rendu exsangue les partenaires européens et par conséquence leur solvabilité était entamé. En effet début 1917, la dette des banques britanniques auprès des EU était colossale. Le doute s’installe, et si la GB perdait la guerre ? Ce serait terrible car cela voudrait dire que jamais l’argent prêté ne serait rendu. Incontestablement les banques ont fait pression sur le président pour que Wilson remise son argument de campagne à la poubelle et prenne le chemin de la guerre. L’objectif était que les créditeurs soient impérativement les vainqueurs afin que cette victoire leurs permettent de les rembourser au détriment des vaincus. Cependant la pilule sera dure à avaler pour la population car parmi les nombreux migrants présents sur le sol états-unien, il y avait beaucoup d’Allemands (5 millions) et beaucoup d’irlandais (3 millions) qui sont viscéralement anti-britanique. Mais c’est dans ces cas là que l’on admire toute la fourberie des politiciens à nous faire avaler n’importe quel bobard. Wilson avança donc le prétexte de la démocratie (argument indémodable), mais aussi (et c’est mon préféré) l’affaire du Lusitania. L’histoire est rocambolesque. Le Lusitania est un bateau qui a été coulé en 1915 soit deux ans avant. Le navire était états-unien ???? Non il était britannique. Et bien le rapport, il est où ?? Et bien, sur les 2165 passagers qui étaient à bord, il y avait une centaine de citoyens états-uniens, tout devient donc évident.... Il faut aussi signaler qu’un dernier argument non avouable qui a poussé les Etats-Unis à se lancer dans la guerre. Une fois la fin du conflit, tous les protagonistes allaient se mettre autour de la table et allaient dépecer les empires vaincus. Et le ticket d’entrer pour pouvoir s’asseoir à cette table était bien évidemment la participation à la guerre. Les Etats-Unis n’étaient bien évidemment pas la puissance que l’on connaît mais ils avaient compris que pour devenir prospère et donc vivre dans une société dénuée de risque de révolution, agrandir sa zone d’influence était indispensable. Le livre de Lénine « Impérialisme, stade ultime du capitalisme » était déjà assimilé. Les Etats-Unis avaient des vues sur le Pacifique et la Chine, ils étaient en concurrence directe avec le Japon qui avait déclaré la guerre à l’Allemagne depuis le début. Il était donc urgent d’en faire de même pour avoir droit au festin des vainqueurs.

 

 

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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 05:41

 

Je reprends ici de larges extraits d’un article de la revue Frustration sur les «Jeunes Leaders » façonnés outre-Atlantique qui nous gouvernent.

 

 

Ces derniers mois, Macron a fait plusieurs voyages emblématiques aux États-Unis. Dès le début de l’année 2016, Emmanuel Macron passe ses troupes et ses soutiens en revue, de l’autre côté de l’Atlantique. Alors ministre de l’Économie, il passe notamment par Las Vegas. Cet événement organisé par Business France, dont l’ancienne présidente est aujourd’hui ministre du Travail, a mené à des perquisitions mardi 20 juin 2017 au siège du groupe publicitaire Havas et de l’agence nationale Business France sur ordre de l’Inspection Générale des Finances, dans le cadre d’une enquête préliminaire pour « favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». Quasiment un an plus tard, Emmanuel Macron, cette fois candidat officiel, visite New York car « la démocratie n’a pas de prix, mais elle a un coût. » Entre deux levées de fonds traditionnelles aux sommes astronomiques, Emmanuel Macron participe à un petit déjeuner anodin mais fondamental pourtant passé quelque peu inaperçu dans la presse française. Un article de Libération daté du 6 décembre 2016 nous indique sans plus d’analyse que Macron y a rencontré « une trentaine d’invités de la French-American Foundation lors d’un petit-déjeuner au Links Club de l’Upper East Side, un club de gentlemen golfeurs traditionnellement issus de l’ancienne élite bancaire de la ville. Emmanuel Macron est un "Young Leader" de la French-American Foundation, promotion 2012. »

 

 

La French-American Foundation a été lancée en mai 1976 aux États-Unis, afin de promouvoir le dialogue et la coopération entre la France et les États-Unis. Son programme phare « Young Leaders » a formé plus de 400 dirigeants français et américains influents. Son objectif est clair, de la bouche d’un des anciens formateurs, il s’agit de « trouver les personnes qui feraient l’opinion et seraient les dirigeants de leurs sociétés respectives » afin de les former et d’influer sur la politique, le monde économique et l’opinion publique.

 

 

Après avoir analysé les parcours professionnels des dernières promotions (2012 à 2016), la répartition des « élus » est limpide. 57 % viennent des grandes multinationales et des entreprises de conseil en stratégie et finance et autres spécialistes de la fusion-acquisition. Ainsi, on pourra citer une liste non-exhaustive de dirigeants des entreprises françaises historiques : Henri de Castries (AXA), Anne Lauvergeon (AREVA), Franck Gervais (Thalys), Alexis Morel (Thalès), Hélène Huby (Airbus), etc. Mais aussi les deux plus récents présidents de la République (François Hollande et Emmanuel Macron), suivis de dizaines de ministres et de députés.

 

 

 Et que dire du poids des banques et des agences de notation dans le profil des recrues ? Emmanuel Macron bien sûr, mais aussi Clothilde L’Angevin (promo 2015) directrice de la stratégie du Crédit Agricole depuis 2015, Fatima Hadj (promo 2014), directrice associée à Standard & Poor’s, Renaud Guidée (promo 2013), directeur exécutif de Goldman Sachs, sans oublier Matthieu Pigasse (promo 2005), Banque Lazard & actionnaire du Monde

 

 

Deuxième catégorie dominante : les hommes politiques et hauts fonctionnaires qui représentent 15 % des heureux élus. Côté politiciens, on savait déjà que Marisol Touraine, Aquilino Morelle, Arnaud Montebourg, Najat Vallaud-Belkacem, Pierre Moscovici, Alain Juppé, Matthias Fekl, etc. étaient passés par la French-American Foundation. Mais quoi de plus surprenant que de retrouver Édouard Philippe (promo 2011) en Premier ministre du renouveau et même Cédric Villani, le célèbre mathématicien à l’Assemblée nationale !

 

 

     

    La France dirigée par deux “ Américains ”

    Le petit monde clos des grands médias

     

     

    Troisième et non moins important pilier de ce réseau d’influence : les médias. Et il suffit de consulter les sites officiels de la French-American Foundation pour en comprendre l’ampleur. L’ancien président de la French-American Foundation (2010-2015) et actuel président d’honneur de cette organisation est Jean-Luc Allavena. Le recruteur d’Emmanuel Macron est également l’un des sept dirigeants d’Altice en tant qu’administrateur indépendant du groupe. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Altice est une multinationale présente dans les télécoms, les médias, le divertissement et la publicité. L’entreprise, qui a racheté de nombreux opérateurs de télécommunications et entreprises de communications, est présente dans 10 pays dont la Belgique, la France, les États-Unis, Israël, le Luxembourg et la Suisse. Son fondateur n’est autre que Patrick Drahi. En juin 2016, Patrick Drahi cède la présidence française d’Altice à Michel Combes (promo Young Leader 1998), ancien président d’Alcatel-Lucent, parti avec un parachute doré de près de 8 millions d’euros. Le groupe Altice a racheté ces dernières années Numéricable, Virgin Mobile et SFR. Le groupe SFR est quant à lui propriétaire des médias Libération et L’Express, BFM TV et RMC. La French-American Foundation vient ici mettre en lumière les liens unissant Emmanuel Macron et les dirigeants du groupe Altice et à travers lui d’un certain nombre de médias français. Cet ensemble versaillais ne serait pas complet si l’on ne citait pas quelques autres journalistes de la grande presse triés sur le volet par la Fondation : Nicolas Escoulan (Europe 1), Matthieu Croissandeau (L’Obs), Élise Vincent et Nabil Wakim (Le Monde), Laurent Joffrin, (Libération), Jérôme Chapuis (RTL)…  De manière plus discrète, d’autres lui apportent également leur soutien. Yannick Bolloré, PDG d’Havas (premier groupe publicitaire de France), fan de Macron, et fils de Vincent Bolloré (PDG du groupe Bolloré), était présent au premier meeting du candidat d’En Marche ! en juillet 2016 à Paris et était également présent au dîner de Gala 2016 du puissant réseau d’influence américain. 

     

     

    Jeunes talents pour incubateur d’oligarques

     

    Loin d’un discours conspirationniste à l’égard de ce que certains pourraient qualifier de secte sans trop gratter, il est pour autant indispensable de s’intéresser à cet incubateur de la caste française pour comprendre la symbiose parfaite entre les trois sphères politique, économique et médiatique françaises. Plus encore, à y regarder de plus près, on obtient quelques éléments de compréhension sur la brillante ascension de la fusée Macron. Littéralement encensé par les médias français, les journaux Libération, L’Obs, Le Monde et L’Express (tiens donc…) ont publié plus de 8 000 articles évoquant Emmanuel Macron entre janvier 2015 et janvier 2017. Emmanuel Macron continue de bénéficier d’un soutien indéfectible de ces mêmes journaux qui iront jusqu’à le qualifier de « leader du monde libre » en le comparant à De Gaulle dans une hystérie collective pas vraiment déontologique au début du mois de juin 2017.

     

    Sources :

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    4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 05:15

     

    Il était pourtant chouette, ce poste de ministre des Armées ! Marcher, en tant que femme, dans les pas de Michèle Alliot-Marie, c’était tout de même quelque chose, non ?

     

     

    Officiellement, elle aurait quitté le gouvernement le 20 juin 2017 pour une subalterne histoire d’assistants parlementaires du MoDEM au Parlement européen. Les députés européens furent en effet soupçonnés d’avoir employé des assistants – payés par le contribuable – en les faisant travailler pour le parti. François Bayrou et Marielle de Sarnez furent emportés dans cette tourmente.

     

     

    Cela est bien possible, mais un certain nombre de journalistes enquêteurs (il en reste) se sont intéressés au passé de Sylvie Goulard et à sa contiguïté avec des puissances d’argent. Comme disait Jean Gabin dans le film Le Président (1961), qui, par parenthèse, envisageait de manière visionnaire ce qu’allait devenir l’Union européenne, « ce n’est plus un gouvernement, c’est un gigantesque conseil d’administration ». L’exécutif ne compte pour l’instant que deux employés de Rothschild, mais il compte également des personnes qui doivent leur influence et leur bien-être à tel ou tel milliardaire. C’est, semble-t-il, le cas de Sylvie Goulard qui peut remercier le philanthrope Nicolas Berggruen. Philanthrope sans guillemets puisqu’il s’est engagé dans la campagne Giving Pledge (promesse de dons) lancée par Warren Buffet et Bill Gates afin d’encourager les très riches à donner une grande partie de leur immense fortune (ne me parlez surtout pas de réductions d’impôt subséquente !). De nationalités étasunienne et allemande, Berggruen parle parfaitement le français après des études à l’École alsacienne et à l’Institut Le Rosey en Suisse (voir ici la liste de ses prestigieux anciens élèves).

     

     

    Un article du Journal du Dimanche du 25 juin reprenait une information vieille de trois ans selon laquelle l’éphémère ministre avait touché 10 000 euros par mois d’octobre 2013 à janvier 2016 du groupe de réflexion de Berggruen (260 000 euros en tout). De fait, cette information était parue en octobre 2014 sur le site Euractiv.fr. On pouvait y lire que les députés européens français se distinguaient des autres députés par leurs revenus parallèles particulièrement élevés (les élus du Front National étant champions d’Europe avec une moyenne de 1361 euros mensuels). S’appuyant sur une enquête de l’ONG Transparency, il mentionnait Renaud Muselier (12 000 à 35 000 euros par mois), Rachida Dati (10 000 euros), Michèle Alliot-Marie (15 000 euros) et Sylvie Goulard, stipendiée par le philanthrope Berggruen. Cette information ne figure plus sur son site officiel “ européen ”, où l’on trouve la précision suivante : « NB: merci de tenir compte de cette biographie, à jour, plutôt que des différentes versions linguistiques disponibles sur Wikipedia. »

     

     

    Quel était le rôle de Goulard dans le groupe de réflexion du philanthrope ? Elle était conseillère « spéciale » (un conseiller pas spécial, c’est pas de la balle) du Council for the Future of Europe, qu’elle décrit comme une « association à but non lucratif visant à promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et européenne », ajoutant que cette instance « était présidé par Mario Monti » et qu’il « comporte des personnalités de sensibilités politiques diverses telles que, notamment, Jacques Delors, Guy Verhofstadt, Pascal Lamy, Romano Prodi ou Jean Pisani-Ferry. » La « diversité des sensibilités » ne sautait pas aux yeux, mais on ne chipotera pas. On félicitera tout de même les inoxydables Delors (92 ans) et Giscard d’Estaing (91). Quant à l’ancien Premier ministre belge Guy Verhofstadt, proche de Daniel Cohn-Bendit et ayant soutenu Emmanuel Macron lors de la dernière campagne pour l’élection présidentielle, on l’a vu, depuis cinq ans, administrer la holding Sofina, le fonds de pension néerlandais APG et l’armateur Exmar pour des revenus parallèles atteignant 233 000 euros.

     

    Ne l’oublions jamais : la galaxie qui nous gouverne, c’est ça !

     

     

    Pourquoi Sylvie Goulard a-t-elle démissionné du gouvernement ?

     

    Revenons au philanthrope. Le magazine Forbes évalue sa fortune à 1,80 milliards de dollars. On est en présence d'un homme de culture. Nicolas préside le conseil d’administration du musée Berggruen de Berlin (où l’on peut voir des dizaines de Picasso, de Klee et de Matisse achetés par son père), du Musée d’art du comté de Los Angeles, du Conseil international de la Gallerie Tate à Londres et du Musée d’art moderne de New York. Il est également membre de la Fondation Beyeler (musée suisse d’art contemporain), de la Galerie Serpentine de Londres et du Comité international consultatif de Sotheby. Il est l’actionnaire du groupe de médias espagols Prisa (El Pais) qui possède 15% du groupe Le Monde qu’il échoua à racheter en 2010. Cette tentative fut sanglante. Avec ses 110 millions d’euros (les salariés du journal étaient désormais minoritaires), le trio Berger-Niel-Pigasse l’emporta car un banquier de chez Rothschild (si, dites-le : Macron !) aida secrètement Minc dans cet assaut tout en prétendant travailler gratuitement pour la société des rédacteurs du Monde). Le mari de Bri-Bri d’amour (en ancien Amiénois, je me permets cette privauté) s’était même caché au dernier étage d’un immeuble (en bloquant l’ascenseur) pour éviter que son double jeu ne fût découvert. En vain malheureusement. Gilles Van Kote, le futur directeur du Monde déclara : « On a été trahis par tellement de gens que si même Emmanuel nous trahit, c’est à désespérer de l’humanité. »

     

     

    Alain Minc (qui trouvait que son père centenaire avait coûté trop cher à la Sécu) ne tarit pas d’éloges au sujet de Berggruen : « Un businessman arpentant le domaine des concepts ne fait-il pas œuvre plus utile qu’un intellectuel se lançant dans les affaires ? » Il faut dire qu’Alain Minc est membre de l’Institut Berggruen, où il retrouve le président de Google, Pascal Lamy, Gerhard Schröder, Phelipe Gonzales, Francis Fukuyama, un ancien président du Brésil. Jacques Attali (qui nous a un tout petit peu mitonné Macron) dit de lui que « C’est un garçon étrange, extrêmement gentil, extrêmement cultivé et extrêmement curieux, dans tous les sens du terme. C’est un honnête homme au sens du XVIIIe siècle. Quelqu’un qui a décidé de mettre son argent au service de l’intérêt général ».

     

     

    Mais l’important aux yeux de Madame Goulard est sûrement que cet archange de la mondialisation heureuse se dit fort peu attaché aux biens de ce monde, qu’il sillonne néanmoins dans son jet privé Gulfstream IV (environ 20 millions d’euros tout de même).

     

     

    Et puis, une fois que tout est dit, on retiendra que le petit-fils de Manette est un homme droit, lui aussi forcément indépendant des puissances d'argent...

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    30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 05:31

    On espère – et on est sûr – qu'il y en aura des dizaines d'autres.

     

     

    Ma première question : quand la famille Mulliez s'enrichit et licencie.

     

    Voici ma première question écrite adressée au gouvernement, à la ministre du Travail en l'occurrence. Il est possible que les services de l'Assemblée modifient, rectifient, y mettent des formes. Ca fait suite à nos rencontres avec les élus CGT-FO du site Simply-Market d'Amiens.

     

    Monsieur François Ruffin alerte Madame la ministre d'Etat, ministre du travail, sur les licenciements en cours dans le groupe Mulliez.

     

    Suite à une "réorganisation", à la fusion de Auchan et Atac, 70 postes vont être supprimés à Amiens, 870 au niveau français. Pour tous ces licenciements, pour l'instant, aucune prime supra-légale n'est prévue. (Sources FO et CGT.)

     

    Le groupe de la famille Mulliez ne crie pourtant pas famine : "Auchan Holding a vu son bénéfice net progresser de 14% l'an dernier... " (L'Express, 10 mars 2017). Les dividendes ont augmenté de 75 % en ce printemps 2017, à hauteur de 350 millions d'euros. Avec 26 milliards d'euros, Gérard Mulliez est aujourd'hui la troisième fortune de "France". Entre guillemets, car la famille s'applique à déposer ses économies en Belgique: la Justice les a d'ailleurs perquisitionnés, les soupçonnant de fraude fiscale et de blanchiment. (Le Parisien, 10 mai 2016.)

     

    Mais c'est un autre souci qu'on voudrait pointer: avec 84 millions d'€ (source entreprise), Auchan est, semble-t-il, le troisième bénéficiaire privé du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (après Casino et Carrefour). L'année où ces aides étaient perçues pour la première fois, l'effectif a diminué de 1400 personnes... Mais les dividendes des actionnaires familiaux étaient triplés.

     

    Ces aides ont été octroyées sans la moindre condition et, ajoutera-t-on, sans ciblage : la grande distribution n'est nullement soumise à la concurrence internationale.

     

    Compte tenu de ces éléments, M. François Ruffin apprécierait que Madame la ministre fasse connaître les mesures qu'entend prendre le Gouvernement dans ce dossier, mais au-delà souhaite l'interroger sur ce que contiendrait la loi travail n°2 qui empêcherait les multinationales de licencier alors que leurs bénéfices grossissent.

     

     

     
    Une première initiative parlementaire de François Ruffin

    Par ailleurs, le journaliste-député s'est intéressé au parcours professionnel de la ministre Florence Parly. Il a découvert que les grands médias complaisants (pléonasme) avaient caché ses fonctions à la banque Rothschild.

    Florence Parly: "représentante" de la banque Edmond de Rothschild. Cette mention ne figure pas sur sa page Wikipedia. Comme les grands journalistes ne travaillent qu'avec Wikipédia ...

     

    Florence Parly vient de récupérer le ministère de la Défense. Et autant "les armées s'interrogent"(Les Echos, 23/06), autant les industriels sont ravis: « Au moins a-t-elle pleinement conscience du poids en France de l'industrie militaire et aéronautique... "Florence est une passionnée de technologie, d'aéronautique, de spatial, elle a volé en Mirage 2000, c'est un excellent choix", s'enthousiasme son ami Jean-Yves Le Gall, président du CNES. Les industriels, qui l'attendent aujourd'hui au Bourget avec le Premier ministre, semblent satisfaits. »

     

    Satisfaits juste parce qu'elle aime les joujoux technologiques ?


    Non, plutôt parce qu'elle est de leur sérail.

    Une info est omise par les médias, mais le chercheur à l'université de Liège Geoffrey Geuens nous a alertés :

    Dans le cursus de Florence Parly, on mentionne bien "l'ancienne directrice d'Air France et de la SNCF". On signale également que "son mari, Martin Vial, dirige l'Agence des participations de l'Etat (APE), présente dans les grands groupes de défense français", qu'il est même "membre du conseil d'administration de Thales". Ce qui, par parenthèse, en dit long sur l'endogamie de notre élite.
    Mais pour elle, on oublie une casquette: depuis janvier 2016, elle appartient au conseil de surveillance de l’entreprise Zodiac Aerospace. Elle y siège comme représentante du "Fonds Stratégique de Participation", qui n'a rien à voir avec le public Fonds stratégique d'investissement.

     

    Le FSP est une émanation du groupe Edmond de Rothschild.

    On lit sur leur site :

     

     « Le FSP est géré par le groupe Edmond de Rothschild. Regroupant six assureurs majeurs en France (BNP-Paribas Cardif, CNP Assurances, Crédit agricole assurances, SOGECAP (groupe Société générale), Groupama et Natixis Assurances), le FSP est un actionnaire de long terme dans le capital de sociétés françaises ». 

    Voilà donc une ministre (de plus) dont les liens avec la banque et l'industrie sont étroits. Ici avec le groupe Edmond de Rothschild  basé en Suisse, qui, comme le révélait Cash Investigations, dispose de 142 sociétés écrans dans des paradis offshore... 

    Sans doute entre-t-elle au gouvernement par souci d'équilibre avec son président Macron qui, lui, oeuvrait, à la banque d'affaires Rotschild et Cie, basée à Paris. Voilà un gage de pluralisme.

    Une première initiative parlementaire de François Ruffin
    Une première initiative parlementaire de François Ruffin
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    28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 05:41
    L'affrontement stérile entre patronat et syndicats est "dépassé" et "ringard", a récemment déclaré à Reuters le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, face aux mouvements de mobilisation qui s'organisent contre le projet de réforme du Code du travail.
     
    "Le syndicalisme divisé qui se cantonnerait à organiser des manifestations pour faire croire qu'il est d'accord contre quelque chose mais jamais pour quelque chose, je pense qu'il faut que ça s'arrête", a dit Laurent Berger dans une interview.
     
    "Il faut se mobiliser pour des idées", a-t-il poursuivi. "L'affrontement stérile entre d'un côté les syndicats et de l'autre le patronat où la seule issue c'est de se taper dessus, c'est ringard et dépassé."
     
    Pour Laurent Berger, il est temps de faire valoir un syndicalisme plus moderne. "On a trop souvent pensé en France que la palette du syndicalisme, c'était manifestations, grèves, mobilisations", a-t-il dit.
     
    "Ça existe, et on les utilise quand c'est nécessaire, mais il y a aussi propositions, négociations, engagements, contre-propositions."
     
    "Il y a une attente des salariés pour un syndicalisme un peu plus constructif qu'il ne l'a été parfois", a poursuivi le dirigeant de la centrale qui est devenue en avril dernier la première organisation syndicale dans le privé, devant la CGT.
    Pour Laurent Berger (CFDT), affronter le patronat est “ ringard ”

    Le Canard Enchaîné nous explique par ailleurs (mais tout se tient) pourquoi Laurent Berger est un homme de grande classe :

    Pour Laurent Berger (CFDT), affronter le patronat est “ ringard ”
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    22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 05:41

     

    Et si l’objectif d’Amazon était tout simplement de racheter le monde en transformant tout ce qui est matériel en numérique...

     

    Je reprends ici de larges extraits d’un article de Mario Bucci pour Gresea (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative.

     

    La multinationale de Seattle concrétise un projet en gestation depuis quatre ans : ouvrir des supermarchés pour la vente de produits alimentaires, de boissons et de plats préparés. Sans queues… et sans employés ?

     

    Un nouveau domaine d’application des technologies dans le commerce s’ouvre pour Amazon. L’entreprise s’est affirmée dans le secteur du commerce électronique. Elle le monopolise grâce entre autres aux conditions de travail épouvantables auxquelles sont soumis travailleurs et travailleuses. Plus récemment Amazon a investi sa connaissance numérique dans la création d’une véritable place de marché qui inclut la rencontre entre demande et offre de microtravail (Amazon Turk) et les livraisons rapides de produits frais (Amazon Fresh).

     

    Un marché juteux à saisir

     

    Le marché de produits frais, de boissons et de plat préparés aux États Unis est énorme (autour de 800 milliards de dollars en 2016). Seul 1% de ce marché est constitué d’achats en ligne. Selon certaines estimations, cette part pourrait atteindre 5% au cours des cinq prochaines années.

     

    Amazon voit donc un potentiel d’expansion important dans ce secteur et lance plusieurs projets parallèles sur lesquels l’entreprise ne laisse filtrer que des informations incomplètes et anecdotiques. Cela laisse imaginer un grand intérêt pour le secteur de la vente de produits alimentaires, mais sans une stratégie claire ou du moins arrêtée. Pour le moment, et depuis environ deux ans, Amazon semble expérimenter de nombreuses solutions et modèles sans en choisir un à développer à grande échelle.

     

    Un de ces projets, dont on ne connaît que les intentions consiste à créer un service de commande en ligne avec des points de collecte par les acheteurs qui ne devraient même pas descendre de leur voiture, une nouvelle version d’un modèle déjà pratiqué par plusieurs chaînes de distribution. La différence réside dans le fait que les commandes seraient passées au moyen d’une application pour smartphone (et plus sur un site internet) et que les acheteurs ne descendraient pas de la voiture.

     

    Le supermarché idéal

     

    Un autre projet – Amazon Go – a été lancé sur un exemple-pilote début décembre 2016. Il s’agit d’un magasin physique où l’acheteur fait ses achats sans faire la queue. Le premier magasin à Seattle est ouvert depuis le mois de décembre pour les seuls employés d’Amazon. Courant 2017, il pourrait ouvrir au public.

     

    La communication à propos de ce projet titille les consommateurs, en leur promettant une expérience sans stress, vécue à leur propre rythme : plus de files d’attente ! Amazon Go conçoit un magasin permettant une relation exclusive entre le consommateur et la marchandise sans la médiation d’aucun appareil ou dispositif visible ou d’être humain : pas de scanner, pas de caisse, pas de personnel, rien que le consommateur et la marchandise. Et, bien évidemment, le smartphone doté d’une application ad hoc.


     

    Amazon : l’entreprise-monde

    L’élimination du travail : la technologie au service d’un rêve plus que centenaire

     

    L’absence de médiation est typique des services à la personne : le coiffeur, l’aide soignante, l’instituteur exercent leur travail dans un rapport direct avec la personne qui en bénéficie. Les entreprises de l’économie des plateformes mettent en relation prestataire et client à travers une application (smartphone) ou une interface (internet). Une caractéristique typique du capitalisme est l’effacement des relations sociales contenue dans une marchandise. Dans le supermarché traditionnel, le travail nécessaire à la production des produits n’apparait plus. Dans le cas d’Amazon Go, outre l’effacement du travail de production, on assiste à l’effacement du travail de mise à disposition et de vente de la marchandise. On connaît déjà des exemples (distributeurs de boissons, de préservatifs, de cigarettes, de billets de bus ou de train) de machines ayant remplacé le travail humain (Marx appelait ce travail incorporé dans une machine le travail mort). Amazon Go semble ouvrir la voie à une nouvelle étape de ce processus : même les machines semblent disparaître.

     

    Le principe technologique est le suivant : en entrant dans un magasin Amazon Go, l’acheteur doté d’un smartphone avec l’application ad hoc, passe le code à barre à l’écran du smartphone devant un lecteur optique à l’entrée du magasin, un peu comme quand on entre dans le métro avec sa carte d’abonné – sauf que dans le magasin Amazon Go il n’y a même pas de porte qui s’ouvre. Ceci active une connexion entre Amazon, le magasin et l’acheteur. Ensuite l’acheteur peut ranger le smartphone dans sa poche et procéder à ses achats.

     

    Des corps connectés

     

    La vidéo ne dit rien de l’éventualité que le smartphone s’éteigne pendant les achats ou qu’il ne soit plus connecté à l’Internet. En fait, ce modèle de commerce est basé sur l’idée implicite que désormais le smartphone est devenu un appendice du corps humain, toujours prêt à fonctionner comme une jambe ou un bras.

     

    La communication qui vise à créer un attrait pour ce type de magasin ne se fonde ni sur la qualité des produits, ni sur les prix, ni sur la variété du choix proposé, mais exclusivement sur l’absence de queue, sur la facilité d’achat fondée sur l’absence d’obstacles et plus spécifiquement de personnes qui pourraient ralentir ou freiner la dynamique du corps humain connecté. Le magasin se configure comme un lieu de passage, un peu comme les pompes à essence, où le client s’arrête, remplit seul son réservoir, paie avec la carte de crédit et repart.

     

    Ce que Amazon Go élimine (ou tente d’éliminer)

     

    Reste à voir la faisabilité d’un tel magasin. Peut-on se passer complètement de personnel pouvant orienter les clients sur les produits recherchés ?

     

    Un autre aspect qui est allègrement oublié dans la vidéo promotionnelle est celui du vol des marchandises. L’absence de barrières semble inclure tout système capable de bloquer l’entrée ou la sortie des personnes. Le passage du smartphone devant le lecteur sert à activer le dispositif de reconnaissance des produits et à préparer l’addition. On s’imagine la possibilité de rentrer sans passer le smartphone devant le lecteur ou de l’éteindre après ce passage. Les magasins seront-ils équipés de dispositifs – humains et/ou technologiques – de surveillance permanents des clients ?

     

    La seule certitude est qu’Amazon Go est pensé pour se passer des caissières et des caisses. Faire l’économie du salaire des caissières en répercutant le travail sur le consommateur et son smartphone est bien le cœur du projet. La caisse est le lieu où se forment les files d’attente, et même si c’est aussi – parfois – un lieu de socialisation, où on échange un sourire et un commentaire sur la météo, elle est considérée comme la source d’expériences fastidieuses, qui peuvent décourager certains acheteurs. Son élimination apparaît, dans le projet d’Amazon, comme source d’un avantage comparatif vis-à-vis des magasins « à l’ancienne ».

     

    La réduction des coûts liés au travail vivant apparaît donc comme une composante-clé dans le modèle économique poursuivi par Amazon dans son engagement dans le (ou tentative de colonisation du) marché des produits alimentaires. De sources internes à Amazon citées par le New York Post et qui restent anonymes, parlent de trois employés pour une surface de 1000 m2 (modèle minimal) jusqu’à dix employés pour une surface de 4000 m2. Sur ces bases, Amazon devrait pouvoir dégager une marge opérationnelle de plus de 20 %, lorsque la marge moyenne pour le secteur aux États-Unis est de 1,7 %.

     

    La numérisation comme source de valeur et d’avantage

     

    Les emplois qui pourraient disparaître ou être fortement réduits sont typiquement précaires ou à temps partiel, et le taux de syndicalisation dans le secteur est, aux États-Unis, traditionnellement assez bas. Ils sont occupés souvent par des femmes et par des travailleurs et travailleuses immigré-e-s. Cet exemple semble indiquer que la digitalisation de l’économie promet des profits aux dépens de ces catégories de travailleurs.

     

    Et comme dans la plupart des applications de technologies digitales à l’activité économique, le dispositif d’Amazon Go permettra la collecte et le stockage d’une grande masse de données personnelles dont Amazon pourra éventuellement s’approprier la valeur. C’est déjà ce qui se passe dans les grandes chaînes de distribution avec les cartes de fidélité, sauf qu’Amazon est un acteur global, qui intègre plusieurs types d’activités distinctes, ce qui lui donne une capacité d’intégration de données que peu d’acteurs possèdent.

     

    Sources d’information :

    video Amazon Go

    video SourceFed

    article Business Inquiry

    article Brookings Institute

    article L’Echo

    article New York Post

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    17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 05:45
    Modernité de la précarité
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    15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 05:41

    Je propose de larges extraits d’un article de Marjolaine Koch sur le crédit d’impôt recherche.

     

    En 1983, le Crédit d'Impôt Recherche est créé pour soutenir les entreprises innovantes qui investissent dans la recherche, et développer l’emploi. En 2008, le gouvernement de François Fillon le modifie pour permettre à plus d’entreprises d’en bénéficier. Pourtant, ce crédit d’impôt pose de sérieuses questions. Presque 10 ans après le lancement de la nouvelle formule, son impact réel reste opaque. Pourtant, lorsque des sénateurs tentent d'en savoir plus, les portes se ferment les unes après les autres. Plusieurs rapports publiés par des chercheurs et des économistes ont tenté, en vain, d'alerter sur le sujet.

     

    En 2015, la sénatrice communiste Brigitte Gonthier-Maurin a voulu mettre en place une commission d'enquête sur l’utilisation du Crédit Impôt Recherche :

     

    "Cette commission a connu moult péripéties. Pour sa mise en place, sur une période de 6 mois, un mois a été perdu en tergiversations sur l'intitulé de la commission d'enquête. Le rapport n'a pas été adopté par la commission. Je n'ai pas pu aboutir à un vote qui permette la publication du rapport."

     

    Résultat : six mois de travail envoyé aux oubliettes, même si le rapport officieux de Brigitte Gonthier-Maurin est toujours disponible en ligne toujours disponible en ligne. Pourquoi est-il si difficile de poser des questions sur ce crédit d'impôt ? Parce qu'il fait l'objet de nombreuses dérives.

     

    1. Les dérives du Crédit d'Impôt Recherche

    • Le crédit d'impôt devient une priorité

     

    Quel qu’en soit le coût, la consigne envoyée au sommet de l’Etat est de ne pas toucher au Crédit Impôt Recherche. Or, en 2013, la publication d’un rapport de la Cour des comptes montre que ce coût a explosé. Ce rapport stipule qu'entre 2007 et 2011 "le nombre d'entreprises déclarant du crédit impôt recherche a doublé, passant de 9800 à 17900 entreprises. (…) Leurs créances fiscales et passées de 1,8 millions à 5,7 millions €, soit un quasi-triplement. Cette dynamique a été mal anticipée et constamment sous-estimée dans les lois de finances".

     

    Si ces chiffres augmentent, c'est parce qu’il n’y a pas de plafond au niveau national : toute entreprise pouvant prétendre au CIR le touche automatiquement. Et plus il y a de dépenses de recherche justifiées, plus les impôts sont faibles. Cette parade est financièrement très intéressante pour une entreprise : toute prestation facturée par un laboratoire public ou agréé, est déductible des impôts pour le double de son montant. Quand une entreprise facture 100€ à un laboratoire extérieur, elle en déduit 200€.

     

    Problème : avec cette nécessité de récupérer de l’argent, les chercheurs deviennent des chargés d’affaires. Le cas de Simone Cassette, ex chercheur CGT chez Thalès, illustre bien le fait que le CIR, qui lui a permis de sauver son laboratoire, s'obtient parfois avec une contrepartie :

     

    "La contrepartie a été de transformer les chercheurs en ingénieurs d'affaires. On est plutôt là pour rechercher des sous-traitances de la recherche et multiplier les financements. On nous demande de rechercher des laboratoires qui sont intéressants, pour pouvoir travailler avec eux".

     

    Ces salariés passent plus de temps qu’avant à démarcher des laboratoires extérieurs ou des start-up. Selon les chiffres fournis par le ministère de la recherche :

     

    • en 2005 : 85% des chercheurs consacraient 100% de leur temps à faire de la recherche et du développement
    • en 2013 : ils étaient moins de 60%
    • De faux rapports pour de vraies subventions
    •  

     

    Dans les faits, une véritable industrie de la triche s’est mise en place, à l'intérieur même des entreprises. Patrick, ex-salarié d’une société bénéficiaire du CIR basée à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), raconte qu'on lui a explicitement demandé de rédiger un faux rapport :

     

    "On prenait des articles existants en anglais qui avaient un lien avec notre domaine de travail. On les traduisait en français et on les triturait pour qu'ils ne ressemblent pas trop à l'original. Avec le secret des affaires, ça avait du sens de dire que c'était des articles qu'on faisait pour nous-mêmes, sans les publier. J'ai fait un rapport et je leur ai dit que j'avais un goût de merde dans la bouche, que je ne voulais plus en faire".

     

    Ces magouilles peuvent rapporter gros. La majorité des cabinets de conseil se rémunèrent en exigeant un pourcentage du crédit d’impôt décroché par l’entreprise. Il est impossible de connaitre le nombre d'entreprises qui trichent. Mais nous savons que beaucoup intègrent, dans le calcul du CIR, des dépenses qui n’ont aucun lien avec lui. Pour l’économiste Dominique Plihon, professeur à l’université Paris XIII et membre des Économistes atterrés, cette pratique prolifère considérablement :

     

    "Je crois que 40% des dépenses déclarées par les entreprises pour être exonérées et profiter du CIR n'ont pas de rapport direct avec la recherche et le développement. Ce sont plutôt des dépenses commerciales et administratives."

     

    2. Comment éviter ces dérives ?

     

    • Des contrôles épars

    Si des contrôles existent et pourraient ralentir le développement des fraudes, ils s'organisent difficilement. Ils sont réalisés par deux ministères distincts :

     

    • Le ministère des finances pour la partie comptable,
    • Le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche pour la réalité de la recherche.
    •  

     

    • Des contrôles rares
    •  

    Finalement, peu de contrôles sont effectués. Anne Guyot-Welker, secrétaire générale de Solidaires Finances Publiques (son rapport sur le CIR accessible ici), le principal syndicat des impôts, explique pourquoi il serait difficile de les multiplier :

     

    "Les vérificateurs ont des objectifs : 12 à 13 vérifications par an. Pour certains axes de recherche, on sait qu'on ne part pas pour 3 mois dans une entreprise mais pour beaucoup plus longtemps. Il nous faut de tels moyens derrière que, côté contrôle fiscale, c'est compliqué de vérifier le fondement de ce CIR".

     

    En 2016, le ministère de la recherche a reçu 975 demandes d’expertises pour près de 24 000 entreprises déclarant du CIR, ce qui représente 4 à 4,5% d’entreprises contrôlées. Et lorsqu'elles se font contrôler, les entreprises qui trichent peuvent encore passer entre les mailles du filet : une très grande majorité de ces contrôles a lieu sans qu’aucun expert ne se déplace. L'entreprise remplit elle-même le dossier de contrôle. Patricia Egard, qui a lancé en 2011 sa start-up Ideas Voice, une entreprise française qui aide les Start up à se développer, peut en témoigner :

     

    "Je rencontre le contrôleur fiscal, il m'a donné un dossier justificatif de mes travaux de recherche et de développement, donc il a fallu que je décrive tous mes travaux en suivant ces plans. Ensuite, on ne sait pas où ça part, on le donne au contrôleur et il va faire appel au ministère de la recherche et du développement. Et s'ils ne sont pas d'accord, on a des nouvelles. C'est très difficile d'avoir des conversations avec eux, ils s'appuient que sur l'écrit".

     

    Résultat : c’est un manque à gagner pour le fisc, puisqu’il récupère autour de 200 millions d’euros de redressement par an en ne contrôlant que 4% des entreprises. On peut donc penser que l’Etat pourrait récupérer bien plus d'argent s’il contrôlait plus d'entreprises.

     

     

    Le crédit d'impôt recherche : une niche fiscale hors de contrôle

    3. L'impact du CIR sur les emplois de la recherche

     

    Un groupe de chercheurs a étudié les chiffres mis à disposition par le gouvernement. Parmi eux, François Métivier, chercheur à l’Institut Physique du Globe de Paris et membre de l’association Sciences en marche (rapport sur le CIR à lire ici), fait un constat sans appel :

    "A l'échelle de l'ensemble des entreprises françaises, si on prend la totalité de la créance, qu'on regarde l'évolution du coût pour l'Etat, et qu'on le compare aux emplois nouveaux créés en recherche et développement, on constate qu'il n'y a aucune corrélation. On voit qu'en proportion, il y a une augmentation à peine décelable : sur l'ensemble des entreprises qui demande une créance d'impôt au titre d'un emploi des jeunes docteurs, on reste aux alentours de 8% des entreprises qui déclarent".

     

    La proportion d'emploi de jeunes doctorants en recherche et développement a même baissé :

    • en 1997 : 15%
    • en 2011 : 12%

     

     

    "L’effet kleenex"

     

    Autre pratique que permet ce système : engager un jeune doctorant en premier emploi, décrocher le bonus pendant les deux premières années, puis s’en séparer avant qu’il ne coûte de l’argent.

     

    Le chercheur François Métivier a observé cette pratique dans une petite entreprise de deux employés, où un jeune docteur a été licencié après sa période d'essai de 4 mois. Dans ce cas précis, non seulement le salaire du jeune doctorant peut être déduit de 120% les deux premières années, mais en plus, s'il est envoyé dans un laboratoire extérieur, son hébergement peut être facturé le double de son prix réel. Quand l’entreprise dépense 200€ pour le chercheur et le laboratoire, elle peut donc déclarer 320€ au titre du CIR.

     

    • Des chercheurs transférés à l'étranger
    •  

    Certaines grandes entreprises développent des brevets grâce à l’argent du CIR. Mais lorsque ces brevets rapportent, elles peuvent déménager à l’étranger pour les exploiter. C’est ce qu’a constaté la sénatrice Brigitte Gonthier-Maurin dans sa propre circonscription :

    "Des salariés de Schlumberger Clamart sont confrontés à un deuxième plan dit de sauvegarde de l'emploi. Mais en réalité, Schlumberger est en train de liquider une grosse partie de ces chercheurs pour les transférer aux EU. Nous craignons donc la mobilisation de fonds public aveugle, sans exigence réelle de résultat en terme de progression des dépenses de recherche, et d'impact sur l'emploi scientifique et notamment des jeunes docteurs."

     

    • Paradis fiscal
    •  

    Nous l'avons vu, grâce au Crédit d’impôt recherche, une entreprise peut payer moins d’impôts en France. Mais elle peut aussi transférer le gain de ce crédit en payant une fausse licence dans un paradis fiscal. La secrétaire générale de Solidaires Finances publiques, Anne Guyot-Welke, explique cette astuce complexe :

    "Il y a souvent un mécanisme d'optimisation fiscale : l'entreprise initiale fait une dépense de recherche sauf qu'elle va vendre son brevet, souvent à l'intérieur d'une même filiale qui est dans un paradis fiscal. Du coup, l'entreprise paie moins d'impôt sur les sociétés. Beaucoup l'utilisent comme un moyen de payer moins d'impôt sur les sociétés en France."

     

    4. Pourquoi ce système perdure-t-il ?

     

    • Un appât pour des investisseurs étrangers

    En promettant qu'il n’y toucherait pas sur la durée de son quinquennat, François Hollande a sanctuarisé le Crédit d’Impôt Recherche. Il réitérait d'ailleurs cette volonté le 18 janvier 2016 :

     

    "L'effort de recherche est essentiel et je confirme que le Crédit Impôt Recherche sera pérennisé dans ses formes actuelles, et que la recherche publique sera dotée de nouveaux moyens pour garder nos talents et en attirer d'autres venant de l'extérieur".

     

    D'après l’économiste Dominique Plihon, le Président considère que ce crédit d’impôt est un instrument indispensable pour attirer des investisseurs étrangers en France :

     

    "Les gouvernements successifs défendent cette aide parce que c'est un facteur d'attractivité du territoire. Ils pensent que les investisseurs internationaux viendront en France s'ils savent que les conditions fiscales sont favorables. On dit souvent que le niveau d'imposition en France est important mais on dit "attention, il y a des niches fiscales importantes". Donc les pouvoirs publics croient bien faire, mais ces aides n'ont pas un impact significatif et démontré sur la compétitivité par rapport à la concurrence étrangère."

     

    • Entre suppressions d'emplois et projets aboutis
    •  

    La fermeture de tous les centres de recherche en France semble donner raison à Dominique Plihon :

     

    • Intel : 750 emplois supprimés
    • Centre d'innovation d'Airbus à Suresnes (région parisienne) : presque un millier d’emplois supprimés
    •  

    D’un côté, cette niche fiscale a donc engendré des dérives, mais de l’autre, si elle n’existait pas, c’est peut-être tout un pan de l’innovation française qui s’effondrerait.

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    13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 05:40

     

    Militante féministe, un temps membre du parti socialiste (proche de Benoît Hamon) qu’elle quitte, critiquant sa dérive libérale, Caroline de Haas est candidate aux législatives à Paris, soutenue par le PCF, EELV et Nouvelle Donne. On passera sur sa proposition délargir les trottoirs pour éviter le harcèlement des femmes dans le quartier de la Chapelle…

     

    Elle décortique ici la Loi travail.

     

     

    Emmanuel Macron a annoncé vouloir passer la loi travail n°2 par ordonnances. Le projet de loi d'habilitation dévoilé par Le Parisien pour ces ordonnances prévoit une durée pouvant atteindre 1 an pour permettre à Emmanuel Macron de réformer la quasi totalité du code du travail.

     

     

    Le projet de loi d’habilitation précise que seuls trois domaines resteront définis nationalement : le SMIC, l’égalité professionnelle femmes – hommes et les seuils d'exposition aux risques. Tout le reste pourra être remis en cause : majoration des heures supplémentaires, salaires, contrat du travail, règles en matière de santé et de sécurité.

     

     

    Aujourd’hui, un chef d’entreprise qui licencie de manière illégale peut être sanctionné par les prud’hommes. Les montants des sanctions dépendent du préjudice subi par les salariés. Ancienneté, handicap, difficulté à retrouver du travail... Les prudhommes peuvent fixer des sanctions selon ce qu'ils jugent juste suite à la fraude de l'employeur. Emmanuel Macron veut plafonner ces sanctions.

     

     

    Aujourd’hui, le niveau de salaire et son rythme d'augmentation dépendent de la négociation dans la branche professionnelle. La négociation d'entreprise peut permettre d'accélérer les augmentations, pas de les ralentir. Ce que pourrait prévoir la Loi travail n°2, c’est d’autoriser chaque entreprise à descendre en dessous des minimums définis par votre branche.

     

     

    Les règles pour mettre fin à un contrat à durée indéterminée (CDI) relèvent aujourd’hui de la loi. Demain, avec la loi travail n°2, ces règles pourraient être définies entreprise par entreprise. Pas pour les améliorer, c'était déjà possible. Si le gouvernement veut ouvrir cette possibilité, c’est pour permettre aux entreprises de faciliter le licenciement des salariés en CDI (plus de 80% des salariés en France). C’est une très vieille demande du MEDEF.

     

     

    Une à deux personnes meurent chaque jour au travail en France (500 décès par an). Emmanuel Macron veut renvoyer à chaque entreprise la responsabilité de définir les règles d’information et de protection des salariés. La seule chose qui resterait définie par la loi, ce sont les seuils d’exposition aux risques (matières dangereuses, bruit, charges...). Le reste (la protection des mineurs, les équipements, la prévention contre les risques chimiques ou sonores, l’évaluation des risques…) relèverait de la négociation par entreprise.

     

     

    La loi El Khomri avait déjà introduit la possibilité de contourner les syndicats majoritaires en organisant des référendums d’entreprise à la demande des organisations minoritaires. Emmanuel Macron pourrait élargir ce dispositif en permettant aux dirigeants de l’entreprise d’organiser eux-mêmes des référendums.

     

     

    Emmanuel Macron veut fusionner toutes les instances de représentation des salariés. Les comités d'entreprise (CE), les Comités d'hygiène de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et les délégué.es du personnel (DP) seraient rassemblés dans une instance unique. Plusieurs conséquences : d'abord, la réduction du nombre de représentants du personnel. Ensuite, cela pourrait transférer les dépenses aujourd'hui prises en charge par l'employeur (expertise sur la santé par exemple ou sur le harcèlement sexuel au travail) aux frais du CE. Enfin, les prérogatives du CHSCT pourraient tout simplement disparaître.

     

     

    Aujourd'hui, les entreprises de 50 salariés qui licencient plus de 10 salariés sont obligées de négocier un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) avec les syndicats. Le PSE doit notamment contenir des mesures de formation et de reclassement pour faciliter le retour à l’emploi des salariés, des indemnités pour compenser le préjudice subi…Avec les ruptures conventionnelles, les entreprises ont déjà aujourd'hui les moyens de licencier des salariés sans faire de plan social. Elles sont aussi nombreuses à licencier les salariés par groupe de 9 pour éviter d'avoir à négocier un plan social. Cela ne suffit visiblement pas au gouvernement qui veut élever ce seuil et permettre aux entreprises de licencier davantage de salariés sans mesures sociales.

     

     

    Demande récurrente des employeurs le projet prévoit que le défaut de motivation de la lettre de licenciement ne pourra plus le remettre en cause ! Une revendication de longue date du MEDEF pour permettre d’inventer un motif a posteriori en cas de contestation.

     

    Le recours à l'intérim est aujourd'hui encadré par la loi pour empêcher qu'il ne remplace des CDI. Le gouvernement veut renvoyer à la négociation d'entreprise la définition de la durée maximum du contrat, du nombre de renouvellements possibles et du délai de carence entre 2 emplois intérimaires.

     

     

    Caroline de Haas décortique la Loi travail

    Le gouvernement envisage de renvoyer les règles encadrant le recours aux CDD à la négociation d’entreprise. Alors qu’actuellement, le CDD ne peut pas être rompu sauf en cas de faute grave, des motifs de rupture pourront être créées.

     

    Aujourd'hui, quand un accord d'entreprise ou de branche ne respecte pas la loi, il peut être annulé par le juge. Pour empêcher ces recours, le gouvernement veut mettre en place une présomption de validité des accords, dès lors que les obligations formelles de la négociation auront été remplies. Le juge et l'inspection du travail ne pourront donc plus contrôler la conformité de l'accord avec la loi.

     

     

    Le gouvernement prévoit de fusionner les 3 instances de représentation des salariés, les Comités d'Entreprise, Comités hygiène et sécurité et délégués du personnel et de supprimer les instances de proximité. Ceci va conduire à une baisse drastique du nombre de représentants du personnel, qui n'auront donc plus les moyens de remplir leurs missions, d’accompagner, informer et consulter les salariés.

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    Published by Bernard Gensane - dans Politique
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