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13 février 2020 4 13 /02 /février /2020 05:48

Qu’en est-il de la France ?

 

Avant de réfléchir à la manière dont la France a évolué depuis cinquante ans du fait de l’immigration et de l’importance grandissante de l’islam, je proposerai deux études de cas en reprenant tout d’abord un article du Journal du Dimanche du 19 janvier 2020. Nous sommes à Roubaix, une ville qui a profondément changé en un demi siècle. Le journaliste craint un « repli communautaire » :

 

Au supermarché Le Triangle à Roubaix (Nord), les caissières, toutes voilées, alternent entre « Salam » et « Bonjour », en fonction de la clientèle. Partout dans les allées du magasin, le français est traduit en arabe, et à la sortie, une urne invite au don pour la construction d’une nouvelle mosquée. La ville de 96 000 habitants en compte déjà sept, dont une salafiste. Dans la rue aux maisons de briques rouges, les commerces s’appellent L’Aziza, Les Mille Merveilles, Les Délices du Maghreb. Et proposent pâtisseries orientales, voiles, livres en arabe ou viande halal. « Ici, c’est comme au bled ! », s’exclame en souriant Hourya, qui flotte dans un jilbab, un voile enveloppant tout son corps.

 

Ici, en plein quartier de reconquête républicaine, l’islam est ostentatoire. Mais est-ce vraiment un problème ? Oui, à en croire un rapport sur l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre à Roubaix émanant des services d’inspection de plusieurs ministères. Ce document daté de juin 2019 et commandé par le Premier ministre pointe une « tendance au repli communautaire ». « Certains lieux ne sont plus fréquentés par des femmes », « le port du voile a fortement progressé », s’inquiètent les auteurs. Une source policière dépeint, dans certains quartiers, « un laisser-aller total, un non-respect général de la loi française ». Stationnement illicite, employés de commerces en situation irrégulière, terrasses de cafés non déclarées : « Ce sont des rues qui se gangrènent. »

 

[…] Les éducateurs, glisse l’un d’entre eux, s’emploient à convaincre certains jeunes que « voter, ce n’est pas haram », c’est-à-dire pas contraire aux préceptes du Coran. « Il y a un gros travail d’éducation à faire sur la laïcité », abonde Michel David, ancien directeur général adjoint des services de la ville. Le rapport interministériel de juin 2019 révèle aussi « une hausse des demandes d’enseignement à domicile pour des motifs d’ordre confessionnel ».

 

Autre reportage : une visite en Seine-Saint-Denis où la « montée tranquille du satanisme » en vient à effrayer les musulmans eux-mêmes (Émilie Blachère, Paris Match, 19 janvier 2020) :

 

« Le groupe scolaire s’appelle Al-Andalus, du nom donné à la péninsule ibérique sous domination musulmane. Cette école privée à Saint-Denis, sous la direction de l’association du Centre d’enseignement génération avenir (Cega), est gérée par Mustapha Halloumi. L’imam salafiste, « défavorablement connu » des services de renseignement, a été écarté de sa mosquée, en 2012, par la mairie d’Epinay. Quatre ans plus tard, l’Éducation nationale lui a délivré un agrément… Il est 16 h 30, les élèves commencent à sortir. Des fillettes voilées courent vers des pères barbus. Ce n’est pas leur barbe – épaisse, longue, parfois teinte au henné – ni leur qamis, longue tunique traditionnelle affectionnée par les salafistes, qui inquiètent le plus, mais leur nombre : « Quand on ne voit plus les mères, c’est qu’il y a un problème d’intégrisme radical », nous explique-t-on. Dans certaines cités, on ne fume plus dans les rues, dénonce une habitante de Saint-Denis. Plus jamais les femmes ne discutent entre elles en bas des immeubles. Les couples ne se tiennent plus la main. On n’entend plus de musique… A Trappes, toutes les boucheries sont halal. Même constat dans le quartier de la cité de la Rose-des-Vents, à Aulnay-sous-Bois. Ce mardi 31 décembre, jour de marché, les températures sont glaciales, le ciel bleu vif et les femmes voilées. Quelques-unes disparaissent sous le djilbab, qui montre juste leur visage. Dans des effluves de menthe et d’agrumes, les allées sont bordées de stands de vêtements amples, de voiles islamiques et de livres religieux. Des hommes fument devant des bars bondés. A l’intérieur, pas de femme. « L’accès ne leur est pas interdit, dira une Aulnaysienne, mais ici on pense que les femmes n’ont rien à faire dans un café ! » A Mantes-la-Jolie, Aubervilliers, Pantin, les thèmes de l’islamophobie, des discriminations sont abordés avec agressivité. On appelle à ne pas voter ni se soumettre aux lois, à ne pas se mêler aux juifs, aux chrétiens, aux kouffars (les mécréants). »

 

On a beau se dire – et on le dit – que l’ennemi n’est pas l’épicier arabe du coin mais le capitalisme financier, le type de situation décrit par le JDD et Paris Match est, à court terme, lourd d’inquiétudes sérieuses. Des pans entiers de notre société ont décroché (le quartier de la Reine Jeanne près d’Avignon en est un des exemples les plus frappants, qui conjugue satanisme et extrême violence). Des centaines de milliers d’habitants, pour beaucoup citoyens français, vivent et se pensent « comme au bled ». Plus le temps passe, plus les fractures s’élargissent. « On vit côte à côte, je crains que demain on vive face à face, avait déclaré Gérard Collomb en cadeau d’adieu lors de sa démission du ministère de l’Intérieur. » Avant d’ajouter : « Nous sommes en face de problèmes immenses ». Pour Collomb, nous sommes clairement à deux doigts de la rupture de la paix civile à cause de la paupérisation et de la ghettoïsation de ce qu’on nomme – hypocritement – des « quartiers ». En surface, officiellement, les autorités musulmanes souhaitent « une insertion sereine de l’islam dans la République ». Le problème est que, autant on peut parler de l’insertion des musulmans, autant, depuis la loi de 1905, il n’est pas possible d’insérer l’islam dans la République.

 

Selon l'Observatoire de l'islamisation, le nombre de mosquées est passé de 100 en 1970 à 2500 en 2016. Il y aurait plus de 150 mosquées dites salafistes, où l'on enseigne que la loi islamique doit primer sur les lois de la République. Et c'est chez les nouveaux arrivants que ce type de discours passe le mieux.

 

Dans les années cinquante ou soixante, un paysan italien immigré en France était d’abord un paysan, puis un Italien. Idem pour un maçon polonais (j’ai conscience de simplifier en écrivant cela). Les immigrés d’aujourd’hui, en majorité extra-européens et musulmans, sont, se pensent, comme des entités de forces et de mouvements collectifs qui les dépassent. Pas moins que les Français d’origine, cela dit, dans notre pays fracturé.

 

Ce qui est en train de disparaître sous les coups de boutoir du capitalisme financier, de la construction européenne, des politiques identiques menées dans la plupart des pays d’Europe, c’est l’effacement de la Nation. Ce dont profitent, sans voir à quel point c’est dangereux pour elles à long terme, les populations immigrées. Elles en profitent parce qu’elles n’ont plus à se fondre dans une communauté nationale construite au fil des siècles, une communauté de culture produite par l’Histoire. Une nation, c’est une langue, une éducation commune, des mythes, des souffrances partagées. Et des frontières. Á Roubaix, en Avignon et ailleurs, nous n’en sommes plus du tout là. La nation française disparaît. Le pays devient – l’individualisme effréné régnant de par le monde aidant – une agence de prestations où le bien et l’intérêt publics ne comptent plus. La droite et les Fauxcialistes n'ont eu de cesse de transformer la Fonction publique en Fonction aux intérêts du public. Tout cela sous le regard bienveillant de l’Union européenne pour qui les différences de classe comptent beaucoup moins que les singularités individuelles ou de groupe, ethnique, cela va sans dire. Parlez d’un peuple dans un territoire (ce qui est, pour partie, la définition d’une nation) à Bruxelles et on vous regardera avec des yeux de merlan frit ! Il n'y a plus de peuple, mais des populations.

 

L’énorme problème que l’on refoule – de moins en moins car le nez au milieu de la figure finit toujours par se voir – est que l’immigration massive amène de l’« Autre » (culture, religion, entités ethniques) qui n’est pas forcément compatible avec la société d’origine tant qu’il reste « Autre ». En outre, la plupart du temps, les immigrés provenant de pays violents, non démocratiques et corrompus, ils importent ces graves travers à la semelle de leurs souliers. Danton s’est lourdement trompé en affirmant qu’on n’emportait pas sa patrie à la semelle de ses souliers. Je fus très frappé, dans les années 80, lorsque je vis arriver en Côte d’Ivoire (un des pays où l’intégration des étrangers a été l'une des plus remarquables au monde avant les dérives mortelles de l’ivoirité dans les années 1990) quelques dizaines de jeunes hommes libanais à la dégaine sauvage, prêts à en découdre avec tout un chacun. Le pays comptait plusieurs centaines de milliers de Libanais, dont certains étaient installés depuis le début du XXe siècle. Dire qu’ils étaient parfaitement intégrés était superflu : ils exerçaient, dans le calme le plus total et fort utilement pour le pays, des fonctions de commerçant, d’artisan, de médecin. Quelques centaines étaient riches (quelquefois immensément), quelques milliers étaient pauvres : je pense aux petits épiciers qui vendaient de tout dans des petites échoppes de petits villages. Les nouveaux Libanais un peu fous venaient directement de la plaine de la Bekaa. Ils avaient participé à une guerre civile atroce qui avait fait plus de 200 000 morts. Ces soldats perdus étaient les autres Libanais d’un autre Liban qu’ils avaient apporté – en Côte d’Ivoire, au Togo, au Sénégal etc., – à la semelle de leur soulier. Le président de la République d’alors, Félix Houphouët-Boigny, pressa les notables libanais d’Abidjan de régler rapidement ce problème avant qu’il s’en occupe lui-même. Ce qu’ils firent.

 

Plus la Nation et l’État sont évanescents, plus l’« Autre » s’impose dans son altérité. Ce qui ne fut pas le cas durant les années 1880 à 1975. La France demanda et accueillit une immigration de travail provenant principalement d’une Europe blanche et catholique : péninsule ibérique, Pologne, Italie. L’intégration de populations culturellement proches, donc n’ayant rien de spécial à revendiquer, ne se fit pas sans mal. On se souvient des Ritals de Cavanna. Mais l’assimilation (dans “ assimilation ”, il y a “ semblable ”) fut possible. Comment reconnaît-on une femme protestante dans la rue ? C’est très simple, on ne le reconnaît pas, bien qu’elle soit issue d’un peuple qui a beaucoup souffert chez nous, un peuple qui, autrefois, fut considéré par la France catholique comme un agent de l’étranger, l’Angleterre en l’occurrence. Á l’origine, le concept d’assimilation est biologique et physiologique, comme chez ceux qui souffrent de diabète et ne peuvent assimiler les glucides. L’assimilation implique le recours au milieu, une synthèse et une reconstruction. On vit parce qu’on assimile. D’un point de vue sociétal, l’assimilation implique que l’on va du différent au semblable. Pour qu’il y ait un chemin vers ce semblable, il faut que les individus qui viennent de l’extérieur acceptent d’être modifiés par le groupe accueillant. Cela s’est vu à maintes reprises au cours de l’Histoire. La culture hellénique, accueillie dans la culture chrétienne, subit une transformation profonde. La culture étrusque fut assimilée par la culture gréco-latine.

 

Ces processus, toujours lents, sont incompatibles avec la soudaineté de la mondialisation et la violence des guerres qui se sont déclarées dans un passé récent et dont les victimes furent, dans leur très grande majorité, des civils. On pense, bien sûr, aux tragiques événements de Syrie et de Libye. Et l’on aura à traiter, dans un avenir proche les conséquences démographiques catastrophiques – qui ont déjà commencé – de l’errance des millions de réfugiés climatiques. Autant il fut possible d’intégrer, d’assimiler, plusieurs millions d’Italiens sur une période de plus d’un demi-siècle, autant cela est une gageure lorsque déboulent, en cinq semaines, des centaines de milliers de Syriens en constituant la plus importante population de réfugiés au monde (quatre millions émigrèrent, dont un million vers l'Europe). Ceux-ci n’ont alors d’autres possibilités que de se regrouper, de se communautariser. Dès lors, il leur est impossible d’abandonner ce qui était à la semelle de leurs souliers. Parce qu’elles ne peuvent réellement s’agréger à la société d’accueil, ces populations migrantes finissent par ne plus le vouloir et se raccrochent au mode de vie ante. Tout est à refaire, mais ce n’est pas possible dans le court et moyen termes.

 

 

Ci-dessous le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie.


 

L'islam dur aura-t-il raison de la République ? (III)
L'islam dur aura-t-il raison de la République ? (III)

 

Le drame historique de l’immigration de masse en France est que les populations concernées sont arrivées au mauvais moment, vers 1975. C’était l’époque où la Chine s’éveilla avec Den Xiao Ping, où les chocs pétroliers de 1973 et 1979 appauvrirent durablement les Français, et où le pays était dirigé par trois hommes (Giscard, Chirac, Barre) qui ne se souciaient guère de faire dans le social. C’est en ces temps de désindustrialisation, de disparition d’emplois, que les immigrés arrivèrent. Mitterrand et Mauroy tentèrent un court instant de panser les plaies mais l’Europe des banques et des marchés les remit dans le droit chemin. Les populations immigrées vécurent des moments nettement plus difficiles que leurs aînées des années cinquante et soixante. Elles transmirent à la génération suivante un fardeau qui devint de plus en plus lourd.

 

Pour que les “ quartiers ” ne s’embrasent pas, pour préserver la “ paix sociale ”, la France se transforma en une sorte de libre-service de l’immigration. Comme elle ne pouvait pas donner du travail et des conditions de vie décentes à ces populations, elle leur accorda des droits, en bricolant : droit au regroupement familial, droit à la nationalité par mariage, droit à la régularisation à l’usure (au bout de cinq ans en général) pour environ 40 000 personnes chaque année, droit d’interdire la possibilité de changer de religion (dans la législation européenne, des personnes ayant été baptisées enfants peuvent se faire rayer des registres des églises), possibilité d'aménager des planches horaires pour la pratique religieuse dans les entreprises privées.. Le regroupement familial fit gonfler les chiffres de l’immigration. En 1976, après avoir mis fin à l’immigration pour motif économique, le gouvernement Chirac l’autorisa, à l’exclusion des familles algériennes. En 1977, le gouvernement Barre suspendit cette décision pour trois ans, sauf pour « les membres de la famille qui ne demandent pas l’accès au marché de l’emploi. » En 1978, le Conseil d’État instaura un nouveau principe général du droit, celui de « mener une vie familiale normale. » Par un revirement de jurisprudence très important, il annula le décret Barre. Paul Collier, économiste de l’université d’Oxford, a calculé que 10 immigrés installés en font venir 7 autres – par le regroupement familial, le mariage, les naturalisations – et ces 17 en appellent douze autres.

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 06:08

 

Le Danemark a connu une forte immigration ces quarante dernières années. Récemment, des mesures ont été prises pour préserver une certaine homogénéité de la population danoise. Jusqu’en 1975, l’immigration avait été faible au Danemark, principalement en provenance des pays d’Europe du nord. Puis le pays manquant de main-d’œuvre, des travailleurs étrangers furent accueillis à cette époque : Turcs, Pakistanais, Africains, Moyen-Orientaux. L’ouverture des frontières par l’Allemagne en 2015 créa une arrivée soudaine de demandeurs d’asile, dont le nombre tripla en deux ans, tandis que celui des bénéficiaires du regroupement familial doublait. Une cinquantaine de milliers de migrants (principalement des Syriens et des Afghans) entrèrent dans un pays comptant moins de 6 millions d’habitants. Le nombre de résidents au Danemark nés hors du pays est passé de 93 000 en 1960 à 613 000 en 2019, dont la moitié issus de pays non-européens. Le Danemark compte désormais plus de 800 000 personnes issues de l’immigration (13% de la population).

 

Malgré un coût annuel de 4 milliards d’euros, la politique d’immigration connaît des ratés sérieux. Les autorités dénombrent 25 ghettos dans lesquels vivent 50% de non-Européens, 50% de chômeurs et 3% de personnes ayant commis des délits. Dans ces ghettos, de nombreuses écoles privées musulmanes ne préparent pas les enfants – selon les pouvoirs publics – à une véritable insertion dans la société danoise. Par ailleurs, c’est au Danemark que fut mise à prix en 2005 la tête de dessinateurs proches de l’équipe de Charlie Hebdo après que le Jyllands-Posten (quotidien conservateur) eut publié 12 caricatures relatives à Mahomet. Depuis une vingtaine d’années, une guerre des gangs fait rage, dans laquelle s’illustrent des Turcs, des Albanais, des Arabes. Cette guerre aliment l'hostilité vis-à-vis des immigrants.

 

En septembre 2015, le gouvernement danois prit diverses mesures afin de freiner le flux des migrants : baisse du revenu minimum, éloignement des déboutés du droit d’asile, interdiction du regroupement familial avant trois ans de résidence, raccourcissement de la durée des titres de séjours, abandon du quota fixé par les Nations Unies. Ces mesures eurent l’aval de la plupart des forces politiques. En 2020, les musulmans comptent pour 4, 1% de la population danoise.

 

 

 

 

L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)

 

Les Pays-Bas ont accueilli en nombre des immigrants de leurs anciennes colonies. Par exemple, 300 000 Indonésiens après la Deuxième Guerre mondiale, 200 000 Surinamais dans les années 1970. Ce ne fut pas toujours facile mais ces populations, en provenance d’Asie principalement, se sont intégrées tant bien que mal. Depuis une trentaine d’années, le pays a tenté de répondre par le multiculturalisme à une immigration très variée de plus en plus importante. Comme en Allemagne, des partis populistes ont canalisé les craintes et l’hostilité des populations d’origine. Selon les standards européens, les Pays-Bas sont quasi surpeuplés : plus de 400 habitants au km2 dans un pays de 17 millions d’habitants. Le pays comptait 53 000 étrangers en 1900, 100 000 en 1950, 540 000 en 1982. De 1996 à 2003, le nombre d'immigrés est passé de 1 284 106 à 1 714 155 personnes, soit un accroissement de 33,5 % en sept ans. Résident actuellement dans le pays 400 000 Turcs, 400 000 Marocains, 360 000 Indonésiens et 350 000 Surinamais. Le pays compte 900 000 musulmans (5% de la population).

 

Le nombre d’arrivants ne cesse de croître : 140 000 en 2008, 240 000 en 2018. La population extra-européenne est passée de 1% en 1972 à 13,5% en 2018. Une des raisons étant le vieillissement de la population d’origine et sa natalité en baisse. La population immigrée est particulièrement présente dans les grandes villes : à Rotterdam, Amsterdam, Utrecht et La Haye, la population d’origine devient minoritaire. Á Amsterdam, 52% des jeunes de moins de 18 ans sont originaires de pays hors OCDE. Á Rotterdam, 75 % des moins de 3 ans sont d'origine extra-européenne.

 

Bien que les Pays-Bas jouissent d’un taux de chômage peu élevé (3% en 2000, 6% en 2019) et qu’un milliard d’euros soit consacré chaque année à l’éducation et à des cours de langue pour les immigrés, l’intégration de ces populations n’est pas un franc succès. Les chômeurs sont surreprésentés chez les étrangers depuis les années 80 malgré des mesures de discrimination positive dans les années 90. Le taux d’emploi des femmes immigrées, celui des Turques et des Marocaines principalement, est très faible. Dans le cas des Syriens, l’aide sociale compte pour 90% de leurs revenus, ce qui ne résout pas leurs problèmes de chômage.

 

Le pays subit des actes de violence de la part de gangs albanais. Le gouvernement a demandé en 2019 à la Commission européenne de suspendre l’exemption des visas pour les Albanais mais cette demande n’est pas près d’aboutir.

 

Depuis l’époque de Descartes, et surtout depuis la séparation de l’Église et de l’État en 1848, les Pays-Bas présentent un vrai visage de tolérance, surtout en matière religieuse. Au XIXe siècle, le pasteur conservateur – pour ne pas dire réactionnaire – Abraham Kuyper a théorisé le principe de “ pilarisation ” de la société, chacun étant « souverain dans sa propre sphère ». Ce principe a été dévoyé par les colons qui se sont installés en Afrique du Sud, ce qui a donné l’apartheid. Les musulmans qui se sont installés ces cinquante dernières années au Pays-Bas ont utilisé cette pilarisation pour vivre au sein de leur communauté religieuse, ce qui a freiné l’intégration et renforcé les différences. C’est dans le cadre de la pilarisation que furent construites des mosquées, des écoles musulmanes et des universités islamiques. Par des financement conformes à la charia. Au nom de la pilarisation, la communauté musulmane tenta même, en vain, de construire à Rotterdam un hôpital avec des départements séparés pour les hommes et les femmes, avec de la nourriture halal, des lieux de prière, des tours de garde d’imams, du personnel médical arabophone respectant les croyances et coutumes des musulmans.

 

Bref, le pays s’est ghettoïsé. Il existe désormais des écoles publiques 100% arabo-africaines. Á Rotterdam, le Qatar a récemment financé l’ouverture d’un centre salafiste par le biais de la fondation Eidcharity, sur le site de laquelle chacun peut se rendre et apporter son obole (à condition de comprendre l’arabe).

 

Dans les rues, le port du voile se généralise, particulièrement chez les femmes turques et marocaines. Même si la loi interdit le port du voile intégral dans les écoles, les hôpitaux et les transports en commun. La consommation de nourriture halal est devenue majoritaire chez les musulmans qui deviennent de plus en plus visibles (6% de la population) tandis que les Néerlandais d’origine se sécularisent chaque jour davantage (un quart des Néerlandais se disent athées contre 14% en 2006). Les partis politiques musulmans sont en plein essor et particulièrement décomplexés : Tunahan Zuzu, le chef du parti Denk (musulman et turc), le seul parti néerlandais qui ne reconnaît pas le génocide arménien, a déclaré en octobre 2019 : « Si les Néerlandais ne veulent pas accepter le changement aux Pays-Bas, où vivent des gens de différentes cultures, comme dans la ville de Zaandam ou le quartier de Poelenburg, ils devraient partir. » Aux élections législatives de 2017, le parti Denk a obtenu trois députés (7,5% des voix à Amsterdam). Il souhaite que le mot “ intégration ” soit remplacé par “ acceptation ”. Ce ne serait plus aux immigrés de s’intégrer dans une société qui leur préexiste mais aux habitants d’origine d’accepter les étrangers tels qu’ils sont et qui resteraient séparés. Les trois députés du Denk ont été les seuls à ne pas voter la reconnaissance du génocide arménien.

 

L’autocensure règne désormais en maîtresse aux Pays-Bas. Les services de la mairie d’Amsterdam ne font pas appliquer les règles sur la Burqa. Des universitaires suggèrent aux Blancs d’origine néerlandaise de faire un effort pour s’intégrer dans les villes où ils sont désormais minoritaires. On notera un acte de résistance plutôt isolé : des journalistes ayant été empêchés d’évoquer l’arrivée de migrants dans la ville d’Appeldoorn, ils ont démissionné collectivement.

 

On a naturellement assisté au retour du refoulé. Ancien membre du parti travailliste néerlandais, l’universitaire Pim Fortuyn a mis en garde dans les années 1990 contre une immigration numériquement trop importante. Sans jamais parler de race et en se démarquant des partis d’extrême droite. Il estimait également que l’islam était incompatible avec les valeurs fondamentales des Pays-Bas et menaçait la séparation de l’Église et de l’État. Il fut assassiné par un écologiste radical qui lui reprochait de « se servir des musulmans comme de boucs émissaires ». Lors des élections subséquentes, le parti de Fortuyn envoya 26 députés à la chambre basse du Parlement en devenant le deuxième parti du pays

 

En 2004, Theo Van Gogh, arrière petit-neveu du peintre, était assassiné par un islamiste. Il était connu pour son talent de cinéaste et ses propos orduriers antisémites. En 2004, en collaboration avec Ayaan Hirsi Ali, cinéaste néerlando-étasunienne d’origine somalienne, il réalisa un court métrage sur la soumission des femmes dans l’islam. Le 2 novembre 2004, un musulman d’origine marocaine naturalisé néerlandais tuait Van Gogh de huit balles de pistolet. Il lui planta ensuite deux couteaux dans la poitrine dont l’un portait sur le manche une lettre adressée à Ayaan Hirsi Ali

 

Plus prudent, Geert Wilders a fondé le Parti pour la liberté en 2006, qui a connu un réel succès sur la durée. En bon libéral européen, Wilders a été l’assistant parlementaire de Frits Bolkenstein. Il est soutenu par des conservateurs étasuniens et par la droite israélienne. Il a fait l’objet de nombreuses menaces de mort et d’appels à son assassinat.

 

Plus modéré encore dans l’hostilité à l’islam, Thierry Baudet a fondé en 2017 le Forum pour la démocratie, parti qui est devenu la première force politique aux élections de 2019.

 

L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)
L'islam dur aura-t-il raison de la République? (II)
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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 06:21

Par le Groupe Jean-Pierre Vernant

Téléchargez un diaporama pédagogique en PPT de la réforme des retraites, librement utilisable pour vos présentations:
www.groupejeanpierrevernant.info/PresentationRetraites.pptx

Copier ce lien pour citer ce billet.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l’annonce ministérielle d’une revalorisation des salaires des jeunes chercheurs est directement liée à la réforme des retraites. Elle est destinée à faire écran aux réformes structurelles de la recherche et de l’Université dont le volet financier, la loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR), est annoncée pour la mi-mars (transmission au Conseil économique et social puis présentation fin mars en conseil des ministres), pour adoption en octobre, du moins si le calendrier parlementaire saturé le permet. Le reste des dispositifs prévus dans les rapports des “groupes de travail” figure dans la Loi sur la transformation de la fonction publique du 6 août 2019, dans la loi de Croissance et transformation des entreprises (PACTE) ou passera vraisemblablement par ordonnance, par cavalier législatif ou hors de toute loi, par voie réglementaire [1].

Pour comprendre le lien entre réforme des retraites et LPPR, il convient d’en passer par l’arithmétique.

Déroulons d’abord la mécanique de la réforme des retraites jusqu’à son cœur : l’article 18. Il prévoit que l’Etat aligne progressivement, sur 15 ans, son taux de cotisation patronale de 74,3% aujourd’hui sur celui du privé dans le nouveau système : 16,9%. Cette mesure contribuera évidemment à créer une crise de financement des retraites, pourtant aujourd’hui à l’équilibre. Si globalement, les recettes vont décroître de 68 milliards € sur un total de 330 milliards € par an, la chute sera de 36 milliards € sur un total de 55 milliards € pour la fonction publique d’Etat [2]. En 2037, l’Etat sera le principal contributeur à la baisse générale des recettes de cotisation pour un montant de 42 Milliards € hors inflation. L’objectif est évidemment de reprendre ce déficit créé de toute pièce sur le montant des pensions [3] [4].

Que fera l’Etat de ce prélèvement sur le salaire socialisé, qui va croître pendant 15 ans ? En 2021, il en reversera une partie aux budgets des universités et des grands organismes de recherche. Le montant annoncé par Mme Vidal lors de ses vœux, 120 millions €, est comparable aux annonces faites chaque année, qui couvrent généralement l’inflation (143 millions € pour 2019) mais pas le glissement vieillesse technicité. Pour partie, ce montant sera cependant consacré à des primes indemnitaires, permettant d’accroître l’adhésion de la technostructure managériale. 92 millions € seront utilisés pour aligner la cotisation salariale et compenser la disparition de la retraite additionnelle de la fonction publique. Cependant, le Conseil d’Etat a considéré dans son avis que reporter les compensations de rémunération à une loi de programmation est anticonstitutionnel [5]. Par ailleurs, le recrutement pour des postes statutaires (CR et MCF, de plus en plus clairement mis en extinction) se fera à un salaire de 2 SMIC [6].

En présentant de manière favorable ce système de vases communicants entre budget de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche et creusement annuel d’un trou de 230 millions € dans le financement des retraites, il s’agit de fabriquer le consentement à la réforme réelle. Ainsi, le journal Les Echos titrait le mercredi 22 janvier : « Frédérique Vidal annonce le doublement du salaire des jeunes chercheurs ». Les éléments de langage du ministère ont en effet sous-estimé le salaire d’entrée actuel des chargés de recherche et des maîtres de conférences, qui se situe entre le 2ème (1,6 SMIC) et le 3ème échelon (1,8 SMIC), en omettant délibérément la reconstitution de carrière. Passer le salaire d’entrée de 1,7 SMIC à 2 SMIC, beau “doublement” en vérité. Cela constituera « un gain de 2600 à 2800€ sur un an » répète du reste Mme Vidal, soit +0,2 SMIC. Ce qu’il fallait démontrer [7].

On se souvient que la « loi de programmation pour la recherche » était la revendication centrale portée il y a des années lors de grandes réunions des directeurs d’unité annonçant leur démission. En en reprenant le nom, la loi à venir se dotait d’une façade consensuelle : l’inscription dans la loi de l’objectif de 3% du PIB consacré à la recherche. L’objectif, non contraignant, est ramené aujourd’hui à une montée à compter de la fin du quinquennat vers 2,6% du PIB dans 10 ans.

Que s’agit-il de faire accepter par ces jeux de bonneteau budgétaires ? Le cœur de la réforme est l’introduction du système de tenure track par des chaires de professeur junior : ces contrats de 3 à 6 ans accompagnés d’un financement de recherche seront intercalés entre les post-docs et le recrutement statutaire, accroissant de la même durée la période de précarité. Au passage, les modalités de recrutement et de titularisation seront dérégulées et les conditions statutaires dégradées. Il s’agit bel et bien d’initier la mise en extinction des postes statutaires, déjà raréfiés, pour les jeunes chercheurs. Pour des raisons politiques évidentes, la demande syndicale de fusion des corps des maîtres de conférence et des professeurs n’a pas été actée.

Hormis les vases communicants liés à l’article 18 du projet de retraites, il importe de comprendre l’absence totale de surprise dans ces annonces, théorisées depuis quinze ans par Aghion et Cohen [8]. Leur rapport de 2004, suivi à la lettre, prévoyait quatre volets de dérégulation et de mise en concurrence :

  • l’autonomie administrative des universités (dérégulation des statuts, direction par un board of trustees, etc) : actée ;
  • l’autonomie pédagogique (mise en concurrence croisée des étudiants et des formations, dérégulation des diplômes) : amorcée avec Parcoursup ;
  • l’autonomie de recrutement, d’évaluation et de gestion des personnels (dérégulation des statuts, contractualisation, liquidation des libertés académiques et du principe de collégialité entre pairs) : nous y sommes ;
  • l’autonomie financière (dérégulation des frais d’inscription) : travaillé dans le débat public, par l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et par la multiplication des DU.
Que les réformes structurelles menées depuis quinze ans conduisent à l’effet inverse de celui qu’elles prétendaient obtenir ne les arrêtera pas. L’obsession néolibérale consistant à utiliser les moyens de l’Etat pour construire un marché international des universitaires, des chercheurs, des établissements et des formations est telle, que la sphère managériale ne perçoit plus la réalité des dégradations qu’elle engendre. Elle persiste, dans une période où le nombre de candidats de qualité par poste explose, à répéter la fiction d’un « défaut d’attractivité » supposément constitué par la fraction limitée de candidats étrangers [9]. Cette séparation de la sphère décisionnaire avec l’expérience concrète des conditions d’exercice de la recherche et de l’enseignement est dramatique : la reprise en main bureaucratique est en train de sacrifier une génération de jeunes chercheurs ainsi que le niveau d’exigence dans la création et la transmission des savoirs.

 

[1] Ces réformes systématiseront ce que certains établissements comme Sciences Po, l’ENS Paris ou Strasbourg font déjà en partie: tenure-tracks, modulation de service d’enseignement, précarité, prime à la performance, appels à projets dissipant en bureaucratie crédits et temps, développement de l’endettement bancaire et rupture conventionnelle.

[2] Cette chute se fera au rythme de 2 milliards € par an d’économie jusqu’en 2036, engendrant un défaut de recette cumulé de 240 Milliards € sur 15 ans pour la fonction publique d’Etat.

[3] L’élévation de l’âge de départ à la retraite à taux complet est une manière d’obtenir cette baisse des pensions. Le décrochage de la valeur du point par rapport à l’inflation en est une autre (15% de baisse depuis 10 ans).

Intervention pédagogique de Michael Zemmour sur la règle d'or
https://www.youtube.com/watch?v=iJKVd609iGU&feature=emb_logo

Notre système de retraites ne connaît pas la crise.
https://www.alternatives-economiques.fr/systeme-de-retraites-ne-connait-crise/00091163

https://www.alternatives-economiques.fr/guillaume-duval/reforme-risque-de-desequilibrer-fortement-financement-retraites/00091464

Garantir la valeur du point ne garantit rien.
https://www.alternatives-economiques.fr/michel-husson/garantir-point-ne-garantit-rien/00091288

La valeur du point ne pourra pas baisser… Mais le niveau de votre pension, si.
https://blogs.alternatives-economiques.fr/zemmour/2019/11/30/la-valeur-du-point-ne-pourra-pas-baisser-mais-le-niveau-de-votre-pension-si

[4] Le taux de cotisation patronal était un frein aux passages entre fonction publique d’Etat et contrats de droit privé, l’employeur devant par le passé compenser le différentiel lors du passage de la fonction publique d’Etat vers la fonction publique territoriale ou la fonction publique hospitalière. L’objectif est donc également de généraliser l’indifférenciation entre les sphères publique et privée et le recours à la contractualisation en lieu et place du statut de fonctionnaire.

[5] Avis du Conseil d’Etat.
https://www.conseil-etat.fr/ressources/avis-aux-pouvoirs-publics/derniers-avis-publies/avis-sur-un-projet-de-loi-organique-et-un-projet-de-loi-instituant-un-systeme-universel-de-retraite

"29. En revanche, le Conseil d’Etat écarte les dispositions qui renvoient à une loi de programmation, dont le Gouvernement entend soumettre un projet au Parlement dans les prochains mois, la définition de mécanismes permettant de garantir aux personnels enseignants et chercheurs ayant la qualité de fonctionnaire une revalorisation de leur rémunération afin de leur assurer un niveau de pension équivalent à celui de fonctionnaires appartenant à des corps comparables. Sauf à être regardées, par leur imprécision, comme dépourvues de toute valeur normative, ces dispositions constituent une injonction au Gouvernement de déposer un projet de loi et sont ainsi contraires à la Constitution (décision n° 89-269 DC du 22 janvier 1990, cons. 38)."

[6] Selon l’arbitrage, le recrutement se fera à l’échelon 3 par une addition de 73 points d’indice ou à l’échelon 4.

[7] Les vœux de Mme Vidal comportaient ces éléments rendant impossible la compréhension à qui ignore la reconstitution de carrière : “Dès 2021, tout chargé de recherche et tout maître de conférence sera recruté à au moins 2 SMIC, contre 1,3 à 1,4 SMIC aujourd’hui. Cela représente, en moyenne, pour les nouveaux maîtres de conférences qui seront recrutés l’année prochaine, un gain de 2 600 à 2 800€ sur un an.” Tweet du 21 janvier.

[9] Trois des rapports sur lesquels sont construites les réformes à venir:

Note Idex
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteIdex.pdf 

Note Terra Nova
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteTerraNova.pdf 

Note Siris
http://www.groupejeanpierrevernant.info/NoteSiris.pdf 

Retraites : un peu de désenfumage
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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 06:13
Ci-dessous de larges extraits d'un article de Laurent Mauduit pour Mediapart
 
Pourquoi Total n’est pas le bienvenu à Polytechnique

 

Les élèves s’opposent à l’installation d’un centre de recherche du groupe sur le campus de Saclay (Essonne). Selon les informations de « La Croix », une nouvelle réunion est prévue jeudi 16 janvier. En attendant, la direction explique ne pas être « arc-boutée » sur ses positions et se dit prête à rediscuter des modalités du projet.

Privatisation partielle de Polytechnique au profit de Total !...
L’Ecole polytechnique partiellement privatisée au profit de Total
 

C’est un pas de plus dans la privatisation de l’enseignement supérieur : Total va installer sa direction Recherche et innovation sur le campus et va financer une chaire d’enseignement, au mépris de la mission de l’école, qui est de former des ingénieurs au service de l’intérêt général. La neutralité scientifique de la formation est menacée.

Lors d’une récente enquête mise en ligne le 10 janvier, j’ai donc raconté dans quelles conditions le groupe Total va installer sa direction Recherche et innovation sur le campus de la prestigieuse école et financer une chaire d’enseignement, au mépris de la mission de l’établissement, qui est de former des ingénieurs au service de l’intérêt général. J’ai aussi raconté que la majorité des élèves avaient voté contre ce projet, estimant que la neutralité scientifique de la formation pouvait en être menacée.

Depuis, la mobilisation des polytechniciens a visiblement grandi puisqu’une pétition a vu le jour sur 350.org, à l'initiative de cette plate-forme.

Pour les lecteurs du journal de Mediapart, souvent très mobilisés contre les projets de privatisation de l’enseignement supérieur et de la recherche, je tenais donc à signaler cette initiative. Je pense utile de reproduire ci-dessous l’appel

 

« Total prévoit de construire le site de sa Direction Recherche et Innovation au sein de Polytechnique ! C’est du jamais vu : un projet 10 000 m² en plein coeur de l’école où s’installeraient 250 salariés de Total. Dès qu’ils ont pris connaissance de ce projet, une majorité d’étudiantes et étudiants a exprimé son opposition lors d’un vote organisé par le bureau des élèves. 

Il y urgence, les travaux menacent de commencer sous peu : signez cette pétition pour que le projet de Total à Polytechnique ne voit jamais le jour. 

Soyons un grand nombre à exprimer notre indignation face à ce projet qui lierait irrémédiablement l’image de l’école publique sous la tutelle du ministère des armées, à la multinationale pétrolière et gazière.

Total n’a rien à faire à Polytechnique, ni dans aucune institution ayant le devoir de défendre l’intérêt général : faites le savoir au président de l’école en signant cette pétition. 

L’hypocrisie est flagrante : Polytechnique ne peut pas prétendre former ses étudiant·es à construire le futur, tout en ouvrant grand les portes à un acteur qui ne leur en réserve aucun. Total a été historiquement confronté à de multiples allégations de corruption et à la mise en cause de sa responsabilité pour de graves atteintes à l’environnement et aux droits humains. Le dernier rapport du GIEC est sans appel, tout nouveau projet fossile est inadapté au budget carbone conforme aux objectifs de l’accord de Paris. Total prévoit pourtant de les poursuivre ou de les amplifier, notamment dans des pays qui subissent déjà les conséquences les plus dramatiques du dérèglement climatique, comme en Afrique du Sud ou en Mozambique.

En 2018, Total a financé la production d’hydrocarbures pour 9,2 milliards de dollars d’investissements contre seulement 500 millions dans le secteur décrit comme “bas carbone” à savoir gaz (!) et renouvelables. Total n’est donc pas seulement à la traîne : la multinationale n’a aucune intention de se redéployer réellement vers les énergies renouvelables. La présence envahissante de Total au sein de cette école qui promeut l’excellence a de quoi choquer. »

 

 

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« Au contraire, des ressources faramineuses sont mobilisées dans des campagnes de communication et de lobbying, pour duper l’opinion publique et tromper les décideurs. Nous refusons que Polytechnique soit instrumentalisée à ces fins alors que la dynamique pour contrer l’influence de cette industrie n’a jamais été aussi forte, en témoigne la moitié des universités ayant coupé leurs liens avec l’industrie fossile au Royaume-Uni ou les 1150 autres institutions à travers le monde.

La dynamique pour contrer l’influence de l’industrie fossile n’a jamais été aussi forte, en témoigne la moitié des universités ayant coupé leurs liens avec l’industrie fossile au Royaume-Uni ou les 1150 autres institutions à travers le monde. 

Face à l’urgence climatique, toute institution à un devoir de responsabilité. Polytechnique, une école publique, sous la tutelle du Ministère des Armées, dont la mission première est de former des ingénieurs qui mettront leurs compétences aux services de l’Etat, de la collectivité, et de l’intérêt général, devrait avoir au moins l’ambition de ne pas légitimer la présence de Total en plein coeur de l’école. 

L’influence de Total dans l’éducation supérieure ne se limite hélas pas à Polytechnique, une campagne est également active à Sciences Po où les étudiant.e.s sont mobilisé.e.s, mais avec votre soutien, commençons par ajouter cette nouvelle victoire à la liste ! »

 

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« Demandons ensemble :

  • L’arrêt du projet de centre de recherche et innovation immédiatement, avant que le chantier de construction du bâtiment débute et l’abandon total du projet : un engagement à ce qu’il ne soit pas transformé discrètement sous une autre forme.
  • La suspension de tous les liens avec le géant Total : la suspension de Patrick Pouyanné, PDG de Total, du Conseil d’Administration de Polytechnique, la fin de la chaire d’enseignement et de recherche que Total a négociée dans la foulée en 2018.

Pour aller plus loin : 

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29 janvier 2020 3 29 /01 /janvier /2020 16:44

Forte présence de la CGT. Les universités de Lyon 1 et Lyon 2 moins évanescentes que d'habitude. Le Snesup ? C'est quoi le Snesup ?

 

Après ces semaines de luttes, des gens très déterminés.

 

La CFDT était absente car elle préparait avec le Medef des réunions hyper méga importantes.

 

Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
Encore une belle et grosse manif à Lyon aujourd'hui
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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 06:20

Tiré du blog de Régis de Castelnaud

 

La reconnaissance du bout des lèvres, à la fois par le pouvoir et les médias qui le servent, de l’existence de « violences policières » nous a encore offert une séquence intéressante. Quiconque suit les réseaux, s’est penché sur le travail remarquable du journaliste David Dufresne, ou a lu les articles du Monde sait à quoi s’en tenir. Encouragée par le pouvoir à utiliser une violence débridée, protégée par une justice refusant de la contrôler et de la sanctionner, la police française s’est transformée en une milice qui par la violence et l’intimidation porte gravement atteinte à la liberté constitutionnelle de manifestation. Chez les soutiens du président et en particulier les « journalistes militants » du macronisme deux sortes d’arguments ont été avancés pour le justifier. Tout d’abord que très rares (!), ces violences policières n’étaient que la réponse aux « effroyables » violences des manifestants, et ensuite que la police n’utilisait à cette occasion que la « violence légitime » dont l’État est dépositaire. C’est simplement une manipulation, les « violences des manifestants » abondamment et systématiquement filmées et photographiées par la presse du pouvoir ont été celles de groupuscules provocateurs parfaitement identifiés et utilisés pour justifier la « riposte » policière. Ensuite on nous a servi la légitimité juridique de la violence policière, les forces de l’ordre usant d’un « droit républicain » de frapper, d’amputer, d’éborgner et de détenir. C’est un dévoiement complet du principe de légitimité dans toutes ses définitions.

 

Tartufes et menteurs

Avant de revenir sur la question de la légitimité pour l’État d’utiliser la violence, on se permettra quelques remarques. Sur la tartuferie de ces « journalistes militants » soutiens acharnés de l’aventure Macron, occultant soigneusement pendant plus d’un an une réalité que l’étranger regardait et commentait avec effarement, d’une police transformée en milice de nervis, et qui font maintenant semblant de découvrir ce que tout le monde voyait et savait. Un ban pour Anne Sinclair qui avec son tweet publié au spectacle de la fameuse vidéo du « croche-pattes », faisait semblant de découvrir la lune. Il y a aussi les inepties proférées par la macronie, gouvernementale ou pas. L’Oscar revenant comme souvent à Sibeth Ndiaye proférant une nouvelle énormité et nous confrontant comme toujours à la question obsédante : est-elle à ce point parfaitement niaise, ou s’agit-il d’un cynisme d’acier ? « Je ne pense pas qu’on puisse dire dans un État de droit, dans une démocratie extrêmement solide comme celle de notre pays, qu’il y a des violences policières, comme s’il y avait de manière générale chez les forces de l’ordre une attitude consistant à aller tabasser des manifestants systématiquement ou à violenter des personnes sans raison». Si, si Madame c’est bien le cas, et il y a des centaines de vidéos et des milliers de témoignages qui l'attestent. Et lorsque vous dites « quand il y a eu des fautes, elles sont systématiquement sanctionnées », c’est simplement un de ces mensonges grossiers que vous revendiquez pouvoir proférer « pour protéger le président ». La justice depuis le début, dans le même temps où elle lançait une répression de masse sans précédent contre le mouvement social des gilets jaunes, a refusé de remplir sa mission de contrôle de la violence policière. Il y a eu une condamnation à trois mois de prison avec sursis (quelle sévérité !) pour un policier qui avait lancé un morceau de béton de la taille d’une brique sur des manifestants. Et c’est tout ! Pas une suspension, pas une garde à vue, pas une révocation, pas une suspension, pas de jugement, juste une poignée de mises en examen pour des centaines de violences avérées. Et parallèlement des dizaines et des dizaines de classement sans suite scandaleux. Comment pouvez-vous à ce point vous moquer du monde ?

 

Le monopole de violence qu’est que c’est ?

Alors comment comprendre l’utilisation par les amis du pouvoir du concept de « violence légitime » dont disposerait la police, pour répondre à l’émotion de l’opinion publique devant les exactions policières qui se déroulent depuis un an et dont l’évidence a fini par s’imposer ? C’est tout simplement un abus de langage avançant l’idée d’une d’une « autorisation juridique » donnée aux forces de l’ordre de violenter les corps dans l’intérêt de l’État. D’abord il y a une impropriété des termes puisqu’il s’agit en fait de ce que Max Weber appelait « le monopole de la violence » que seul l’État sur un territoire donné est autorisé à utiliser. Cette violence qui se caractérise par le « pouvoir sur les corps » est déléguée à la police à l’armée et ce qui est essentiel à la Justice. Pour deux raisons, d’abord c’est celle-ci qui punit les délinquants et qui si nécessaire les prive de leur liberté et enferme leur corps entre quatre murs (et auparavant pouvait le couper en deux). Mais elle doit aussi exercer son contrôle sur l’utilisation de la violence par les agents armés de l’État. 

 

Il est important de rappeler pour que cette violence dont l’État a le monopole soit « légitime », deux conditions indispensables doivent être réunies : d’abord que son usage en soit défini et réglementé par la Loi. En nature, en intensité, et en proportionnalité, pour que ceux qui vont en disposer sachent les limites de leurs pouvoirs et les risques de sanctions qu’ils encourent. Et qu’ensuite le caractère légal et régulier de cet usage soit contrôlé par le juge. La première condition est réalisée : user de la violence physique dite « légitime » par les forces de l’ordre est strictement encadré et le Code pénal prévoit une répression spécifique pour les agents publics titulaires par délégation de l’État du pouvoir sur les corps. Si l’auteur d’une violence illégale parce qu’excessive et non proportionnelle commise à l’égard de ses concitoyens, est un agent public, c’est une circonstance aggravante et elle devra être plus sévèrement punie que celle commise par un simple citoyen. Cette situation juridique et institutionnelle est fondamentale dans la mesure où l’État doit pouvoir conserver la totale maîtrise de l’usage qui est fait de ses pouvoirs par son personnel armé. 

 

Sans le contrôle de la Justice toute violence est illégitime

Mais l’absence de la deuxième condition, celle du contrôle juridictionnel prive « le monopole de la violence » dont dispose l’État de sa légitimité juridique et démocratique. Car, force est de constater que si la loi a bien créé les outils légaux d’encadrement, la défaillance quasi totale de la justice française dans l’accomplissement de cette mission de contrôle a complètement déréglé le dispositif républicain et démocratique. La responsabilité du pouvoir exécutif est évidemment lourdement engagée qui a laissé faire quand il ne l’a pas directement organisé, mais celle de la Justice est première. 

 

Emmanuel Macron utilisant à l’égard des policiers et gendarmes de l’expression de « forces de sécurité intérieure » caractérise un glissement sémantique à la fois troublant et inquiétant. Les « forces de sécurité extérieures et intérieures » ce sont les forces armées. Gendarmes et policiers sont des forces de l’ordre. On ne peut malheureusement que constater qu’aujourd’hui les conditions institutionnelles et juridiques indispensables à l’usage du « monopole de l’État sur la violence » ne sont plus réunies. Ce qui veut dire que de ce point de vue notre pays a basculé dans une forme d’arbitraire, tout simplement. Un pouvoir minoritaire a décidé de ne plus respecter les libertés démocratiques fondamentales pour traiter un mouvement social profond. Il a pour cela donné carte blanche à une police dont une partie est dévoyée. La nomination de Didier Lallement au poste de préfet de Paris, l’attitude des syndicats de policiers vis-à-vis du pouvoir multipliant les chantages, l’invraisemblable brutalité des forces de l’ordre sur le terrain dont témoignent des centaines de vidéos, tout cela augure mal de la capacité d’Emmanuel Macron à rétablir l’autorité républicaine sur la police.

 

Si jamais lui prenait l’envie de le faire, ce qui est malheureusement très improbable.

Les violences policières sont toutes des violences illégitimes
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22 janvier 2020 3 22 /01 /janvier /2020 06:13

Je reprends ici un article de Pierre Bonneau publié par Bastamag, puis par Le Grand Soir

 

Plus de 400 gilets jaunes, condamnés à de la prison ferme, purgent ou ont purgé leurs peines. Certains ont accepté de raconter à Basta ! leur découverte de l’univers carcéral, une expérience qui marque les personnes et souvent déstabilise les familles. Tout en laissant une trace profonde sur le mouvement.

En plus d’un an près de 440 gilets jaunes ont été incarcérés pour des peines de un mois à trois ans. Cette répression, menée sur le plan judiciaire et carcéral, a bouleversé leurs vies et celles de leurs proches, et affecté l’ensemble du mouvement. À Montpellier, Perpignan, Narbonne, Le Mans et d’autres villes, Bastamag a rencontré plusieurs prisonniers et leurs soutiens, qui nous ont raconté leur expérience.

« Je n’aurais jamais cru aller en prison ! » Le 11 mars 2019, le verdict du tribunal de grande instance de Montpellier s’abat comme un coup de massue sur Victor*. « Quatre mois ferme avec mandat de dépôt, huit mois de sursis, 800 euros de dommages et intérêt » Arrêté lors de l’acte 16 pour avoir tiré un feu d’artifice en direction des forces de l’ordre, ce gilet jaune de Montpellier est jugé en comparution immédiate pour « violences contre les forces de l’ordre » et « participation à un groupement en vue de commettre des violences ». Les images de son jugement tournent en boucle dans sa tête.

« Ça n’a même pas duré dix minutes. Je n’ai rien compris à ce qui se passait. » À peine sorti de sa garde-à-vue, sidéré, ce plombier et père de famille est embarqué au centre pénitentiaire de Villeneuve-les-Maguelone. Placé pendant cinq jours dans le quartier des « arrivants », il y reçoit un petit kit avec le minimum nécessaire pour le couchage et l’hygiène. « Au début c’était terrible. Je ne voulais pas sortir de ma cellule, être confronté aux surveillants et aux détenus. » Il sortira de prison trois mois plus tard.

 

Plus de 2200 peines de prison prononcées, fermes ou avec sursis

Victor fait partie des 440 gilets jaunes condamnés à de la prison ferme avec mandat de dépôt, selon le dernier bilan du ministère de la Justice en novembre, qui comptabilise 1000 peines de prison ferme allant d’un mois jusqu’à trois ans. Sur ce total, 600 peines ont été prononcées sans mandat [1], aménageables avec un bracelet électronique ou un régime de semi-liberté.

En plus de ces 1000 condamnations fermes, aménagées ou non, 1230 gilets jaunes ont été condamnés à de la prison avec sursis. Une telle répression judiciaire d’un mouvement social est inédite dans les dernières décennies. Seules les révoltes des banlieues en 2005 ont fait l’objet de plus d’incarcérations, avec 763 personnes écrouées sur 4402 garde-à-vue [2].

Comme Victor, la grande majorité d’entre eux n’avait pas de casier judiciaire ni de connaissance du monde carcéral. « À 40 ans, bientôt quatre enfants, je n’étais pas du tout préparé à aller en prison ! », souffle Abdelaziz, ancien brancardier à Perpignan. Cette figure associative locale de la Coordination contre le Racisme et l’Islamophobie se savait dans le collimateur de la BAC depuis le printemps 2017, où il avait diffusé une vidéo de violences policières. Le 5 janvier 2019, une manifestation s’échauffe devant le tribunal de Perpignan. Des manifestants rentrent dans l’enceinte, des vitres sont brisées, des affrontements éclatent. Quatre jours plus tard, à l’aube, Abdelaziz est perquisitionné. « Ils cherchaient mon gilet jaune et le mégaphone de mon association, pour me présenter comme le meneur. » Les policiers l’accusent d’avoir assené un coup de poing à un agent, ce qu’il conteste fermement.

« En garde-à-vue, les policiers disaient entre eux : "Regardez, on a eu Abdelaziz !". J’étais comme un animal qu’on avait attrapé. » Placé en détention préventive, en attente de son procès en février, il est finalement condamné à trois mois fermes et cinq mois de sursis. « Deux autres gilets jaunes, Arnaud et André, interpellés au même moment, ont accepté la comparution immédiate en espérant que le juge soit plus clément. » Ils prendront huit et dix mois fermes avec mandat de dépôt.

 

 

« Les toilettes sont à 50 cm de l’endroit où l’on mange, sans cloison »

À Perpignan, Abdelaziz rejoint un deuxième détenu, dans une cellule conçue pour une seule personne. Au début, la cohabitation est respectueuse. Mais elle se détériore avec l’arrivée d’un troisième prisonnier qui dort sur un matelas à même le sol. « Les conditions de détention étaient horribles. Nos toilettes sont à 50 cm de l’endroit où on mange, sans cloison. Il y a des grillages derrière les barreaux de nos fenêtres alors que c’est interdit. La surpopulation est de plus de 200 %. Des femmes s’entassent à quatre dans certaines cellules. Récemment un détenu s’est suicidé dans sa cellule. J’ai porté plainte contre la prison. »

Émilie*, compagne d’un gilet jaune incarcéré depuis juin dernier en détention préventive dans une prison du sud-ouest de la France, évoque aussi des conditions très dures. « Ils sont trois dans 9 m2. Il doit régulièrement changer de cellule parce que la cohabitation se passe mal. »

Son compagnon a été interpellé avec 30 autres personnes dans le cadre de l’information judiciaire sur l’incendie du péage et de la gendarmerie de Narbonne Sud le 1er décembre 2018. Leurs demandes d’accès à une « unité de vie familiale » - un espace permettant aux couples et aux familles de se retrouver avec plus de temps et d’intimité que les parloirs [3] - sont restées sans réponse depuis trois mois. « On a fini par se faire un câlin dans le parloir. C’est interdit : l’administration nous l’a supprimé pendant deux mois. »

 

Entassés à cinq, dans une cellule insalubre de 14 m²

Bastamag a également reçu le témoignage anonyme d’un détenu purgeant une peine de plus de deux ans dans une prison du nord de la France. Entassé avec quatre autres personnes dans une cellule de 14 m², il déplore des conditions insalubres : « Une table, quatre mini-placards, un WC dans un état lamentable, un lavabo sans eau chaude pour vaisselle et toilette, pas de frigo, des murs moisis, une prise électrique détériorée, des grilles à la fenêtre. Les promenades sont enclavées et grillagées. »

Il dénonce une « lenteur abusive » de l’administration pénitentiaire, provoquant des délais de « dix jours pour obtenir un sac de linge arrivant, trois semaines pour une plaque de cuisson, un mois pour un poste radio, et des courriers qui mettent jusqu’à une dizaine de jours pour nous parvenir. » Du côté des parloirs, il critique le « manque d’intimité en parloir collectif, des fouilles abusives et systématiques, et des problèmes informatiques récurrents pour la réservation des familles ».

À Montpellier, Victor a « ressenti la faim ». En prison, la nourriture fournie gratuitement n’est pas suffisante. L’image des détenus « nourris, logés, blanchis » est un leurre. Pour améliorer l’ordinaire, tous les détenus doivent « cantiner », c’est à dire acheter le surplus. Et tout se paie : nourriture supplémentaire, cigarettes, papier toilette, savon, location de télévision, journaux... Il est crucial d’obtenir de l’argent via des « mandats » envoyé par l’entourage, ou en travaillant en détention. « Je m’entendais bien avec mon co-détenu, au début il a cantiné pour moi. Une fois que j’ai eu mes cantinages, j’ai rendu la pareille à d’autres détenus en difficulté. »

Pour Bruno, gilet jaune du Mans, « les conditions n’étaient pas trop mauvaises : il y avait même une douche dans la chambre ». Ce déménageur de 51 ans avait d’abord écopé de trois mois de sursis suite à un feu de poubelle, en janvier 2019. Interpellé à nouveau le 16 février pour « outrage », « rébellion » et jet de canette, il est incarcéré à la prison des Croisettes, un établissement plus récent. « Ce qui est fatigant, c’est la routine. Le réveil, le café, les infos, la promenade du matin, le repas du midi, la télé, la sieste, la promenade de l’après-midi, le repas du soir, etc. Toutes les journées se ressemblent. »

Pour tuer le temps et bénéficier de réductions de peine, Bruno s’est inscrit à certaines des activités proposées en prison : « J’ ai fait l’école des prisonniers, avec des cours d’anglais, de mathématiques, de français et d’histoire-géo. Et aussi des activités avec un groupe musical. » Le compagnon d’Émilie, lui, s’est « inscrit à toutes les activités et au travail. Il a aussi participé à un atelier d’écriture dans le journal de la prison... sauf que le mot « gilet jaune » y était interdit ! »

 

« Quand on sort, si le mouvement continue on sera avec vous ! »

Malgré ces conditions très difficiles, de nombreux gilets jaunes interrogés témoignent du respect exprimé par les autres détenus. « Mon nom c’était le "gilet jaune du B2 rez-de-chaussée", se souvient Victor. Pendant les promenades, certains prisonniers me posaient des questions sur le mouvement. Certains disaient "Quand on sort, si ça continue on sera avec vous !" »

L’ambiance est similaire à Perpignan. « On nous appelait les "prisonniers politiques". La majorité des détenus soutenaient les gilets jaunes. Ils savaient qu’on avait manifesté pour la justice et la dignité, témoigne Abdelaziz. Les prisonniers, majoritairement issus des quartiers populaires, y aspirent aussi. Ils sont souvent incarcérés parce qu’ils ont fait des actions illicites pour obtenir de l’argent et améliorer leur quotidien. »

Parfois, les manifestations de soutien sont allées jusqu’au personnel de la prison. « Une des surveillantes m’appelait "camarade" », se souvient Victor. Abdelaziz est encore plus affirmatif : « Les trois-quarts des gardiens nous soutenaient, et le reste ce sont des fachos. L’un d’entre eux participait même au mouvement au début. » Sourire aux lèvres, Victor évoque même des encouragements, à mots couverts, de la psychologue chargée de son suivi. « Elle a fini par me dire que j’avais raison d’aller aux manifestations. »

 

« Maintenant que l’image de "l’ultra-jaune" s’est imposée, il n’y a plus de bons traitements »

Ce respect diffus des gardiens est pourtant loin d’être généralisé. Dans la prison du sud-ouest de la France où son conjoint est placé en préventive, Émilie* évoque des « surveillants qui font tout pour [le] pousser à un geste de violence pour pouvoir le sanctionner ». Dans le nord de la France, le détenu anonyme dénonce des maltraitances, avec « des surveillants parfois irrespectueux. Certains nous prennent même pour des chiens, d’autres donnent des coups physiques ou verbaux ».

Dans cette même ville, un gilet jaune anonyme d’un collectif local analyse : « Au début il y avait encore des matons pro-mouvement. Mais maintenant l’image de "l’ultra-jaune" s’est imposée, et il n’y a plus de bons traitements : ceux qui sont encore en prison sont particulièrement ciblés. »

L’administration pénitentiaire ne fait aucun cadeau et cherche à saper le moral des gilets jaunes incarcérés. À son arrivée en janvier, Abdelaziz avait rencontré sept autres camarades au quartier des arrivants. Mais les retrouvailles ont été de courte durée. « L’administration nous a divisés dans les différents bâtiments de la prison pour casser les solidarités et éviter qu’on s’organise. À la fin, on ne se croisait plus, sauf par hasard à l’infirmerie. »

Pour résister à l’isolement, le lien avec la famille et les proches est indispensable. Chaque soir, à 21h, Victor avait son rituel, sa « bouffée d’oxygène ». « J’appelais longuement ma femme et mes enfants. C’était mon seul lien avec l’extérieur, à part la télé. Heureusement qu’on avait un téléphone en cellule. » Normalement interdits, ils sont tolérés de fait. « Comme pour le cannabis : c’est comme ça qu’ils achètent la paix sociale entre les murs. »

 

Les familles déstabilisées

À l’extérieur, les familles sont profondément bousculées par l’incarcération, à commencer par les enfants. « Mon plus petit m’a vu partir menotté de la maison à 6h du matin. L’autre a refait pipi au lit pendant que je n’étais pas là », explique Abdelaziz. « À la rentrée, la maîtresse a demandé à mon fils ce que leurs parents faisaient comme métier. Il a répondu : "Mon père est prisonnier politique gilet jaune !" »

En l’absence des prisonniers – surtout des hommes, les femmes se retrouvent en première ligne pour tenir le foyer et assumer les démarches pour les détenus, au risque de l’étranglement financier. « Ma femme a été obligée d’emprunter 3000 euros pour payer le loyer et les factures avec un salaire en moins », explique Victor. Émilie, elle, « dépense toutes ses économies » dans des aller-retours coûteux pour les parloirs, le cantinage et les frais juridiques. « Normalement, on aurait du faire les marchés cet été. On a un énorme manque à gagner. »

Karine, assistante maternelle à Narbonne, « réfléchit à monter un dossier de surendettement ». Son compagnon, Hedi Martin, était un youtubeur influent au début du mouvement. « Il avait lâché son travail pour le mouvement. Il n’en a pas retrouvé depuis. On en a eu pour plus de 5000 euros de frais d’avocat : ça nous a tués. »

Interpellé lui aussi dans le coup de filet autour de l’incendie du péage de Narbonne Sud, Hedi a fait un mois de préventive en janvier 2019, suivi de six mois de bracelet électronique. Dans le viseur des autorités, il avait aussi été condamné en janvier 2019 à 6 mois de prison ferme sans mandat de dépôt, pour avoir relayé un appel à bloquer une raffinerie. Un symbole de la répression ciblée sur les « meneurs » locaux.

 

S’organiser pour soutenir les prisonniers

Mais tous les détenus n’ont pas la chance d’avoir des proches prêts à se mobiliser. Le soutien du mouvement est donc crucial. Candy*, gilet jaune à Saumur, en est l’une des chevilles ouvrières. Après la fin des manifestations dans sa région, cette mère au foyer s’est impliquée dans l’écriture de lettres aux prisonniers. En août dernier, elle a créé le groupe Facebook « Un petit mot, un sourire : où écrire à nos condamnés ». Sans bouger de sa maison, derrière son ordinateur, elle a épluché jour et nuit articles et réseaux sociaux pour retrouver les identités des prisonniers et les diffuser avec l’accord de leurs proches.

De Toulouse à Reims, en passant par Caen, Lyon, Fleury-Mérogis mais aussi Dignes, Bourges, Marseille, Béziers ou encore Grenoble, une cinquantaine d’adresses de prisonniers dans dix-sept prisons ont été collectées. Le groupe, animé par trois modératrices, rassemble plus de 2500 personnes, « dont un noyau actif d’une centaine ».

Chaque semaine, ils écrivent aux prisonniers et publient leurs nouvelles et leurs besoins. « Les gens engagent une correspondance suivie, on ne les lâche pas : c’est le cœur qui parle !, explique Candy. On est devenus comme des parrains et des marraines, en recréant une grande toile de solidarité. »

Les contours de cette toile ont rapidement dépassé la pointe du stylo. « On s’est vite rendus compte qu’il fallait aller plus loin que les lettres. Certaines personnes sont isolées, sans famille. On ne pouvait pas les laisser dans cette situation. À Toulouse, un jeune détenu est resté seul quatre mois, sans visite de sa famille, ni référent pour ouvrir un parloir et l’accès au cantinage. On s’en est occupés. » Certains assurent des cantinages pour les prisonniers que la famille ne peut pas soutenir. D’autres récoltent des vêtements. « Chaque geste compte. Récemment, on s’est organisés pour héberger ceux qui sortent et ont perdu leurs logements. »

 

« Maintenant, il faut mieux informer les gens pour se renforcer »

Au-delà des réseaux sociaux, dans certaines villes le mouvement local s’est fortement mobilisé. « Tous les dimanches matin, j’entendais des bruits de moteurs, de klaxon, de cornes de brume. Les gilets jaunes venaient faire du bruit », se remémore Abdelaziz en souriant. « Je faisais tournoyer mon pull orange fluo par les grilles, pour qu’ils nous voient. » Le gilet jaune a aussi reçu du cantinage.

À Montpellier, Victor se souvient avec émotion des feux d’artifice qui résonnaient au-dessus de l’enceinte les dimanches soirs. « C’était mon moment de gloire. Je sortais un miroir pour voir les explosions par le petit trou de ma fenêtre. Tous les détenus hurlaient, c’était de la folie. » Le groupe anti-répression de Montpellier, « l'Assemblée contre les violences de l'État », s’est largement impliqué dans l’appui financier aux frais juridiques ou l’organisation de petits déjeuners devant les prisons, à l’instar de beaucoup de grandes villes familières de la répression comme Paris ou Toulouse.

À l’inverse, dans d’autres villes la mobilisation a été très limitée. « À Narbonne, la vague d’arrestations pour l’incendie de Croix-Sud a tué le mouvement. Beaucoup ont eu peur. Le reste s’est divisé et ne s’occupait pas des inculpés parce que l’action n’était pas pacifiste. », se souvient Hedi. Karine complète : « Hedi était connu donc il a été privilégié, avec une cagnotte, des rassemblements. Mais il n’y a presque rien eu pour les autres. » En plus de ses longues semaines de travail, Karine a donc créé en juin dernier, avec sa mère et des amies, le « Cool-actif 11 vous soutient », pour soutenir les prisonniers isolés.

« Je regrette qu’on se soit fait avoir par la justice au début du mouvement. On ne connaissait rien à la répression et à la prison. Maintenant il faut mieux informer les gens pour se renforcer. » Peu à peu, leur collectif s’est rapproché de groupes « antirep » (pour anti-répression) expérimentés à Toulouse ou Montpellier. « On veut aller plus loin que l’appui aux incarcérés et promouvoir la défense collective : ne pas faire le tri entre "bons et mauvais manifestants", refuser de parler en garde à vue, se mettre en réseau avec les avocats. » explique l’assistante maternelle. À sa manière, la « famille gilet jaune » se réapproprie la lutte anti-répression.

 

Beaucoup de détenus « isolés, oubliés et démunis de soutien extérieur »

Mais la mobilisation reste cependant faible par rapport à l’ampleur des condamnations. Détenu en préventive pendant six mois à la prison de la Santé, le militant antifasciste Antonin Bernanos évoque, dans une lettre parue en octobre, « beaucoup de gilets jaunes croisés derrière les barreaux, souvent isolés, oubliés et démunis de tout soutien politique extérieur ». « Sur près 400 personnes, on n’a pu contacter que 10% des prisonniers environ », constate Candy.

Karine, de son côté, n’a pas reçu de réponses à toutes ses lettres. « Certains détenus nous ont dit qu’ils ne voulaient plus entendre parler des gilets jaunes en attendant leur jugement. » Notamment le procès-fleuve du péage de Carbone mi-décembre, où comparaissaient 31 prévenus, dont 21 ont écopé de prison ferme, avec deux mandats de dépôts et deux maintiens en détention. Isolés face au système judiciaire, ces détenus ont fait une croix sur le gilet.

C’est aussi le cas d’Hedi, qui avoue avoir « tout arrêté dés que les embrouilles judiciaires ont commencé ». Le débit rapide de ce passionné d’informatique masque une certaine amertume. « Tout ce qu’on avait est allé dans ce mouvement : notre argent, notre voiture, nos meubles. Mais on a raté le coche. Il a fallu revenir à la vie normale. C’est comme une descente : je suis mort intérieurement. »

Le coup dur est venu avec le bracelet électronique imposé de mars à fin novembre après sa détention provisoire. « J’étais en prison à domicile. Mon contrôle judiciaire m’interdisait d’aller sur les rond-points, en manifestation, de sortir du territoire national. J’étais assigné à résidence de 22h à 6h, avec un pointage une fois par semaine, une obligation de travail et de soin. »

Des Gilets jaunes jetés en prison témoignent

 

« Ils te détruisent économiquement, psychologiquement. Beaucoup de couples explosent »

Cette répression « à emporter » l’a conduit à faire une dépression. « J’ai senti l’étau se refermer sur moi. Un psy m’a prescrit un arrêt. Pendant quatre mois et demi je ne suis pas sorti de ma maison. » Comme pour les blessés, les conséquences post-traumatiques de l’incarcération sont insidieuses et s’insinuent partout dans le quotidien, générant repli, amertume, colère. L’entourage et les compagnes sont les premières affectées. « Ils te détruisent économiquement, psychologiquement. Si en plus ils arrivent à casser le niveau familial on perd tout. Beaucoup de couples explosent », explique Karine.

Les nuits de Victor sont hantées par des cauchemars récurrents, peuplés de policiers qui le poursuivent et le perquisitionnent pour un meurtre qu’il ne sait plus s’il a commis. « Je me réveille le matin déboussolé. » Mais pas question de quitter le mouvement, malgré ses huit mois de sursis, deux ans de mise à l’épreuve, son obligation de travail et de suivi. « Je continue d’aller à toutes les manifestations. Toujours en première ligne, mais les mains dans les poches et à visage découvert ! Je ne peux pas lâcher le mouvement, après toute cette solidarité qu’il y a eu autour de moi. » Abdelaziz, lui, y va « un samedi sur deux, au plus loin des policiers. »

En plus de son incarcération, Bruno a écopé d’une peine d’interdiction de manifester de deux ans sur le territoire national. Une peine complémentaire qui, depuis le passage de la loi « anti-casseurs » en avril 2019, tend à se généraliser dans les condamnations pour « violences » ou « dégradations ». Il a donc littéralement arrêté de marcher dans les cortèges du samedi. Pas plus, pas moins. « Je reste 300 m plus loin, devant ou derrière en faisant très attention, mais je suis là. Je vais partout où je peux aller, aux piques-niques, aux assemblées populaires, aux tractages sur les marchés. » Il s’est aussi impliqué dans la « coordination anti-répression » du Mans.

 

« Le système ne sait plus comment contenir la colère sociale. Jusqu’au jour où ça explosera encore plus fort »

L’incarcération a profondément marqué les gilets jaunes interrogés. Tous ont changé de regard sur la prison. « Je croyais que c’était la guerre, que seuls les mauvais y allaient. Mes proches ont cru que j’allais me faire violer ou mourir. Mais j’ai surtout réalisé les conditions honteuses », explique Victor. Les rencontres entre les mondes, entamées sur les rond-points, se sont poursuivies entre quatre murs. « André, incarcéré avec moi, votait RN », confie Abdelaziz. « Maintenant c’est fini. Il a changé de regard sur les détenus, qui sont surtout des personnes racisées issues des quartiers populaires. Ce sont des gens comme tout le monde. »

Grâce au soutien sans failles de ses proches et du mouvement, la détermination de Victor est restée intacte. « Tous n’ont pas eu cette chance mais j’en suis sorti plus fort. Ils m’ont mis en prison pour me détruire, ça a produit l’inverse : j’ai encore plus ouvert les yeux. Le système ne sait plus comment faire pour contenir la colère sociale, alors il enferme même des gens avec un profil "intégré". Jusqu’au jour où ça explosera encore plus fort. » Le gilet jaune ne regrette en aucun cas le geste qui a provoqué son arrestation. « J’en ai assumé les conséquences. J’ai encore la rage : pour l’instant, on n’a rien gagné. »

*Ces prénoms ont été modifiésRetour ligne automatique

 

3 000 condamnations prononcées, 1 000 peines de prison ferme.
 

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17 janvier 2020 5 17 /01 /janvier /2020 06:18

 

 

La réponse n’est pas simple, et je ne prétends pas la donner ici. Le problème est que si le banquier éborgneur sait comment traiter des manifestants qui usent de leurs droits démocratiques – on éborgne et on arrache les mains – il n’a pas de politique claire et ferme concernant des assassins en bande qui ont causé des centaines de morts, entre autre sur le sol français.

 

En gros, on a entendu trois sons de cloche :

 

  • ils doivent être jugés au Proche-Orient
  • on les rapatrie tous pour les juger en France
  • on rapatrie et on juge au cas par cas, les femmes et les enfants en particulier.

 

Cela ne constitue pas une politique mais un encouragement à toujours plus semer la haine et la violence aveugles.

 

Si l’on a bien compris, la Gardienne (soyons politiquement correct) des Sceaux Nicole Belloubet est favorable au rapatriement de 200 adultes djihadistes et de 300 enfants et mères, emprisonnés principalement dans des prisons kurdes. L’argument de Belloubet – que l’on peut entendre – est qu’il est difficile d’organiser un procès équitable dans un pays particulièrement instable. On lui opposera qu’il est difficile de juger en France sans pouvoir convoquer des témoins adéquats, et surtout de les faire témoigner dans la sérénité.

 

Le ministre Le Drian (Affaires étrangères) a récemment soutenu que la position officielle de la France était que les djihadistes devaient être jugés sur place. Position contraire de celle de Belloubet. On peut se demander si l’implicite de la pensée ledrianesque est que les djihadistes français, ayant renié la France et l'ayant attaqué violemment en devenant ses ennemis, n’ont plus rien de français.

 

On sait bien qu’un djihadiste bénéficiera en France d’une justice plus clémente qu’en Irak. Tout récemment, Flavien Moreau, condamné à 7 ans de prison en 2014, a été libéré après 5 ans. Il a expliqué qu’il voulait “ planter ” des surveillants de prison. On peut avoir des doutes sur sa déradicalisation. Si Moreau a bénéficié d’une peine aussi légère, c’est qu’il n’a pas été condamné pour intelligence avec l’ennemi, ni même pour terrorisme.

 

La justice française frappe parfois fort, comme dans le cas de Moussa Coulibaly (30 ans de réclusion criminelle) pour avoir tenté d’assassiner trois militaires. Mais la plupart du temps, on la sent désarmée, pataugeante, aléatoire. Le poseur de bombes Lahcen Zligui a été condamné à 12 ans, alors que le parquet avait requis 18 ans avec période de sûreté. Chemsedine Dinar, combattant de l’EI et membre de sa police religieuse, a été condamné à 11 ans de réclusion criminelle sans période de sûreté, alors que le Parquet avait requis 17 ans. Originaires des quartiers populaires de Toulouse, Mounir Quantum et Rodrigue Diawara ont vu leur peine réduite à 10 ans en appel, contre 15 ans précédemment. Les magistrats ont apprécié la « sincérité » de leurs regrets. Comme en première instance, vingt ans de réclusion criminelle avaient été requis.

 

Bref, comment juger en France des actes commis dans des pays aussi lointains et opaques ? Les femmes des djihadistes n’ont prétendument fait que de la cuisine alors que certaines d’entre elles étaient encore plus fanatiques que leurs maris qui, eux, affirment avoir été de simples chauffeurs ou infirmiers. Quant aux enfants, on en a vu quelques-uns, très jeunes, égorger des prisonniers.

 

Peut-on déchoir de leur nationalité ces terroristes qui haïssent notre pays et se sont battus contre lui ? C’est possible dans le cas de menées terroristes (article 25 du Code civil) à la condition expresse de ne pas créer des apatrides. Cette mesure serait envisageable pour ceux qui possèdent une autre nationalité mais pas pour des nationaux intégraux. La convention des Nations Unies du 30 août 1961 stipule qu’un État peut déchoir de sa nationalité un individu « qui a eu un comportement de nature à porter un préjudice grave aux intérêts essentiels de l'État »Ces dernières années, un seul binational français a été déchu de sa nationalité, mais pas pour une affaire de terrorisme !

 

Que faire ?

 

 

Que faire de “ nos ” djihadistes ?
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13 janvier 2020 1 13 /01 /janvier /2020 06:21

Aujourd'hui, spécial retraites

 

Sur le site du Grand Soir, Angel Rossi, qui milite à la CGT depuis 55 ans, s’étonne que les syndicats – le sien y compris – ne défendent pas cette analyse frappée au coin du bon sens : Les retraites appartiennent aux travailleurs !

 

De quel droit l’État s’arroge-t-il la mainmise sur les retraites, parties intégrantes de la Sécurité sociale ?

 

À l’origine, en 1945, la Sécurité sociale est issue du Conseil National de la Résistance. Sa mise en œuvre a été conduite par le ministre du travail Ambroise Croizat avec l’aide de nombreux militants, bénévoles, de la CGT. Ambroise Croizat ne voulait pas d’un financement par l’impôt qui présentait un danger d’accaparement de l’organisme par l’État. Il avait vu juste. Par la suite, les principes constitutifs ont été fragilisés par une prise en main de l’État : le décret du 12 mai 1960 a accru les pouvoirs de la direction, et les quatre ordonnances du 21 août 1967 établirent le paritarisme dans les conseils d’administration, mettant fin à la démocratie sociale. La politique s’est emparée de la gestion de la sécurité sociale au détriment de la gestion démocratique par les travailleurs.

Cette étatisation s’est faite aussi par la fiscalisation, notamment par la création de la CSG le 1er janvier 1991 par Michel Rocard (dont le taux était à l’origine de 1,3%), ensuite finalisée par le plan Juppé en 1996.

 

Toujours sur le site du Grand Soir, Anaïs Henneguelle récapitule les idées reçues véhiculées par la classe politique et les médias dominants, toujours à propos des retraites : 

 

1 – « Il n’y a pas de perdants à la réforme »

2 – « Le système n’est pas viable financièrement : il faut réformer »

3 - « L’espérance de vie augmente et il faut en profiter »

4 – « Il faut un âge d’équilibre à 64 ans »

5 – « Il faut sanctuariser la part des retraites dans le PIB à 14 % »

6 – « On conserve un système par répartition »

7 – « Il faut en finir avec les régimes spéciaux »

8 – « La réforme permet de protéger les droits des plus faibles »

9 – « Le nouveau système bénéficiera aux femmes et aux familles »

10 – « Les hauts salaires contribuent plus dans le nouveau système »

11 – « Le nouveau système sera plus lisible »

12 – « Le Président a annoncé cette réforme durant sa campagne présidentielle »

 

 

Sur le site Regards.fr, Agathe, co-porte-parole du collectif “ Nos retraites ” rappelle brièvement ce que signifie la retraite par points : « Cela va nous faire passer d’un système à prestations définies, c’est-à-dire que je connais la prestation dont je vais bénéficier quand je vais arriver à la retraite (un système qui permet aux gens d’être sécurisés sur leur avenir de retraités), à un système par cotisations définies. On saura combien on cotise mais pas combien on touchera une fois à la retraite car cela variera en fonction de critères donnés par le gouvernement, à savoir l’espérance de vie d’une génération, l’argent que l’on met dans le système. » Agathe explique par ailleurs le profond changement sociétal que la contre-forme induirait : « Se poser la question de son avenir ou celui de ses enfants, c’est aussi se poser la question des relations sociales que l’on va avoir entre nous. Si je n’ai pas de retraite stable à l’avenir, ça va changer complètement la relation que j’ai avec mes frères et sœurs, mes parents ou mes enfants parce qu’il faudra que j’essaie de trouver des moyens de subvenir à mes besoins quand je ne pourrai plus travailler. »

 

 

 

 

 

Revue de presse (304)
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12 janvier 2020 7 12 /01 /janvier /2020 06:22

 

 

Ce document est terrifiant. L’action aurait pu être filmée dans le Chili de Pinochet ou dans le Pays basque de Franco. Il est passé en boucle sur des centaines de supports (pas dans le JT de la servante du Palais Lacarrau). Il faut se le remettre en mémoire et ne jamais l’oublier.

 

Á gauche de l’image, une cohorte de flics dont – on le verra – certains ne portant aucun signe distinctif, ne sont pas identifiables. Un peu comme au temps des polices parallèles dans la Pologne communiste. Á droite, à au moins cinquante mètres un groupe de manifestants qui marchent dans la même direction que les flics, sans avoir nullement envie de les affronter. Les manifestants, sans aucune arme (pas même la canne du grand-père), contrairement aux brutes policières surarmées, ne représentent aucun danger.

 

Soudain, j’imagine sans qu’un ordre lui ait été donné, un nervi obéit à une pulsion d’animal sauvage (pardon, les animaux sauvages) et décide d’aller casser du manifestant. Il attaque une jeune femme de dos (un jour ses enfants connaîtront sa lâcheté, si ce n’est déjà fait) et lui flanque un très violent coup de matraque sur la tête. La personne s’effondre.

 

Dans ce type de situation, le devoir des autres flics est de porter secours à la personne blessée. Pas sous le régime du banquier éborgneur et du client des tripots du sud-est de la France. Les flics enjambent la personne et continuent leur sale besogne. Ils sont alors aidés par des supplétifs sans uniforme et sans le RIO qui permet d’identifier leur appartenance à la police. La personne blessée est secourue par des manifestants.

 

Par miracle, une enquête aura lieu. Mais la Justice donnera raison au flic violenteur, précisant même que le lâche avait été « contraint de charger ».

 

Apparemment, il n’y a pas eu de suite médicale pour cette pauvre femme.

 

Apparemment, car cet épisode et bien d’autres du même type m’ont rappelé un souvenir d’enfance. J’avais huit ans. Un de mes meilleurs camarades de classe était en promenade avec ses parents dans une 2 CV toute neuve. En ville, à 30 à l’heure, son père voit avec une fraction de seconde de retard que la voiture les précédant vient de freiner brutalement. Un choc s’ensuit. Pas bien méchant. L’avant de la voiture en a pris un coup, mais personne n’est blessé.

 

Deux mois plus tard, mon camarade s’endort pour un coma de six semaines. Il meurt sans avoir repris connaissance. Sa tête avait heurté la barre de fer de la banquette avant. On l’avait plaisanté sur sa grosse bosse au front…

 

 

Police et Justice aux ordres, plus un souvenir d’enfance
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