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22 novembre 2019 5 22 /11 /novembre /2019 06:25

 

 

Dans le monde de 1984, on est (et naît) coupable. En d’autres termes, l’essence précède l’existence. Dans ce monde, on ne parvient pas à se situer dans l’espace-temps. Ainsi les horloges sonnent-elles treize heures (voir mon article “ Espace-temps et langage dans 1984, Poitiers, La Licorne n° 28, 1994).

 

Dans la French start-up du banquier éborgneur, il en va de même. Comme un radar n’est pas un radar mais beaucoup plus qu’un radar, on ne sait pas si on est coupable ou innocent, donc on est coupable même et surtout si on se sent innocent.

 

Le gouvernement du banquier va faire voter par le parlement 190 millions d'euros de dépenses pour un nouveau plan de radars pour verbaliser massivement et traîtreusement. 

 

Les radars fixes actuels vont être remplacés par des “ radars tourelles ” qui flashent 100 mètres devant – avant même qu'on soit conscient de leur existence– et 100 mètres derrière, sur 6 voies en même temps et qui pourront traquer les infractions jusqu'à l'intérieur des voitures.

 

Ces radars seront déplaçables sans préavis. Les flashs de ces radars seront invisibles.

 

Le banquier veut par ailleurs déployer des voitures-radars banalisées, qui nous traqueront jour et nuit dans quatre régions de plus. Ces régions sont gardées secrètes.

 

L’important est que tous les conducteurs sans exception soient constamment en alerte et coupables.

 

Rappelons ces statistiques banales et tellement simples à interpréter : décembre 2015, 2016, 2017, avec les radars fonctionnant normalement, 311 morts en moyenne sur les routes. Décembre 2018, avec 60 % des radars hors service, seulement 292 morts sur les routes. Depuis, la mortalité routière est stable, alors que de nombreux de radars sont toujours hors service.

 

 

Des radars orwelliens
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21 novembre 2019 4 21 /11 /novembre /2019 06:20

 

 

C’est plutôt compliqué et, surtout, totalement logique. Je ne l’avais jamais fait mais, comme il y a un début à tout, j’ai contourné une longue file d’attente en utilisant un automate.

 

Mettons que mon numéro de compte soit 0444444W037 59, et que ce compte soit géré par le centre financier de Bordeaux. Fort benoîtement, je tape à l’écran “ Bordeaux ”, et j’entre “ 0484444W037 ” en supputant que mon nouvel ami automate – j'ai l'art de me faire des amis – n’a pas besoin de la clé RIB (59).

 

Kolossale erreur. Le 037 correspond à Toulouse. Donc, autant rentrer chez moi, jamais je ne pourrai déposer le chèque.

 

D’autant que, pour entrer le numéro, il ne faut surtout pas taper “ 0444444W037 ”. Oui, mais, comment aurais-je pu le savoir ?

 

La file derrière moi s’allongeait inexorablement. Je hélai un employé en lui demandant de venir m’aider. Il me dit qu’il était un peu débordé. Je lui répondis que, étant retraité, j’étais près à passer trois heures devant l’automate (le seul de ce bureau habilité à recevoir des chèques) et à laisser s’allonger la file jusque sur le trottoir.

 

L’employé répondit alors favorablement à ma requête. Il me dit tout d’abord qu’il fallait oublier la mention “ Bordeaux ”. Seule celle de Toulouse (037) comptait. Puis il ajouta : « c’est simple : vous tapez 037 puis 0444444 et vous terminez par W.

 

« Comment voulez-vous qu’on puise deviner une chose pareille ? » lui demandai-je. Même en y passant trois jours, c’est pire que le plus difficile des Sudoku.

 

Derrière moi, une cliente qui commençait à trouver le temps long se mit à râler. « Mais, chère Madame », lui dis-je pour l’énerver encore plus, « c’est toute la différence qu’il y a entre une entreprise privée (La Banque Postale) et un service public (les CCP). Dans une entreprise privée, les employés, pardon, les collaborateurs, ne sont pas assez nombreux, sont multi-tâches, courent dans tous les sens et les usagers, pardon, les clients, se débrouillent comme ils peuvent. Dans un service vraiment public, les fonctionnaires sont en nombre suffisant et les usagers n’errent pas comme des âmes en peine entre une grosse boîte et des employés intérimaires fraîchement recrutés qui possèdent le tiers du quart d’une parcelle de savoir. »

 

Déposer un chèque à la Banque Postale
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19 novembre 2019 2 19 /11 /novembre /2019 06:23
 

 

LA POLICE PEUT-ELLE ENCORE ETRE REPUBLICAINE ?

 

 

 
 
« Ce n’est pas du maintien de l’ordre, mais un règlement de compte »

Le 25 octobre, des membres de l’Observatoire des pratiques policières (OPP) toulousain ainsi que la Ligue des droits de l’Homme et le Syndicat des avocats de France ont porté plainte pour violences et injures policières. Reportage.

 

« C’était ma première manif en tant qu’observateur, un policier a craché à mes pieds. Voilà ce que j’en fais de vos droits de l’homme, il m’a dit. » Ça n’avait pas suffi à lui faire quitter les manifs, à Pierre Bernat, et il était revenu, encore et encore. Jusqu’au 29 septembre, acte 46 des gilets jaunes où une charge policière lui vaut un côte fêlée, ou pas. « Les médecins m’ont dit que le problèmes avec les cotes, c’est que les radios ne permettent pas de voir grand chose, mais j’ai eu sacrément mal. »

 

Posté devant le Tribunal de Grande instance de Toulouse, ce vendredi 25 octobre, il fait partie des cinq observateurs violentés ce jour-là venus déposer plainte. A leurs côtés, la Ligue des Droits de L’Homme (LDH) et le Syndicats des Avocats de France (SAF) sont eux aussi plaignants. Claude Bernhardt portait son gilet jaune et bleu ainsi que son casque d’observateur ce jour-là. Il se souvient : « Ils ont fait des sommations et ont chargé directement, il faut savoir qu’on est toujours sur les côtés, sur les trottoirs pas dans les cortèges, pour ne pas gêner. Malgré ça on est attaqués. » La scène est filmée par un journaliste de RT France, lui aussi victime de coups de matraque.

 

« On accuse la police de violences en réunion avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique et injure publiques », résume Pascal Nakache, leur avocat. « Un des policiers a clairement dit : «Vous nous pétez les couilles la LDH, précise-t-il, ce qui s’est passé ce n’est pas du maintien de l’ordre mais un règlement de compte ». La procédure sera longue, il y a 8 mois un autre membre de l’Observatoire Toulousain avait été victime d’un jet de projectile en pleine tête, il s’estime visé par les forces de l’ordre et a porté plainte. « A l’heure actuelle, nous n’avons pas de nouvelles du tribunal concernant cette affaire », conclut Pascal Nakache.

 

Règlement de compte

 

A Toulouse, l’Observatoire des Pratiques Policières écume les manifestations gilets jaunes depuis près d’un an. Si son existence est bien antérieure à l’apparition du mouvement, son travail a changé depuis que les manifs ont lieu tous les samedis et qu’elle y sont dispersées dans le gaz. Constitué de membres du Syndicat des Avocats de France, de la Ligue des Droits de L’homme et de la Fondation Copernic, il avait rendu en avril 2018 un rapport relevant un grand nombre de dérives dans l’exercice du maintien de l’ordre.

 

 

« Depuis le rapport, l’attitude des forces de l’ordre à notre égard ne s’est pas arrangée, au contraire », euphémise Claude Bernhardt. Pierre Bernat et ses cotes meurtries trouvent quand même la force de nuancer : « Le rapport ? Pendant une manif j’ai parlé avec un membre de la Bac qui m’a dit qu’il l’avait lu et trouvé intéressant. Il y des policiers qui sont républicains. Mais ce que j’ai observé c’est surtout qu’il y a beaucoup de suivisme chez eux, quand il y en a un fait une bavure, les autres regardent, personne ne vient jamais l’arrêter. » On leur demande si, selon eux, la police les considère comme des ennemis, la réponse est unanime. « Oui ».

 

Mais les observateurs, eux, sont-ils contre les policiers ? « Absolument pas, nous militons pour que le droit soit respecté chez les policiers comme chez les manifestants, le rapport rendu par l’OPP toulousain le montre bien. Nous dénonçons toutes les violences. Aujourd’hui les dérives du maintien de l’ordre ne sont pas imputables aux seuls policiers, ce sont les responsables politiques qui dégradent sans cesse leurs conditions de travail et les poussent à bout qu’il faut mettre en cause », se défend Malik Salemkour, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, qui a fait le déplacement jusqu’à Toulouse pour le dépôt de plainte.

 

Il rencontrera d’ailleurs la ministre de la Justice Nicole Belloubet le lendemain, pour discuter, entre autres, des problèmes auxquels sont confrontés les observateurs. Car le cas Toulousain n’est pas isolé. A Montpellier, Camille Halut, membre de la LDH et observatrice, est elle aussi trainée devant les tribunaux pour « entrave à la circulation », après avoir eu de multiples démêlés avec les forces de l’ordre. En attendant que la providentielle rencontre avec la garde des Sceaux aboutisse à des mesures concrètes assurant la protection des observateurs en manifs, ils et elles continueront de les sillonner. Plus que jamais conscients des risques qu’ils encourent.

 

 

Source

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16 novembre 2019 6 16 /11 /novembre /2019 06:21

 

Je reprends ici de larges extraits d'un article d'Évariste publié par le site Res Publica

 

Du jamais vu ! Plusieurs responsables du PCF, de la France insoumise, de la CGT, des Verts (même si certains ont depuis exprimé des réserves sur leur participation), signataires de l’appel pour la manifestation du 10 novembre 2019 « contre l’islamophobie » s’allient avec des prédicateurs intégristes) ! Cette gauche-là s’unifie en se tirant une balle dans le pied.

 

C’est une victoire pour les indigénistes et les communautaristes que de diviser les forces de transformation sociale et politique avec un texte) qui contient des propositions inacceptables, par exemple suggérer que l’islamophobie ferait des musulmans « des terroristes potentiels ou des ennemis de l’intérieur ».

 

Cette tribune dénonce aussi des « projets ou des lois liberticides » vis-à-vis des musulmans (lesquelles ? Sauf à considérer les lois laïques comme le font les indigénistes !) Nous considérons qu’il y a du racisme anti-musulman en France mais pas de racisme d’État. Quels sont les signataires qui accepteraient un débat à ce sujet ? Nous considérons qu’il y a un racisme anti-musulman à combattre en France et que l’utilisation « racisme anti-musulman » est clairement à mettre en avant alors que l’utilisation du mot «islamophobie » mis dans le débat par la confrérie intégriste des Frères musulmans a comme fonction d’empêcher la liberté de conscience, celle de penser ce que l’on veut de toute idée, toute philosophie, toute religion et de l’exprimer. Pour résumer, nous étions d’accord avec Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il disait le 21 novembre 2015, après les attentats du Bataclan : « Je conteste le terme d’islamophobie quoique je le comprenne… Moi, je défends l’idée qu’on a le droit de ne pas aimer l’islam, on a le droit de ne pas aimer la religion catholique et que cela fait partie de nos libertés… ». Nous étions d’accord avec Eric Coquerel quand il disait en 2015 que la FI ne pouvait pas apparaître avec des signatures de l’islam politique antiféministe et antilaïque. Sur ces deux sujets, comme sur d’autres, ils prennent la position contraire en 2019.

 

Pour comprendre comment le courant indigéniste et communautariste comprend la séquence, il faut voir comment Houria Bouteldja justifie que le PIR n’apparaisse pas dans les signataires de l’appel à manifester.

 

Vous noterez que ceux qui seront là le 10 novembre mais pas le 8 décembre (une marche d’un collectif de mamans de Mantes-la-Jolie) seront considérés comme ceux qui « sabotent le mouvement ». Quand les responsables syndicaux et politiques qui se sont mis à leur remorque comprendront-ils la stratégie des indigénistes ?

 

Que des éléments représentatifs d’une partie de la gauche de transformation sociale, pour la première fois, se rangent derrière ce centre politique ouvertement antilaïque et antirépublicain pourrait avoir comme conséquence, vu l’attachement des Français à la laïcité, une « italianisation » de la vie politique française» (un processus d’élimination de la gauche institutionnelle par des directions coupées des aspirations du peuple et surtout de ses couches populaires. Ne pas oublier que l’Italie a eu le plus important PC de l’Europe de l’Ouest et que du temps de Berlinguer, le PCI avait dépassé lors d’une élection la démocratie chrétienne). Et là, la révolution citoyenne serait renvoyée aux calendes grecques !

 

La laïcité progresse dans les pays arabo-musulmans et recule en France

 

Toutes les contestations de masse dans les pays arabes et/ou musulmans ont une forte connotation laïque avec une globalisation des combats très importante. Au Liban et en Irak, l’énorme mouvement social suscite la formation de nouvelles organisations qui condamnent le faible niveau social de la grande masse des salariés en général et des couches populaires en particulier, la communautarisation confessionnelle de la société, la corruption des élites politiques et leurs soumissions à des puissances politiques extérieures.

 

Le recul de la laïcité dans le pays qui a inventé ce principe d’organisation sociale qui donne le plus haut niveau de liberté pour tous, quel paradoxe ! 

 

La gauche à la dérive ?
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14 novembre 2019 4 14 /11 /novembre /2019 05:45
Ci-dessous un article (“ Le jour où l'Islamisme européen menacera l'Afrique du Nord et le monde arabe !”) publié par Amin Zaoui dans le journal Liberté.
 

Ce jour-là n’est pas aussi lointain que vous l’imaginez ! C’est le compte à rebours ! Ce jour-là ne tarda pas à frapper à nos portes pour nous annoncer une autre terreur, une autre sauvagerie religieuse !  Aujourd’hui en Europe, tous les ingrédients politiques et socioculturels sont réunis pour que l’islamisme européen prenne le dessus, saisisse sa férocité. D’abord à cause du laxisme et de l’indifférence avec lesquels les intellectuels rationalistes européens regardent leur islamisme.

 

Les méthodes  angéliques avec lesquelles ils établissent leurs analyses.  L’islamisme grignote l’Europe morceau par morceau, secteur par secteur ! Puis, les biens de la démocratie dont jouissent les islamistes européens en tant que citoyens, et tant mieux, mais ces derniers n’ont jamais cru, et ne croient point en les valeurs de la démocratie. Aux yeux des islamistes, qu’importe la nationalité affichée, la démocratie est incompatible avec les principes de l’islam. Elle est une sorte d’hérésie qofr. Pour eux, la démocratie est un moyen pour grimper l’échelle, et une fois en haut, ils tirent sur la démocratie et les démocrates.  

 

Et puis les biens des droits de l’homme, fruit d’un long combat humain universel, abolir l’esclavage, combattre le racisme, éradiquer la haine religieuse et ethnique, défendre l’égalité entre les femmes et les hommes, assurer les droits d’enfants, garantir la liberté individuelle à tous les êtres humains, qu’importe leur orientation sexuelle, leurs confessions religieuses, leurs langues, mais toutes ces valeurs, aux yeux des islamistes européens, sont un égarement du chemin de leur Dieu. Fourvoiement ! Tous les biens acquis de l’humanité, à savoir la démocratie, la laïcité et les droits de l’homme, il faut les remplacer par la charia, ne cessent de hurler les islamistes européens.

 

Aujourd’hui, en Europe, les femmes sont de plus en plus voilées. De plus en plus agressées par des discours religieux à cause de leurs choix vestimentaires. Les harcèlements à caractère religieux des femmes en plein jour, à Paris, à Bruxelles, à Berlin… La liberté individuelle recule. L’accès à quelques cafés est déjà interdit aux femmes, cela se passe à Paris et non pas à Riyad. Après la violation des principes de l’école républicaine, les islamistes occupent des postes au sein des institutions sensibles, celles chargées de la recherche ou de la sécurité (l’attentat de la préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019).

 

Les magasins hallal sont de plus en plus visibles. Dans les écoles, une séparation idéologique entre les enfants s’impose à cause d’un menu ! Les guerres des petits télécommandées par les grands ! Les élus, quelques maires français, vendent âme et conscience afin de sauvegarder leur poste. Un chantage électoral imposé par les islamistes européens aux maires : construire une mosquée contre trois mandats successifs assurés ! La gauche traditionnelle européenne use d’un discours flou dès qu’il s’agit de l’islamisme.

 

Peu de débats philosophiques, voire rien, beaucoup de bavardages médiatiques et politicards sur les écrans et sur les réseaux sociaux ! L’extrême droite profite de ce phénomène afin d’instaurer un climat de peur et de chaos sociétal. Un fonds de commerce politique juteux pour les deux partis : l’islamisme et l’extrême droite. Le premier s’installe dans le rôle de l’agressé par l’étranger et le deuxième joue le rôle de la victime. Les décideurs européens ont peur de décider, dès qu’il s’agit de l’islamisme ! À l’heure où les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se libèrent difficilement de leur tragédie islamiste vécue dans le sang, la société européenne s’engouffre dans son islamisme.

 

Les citoyens européens d’origine musulmane, et à l’occasion de tous les rendez-vous électoraux dans leur pays d’origine, votent en majorité pour  les partis islamistes. Les Tunisiens pour le parti Ennahda de Rached Ghannouchi, les Marocains votent PJD, Parti de la justice et du développement, de Saâdeddine El Othmani, les Turcs votent pour le Parti de la justice et du développement d’Erdogan, les Égyptiens votent pour le parti des Frères musulmans !

 

Aujourd’hui, après une amère expérience faite dans la destruction, les pays d’Afrique du Nord se réveillent avec l’espoir de se libérer de la horde islamique. Mais de l’autre côté, les enfants originaires de ce même espace géoculturel et géo-religieux installés en Europe depuis au moins quatre générations, se radicalisent. Ils ne feront pas mal uniquement à l’Europe, mais aussi à leur pays d’origine. 

 

Au moment où, ici au Maghreb, les femmes mènent une lutte acharnée afin de se libérer du machisme sexiste religieux et de l’asservissement  symbolisé, entre autres, par le port du voile imposé, de l’autre côté, les femmes européennes d’origine musulmane, victimes ou poussées par une idéologie islamiste masculine, reviennent au port du voile ! 

 

Le voile religieux n’est pas un choix personnel, mais un engagement communautaire. L’islamophobie, dont l’origine idéologique est un acte raciste perpétré contre l’islam, condamnée par toutes les lumières intellectuelles, est, aujourd’hui, détournée de son sens original. L’islamophobie est utilisée par les islamistes européens, incarnant le rôle de la victime, comme un pare-choc, afin de faire face à toute critique condamnant l’islam communautaire.

 

L'islamisme en France vu depuis l'Algérie
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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 06:15

 

Dans une république comme la République française, la nation est une construction sociale, politique et historique. Ce n’est pas, contrairement à ce que tend à devenir le Royaume-Uni et à ce que veulent nous imposer la finance internationale, des gens proches de Mélenchon ou encore Rokhaya Diallo,  une communauté d’ethnies.

 

Cette forte parole pour “ décrypter ”, comme disent nos journalistes neuneux, un fait divers récent qui a agité une petite ville du nord du Devon en Angleterre. Il s’agit de Bideford, où je suis passé il y a une bonne cinquantaine d’années, à une époque où la population était à 99% britannique. Aujourd’hui, ce pourcentage doit avoir diminué, mais pas sensiblement. Bideford est une ville de classes moyennes et moyennes supérieures. La bourgeoisie établie, autrement dit. Elle est la patrie de Charles Kingsley, un romancier célèbre du XIXe siècle. Ses 17 000 habitants y coulent des jours heureux.

 

Trop heureux pour que ça dure. Depuis des dizaines d’années, Bideford est surnommée “ La petite ville blanche ” (“ The Little White City ”), non en référence à la couleur de la peau de l’écrasante majorité de la population, mais parce qu’une forte proportion de ses habitations sont blanches.

 

Dans un pays ethnique qui consomme du politiquement correct plus souvent que de l’agneau à la sauce menthe, il fallait que ça change. Après en avoir longuement délibéré, le conseil municipal, vota l’effacement de la honteuse mention  “ Little White Town ” des panneaux de signalisation. Le conseiller McGeough rédigea la motion suivante : « Suite à de nombreuses plaintes de paroissiens [que pensent les musulmans de l'utilisation du terme “ paroissien ” et non pas “ concitoyen ” ?] je suggère la suppression des mots “ Petite ville blanche ” de tous les panneaux situés dans la ville et aux entrées de la ville. La formulation “ Petite ville blanche ” peut être prise pour une insulte raciste et n’est pas politiquement correcte. Si cette suppression n’était pas entreprise, le conseil municipal pourrait être qualifié de suprémaciste raciste blanc. »

 

Les débats furent houleux, l’un des conseillers déclarant par exemple, que le politiquement correct versait dans la folie. Un conseiller demanda s’il fallait rebaptiser les anciennes mines d’anthracite locales Bideford Black du nom de Bideford Slightly Dark (légèrement sombre).

 

Un compromis, un peu ridicule, fut trouvé : on dirait désormais “ Charles Kingsley’s Little White Town ”.

 

Un compromis très boiteux qui n’allait pas selon moi au bout du goût de la connerie. J’aurais préféré : “Chauvinist White Dead Charles Kingley’s Vertically Challenged Caucasian Town ”.

 

Qu’en pensent les paroissiens de cette ville de l’Indre dénommée – provisoirement j’espère – Le Blanc ?

 

 

La petite ville blanche
La petite ville blanche
La petite ville blanche
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7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 06:21
 

 

 

Qu'on le veuille ou non, la question de l'immigration dans notre pays – légale ou illégale – n'est pas près d'être résolue. Le site Réveil Communiste publie fort à propos la lettre que Georges Marchais adressait en juin 1981 au recteur de la mosquée de Paris. Elle exprimait longuement l'opinion des communistes sur cette question déjà brûlante.

 

 

 

Chapeau rédigé par le site "Eole" en 2011

Un certain nombre de sites à tendance réactionnaire ou nationaliste se complaisent à publier des extraits d'une lettre que Georges Marchais, alors candidat à la présidentielle du Parti Communiste Français (PCF), a adressé le 6 juin 1981 au recteur de la Mosquée de Paris. Ce dernier avait protesté contre la destruction d'un foyer de travailleurs maliens par le maire — communiste — de Vitry-sur-Seine, Paul Mercieca. Dans sa lettre, Georges Marchais prenait la défense de son camarade et dressait un réquisitoire contre l'immigration... mais pas de la façon suggérée par les sites en question, qui profitent malhonnêtement du double sens qu'on peut donner à des écrits tronqués. La lecture de la lettre originale, telle que publiée dans l'Humanité, permet de comprendre le propos de Georges Marchais et de se faire sa propre opinion à son égard. La voilà retranscrite d'après l'article, daté du 7 juin 1981. 

 

 

Monsieur le Recteur,

Vous m'avez envoyé un télégramme me demandant de condamner le maire communiste de Vitry et mettant en cause la politique de mon parti sur l'immigration. Ce message a été rendu public avant même que j'aie pu en prendre connaissance. C'est pourquoi je vous adresse cette lettre ouverte.

Tenant compte de la charge que vous occupez, je tiens d'abord à vous confirmer ma position, celle de mon parti, sur la religion. Je respecte, nous respectons la religion musulmane à l'égal de toutes les autres. Je sais que des centaines de milliers de travailleurs de mon pays professent l'Islam, qui est d'une des branches vivantes sur l'arbre millénaire de la civilisation.

Je me fais une règle de ne jamais intervenir dans des questions religieuses qui relèvent de la seule conscience des personnes ou des communautés. C'est donc seulement parce que vous avez adopté une position politique sur une question qui nous concerne que je prends la liberté de vous envoyer aujourd'hui, cette mise au point.

L'idéal communiste est effectivement opposé, comme vous voulez bien le reconnaître, à toute discrimination raciale ou religieuse.

Nous pensons que tous les travailleurs sont frères, indépendamment du pays où ils sont nés, de la couleur de leur peau, des croyances, de la culture, des valeurs ou des coutumes auxquelles ils sont attachés. Qu'ils s'appellent Mohamed, Kemal ou Jacques, Moussa, Mody ou Pierre, tous ont un droit égal à la vie, à la dignité, à la liberté. Nous nous appliquons à nous-mêmes cette loi d'égalité. Tous les travailleurs immigrés, musulmans ou non, membres du Parti communiste français, ont dans ce parti les mêmes droits et mêmes devoirs que leurs camarades français.

Nul plus que nous en France n'a combattu le colonialisme. Pour ne parler que du Maghreb, dès la fondation de notre parti, nous luttions contre la guerre du Rif. Et, plus récemment, nous avons milité pour la constitution du Maroc et de la Tunisise en États indépendants ; nous nous sommes opposés à la guerre menée contre le peulven algérien par les capitalistes français et leurs politiciens, avec la férocité de leurs tortures, de leurs camps, de leurs massacres, de leurs dévastations. Aujourd'hui, je m'honore d'entretenir de bonnes relations avec les dirigeants du mouvement de libération nationale. Je me suis rendu plusieurs fois en Algérie. J'ai parcouru l'Afrique. Et j'ai l'intention de développer encore cette action. Je me suis particulièrement réjoui d'avoir contribué, l'été dernier, au nom du Comité de défense des libertés et des droits de l'homme, à la libération d'Abderrazak Ghorbal, le dirigeant syndicaliste tunisien. Avec ce comité, j'espère bien finir par obtenir justice pour Moussa Konaté, travailleur malien persécuté par l'arbitraire policier de M. Giscard d'Estaing. En France même, c'est la CGT et nous qui combattons énergiquement la politique des patrons et du gouvernement, la surexploitation, les atteintes à la dignité, les brimades et les discriminations odieuses qui frappent les travailleurs immigrés. Nous le ferons toujours. C'est ce que j'ai réaffirmé, en juillet 1980, en m'adressant aux travailleurs immigrés de l'usine Renault à Flins.

Au vu de ces réalités, puis-je vous rappeler cette belle parole : « le feu de l'hospitalité luit pour le voyageur qui distingue la flamme » ?

Pour la clarté, sur le sujet dont parle votre télégramme, il me faut en premier lieu rétablir la vérité des événements.

Votre message fait état d'une « décision précipitée et irréfléchie » que le maire communiste de Vitry aurait prise à l'encontre de travailleurs immigrés maliens. Voilà une condamnation bien hâtive. De fait, l'histoire réelle est inverse. C'est un dimanche, avant-veille de fête, au moment même où les communistes étaient réunis au Bourget pour le soixantième anniversaire de leur parti, qu'un autre maire — non pas communiste, mais giscardien celui-là — a déclenché l'affaire en prenant la révoltante décision de chasser les immigrés maliens de sa ville de Saint-Maur et de les refouler clandestinement sur Vitry. Pour parvenir à ses fins, cet individu n'a pas hésité à faire forcer — à l'insu du maire de Vitry et sans accord de la commission de sécurité — les issues murées d'un foyer au sujet duquel les négociations étaient officiellement engagées en vue d'y loger de jeunes travailleurs français.

Permettez-moi de vous le dire : comment se fait-il que vous n'ayez pas pris position contre le maire de Saint-Maur ? Je n'ose croire que c'est parce qu'il est un ami intime du président de la République française, qu'il a reçu deux fois en trois ans dans sa mairie. Il me faut bien constater toutefois, avec étonnement, que vous avez été plus prompt à organiser une manifestation contre un maire communiste qu'à prendre à partie les responsables des souffrances des immigrés en France, MM. Giscard d'Estaing, Stoléru ou le président du CNPF. Aux côtés de la droite et de l'extrême-droite, avec les dirigeants socialistes, la CFDT, la FEN et des groupuscules, vous vous trouvez, je le déplore, au cœur d'une opération politicienne anticommuniste qui prend les immigrés comme prétexte et ne peut en définitive que leur nuire.

Je vous déclare nettement : oui, la vérité des faits me conduit à approuver, sans réserve, la riposte de mon ami Paul Mercieca, maire de Vitry, à l'agression raciste du maire giscardien de Saint-Maur. Plus généralement, j'approuve son refuse de laisser s'accroître dans sa commune le nombre, déjà élevé, de travailleurs immigrés.

Cette approbation ne contredit pas l'idéal communiste. Au contraire.

La présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leurs familles, la poursuite de l'immigration posent aujourd'hui de graves problèmes. Il faut les regarder en face et prendre rapidement les mesures indispensables. Ce qui nous guide, c'est la communauté d'intérêts, la solidarité des travailleurs français et des travailleurs immigrés. Tout le contraire de la haine et de la rupture.

Nous disons également : il faut donner aux travailleurs immigrés les mêmes droits sociaux qu'à leurs camarades français. Nos propositions en ce sens sont les plus avancées qui soient.

Et nous disons encore : il faut instituer un nouvel ordre économique et politique mondial. Il faut une coopération fondée non sur les exigences de profits des trusts et sur des conceptions colonialistes, mais sur des rapports équitables correspondant en priorité aux besoins d'emploi et de développement de la France et des peuples du tiers monde. Cette question, vous ne pouvez l'ignorer, me tient particulièrement à cœur.

En même temps et dans le même esprit nous disons : il faut résoudre d'importants problèmes posés dans la vie locale française par l'immigration.

En effet, M. Giscard d'Estaing et les patrons refusent les immigrés dans de nombreuses communes ou les en rejettent pour les concentrer dans certaines villes, et surtout dans les villes dirigées par les communistes. Ainsi se trouvent entassés dans ce qu'il faut bien appeler des ghettos, des travailleurs et des familles aux traditions, aux langues, aux façons de vivre différentes. Cela crée des tensions, et parfois des heurts entre immigrés des divers pays. Cela rend difficiles leurs relations avec les Français.

Quand la concentration devient très importante — ce qui n'a rien à voir, soit dit au passage, avec la notion non scientifique et raciste d'un prétendu « seuil de tolérance » dont nous ne parlons jamais — la crise du logement s'aggrave ; les HLM font cruellement défaut et de nombreuses familles françaises ne peuvent y accéderLes charges d'aide sociale nécessaire pour les familles immigrées plongées dans la misère deviennent insupportables pour les budgets des communes peuplées d'ouvriers et d'employés. L'enseignement est incapable de faire face et les retards scolaires augmentent chez les enfants, tant immigrés que français. Les dépenses de santé s'élèvent.

Les élus communistes, dans le cadre de leurs droits et de leurs moyens, multiplient les efforts pour résoudre ces problèmes difficiles au bénéfice de tous. Mais la cote d'alerte est atteinte : il n'est plus possible de trouver des solutions suffisantes si on ne met pas fin à la situation intolérable que la politique raciste du patronat et du gouvernement a créée.

C'est pourquoi nous exigeons une répartition équitable des travailleurs immigrés entre toutes les communes.

Parler à ce propos d'électoralisme, c'est nous faire injure. Notre position ne date pas d'aujourd'hui. Dès octobre 1969, quand j'étais chargé de l'immigration à la direction du Parti communiste français, les maires communistes de la région parisienne et les élus communistes de Paris ont adopté, sur ma proposition, une déclaration dénonçant la concentration des travailleurs immigrés dans certaines villes et demandant une répartition équilibrée. Si elles avaient été appliquées par le pouvoir, ces mesures, pour lesquelles nous n'avons cessé de lutter, auraient permis d'éviter les difficultés actuelles.

Encore un mot sur le racisme. Rien ne nous est plus étranger que ce préjugé antiscientifique, inhumain, immoral. Non, il n'existe pas de races d'élite et de races inférieures.

Ne partagez-vous pas l'indignation qui me soulève quand je considère les activités malfaisantes des passeurs, des trafiquants, des marchands de sommeil qui entassent des immigrés dans des conditions violant toutes les règles d'hygiène, de sécurité, de voisinage et que M. Stoléru laisse agir sans entraves comme les négriers d'autrefois ? Ce sont des délinquants qu'il faut réprimer.

Et n'éprouvez-vous pas le même dégoût que moi à la lecture d'une « petite annonce » comme celle que le journal «Libération» publiait récemment sous le titre : « Immigrés sex service », et que la décence m'interdit de reproduire ? Comme j'aimerais que nous soyons, chacun au nom de notre idéal respectif, du même côté contre des gens capables de bassesses aussi abominables, et, j'ose le dire, d'une telle barbarie !

Tout ce que la morale humaine réprouve avec force, l'inégalité, l'injustice, le mépris, la cruauté, nous le repoussons, nous le combattons. C'est pourquoi, dans les entreprises et les cités, nous invitons les travailleurs immigrés et français non pas à se combattre entre eux, mais à unir leurs forces contre leurs vrais ennemis communs, les exploiteurs et ceux qui les servent. Nous les appelons à tracer ensemble le sillon, à l'élargir sans cesse, pour libérer tous les hommes et toutes les femmes de la servitude et de la haine. C'est le sens de notre lutte pour la justice. De très nombreux prolétaires musulmans la comprennent et la soutiennent.

Veuillez agréer, Monsieur le Recteur, mes salutations.

Georges Marchais.

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1 novembre 2019 5 01 /11 /novembre /2019 06:15
 

Onze ans après le krach de 2008, les banques restent bien fragiles : les créances toxiques persistent et les actionnaires réclament toujours plus de dividendes, siphonnent les marges et les milliards d’euros d’argent public que touche le secteur.

 

1 Des dettes pourries bien présentes

Il reste encore un stock conséquent de créances « douteuses » ou « non performantes » dans les banques européennes. Par cet euphémisme, il faut comprendre des prêts qui ne seront pas remboursés. Et en volume, la France est deuxième, avec 124 milliards d’euros de créances pourries dans les banques, derrière l’Italie mais loin devant la Grèce et le Royaume-Uni, sur le stock de 636 milliards d’euros que compte le continent.

La BNP est la banque la plus touchée, puisqu’elle va devoir tirer un trait sur 4,3 % du volume des prêts qu’elle a consentis, soit 34 milliards d’euros. C’est plus de la moitié de ce qu’il y avait au pire moment de la crise de 2008.

La politique des taux d’intérêt très bas, négatifs même, décidée par la Banque centrale européenne (BCE), devait leur permettre d’écouler à peu de frais ces créances douteuses. Mais les banques ont préféré «titriser » ces dettes, les découper et les proposer dans de nouveaux produits financiers. 

 

2 Un tiers des banques en danger

354 banques – situées principalement en Europe de l’Ouest et en Asie – présenteraient une rentabilité anormalement faible, assurait la semaine dernière le cabinet McKinsey. Au point qu’elles ne résisteraient pas à un retournement de conjoncture. Or, les perspectives sont en berne, l’OCDE s’attend pour 2019 à «la croissance mondiale la plus faible depuis la crise de 2008 ». Les banques accusent en premier lieu la politique de la BCE : les taux d’intérêt bas font que les emprunts privés, comme les dettes souveraines, ne rapportent plus guère. Ce qui peut inciter les établissements à prendre plus de risques, donc à contracter de nouvelles créances dangereuses.

Les banques traditionnelles se consolent avec les augmentations de frais bancaires. À ce propos, le magazine 60 Millions de consommateurs a accusé, jeudi dernier, les établissements français de ne pas tenir leurs engagements : ils avaient promis, en décembre 2018, sur demande du président de la République et à la suite du mouvement des gilets jaunes, de plafonner les frais d’incidents bancaires à 25 euros mensuels pour l’ensemble des clients surendettés ou à bas revenus. Or le « plafonnement n’est pas mis en place pour l’immense majorité des clients noyés sous les frais pour incidents », écrit le magazine après avoir procédé à des tests, jugeant ce bilan « accablant ».

 

3 Des aides publiques au profit des actionnaires

Pourtant, les banques ont, depuis 2014, touché une manne d’argent public. Le pacte de responsabilité – des allègements de cotisations familles, salariales et diverses baisses de l’impôt sur les sociétés – a rapporté 14 milliards d’euros au secteur financier. « Soit près de 10 milliards d’euros pour les banques et 4 milliards pour les assurances. Et cet argent, plutôt que de servir l’emploi, a servi les actionnaires », explique Luc Mathieu, secrétaire général de la CFDT banques. Son syndicat a commandé une étude à trois cabinets d’expertise pour établir un bilan du pacte de responsabilité dans le secteur. « Si on prend les principaux groupes bancaires (BNP, Société générale, Crédit agricole et Natixis), entre 2013 et 2018, les dividendes ont plus que doublé, passant de 3,6 milliards à 8,9 milliards d’euros », détaille le syndicaliste. Ces montants sont conséquents puisqu’ils représentent, juste avec le Cice, une baisse de 10,6 % du « coût » de la masse salariale pour les banques. Le travail prospectif réalisé par les cabinets d’experts montre que, de 2019 à 2022, le maintien de ces mesures devrait représenter un cadeau de 9,6 milliards d’euros pour le secteur bancaire. 

 

 
Finance. Dans les banques, ça sent le roussi et les créances pourries

 

4 Une hécatombe salariale

Alors que les banques s’étaient engagées au moment du pacte de responsabilité à procéder à 40 000 embauches, le solde net des emplois dans le secteur bancaire français a chuté de 11 000 postes en cinq ans. Et ces dernières semaines encore, les plans sociaux s’enchaînent. « Les banques se servent clairement du prétexte des taux bas et de la baisse des marges pour justifier des plans de restructuration », déplore Luc Mathieu. En octobre, la BNP Paribas Asset Management a lancé la suppression de 100 postes à Paris. Peu avant, BP2S, une autre filiale de la BNP, annonçait 500 emplois en moins d’ici à 2021. Même scénario à la Société générale qui, après avoir dévoilé en avril dernier un plan de suppression de 1 600 postes dans sa banque de détail, a prévenu, fin septembre, les représentants du personnel qu’elle prévoyait d’en supprimer 530 de plus d’ici à 2023. 

 

5 La régulation empêchée

Ces dernières années, près de 4,5 milliards d’euros ont été dépensés par le secteur financier auprès des institutions publiques pour empêcher la régulation, a révélé début octobre le FMI. Ce qui en fait le secteur aux plus lourdes dépenses de lobbying au monde. Tandis que la majorité des projets peu contraignants deviennent des lois, aucun projet de régulation ambitieux ne réussit, remarque le FMI, qui montre également que les banques les plus agressives en matière de lobbying sont celles qui prennent le plus de risques, qui souffrent le plus des crises, mais qui arrivent ensuite à obtenir le plus d’aides publiques.

L’institution internationale pointe également le principe des « portes tournantes », à l’image de François Villeroy de Galhau, haut fonctionnaire qui passe à la BNP avant de devenir gouverneur de la Banque de France. « La Fédération bancaire française a un bureau à Bruxelles, alors que nous, non, ironise la secrétaire générale de la CGT banques. Par exemple, sur les frais bancaires des personnes fragiles, nous avons été reçus à Bercy, auditionnés à l’Assemblée, au Sénat… Et deux mois plus tard, Bruno Le Maire se contente de dire : “On va faire confiance aux bonnes pratiques des banques.” Avec le résultat que nous voyons aujourd’hui. »

Pierric Marissal
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31 octobre 2019 4 31 /10 /octobre /2019 06:05

Après un article sur la privatisation de la licence de langue, je publie une analyse du Snesup sur la dénationalisation de la licence. Avant cela, je rappellerai que, dès 1994, l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), signé sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce, demandait aux gouvernements de libéraliser totalement leurs systèmes éducatifs, de faire de l'éducation un marché. En Grande-Bretagne, certaines écoles publiques sont d’abord des entreprises à but lucratif à qui on peut appliquer tous les mécanismes de la finance d’entreprise (levée de capitaux, profits, cotation en bourse, entrée au capital de fonds spéculatifs, et … faillite). Cela est possible parce que les citoyens, les usagers du service public ont vu celui-ci se dégrader et ils en viennent à penser que le secteur marchand ne ferait pas plus mal. Déjà en 2011, le lycée Louis-le-Grand, capitalisant sur son nom,  faisait affaire avec de grands groupes (LVMH, EADS etc.) à hauteur de 250 000 euros, par le biais d'une fondation.

 

Le cahier des charges remis aux organisations syndicales avant le CNESER du 15 octobre supprime tout cadrage national préalable à la collation des grades de licence au profit de « bachelors », même si ce nom de diplôme n'apparaît que dans la note introductive à l’arrêté. Ce cahier des charges ouvre la voie à la collation des grades par des formations privées et à la délivrance de diplômes d’établissement. En attribuant le nom d’usage de « bachelor universitaire de technologie » aux licences professionnelles portées par les IUT, le ministère rend simultanément possible, dans le projet d’arrêté sur la licence professionnelle, la normalisation de ce nom d’usage au détriment de celui de licence professionnelle. Ce nouveau cahier des charges ouvrira le grade de licence, à égalité avec le diplôme national qu’est la licence universitaire, à des formations privées mais aussi publiques dans une logique de concurrence, formations orientées voire justifiées par les besoins du marché et par les politiques de site potentiellement soumises à des tarifs prohibitifs et où la présence crédible d’enseignants-chercheurs statutaires et indépendant.es ne sera en rien garantie.

La logique utilitariste et marchande qui préside à la redéfinition du grade impose, à l'encontre de l’autonomie pédagogique, des approches normatives telles que l’approche par compétences et la structuration du parcours en blocs de compétences, opposant savoirs et savoir-faire. Dans la même logique, la collation des grades est étendue aux certifications, et la part de la recherche dans les formations conduisant aux diplômes n’est par ailleurs pas assurée, dessinant des voies tubulaires entre poursuite d’études et insertion professionnelle immédiate. C’est la disparition du caractère universitaire du diplôme qui est en jeu, car, d’une part, l’équilibre entre avec les connaissances scientifiques (dont la formation à et par la recherche), les compétences transversales et les compétences professionnelles sera fragilisé et, d’autre part, la recherche sera exclusivement pilotée au profit de l'environnement socio-économique.

Sous la pression des organisations syndicales dénonçant un ordre du jour pléthorique, sur des sujets  fondamentaux nécessitant d'être mis en débat et approfondis (réforme territoriale, création de nouveaux établissements, nouvelle organisation des études de santé, etc.), les projets d’arrêtés « cahier des charges de la collation des grades de licence et master » et « licence professionnelle », qui devaient être initialement examinés au CNESER le 15 octobre, ont finalement été reportés en novembre.
 
Le SNESUP-FSU dénonce le contenu de ces deux arrêtés pour les raisons évoquées ci-dessus. Contre la logique de la loi de la transformation de la fonction publique, qui amplifie la précarité et la contractualisation des personnels, comme cela ressort du cahier des charges, le SNESUP-FSU défend la création de postes de titulaires pour assurer un véritable service public d’enseignement supérieur et de recherche (ESR) dans des conditions correctes d’emploi et de rémunération de tous les personnels.

 

 

Diplômes universitaires : la logique utilitariste du banquier
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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 05:17
Ci-dessous un extrait d'un article de Frédéric Lordon publié par le Monde Diplomatique

On se croyait en start-up nation. On se retrouve à Tchernobyl. Qu’en un instant tout le glamour de pacotille de la Station F et des écrans tactiles s’écroule pour faire revenir d’un coup des images d’URSS n’aura pas été le moindre des paradoxes de l’explosion Lubrizol. Il faut pourtant s’y rendre : des pompiers envoyés en toute méconnaissance de ce qui les attendait, avec pour tout équipement « spécial » de pauvres masques de bricolage pareils à ceux des manifestants, à piétiner des heures dans la sauce qui troue les bottes et leur promet des pieds comme des choux-fleurs — et tout ceci, parfaite ironie, alors que la série Chernobyl venait de remporter un succès de visionnage bien fait pour consolider la commisération réservée aux régimes soviétiques et le sentiment de supériorité capitaliste (au prix tout de même de devoir oublier que Tchernobyl était en sandwich entre Three Miles Island et Fukushima).

Mais plus encore que les bottes et les masques, il y a le mensonge, le mensonge énorme, le mensonge partout, sans doute le propre des institutions en général, mais la marque de fabrique de ce gouvernement qui, en tous domaines, l’aura porté à des sommets inouïs. Jusqu’au stade de la rodomontade obscène : si elle avait été rouennaise, nous assure Sibeth Ndiaye, « elle serait restée ». On croirait entendre un secrétaire régional du PCUS d’Ukraine juste avant de fourrer d’urgence sa famille dans un autocar — mais les images de CRS en masque à gaz pendant que le préfet assurait de la parfaite normalité de la situation avaient déjà tout dit.

Sibeth Ndiaye n’a pas eu à « rester » puisqu’elle n’était pas là. Mais il n’est pas trop tard pour un acte de bravoure rationnelle, et il est encore temps d’y aller ! On peut même l’aider : un « Pot commun » devrait rassembler sans difficulté de quoi lui offrir une semaine dans un Formule 1 des environs, avec vue sur le sinistre et cadeau de bienvenue, une bouteille de Château Lapompe, directement tirée au robinet, un peu grise sans doute mais assûrement goûteuse, en tout cas certifiée potable par toutes les autorités.

Mais tous les mensonges n’y pourront rien : l’événement synthétise toute une politique et en dresse l’incrimination. Car voilà ce qu’il en coûte aussi — entendre : au-delà des destructions sociales et humaines — de faire le choix de tout accorder à « l’entreprise ». Un article d’Actu Environnement, accablant à proportion de sa froide sobriété, détaille les silencieux démantèlements réglementaires qui ont conduit à l’accident, et dont on voit comme en transparence la philosophie à la graisse de phoque qui les a animés : agilité, libération des énergies, attractivité du territoire, simplification administrative, accueil des investisseurs, accueil de Warren, accueil des bidons, rangez ça là comme vous voulez. Quand, sous le présupposé que tout ce que fait « l’entreprise » est bon pour tous, on laisse « l’entreprise » faire ce qu’elle veut, alors, en effet, « l’entreprise »… fait ce qu’elle veut. Mais avec un mot gentil tout de même, pour le Vivre Ensemble, puisque la directrice de Lubrizol s’est dite « réellement embarrassée » — on ne fait pas plus concerné.

Nous apprenons donc l’existence de décrets, publiés en juin 2018, avec pour effet d’assouplir les critères de soumission à l’évaluation environnementale, et d’une loi Essoc d’août 2018 qui retire ces évaluations à l’autorité environnementale indépendante pour la remettre au préfet. Nous apprenons aussi qu’« Essoc » veut dire « État au service d’une société de confiance ». Sans doute faut-il habiter suffisamment loin de Rouen pour regagner la possibilité d’en rire.

 

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Albert Goodwin. — « Apocalypse », 1903.

Comme à la balançoire, l’abaissement des normes d’un côté est fait pour remonter de l’autre dans les classements internationaux « d’attractivité » du type Doing business (Banque mondiale). Alors tout devient permis: on décide qu’une partie de ce qui était classé « Seveso » redevient « Belle des champs », et que l’autre ne mérite pas qu’on en fasse une marmite. Ces tolérances-là tombent rarement dans l’oreille d’un sourd. Lubrizol connaissait la musique. Le détail des augmentations de capacité obtenues en douce (avec la bénédiction du préfet) pour entasser de nouvelles saletés est vertigineux. Et comme rien ne doit être fait pour froisser « l’entreprise », qui s’y entend pour menacer tous les quatre matins de partir sous d’autres cieux si on la contrarie, on regarde d’un œil bienveillant les manquements répétés, et le cas échéant on donne une gentille tape sur les doigts — 4000 euros d’amende pour le dernier, on imagine le tonnerre de rire à Omaha, siège de Berkshire Hathaway.

 

La prise d’otages dans la société présente n’est pas celle qu’on croit – celle dont les médias jouissent si fort de se faire une obsession : la grève (des cheminots, des éboueurs, de qui on veut, tous des preneurs d’otages de toute façon). La vraie prise d’otages, c’est celle du capital, celle qui dit « ce sera l’emploi avec les bidons, ou rien du tout » – et qui, pour finir, empile les bidons mais détruit les emplois !

Quand le macronisme accorde tout à « l’entreprise » au motif qu’« elle crée l’emploi », il ajoute  au contresens économique une licence sans frais : un droit élargi à « ce qu’on veut », piétiner les salariés (France Télécom, Free, Lidl, La Poste), piétiner l’environnement, piétiner la morale, piétiner la société. Et voilà peut-être le sens général du marcionisme  tel qu’il se trouve fatalement incriminé par l’événement Lubrizol : l’autorisation générale – pour le capital. Doublé, très logiquement, par la répression générale – pour tous ceux qui ne l’entendent pas ainsi.

De la même manière que les grotesques incantations du « Vivre ensemble » sont le plus sûr indicateur d’une société où l’oligarchie fait sécession, le mâchonnage de la « responsabilité de l’entreprise » est celui d’un capital à qui tous les degrés de l’irresponsabilité ont été ouverts. Il n’y a que les amateurs de bondieuseries sécularisées pour croire que la vertu sauvera le monde, c’est-à-dire auto-régulera les salaires patronaux, auto-disciplinera la finance, et auto-nettoiera les petites salissures de l’industrie. Sauf imbécillité complète caparaçonnée d’idéologie, nul ne peut croire que ceux à qui on donne toutes les autorisations n’iront pas au bout de toutes les autorisations. D’ailleurs ils y vont.

Nous savons donc maintenant de connaissance certaine que le capitalisme, assisté de tous ses fondés de pouvoir gouvernementaux, détruira jusqu’au dernier mètre carré de forêt, assèchera jusqu’à la dernière goutte de pétrole, polluera jusqu’au dernier étang, et suicidera jusqu’au dernier salarié suicidable (il faudra bien en garder quelques-uns) pour extraire le profit jusqu’au dernier euro. Il s’agirait maintenant de faire quelque chose de ce savoir.

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