Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 février 2019 5 08 /02 /février /2019 06:23

Tout est lamentable dans l’histoire de la signature de ce traité franco-allemand dit d’Aix-la-Chapelle. Le caractère subreptice de son élaboration, la façon dont il nous a été imposé, la stupide propagande de la presse mainstream s’emparant de quelques commentaires très minoritaires sur la cession de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, pour disqualifier toute critique. L’attitude grotesque et les nouvelles saillies d’un président hors de contrôle lors des cérémonies de signature. Qui éprouve à chaque fois qu’il est hors du territoire national, l’envie irrépressible de cracher sur son pays et ses habitants. Cette fois-ci c’était pour déclarer que les Français qui étaient contre ce texte étaient complice des crimes nazis, rien que ça, ensuite disserter sur la supériorité de la langue allemande (!), et enfin proférer un boulgi boulga inepte qui a dû mettre les interprètes au supplice.

 

Le mieux était de le lire, d’analyser, et de commenter ce texte. Le résultat est consternant, et nombreux sont les critiques accablées comme celles qui relèvent le caractère contraire à la constitution de beaucoup de ses dispositions.

 

Benoist Bihan, historien et chercheur nous donne ici son avis en soulignant le nouvel abandon de souveraineté et la poursuite d’un alignement servile sur l’Allemagne.

 

Régis de Castelnau

 

 

À lire le texte du « traité entre la République française et la République fédérale d’Allemagne sur la coopération et l’intégration franco-allemandes » qu’Emmanuel Macron a signé le 22 janvier 2019 dans l’ancienne capitale carolingienne d’Aix-la-Chapelle, on est partagé entre l’indignation et la consternation.

 

Indignation, parce que le contenu de ce texte, loin d’emmener les deux pays dans la direction d’un avenir plus juste, est la perpétuation de décennies de libéralisme extrême, dont les nations européennes et leurs peuples paient chaque jour le prix. Parce que ce traité, loin de consacrer l’alliance toujours plus étroite de deux nations souveraines, institue leur soumission servile aux États-Unis, à la suzeraineté desquels, au travers de l’Alliance atlantique, les deux gouvernements se soumettent sans ciller. Et pour finir parce que les termes de ce traité sont à sens unique : « la coopération et l’intégration » vont systématiquement dans le sens d’un alignement de la France sur son voisin d’outre-Rhin, sans jamais de contreparties sérieuses.

 

Et c’est là que s’installe très vite la consternation : comment un gouvernement, comment un président de la République, comment le ministère des Affaires étrangères d’une grande puissance – ou tout au moins d’une aussi respectable diplomatie – peuvent-ils négocier un texte d’une aussi abyssale nullité ? Lire le traité d’Aix-la-Chapelle, c’est en effet découvrir phrase après phrase un texte non seulement creux – sauf lorsqu’il perpétue l’idéologie libérale ou l’atlantisme le plus vil – mais aussi totalement déséquilibré. Car si l’Allemagne, manifestement meilleure négociatrice, obtient de sérieuses concessions, dont la plus spectaculaire est de mettre la diplomatie française au service de l’ambition berlinoise d’accéder à un siège permanent au conseil de sécurité des Nations-Unies (pour, n’en doutons pas, mieux en évincer la France, sans doute via un siège « européen »), la France n’obtient absolument rien de tangible. Nous, Français, ne savons manifestement plus comment on négocie un accord, puisqu’il semble désormais entendu que, pour nos gouvernants, la France doit désormais accepter de renoncer à toute volonté et tout intérêt propre : elle doit accepter l’abolition de sa souveraineté.

 

On comprend mieux ainsi pourquoi ce texte, négocié en catimini, n’est paru dans la presse qu’à quelques jours de sa signature, et encore sur la base de sa version allemande qu’il a fallu traduire, la version française « officielle » demeurant jusqu’au dernier moment introuvable… Quand la forfaiture le dispute à ce point à l’imposture, quand on s’apprête à aller non à Canossa mais bien à un Montoire libéral, il vaut sans doute mieux en effet rester discret.

 

La cerise sur un gâteau déjà fort chargé est sans doute la référence faite en préambule au traité de l’Élysée de 1963, sans doute pour mieux en trahir la lettre comme l’esprit. Ce traité gaullien, en effet, remplissait avec intelligence deux fonctions essentielles. D’une part, pacifier durablement les relations entre la France et l’Allemagne, en posant les bases d’un rapprochement non seulement des deux États, mais des deux peuples. D’autre part, créer les conditions nécessaires à l’émergence d’une véritable souveraineté en Europe, c’est-à-dire la seule possible : celle faite de la rencontre, et non d’une illusoire fusion, des souverainetés nationales de ses peuples. Certes le Bundestag, en imposant une mention à l’OTAN dans le préambule du traité, a porté un coup fatal à ce second volet et rendu l’Allemagne responsable de l’impuissance européenne. Mais même ainsi, le traité de l’Élysée donnait au moins à la politique allemande de la France une ligne directrice claire.

 

Or Aix-la-Chapelle, par-delà sa médiocrité formelle, est de ce point de vue une double trahison, qui résume bien le danger que représente pour la France – mais aussi pour toute l’Europe – la politique d’Emmanuel Macron, de son gouvernement et de sa majorité.

 

Trahison du rapprochement franco-allemand, d’abord. Lorsque les deux États affirment qu’ils « approfondissent l’intégration de leurs économies » (art. 20), il ne s’agit en réalité que de « favoriser la convergence entre les deux États et d’améliorer la compétitivité de leurs économies ». On ne sait que trop ce qui se cache derrière ce vocabulaire : l’acceptation par la France du suicidaire « ordo-libéralisme » allemand, mélange malsain de rigidité idéologique et d’idéologie dérégulatrice. Il est faux de prétendre, comme ne manquera pas de le faire le gouvernement, que l’Allemagne acceptera de ce point de vue des concessions. Pour des raisons historiques, intellectuelles, mais aussi et plus prosaïquement parce que Berlin tire avantage de l’état actuel des déséquilibres économiques en Europe, il n’en sera rien.

 

Ce sera donc le pire des deux mondes ! Car comment ne pas voir que, soumise à ce régime, l’économie française loin de se redresser va au contraire poursuivre sa tertiarisation, sa satellisation vis-à-vis de la toute-puissante industrie allemande ? Comment ne pas comprendre qu’il s’agit là de la poursuite d’une voie qui, si donc elle arrange l’Allemagne à court terme, crée à moyen terme les conditions de son isolation, puis de son rejet par des peuples européens qui ne supporteront pas longtemps une telle domination ? Comment, enfin, être aveuglé au point de ne pas réaliser qu’il s’agit, à long terme, de la voie la plus sûre pour marginaliser l’Europe dans l’économie mondiale ? Car le mercantilisme libéral allemand repose, en l’absence de protectionnisme, sur la soumission politique de la République fédérale à ses principaux clients : d’abord aux États-Unis bien sûr, ce débouché privilégié des industries allemandes de pointe, fortement implantés – capitalistiquement autant que militairement – en Allemagne depuis 1945. Mais aussi à la Russie, certes fournisseur d’hydrocarbures mais surtout lucratif débouché pour les machines-outils et l’automobile ; et finalement à la Chine, eldorado de l’industrie allemande de consommation haut de gamme, et objet de toutes les attentions germaniques.

 

Lorsque l’abaissement des droits sociaux rencontre ainsi l’avilissement politique, alors même que les « gilets jaunes » défilent chaque semaine en chantant la Marseillaise sous les couleurs bleu-blanc-rouge, ceci ne peut avoir qu’une seule conséquence : développer la germanophobie en France, comme elle se développe ailleurs en Europe. Lorsque la France aura aligné son droit du travail sur l’Allemagne, aligné son droit des affaires, « austérisé » ses politiques sociales, le tout au nom du rapprochement franco-allemand ; lorsqu’elle sera devenue à la fois satellite de la version post-moderne de la « grande Allemagne » – et c’est déjà bien engagé – et marginalisée au plan mondial, comment pourrait-il en être autrement ?

 

Car l’autre trahison, très nette, est bien celle de l’intérêt national français. Tout au long du texte, la France ne cesse de s’aligner sur des conceptions qui devrait lui être étrangères : en soumettant la défense de l’Europe à l’OTAN, obérant l’idée même d’une « autonomie stratégique » européenne, en alignant son économie et son droit sur son voisin au nom de « l’intégration », mais aussi en plaçant des fonctionnaires allemands à tous les niveaux de sa diplomatie – car, au vu du réseau diplomatique des deux pays et de la place de la France aux Nations-Unies, on voit mal quel bénéfice Paris peut, à l’inverse de Berlin, tirer des échanges prévus – et en allant quémander pour l’Allemagne un siège de membre permanent au conseil de sécurité onusien.

 

Moins immédiatement perceptible, mais tout aussi grave, la conception fédérale allemande triomphe manifestement de l’idée de République une et indivisible qui définit pourtant l’État en France : en distinguant les régions frontalières et les autres – ce que ne faisait évidemment pas le traité de l’Élysée – le président de la République va apposer sa signature à un document manifestement contraire à l’esprit des institutions – certes, ce ne sera pas une première depuis l’élection d’Emmanuel Macron. 

 

Mais, s’il n’est évidemment pas question de cession de l’Alsace-Lorraine – grossièrement dénoncé par le Rassemblement national, toujours prompt à abêtir le débat politique français –, il s’agit bien d’un abandon symbolique des régions frontalières : comment ne pas voir en effet que, par ce traité, la France en abandonne le développement économique au développement de liens transnationaux ? Renonce à y mener sa propre politique en acceptant leur satellisation économique aux puissants Länder d’outre-Rhin, qui conserveront évidemment l’essentiel de la valeur ajoutée chez eux ? Car les mesures envisagées ne comportent aucun véritable plan de développement économique : il ne s’agit que de créer des conditions (infrastructures, simplification administrative…) d’où, certainement, le dieu-marché doit par son action de grâce générer de la richesse.

 

Voici mise à nu la pensée magique qui tient depuis des décennies lieu de stratégie économique aux élites françaises. Ajoutons dans l’abandon par le gouvernement de ses responsabilités que le « bilinguisme » vanté par le traité se fera sans doute à l’allemande : par extension de la langue allemande au détriment non seulement du français mais, d’abord, des langues régionales. 

 

Sans doute, ignorant de la culture française dont il prétend qu’elle n’existe pas, M. Macron ignore-t-il que l’Alsacien et le Francique (parlé en Moselle), reconnues depuis 1992 comme langues régionales de France, ne sont pas de l’Allemand ! Il faudrait en tout cas qu’il relise la Constitution, qui rappelle que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » (article 75-1).

 

Finalement, au prix de tout ceci, qu’obtient la France en échange ? Rien. Quelques vagues promesses sur l’Afrique, quelques engagements de coordination militaire – et il y aurait de ce point de vue beaucoup à dire sur le volet industriel, tant l’Allemagne poursuit là encore un mercantilisme qui s’oppose déjà à l’élaboration d’une souveraineté industrielle de l’Europe –, mais rien de plus. 

 

L’Allemagne, habilement, n’a pas pris d’engagements que sa culture politique et ses intérêts lui auraient interdit de tenir. Quel pouvoir peut encore être légitime à présider à la politique étrangère de la France lorsqu’il témoigne ainsi de son incapacité non seulement à défendre, mais même à définir l’intérêt national ? 

 

En lisant le traité d’Aix-la-Chapelle, une seule chose est claire : ce pouvoir ne peut plus être celui de M. Macron

Les tenants et les aboutissants du Traité d'Aix-la-Chapelle, par Benoist Bihan
Partager cet article
Repost0
7 février 2019 4 07 /02 /février /2019 06:14
 
Toujours mettre les événements en perspective et ne jamais oublier le contexte. Une chronologie très utile établie par Romain Migus.
 
 
14 avril 2013 : Nicolas Maduro est élu président de la République Bolivarienne du Venezuela avec 50,61% des voix. Son principal opposant, Henrique Capriles Radonski ne reconnaît pas sa défaite, et appelle ses partisans à prendre la rue. Bilan : 11 chavistes assassinés, 65 blessés. 
 
12 février 2014 – mai 2014 : L’opposition tente de renverser le président par la force. Bilan : 42 morts. 850 blessés. Face à l’échec de ce coup d’Etat et considérant les déroutes électorales, une stratégie économique et financière va être mise en place pour étrangler la population du Venezuela et la retourner contre le gouvernement de la Révolution Bolivarienne.  
 
Décembre 2014: Le Congrès des Etats-Unis approuve la loi 113-278 intitulée « Loi publique de défense des droits de l’Homme et de la Société Civile au Venezuela ». Cet instrument juridique dicte la ligne d’action politique du gouvernement des Etats-Unis et de ses vassales contre le Venezuela. La loi 113-278 établit la possibilité de prendre des mesures unilatérales coercitives contre le Venezuela dans les domaines économiques, financiers et commerciales. De plus, elle stipule de « travailler » dans ce sens avec ses partenaires membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) et de l’Union Européenne.

 
Janvier 2015: L’agence étatsunienne d’évaluation des risques Moody’s dégrade le risque pays du Venezuela au niveau CCC; cette note place les bons vénézuéliens et de l’entreprise pétrolière PDVSA au bord du défaut de paiement dans une manoeuvre visant ainsi à compromettre la réputation financière internationale du pays.
 
Février 2015: L’agence d’évaluation Standard and Poor’s abaisse la note du risque de la dette vénézuélienne et de PDVSA à CC; cette note particulièrement négative a pour conséquence de restreindre l’accès du Venezuela aux financements internationaux.
 
Mars 2015: Les trois principales agences de notation du risque, Standard and Poor’s, Fitch Rating et Moody’s, lancent des alertes sur un prétendu défaut de paiement du Venezuela, ce qui ne manquerait pas d’entraîner de graves difficultés économiques.
 
08/03/2015 : Le président des Etats-Unis, Barack Obama, signe l’Ordre exécutif 13692 (le « décret Obama »). Ce dernier se base sur la Loi des Pouvoirs Economiques en situation d’Urgence Nationale, sur la loi d’Urgence Nationale et sur la Loi 113-278 pour déclarer le Venezuela « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ». Ce décret va permettre l’élaboration légale des attaques économiques que subit le Venezuela depuis cette date. 

Juin 2015: La COFACE, entité financière française, reprend les notes de Standard and Poor’s, Fitch Rating et Moody’s, qualifie le risque-pays du Venezuela comme le plus élevé d’Amérique latine et le compare à celui de pays africains actuellement en guerre, dans le but de tarir les sources d’investissements au Venezuela.
 
28/10/2015 : Le général John Kelly, alors Commandant de l'United States Southern Command (SouthCom), déclare que les Etats-Unis interviendront au Venezuela en cas de crise humanitaire dans ce pays. 

Avril 2016 : Le blocus financier commence. A partir de cette date, les institutions vénézuéliennes titulaires de compte bancaires à l’étranger se voient stipuler des restrictions pour la réalisation de paiement en dollars. 
 
Avril 2016 (bis): Dans un rapport, le FMI sonne l’alerte sur la “catastrophe économique” au Venezuela, générant ainsi des perspectives d’effondrement, d’inflation et de pénuries qui légitiment les actions de guerre économiques menées par Fedecamaras (MEDEF vénézuélien) et Consecomercio.
 
Mai 2016: L’Assemblée Nationale (en insubordination), majoritairement aux mains de l’opposition, vote une loi qui annule tous les contrats pétroliers, les investissements internationaux et l’émission de dette; ce faisant, elle prétend assécher toute injection d’argent frais dans l’économie du pays.
 
Mai 2016 (bis): La Banque Commerzbank (Allemagne) ferme les comptes de plusieurs institutions vénézuéliennes dont ceux des banques publiques vénézuéliennes et ceux de Pdvsa, l’entreprise pétrolière. 

Juillet 2016 : La banque étatsunienne Citibank interdit á son réseau d’intermédiaires bancaires du Wolfsberg Group (un conglomérat qui regroupe des banques internationales d’envergure telles que Banco Santander, Crédit Suisse, Deutsche Bank, Goldman Sachs et JP Morgan Chase) d’opérer des transactions avec les institutions vénézuéliennes, dont la Banque Centrale du Venezuela. 
 
Juillet 2016 (Bis): L’indice du risque pays EMBI, créé par la banque JP Morgan, situe le Venezuela avec le plus haut risque du monde (2640 points), très supérieur à celui de pays en guerre comme par exemple l’Ukraine. Mais JP Morgan a omis d’intégrer le fait qu’en 2016 l’Etat vénézuélien a pu rembourser 6 milliards de dollars de sa dette externe; la banque fait ainsi de la variable du risque-pays sans étayage économique, une arme purement politique.
 
Août 2016 : La fermeture unilatérale des comptes d’intermédiaires bancaires oblige le Venezuela à opérer à partir d’autres monnaies alors que la plupart des devises obtenues par la vente de Pétrole sont en dollars. Le pays subit de grosses pertes dues aux nouveaux coûts de transaction, de change et des coûts opératifs. 
 
Août 2016 (bis) : La Banque Novo Banco (Portugal) informe l’Etat vénézuélien qu’elle ne réalisera plus d’opération en dollars avec des banques ou des institutions vénézuéliennes, á cause de la pression exercée par ses intermédiaires bancaires.

Août 2016 (ter):  L’Assemblée Nationale (en insubordination), dominée majoritairement par l’opposition, déclare que l’octroi d’un crédit de 482,5 millions de dollars au Venezuela par le Fonds Latino Américain de Réserves est illégal.
 
Septembre 2016: PDVSA lance une offre d’échange (7,1 milliards de dollars en bons) afin de l’aider à alléger ses paiements. Face à cela les trois grandes agences étatsuniennes d’évaluations des risques ont cherché à effrayer les éventuels investisseurs en les menaçant de déclarer une défaillance s’ils répondaient à l’appel de l’entreprise pétrolière.
 
Novembre 2016: La banque JP Morgan lance une fausse alerte relative à un prétendu impayé de 404 millions de dollars de la dette par PDVSA. Le but est de susciter la crainte dans les milieux financiers et de porter préjudice à l’entreprise nationale pétrolière.
 
Novembre 2016 (bis): L’entreprise pétrolière étatsunienne, ConocoPhilips, intente un procès à PDVSA devant une cour de l’état du Delaware au motif de l’échange de bons. En allant sur le terrain de la Justice, le but recherché est d’effrayer les participants et au bout du compte de faire échouer l’opération.
 
Décembre 2016: L’entreprise Crane Currency, fournisseuse des billets de monnaie au Département étatsunien du Trésor et engagée par le Venezuela pour imprimer les espèces monétaires vénézuéliennes retarde l’envoi des nouveaux billets afin de créer inquiétude et chaos dans la population.
 
Janvier 2017: Le fonds d’investissement Adar Capital Partners, dont le siège est aux îles Caïman, soutient que le Venezuela ne sera pas en défaut en 2017, ce qui contredit les messages des trois grandes agences d’évaluation des risques sur l’imminence de la crise de la dette vénézuélienne.
 
Avril 2017: Depuis la présidence de l’Assemblée Nationale (en insubordination), Julio Borges, demande à plus de 20 banques internationales de cesser tout lien économique et financier avec le Venezuela, transformant le parlement un instrument de légitimation du blocus financier.
 
Mai 2017. La banque étatsunienne Goldman Sachs achète pour 865 millions de dollars de bons PDVSA, opération déclarée “nulle et non avenue” par l’ancien président de l’Assemblée Nationale, Julio Borges, et que l’opposition majoritaire dans cette assemblée persiste à refuser car elle contrevient aux exigences qu’elle avait émises en avril.
 
Mai 2017. Julio Borges se réunit avec le conseiller en sécurité nationale de la Maison Blanche du moment, le général H. R. McMaster, afin de coordonner des sanctions financières et économiques contre le Venezuela.
Juillet 2017 : L’entreprise PNC Delaware Trust Company (qui gère des portefeuilles de titres de Pdvsa) informe Pdvsa que sa banque intermédiaire (PNC Bank) n’acceptera plus de fonds de l’entreprise pétrolière. 
 
Juillet 2017 (bis) : La banque étatsunienne Citybank refuse de recevoir un paiement de l’Etat vénézuélien destiné à l’achat de 300.000 doses d’insuline. 
 
21/08/2017 : La Bank Of China basé au Panama informe le Venezuela, que suite à des pressions reçues de la part du Département du Trésor des USA ainsi que du gouvernement du Panama, elle ne réalisera plus aucune transaction en dollars de ou à destination du Venezuela. 
 
22/08/2017 : Plusieurs banques russes informe le Venezuela de l’impossibilité de réaliser des transactions avec des banques vénézuéliennes en raison de la restriction imposée par les banques intermédiaires des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. 
 
23/08/2017 : La banque intermédiaire de l’institution bancaire BDC Shandong stoppe une transaction de la Chine vers le Venezuela d’un montant de 200 millions de dollars. Il faudra plus d’un mois pour que le Venezuela puisse récupérer cette somme d’argent. 
 
24/08/2017 : Donald Trump signe l’ordre exécutif 13808 intitulé « Imposition de sanctions additionnelles à propos de la situation au Venezuela ». Ce décret interdit toute une série de transactions avec l’Etat vénézuélien, et notamment avec Pdvsa, et tout autres entités détenues par l’Etat vénézuélien. Est établie une liste de restriction aux opérations financières :
  •   L’Etat vénézuélien et Pdvsa sont interdits d’émettre de nouveaux titres de leur dette 
  •    Interdiction de réaliser des transactions sur les titres émis par le gouvernement avant l’entrée en vigueur de ce décret.
  •  Le versement de dividendes ou de bénéfices au gouvernement du Venezuela de la part d’entités résidant aux USA est interdit. Cela affecte avant tout Citgo, entreprise appartenant à Pdvsa, et qui compte 3 raffineries et 6000 stations d’essence sur le territoire des Etats-Unis.
  •   L’achat de certains bons du trésor vénézuélien et de la dette vénézuélienne est interdit. 
 
La maison blanche déclare que cet ensemble d’interdiction a « été soigneusement pensé pour refuser à la dictature de Maduro une source non négligeable de financement »
 
Le décret 13808 vise à systématiser les attaques contre les entreprises publiques et les opérations commerciales et financières de l’Etat vénézuélien afin de déstructurer l’économie du pays. A ce sujet, l’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela et en Colombie, Wiliam Brownfield a déclaré : « La meilleure résolution est de précipiter l’effondrement du gouvernement vénézuélien même si cela implique des mois et des années de souffrance pour les vénézuéliens». 
 
Août 2017 : Suite à des pressions du Département du Trésor des Etats-Unis, l’entreprise Euroclear, une filiale de la banque américaine JP Morgan, congèle les opérations de transaction sur la dette souveraine du Venezuela. Euroclear retient ainsi,  depuis lors, 1 milliard 200 millions de dollars appartenant á la République Bolivarienne du Venezuela. 
 
Août 2017 (bis):La Bank of China de Francfort refuse d’émettre une transaction de 15 millions de dollars, due par le Venezuela à l’entreprise minière Gold Reserve.  

Août 2017 (ter): La banque helvète Crédit Suisse interdit à ses clients de procéder à des opérations financières avec le Venezuela


 
Août 2017 (quater): Les Etats-Unis entreprennent un embargo pétrolier non-avoué; les banques privées étatsuniennes, sous la pression du Département du Trésor, refusent d’ouvrir des lignes de crédit pour l’achat de pétrole brut vénézuélien, affectant ainsi l’apport de finances au pays. L’entreprise PBF Energy, une des raffineries qui avait un important volume de transactions avec le Venezuela, s’est vue contrainte d’abandonner ses relations économiques bilatérales sous la menace de sanctions.
 
05/09/2017 : Le Canada et les Etats-Unis s’associent pour « adopter des mesures économiques contre le Venezuela et contre les personnes qui contribuent activement à la situation actuelle dans le pays ».

Septembre 2017: Suite aux sanctions de l’administration Trump du mois d’août, Citgo, la filiale étatsunienne de PDVSA, commence à avoir des difficultés pour amener du brut dans ses raffineries et pour stabiliser ses opérations. Ce ne sont pas moins de 2,5 milliards de dollars que Citgo a fait entrer au Venezuela depuis 2015, et le blocus financier compromet désormais cet apport.
 
Octobre 2017 : La Deutsche Bank informe la banque chinoise Citic Bank de la fermeture de ses comptes chez ses intermédiaires bancaires pour avoir accepté des paiements de Pdvsa. 
 
Octobre 2017 (bis): Le Venezuela achète des vaccins et des médicaments á l’Organisation Panaméricaine de la Santé, filiale de l’Organisation Mondiale de la Santé, et donc sous l’égide de l’ONU. 
En vertu de l'extraterritorialité des lois états-uniennes, la banque suisse UBS rejettera le paiement, provoquant un retard de 4 mois dans la livraison des vaccins et déstructurant complètement le système public de vaccination gratuite du ministère de la santé vénézuélien.
 
03/11/2017 : Le président Maduro annonce que le Venezuela a remboursé plus de 74 milliards de dollars à ses créanciers sur les quatre dernières années. Malgré cela, les agences de notations font augmenter le risque-pays du Venezuela, rendant plus difficile l’obtention de crédits sur les marchés financiers. Le comité des Amériques de l’Association Internationale des Swaps et Dérivés (ISDA, pour les sigles en anglais) déclare le Venezuela en défaut de paiement, malgré les remboursements. Par cette manoeuvre on essaie d’entrouvrir la porte à une confiscation des biens et avoirs se PDVSA.
 
Malgré la volonté vénézuélienne d’honorer ses engagements internationaux en assurant depuis 3 ans maintenant le remboursement des échéances de dette en temps et en heure, la banque JP Morgan augmente à nouveau le risque pays du Venezuela, qui passe ainsi à 2989 points, le chiffre le plus haut depuis 2014 où il se situait à 1458 points.
 
09/11/2017 : Les Etats-Unis sanctionnent un groupe de fonctionnaires vénézuéliens au motif de « piétiner la démocratie et administrer les programmes gouvernementaux corrompus de distribution d’aliments ». Les fonctionnaires responsables de l’importation d’aliments dans le pays ne peuvent plus signer d’accord commerciaux favorisant la politique alimentaire du gouvernement. 
 
13/11/2017 : L’Union européenne interdit la vente de matériel de défense ou de sécurité intérieure au Venezuela. 
 
14/11/2017 : L’agence de notation Standard and Poor’s déclare un « défaut partielle » du Venezuela malgré les paiements réguliers de la dette par le Venezuela. 
 
15/11/2017 : La Deutsche Bank, principal intermédiaire de la Banque Centrale du Venezuela ferme définitivement les comptes de cette institution, mettant en danger toutes ses opérations bancaires. 
 
Novembre 2017 : Le Venezuela achète des médicaments anti-malaria (primaquine et cloroquine) au laboratoire colombien BSN Medical. Le gouvernement de Colombie empêche la livraison sans aucune justification. 
 
Novembre 2017 (bis): Les transnationales pharmaceutiques Baster, Abbot, et Pfizer refusent d’émettre des certificats d'exportation à destination du Venezuela, rendant impossible l'achat de médicaments produits par ces entreprises, notamment dans le domaine oncologique.
 
Novembre 2017 (ter): Les banques intermédiaires refusent plusieurs transactions du Venezuela à hauteur de 39 millions de dollars. Cette somme était destinée à 23 opérations d’achats alimentaires pour les fêtes de fin d’année. 
 
 
Novembre 2017 (quater): L’agence d’évaluation des risques Standard and Poor’s déclare le Venezuela en “défaillance sélective”: le pays n’ayant pas pu honorer un remboursement en raison des limitations imposées par le système financier étatsunien aux transactions financières vénézuéliennes. 
 
Novembre 2017 (quinquies): Le gestionnaire étatsunien de bons Wilminton Trust accuse l’entreprise électrique d’état, Corpoelec, de ne pas avoir honoré le paiement des intérêts de la dette à hauteur de 27 millions de dollars, et ce au moment même où le pays doit affronter un blocage total des moyens de paiement dans le système financier étatsunien.
 
Décembre 2017: Aux mois de novembre et décembre, le Ministère vénézuélien des transports a constaté que 471 000 pneus achetés à l’étranger n’ont pas pu être expédiés en raison du blocus financier.
 
Venezuela : ceci explique cela
29/01/2018 : Le département du Trésor des Etats-Unis affirme « la campagne de pression contre le Venezuela porte ses fruits. Les sanctions financières que nous avons imposé ont obligé le gouvernement de ce pays à commencer à entrer en défaut de paiement, tant pour sa dette souveraine comme pour celle de Pdvsa. Et nous pouvons assister (…) à un effondrement économique total du Venezuela. Donc notre politique fonctionne, notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons. » 

Janvier 2018: A quelques mois à peine du lancement de la crypto-monnaie vénézuélienne, le Petro, l’Assemblée Nationale (en insubordination) dominée par l’opposition signe un accord qui criminalise cette initiative et déclare sa nullité, confirmant ainsi sa volonté et son intérêt de tarir les sources de financement du pays.
 
Janvier 2018 (bis): 11 bons vénézuéliens et de PDVSA, d’un montant de 1,241 milliards de dollars, n’ont pu être payés en raison des sanctions financières.
 
12/02/2018 : Le département du Trésor des Etats-Unis élargit les sanctions financières contre le Venezuela et les entreprises vénézuéliennes. La renégociation et la restructuration de la dette vénézuélienne et de celle de Pdvsa émises avant le 25 aout 2017 sont interdites. 
 
Mars 2018 : 15 boxeurs vénézuéliens n'ont pas pu participer aux qualifications pour les Jeux d'Amérique Centrale et des Caraïbes 2018 parce qu'ils n'ont pas pu arriver à un accord avec les agences qui ont mis diverses limites parmi lesquelles le prix du billet qui est passé de 300 à 2 100 dollars par personne quand l'entreprise a appris qu'il s'agissait du transport de la Fédération Vénézuélienne de Boxe. 
Lorsque, ensuite, une compagnie privée a proposé un vol charter pour transporter l'équipe, la Colombie et le Panamá n'ont pas autorisé le survol de leurs espaces aériens et le Mexique a fait la même chose.
 
02/03/2018 : Les Etats-Unis renouvellent, pour un an, les décrets 13692 (Obama) et 13808 (Trump). Le décret 13808 impose six nouvelles mesures coercitives pour attaquer la stabilité financière du Venezuela. Le Bureau des Crimes Financiers des Etats-Unis (FinCEN) alerte les institutions financières mondiales que les transactions avec des entités publiques vénézuéliennes sont suspectées de corruption. Cette accusation sans fondement ni preuve a pour conséquence de freiner le paiement à des entreprises d’alimentation et à des laboratoires pharmaceutiques, rendant difficile l’importation de ces biens. De même, cela aura pour conséquence le gel d’1 milliard 650 millions de dollars appartenant à l’Etat vénézuélien. 
 
19/03/2018 : Le président Trump signe l’ordre exécutif 13827 qui interdit à tout citoyens et institutions d’effectuer des transactions financières avec la cryptomonnaie vénézuélienne « Petro » avant même que celle-ci puisse se négocier sur les marchés de cryptomonnaie. Cette décision est la première du genre dans la courte histoire des cryptomonnaies. 
 
27/03/2018 : Le gouvernement du Panama publie une liste de seize entreprises vénézuéliennes suspectées sans preuve de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme. 
 
28/03/2018 : Le Conseil fédéral de la Confédération suisse ordonne des sanctions, très similaires à celles des États-Unis et de l’Union Européenne, contre le Venezuela, rompant ainsi avec sa tradition de neutralité.
 
19/04/2018 : Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor des USA se réunit avec des représentants d’Allemagne, d’Argentine, du Brésil, du Canada, de Colombie, d’Espagne, de France, du Guatemala, d’Italie, du Japon, du Mexique, du Panama, du Paraguay, du Pérou, et du Royaume Uni pour leur demander des « actions concrètes afin de restreindre la capacité des fonctionnaires vénézuéliens corrompus et de leurs réseaux de soutien ». Il affirmera que le Président Nicolas Maduro ne possède aucune légitimité pour demander des crédits au nom de son pays. L’objectif est d’assécher financièrement le Venezuela. 

Avril 2018: Les Etats-Unis et la Colombie créent un groupe d’intelligence financière en vue de bloquer l’importation d’aliments et de médicaments: ceci confirme que l’on est entré dans la phase d’internationalisation de l’asphyxie financière promu par le décret exécutif du 25 août 2017.
 
Mai 2018 : 9 millions de dollars de l'Etat vénézuélien sont congelés. Ils étaient destinés au traitement de la dialyse. 20.000 patients en seront privés. 
 
Mai 2018 (bis) : La banque italienne Intensa Sanpaolo bloque l'argent destiné à la mise en place du pavillon du Venezuela à la XVI° Biennale d'Architecture de Venise.
 
 
Mai 2018 (ter): Sollicitant l’arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale, pour la résolution d’un litige estimé à 2,40 milliards de dollars, l’entreprise pétrolière ConocoPhilips entreprend le blocage d’une série de biens et d’avoirs de PDVSA; cette manoeuvre fragilise l’entreprise d’état vénézuélienne quant à ses positions internationales et affaiblit d’autant les rentrées d’argent dues à la vente de brut.
 
Mai 2018 (quater): Parallèlement à l’embargo engagé illégalement par ConocoPhilips, l’entreprise minière canadienne Rusoro dépose plainte pour chercher à se faire payer en actifs de Citgo et se PDVSA la somme de 1,20 milliards de dollars qu’elle s’était vu octroyer après un arbitrage.
 
Mai 2018 (quinquies)L’entreprise de sous-traitance canadienne SNC-Lavalin intente une procédure à l’encontre de PDVSA auprès d’un tribunal de New-York, pour un prétendu nonpaiement de dette d’un montant de 25 millions de dollars. C’est la première demande officielle de défaillance contre le Venezuela; preuve s’il en est que le grand capital global ne recule devant rien pour bloquer le pays, l’affaiblir et s’emparer de force de ses ressources.
 
Mai 2018 (sexies)Le gouvernement colombien bloque 400 000 kilos d’aliments destinés à renforcer le programme CLAP (qui permet à plus de 6 millions de familles réparties sur le territoire national de s’alimenter).
 
21/05/2018 : En raison de la réélection de Nicolas Maduro à la présidence, Donald Trump renforce les sanctions. Il sera désormais interdit à tous citoyens et entreprises des Etats-Unis d’acquérir des propriétés appartenant au gouvernement du Venezuela sur le territoire des Etats-Unis. 
 
25/06/2018 : Le Conseil européen adopte la décision 2018/901 sanctionnant des membres de l’administration vénézuélienne dont ceux opérant dans le secteur de l’alimentation. Cette mesure fait écho à celle prise un an plus tôt par les Etats-Unis (le 9 novembre 2017) afin de rendre impossible l’achat d’aliments par le gouvernement vénézuélien. 

Juillet 2018: L’OFAC, bureau du Département du Trésor étatsunien, fait une exception avec le petrobon PDVSA 2020: des transactions financières liées à cet instrument financier pourront être réalisées. C’est le seul dont la garantie comprend 50% des actions de la CITGO Petroleum Corporation, filiale de PDVSA aux Etats-Unis. La dérogation à la sanction sur ce bon consiste en ce que ses détenteurs pourront réclamer la garantie au cas ou PDVSA serait en défaut de paiement.
 
Août 2018: Le gouvernement de la République fédérative du Brésil admet qu’en raison du blocus économique mis en place par les Etats-Unis et l’Union Européenne contre le Venezuela, il n’a pas pu honorer la dette de 40 millions de dollars qu’il a contractée envers la Corporación Eléctrica Nacional (Corpoelec) qui fournit en électricité l’état brésilien limitrophe de Roraima.
 
25/09/2018: La OFAC sanctionne 5 entreprises privées pour avoir commercé avec le gouvernement vénézuélien. 
 
01/11/2018 : Le président Trump signe un nouveau décret autorisant le Département du Trésor à confisquer des propriétés à des opérateurs du secteur aurifère au Venezuela, sans que des accusations pénales ou civiles soient nécessaires. Le but recherché est d’empêcher la récupération par l’Etat vénézuélien du bassin minier de l’Orénoque, 4eréserve d’or au monde. 
Le Secrétaire adjoint du Trésor des Etats Unis, Marshall Billingslea dans un cynisme absolu, déclarera à ce sujet : « Nous devrions manifester plus d’indignation face aux dommages infligés à l’environnement et aux populations indigènes ». 
 
09/11/2018: La Banque Centrale du Royaume Uni refuse de restituer au Venezuela 14 tonnes d'or appartenant à ce pays. Il s'agit ni plus ni moins d'une spoliation d'une valeur de 1,2 milliards de dollars. 

13/12/2018: L'entreprise étasunienne de fabrication de pneus Goodyear ferme les portes de son usine au Venezuela. Motif invoqué par la direction de cette entreprise privée: "les sanctions des Etats-Unis qui rendent la poursuite de l'activité impossible".  
 
04/01/2019: Les gouvernements du groupe de Lima  à l'exception notable du Mexique (Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Guyana, Honduras, Panama, Paraguay, Pérou et Sainte Lucie) adoptent une résolution pour renforcer le blocus. Le texte adopté prévoit d'établir des listes de personnalités juridiques avec lesquels ces pays "ne devront pas travailler, devront empêcher l'accès à leur système financier, et si nécessaire congeler leurs actifs et ressources économiques". De même, la résolution oblige les pays membres du groupe de Lima à travailler auprès des organismes financiers internationaux auxquels ils appartiennent pour empêcher l'octroi de nouveaux crédits á la République Bolivarienne du Venezuela.
 
08/01/2019: Le département du trésor des Etats-unis bloque les actifs de 24 compagnies privées en raison de leurs échanges avec le gouvernement vénézuélien. 

08/01/2019 (bis): L'Assemblée Nationale (en outrage judiciaire), dominé par l'opposition, déclare comme nul les contrats souscrits par Pdvsa avec des compagnies étrangères de services pétroliers. Le but recherché est d'empêcher l'entreprise publique d'augmenter la production de barils. 

De plus, elle approuve la création d'un fond de reserve  basé à l'étranger provenant des ressources venezuéliennes venant de la corruption. Immédiatement salué par le secrétaire d'Etat des Etats-Unis, Mike Pompeo, cette mesure est le prélude au gel des avoirs et de l'argent vénézuéliens placé à l'étranger, comme ce fut le cas pour la Libye de Mouammar Khaddafi. 
 
25/01/2019: Suite à la tentative de coup d'Etat et à l'usurpation de pouvoir de Juan Guaido, le département du Trésor des Etats-Unis déclare que ce pays "utilisera ses outils économiques et diplomatiques pour s’assurer que les transactions commerciales du gouvernement vénézuélien, y compris celles impliquant ses entreprises publiques et ses réserves internationales, soient compatibles avec la reconnaissance de Juan Guaido comme président intérimaire du Venezuela". Cette manoeuvre vise à voler les ressources du pays sous couvert de soutenir le pouvoir factice que l'opposition s'est octroyé. 
 
Sur pression des Etats-Unis, la Banque d'Angleterre réitère son refus de restituer au Venezuela, 1,2 milliards de dollars en or. Cela s'inscrit dans la stratégie de gel des actifs de la Nation caribéenne, décidé à Washington et approuvé par l'Assemblée Nationale du Venezuela (à majorité d'opposition et en outrage judiciaire). 
 
26/01/2019: En marge de la réunion du Conseil de Sécurité de l'ONU traitant du thème du Venezuela, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo a demandé a ses alliés de "déconnecter le Venezuela de leurs système financier" ainsi que de dévier les actif du pays vers le gouvernement parallèle et illégitime de Juan Guaido. Le pillage des actifs du pays est en marche.
 
28/01/2019: Les Etats-Unis annonce un gel des actifs de Pdvsa pour un montant de 7 milliards de dollars. 
 
Juan Guaido nomme illégalement un nouveau conseil d'administration de l'entreprise Citgo. Les transactions de cette entreprise vénézuélienne présente sur le territoire des Etats-Unis iront sur un compte bloqué, annonce le département du trésor des USA. 
 
Conformément à la résolution de l'Assemblée Nationale (en outrage judiciaire) du 8 janvier 2019, Juan Guiado annonce le gel de tous les actifs de son pays à l'étranger. Tous les pays le reconnaissant comme "président par interim" obtiennent un blanc-seing pour piller le patrimoine vénézuélien. 
 
 
Partager cet article
Repost0
6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 06:29

 

 

Ou encore le “ Punishing the Poor ” à la sauce du banquier

 

Ci-dessous de larges extraits d’un article de Nolwen Weiler de Bastamag

 

« Cela va vraiment être très violent » : des agents de Pôle emploi réagissent aux sanctions contre les chômeurs

 

  

La loi sur « la liberté du choix de son avenir professionnel » (sic), votée en septembre dernier, avait prévenu : les contrôles sur les chômeurs allaient se durcir. Mais personne ne s’attendait à ce que les sanctions prévues contre les demandeurs d’emplois soient si rudes, y compris les agents de Pôle emploi. Annoncées fin décembre par un décret publié au journal officiel, ces sanctions prévoient de rogner, voire de supprimer les indemnités chômage pour des rendez-vous manqués, des offres d’emploi refusées, ou des connexions sur son espace personnel pas suffisamment fréquentes. Du côté des conseillers, c’est la consternation, teintée de colère et de stress.

 

 

Les nouvelles instructions sont tombées sur les bureaux des agents de Pôle emploi le 3 janvier dernier. Une dizaine de pages qui décrivent par le menu les obligations des demandeurs d’emploi et les sanctions auxquelles ils s’exposent s’ils n’y répondent pas. Et ce, dès le premier manquement. Une première absence à un rendez-vous entraîne une radiation d’une durée d’un mois. À la seconde absence, la radiation est étendue à deux mois et les indemnités sont supprimées pour une durée équivalente. À la troisième absence, on passe à quatre mois.

 

 

Ces radiations et suppressions d’indemnités seront également exponentielles en cas d’« insuffisance de recherche d’emploi » ou de « refus de deux offres raisonnables d’emploi », le tout laissé à l’appréciation des agents de Pôle emploi. 

 

 

« Désormais, pôle emploi a tout pouvoir. Il n’y a plus de regard extérieur »

 

Parmi les points « essentiels » à retenir : le fait que Pôle emploi dispose désormais du pouvoir de supprimer une partie ou la totalité du revenu de remplacement – l’assurance-chômage que perçoit un salarié licencié ou dont le contrat s’est terminé, et pour laquelle lui et son employeur ont cotisé. Avant la parution du décret, le 30 décembre 2018, qui définit les nouvelles règles de contrôle des chômeurs, la suppression du revenu des indemnités chômage nécessitait une saisine du Préfet.« Désormais, pôle emploi a tout pouvoir. Il n’y a plus de regard extérieur », s’inquiète Émilie, qui travaille depuis plus de 30 ans auprès des demandeurs d’emploi en Bretagne : « Nous ne sommes pas là pour sanctionner et radier les gens, nous sommes là pour accompagner les personnes en recherches d’emplois et calculer leurs allocations au plus juste. »

 

 

Ce contrôle et ces sanctions renforcés doivent être mis en place via de nouveaux formulaires et logiciels que les conseillers ne maîtrisent pas encore. 

 

 

Une recherche d’emploi jugée insuffisante, une « non présentation à une action de formation » ou refuser deux offres d’emploi considérées comme « raisonnables » indépendamment du niveau de salaire et des conditions de travail sont soumises à la même progression exponentielle des sanctions que les absences aux rendez-vous, avec une suppression des indemnités à la première erreur. « C’est la double peine automatique, dénonce Daniel. La personne est suspendue pendant un mois. Et quand elle se réinscrit, on lui impute un mois. Elle se retrouve avec deux mois sans revenus. »« Ceux qui ont des facilités, qui se débrouillent avec l’outil informatique, il n’y aura pas trop de soucis pour eux, intervient une collègue. Mais les personnes qui sont loin de l’emploi, qui ne sont pas autonomes vis à vis du système informatique, ça va être plus compliqué pour elles. Elles vont se retrouver de plus en plus précarisées. »

 

 

L’agente cite l’exemple des convocations aux rendez-vous, qui sont envoyées par Internet, ce qui suppose que les demandeurs d’emploi consultent très régulièrement leur espace personnel. « Tout est de plus en plus dématérialisé. Il devient difficile de trouver quelqu’un à qui parler. Les personnes un peu perdues vont l’être plus encore. »Pour justifier une recherche active d’emploi, il faut enrichir sans cesse son espace personnel numérique : être abonné aux offres d’emplois que l’on doit consulter tous les jours, mettre à jour son profil etc. « Cela lèse énormément les gens qui ne sont pas connectés, évidemment, sachant que l’on pourra désormais être sanctionné si on refuse de mettre son CV en ligne. »Tarif – minimum – de la sanction : un mois de radiation et autant de temps d’indemnités en moins.

 

 

Ces conseillers qui font de la résistance

 

Pour tracer le comportement des chômeurs, le nombre de contrôleurs va augmenter. Généralisé en 2015, sous le quinquennat de François Hollande, le contrôle de la recherche d’emploi mobilise à présent 600 agents, soit trois fois plus qu’il y a un an. 1000 personnes devraient à terme travailler dans ce service. Consultés dès mai 2018 sur l’augmentation du nombre de contrôleurs, « les syndicats se sont prononcés contre, rapporte Emilie. L’augmentation du nombre de contrôleurs se fait à effectifs constants, ce sont des conseillers qui changent de postes, ce qui réduit notre capacité à aider les personnes en recherche d’emploi. Cela stigmatise les chômeurs, les assimilant à des feignants et les forçant, ensuite, à accepter n’importe quelles conditions de travail. »La loi dont dépend le décret sur le contrôle des chômeurs, qui s’intitule « Travail : liberté du choix de son avenir professionnel » porte décidément bien mal son nom.

 

 

Jusque là, de nombreux conseillers ont fait – tant bien que mal – de la résistance, protégeant les demandeurs d’emploi contre la politique du chiffre imposée par les radiations ou le retour forcé vers des emplois de piètre qualité. « Quand une personne ne se présente pas, on peut faire un report simple de rendez-vous, décrit Daniel, qu’on ait réussi ou pas à la joindre par mail ou par téléphone. Cela évite qu’elle reçoive un courrier automatique d’avertissement avant radiation. »Les agents Pôle emploi peuvent également intervenir du côté des « offres raisonnables d’emploi » (ORE). Le nouveau décret prévoit qu’à partir de deux refus, le demandeur d’emploi pourra être sanctionné.

 

 

Pressions sur les conseillers pour signaler les « mauvais » chômeurs

 

« Le projet personnalisé d’aide à l’emploi définit un métier, une zone géographique, et un niveau de salaire, précise Daniel. Jusqu’alors, le demandeur pouvait refuser un emploi pour lequel il était moins payé qu’auparavant. C’est terminé puisque maintenant, on tiendra compte des salaires pratiqués sur l’aire géographique où un emploi est recherché. »Les conseillers tâcheront de continuer à ruser, en mettant par exemple un emploi inexistant dans l’aire de recherche du chômeur, ou en trichant un peu sur l’aire géographique de recherche « pour que les gens ne se retrouvent pas à travailler très loin de chez eux ». Mais ils craignent qu’il soit de plus en plus difficile de résister.

 

 

Les chômeurs bientôt contrôlés 24h/24 ?

 

Un autre outil de contrôle devrait être expérimenté à partir du mois de juin. Il a fait bondir les conseillers : il s’agit d’un carnet de bord numérique, que les demandeurs d’emploi devront remplir chaque mois à l’occasion du renouvellement de leur inscription. Le maintien de l’inscription sur la liste des demandeurs d’emploi est subordonné à la mise à jour de ce carnet de bord. « Il faudra que les gens justifient de 35 heures de recherche active, s’indigne Daniel. Certains contrôleurs ne vont pas faire de cadeaux. Ça va vraiment être très violent. Tout ça pour faire baisser les chiffres du chômage. »

 

Nolwenn Weiler

Pôle emploi : une machine de guerre contre les pauvres
Partager cet article
Repost0
3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 06:36
Excellent article de Laurent Dauré pour Les-Crises, repris par Le Grand Soir

 

À entendre les chiens de garde de l’ordre établi, les Gilets jaunes seraient gangrenés par l’ensemble des tares les plus répugnantes : violence, populisme (et pollutionisme), extrémisme, racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie. Il manque bien sûr un élément à ce grand chelem de la vilenie : le conspirationnisme. Les médias et commentateurs dominants vilipendent le mouvement pour sa prétendue grande perméabilité aux fake news et aux théories du complot – notamment après la tuerie de Strasbourg –, enrichissant ainsi la gamme des calomnies aussi malhonnêtes que dégradantes déversées sur les Gilets jaunes pour tenter de les discréditer, de les diviser, et d’affaiblir le large soutien dont ils bénéficient dans la population.

 

Dans le même temps, les chasseurs d’infox patentés minorent ou ignorent carrément les multiples outrages à la vérité commis par les représentants du pouvoir et leurs auxiliaires. Ce qui augure du meilleur quant à l’application de la « loi contre les fausses informations » adoptée par l’Assemblée nationale en novembre. Pour permettre de mesurer l’ampleur du deux poids, deux mesures à l’œuvre, nous présentons ici – par ordre chronologique – douze cas de fake news d’origine macroniste. Le tout en deux parties. La liste n’est assurément pas exhaustive…

 

Fake news n°1 : Les Gilets jaunes réunis sur les Champs-Élysées sont des séditieux d’ultradroite

– Qui ? : Christophe Castaner (ministre de l’Intérieur)

 

– Quand ? : 24 novembre 2018

 

– Quoi ? : À la mi-journée, lors de « l’acte II » du mouvement des Gilets jaunes, Christophe Castaner fait un point presse devant la préfecture de police de la capitale. Voici son diagnostic de la situation (cf. BFM-TV) : « Sur Paris, on voit une évolution, à l’appel de Marine Le Pen, qui avait invité les manifestants à venir sur les Champs-Élysées. Effectivement, près de 5 000 personnes sont mobilisées. Mais ce que l’on constate c’est qu’aujourd’hui l’ultradroite, l’ultradroite [il faut répéter l’élément de langage important] s’est mobilisée, est en train de vouloir dresser des barricades sur les Champs-Élysées. »

 

Peu après, le ministre de l’Intérieur surenchérit en affirmant que les manifestants sont des « séditieux [qui]ont répondu à l’appel notamment de Marine Le Pen [nouvelle répétition] et veulent s’en prendre aux institutions, comme ils veulent s’en prendre aux parlementaires, aux parlementaires de la majorité ». Par ces propos lourdement insinuatifs, M. Castaner laisse entendre que la majorité des Gilets jaunes réunis sur les Champs-Élysées sont des séditieux d’ultradroite ayant répondu à une convocation de la présidente du Rassemblement national.

 

– En fait : La veille du rassemblement, Le Parisien rend compte d’une note confidentielle de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) ; celle-ci anticipe la présence de 80 à 120 militants de l’ultradroite. Dans l’après-midi du 24, BFM-TV rapporte : « Une centaine de militants de l’ultra-droite serait présente dans les rangs jaune fluo, selon la Préfecture de police. »

 

Les témoignages de Gilets jaunes qui étaient sur place (quelques exemples : France BleuLa République du CentreCNews) démentent eux aussi les « observations » de Christophe Castaner. Europe 1 affirme que près de « 200 militants d’ultra-droite ont participé aux débordements à Paris », des partisans de « groupes comme Génération identitaire ou le GUD ».

 

Parmi les 103 personnes interpellées – dont 101 placées en garde à vue –, nulle trace d’affiliation à l’ultradroite ou d’antécédent judiciaire (voir RTLBFM-TV ou LCI) ; selon France Inter« personne n’avait été identifié auparavant par les services de renseignements, que ce soit au sein de l’extrême-droite ou de l’extrême-gauche, ce qui a été confirmé pendant les gardes à vue. Personne n’a reconnu faire partie d’une mouvance extrême.  »

 

Les assertions mensongères et anxiogènes de Christophe Castaner avaient avant tout une fonction d’intimidation, il s’agissait à la fois de faire peur aux Gilets jaunes – et à leurs sympathisants –, de les dissuader de manifester et de les sommer de se désolidariser d’un mouvement de « factieux d’ultradroite proches de Marine Le Pen ». La ficelle, utilisée depuis plusieurs décennies sur la scène politique française, est aussi grossière qu’indigne, cela n’empêche pas les clones macroniens d’en faire leur rengaine comminatoire : « C’est nous ou l’extrême droite. »

 

Fake news n°2 : Un Gilet jaune a fait un salut nazi sur les Champs-Élysées

 

 

– Qui ? : Team Macron (un important compte Twitter semi-officiel dédié à la défense de la Macronie), Naïma Moutchou (députée LREM, rapporteur de la loi relative à la lutte contre les fausses informations)

 

– Quand ? : 24 novembre 2018

 

– Quoi ? : D’après la Team Macron, une courte vidéo extraite d’un direct de BFM-TV sur les Champs-Élysées – toujours lors de l’acte II – montre un Gilet jaune en train de faire un salut nazi. Les e-roquets du président commentent : « Tranquille, un salut nazi sur les Champs-Élysées » (avec les mots-dièse « #SansMoiLe24 #24novembre #GiletsJaunes »).

 

Naïma Moutchou, rapporteur de la « loi anti-fake news », partage l’image et écrit : « Paris 1940 ? Non non, Paris 2018 ! Honte à ceux qui piétinent ainsi la République. Qu’ils sachent que leurs manœuvres n’y changera [sic] rien : nous continuerons à transformer le pays et répondrons à la colère de ceux de nos concitoyens qui manifestent dans le respect de la loi. » D’autres membres de LREM abondent dans ce sens.

 

En somme, des héritiers de Jacques Doriot plastronnent sur les Champs-Élysées au milieu de Gilets jaunes coupablement passifs mais la macronsphère défendra la République jusqu’à son dernier tweet.

 

– En fait : Quand on se donne la peine d’écouter le son de la vidéo (comme l’a fait France 2), l’erreur de la Team Macron & Cie se révèle de dimension jupitérienne : passant devant la caméra de BFM-TV, le Gilet jaune en question dit « Ave, Macron ! » en faisant un salut… romain. Il s’agit donc du clin d’œil ironique d’un « gaulois réfractaire ».

 

La loi contre la manipulation de l’information ayant été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale – malgré son rejet par le Sénat – quelques jours plus tôt (le 20 novembre), Naïma Moutchou montre l’exemple en effaçant le tweet dans lequel elle relayait une fake news bien dodue. Le 28 novembre, elle fait une mise au point auto-complaisante. Par contre, s’excuser auprès du Gilet jaune moqueur et des autres manifestants qu’elle a diffamés en tentant de les faire passer pour des néonazis était manifestement au-delà de sa capacité de repentir.

 

Quant à la Team Macron, elle maintient (et s’enfonce) avec un tweet envoyé le 25 novembre : « Qu’il crie “avé[sic] Macron” ou autre chose ne change rien à la nature du geste qui est clairement un salut nazi. » Errare humanum est, perseverare diabolicum

 

 
À droite, le président du Parlement ukrainien, Andrei Parouby, cofondateur du Parti social-nationaliste d’Ukraine (alias « Svoboda »), reçu le 11 juin 2018 par François de Rugy, alors président de l’Assemblée nationale – Cf. ce billet et celui-ci

 

Fake news n°3 : C’est la peste brune qui a manifesté sur les Champs-Élysées

 

– Qui ? : Gérald Darmanin (ministre de l’Action et des Comptes publics)

 

– Quand ? : 25 novembre 2018

 

– Quoi ? : Reçu dans l’émission « Le Grand Jury » sur LCI/RTL/Le Figaro, Gérald Darmanin déclare à propos de la manifestation de la veille sur les Champs-Élysées : « Ce ne sont pas des Gilets jaunes qui ont manifesté, c’est la peste brune qui a manifesté. » Deux journalistes protestent timidement face à cette déclaration qui leur semble quelque peu outrée, mais le ministre persiste et signe : « C’est pas parce que vous mettez un gilet jaune que vous n’avez pas […] une chemise brune en-dessous. »

 

M. Darmanin est donc formel : tous les Gilets jaunes réunis sur les Champs-Élysées le 24 novembre – 5 000 personnes selon le comptage rabougri du ministère de l’Intérieur – étaient des néonazis.

 

– En fait : La teneur des propos est proche de celle du point presse de Christophe Castaner la veille mais avec en prime une expression encore plus infamante et une absence d’ambiguïté dans la généralisation. Pour l’ex-LR Gérald Darmanin, la totalité des manifestants présents sur la plus célèbre avenue de Paris étaient des émules jaune fluo de Jacques Doriot. Après l’ultradroite, la peste brune… Difficile d’aller plus loin dans la bêtise et l’ignominie.

 

On l’a vu ci-dessus, il est radicalement faux d’affirmer que les Gilets jaunes rassemblés sur les Champs-Élysées, y compris ceux qui sont qualifiés de « casseurs », ont quoi que ce soit à voir avec le nazisme. La très grande majorité (au moins 95 %) ne relève pas même de l’extrême droite. Et M. Darmanin le sait très bien. Son abject mensonge – qui contribue à répandre un climat anxiogène – vise uniquement à salir le mouvement des Gilets jaunes, à briser la franche solidarité dont il jouit au sein du peuple.

 

Il est par ailleurs irresponsable de relativiser ainsi la réalité du (néo)nazisme, on peut y voir une forme de révisionnisme impensé. En effet, si c’est la peste brune qui a manifesté le 24 novembre 2018 sur les Champs-Élysées, alors comment qualifier le défilé de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (dite LVF) qui a eu lieu sur la même avenue le 27 août 1943 ?…

 

Fake news n°4 : Des Gilets jaunes ont incendié le Musée du Jeu de paume

 

 

– Qui ? : Team Macron

 

– Quand ? : 1er décembre 2018

 

– Quoi ? : Retweetant une courte vidéo filmée par le journaliste britannique indépendant Peter Allen à proximité des Tuileries lors de l’acte III, la Team Macron (encore elle) accrédite l’affirmation qui l’accompagne et écrit : « Les #giletsjaunes ont mis le feu au musée du jeu de Paume… » Et les zélotes jupitériens ajoutent : « Mais quand s’arrêtera la mansuétude contre [sic] le mouvement le plus ouvertement haineux, raciste et violent que nous ayons connu depuis les années 30 ? » Rappelons que, malgré les apparences, la Team Macron n’est pas un compte parodique.

 

Nous sommes là toujours dans le registre darmanesque de la peste brune : les Gilets jaunes, tels des nazis, s’attaquent à la culture en brûlant un temple de l’art.

 

– En fait : Une camionnette garée à côté du musée a été incendiée mais le bâtiment n’a pas été atteint par les flammes. Des vitres ont par contre été brisées et certains « Gilets jaunes » auraient tenté de pénétrer à l’intérieur. La direction du Jeu de paume a ensuite déclaré (le 3 janvier) aux journalistes de la rubrique « CheckNews » du site de Libération  : « Il n’y a pas eu d’intrusion dans le bâtiment et aucun incident grave n’est à déplorer. »

 

La Team Maton – qui applaudit la répression policière sans jamais en montrer les conséquences sanglantes– ayant effacé son tweet, le compte Fallait Pas Supprimer écrit : « Grosse journée pour @TeamMacronPR qui vient de supprimer un 2nd tweet… » L’équipe de choc répond alors : « Vaut mieux ça que de dire une connerie hein. » Mais quand s’arrêtera la mansuétude des macroniens contre eux-mêmes ?

 

Lorsque l’on tient à réagir à chaud, à faire du sensationnalisme, et que l’on s’est vissé au crâne des lunettes anti-Gilets jaunes aux verres très épais, les « conneries » sont inévitables. On verra plus loin que la performance déconnante de la Team Macron ne s’est pas arrêtée là.

 

Fake news n°5 : Plusieurs milliers de personnes vont se rendre à Paris pour casser et tuer

 

– Qui ? : L’Élysée, Jacqueline Gourault (ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales)

 

– Quand ? : 5 décembre 2018

 

– Quoi ? : Dans la soirée, l’Élysée fait savoir à Franceinfo que la manifestation à Paris du samedi 8 – acte IV – risque d’être « d’une grande violence ». La présidence affirme que les remontées du terrain sont « extrêmement inquiétantes » et qu’il faut s’attendre à ce qu’« un noyau dur de plusieurs milliers de personnes » déferlent sur la capitale « pour casser et pour tuer ». Comme le rapporte France Inter, l’Élysée anticipe une arrivée massive de « factieux » et de « putschistes » assoiffés de sang et de destruction.

 

Interrogée le 6 décembre sur ces prédictions effrayantes par Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV, Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, n’apporte ni démenti, ni nuance. Le même jour, l’hebdomadaire Valeurs actuelles – pour lequel l’ordre est une valeur éternelle – surenchérit dans le style ultra-anxiogène qui le caractérise : « Plusieurs sources au sein des services de renseignement (SCRT et DRPP) estiment qu’environ “20 000 gilets jaunes voulant en découdre et tuer” pourraient agir sur le territoire samedi. On s’attend à une probabilité d’ouverture de feu de “80 à 100 %”, complète un spécialiste de l’ordre public ».

 

L’alerte apocalyptique de l’Élysée est évidemment reprise dans tous les médias dominants. Le message adressé aux Gilets jaunes est clair : « Restez chez vous ». Et aux autres : « Détournez-vous de ce mouvement criminel ».

 

– En fait : À Paris, le 8 décembre, 1 082 personnes ont été interpellées – souvent préventivement –, avec une garde à vue pour plus de 900 d’entre elles. Le lendemain, Le Parisien écrit : « Selon nos informations, ce dimanche matin 396 gardes à vue ont été levées puisque 108 mis en cause ont été déférés au parquet de Paris, 284 procédures ont été classées et quatre autres dossiers sont en attente de décision. »

 

Où sont passés les milliers de Gilets jaunes venus dans le but de casser et tuer ? Où sont les éléments factuels – les fameuses remontées du terrain « extrêmement inquiétantes » – qui permettaient d’annoncer à la France entière qu’une horde jaune fluo allait faire couler le sang dans les rues de la capitale ?

 

Tant que l’Élysée n’aura pas présenté des preuves quant à l’existence de cette armée de trucideurs en puissance – tous neutralisés ou dissuadés de passer à l’acte par le dispositif policier ?… –, il est légitime de considérer qu’on a affaire à une fake news en bonne et due forme destinée à terroriser. Avec le facteur aggravant qu’il s’agissait d’une prophétie officielle tonitruée par l’immense caisse de résonance médiatique.

 

Fake news n°6 : Steve Bannon a orchestré le mouvement des Gilets jaunes

 

– Qui ? : Team Macron, Émilie Chalas (députée LREM), Coralie Dubost (députée LREM), Aurore Bergé (députée LREM, porte-parole du groupe à l’Assemblée nationale)

 

– Quand ? : 5 décembre 2018

 

– Quoi ? : Sur Twitter, la Team Macron (eh oui, la revoilà déjà) exulte : « Énorme ! Le nom de domaine du site giletsjaunes.com a été acheté en mai 2017 (!!!), une semaine après l’élection d’Emmanuel Macron et enregistré à Denver aux États-Unis. » Une capture d’écran montre les informations relatives à ce nom de domaine. Conclusion de cette révélation « énorme » : « Ce serait bien que les gens commencent à s’intéresser à ce que fait Steve Bannon en Europe… » Voilà, tout s’explique : l’ancien stratège de Donald Trump est derrière le mouvement des Gilets jaunes.

 

 

Trois députées du parti présidentiel relaient avec délectation le scoop sur Twitter : Émilie Chalas (« Ah… donc Bannon… »), Coralie Dubost (« La réalité dépasserait-elle la fiction ?!? ») et Aurore Bergé (retweet de la précédente), cette dernière étant également porte-parole du groupe LREM à l’Assemblée nationale.

 

 

– En fait : Comme l’a très bien établi CheckNews sur Libération.fr, le nom de domaine giletsjaunes.com n’a pas été acheté en mai 2017, la génération est antérieure d’au moins deux ans. En 2015, un site est créé avec ce nom, il a pour objet de contester la réforme des rythmes scolaires menée par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Vincent Peillon. Le collectif à l’initiative s’appelle les « Gilets jaunes » (le 6 décembre 2014, Le Monde publie un article qui mentionne ce mouvement).

 

Abandonné, giletsjaunes.com se retrouve ensuite dans l’escarcelle de NameBright, une société gérant la réservation de noms de domaine basée à Denver aux États-Unis ; celle-ci l’enregistre le 15 mai 2017 et le met en vente. L’adresse américaine figurant sur la capture d’écran brandie par la Team inspecteur Gadget correspond donc à la localisation de NameBright. Le 23 novembre, après le début du mouvement des Gilets jaunes, le domaine est racheté ; aucun site n’est actif à ce jour sur celui-ci.

 

Dans la nuit du 6 décembre, les trois députées LREM suppriment leurs tweets ; la Team Macron fait de même et se justifie une fois encore en évoquant une « connerie » (voir ici), tout en ajoutant immédiatement : « Mais une connerie n’est pas une fake news au sens où l’entend la loi. » Bref, longue vie au complotisme autorisé !

 

Le générateur à infox anti-Gilets jaunes de la Macronie n’est pas en panne. Nous continuerons d’en admirer les merveilles dans une seconde partie…

 

Laurent Dauré
pour Les-Crises.fr

Partager cet article
Repost0
31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 06:30

 

 

Il m’a été récemment donné de passer une journée à Genève. Normalement, j’aurais dû rester trois jours pour accompagner pleinement ma fille durant toute une compétition, mais je n’avais pu budgéter un séjour aussi dispendieux.

 

Je connais très peu la Suisse où je n’ai fait que passer un jour par-ci par-là. Juste assez pour me rendre compte que, autant les Français ne savent pratiquement rien du pays de Guillaume Tell, autant les Suisses ont une connaissance très fine de notre pays en général et de sa vie politique en particulier. En témoigne le blog 1dex de Stéphane Riand qui a la gentillesse de m’accueillir régulièrement sur son site.

 

S’il y a tant de richesse à Genève, à Lausanne ou à Crans-Montana, c’est qu’il y a beaucoup de pauvres. Alors, justement, entre deux épreuves de natation, j’ai longuement discuté avec une employée municipale genevoise.

 

Statutairement, elle est en gros au niveau d’une smicarde française. Mais elle m’explique qu’elle exerce en fait trois métiers. Âgée de 60 ans, divorcée (son ancien mari verse une rente de compensation malheureusement faible), elle paye un lourd impôt sur le revenu car elle n’a plus d’enfants à charge. Le soir, cinq fois par semaine, elle exerce des fonctions de régisseuse adjointe auprès d’une compagnie théâtrale qui ne roule pas sur l’or. Le dimanche matin, de 11 heures à 14 heures, elle travaille dans un restaurant. Il lui faut en effet payer un loyer exorbitant et une couverture sociale scandaleusement élevée au regard des critères français. Hors de question pour elle d’être propriétaire : le prix moyen du mètre carré à Genève est de 11 000 euros. Des appartements de 150 mètres carrés peuvent se négocier à 3 500 000 euros. Idéalement, notre employée aurait intérêt à vivre en France, à deux pas de Genève. Á Geix, le prix du mètre carré est d’environ 3 500 euros. Mais tous les Suisses ne peuvent pas venir vivre en France…

 

Le coût des soins est un pur scandale. Je ne parle pas des cliniques privées où les filles “ fautives ” de la grande bourgeoisie française allaient avorter discrètement avant 1981. Je fais référence au système public qui impose une franchise pour les soins. La Suisse étant une confédération, il n’y a pas de système étatique, si bien que, dans certaines régions du pays, cette franchise peut atteindre 2 000 francs suisses ! Donc quantité de gens ne se soignent plus. Ou alors entièrement à leurs frais. Quant à la retraite, our notre employée inspirée du système français agrémentée d’une capitalisation chère à la CFDT, elle n’y pense même pas. Malgré son âge. Comme elle perdra 40% de son salaire actuel, elle envisage – car elle n'aura pas vraiment le choix – de travailler jusqu’au bout de ses forces.

 

 

 

Suisse et pauvre

 Pour me garer une journée sur le parking Rolleix (sic), j'avais économisé deux mois !

 

PS qui n'a rien à voir : il n'y a pas que le bon Gruyère en Suisse, il y a aussi les vers de farine et les sauterelles (qui viennent par avion) pour l'apéro. Et ce n'est pas donné ! .

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2019 3 30 /01 /janvier /2019 06:18

 

Un policier, un gendarme ne prend jamais la moindre initiative : il obéit aux ordres. Si les forces de l’ordre ont crevé des yeux, c’était intentionnellement et parce qu’elles se situaient au bout d’une chaîne de commandement dont l’origine était le président de la République (le banquier) et son ministre de l’Intérieur (le joueur de cartes).

 

Regardez attentivement cette vidéo. Elle est un peu longue (une petite dizaine de minutes) mais très explicite. Nous avons affaire à des manifestants totalement pacifiques qui vont, qui viennent, qui discutent. Soudain, l’un d’entre eux crie à plusieurs reprises à l’adresse d’un flic : « baisse ton arme, tu vises la tête ». Et puis un coup part. Jérôme Rodrigues reçoit une balle dans l’œil. Quelques instants plus tard, la police charge le cordon sanitaire qui tente de protéger Rodrigues. Au fait, avez-vous entendu Castaner s'excuser pour l'œil perdu de ce manifestant pacifique ?

 

Lorsque j’étais enfant dans les années cinquante, on me disait que, durant la “ Grande Guerre ”,  11 kilos de plomb étaient nécessaires pour tuer un homme. La boucherie était tellement aléatoire et les armes tellement peu précises que cette énorme quantité de munition était requise. Aujourd’hui, les armes des forces de l’ordre sont si sûres – surtout à 5 ou 10 mètres – que quarante grammes suffisent à énucléer un individu (ou à lui ficher du plastique dans le cerveau) et à briser sa vie.

 

Qu’il ait été ministre de l’intérieur, Premier ministre ou président de la République, Chirac ne fut jamais un tendre pour les manifestants. Dans les années soixante-dix, tandis que Le Canard enchaîné l’appelait “ Château-Chirac ” (il avait fait restaurer à nos frais – par un stratagème dont il avait le secret – un château lui appartenant et qu’il n’occupa jamais), les gens de gauche l’appelaient “ Facho-Chirac ”, car sa police réprimait sévèrement. Il n’est pourtant jamais allé aussi loin dans l’horreur que l’enfant de la bonne bourgeoisie du quartier Henriville à Amiens. Tout récemment, Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, figure de la droite catholique, déclarait que la police avait moins réprimé les émeutes en banlieue en 2005 que les gilets jaunes, que les consignes de sécurité avaient été beaucoup moins « excessives » à l’époque. Il ne m’étonnerait pas que Lemoine craigne pour la vie de ses neufs enfants et petits-enfants. Le banquier, pour sa part, ne peut connaître ces affres.

 

 

Le banquier et le joueur de cartes visent les yeux

 

Tant qu’il sera entouré de carpettes, le banquier d’Henriville et de la Providence réunis pourra continuer à viser la tête. Ce n’est pas son ministre Rugy, arriviste institutionnel flamboyant, qui l’en empêchera. Et pourtant, il n’y a pas si longtemps, François Goullet de Rugy estimait que le LBD était « une source permanente de bavures ». En 2009, il avait déposé, avec ses comparses écologistes Mamère et Cochet aujourd’hui bien discrets, une proposition de loi pour « interdire l'utilisation d'armes de 4ème catégorie par la police ou la gendarmerie contre des attroupements ou manifestations » (les LBD de l’époque). Ce texte ne sera malheureusement jamais examiné par les députés en séance bien qu’ayant été rédigé après la blessure à l’œil au “ Flash-ball ” d’un manifestant à Montreuil. Selon Le Figaro, cette proposition « n'a pas pris une ride et pourrait, sans aucun doute, être aujourd'hui défendue par un groupe de l'opposition. »

 

PS : mystère et poésie du capitalisme. L’article du Figaro est parrainé par une crème soins anti-rides de L’Oréal. Volontairement ou involontairement, il ne me déplairait pas de le savoir…

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2019 7 27 /01 /janvier /2019 05:33

Par Juan Branco

 

A Vanves et Issy-les-Moulineaux, à quelques pas de Paris, là où André Santini a décidé de ne pas se représenter, où plus de soixante pour cent des électeurs viennent de voter pour Emmanuel Macron, voilà que celui dont le conjoint siège au comité d’investiture pour y représenter le Président de la République, se voit ouvrir un boulevard. Emmanuel Macron s’apprêtant à être élu, Attal n’a plus qu’à officialiser son engagement, redessiner doucement son CV, prétendre qu’il s’apprêtait à lancer une Start-Up et sans guère faire campagne, obtenir sa députation. Le 18 juin 2017, il entre en cette Assemblée nationale qu’il connaît si bien et où Alexandra R., maintenant oubliée, l’avait introduit quelques années plus tôt. Immédiatement bombardé whipde la commission des affaires culturelles et éducatives grâce à l’appui silencieux de son conjoint – qui continue de taire leur relation et, devenu conseiller politique à l’Elysée, est chargé de superviser la distribution des postes au sein de la nouvelle Assemblée – Attal prend dès lors sans difficultés un ascendant incompréhensible pour le quidam sur ses nouveaux camarades députés. Il est nommé dans la foulée rapporteur de la loi créant Parcoursup, dont la mise en place catastrophique n’aura là encore aucun d’effet sur la suite des événements. A cet instant, plus personne n’a d’intérêt à exposer les ressorts de son ascension. La fausse pudeur en vogue dans l’oligarchie, doublée de la crainte d’un outingqui serait mal perçu, protègent la mystique d’Attal et sa capacité à s’imposer. Le voilà distillant à droite à gauche anecdotes, tout en couvrant de façon méticuleuse les ressorts de son ascension, obtenant de Richard Ferrand tout ce que son conjoint ordonne à ce dernier d’octroyer.

 

Le jeune député est cependant et contre toute logique bombardé porte-parole du parti présidentiel en décembre 2017. L’insigne inconnu, âgé de vingt-huit ans, sans aucune expérience de vie, se montre incapable en un premier temps de susciter un quelconque intérêt, et tarde deux mois à provoquer le moindre article à son sujet. C’est alors que Séjourné obtient de l’Elysée qu’il soit invité à la matinale de France Inter en pleine mobilisation des cheminots et des étudiants, à la place d’un Jean-Michel Blanquer qui sait très bien l’intérêt qu’il trouvera à ne pas s’exposer. Les années socialistes sont écartées, et revient la véritable pensée d’un être construit et institué par et pour le service de sa classe, qui comme Macron n’a plus de raison de le masquer. Il a à peine le temps de voter contre l’interdiction du glyphosate après avoir déclaré publiquement vouloir son interdiction, appuyer la proposition de loi contestée sur les fake news, décrire le gouvernement italien comme étant « à vomir », que l’attend l’étape d’après. Se présentant moins d’un an après son élection, à seulement 28 ans, à la présidence du groupe parlementaire majoritaire de son pays, Attal ne retire sa candidature qu’une fois assuré que quelques semaines plus tard, un ministère lui sera octroyé. L’Elysée vient de lui offrir les réseaux de Mimi Marchand, enclenchant une campagne de propagande visant à préparer et légitimer a posteriori sa nomination au gouvernement. Gabriel Attal est intronisé sans efforts, par pure inertie, au cœur de l’État français. Lorsque, le 16 octobre 2018, il est nommé Secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, avec les attributions budgétaires et politiques qui vont avec, en charge de la mise en œuvre du service universel, il est peut-être, avec son conjoint, le seul à ne pas être surpris. 

 

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (10)

 

Alors que le peuple bruit, achevons cette fable par cette simple affirmation : ces êtres ne sont pas corrompus car ils sont la corruption. Les mécanismes de reproduction des élites et de l’entre-soi parisien, aristocratisation d’une bourgeoisie sans mérites, ont fondu notre pays jusqu’à en faire un repère à mièvres et arrogants, médiocres et malfaisants. Nulle part ne réside plus la moindre ambition, la moindre recherche d’un engagement ou d’un don.

 

Reste une question. Pensait-on que ces êtres serviraient des idées, eux qui se sont constitués au service d’intérêts ? Pensait-on que ces individus nous grandiraient, eux qui se sont contentés, tout au long de leur vie, de servir pour construire une ambition que rien ne venait sustenter ? Et pense-t-on vraiment qu’en de telles circonstances, la suite de l’histoire ait à être contée ? 

 

FIN

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2019 6 26 /01 /janvier /2019 06:23

Par Juan Branco

 

Gabriel Attal, 23 ans, est, par effets de proximités successives, soudain doté d’un salaire qui le propulse parmi les 5% les plus favorisés du pays, doté de deux secrétaires, d’un chef gastronomique, de voitures de fonction, et peut même se permettre de passer un arrangement avec la direction de SciencesPo pour obtenir sa diplomation. L’affaire, théoriquement exceptionnelle, lui permet d’obtenir son master l’année suivante sans avoir redoublé, grâce notamment à une validation d’acquis.

 

Attal est prêt à embrasser son destin. 

 

Il perçoit une rémunération qui va rapidement atteindre six mille euros par mois, primes incluses, en sus des avantages que tout régime octroie habituellement à ses plus illustres serviteurs. Il recrute immédiatement l’un de ses camarades de promotion, un certain Quentin Lafay, comme chargé de mission. L’homme sans expérience va se mettre sous l’autorité d’un certain Benjamin Griveaux, élu du conseil général de Saône et Loire et futur-exmaire de Chalon, « proche ami » d’un certain Bernard Mourad, et ancien strauss-khanien. L’ancien camarade d’Ismaël Emelien est un apparatchik socialiste pur jus qui, recruté comme conseiller politique et gagnant déjà, sur fonds d’État, plus de 10 000 euros par mois, n’hésitera pas à partir en 2014 au sein d’Unibail Rodinco, rémunérateur pantouflage à près de 17 000 euros par mois, octroyés par l’une de ces entreprises dépendantes de la commande de l’État qui finance grassement des « pantouflards » contre la mise à disposition des réseaux et connaissances que l’État leur a offert pour servir le bien commun. Recruté afin de s’assurer qu’une niche fiscale ne serait pas supprimée, après un parcours très classique l’ayant amené de la grande demeure avec piscine et voitures de sport qu’il habitait rue Garibaldi à Chalon-sur-Saône à HEC en passant par l’internat privé et SciencesPo, il reviendra ensuite « aux affaires » comme porte-parole du gouvernement après avoir été nommé par Emmanuel Macron, et prétendra à ce poste défendre l’intérêt général après en avoir exploité le garant. 

 

Rue de Ségur, Gabriel Attal se sent vite à son aise. Entouré d’êtres sans idées ni ambitions autres que pour eux-mêmes, il se voit présenter un certain Stéphane Séjourné, jeune héritier de la bourgeoisie versaillaise, passé par les très chics lycées français de Mexico et de Madrid, alors en poste au sein du cabinet du président de région socialiste Jean-Paul Huchon, et qui s’apprête à à peine trente ans à mobiliser les réseaux moscovicistes pour devenir le tout puissant conseiller politique d’Emmanuel Macron. Ces jeunes intrigants préparent la relève et se voient en 2017, via le parti socialiste, consacrés. Griveaux s’oppose à Montebourg qui lui a pourtant permis d’obtenir un poste en Saône-et-Loire, pensant pouvoir un jour le concurrencer, et s’introduit via Emelien au sein de la cour de l’une des valeurs montantes de ce social-libéralisme inexistant dans la population, et pourtant dominant dans les élites parisiennes : Emmanuel Macron. Formé à l’université de Poitiers où il a rencontré ce qui formera l’avant-garde de la macronie – alors socialiste – ces « Jeunes avec Macron » qui, de Pierre Person à Aurélien Taché, avaient déjà tenté de prendre sans succès le MJS et qui deviendront tous députés, Séjourné associe Gabriel Attal à leur bande et tente dans un premier temps d’appuyer Moscovici. Las, la manœuvre échoue, et celui-ci, exfiltré à la Commission Européenne. 

 

C’est alors qu’intervient le « miracle Macron. Creux incarné sans autre trajectoire que celle consistant à servir son ambition, et prêt à spolier le bien commun au service de ceux qui pourraient le servir, issu du lycée jésuite La Providence qui joue un rôle similaire à celui de l’Alsacienne à Amiens, ayant bénéficié de l’appui d’un père alors tout puissant et de la famille Trogneux, flambant héritier de la bourgeoisie provinciale maîtrisant l’ensemble des rouages de la « méritocratie républicaine », ayant séduit Hermand comme il le ferait de Jouyet, Emmanuel Macron s’est vu, malgré son double échec à l’ENS Ulm, lui aussi propulsé en quelques années au sein du gotha qu’il arrive à convaincre de le soutenir alors que s’effondrent l’ensemble des candidats du système, de Fillon à Juppé en passant par Hollande, Valls et Sarkozy. Nommé ministre par un Président aux abois alors même qu’il vient de quitter l’Élysée afin de créer un cabinet de lobbying, Macron n’a qu’une ambition là encore, se servir, mais manque cependant de réseaux pour alimenter son cabinet. Lorsque Macron cherche un conseiller parlementaire, le jeune Séjourné apparaît d’autant plus idéal qu’outre une absence complète de pensée proche de celle de son maître, il se trouve intégré au sein de l’un des plus importants pouvoirs socialistes, se dit en mesure de siphonner pour lui le courant de Moscovici « besoin de gauche » et se montre nourri aux mêmes ambitions que son jeune aîné. 

 

Il ne s’agit pour l’instant pas de rompre avec le pouvoir socialiste, mais bien plutôt d’en opérer la conversion finale à l’idéologie dominante et d’en saisir les derniers rouages. Le seul enjeu est maintenant de s’assurer le soutien de l’oligarchie et, par ses moyens financiers, médiatiques et étatiques, s’imposer aux autres concurrents. Jouant d’un double jeu, grassement rémunérés pour ce faire, participant à la paralysie du gouvernement, dans le silence des médias et de l’establishment, les jeunes impétrants mettent en place une véritable stratégie de mobilisation des moyens de l’Etat au service du futur président de la République, qui lui continue sa conquête des hautes sphères à travers les individus sus-mentionnés. Attal se trouve au cœur de ce dispositif, et mobilise avec ses acolytes d’ahurissants moyens, discrètement mis en œuvre afin d’assurer, à défaut de sa nomination à Matignon, son élection. 

 

Profitant de l’étrange pudeur qui saisit l’oligarchie lorsqu’il s’agit de révéler ses relais d’influence, Gabriel Attal et Stéphane Séjourné se trouvent presque par hasard au cœur du dispositif et vont former l’un de ces « power couples » qui placent et déplacent les hommes et femmes selon leurs affinités et calculs politiques, utilisant les moyens de l’État pour se servir sans ne jamais avoir à rendre de comptes à qui que ce soit. 

 

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (9)

 

Entre temps, il s’agit de recruter à tour de bras, explosant les budgets de représentation et les effectifs de cabinet, détournant les conseillers de leur fonction, organisant des événements dans le seul but de servir leurs ambitions. En charge des relations avec les députés socialistes, Attal siphonne au nez et à la barbe de Marisol Touraine – qui reste fidèle à François Hollande et tente de préparer sa réélection – les réseaux parlementaires socialistes qu’il reçoit à tour de sein de son bureau pour les recommander à Macron. Tentant tout de même d’arracher l’investiture socialiste à Vanves pour les législatives de 2017 après avoir fait la campagne de Bartolone pour les départementales, il sert en poisson-pilote discret le mouvement En Marche. Tandis que Séjourné multiplie l’organisation d’événements avec son collègue Ismaël Emelien à Bercy en faveur de leur candidat, utilisant les ressources du ministère pour inviter en moins de deux ans plusieurs milliers d’entrepreneurs et autant de cadres dirigeants à qui ils proposent immédiatement des levées de fond en faveur de leur champion, Attal intègre discrètement la bande des « jeunes avec Macron » qui forme l’ossature de ce qui deviendra le mouvement En Marche et y place ses pions. Il obtient en parallèle de sa ministre la promesse d’une nomination à l’un des postes les plus prestigieux, normalement réservés à des hauts-fonctionnaires français, au sein de la branche santé de l’ONU New York. A vingt-six ans, le voilà assuré d’obtenir, soit une députation, soit l’immunité diplomatique octroyée aux fonctionnaires internationaux et, outre les diverses indemnités de fonction, le doublement de son salaire, qui le placerait au sein des 2% les mieux payés du pays. Tout cela dans l’ignorance la plus complète de sa patronne, à qui François Hollande a promis Matignon et à qui Attal continue de jurer fidélité. 

 

Macron, qui a été propulsé en urgence du fait de la catastrophe politique qui touche tous les candidats du système, doit très rapidement constituer des réseaux de confiance pour donner l’impression d’être prêt. Il faudra des mois pour qu’enfin émergent des propositions plus ou moins sérieuses – ses conseillers se montrant tout aussi incapables d’imagination et de pensée que lui, mobilisant pour tenter de « penser » conjoints et parents, dans l’indifférence et la bienveillance d’une presse trop excitée par une prise qui semble la dépasser.

 

Á suivre 

Partager cet article
Repost0
24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 06:16

Par Juan Branco

 

Il aurait fallu bien entendu, pour compléter le tableau, s’introduire dans les réseaux de la bourgeoisie d’Amiens, l’aisance et la force du père d’Emmanuel Macron, Jean-Michel Macron, Professeur de médecine au CHU d’Amiens, mais surtout de la famille Trogneux, dont les alliances plus encore que la puissance financière ont été déterminantes pour accompagner les débuts d’un pouvoir qui, à travers les soutiens des baronnies locales et notamment celles de Messieurs Collomb et Le Drian, Patriat et Ferrand, aura compensé un temps son absence d’assise sociale . Il aurait ensuite fallu décrire comment, à partir de tout cela – à travers Laurent Bigorgne et le clan Descoings, puis la revue Espritet le groupe de réflexion Terra Nova, le journal Le 1financé par le millionnaire Henry Hermand pour, comme l’admettrait publiquement son directeur Eric Fottorino, soutenir Emmanuel Macron, l’on organiserait la mobilisation des ressources intellectuelles, politiques et financières autour du futur Président pour « substantialiser son pouvoir » et faire admettre sa cooptation aux élites secondaires, alors que tombaient ses concurrents entre affaires de corruption et luttes fratricides éberluées. Et enfin il faudrait montrer comment tout cela a fabriqué un candidat au service de quelques-uns, incapable d’agir de façon autonome, ni d’élaborer une pensée, mais seulement de distribuer des prébendes, enfin : de se vendre au plus offrant.

 

Macron a un temps sidéré tout cela en surgissant d’un néant qui, unifiant des réseaux de connivence jusque-là inféodés à différents partis, paralyserait nos fantassins de la liberté, soudain forcés de se mettre à travailler. 

 

Dévastée, et vilipendée, méprisée par ses camarades lorsque l’une de ses rares héritières ose s’affirmer, la presse indépendante vivant du rapport direct au lecteur, c’est-à-dire de ses ventes et donc d’une nécessité d’engagement, cette presse d’opinion rendue rageuse par la concurrence et la nécessité de survivre, a depuis trop longtemps laissé place à un système où vassalité et subventions ont à leur tour fait naître la vanité. Devenue la norme, produisant de Christophe Barbier à Frantz Olivier Gisbert, duMonde Magazineà Vanity Fair, des dispositifs servant l’adhésion aux valeurs les plus dominantes sans ne plus rien interroger, écrasantes et conformées de notre époque, cette presse s’est épuisée et conformée aux dominants. 

 

L’émergence de l’un de ces sbires de l’oligarchie – égal en arrogance, conformisme et ambition à son aîné – un certain Gabriel Attal, compagnon à la ville de Stéphane Séjourné, conseiller politique d’Emmanuel Macron, doit être exposée. Un jeune homme de vingt-neuf ans que tous ont déjà le tort de minorer, et dont l’exposition en première ligne pour combattre les revendications d’un peuple révolté devrait faire signe et nous inquiéter. Rappelons à cet égard un fait concernant celui qui est devenu, avec la même grâce qu’Emmanuel Macron lors de son élection, le plus jeune ministre de la Ve République : alors que sa relation – pourtant officielle, déclarée à la Haute Autorité à la Vie Publique et contractualisée par un PACS – avec le conseiller politique d’Emmanuel Macron était exposée par nos soins, un être interlope intervenait auprès de Galapour faire effacer deux articles parus à ce sujet. Nous étions alors en octobre 2018, un mois après la parution de Mimi. Et l’être qui intervenait, encore suffisamment puissant pour faire disparaître des informations, cet être-là avait un nom. Et ce nom était Marchand. 

 

16 octobre 2018. Gabriel Attal, 29 ans, est nommé par le président de la République, sans annonce au perron, secrétaire d’État auprès du ministre de l’éducation, en charge de la jeunesse. Sur BFMTV, au Mondeet plus encore à Paris Match, on s’émeut du parcours fulgurant de ce jeune député des Hautsde-Seine au teint hâlé et à l’allure de gendre idéal. Si son nomreste largement inconnu du pays, dans les salons et les alcôves du petit-Paris, cette consécration, préparée de longue date, ne suscite qu’un bruissement de satisfaction. Une nouvelle fois, un pur produit du système vient d’être adoubé, sidérant tous ceux qui auraient pu, à temps, s’y opposer. 

 

L’affaire, discrètement menée, a laissé quelques traces à qui y montrerait intérêt. Dès l’été 2018, Bruno Jeudy, chroniqueur préféré des mondanités du pouvoir, révélait les goûts littéraires et musicaux de l’illustre inconnu en pas moins de trois articles successifs dans Paris Match, l’intronisant au sein de ce petit gotha d’hommes politiques à qui le magazine, et son propriétaire Arnaud Lagardère, offrent révérence pour les faire connaître du pays. Posant en pantacourts et chemise blanche, verre de rosé aux côtés de ses pieds nus, fixant avec assurance la caméra sur les rebords de la Seine, il faut dire que Gabriel Attal apparaît quelques peu trop conscient de son pouvoir, trop assuré d’une aura que personne jusqu’alors ne lui devinait, alors que beaucoup peinent encore à comprendre les ressorts d’une ascension fulgurante que les médias s’obstinaient à attribuer à un charisme pourtant difficile à deviner.  Quelques mois plus tôt, le jeune intrigant faisait une première apparition remarquée dans la matinale de France Inter. Ce privilège rare, qui permet de s’adresser à l’ensemble du pays, n’est offert qu’aux plus chevronnés des politiciens. Censé incarner l’aile gauche de La République En Marche, puisqu’issu du Parti socialiste, il y dynamitait pourtant avec morgue et violence les « bobos gauchistes » de sa génération qui occupaient les facs pour s’opposer à Parcoursup et s’attaquait avec violence à la grève des cheminots, exhumant pour cela un terme d’extrêmedroite, la « gréviculture » qui parsèmerait la France, dénonçant leur mobilisation et plus généralement, celle d’un pays incapable de se réformer. Reprenant les éléments de langage de la majorité, il défendait avec aplomb la réforme Parcoursup dans l’émission “ On n’est pas couchés ”, s’en attribuant la paternité sous le regard bienveillant de Laurent Ruquier. Malgré des réactions virulentes, le nouveau porte-flingues du parti présidentiel, comme délié de tout surmoi, n’hésiterait pas à surenchérir les mois suivants, jusqu’à s’ériger en héraut de la majorité pendant l’affaire Benalla, puis devenir le porte-flingues du gouvernement lorsque les gilets jaunes feraient trembler Emmanuel Macron. 

 

Les crimes ont toujours leurs lieux, et celui où est né notre sujet n’est pas des moins insignifiants. Sise au sein du sixième arrondissement de Paris, l’École Alsacienne est dirigée par un aimable homme de droite, Pierre de Panafieu. Pendant rive-gauche de Franklin – où enseigna Brigitte Macron, Sainte-Dominique et l’école bilingue, l’Alsacienne est lieu de reproduction et de propulsion des héritiers de l’intelligentsia culturelle de Paris. Sous contrat avec l’État, l’école a le contrôle absolu sur les processus de sélection de ses élèves et de son corps professoral, et n’est soumise à aucun quota, qu’il soit géographique ou économique. 

 

En la seule promotion de 2007, dont sera issu Gabriel Attal, pouvaient se trouver ainsi la petite fille de Valérie Giscard d’Estaing et fille du PDG du Club Med, celle du PDG d’Archos, par ailleurs sœur du bientôt patron d’Uber France, l’un des héritiers Seydoux, la fratrie issue des producteurs de cinéma Godot, les lointain héritiers d’un certain général de Hauteclocque, les grande lignées des de Gallard, de Lantivy et de Lastours, la fille du patron de presse Bernard Zekri et celle du fondateur d’A.P.C Jean Touitou, le petit fils du « patron des banques », Michel Pébereau, la fille du Président de l’American University of Paris Gerardo Della Paolera et ainsi de suite. Des grands cadres d’entreprises du CAC40, avocats et autres hauts-fonctionnaires à l’UNESCO, le fils du proviseur d’Henri IV ainsi qu’une petite minorité de descendants d’artistes, de professeurs et de classes intellectuelles dites laborieuses complétaient un environnement que les promotions environnantes enrichissaient naturellement : Olivennes, Bussereau, Breton, Peillon et autres patronymes de ministres et hommes et femmes tout puissants sont, comme tous et à l’exception peut-être des Huppert et Scott-Thomas eux aussi présents, des noms auxquels, dans la banalité de l’entre-soi, plus personne ne prête attention. 

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (7)

Gabriel Attal va tout naturellement se faire intégrer en montrant sa capacité à jouer des codes, à bien paraître et singer les comportements bourgeois qui dans le reste de la société ont été inconsciemment intégrés comme étant les plus élevés. Traversant les violences que produisent ces milieux sans ne jamais s’effondrer, disposant de l’ensemble des ressources que l’élite peut offrir aux siens, Attal s’appuiera pour cela sur les ressources mobilisées en cet environnement idéal qui lui permettront, très jeune, de toiser ceux qui, de plusieurs décennies.

 

Lieu de toutes les contradictions pour une gauche bourgeoise se disant attachée à l’idée républicaine, mais qui se refuse à mêler ses enfants à ceux de la plèbe, l’Alsacienne est peut-être l’exemple le plus épitomique des dérives de notre système, produisant naturellement, outre de grandes et médiocres conformités, une pensée de droite qui s’ignore, convaincue de son bon droit tant elle est aveuglée par son isolement du reste de la société, convaincue d’appartenir au camps du progrès en défendant des idées qui ne menacent en rien ses intérêts. Qu’elle ait donné naissance à l’un des bébés Macron les plus remarqués, comme elle l’avait fait quelques temps auparavant d’un Stanislas Guérini, ne doit dès lors point étonner. Attachons-nous maintenant plus spécifiquement à l’objet de notre pensée. Gabriel Attal a joué un rôle particulier au sein de ce système. Aîné d’une fratrie issue de l’avocat et producteur Yves Attal, il a très tôt adopté des comportements de classe plus habituels au sein des grands lycées de la rive droite, où le mépris et l’assurance de classe font système, qu’au sein de l’Alsacienne, où nous l’avons vu, la bienséance empêche toute affirmation trop marquée. Son père, mort en 2015, a fondé sa réussite en s’intégrant à un système qui a fait régner en maîtreles avocats d’affaire au cours des années quatre-vingt, auquel il s’est prêté avec grand joie en fondant un cabinet qui l’amène à s’occuper des successions et affaires d’artistes fortunés. Nourri aux évolutions d’un milieu qui, à la fin de la décennie, fait régner l’argent en maître et va donner naissance aux premières dynasties culturelles de Paris - par la grâce de politiques culturelles généreuses inaugurées sous la direction de Jack Lang et visant à donner à la mitterrandie et à la gauche en général de nouveaux appuis au sein des élites parisiennes - Yves Attal comprend très vite ce que la diversification des sources du financement du cinéma français peut lui apporter. En une carrière chaotique et mondaine, après s’être constitué un important réseau via son cabinet, il se rapproche ainsi de l’industrie cinématographique en montant un certain nombre de financements de films d’auteur, avant d’être recruté, pour un salaire millionnaire, par Francis Bouygues, afin de participer à la folle aventure de Ciby 2000, dont il devient à l’orée des années quatre-vingt dix le vice-président et un éphémère pilier bureaucratique. 

 

Á suivre

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 06:20

Par Juan Branco

 

Mais nous nous précipitons, et à l’heure dont nous parlons, Jean-Pierre Jouyet se contente de présenter Emmanuel Macron à sa famille et sa femme – et par là-même à l’une des plus grandes dynasties financiaro-républicaines du siècle – et à l’intelligentsia de SciencesPo, dont Richard Descoings est le directeur, SciencesPo ou Emmanuel Macron se voit proposer, comme tout énarque sorti dans les grands corps, d’enseigner un vague cours qu’il choisira de culture générale pour y mettre pied, avant de se voir offrir la direction du module pour compléter ses salaires et commencer à y placer ses pions. Jean-Pierre Jouyet donc, tenant d’une idéologie libérale faisant les affaires de sa famille d’adoption, premier initiateur de la stratégie d’écrasement des processus démocratique qui pris, sous Sarkozy, la terminologie « d’ouverture », et sous Macron, « d’en même temps », et que Hollande ne sut endiguer, qui, outre l’introduction en les dîners en ville donnés par sa femme, donne rapidement au jeune intrigant la possibilité de placer et répartir ses camarades de cordée à l’IGF, violant pour cela la coutume – seul le major, que Macron n’était pas, a normalement droit à ce privilège – avant de le faire nommer à Bercy après l’avoir introduit à l’Élysée via Jacques Attali. Jacques Attali dont Emmanuel Macron avait été nommé le rapporteur de la mission éponyme par la grâce de ce même Jean-Pierre Jouyet, afin d’être introduit auprès du gotha économique et financier du pays secondaire – c’est-à-dire celui qui se trouve en seconde file, et dépend ou se soumet avec grande régularité aux fortunes que nous avons évoqué – et de, marri de ce carnet d’adresses, se faire recruter chez Rothschild, d’y faire fortune. 

 

Jean-Pierre Jouyet, dont la femme, Brigitte, exerce à SciencesPo à quelques pas d’une certaine Edith Chabre, recrutée et nommée directrice de l’école de droit par Richard Descoings, et dont il se trouve probablement par hasard qu’elle est à la ville la femme d’Edouard Philippe, adjoint et futur successeur du maire du Havre dont la ville, sans que l’on comprît si ce Philippe rendait par là service à Richard Descoings et sa femme Nadia Marik qui avaient recruté sa femme à lui ou l’inverse ou si tout cela n’était que le fruit du hasard, financerait la création et le fonctionnement d’une antenne de SciencesPo dans sa ville et inaugurerait plus tard une stèle en hommage à Richard Descoings où je serais convié en présence de Nadia Marik, cette Nadia devenue entre-temps veuve de celui qui avait été à la ville l’amant de Guillaume Pepy, patron de la SNCF et relais oligarchique secondaire et assurantiel de gauche, devenu via l’amour de sa vie Richard Descoings très proche de Jean-Pierre Jouyet, et par là-même intronisateur dans le grand monde de Laurent Bigorgne, propulsé président de l’Institut Montaigne après avoir été considéré comme le successeur de Richard Descoings. Laurent Bigorgne dont la femme déposerait les premiers statuts d’En Marche à la Préfecture, En Marche, domicilié chez eux dont Ludovic Chaker, nous l’avons vu, serait le premier secrétaire général, Laurent Bigorgne, chargé de rallier le CAC40 à la Macronie et de mettre au service d’Emmanuel Macron l’Institut Montaigne, institut théoriquement neutre inondant l’espace public d’analyses néolibérales faisant les affaires des oligarques le finançant, par ailleurs vice-président de l’association Teach For France créée par la sœur d’Alain Weil et récupérée par Nadia Marik, au comité d’administration où siégeaient notamment Maurice Levy, PDG de Publicis, Emmanuelle Wargon, alors directrice du lobbying chez Danone et Patricia Barbizet, PDG de Artemis – la holding de François-Henri Pinault.

 

Edouard Philippe donc, inconnu au bataillon, n’ayant aucun fait  de gloire à s’attribuer depuis sa réussite au concours de l’ENA, proche par ces réseaux des Jouyet, dont on ne sait si la femme fut recrutée pour rendre service à son mari ou pour rendre service à ses recruteurs, présenté à Emmanuel Macron par Jean- Pierre Jouyet via leurs femmes respectives, devenu Premier ministre de ce fait alors qu’il était la veille encore lui aussi inconnu du grand public, mais dont on tenterait pendant des mois, de vanter les talents pour justifier a posteriori ce que personne ne comprenait – les journalistes ne supportent pas d’exposer leur ignorance, et préfèrent, dans le doute, glorifier leurs sujets afin de s’assurer que cela ne leur sera pas reproché – tandis que l’on nommait Jean-Pierre Jouyet en l’une des plus prestigieuses ambassades de France, à Londres, pour le remercier et l’écarter.

 

Macron, le crépuscule d'un petit Dieu (6)

 

Et pour couronner le tout, pour relier tout ce beau monde, SciencesPo donc, utilisé pour financer et mettre en œuvre un système népotique n’ayant rien à envier aux oligarchies financières qui se mettrait au service d’Emmanuel Macron afin de lui permettre de servir ces dernières, mais aussi son excroissance, Teach For France donc, pépinière employant Catherine Grenier-Weil, soeur d’Alain Weil, patron de BFM TV et de RMC, affidé de Patrick Drahi et devenu proche là encore d’Emmanuel Macron ; Teach For France qui permettra d’introduire dans la macronie Jean-Michel Blanquer, ancien serviteur de Sarkozy qu’Edouard Philippe nommerait ministre de l’éducation après que Descoings eut pensé à le nommer directeur de cabinet lorsqu’on lui proposât de devenir ministre.

 

Et l’on pose la question qui fâche, qui devrait fâcher un quelconque des lecteurs de ces « grands médias » qui prétendent exposer la vérité : Edouard Philippe a-t-il donc été véritablement pour la première fois été présenté à Emmanuel Macron dans l’entre-deux tours, comme cela nous a été si heureusement raconté et re-raconté, et a-t-il été propulsé Premier Ministre du fait de ses seuls mérites et de ce poids politique que l’on a du jour au lendemain inventé, ou plutôt par le fait de son entregent et sa capacité à servir et se laisser servir, sa participation à cette pauvre et avariée endogamie depuis des décennies – qui permet, de vous faire gagner du poids par inertie – comme il le fit, grassement payé, lorsqu’il passa chez Areva alors qu’il était déjà conseiller d’État pour mettre au service de l’entreprise ses réseaux d’élus, au moment où la dite entreprise plongeait dans un scandale de corruption et de rétrocommissions Uramin qu’il fallait absolument étouffer afin de sauver Anne Lauvergeon, scandale qui fit disparaître près de 3 000 emplois et 1,8 milliards d’euros des caisses de l’État en des destinations inconnues, et qui n’a, dix ans après, toujours pas amené qui que ce soit à se trouver en prison ? 

 

L’ensemble de ce dispositif repose sur une croyance : celle qui fait que l’ordre économique que l’on défend, et dont on sait à quel point pourtant il est injuste et destructeur pour la société, serait suffisamment juste pour autoriser ces compromissions et se sentir confortable dans le pillage ainsi constitué.

 

 

Où tout cela nous mène-t-il ? A Ludovic Chaker donc qui, après avoir été nommé à SciencesPo pour superviser le développement du campus asiatique au Havre la même année où M. Philippe devenait maire de la ville, avoir été le premier secrétaire général du parti de M. Macron au domicile de l’ex-futur successeur de Richard Descoings, Laurent Bigorgne, se voit chargé par le nouveau président de créer sa « garde prétorienne  » après avoir été recruté par M. Descoings et avoir fait le pont entre les réseaux de celui-ci et de M. Bigorgne, dont Edouard Philippe, et ceux de M. Emelien. Ludovic Chaker donc, l’alter ego d’Alexandre Benalla, arrivé au plus haut de l’Etat pour protéger l’intimité de tous ces gens et détruire celles de ceux qui les menaceraient. Ludovic Chaker donc, au rôle obscur nous y a mené, point de jonction rhétorique de tout cela via Ismaël Emelien, le très discret « conseiller spécial » de Macron, ayant officié chez Havas où il rencontrerait sa conjointe, y travaillant encore alors qu’il ferait attribuer à son ancien employeur un marché de plus de 300 000 euros sans appels d’offre au nom du ministère de l’économie, de notre ministère de l’Economie, pour lancer la campagne officieuse de Macron à Las Vegas. Opération construite ex nihilo  grâce à un subterfuge dont se ferait complice Business France, agence de l’État permettant tous ces débordements, dont la dirigeante d’alors était Muriel Penicaud. 

 

Tout cela gêne tant, en un tel système, que la question de la légitimité des recrutements devient secondaire, tant on voit à quel point ils sont conditionnés par des réseaux d’allégeance et de contre-allégeance qui retirent toute autonomie aux individus. Si nous traçons ces réseaux, nous pourrions le faire également de ceux des directeurs de rédaction et pontes de journaux qui répondent à de similaires logiques. Edith Chabre a fait une obscure école de droit privé avant d’être diplômée de SciencesPo Lille, et la voilà propulsée directrice de la toute puissante école de droit de SciencesPo deux ans après que la mairie pour laquelle son mari travaille eut décidé d’accorder à SciencesPo des aides importantes pour construire son campus. Nadia Marik était au tribunal administratif, et la voilà directrice adjointe de SciencesPo après avoir été recrutée par son futur conjoint qui l’avait examinée à son oral de l’ENA, avant de prendre la tête de Teach For France avec l’aide du gotha parisien pour en faire avec Laurent Bigorgne le point de rencontre de tout ce que la macronie demain défendra. Ludovic Chaker avait un parcours interlope, et comme Alexandre Benalla, le voilà propulsé au sein des cénacles chargés de superviser et d’instruire les services secrets de l’Etat. Catherine Grenier-Weil avait une obscure carrière d’assistante de recherche avant de prendre la tête de Teach for France, et quant à Emmanuelle Wargon, il serait absurde de penser que sa présence au gouvernement ait eu quoi que ce soit à voir avec son amitié intime avec Nadia Marik et le couple Philippe, Laurent Bigorne ou Brigitte Taittinger, bien que sa nomination eut provoqué quelque surprise tant la présence d’une énième lobbyiste sans parcours politique au coeur de l’État commençait à inquiéter. 

 

 

(Á suivre)

 

Partager cet article
Repost0