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19 février 2022 6 19 /02 /février /2022 06:01

Quand, dans l'espace public, on voit un mot dont le sens est difficilement compréhensible, en particulier lorsque ce mot a été forgé dans la langue gallo-ricaine, il faut se méfier. Mot à mot, "flowbird", c'est un oiseau qui coule. Ce qui ne veut pas dire grand-chose.

 

Wikipédia nous informe que Flowbird est le nom d'une compagnie privée, qui s'appelait précédemment Parkeon – ce qui ne voulait rien dire non plus, lointaine descendante de la Compagnie des Compteurs qui a inventé l'horodateur en 1972, puis des titres de transport, puis le paiement intégré des contraventions. Une compagnie française bienfaitrice de l'humanité, donc.

Flowbird fournit plus de neuf appareils sur dix à travers le monde. Son siège social est à Paris et son site principal de production à Besançon.

Pendant des années, la société a connu des hauts et des bas, la cause en étant principalement des erreurs de gestion. Les pouvoirs publics sont venus à la rescousse, fauxcialistes en tête. Je cite Wikipédia : “ En 2011, Bertrand Barthélemy, est nommé président de Parkeon par Barclays PE qui fixe pour objectif de trouver une solution à un état de cessation de paiement latent : la dette est estimée à 200 millions d'euros alors que le chiffre d'affaires est de 175 millions d'euros. Sous la pression du ministre de l’Économie Pierre Moscovici, dont Besançon fait partie de la circonscription législative, un accord amiable intervient fin 2012 entre actionnaires, créanciers et banques. Cet accord permet de pérenniser l'avenir de la société. Fin 2014, Parkeon voit se restaurer sa rentabilité. ”

Wikipédia nous informe également que, dans cette entreprise, la charité est bien ordonnée : “ Fin 2015, la perspective d'une revente de la société de nouveau rentable a poussé les salariés de l'entreprise à réclamer leur part. Alors que l'équipe dirigeante de l'entreprise s'apprêterait à se répartir 947 millions d'euros, une prime de 2 millions d'euros sera allouée aux salariés français uniquement. ”

Bref, continuez à vous mal garer, ça ne sera pas perdu pour tout le monde...

 

De Parkeon en Flowbird
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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 06:08

La politique du démantèlement des administrations d’Etat pour les transformer en agences, couplée à la suppression de postes de fonctionnaires pour les remplacer par des agents non titulaires de la fonction publique a de graves conséquences. Le scandale des EHPAD en est le dernier exemple En effet, la création des Agences régionales de santé qui ont remplacé les Directions départementales et régionales des affaires sanitaires et sociales (DDASS et DRASS) s’est traduite par la suppression des postes de personnels techniques spécialisés chargés notamment des contrôles, pour les remplacer par des personnels administratifs et gestionnaires.

 

Ainsi ces dernières années le nombre de médecins inspecteurs de santé publique a diminué de 40 %. Il n’est donc pas étonnant que le peu de contrôles effectués dans les EHPAD n’aient eu aucune conséquences, même ceux diligentés après des plaintes de familles, car l’autre nouveauté a été la fin des visites inopinées, les directions des établissements étant systématiquement prévenues, ce qui leur permettait de se préparer. 

D’autres scandales sont fortement probables en ce qui concerne la surveillance des établissements classés présentant des risques pour la santé publique car il n’existe plus d’agents spécialisés compétents, notamment des techniciens et des ingénieurs d’environnement et de salubrité. Ce qui est encore plus étonnant et scandaleux est que la charge des rapports de conformité a été dévolue aux entreprises qui peuvent choisir leurs prestataires, l’Etat se contentant d’examiner ces documents le plus souvent de manière superficielle, ne disposant plus des compétences pour en analyser le contenu.

Le constat est sans appel, le choix idéologique fait est d’alléger le plus possible, voire même de supprimer, le rôle de contrôle et de régulation de l’Etat au profit des entreprises soi-disant étouffées sous les normes administratives et aspirant à recouvrer leur « liberté ».

Il est urgent de se redonner les moyens de reconstruire une administration forte, disposant des ressources, des prérogatives, des compétences et de l’indépendance assurées par le statut des fonctionnaires, lui permettant d’assurer pleinement ses missions. Cela ne peut passer comme les libéraux le serinent en permanence par une diminution du nombre de fonctionnaires et un allègement des normes et des contrôles.

Docteur Christophe Prudhomme

 

Repris du blog d’El Diablo 

Conséquences du manque d'administration, par Christophe Prudhomme
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15 février 2022 2 15 /02 /février /2022 06:00

C'était un chti d'origine italienne, né à Vimy à quelques kilomètres d'Hénin-Liétard. Son père était un briquetier du Frioul. Á Hénin, on évoquait souvent ce jeune homme foudroyé à 20 ans par les nazis car il avait été un combattant très actif du groupe Manouchian. Avant d'être fusillé en 1944, il avait eu le temps de faire un éphémère passage au Red Star de la grande époque, club de football de tradition prolétarienne et antifasciste, fondé par Jules Rimet.

 

Les éditions Libertalia publient sa biographie. Bonnes feuilles.

 

Sportif exceptionnel mort à 20 ans, alors qu’il venait d’être recruté par le prestigieux club du Red Star (fondé en 1897), Rino Della Negra n’a jamais pu exprimer tout son talent de footballeur. Réfractaire au service du travail obligatoire (STO), membre du groupe de résistance Manouchian (FTP-MOI), martyr de la liberté fusillé par les nazis au Mont-Valérien le 21 février 1944, le jeune homme plaçait les valeurs d’antifascisme et de solidarité au-dessus de tout. Loin d’une conception surannée de « l’identité nationale », la biographie de Rino Della Negra s’intègre dans l’histoire d’un pays qui a su accueillir l’étranger, se construire grâce aux échanges multiples, et dont les membres des FTP-MOI ont pu écrire l’une des pages les plus lumineuses. Dans Rino Della Negra, footballeur et partisan, les historiens Dimitri Manessis et Jean Vigreux retracent la vie et la mort du jeune sportif.

Le chapitre que nous publions ici suit le début de la carrière de footballeur de Rino Della Negra, avant son entrée dans la clandestinité.

En ce début de saison 1943-1944, le Red Star Olympique recrute le jeune joueur. « Avec Rino Della Negra qui opérait la saison dernière à Thiais, nous possédons un avant-centre d’une réelle valeur. » Fondé en 1897 par Jules Rimet, qui passe à la postérité comme « l’inventeur » de la Coupe du monde de football, le club vit des années fastes dans l’entre-deux-guerres. Dans les années 1940 et malgré les bouleversements liés au conflit, des joueurs de haut niveau se déploient sur la pelouse du Stade de Paris à Saint-Ouen, comme l’attaquant Fred Aston.

Surnommé le « Feu follet », il arrive au club en 1932 et le retrouve en 1940, après un passage au RC Paris à partir de 1938. En 1941, le club remporte le championnat de la zone occupée et se qualifie en finale de Coupe de France, où il s’incline face aux Girondins de Bordeaux. Victoire l’année suivante en championnat de zone occupée face à Reims, puis victoire au championnat inter-zones face au RC Lens. La « grande finale » de la Coupe de France 1942 est remportée pour la cinquième fois par le Red Star, qui bat le FC Sète, le 17 mai, sur le score de 2-0.

Si Rino Della Negra fut bien engagé par le club, signe évident de son talent footballistique, il n’eut pas le temps de figurer dans l’équipe première, professionnelle. En 1943 en effet, le Red Star, à l’image d’autres clubs, est démantelé et ses joueurs éparpillés dans des équipes dites « fédérales ». Le gouvernement de Vichy, sous la férule du colonel Joseph Pascot, devenu commissaire général à l’Éducation et au Sport dans le gouvernement de Pierre Laval, en remplacement de Jean Borotra auprès duquel il était directeur des sports, réorganise le championnat de football français en 16 équipes de province.

Il s’agit à la fois de s’attaquer au professionnalisme, honni par le gouvernement de Vichy car s’éloignant du caractère « aristocratique » du sport, et de tenter de réveiller l’esprit d’Ancien Régime. De nombreux joueurs de « l’Étoile rouge » évoluent désormais dans l’entité dénommée « Équipe fédérale Paris-Capitale » ou encore dans celle de « Paris-Île-de-France ». Dans une allocution radiophonique du 31 décembre 1942, le commissaire général à l’Éducation et au Sport exprimait ainsi sa philosophie : « Jamais le sport n’a été plus utile. Le sport, jusqu’à présent, pouvait être un luxe. Sa pratique, maintenant, devient un devoir. »

Enfilant le maillot vert aux manches blanches, Rino s’entraîne les mardis et jeudis aux côtés d’autres amateurs ou d’anciens pros maintenus dans l’effectif et qui évoluent désormais en division d’honneur de Paris. Le type d’entraînement, dispensé par un professeur d’éducation physique, a dû mettre à l’aise le footballeur qui n’était pas effrayé par les exercices multiples, en particulier la course. Le capitaine de l’équipe d’alors, Léon Foenkinos, lui-même ancien de l’équipe pro, interviewé bien des années plus tard par Claude Dewaele, se souvient d’un « garçon extraordinaire ! D’une gentillesse ! Lui jouait ailier droit. […] Il venait au stade, il se déshabillait, il faisait l’entraînement et il repartait. Il nous serrait la main. Il nous disait toujours bonjour, mais il ne pouvait pas nous parler ! ». Et d’ajouter : «Heureusement, vous savez, car j’ai appris après que notre entraîneur était un collaborateur ! »

Roger Vuillemin, directeur sportif du club, un collaborateur ? Rien ne permet en l’état actuel des sources de confirmer ce jugement. L’homme vient de passer par l’École des cadres d’Uriage, où il s’est illustré par d’intenses séances de « décrassage » matinal qui laissèrent d’amers souvenirs aux élèves. Il continuera après-guerre sa carrière au Red Star. Une photographie, envoyée après la guerre à sa famille, nous montre Rino Della Negra sous les couleurs du club, posant aux côtés de ses coéquipiers. C’est la seule photographie que nous connaissons de Rino sous les couleurs audoniennes. S’agit-il d’une photographie prise avant un match amical, un match de coupe, ou tout simplement d’un entraînement ? Il est impossible de trancher, mais sa présence est signalée sur les feuilles de match, lors de la Coupe de France, comme le relate le journal L’Auto (16 octobre 1943) à Saint-Ouen, lors d’une rencontre contre Maisons-Laffitte.

Au tour précédent, le 26 septembre, le Red Star avait joué à Meaux. Rino Della Negra fait bien partie du club, comme l'attestent cette photographie, les témoignages, sa licence retrouvée dans les archives privées de la famille, ainsi que l’article de L’Auto mentionnant son recrutement. En championnat de France des amateurs de la région parisienne, il a joué les premiers matchs de la saison 1943-1944 : Stade français CAP-Red Star le 18 septembre 1943, où l’équipe de Saint-Ouen est battue 3-2 ; le 2 octobre contre Avia ; puis le 24 octobre le Red Star bat Enghien 6-0 et, le 31 octobre, inflige un score de 8-2 au Vésinet. Entretemps, en coupe de France, il brille dans l’effectif de l’équipe aussi bien contre Meaux (60), Maisons-Laffitte (6-0) – « le Red Star en verve » titre L’Écho des sports – et Granville (5-1).

Surtout, le journaliste Jean Leroux insiste sur le fait qu’en trois matchs les Audoniens ont marqué 18 buts « avec un style qui ne déplairait pas aux grandes équipes. En particulier, les dirigeants audoniens possèdent en l’aile droite Gomez-Delva Negra [sic], deux joueurs de classe certaine […]. Les buts furent marqués par Julien, Pascaud sur coups francs ; Julien, Foenkinos, Delva Negra [sic], Foenkinos. Meilleurs joueurs : Gomez, Delva Negra [sic], Mour, Vattaire et Victoria ». Ainsi, tous les témoignages ou récits donnent à voir l’importance de ses qualités sportives : la vitesse de l’ailier, le sens du placement, le dribble affuté et le buteur affirmé qui sait tirer des deux pieds…

Longtemps, son passage sera oublié, voire refoulé, car le Red Star est réorganisé et surtout parce que son engagement résistant lui est fatal quelques mois à peine après son arrivée au club. […]

Le club n’a pas encore fait le lien avec le jeune résistant arrêté… Au-delà de son itinéraire particulier au sein du monde sportif marqué par la culture ouvrière, le terrain du sport n’est pas abandonné par les militants communistes durant la guerre. Malgré la clandestinité et les purges dont ils sont victimes au sein de la nouvelle FSGT, la résistance là aussi s’organise. Ainsi, dès 1941 dans son bulletin clandestin Le Trait d’union, la Fédération de la jeunesse communiste de la région parisienne, évoquant le « beau champ d’action » que constituent les clubs sportifs, écrit : « Il vous faut d’abord reconstruire partout où cela n’a pas encore été fait le club de la FSGT […]. Il nous faut à l’intérieur de ces clubs être les défenseurs des sportifs […] contre la Charte des sports, pour un sport libre et indépendant. » 

Si la propagande des Jeunesses communistes clandestines n’est pas en reste, c’est dans le réseau « Sport libre » que s’organiseront les sportifs de la mouvance communiste. Lancé notamment par Auguste Delaune (ancien secrétaire général de la FSGT) et Robert Mension (ancien secrétaire général de la région parisienne) en 1941-1942, Sport libre dénonce la politique sportive de Vichy, l’antisémitisme et l’autoritarisme du gouvernement collaborateur. Il s’intègre en 1943 au Front patriotique de la jeunesse.

 

Rino Della Negra évolue donc au Red Star au début de la saison 1943-1944. La chronologie est ici importante et mérite qu’on l’explicite. […] Rino est réfractaire au Service du travail obligatoire (STO) dès janvier 1943. Cela signifie que, tout au long de sa clandestinité comme réfractaire au STO, mais aussi comme résistant, avec de faux papiers et une nouvelle adresse, il fut recruté, s’est entraîné, a joué… sous son vrai nom dans deux clubs différents, sans être repéré. Étonnante vie clandestine, prise de risques inconsidérés ? Risques inconsidérés qui, en fin de compte et de manière assez incroyable, n’attirèrent pas l’attention des forces de surveillance et de répression.

 

 

Rino Della Negra, footballeur et partisan, Dimitri Manessis, Jean Vigreux, Libertalia, 246 pages, 10 euros.

 

Dimitri Manessis est docteur en histoire ; Jean Vigreux est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne-Franche-Comté.

 

Source Bastamag

 

Rino Della Negra, histoire d’un footballeur antifasciste
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10 février 2022 4 10 /02 /février /2022 04:44

Une analyse remarquable de Philippe Hervé pour Res Publica (extraits)

 

Cette dialectique entre motivations particulières de groupes minoritaires et émergence en temps de crise systémique d’un peuple insurrectionnel, est déterminante aussi et surtout pour l’encadrement et la structuration au commencement des révolutions. Il est déterminant, pour passer d’une révolte à une révolution, que se dégage un groupe élargi de révolutionnaires dont l’existence, dont la vie même, dépend du succès de la révolution en cours.

Le « cas d’école », si l’on peut dire, de cette dialectique propulsive est bien sûr le processus révolutionnaire dans l’Empire russe, de 1905 à 1922. Le rôle d’amorçage et de structuration de la révolte puis de la révolution anti tsariste, tenu par des femmes et hommes du peuple juif de la « zone réservée » (lieu où les Juifs étaient obligatoirement cantonnés dans l’espace russe) n’est plus à démontrer. La surreprésentation des Juifs dans les groupes révolutionnaires – mencheviks ou bolcheviques -, où ils comptent pour 30 à 50 % des effectifs des cadres  avant 1914, est une évidence. Ce cas d’école du début du XXe siècle dans l’Empire russe donnera lieu d’ailleurs à la création du concept, d’abord réactionnaire d’extrême droite puis nazi, de « judéo-bolchevisme ».

 

Ainsi, pour comprendre la logique contre-insurrectionnelle des tenants de l’ordre bourgeois, il faut se mettre dans leur tête, « remonter à l’envers le film de l’insurrection » et en tirer les conséquences pour l’avenir. C’est la base de l’analyse contre-insurrectionnelle.

Prenons un exemple plus adapté à notre époque et qui a donné lieu à une expertise fine des services de sécurité de tous les pays occidentaux en son temps : la grève générale de mai et juin 1968 en France. Comme le signalait très justement Guy Debord, 1968 et les dix ans suivants en France et en Italie ont constitué une sorte de laboratoire pour l’expertise anti-insurrectionnelle. C’est la matrice du « maintien de l’ordre » moderne, encore en usage aujourd’hui.

 

Les jeunes et les étrangers, fer de lance des occupations d’usines

 

Alors « remontons le film » ensemble. Mai-68 c’est la seule « vraie » grève générale de l’histoire universelle. Plus de 10 millions de grévistes, des milliers d’usines et de bureaux occupés : le mythe ouvrier de la grève générale insurrectionnelle était devenu enfin une réalité. Qui sont les grévistes actifs, qui assurent souvent les piquets de grève ? Dans la grande majorité des cas, ce sont de jeunes ouvriers de dix-huit, dix-neuf ans ou dans la vingtaine, parfois enfants de la dernière génération de l’exode rural. Ils sont souvent soutenus par les « vieux ouvriers », la génération de la guerre et de la Libération, par exemple dans la métallurgie automobile où  ce sont souvent les rectifieurs de bout de chaînes de montage. Les ouvriers trentenaires, eux, seront plus mitigés, c’est la génération des appelés de la guerre d’Algérie, une génération perdue pour le mouvement social.

À cela s’ajoute une fraction de la classe ouvrière immigrée qui se bat sur ces objectifs spécifiques en particulier la fin des contrats de travail de trois ans, avec une seule possibilité de renouvellement avant le retour au pays. Ils se battent aussi pour exister tout simplement, pour ne plus être les « ombres des bidonvilles » dans une société française en pleine croissance. C’est donc les jeunes et les étrangers qui constituent le fer de lance des occupations d’usines à partir du 13 mai. Il s’agit bien d’un mouvement de la jeunesse ouvrière, à laquelle se rallie presque immédiatement un gros contingent d’immigrés ouvriers spécialisés (OS).

 

La surreprésentation des Juifs dans le mouvement étudiant de Mai-68

 

Ce mouvement réagit, surréagit, et parfois même s’identifie au mouvement de la jeunesse scolarisée qui, pendant une dizaine de jours du 4 au 12 mai, s’affronte à la police au Quartier latin. Ce mouvement de protestation violent est certainement minoritaire, mais massif tout de même. Souvent les comités de grève ou d’action regroupaient des militants plus chevronnés issus de l’UNEF, du PSU ou de divers groupes d’extrême gauche. Il est notable dans ce premier cercle de la « commune étudiante » que les jeunes Juifs, particulièrement ceux nés de parents d’Europe de l’est juste après la Shoah, soient surreprésentés et constituent l’encadrement du mouvement à la base dans les facultés… comme au sommet d’ailleurs. Des trois « leaders » du mouvement universitaire, Geismar-Cohn Bendit-Sauvageot, seul ce dernier n’est pas juif.

Pourquoi cette minorité est-elle si présente dans le mouvement de Mai-68 ? Des dizaines de pages seraient nécessaires pour l’expliquer. Mais disons simplement et de manière fort réductrice que cette première génération post Shoah a un compte à régler avec ce qu’elle considère comme la France de Vichy, contre cette large proportion de Français pro-Pétain pendant l’Occupation et reconvertis en gaullistes dans les années 60, à une époque où l’antisémitisme est encore très fort dans toutes les couches de la société.
Loin de se tourner vers un combat spécifique, le sionisme en particulier, elle s’oriente vers des combats universalistes pour espérer un avenir où le mépris envers les Juifs n’existerait plus.

Ainsi trois minorités, une fraction de la jeunesse ouvrière française, de la classe ouvrière immigrée et la jeunesse juive scolarisée sont partie prenante de l’allumage du feu de ce printemps 68. D’ailleurs, le pouvoir et sa police sauront en tenir compte dans les années 70, et s’emploieront de toutes leurs forces à défaire les solidarités entre ces groupes humains.

 

La solution du communautarisme aux États-Unis

 

Nous disions plus haut que cet événement insurrectionnel français est d’une importance capitale pour comprendre comment une réaction politico-idéologique s’est mise en place pour qu’un tel dérèglement de la société ne se produise plus jamais dans un pays développé. Les États-Unis, aux prises eux aussi avec un mouvement contestataire puissant dans la jeunesse et dans la minorité afro-américaine, vont s’intéresser immédiatement à Mai-68 et construire méthodiquement un plan de contre-attaque.

Deux organismes vont être chargés de l’ouvrage : la CIA et secondairement le FBI.

Suivant le vieil adage que « l’on ne cherche que ce que l’on a déjà trouvé ! », les services américains ont déjà de manière immanente la solution : le communautarisme. Car la société américaine est depuis le XVIIIe siècle un agrégat violent de communautés qui, souvent, se détestent entre elles. Loin du fameux melting-pot, chaque communauté agit pour elle-même sans imaginer même un instant un projet émancipateur universel. Le mouvement ouvrier américain, pourtant puissant, a d’ailleurs été brisé sur ce récif communautaire. Mais ce qui manquait à l’ère de l’impérialisme américain à la fin du XXesiècle, c’était une théorie générale, pouvant être reprise et déclinée dans tous les pays de sa zone d’influence. Le but était de conceptualiser le fait que chaque groupe minoritaire devait s’opposer à tous les autres, bref remplacer une éventuelle explosion générale… en une multitude d’implosions particulières. Chaque groupe opprimé devait diriger sa capacité explosive propre de sa révolte, non pas contre l’État et les tenants du Capital, mais contre la société éclatée en communautés.

 

 

C’est là qu’intervient l’introduction de la « French theory » au cœur même du système universitaire élitiste des États-Unis.

 

Le concept de French theory, une pure création publicitaire américaine

 

La « théorie française » est une reprise assez fumeuse et peu cohérente des thèses de philosophes français structuralistes ayant publié des ouvrages théoriques dans les années 60 et 70. Les Américains gommèrent les contradictions entre les pensées des différents auteurs français, qui d’ailleurs ne se revendiquaient aucunement, ni entre eux ou ni envers l’extérieur, d’une quelconque « école de pensée commune ». Ainsi, le concept de French theory est en quelque sorte une pure création publicitaire américaine, regroupant vaille que vaille un aréopage de publicistes hétérogènes en matière de réflexion. Dans ce corpus intellectuel de bric et de broc, la notion de « déconstruction » tient une place centrale. La French theory se réclame de Foucault, Deleuze, Baudrillard, Derrida, etc. Très à la mode dans l’après Mai-68, ces penseurs perdent progressivement de l’influence à partir de 1975, et l’apparition des Nouveaux philosophes, dont l’objectif intellectuel principal était la dénonciation du communisme. Bref, ils ont disparu en France de l’avant-scène et le milieu universitaire s’en est désintéressé graduellement à l’orée des années 80.

 

C’est paradoxalement dans ce contexte que la French theory prend son essor aux États-Unis vers le milieu de cette décennie. Les départements Humanities des grandes universités privées américaines reprennent donc un ensemble théorique démonétisé en France, si l’on peut dire, pour le recycler dans des campus financés par l’hyper-capitalisme (des universités dont les fonds viennent souvent des fondations caritatives des grandes familles bourgeoises américaines, WASP en particulier).

 

L’intérêt de la CIA pour les grandes ­figures du structuralisme

 

Pour décrire le processus initial du début de la « théorie française » sur les campus américains, l’on cite souvent le rapport déclassifié de la CIA datant justement de 1985. En fait, c’est un énième rapport de surveillance de la centrale de renseignement sur la vie intellectuelle française. Dans Le Monde d’avril 2017, Violaine Morin le décrit fort bien : 

 

La chose est donc connue : la CIA regardait de près, dès les années 1950, les activités intellectuelles de tous ceux qu’elle considérait comme de dangereux marxistes. Mais un rapport de recherche, déclassifié en 2011, apporte un éclairage étonnant sur ces pratiques. Ce document, livré en 1985 par les agents basés à Paris, montre l’intérêt de la CIA pour les grandes ­figures du structuralisme – ceux qu’on appellerait bientôt, outre-Atlantique, les intellectuels de la « French theory ».

 

Mais l’on se trompe souvent sur la nature de ce rapport du milieu des années 80. Il ne s’agit pas d’une découverte, car la CIA suit effectivement de très près, et encore plus depuis une quinzaine d’années, les évolutions idéologiques en France. Il s’agit en fait d’une expertise et d’un constat : les penseurs de la future French theory ne représentent pas, ou plus, de danger pour les États-Unis et le camp occidental plus généralement. Pour la centrale de Langley, les penseurs de la « déconstruction » ont surtout déconstruit le marxisme et finalement ils s’opposent essentiellement à l’Union soviétique et aux pays de l’Est. Même la Chine, un temps vénérée, ne trouve plus grâce à leurs yeux.

 

Si ces philosophes s’opposaient de front à la France bigote aux mœurs étriquées du Général de Gaulle et de tante Yvonne dans les années 60, la « libéralisation » sous Giscard d’Estaing change la donne (droit à l’avortement, majorité à 18 ans, fin de la répression de la pornographie…). Ainsi, le combat sociétal n’est plus l’allié naturel du combat social. À partir du milieu des années 70, chez Foucault en particulier, le focus est dirigé sur les minorités : sexuelles, ethniques, sociales (marginaux, fous, prisonniers, etc.). C’est ce dernier élément qui sera déterminant dans l’adoption de la French theory comme « arme retournée » contre-insurrectionnelle.

 

Foucault suivi pas à pas par le FBI

 

L’attirance de certains penseurs français pour les États-Unis a permis également de suivre presque au jour le jour leurs évolutions idéologiques. Pour poursuivre avec Michel Foucault, dont la pensée est certainement le « vaisseau amiral » de la future French theory, sa passion dès 1972 pour les universités américaines de la côte Ouest permet aux services de renseignements de faire un travail exhaustif. Ce n’est pas la CIA, mais le FBI qui en fut chargé, car Foucault ne pouvait normalement pas voyager aux États-Unis. En effet, membre du Parti communiste Français de 1950 à 1953, il n’avait pas droit à un visa. À partir donc de 1972, le philosophe français fut obligé de demander une dérogation spéciale pour chaque déplacement. Cela nécessiterait très officiellement une autorisation du FBI après enquête.

Une fois sur le territoire américain, le FBI suivait, toujours aussi officiellement, les conférences et rendait compte du caractère subversif ou non des propos du philosophe pour une éventuelle prochaine visite en Californie. Certains vont plus loin et pensent que Michel Foucault a été « retourné » par les services américains. C’est certainement faux, car il s’opposera jusqu’à la fin de sa vie à la politique étrangère américaine, en particulier en soutenant la révolution islamique en Iran et l’ayatollah Khomeini. Par contre, il est certain que le FBI et la CIA disposaient dès la fin des années 70 d’une documentation complète sur les théories de Foucault et de l’ensemble des penseurs français.

Pour comprendre pourquoi l’administration secrète américaine sélectionne la Théorie française, c’est-à-dire un ensemble conceptuel « plutôt à gauche », comme arme principale contre-insurrectionnelle, il faut revenir sur l’histoire de la CIA et de ses grands analystes. Depuis sa création en septembre 1947, la CIA, et avant elle la célèbre OSS, ont toujours disposé d’un fleuron : ses grands analystes. Issus des départements Humanities des meilleures universités américaines, ces analystes venaient plutôt de la gauche dans les années du New Deal sous le démocrate Roosevelt. Cette tradition perdurera sous Truman et même après. Une CIA plutôt à gauche et un FBI plutôt à droite vont former une sorte de balancier d’une grande efficacité. 

 

Le « freudisme », arme idéologique de la Guerre froide 

 

Le recyclage des idéologies « de gauche » fut la marque de fabrique de la CIA et l’exemple le plus spectaculaire fut certainement l’adoption du « freudisme » comme arme idéologique de la Guerre froide, ou plus exactement d’un freudisme expurgé. La pensée de Freud sera bien sûr simplifiée pour apparaître comme une passion de la recherche personnelle en dehors des rapports sociaux. Contre le « collectivisme », la psychanalyse apparaissait comme une démarche de l’individualité et d’une certaine manière une voie vers l’individualisme. Cette diffusion idéologique fut générale aux États-Unis, relayée par les films de Hollywood tout au long des années 50 en plein maccarthysme. Les scénarios des films de Hitchcock en sont de bons exemples. Le fait de « choquer le bourgeois » fut plutôt un atout pour diffuser le message politique au travers de cette idéologie en direction des milieux intellectuels et dans la jeunesse. Le même processus sera en fait employé pour la French theory trente ans plus tard.

La communauté du renseignement aux USA forme une masse humaine considérable, aujourd’hui plus d’un million de personnes. Les rapports avec les universités sont intimes, en particulier dans les départements Humanities où elles recrutent souvent les meilleurs étudiants. Par ailleurs, depuis la grande révolte anti-guerre du Vietnam des années 60, les campus sont étroitement surveillés pour ne plus jamais redevenir des centres de rébellion. Depuis les années 90, l’ordre règne sur les campus, les nombreuses interventions militaires entreprises après la présidence Reagan n’ont donné lieu à aucune protestation d’ampleur. Mieux : même les mobilisations telles que récemment Black Lives Matter (BLM) qui ont balayé l’Amérique et permis l’expulsion de Trump de la Maison Blanche, n’ont eu que fort peu d’écho sur les campus des grandes universités. 

 

 

De la contre-insurrection, de la French theory et du mouvement woke

 

La Cancel culture, rejeton infernal de la French theory

 

Car la French theory a entre-temps donné naissance à un rejeton infernal, la Cancel culture. Bras armé de la « Théorie française » la Cancel culture (de l’anglais cancel « annuler ») peut se traduire en français par culture de l’effacement ou culture de l’annulation. Il s’agit donc de dénoncer publiquement des individus pour les ostraciser, bref les détruire socialement. Parfois à juste titre, souvent par pure calomnie, la Cancel culture est un vrai « joker » pour les professionnels du maintien de l’ordre : elle provoque la méfiance, la crainte, le ressentiment, la paranoïa de tout le monde… contre tout le monde. Cette pratique de dénonciation publique individualise à l’infini les conflits interpersonnels, c’est l’ambiance du film de Clouzot Le Corbeau en temps de paix et à l’ère des réseaux sociaux. Chaque individu, réduit à sa « particule élémentaire », peut devenir du jour au lendemain la proie de la calomnie, et nul n’est à l’abri. Par sa nature même, la Cancel culture détruit le principe même de solidarité humaine et d’action commune concrète.

 

Le wokisme, dernier avatar de la French theory

 

Dernier avatar en date de la French theory, le mouvement woke. Le terme provient du verbe anglais wake (réveiller). Il pourrait se résumer en français par l’expression « rester éveillé ». Politiquement parlant, ce mouvement désigne suivant le commentaire d’un linguiste québécois « une personne dont le militantisme s’inscrit dans une idéologie de gauche radicale, qui est structurée en fonction de questions identitaires (liées à la race, mais aussi au genre, à l’orientation sexuelle, etc.) » et que l’idéologie en jeu se trouve « en opposition conceptuelle et sémantique aussi bien avec l’universalisme progressiste hérité des Lumières qu’avec ses contreparties plus conservatrices ».

 

C’est en effet une bonne définition, car la cible principale du « wokisme » est bien l’universalisme progressiste. Au lieu de vouloir effacer les fausses divisions raciales, ce mouvement prétend les accentuer et enfermer chaque communauté dans son ghetto aux murs infranchissables. L’essence humaine serait donc la pigmentation de l’épiderme et la fraternité humaine un concept creux au service des « blancs ». Ce racialisme est l’aboutissement de la Théorie française et de sa déconstruction en communautés minoritaires tournées sur elles-mêmes et fermées à tout humanisme fraternel…

 

La French theory en fin de course ?

 

Qu’en est-il aujourd’hui ? L’impact de la Théorie française et de ses avatars (Cancel culture, mouvement woke…) est-il toujours aussi important ? La réponse est positive pour l’occident, en particulier les pays de l’OTAN. La France, par exemple, subit la fragmentation induite par l’idéologie de contre-insurrection américaine. Cela dit, la French theory semble un peu en fin de course, une queue de comète du dispositif théorique des années 80 et 90. Ce phénomène de déclin est surtout visible en Amérique latine. Dans ces pays, les mouvements minoritaires, peuples natifs amérindiens, mouvements féministes, associations LGBT, mouvements de la jeunesse scolarisée, etc., ont réussi à trouver des accords politiques de convergences et à surmontent les oppositions intercommunautaires. Dans le sous-continent, au Chili en particulier, l’idéologie de division yankee semble perdre du souffle. C’est un espoir pour les progressistes du monde entier. 

 

Même aux États-Unis, les choses bougent et le mouvement anti-violence policière a démontré que les barrières artificielles de la couleur de peau peuvent être surmontées, car beaucoup de « blancs » ont rejoint le mouvement BLM au zénith de la mobilisation.

 

Depuis la crise financière de 2007-2008, avec comme accélérateur exponentiel la crise sanitaire de la pandémie Covid-19, « les herbes hautes de la plaine deviennent de plus en plus  sèches » pour paraphraser la formule de Mao. Mais pour que l’étincelle scintille, il faudra d’abord que les militants de la République sociale combattent et mettent en pièces ces idéologies de  séparation, propulsées de main de maître par les tenants du « maintien de l’ordre impérial ».

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4 février 2022 5 04 /02 /février /2022 06:06

Un article (paru dans le Grand Soir) comme on en rencontre assez peu dans les grands médias français qui soutiennent quasiment tous le point de vue des États-Unis.

 

La propagande de guerre froide ne fait pas dans la nuance. Voilà des mois que les porte-parole patentés de l’Occident martèlent d’une seule voix que la Russie va envahir l’Ukraine, que la guerre est imminente et qu’il faut se préparer à l’affronter. Vieille rengaine ! Au temps de l’affrontement Est-Ouest, on prétendait en Occident que la menace soviétique était suspendue comme l’épée de Damoclès au-dessus des démocraties. On affirmait même que l’arsenal militaire de l’URSS était nettement supérieur à celui des États-Unis, et qu’elle risquait d’exploiter cette supériorité pour envahir et soumettre l’Europe.

 

Or tout était faux. Cette menace systémique était une fiction. L’arsenal soviétique fut toujours inférieur à celui de ses adversaires, et les dirigeants de l’URSS n’ont jamais envisagé d’envahir l’Europe occidentale. En fait, la course aux armements fut sciemment entretenue par Washington dès le lendemain de la victoire alliée sur l’Allemagne et le Japon. Cyniquement, le camp occidental avait deux bonnes raisons de provoquer cette compétition : la guerre avait exténué l’URSS, causant 27 millions de morts et détruisant 30% de son potentiel économique, et elle avait fantastiquement enrichi les EU, qui assuraient 50% de la production industrielle mondiale en 1945.

 

Forgée par la guerre, cette suprématie économique sans précédent favorisait une politique étrangère agressive, hypocritement revêtue des oripeaux idéologiques de la défense du « monde libre » contre le « totalitarisme soviétique ». Cette politique impérialiste, conformément à la doctrine forgée par George Kennan en 1947, avait un objectif clair : l’épuisement progressif de l’URSS – rudement éprouvée par l’invasion hitlérienne – dans une compétition militaire où le système soviétique allait dilapider les moyens qu’il aurait pu consacrer à son développement.

 

Force est de constater que cette politique a porté ses fruits. Surclassée par un capitalisme occidental qui bénéficiait de conditions nettement plus favorables au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a fini par quitter la scène en 1991 au terme d’une compétition harassante. Pourtant rien ne semble avoir changé, et la guerre froide continue de plus belle.Trente ans après la disparition de l’URSS, l’hostilité occidentale ne faiblit pas. On continue de prêter à Moscou des intentions belliqueuses, alors même que les démonstrations de force de l’OTAN aux frontières de la Russie illustrent suffisamment la réalité de la menace occidentale.

 

« De Staline à Poutine ». Quoi de plus ridicule que ce récit où transpire la bonne conscience occidentale, attribuant toutes les tares à la Russie, incriminant une puissance maléfique dont la résilience ferait peser une menace irrésistible sur le monde prétendument civilisé ? Ce discours lancinant s’obstine à désigner dans la Russie actuelle une sorte d’ennemi systémique, l’empire du mal soviétique ayant été simplement repeint aux couleurs russes pour les besoins de la cause. Aux yeux des élites dirigeantes occidentales, il faut croire que Moscou reste Moscou, et que la menace venant de l’Est est une donnée permanente de la géopolitique eurasienne.

 

Pour les obsédés de l’ogre moscovite, la Russie a tous les torts. Elle ne se contente pas de menacer l’Ukraine en massant ses blindés à ses frontières, elle veut aussi installer à Kiev un pouvoir pro-russe. Singulière inversion accusatoire, qui attribue à Moscou la politique menée par les Occidentaux dans un pays qu’ils ont vassalisé à coup de subventions en espérant le transformer en futur joyau de l’OTAN. En y fomentant le coup d’État de février 2014, ils ont tout fait pour le détacher de son voisin afin d’isoler davantage la Russie, dans la foulée de ces « révolutions colorées » qui ont été savamment orchestrées en Europe orientale et dans le Caucase. C’est depuis cette date que l’Ukraine est en proie à une grave crise intérieure, et Moscou n’y est absolument pour rien.

 

Car le putsch de Maidan a porté au pouvoir une clique ultra-nationaliste dont la politique a humilié la population russophone des régions orientales. Cette provocation délibérée des autorités usurpatrices de Kiev, soutenues par des groupes néo-nazis, a poussé les patriotes du Donbass et de Crimée à la résistance et à la sécession. Mais il n’y a jamais eu d’invasion moscovite. Aucun char russe ne foule le territoire ukrainien, et Moscou a toujours recommandé, pour résoudre la crise interne, une solution négociée de type fédéral ménageant les intérêts des différentes composantes du peuple ukrainien. Il est ahurissant de voir l’OTAN stigmatiser la Russie pour sa politique à l’égard de ce pays, alors que la seule armée qui tue des Ukrainiens est celle de Kiev, qui bombarde quotidiennement les populations civiles des républiques sécessionnistes de Donetsk et Lougansk.

 

C’est l’agressivité irresponsable de cette armée, noyautée par les ultra-nationalistes et portée à bout de bras par les puissances occidentales, qui entretient un climat d’affrontement. C’est l’hystérie antirusse des puissances occidentales qui jette de l’huile sur le feu dans la région, et non cette menace imaginaire contre l’Ukraine que les affabulateurs de la presse atlantiste attribuent à la Russie. Dans la crise actuelle, il est clair que c’est l’Occident qui représente une menace pour la paix en défiant outrageusement la Russie à ses frontières, et non l’inverse. Que l’on sache, Moscou n’organise pas de manœuvres militaires avec le Mexique ou le Canada, et sa flotte de guerre ne croise guère au large de Manhattan.

 

Washington, en revanche, poursuit l’encerclement de la Russie en étendant systématiquement le périmètre de l’OTAN à ses frontières. Or cette politique viole l’engagement pris auprès de Mikhaïl Gorbatchev, lequel accepta la réunification de l’Allemagne en échange d’une promesse de non-extension de l’Alliance atlantique vers l’Est européen. Cette offensive géopolitique est d’autant plus menaçante qu’elle s’est accompagnée de l’installation, sur le territoire des nouveaux États-membres, d’un bouclier antimissile américain. Impensable au temps de l’URSS, ce dispositif fait peser sur Moscou la menace d’une première frappe et rend caduc tout accord de désarmement nucléaire.

 

Impossible d’oublier, enfin, la toile de fond de cette démonstration de force du camp occidental maquillée en riposte aux ambitions de l’ogre russe : colossal, le budget militaire des EU représente près de la moitié des dépenses militaires mondiales, dépassant en 2021 les 740 milliards de dollars. En augmentation constante, il équivaut à neuf fois celui de la Russie, proportion qui s’élève à seize fois pour l’ensemble des États-membres de l’OTAN. Hormis les faux naïfs, qui peut accréditer la fable d’une invasion militaire imminente de l’Ukraine par les forces russes ? Prétendre que Moscou prépare la guerre pour assouvir ses appétits territoriaux aux dépens de ses voisins mériterait un éclat de rire s’il ne s’agissait d’une crise internationale sérieuse au cours de laquelle, une fois de plus, le bellicisme de Washington tente d’enrayer le déclin irrésistible d’un Occident vassalisé.

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1 février 2022 2 01 /02 /février /2022 05:23
Un de mes proches, retraité de France Télécom, m'a envoyé le récapitulatif suivant :
 
J’ai consulté les fiches des pensions de retraite, portant sur les dix dernières années.
J’ai constaté que je percevais environ 25 Euros de plus par mois, soit 1% et sur dix ans : 0.1% par an.
Durant la même période l’inflation s’est élevée à 10%, soit 1% par an.
Sur une pension d’environ 2000 Euros Ce sont 200 Euros qui manquent à l’appel par mois.
Qu’elle est la perte sur dix ans ? Environ 13000 Euros.
Le calcul est simple, la première année la perte est 20 Euros x 12 soit 240 E, la deuxième année se sont 480 qui manquent à l’appel, jusqu’à la dixième année 2400 E.
Ce n’est pas l’augmentation de 1.1 % de cette année, pour une inflation d’environ 3 %, qui va corriger notre spoliation.
Retraites dans la Fonction publique : cela vire au scandale !
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30 janvier 2022 7 30 /01 /janvier /2022 06:02

Le 18 janvier, j'ai publié ce document : une audition du professeur Péronne devant la Chambre des députés luxembourgeois.

 

Facebook n'aime pas les arguments du professeur Péronne, un spécialiste des vaccins mondialement reconnu.

 

Facebook me censure en ajoutant un avertissement à ma publication car les informations que je relaie sont jugées fausses par “ des médias de vérification indépendants ”. On ne sait pas qui sont ces médias, bien sûr.

 

Je peux voir mes publications déplacées plus bas dans le fil d'actualité afin qu'elles soient moins susceptibles d'être vues par d'autres personnes.

Facebook : 1984 pas mort

Je n'ai évidemment pas d'opinion tranchée sur cette polémique. Je me souviens, cela dit, qu'il y a 45 ans j'ai dû me faire vacciner contre la variole (j'ai morflé) et la fièvre jaune (c'est passé comme une lettre à la poste). Ces vaccinations étaient garanties 10 ans, avec une efficacité de 99%. Pas comme les “ vaccins ” qui nous concernent présentement, avec des doses dont on nous dit qu'elles sont efficaces à 60% pour une période de quelques mois. Pas comme un vaccin en particulier dont les propriétaires ont imposé aux États que les vaccinés ne pourraient se retourner contre eux en cas de dégâts collatéraux.

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28 janvier 2022 5 28 /01 /janvier /2022 06:01

Dans un discours devant le Parlement Européen, Ursula von der Leyen a évoqué l’identité numérique européenne comme une solution majeure pour l’Union. Pour beaucoup d’Européens, ce sujet technique ne mérite pas un tel traitement de faveur. Ils n’ont pas compris qu’Ursula lui accorde une telle importance… parce qu’il est l’arme fatale, mais cachée, pour détruire définitivement les Etats-nations et la résistance opiniâtre qu’ils continuent à opposer aux projets dystopiques de la caste mondialisée. Dans cinq ou six ans, un état-civil européen remplacera les états-civils nationaux et permettra de mettre en place un crédit social à la chinoise. Si nous ne nous y opposons pas.

La dystopie de l’identité numérique européenne

Bien entendu, présentée de cette façon, l’identité numérique européenne prend un tour un plus inquiétant que la simple affirmation idyllique d’Ursula von der Leyen devant le Parlement européen.

Mais la dystopie ne s’arrête pas là.

Nous conseillons à tous nos lecteurs de s’intéresser à ce que le site de la Commission Européenne annonce à propos de l’identité numérique de l’Union :

L’identité numérique européenne peut être utilisée dans un grand nombre de cas, par exemple pour:

  • utiliser des services publics, comme pour demander un acte de naissance ou un certificat médical ou signaler un changement d’adresse;
  • ouvrir un compte bancaire;
  • remplir une déclaration fiscale;
  • s’inscrire dans une université, dans son pays d’origine ou dans un autre État membre;
  • conserver une prescription médicale utilisable partout en Europe;
  • prouver son âge;
  • louer une voiture au moyen d’un permis de conduire numérique;
  • s’enregistrer au début d’un séjour à l’hôtel.

 

L’identité numérique européenne permettra concrètement de savoir qui est vacciné, qui a par conséquent le droit de voyager… ou d’emprunter à la banque.

Euro numérique et identité européenne

Bien entendu, ce projet n’a de sens que lié à la mise en place d’un euro numérique dont nous annonçons l’accélération avec insistance depuis plusieurs semaines.

Dès 2023, la Banque Centrale Européenne mettra des euros numériques en circulation, qui ressembleront beaucoup à des “jetons”, des “tokens” de crypto-monnaies, à cette différence près que leur répartition sera tracée de façon centralisée par un organisme officiel qui aura le pouvoir juridique de les “débrancher”, de les “démonétiser” quand il le voudra.

Comme le suggère de façon très pertinente Nicolas Teterel dans Cointribune, ce système permettra de mieux contrôler les dépenses de chacun.

Il y a de fortes chances que la finalité d’une monnaie programmable soit tout simplement d’organiser un rationnement en interdisant l’accumulation d’achats trop gourmands en énergie (CO2).

Autrement dit, l’euro numérique permettra de bloquer automatiquement et à distance ceux qui achètent trop d’essence, consomment trop d’électricité ou mangent trop de viande.

Supposons qu’une norme future vous autorise à consommer un maximum de 1.000 litres d’essence par an, soit 12.500 kilomètres environ, la BCE pourra ordonner le blocage de tout achat d’essence au-delà de 1.000 litres, ou alors sa sur-taxation…

La dystopie du crédit social prend place

Derrière cette idée, traîne le principe du crédit social dont le passe vaccinal nous donne l’exemple de la première application.

Progressivement, la gouvernance de la société européenne va basculer d’une société de la règle et du droit vers une société de la morale et du conformisme.

Il y aura d’un côté ceux qui obéiront à la morale en place : se faire vacciner selon les normes définies par un aréopage incontrôlable de scientifiques choisis par le pouvoir, ne pas produire trop de CO2, probablement ne pas boire trop d’alcool, fumer trop de cigarettes, avoir une vie trop dissolue, faire trop d’enfants, etc. Ceux-là bénéficieront d’un crédit social positif, et continueront à fréquenter les salles de spectacle, de restaurant et de danse.

D’un autre côté, il y aura les dissidents, dont la dissidence sera plus ou moins intense : ceux-ci seront directement frappés au portefeuille, sans même que la maréchaussée intervienne. Le non-vacciné ne pourra acheter une place de cinéma, le producteur de CO2 ne pourra plus acheter d’essence au-delà d’une consommation donnée, et l’alcoolique sera privé d’alcool à partir d’une certaine dose.

La société de la morale bienveillante prend forme.

Ursula von der Leyen accélère l’identité numérique européenne pour détruire les Etats-nations

Comment vous serez spolié avec l’euro numérique

Baucoup imaginent que cette société relève du cauchemar complotiste. Le problème est qu’elle n’est pas un fantasme, elle est d’ores et déjà technologiquement possible. Il lui manque seulement le saut vers l’euro numérique pour se mettre en place.

C’est précisément ce saut qui devrait commencer en 2023, comme nous l’avons indiqué en fin d’année dernière, et qui se poursuivra jusqu’en 2025.

Les institutions européennes ont pris deux ans d’avance sur le calendrier initial. De notre point de vue, l’explication de cette accélération réside dans la revanche que Donald Trump serait susceptible de prendre s’il parvenait au pouvoir en 2025. Dans cette hypothèse, tout ce qui ne serait pas gravé dans le marbre pourrait être remis en cause.

Il faut donc engranger le maximum de résultats avant un éventuel retournement.

L’enjeu de l’euro numérique est de contrôler les populations par la monnaie, en développant et en mettant en pratique la théorie monétaire moderne, telle qu’elle est “digérée” par le Great Reset de Schwab : helicopter money, regain d’inflation, hausse de la fiscalité pour les patrimoines moyens.

Il faut comprendre ici que le scénario de l’euro numérique est co-écrit avec le scénario de la catastrophe financière : pour relancer l’activité, la Banque Centrale Européenne fabrique de la monnaie (de singe) qui provoque de l’inflation qui est jugulée par une hausse d’impôts sur les classes moyennes. Autrement dit, c’est la richesse de l’Européen moyen qui sera, à travers un euro numérique inquisiteur, mise à contribution pour rembourser les immenses dettes contractées depuis le début de la crise du COVID pour financer des achats auprès de l’hyper-capital américain.

De là à penser que les turbulences actuellement à l’oeuvre sur les marchés financiers (nous avions largement prévenu de leur arrivée) sont cousues de fil blanc pour justifier une débâcle de grande ampleur au terme de laquelle tout le monde applaudira des deux mains à la mise en place d’une monnaie numérique liberticide, il n’y a qu’un pas.

Bref, l’euro numérique, c’est la spoliation programmée de l’épargnant moyen, et tout indique que des théoriciens économiques ont d’ores et déjà écrit le scénario à venir. Dans leur esprit, c’est le prix à payer pour faire disparaître les vieux Etats-Nations européens.

Comprenez que c’est la fin de la France qui s’annonce.

 

 

Source : Le courrier des Stratèges

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25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 06:02
Repris du site Frustration.
 
Primaire « populaire » : la startup politique qui vous veut du bien ?

« Primaire populaire » est le nom d’une organisation politique créée il y a quelques mois pour obtenir « l’union de la gauche », c’est-à-dire un candidat commun entre l’écologie libérale de Jadot, les multiples tendances du PS post-Hollande et la France insoumise voire l’extrême gauche. Fondée en février 2021, la structure compte désormais près d’une vingtaine de salariés à temps plein, dont la mission est de faire un lobbying auprès des candidats et des médias pour faire de l’organisation d’une grande primaire LA solution pour une victoire de ce que leur porte-parole Samuel Grzybowski appelle « le bloc des justices » (en opposant au « bloc nationaliste » et au « bloc néolibéral »). Sur leur site internet, il est possible de parrainer des candidats à cette primaire (sans leur accord) afin de les soumettre à un vote, du 27 au 30 janvier prochain, qui déterminera un gagnant. Derrière cette organisation a priori gentillette se cache selon nous la plus grosse arnaque politique que nous ayons connu depuis la candidature « ni droite ni gauche » et « hors parti » d’Emmanuel Macron en 2016. La positive attitude néolibérale en étendard

 

redaction@frustrationmagazine.fr

 

Les premiers signaux d’alerte portent sur la forme : à l’automne dernier, j’ai débattu sur le plateau de Mediapart avec Samuel Grzybowski, et j’ai été consterné par le ton général de « positive attitude néolibérale » qui se dégageait de la moindre phrase qu’il nous sortait pour défendre son organisation : « l’espoir », « le changement », « l’envie », « tous ensemble » :

 

Ces mots creux ont pour point commun d’être utilisés par les politiques comme par les DRH. Ce sont des mots qui ne font référence à rien de précis, ils sont sans objet. « Vivre ensemble », avec qui ? « Le changement », vers quoi ? « L’espoir », pour qui ? Le principe est de ne rien préciser pour tout laisser ouvert, même le pire.

 

Samuel Grzybowski est un trentenaire, fils de journaliste, et il enseigne à Sciences po. Son parcours « d’entrepreneur social » l’a amené à faire de jolis selfies avec des membres bien connus de la classe politique pas réputés pour leur progressisme, qu’il a posté fièrement sur son profil Instagram :

 

De gauche à droite : avec Manuel Valls, ex-premier ministre en chien, promoteur de la loi travail entre autres saloperies puis avec Jean-Paul Delevoye, homme politique de droite concepteur de la réforme des retraites de 2019. Pour finir, avec Benjamin Griveaux. L’homme est surtout connu pour avoir eu vu son propre pénis naviguer sur le web, mais c’est d’abord un macroniste de la première heure. Quand on a des amis pareils, est-ce qu’on peut faire des leçons d’union de la gauche ?

 

 

Mathilde Imer, également co-fondatrice de « la primaire populaire », est diplômée de Sciences Po Paris. Son parcours est tellement radical qu’il l’a amenée à travailler pour l’organisation de la Convention Citoyenne pour le Climat, lancée en 2019 (puis écrasée) par Macron. La secrétaire générale du mouvement, Coline Serra, était quant à elle tout bonnement membre de la campagne législative de Mounir Mahjoubi, député LREM puis secrétaire d’Etat du gouvernement de Macron et donc membre du « bloc néolibéral » que la primaire prétend combattre.

 

Quand on a permis à un type de devenir député LREM puis secrétaire d’Etat de Macron, est-ce qu’on peut faire la leçon à toute la gauche 5 ans plus tard ?

 

D’une façon générale, le profil des organisateurs est celui de trentenaires diplômés, aisés et urbains : on compte sur la trentaine de militants présentés sur leur site 9 diplômés de Sciences Po, 6 d’écoles de commerce et 5 ingénieurs, nous signale le blogueur Eliot Thibault.

 

Ce n’est pas neutre que nous ayons encore des bourgeois ou sous-bourgeois qui se sentent une telle autorité à nous dire ce qui est bon pour nous, c’est dans leur idéologie. D’où leur amour de la technique de la primaire ; ce n’est pas une méthode neutre : c’est un système censitaire, pour les gens les plus politisés et les plus déterminés – sociologiquement les plus aisés et diplômés, c’est un fait confirmé par la composition sociale des participants aux primaires précédentes. Une composition sociale si différente de la population globale qui effectue des choix si différents du commun des mortels qu’ils aboutissent à des catastrophes électorales : c’est le cas de Benoît Hamon, star de la primaire socialiste de 2017, candidat méga cool, méga “radical” qui a fini en petit candidat discrédité dès le premier tour.

 

La primaire ou l’art de la politique entre soi

 

C’est donc « entre gens bien » que l’on va aller trancher – en amont de l’élection présidentielle, il ne faudrait pas laisser ce soin à la masse inculte – les sujets qui fâchent. La question de la candidature donc, celle du fond étant écartée par les leaders de la primaire qui ne s’emmerdent pas avec l’âge de la retraite par exemple : Hidalgo veut « sanctuariser » l’âge de départ à la retraite à 62 ans, Taubira a dit hier matin sur France Inter « oui bien sûr il faut réformer », sans dire ce qu’elle comptait faire hormis « consulter les partenaires sociaux », tandis que Mélenchon veut clairement revenir à la retraite à 60 ans. Anasse Kazib et Philippe Poutou sont plus ambitieux en la matière, mais ils ne figurent plus parmi les candidats possibles au prochain scrutin (alors que Pierre Larrouturou si, allez comprendre).

 

Si la démarche de la « primaire populaire » était honnête, ses organisateurs feraient d’abord voter les gens sur cette question éminemment centrale de la « gauche » que l’on souhaite : le système de retraite. Entre une gauche qui accepte le dogme de la retraite toujours plus tardive pour « maintenir l’équilibre des comptes publiques » comme le glissait, bonne élève, Léa Salamé à Taubira ce matin, ou bien une gauche qui veut répartir les gains de richesses produits et détournés par les possédants en temps de travail réduit, il n’y a rien de commun. Mais ce n’est pas l’objectif de la « primaire populaire ». Un “socle commun” est proposé sur le site de la primaire, mais puisqu’il n’a pas été fait avec les équipes des différents candidats, on ne voit vraiment pas en quoi cette base programmatique aurait une quelconque valeur contraignante pour la ou le gagnant.

 

La « primaire populaire » n’a donc évidemment rien de populaire, ni par sa composition ni par sa façon d’agir comme une start-up politique. L’usage du mot « populaire » est symptomatique des détournements que la bourgeoisie nous inflige depuis plusieurs années, à l’image du livre-manifeste de Macron en 2016, intitulé dans le plus grand des calmes Révolution, pour un type dont l’action politique est de nous ramener au XIXe siècle sur le plan social. La « primaire populaire » est avant tout la marque que s’est approprié un petit groupe d’activistes professionnels qui multiplient les coups de com’ et de pression pour s’imposer dans le paysage politique.

 

Quand la bourgeoisie s’achète une machine à droitiser la gauche

 

Ils bénéficient pour cela de donateurs, qui leur permet de bénéficier d’un budget conséquent (18 équivalents temps plein donc, dont 8 salariés, 7 auto-entrepreneurs et 3 stagiaires). Dans la section “transparence” du site de la primaire il est possible de consulter la liste des gros donateurs, ou l’on trouve par exemple l’actrice Juliette Binoche.

 

La bourgeoisie de gauche a donc la possibilité de s’acheter un appareil de lobbying politique lui permettant d’orienter « la gauche » comme elle le souhaite : pas celui de la gauche radicale. C’est moins pénible que de créer un parti politique, et moins risqué. Dans le cas de la « primaire populaire », l’avantage est en plus de pouvoir passer pour les gens de bonne volonté dans l’affaire : ceux qui veulent “unir”, et qu’importe que derrière cette belle union se cache en filigrane le projet de continuer à fracturer la société en reconduisant l’éternelle gauche socialiste de droite. Car c’est bien cela l’effet actuel des appels à l’union : faire passer la gauche radicale pour sectaire et donner toujours de l’audience à des candidats socialistes qui, sans tout ce ramdam, n’auraient aucune audience.

 

Derrière les appels vibrants à l’Union se cache toujours la volonté de lisser l’ensemble et de réhabiliter les ex-ministres et soutiens de François Hollande, comme si l’énorme échec et trahison qu’a constitués cette présidence n’avait pas discrédité pour de bon ses participants. Mais non, il n’est pas question d’en parler car nous avons un « projet », de « l’espoir », « l’envie de changement tous ensemble pour un avenir meilleur ». Mais ne vivons pas dans le même monde que les militants de la primaire populaire qui s’enthousiasment lorsqu’ils rassemblent autour de la même belle idée d’union de la gauche un SDF et un patron, comme on peut l’entendre dans cette vidéo déjà culte.

 

On ne saura pas si le SDF et le patron veulent la même réforme des retraites, mais nous sommes bien chagrin avec notre lutte des classes, pas très positive attitude. Après tout on s’appelle Frustration et pas “Vivre Ensemble Magazine”, alors de quoi on parle.

 

Des bisounours bien violents

 

Derrière cette façade toute choupi, la démarche de la « primaire populaire » assume un cynisme dans l’action, sur le mode « la fin justifie les moyens ». Dans un « point d’étape » filmé en selfie en mode cash, Samuel Grzybowski parle ainsi avec un amour certain de ses adhérents : « on a la plus grosse data » dit-il pour expliquer la légitimité de son petit groupe à peser dans le game politique à gauche. Les gens sont donc de la data, de la data qui leur appartient désormais, et qui, maintenant que tous les candidats se sont présentés sans eux, y compris leur protégée, Christiane Taubira, leur permet de faire du chantage pour continuer de « peser », utilisant leurs adhérents comme monnaie d’échange. Le pire, c’est que lesdits « adhérents » ne le sont pas : les inscrits à leur site web sont souvent simplement des gens qui ont signé une pétition pour demander l’union de la gauche, pas nécessairement pour donner carte blanche à un petit groupe d’activistes.

 

Et que souhaitent-ils faire maintenant ? Pourrir les candidats qui ne jouent pas le jeu. Sont ciblés Jadot et Mélenchon, qui ont refusé d’entrer dans cette mascarade, et contre lesquels Grzybowski assume clairement de bloquer les parrainages d’élus et d’effectuer des campagnes de dénigrement sur les réseaux sociaux. En voilà un sacré démocrate, prêt à utiliser l’outil le moins démocratique possible, les 500 parrainages d’élus nécessaires à une candidature aux présidentielles, et qui permet aux partis politiquement morts comme le PS ou le PCF d’utiliser leur force locale pour bloquer les autres. Et la “bienveillance” dans tout ça ?

 

Derrière un objectif d’apparence « noble », une petite entreprise politique s’est donc propulsée pour être désormais en capacité de peser, pour insuffler de la bourgeoisie et des éléments de langage macronistes dans « la gauche » et, ce faisant, participer à l’énième entreprise de relégitimation des ministres de Hollande et du personnel politique de la gauche bourgeoise, qui ne savaient plus quoi inventer pour parvenir à exister encore après toutes leurs trahisons.

 

Ce n’est pas la première fois qu’un petit groupe parvient à se propulser par la seule force de la com’, des « data » et de la complaisance du monde médiatique. Macron comme Zemmour sont passés maîtres dans l’art de construire des candidatures sur du vide, sans parti politique. Ce ne sont pas non plus les seules organisations politiques qui se revendiquent du « peuple » alors qu’elles sont tenues intégralement par des jeunes bourgeois ou sous-bourgeois. Il s’agit d’un mouvement de fond de monopolisation de la vie politique par la bourgeoisie, qui explique à la fois la déconnexion croissante et lamentable de nos « représentants » vis-à-vis de nous et le dégoût grandissant que nous ressentons à l’égard de ces militants bien nés et donneurs de leçon.

 

La « primaire populaire » confirme et accentue ce que la politique française est devenue : un terrain de jeu pour activistes professionnels, véritables entrepreneurs de la parole creuse et de la stratégie politique, à l’image de Macron leur figure tutélaire, consciente ou non. Pour eux, quelle que soit l’issue de cette « belle aventure », il s’agira avant tout d’une chouette expérience qui viendra étoffer leur Linkedin et leur réservera une place au chaud, dans un ministère de Macron ou d’ailleurs. Collaboratrice de député, directeur de cabinet de ministre, directrice d’une fondation écoresponsable : leur avenir est tout tracé. Mais pour nous autres, la « primaire de gauche » aura été une immense perte de temps, une chanson bourgeoise entêtante qui aura envahi une fois de plus nos ondes et achevé de détruire le peu de consistance qu’il restait encore à la notion de « gauche », de « justice sociale » et de « démocratie participative »...

 

Alors, qui veut aller voter et participer à leur jeu pipé d’avance afin de devenir de la « data » fraîche prête à alimenter la campagne du prochain candidat faussement de gauche, réellement bourgeois ? Qui a plutôt envie de réfléchir avec nous à ce que serait une organisation politique de masse, susceptible de renverser l’ordre bourgeois pour instaurer une société sans classe ?

 

Nicolas Framont et la rédaction

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22 janvier 2022 6 22 /01 /janvier /2022 06:00

Pour Oxfam, alors que les revenus des 99 pour cent les plus pauvres de la société diminuaient, la richesse des 10 hommes les plus riches du monde doublait.

 

La pandémie de COVID-19, selon Oxfam, est un sous-produit de l’ordre social capitaliste et de la domination de la société par une oligarchie financière.

 

Pour Oxfam, « Depuis le début de la pandémie, le monde compte un nouveau milliardaire toutes les 26 heures. Les dix hommes les plus riches du monde ont doublé leur fortune, tandis que plus de 160 millions de personnes auraient basculé dans la pauvreté. Parallèlement, quelque 17 millions de personnes sont mortes de la COVID-19. »

 

Oxfam place ensuite l’ampleur et la portée sans précédent de l’accumulation de la richesse des milliardaires dans un contexte historique. L’accumulation de la richesse des milliardaires est la plus forte augmentation annuelle depuis que ce type de données est recensé. Cette augmentation est due à la montée en flèche des cours des actions, à la montée en puissance des monopoles et des privatisations, ainsi qu’à l’érosion des réglementations et des taux d’imposition sur les sociétés, à la réduction des droits et des salaires des travailleurs et des travailleuses.

 

Les inégalités actuelles sont comparables à celles enregistrées au sommet de l’impérialisme occidental au début du XXe siècle. L’âge d’or de la fin du XIXe siècle a été dépassé. 

 

Depuis le début de la pandémie, 163 millions de personnes supplémentaires vivent avec moins de 5,50 dollars par jour.

 

Nous sommes face à une forme de violence économique, perpétrée contre des milliards de personnes, chaque jour, tout autour du monde.

 

La cause en est des politiques gouvernementales conscientes : Les fonds publics colossaux déversés dans nos économies ont gonflé les prix des actions de façon spectaculaire, ce qui a erichi comme jamais, et jamais aussi rapidement, les plus riches.

 

Oxfam estime que chaque jour les inégalités contribuent à la mort d'au moins 21 300 personnes. Une personne toutes les 4 secondes.

 

Pendant ce temps, les banques centrales ont injecté des milliers de milliards dans les économies du monde entier dans le but de maintenir l’économie mondiale à flot. Les gouvernements ont injecté 16 000 milliards de dollars dans l’économie mondiale depuis le début de la pandémie. Les milliardaires ont alors vu leur fortune augmenter de plus de 5 000 milliards de dollars pour passer de 8 600 milliards à 13 800 milliards depuis mars 202.

 

La pandémie est un « événement déclencheur » dans l’histoire de l’humanité, qui incarne tous les processus sous-jacents tout en les intensifiant massivement.

 

La conclusion inéluctable est que le problème fondamental est que l’ordre social capitaliste est intrinsèquement hostile aux besoins de la société.

 

Capitalisme et pandémie selon Oxfam : les inégalités tuent.
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