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16 août 2018 4 16 /08 /août /2018 06:06
 
Le Portugal est un pays discret. Vous connaissez le nom de son président de la République, de son Premier ministre ? Moi non plus. Vous me direz, je ne connais pas le nom de notre Premier ministre à nous…

 

Les dirigeants et les citoyens de ce pays font exactement ce qu’il convient de faire face aux entreprises néfastes de l’Europe et de la finance : ils mènent leur propre politique, la plus progressiste possible. Et, comme c’est étrange, ça marche. Ainsi, ils se dirigent actuellement, lentement mais sûrement, vers le plein emploi car ils savent pertinemment que le chômage n’est pas une conséquence de la « crise » mais d’une politique mise en œuvre par les classes dirigeantes européennes depuis le milieu des années 70. Les retraités français qui ne peuvent plus vivre dans leur pays à cause des contre-réformes de notre classe politique sur les retraites et qui s’expatrient au Portugal l’ont bien compris.
 
Ci-dessous un article publié par RT France, ce média que notre banquier national déteste car, de fait, les fausses nouvelles et les nouvelles fausses y sont moins nombreuses qu’ailleurs. Extraits.

 

Salaire minimum en hausse, taxe sur les gros chiffres d'affaire, revalorisation des retraites... Lisbonne ose prendre le contre-pied du dogme économique de l'UE. Et au grand dam des promoteurs de l'austérité, cette politique porte ses fruits.

 

Y aurait-il, face au fameux modèle allemand, un contre-modèle portugais ? A en juger par les chiffres excellents dont Lisbonne peut s'enorgueillir, il semblerait que le dogme de l'austérité, vanté par l'Union européenne (UE) comme l'unique option économique viable, se voie sérieusement remis en question.

 

Avec un taux de chômage en baisse constante depuis novembre 2015, le Portugal, qui était au bord du gouffre économique il y a quelques années encore, fait désormais plus que relever la tête : il peut même regarder de haut ses voisins, au premier rang desquels la France. Alors que le taux de chômage culminait à 17,5% début 2013, il n'est désormais plus que de 7,9% début 2018, c'est-à-dire en-dessous des 8,9% affichés par la France.

 

Les Portugais ont-ils, en bon élèves européens, consenti à un gel ou une baisse de leurs salaires pour retrouver le chemin de l'emploi ? Bien au contraire, le salaire minimum a été augmenté de 530 € à 557 € en 2017 et doit être porté à 600 € en 2019. Lisbonne aurait-elle alors suivi l'exemple français et allemand en soulageant la fiscalité des entreprises ? Le gouvernement portugais a, par exemple créé une taxe pour toutes les entreprises au chiffre d'affaire supérieur à 35 millions d'euros.

 

Le budget 2018 du Portugal prévoit une hausse des pensions de retraite, un programme de valorisation de la fonction publique ou encore, bien loin de la théorie du ruissellement, une diminution d'impôts pour les classes moyennes. Tandis que Bruxelles théorise et impose une doctrine de rigueur reposant notamment sur la baisse des salaires et la réduction drastique des dépenses sociales, le Portugal semble ainsi contredire toutes les leçons européennes en matière économique.

 

Le gouvernement de gauche d'Antonio Costa peut se targuer d'avoir mis en pratique et avec succès une politique économique ambitieuse. Le modèle portugais démontre que les politiques de relance, un concept devenu quasi tabou en Europe, peuvent bel et bien porter leurs fruits. Celles-ci reposent sur une idée simple : stimuler la consommation en améliorant les salaires et ainsi remplir les carnets de commande des entreprises, avec des effets positifs pour l'investissement et la productivité.

 

Le Premier ministre portugais n'hésite pas à attaquer de front la ligne jadis suivie par la droite, en conformité avec les attentes de l'UE : « La politique d’austérité suivie ces dernières années a eu pour conséquence une augmentation sans précédent du chômage avec des effets sociaux dévastateurs sur les jeunes et les citoyens les moins qualifiés, ainsi que les familles et les milliers de Portugais au chômage : elle a été aussi associée à une dévalorisation de la dignité du travail et des droits des travailleurs. »

 

Cette politique non-orthodoxe irrite a fortiori les instances bruxelloises. La Commission juge d'ailleurs que le budget 2018 du Portugal ne satisfait pas aux exigences européennes de réduction des dépenses publiques, fixées à 0,6%, puisqu'il ne permettrait qu'une diminution de... 0,4%. L'UE semble mal digérer que le Portugal fasse mentir le mantra bruxellois selon lequel seule une réduction des dépenses publiques permet de diminuer le déficit budgétaire. En démontrant qu'une politique de la demande est capable d'enclencher un cercle vertueux conduisant à l'accroissement des recettes de l'Etat, Lisbonne remet en cause les fondements mêmes d'un dogme économique que l'UE s'acharne à croire gravé dans le marbre, à moins qu'il ne s'agisse de son ADN même.

 

Vive le Portugal !

 

Un correspondant, Arthur Porto, m'écrit ceci :

 

C'est "sympathique" de faire un billet avec ce titre, sans qu'il s'agisse de foot!

La situation au Portugal est en effet meilleure depuis l'alternance qui a vu le précédent gouvernement, une droite-bonne-élève du FMI, obligée de quitter le pouvoir. Lors des élections le parti au gouvernement est arrivée en tête mais au parlement c'est une majorité qui s'est constituée avec le PS, le Bloc de Gauche (bloco de esquerda) et le PCP. Leur accord politique permet au PS d'assumer le pouvoir avec le soutien -souvent critique- des deux autres forces de gauche. «Ce n’est ni une coalition, ni un programme de gouvernement. En quelque sorte un compromis parlementaire», le Portugal étant comme vous l'écrivez  "un pays discret" cherchant le compromis pour vivre ensemble...

Il y a des avancées qui mettent en cause les politiques d'austérité, même si on assiste à une émigration significative, de jeunes et des diplômés. Différemment de la grande vague des années 60.

Un événement dramatique récent est venu alerter sur la situation du pays et notamment la gestion du gouvernement concernant l'incendie de Monchique (Algarve) qui a eu lieu il y a quelques jours. Le plus grand incendie cet été en Europe. Les dégâts sont très importants mais il n'y a pas eu à déplorer des victimes contrairement aux tragédies de l'année dernière (autour de 100 morts en juillet et octobre). Les mesures qui avaient alors été décidées pour la sécurité et prévention, n'étaient "pas encore" mises en pratique ce mois d'août. Cela n'aurait pas empêché les incendies mais, selon les experts aurait limité son amplitude.

Le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa (ancien du PSD, parti de droite) en déplacement a alerté “Je n'oublie pas, le gouvernement n'oublie pas et moi je n'oublie pas de le rappeler au gouvernement”, sa position étant très critique sur la façon dont les responsables politiques et de sécurité ont fait face aux incendies de 2017.

Je ne connais par "RT" mais cet article sur le Portugal apporte un certain nombre d'éléments qui démontrent que d'autres politiques sont possibles, même s'il n'y a pas d'analyse critique.

Mais ce qui se déroule dans ce petit coin de l'Europe est en cohérence avec l'histoire de ce "pays discret". Il sert comme un cas d'école (et tant mieux pour les citoyens qui y vivent) mais en aucun cas comme un exemple à transposer. En 1975, après la révolution des œillets le Portugal a beaucoup été sur les devants de la scène... et après il a suivi son chemin, avec des hauts et des bas. Actuellement c'est un peu un "haut"!

Résultat de recherche d'images pour "Portugal desenho dos incêndios"

"Il y a eu un temps mon fils, où tout ça c'étaient des arbres..."

"Qu'est-ce que c'est des arbres, papa?"

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15 août 2018 3 15 /08 /août /2018 05:50
 

J’ai plaisir à relayer la lutte des travailleurs de l’hôpital psychiatrique Pinel d’Amiens. J’ai longtemps vécu à Amiens (on connaît mes tendres pensées pour Bri-Bri d’amour) et une de mes proches est décédée dans cet établissement.

 

Le personnel soignant de l’hôpital Pinel a commencé un mouvement de grève le 15 juin dernier.

Rien ne bouge du côté des pouvoirs publics, de la ministre de la Santé Buszyn en particulier. Un piquet de grève se tient en permanence devant l’hôpital.

Le mouvement a commencé à la suite d’une quatrième fermeture de service qui a provoqué la surcharge des autres services, ce qui se traduit concrètement par des chambres occupées par deux, trois, et parfois quatre patients, notamment dans les pavillons de longues évolutions.

La charge se reporte sur les pavillons d’entrée (qui sont réservés aux soins aigus), et cela provoque énormément de friction de réorganisation et de réaménagement constant.

Cela conduit à des situations au mieux, très inconfortables pour les patients et, au pire, parfois dangereuses. Les patients payent le forfait hospitalier alors qu’’ils ne sont pas correctement pris en charge.

La situation est aggravée par le départ de nombreux médecins qui considèrent qu’ils ne peuvent pas travailler dans ces conditions. Ceux qui restent se retrouvent avec beaucoup trop de malades à gérer car ils sont parfois responsables de trois ou quatre services.

Des suivis extra-hospitaliers ne peuvent plus se faire, notamment au niveau des CMP (centres médico-psychologiques). Pour un premier rendez-vous dans un CMP dans la région, c’est 10 à 11 mois d’attente ! Or, la première médiation en psychiatrie est capitale. Sans effectif, il y a une aggravation de la situation. Dans la médecine hors psychiatrie, dans certains situations bénignes, le patient peut à la limite prendre en charge et participer à son propre traitement, mais dans la psychiatrie, c’est impossible

Cette dégradation n’est pas arrivée du jour au lendemain. Cela fait plusieurs années que le mouvement de réduction des moyens humains et matériels est en cours. Le directeur actuel a été nommé pour réduire la dette.

Les départs à la retraite ne sont pas remplacés et les CDD sont très peu reconduits. Le manque d’effectif entrave la prise en charge des malades à tous les niveaux mais altère également l’encadrement quotidien des étudiants en soins infirmiers.

Les revendications des grévistes sont claires :

  1. Une table ronde avec les différents acteurs: l’ARS, la direction de l’hôpital, la ministre de tutelle,
  2. La réouverture de deux services,
  3. La création de 60 postes de soignants (ce qui est un minimum).
  4. L’ffacement de la dette auprès de l’ARS
 
Mise en place d’une cagnotte de soutien

Pour permettre de soutenir les grévistes dans leur combat, il y a une cagnotte de soutien via Le Pot Commun  : Soutien au CHPP Pinel en Lutte.

Vous pouvez bien sur vous abonner à leur compte Twitter : @pinel_en_lutte et poster des messages de soutien sur leur page Facebook : https://www.facebook.com/PinelEnLutte/.

 

PS : C'est à l'hôpital Pinel qu'a été tourné en 1959 le film de Franju La Tête contre les murs avec Aznavour et Pierre Brasseur.

Philippe Pinel fut, en quelque sorte, l'inventeur de la psychiatrie et de la psychothérapie françaises. Il proposa d'enlever leurs chaînes aux aliénés qui, pour lui, n'étaient pas des créatures du démon mais des malades.

 

L’Hôpital Pinel d'Amiens toujours en Lutte
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11 août 2018 6 11 /08 /août /2018 05:45
En France, la Justice est indépendante
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9 août 2018 4 09 /08 /août /2018 05:35

 

Un rappel sur les acquis des grèves conduites par la CGT au cours du XXème siècle, avec un accent mis sur les congés payés (chassé-croisé des vacances d’été oblige !) :

- 1936 : Suite à la grève générale et plus de 10000 entreprises occupées dans le pays, signature des accords Matignon entre la CGT et le CGPF (ancêtre du MEDEF) qui inaugure le mouvement avec, entre autres, la mise en place de 15 jours de CONGÉS PAYÉS.

- 1945 : Les 3 semaines de congés payés sont acquises, entre autres, grâce à la place de la CGT dans la résistance et donc au Conseil National de la Résistance, qui prend en charge le pays à la libération.

- 1961/1964 : Obtention de la 4 ème semaine de congés payés dans certains secteurs, grâce à des grèves des mineurs, des métallurgistes et des cheminots.

- 1968 : Suite à la grève générale de mai (plus de 9 millions de grévistes !), avec le retour des occupations d usines dans le pays, signature du constat de Grenelle qui, entre autres, généralise la 4 ème semaine de congés payés (5 ème semaine chez les cheminots !).

- 1981 : suite à l application du "programme commun", co-signé par la CGT, la 5 ème semaine de congés payés est généralisée (les 28 jours pour les cheminots).

 

SOURCE: CGT Cheminots Versailles sur Facebook

 

 

A ceux qui sont pris en otage par les grévistes
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6 août 2018 1 06 /08 /août /2018 05:33

Selon le World Socialist Website, voilà où nous en sommes après 40 ans de capitalisme débridé, et plus particulièrement après la crise banquaire de 2008. En 10 ans, la fortune des plus riches a triplé tandis que la production nationale ne croissait que de 12%.

 

Les réductions de salaires, le blocage des retraites, l'aggravation des conditions de travail, la marchandisation des services publics, ont permis cet enrichissement obscène.

Les treize personnes les plus riches de France se sont enrichies de 23,67 milliards d’euros depuis le début de 2018. Depuis janvier, elles ont accru leur richesse de 12,2 pour cent et les 100 premières fortunes ont connu une hausse d’environ 15 pour cent en un an.

 

Parmi les milliardaires, l'habitué des podiums Bernard Arnault (LVMH), en tête du classement, dont la fortune est passée de 18 à 73,2 milliards entre 2008 et 2018. Sa fortune est la première d’Europe et la quatrième mondiale.

 

Avec 40 milliards d’euros, Alain et Gérard Wertheimer, les propriétaires de Chanel, passent de la 6ème à la 2ème place. Suivent ensuite Axel Dumas, le gérant d’Hermès (39,6 milliards) et Françoise Bettencourt-Meyers, la propriétaire du groupe l’Oréal (39,3 milliards). En cinquième et sixième position, on retrouve Gérard Mulliez du groupe Auchan (38 milliards) et François Pinault (groupe Kering, 30,5 milliards).

 

Sous Sarkozy, Hollande et Macron, ces personnes ont bénéficié de réductions importantes de l’Impôt sur la fortune et de subventions de l’État.

 

La famille Arnault a constitué sa fortune en restructurant et attaquant l’industrie du textile (sous le regard attendri de Mitterrand et de Fabius). Elle a finalement acquis LVMH dans les années 1980. Des dizaines d'usines ont fermé dans une région qui est devenue le bastion du Front National.

 

Bien sûr cette mutation s'est opérée partout dans le monde. 82 pour cent des richesses créées en 2017 ont été récupérées par les 1 pour cent les plus riches de la population mondiale.

 

Selon  Wealth-X, le nombre de milliardaires en dollars a augmenté de 15 pour cent depuis 2016, pour s’établir à 2 754 personnes. Leur richesse « a bondi de 24 pour cent à un niveau record de 9 200 milliards de dollar ». C’est 12 pour cent du PIB annuel de toute la planète.

 

500 hommes et femmes possèdent 30% de la richesse française.
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5 août 2018 7 05 /08 /août /2018 05:58

L'affaire Benalla n’est pas qu’une petite affaire policière ou de petite politique. Nous sommes en présence d’un individu qui a accompli des tâches de maintien de l’ordre en toute illégalité et qui avait pour mission de repenser le système de sécurité de la Présidence de la République. Ce, dans le cadre d’une destruction de la Fonction Publique, y compris dans ses missions régaliennes, par le biais de la suppression de 120 000 postes et d’une précarisation toujours plus poussée des agents de l’Etat, titulaires ou non.

 

Ce qui étonne la presse internationale, mais assez peu nos grands médias, c’est l’importance qu’a pu prendre, dans le cercle rapproché du président, un type aussi louche que Benalla dès lors que ce même président a écarté, pour sa protection, un recrutement classique et républicain de membres des forces de l’ordre au profit de ce qui tend à ressembler à des Tontons Macoutes. Dans notre Etat de droit, les fonctionnaires chargés de la protection du président sont issus d’un recrutement sélectif au sein de la Police Nationale et de la Gendarmerie. Il ne s’agit pas d’un recrutement de faveur à la tête du client.

Il semble bien, en effet, que le banquier ait demandé à Benalla de supprimer la structure « fonctionnaires » et de lui substituer une police privée parallèle. Le projet devait être concrétisé d’ici septembre 2018.

Après la Deuxième Guerre mondiale,  les hommes politiques français (Maurice Thorez au premier chef) qui ont reconstruit en la développant la Fonction publique ont eu pour préoccupation première de garantir l’indépendance des fonctionnaires dans le cadre des lois républicaines. Le banquier et son affidé Benalla nous ont montré, à leur corps défendant, ce qu’il en sera de la condition des employés de l’Etat recrutés sous contrat de droit privé et soumis, sans aucune indépendance, aux desiderata des caciques de la politique locale ou nationale. Autrement dit, l'affaire Benalla montre ce qui se passera en tout domaine lorsque la plupart des fonctionnaires seront recrutés sous contrat de droit privé et aux ordres des barons politique locaux ou nationaux.

 

Le recrutement dans la Fonction publique, comme, par exemple, dans le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR), garantit une sélection transparente et au mérite. Dans le système macronien, un protégé peut s’élever au sommet de l’Etat par « copinage malsain », selon le Préfet de police Michel Delpuech. Suite à la mise au devant de la scène du Rastignac Benalla, on peut se demander combien d’autres personnes, sans réelles compétences, ont été nommées depuis l’élection du banquier à des postes importants. Il faut toujours garder à l’esprit que les missions de service public sont accomplies par des agents recrutés sur concours en fonction de leurs compétences et que, dans ce cadre, les promotions sont décernées selon le mérite ou l’ancienneté en fonction de barèmes et d’échelles connus de tous.

 

Benalla assura la protection de partis politiques avant de diriger des forces para-policières. La Justice doit faire la pleine lumière sur ces forces en déterminant leur puissance de pénétration dans l’appareil d’Etat. Sinon, c’en est fini de la démocratie et de l’Etat de droit.

 

 

L'affaire Benalla, ou la logique « libérale » poussée à l’extrême

 

D'un point de vue politique, il est difficile de ne pas souscrire à cette analyse du Front Syndical de Classe

" Il y a quelque chose de fascinant pour un sociologue d’assister à la rencontre entre les institutions de la Ve république et  "l’aventurier" Macron, la rencontre entre les caractéristiques séculaires de la société française et ce groupe de technocrates envoyés à l’assaut de l’Etat par un capitalisme qui a prospéré sous la Ve , connu une apogée paradoxale sous Mitterrand et attend les retombées des réformes .

 Un viol permanent après le coup d’Etat permanent… Nous sommes à l’acte I, mais cela se jouera peut-être comme l’a dit Alain Minc dans l’insurrection ou en tous les cas dans une de ces mobilisation dont la France paraît avoir le secret, la France vieux pays de la lutte des classes décrit par Marx. En attendant Macron s’escrime à tenter d’utiliser le communautarisme, les avides du lumpen prolétariat et les pseudos élites des start up pour leur faire barrage. La guerre est déclarée , l’individu est puéril, capricieux et se prend pour un surdoué à force de s’entourer de quelques produits excentriques de l’ENA, le cercle véritablement rapproché, dont Benalla n’est que le groom prêt à tout. "

Très préoccupant que tout cela.

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2 août 2018 4 02 /08 /août /2018 05:38

 

Un instant fugitif, porteur d’encouragement mais aussi de désespérance.

 

Mais avant cela, une petite remarque en passant : l'opacité macronienne utilise abondamment sa propre novlangue. Ainsi la loi ELAN ne vise qu'à clouer au sol les handicapés.

 

 

Le banquier qui nous gouverne à coups d’invectives de petites frappe (« Venez me chercher ! ») sait aussi, dans une remarquable discrétion, pourrir notre vie et celle de nos enfants et petits-enfants (ce n’est pas faire de la psychologie de zinc de bistrot que de rappeler qu’il n’a pas d’enfants et que les petits-enfants de Bri-Bri d’amour ne sont pas les siens : comme disait Sartre, il faut appeler un chat un chat).

 

 

Le drame est que, pour le moment, des millions de Français qui souffrent, qui ragent contre cette puissance de la finance qui détruit tout sur son passage au profit d’une poignée de voleurs qui ne payent pas d’impôts et qui cachent leur argent dans les paradis fiscaux, ne peuvent, ne savent converger.

 

 

J’en ai encore eu une preuve il y quelques jours au péage d’une autoroute appartenant à un propriétaire privé (merci les faucialistes, merci Villepin !). Derrière la barrière levée, un militant distribuait des tracts contre la loi ELAN. Je ne suis pas un spécialiste du problème mais, à mes yeux, cette loi est l’épitomé de la honte macronienne. Par cette loi, en effet, le petit banquier du quartier chic d’Henriville à Amiens (où va-t-on : je me suis laissé dire que ce quartier périclitait car des vendeurs de drogue y habitent et y exercent ?) s’attaquent aux plus faibles d’entre nous : les handicapés. Après avoir promis que le handicap serait une des priorités de son quinquennat – ce qui était beau car la famille Rothschild ne compte aucun handicapé – Macron a fait voter par l’Assemblée nationale un projet de loi qui, dans son article 18, réduit de 90% la production d’appartements neufs en rez-de-chaussée ou desservis par ascenseurs qui seront accessibles, immédiatement habitables sans travaux par des personnes contraintes à se déplacer en fauteuil roulant. Dans son infinie sagesse, le Sénat a limité ce recul à 70%.

 

 

A Toulouse (le péage où l’on ne payait pas était situé près de cette grande ville), les personnes handicapées sont celles qui attendent le plus longtemps un logement social, jusqu’à vingt ans. Parce que, bien souvent, leurs revenus sont insuffisants, les handicapés ne peuvent accéder au parc locatif privé ni, évidemment, à la propriété.

 

 

Le Défenseur des droits (Jacques Toubon, la seule personnaliét politique réac dans sa jeunesse qui soit devenue humaniste dans sa vieillesse) a condamné ce projet de loi, tout comme la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme. Pour le Conseil de l’Europe, « C’est une question d’égalité et de dignité et cela permettrait au législateur de signifier clairement que l’inclusion des personnes en question de handicap lui importe ».

 

 

Site à consulter 

 

PS : pour l'anecdote, à ce péage, pas un policier, pas un gendarme, pas même un Benalia (ou l'un de ses frères) en casque à visière. les militants avaient donc eu la permission des autorités publiques de tracter à cet endroit, et celle de la société d'autoroutes qui avaient accepté ce manque à gagner ce soir-là.

 

Revenons un instant sur la loi ELAN
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29 juillet 2018 7 29 /07 /juillet /2018 05:43

 

Un article comme on aimerait en voir plus souvent sur, non pas l'affaire Benalla, mais l'affaire Macron. Par Régis de Castelnau.

 

Emmanuel Macron semble avoir décidé de traiter ce que l’on appelle « le Benallagate » avec sa désinvolture habituelle. Cet homme trop sûr de lui ne semble pas comprendre grand-chose à la politique. Pour s’être frotté à quelques oligarques, il s’imagine que le président de la République n’est qu’une sorte de PDG aux pouvoirs de potentat. Ses dernières saillies de cour de récré, d’abord en forme de bras d’honneur avec la phrase « qu’ils viennent me chercher ! », et ensuite avec la bravade sur sa fierté d’avoir embauché son gorille, outre qu’elles sont objectivement consternantes, constituent autant d’erreurs tactiques.

 Ne jamais négliger les signaux faibles

 

Qu’on le veuille ou non, la première a provoqué la réponse du juge d’instruction, le lendemain, avec la perquisition dans les bureaux de l’Élysée. Hérésie juridique à laquelle il était dans l’incapacité politique de s’opposer. Encore bravo ! Et ce comportement, fruit d’un mélange de narcissisme puéril et de mépris social a nourri depuis quelques semaines l’hypothèse de l’erreur de casting. Les interventions de certains de ses parrains, à commencer par le premier des oligarques français, François Pinault, suivi par les gardes flancs que sont Jacques Attali et Alain Minc, témoignent de leur perplexité, face, non pas à ce que le jeune roi ferait, mais à la façon dont il le ferait. Le choix du terme « insurrection » par Minc n’est sûrement pas dû au hasard. Emmanuel Macron fit répondre à Pinault par Ferrand de manière insultante. Il a eu tort, oubliant qu’il ne faut jamais négliger les signaux faibles.

C’est pourquoi il faut essayer de comprendre le pourquoi de la volte-face du journal Le Monde, jusque-là soutien assidu d’Emmanuel Macron, qui a envoyé un sacré missile avec la révélation de l’existence et du comportement du chouchou du président. Ne nous laissons pas impressionner par les éléments de langage des godillots, et la risible invocation de l’article 73 du code de procédure pénale. Il faut quand même rappeler la brochette de graves infractions manifestement commises à cette occasion. De façon inattendue, quelques heures après la victoire en Coupe du Monde de football, en pleine période de congés d’été, l’étincelle lancée a embrasé la plaine. Que s’est-il passé ? La première interrogation c’est la raison du missile du Monde, ceux d’Ariane Chemin ne sont jamais gratuits. Les rafales de révélations qui ont suivi dans les deux jours montrent bien que le dossier était prêt. Et ne pouvait être seulement le fruit d’un travail de journaliste d’investigation. Règlement de comptes au sein de la sphère policière ou opération de plus grande envergure visant à affaiblir durablement le chef de l’État ? Impossible de répondre aujourd’hui, mais il est clair que quelqu’un a appuyé sur un bouton. Et qu’à la surprise générale de nombreuses forces par effet d’aubaine se sont mises en mouvement et ont convergé pour en faire une affaire d’État.

Parce que c’était leur projet

 

On rappellera à ce stade que la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle de 2017 est le fruit d’un ensemble d’éléments dont quelques-uns relèvent de l’opération concertée. Il y a le choix d’Emmanuel Macron par la caste de la haute fonction publique de l’inspection des finances – incarnée par Jean-Pierre Jouyet -, l’appui de l’oligarchie, l’incroyable soutien médiatique, et des moyens financiers considérables. Mais surtout le raid judiciaire organisé par le couple infernal Parquet national financier (PNF) et Pôle d’instruction du même nom contre la candidature de François Fillon. Lancé par Le Canard enchaîné, il a vu une partie de l’appareil judiciaire conduire une procédure à une vitesse sans précédent pour ce type d’affaires. En liaison, de façon grossière, avec la presse destinataire en urgence de pièces tronquées. Que Fillon ait été un mauvais candidat choisi par la primaire, et qu’il se soit défendu comme un manche n’est pas contestable. Cela ne change rien et s’il se trouve des gens ignorants ou de mauvaise foi pour le contester, tous les professionnels sérieux du monde judiciaire savent à quoi s’en tenir : le comportement du PNF et du Pôle financier était destiné à détruire le candidat de la droite républicaine. La seule question qui reste posée aujourd’hui est de savoir si la volonté des acteurs était de détruire Fillon présenté quasiment comme de droite extrême, ou de créer les conditions pour faire élire Emmanuel Macron. L’étonnante complaisance affichée par les mêmes instances par la suite vis-à-vis de l’entourage politique de celui-ci pourrait amener à retenir la deuxième hypothèse. En l’état, personnellement je ne choisis pas.

Macron en mode Jeff Tuche 

 

Le résultat a été de fausser le premier tour de l’élection présidentielle et de permettre à Macron de devenir président de la République grâce à moins de 18% des inscrits au premier tour qui était le seul qui comptait. Cette opération, qui a amené à l’Élysée un candidat inconnu et improbable au CV politique particulièrement léger, et à l’Assemblée une cohorte de parlementaires incompétents, a bien sûr particulièrement brutalisé les mondes politique et administratif existants. Emmanuel Macron est comme quelqu’un qui a gagné une fortune au Loto. Il est persuadé que ce sont ses qualités et non un concours de circonstances qui l’ont amené là. Ce concours de circonstances qui a imposé la fusion des deux composantes du bloc bourgeois, la nationale et la mondialiste. Comme l’avait fait à sa façon Valéry Giscard d’Estaing en 1974 quand il s’était débarrassé de Jacques Chaban-Delmas pour accéder à la présidence. Et comme rêvait de le faire Alain Juppé. Contraints et forcés, les loden-barbours qui avaient choisi Fillon à la primaire LR avaient dû se rallier, sans enthousiasme, voire avec résignation.

Narcissisme, ego boursouflé, autoritarisme et absence de véritable culture politique, Emmanuel Macron a adopté des comportements et des attitudes qui ont transformé, pour les battus, les humiliations en exaspération. Notamment devant le comportement incroyable de suffisance de la petite caste de ses amis, verrouillés dans le bunker de Bercy. Plus récemment, la gay pride pornographique dans la cour de l’Élysée, l’exhibitionnisme gênant de la célébration de la victoire en Coupe du Monde de football, le retour au galop d’un sociétalisme que les bourgeois de province exècrent, et quelques autres incidents ont sérieusement fissuré ce bloc bourgeois dont il ne faut pas oublier que le ralliement de la partie nationale fut contraint et forcé. En son sein, beaucoup des perdants de l’année dernière, battus aux législatives par des chèvres, sont avides de revanche. Il ne fallait pas croire non plus que cette façon de gouverner en solitaire entouré d’une petite poignée d’affidés et de favoris peu recommandables n’allait pas heurter l’administration française. Un État est aussi un monstre administratif, il ne se réduit pas à trois bureaux à l’Élysée et quelques petits marquis répartis entre la rue du Faubourg Saint-Honoré et Bercy.

La facture de la mystification de 2017 ?

 

Finalement, la révélation du journal de Matthieu Pigasse est entrée en résonance avec une sorte de climat insurrectionnel. Non pas au sein des couches populaires, qui en général détestent Macron mais pour l’instant comptent les coups, mais plutôt dans des secteurs divers de la bourgeoisie, des couches moyennes et de l’administration. Personne n’a envie de prendre les armes évidemment, mais on sent la rage et l’envie de régler des comptes. Et ce d’autant que, pour l’instant, le bloc populaire est divisé et les partageux silencieux. Le jeune roi se verrait-il présenter la facture de la mystification de 2017 et de son comportement ?

Que peut-il se passer maintenant ? Il est impossible de le prévoir. Mais l’on peut déjà constater que l’autorité de cette Assemblée nationale est anéantie et qu’il sera difficile pour le pouvoir de poursuivre sa destruction de la Constitution et son programme d’atteintes aux libertés. C’est déjà une bonne nouvelle. L’une des clés de la suite réside aussi dans l’attitude de la justice. Car la diversion de l’Élysée qui tend à focaliser sur la « faute » commise par Benalla ne devrait normalement déboucher que sur une impasse. Le problème ne réside pas dans les violences exercées par celui-ci, mais dans le fait qu’il fut présent en violation de toutes les règles, et en commettant avec d’autres plusieurs infractions invraisemblables. Et ça, c’est la responsabilité d’Emmanuel Macron. Qu’ensuite ce favori au comportement douteux ait pu bénéficier, ce qui est le problème essentiel, de tout un tas d’avantages, dont certains loufoques, et en tout cas illégaux et inacceptables, par la seule volonté du prince, sans qu’aucun fonctionnaire d’autorité ne fasse son devoir en s’y opposant… Mais qui sont ces gens ?

La justice peut retrouver son honneur

 

Et que, de la même façon, les infractions commises par Benalla aient été couvertes par l’Élysée… Pas de dénonciation au parquet, absence évidente de sanction au contraire de ce qui nous est dit, poursuites des agissements du gorille. De tout ceci, les personnes concernées devront en répondre. Devant la justice, si celle-ci fait son devoir. Je considère pour ma part qu’avec le raid Fillon et le soutien apporté par la hiérarchie et les syndicats de magistrats à l’opération, l’institution judiciaire s’est lourdement déconsidérée l’année dernière. Elle ne s’est pas reprise avec les complaisances dont ont bénéficié les amis d’Emmanuel Macron.

Avec l’affaire Benalla, qui n’est en fait qu’une affaire Macron, et l’intérêt enfin porté par les juges d’instruction au comportement de Madame Pénicaud à la tête de France business, il semble tout de même qu’il soit possible de faire preuve d’un peu d’optimisme…

 

 

PS : à lire également : http://descartes.over-blog.fr/2018/07/benalla-est-grand-mais-les-prophetes-ne-l-ont-pas-vu-venir.html

 

et également ceci : https://www.cadoitsesavoir.fr/pourquoi-la-presse-aux-ordres-sort-elle-laffaire-benalla-maintenant/?utm_campaign=Push&utm_source=Push_Notifications&utm_medium=Ca+doit+se+savoir

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27 juillet 2018 5 27 /07 /juillet /2018 05:31

Très bonne question de Jean Ortiz publiée par Le Grand Soir

 

 

Il n’a pas pété les plombs. C’est sa vraie nature, sa vraie conception de l’exercice du pouvoir, de son rapport au peuple.

 

« Qu’ils viennent me chercher ! » Des propos claniques, de chef de bande. Vociférés devant des députés (La REM) groupies, hystérisés, fanatiques...

Des propos qui déshonorent celui qui les profère, mais au-delà écornent l’image d’un pays.

 

Des propos de guerre civile.

 

La République ? Une « souillon » comme pour aristos et bourgeois jadis ?

 

« Qu’ils viennent me chercher ! »

 

Ce ne sont pas là des propos de président de la République, mais de charretier, m’a dit mon voisin. Ce n’est pas gentil pour les charretiers...

 

Sous le masque « centriste », on voit poindre la tentation du monarque absolu.

Des propos qu’on attendrait plutôt de la bouche d’un dictateur...

 

Avec le projet de réforme constitutionnelle, Macron rêve de museler l’Assemblée...

 

On comprend pourquoi !

 

Et toujours cette arrogance, ce mépris de classe, ce sourire narquois de supériorité vide...

 

Un président républicain, « transparent », se serait adressé au peuple entier,

à tout ce peuple, écœuré par l’affaire Benalla, par le système barbouzar, de coquins-copains, par des pratiques de « républiques bananières »,

un peuple qui risque de succomber définitivement à la tentation du « tous pourris ».

 

L’heure est grave. J’ai écouté en direct de la Chambre et du Sénat des communistes, des mélenchonistes, combattifs et dignes, remettant en cause l’ensemble du système et des pratiques, au-delà du chouchou ; ils incarnent l’exigence d’éthique, de changements structurels, de démocratie propre ; l’alternative populaire dont l’absence permet à Macron de tenter de nous intimider. Nos responsabilités sont plus lourdes que jamais.

 

« Qu’ils viennent me chercher ! », proféré devant un fan-club chauffé à blanc,

avec des allures de matamore

gonflant les biscotos ;

cet homme, comme ceux de sa classe, se sent au-dessus des lois.

Il a voulu écraser les cheminots, toutes les résistances, « pour l’exemple »...,

ne supporte pas que l’on s’oppose à lui.

 

Cet homme est dangereux. Vraiment dangereux. Le capital a misé sur lui, pour finir le sale boulot, liquider les services publics, les acquis sociaux ; nous « casser ». Mais, souvenons-nous, ils sont grands parce que nous, peuple, sommes impuissants et résignés. Je ne me souviens plus qui l’a dit...

 

 

 

Macron aurait-il pété les plombs ?
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25 juillet 2018 3 25 /07 /juillet /2018 05:31

 

Un article très stimulant (comme toujours) de Frédéric Lordon, Le Monde Diplomatique, 23 juillet 2018.

 

 

L'affaire Benalla, c'est la police qui en parle mieux. « Nous avons le sentiment que d’une affaire Benalla, on est en train de faire une affaire de police », déclare un syndicaliste policier. Précisément. Et d’ajouter dans un éclair de lucidité dévastatrice : « Ce n’est pas ça la police. Il a ruiné notre image. » Bien sûr, avant d’être dévastatrice, cette lucidité est paradoxale puisqu’elle prend la forme retournée de la dénégation, ce tour du psychisme qui fait dire la vérité mais en énonçant le contraire de la vérité. En lieu et place de « ça n’est pas ça la police » et « il a ruiné notre image », le lecteur attentif aura évidemment rectifié de lui-même pour entendre « la police, c’est tout à fait ça (si ça n’est pas bien pire) » et « il a mis en pleine lumière ce que nous sommes ».

 

La mise au débat public des manières réelles de la police via les méfaits d’un séide de seconde zone fait irrésistiblement penser à Al Capone, tombé pour fraude fiscale. Hegel appelait « ruse de la raison » cette manière particulière qu’emprunte parfois l’histoire pour s’accomplir : les tournants majeurs se négocient au milieu des broutilles, et l’Histoire majestueuse avance par les forces des histoires de cornecul. L’Histoire de la période présente, c’est qu’il y a un problème de police, et même de police-justice, dans ce pays, un problème de première grandeur, où il faudra bien se décider à voir un symptôme politique.

 

Au reste, il appartiendrait à une minutieuse enquête de sociologie des médias d’éclairer ce mystère de l’émoi qui a saisi les rédactions au spectacle d’une scène de violence que, dans leur propre norme désormais déformée, les manifestants ne seraient pas loin de trouver « ordinaire ». C’est que depuis deux ans, en fait depuis la manifestation COP 21 du 29 octobre 2015, date d’inauguration de l’état d’urgence à usage des opposants politiques, la violence policière déployée contre les manifestants n’a cessé de passer des seuils. La police matraque, la police éborgne, la police grenade, mutile et tue. À qui veut se donner la peine de simplement regarder, les réseaux sociaux offrent depuis deux ans des tombereaux de vidéos de brutalités policières proprement ahurissantes, dont le centième suffirait à horrifier la population… si seulement on les lui donnait à voir. Mais à cette exposition, qui entre normalement dans le minimum minimorum des devoirs de la presse, la population n’a jamais eu droit. Sauf aujourd’hui.

 

Mais pourquoi ? Parce que, misère du journalisme politique, ce concentrat de toutes les tares de la presse contemporaine, il est question de « l’Élysée ». Et la séquence, alors, redevient intéressante. C’est pourtant tout autre chose qui se passe depuis deux ans, autre chose que les méfaits d’un voyou monté en grade : une entreprise d’intimidation généralisée de toute opposition politique sérieuse, méthodiquement conduite par les institutions de la police et de la justice. Intimider systématiquement par la violence institutionnelle et par la violence physique : menace de la garde-à-vue dans des conditions dégradantes qui glaceraient les spectateurs d’un film sur quelque dictature d’autres latitudes, menace de la prison pour des faits inexistants : un étudiant de Paris 1 a pris de la prison (de la prison ! – 4 mois avec sursis) pour avoir simplement été pris avec dans son sac un sweat à capuche, du sérum physiologique, un masque et des lunettes de piscine, c’est-à-dire le viatique minimal pour faire face aux agissements de la police. Menace de violence institutionnelle, donc, et menace de violence ouverte, expressément faite pour que les manifestants soient envahis du sentiment de mettre en jeu leur intégrité physique au moment où ils s’apprêtent à exercer leurs droits politiques fondamentaux. Ici se pose une question lexicale presque insoluble à force de complexité : sous quelle catégorie, en « isme » par exemple, résumer les pratiques d’un pouvoir qui s’attache ainsi à méthodiquement terroriser ses citoyens ? Pour la police elle-même, c’est parfois trop : un gardé à vue d’Arago témoigne ainsi que l’OPJ auquel il avait affaire restait interloqué des consignes venues d’en-haut d’administrer pareils traitements à une poignée d’adolescents.

 

De tout cela, les médias n’ont jamais sérieusement parlé. Et le pire est que, même avec un Benalla sous le nez, ils n’en parleront pas. Comme ils ne feront aucun des liens pourtant évidents que cette pitoyable affaire suggère de faire. À commencer par celui de la scène et de son contexte. Car Benalla tabasse hardiment, comme la police, mais en plein mouvement social contre les ordonnances SNCF. Mouvement social, opposants, contestation, contestation débordante même étant donnée la nullité des principales confédérations syndicales : par conséquent faire peur. Faire peur en massacrant le premier venu et, sous le regard terrorisé des autres, faire passer à tous l’envie de revenir. Voilà le régime politique dans lequel nous vivons, dont les médias, dans un mélange de collusion fondamentale et d’insuffisance intellectuelle, ne diront jamais le moindre mot en toute généralité – l’affaire Benalla de ce point de vue est idéalement faite pour leur (re)donner l’impression d’être le fer de lance de la démocratie : parbleu, ils enquêtent ! ils soulèvent, ils sont intransigeants, ils n’hésitent pas à fièrement bousculer le pouvoir, ils sont la liberté en marche (pardon – enfin oui quand même, justement, la « liberté en marche », c’est-à-dire la version « En marche » de la liberté, la liberté Potemkine qui ne sait rien, ne veut rien savoir, et ne rien dire, de toutes les offenses aux libertés réelles).

 

Il est vrai qu’on ne passe pas facilement de la pâmoison devant Macron-le-disciple-de Paul Ricoeur à Macron chef de bande à la tête d’un État-racaille. Il est plus vrai encore qu’ouvrir les yeux sur toutes ces choses immontrables forcerait à des révisions autrement déchirantes, une révision des catégories générales, les plus difficiles à bouger puisqu’elles commandent une entière vision du monde, dont l’abandon se paye de tous les coûts psychiques de s’avouer à soi-même s’être si longtemps, et si profondément, trompé. Ainsi, de même qu’on n’a jamais réussi à faire reconnaître à l’éditorialisme que le Parti socialiste n’avait plus rien à voir avec le signifiant « gauche », dont l’étiquette lui avait été maintenue dans un mélange d’inertie et de cécité volontaire, de même il n’y aura probablement pas moyen de faire entendre que le néolibéralisme est un anti-démocratisme, qu’il est, par essence et non par accident, un illibéralisme, catégorie précisément formée pour être appliquée aux « autres » (les Hongrois, les Polonais…), c’est-à-dire pour mieux se dédouaner soi-même.

 

Et, pour revenir dans le registre des étiquettes politiques, il y aura, a fortiori, moins d’espoir encore de faire voir, et de faire nommer, la part d’extrême droite de ce pouvoir élu pour, selon l’expression désormais couverte de ridicule, faire barrage à l’extrême droite. C’est qu’il n’y va plus ici de simplement reconnaître s’être trompé, mais – on ne voit pas trop comment le dire autrement – de s’être chié dessus. Dieu sait pourtant qu’il y aurait beaucoup à dire sur les rapports nombreux, variés, repérables dans une multitude de plans théoriques, qui relient la forme quintessentielle du néolibéralisme donnée par le macronisme et l’extrême droite.

 

On savait déjà, au moins pour qui avait le désir de savoir, que ces deux formes entretiennent, et depuis bien avant même le macronisme, des rapports de parfaite complémentarité externe : l’extrême droite comme opérateur de toutes les prises d’otage électorales. Nous découvrons depuis quelques années que ce rapport de complémentarité externe se double d’un rapport de fonctionnalité interne : tout pouvoir néolibéral requiert son pôle d’extrême droite, puisque la violence sociale sans limite, à quoi s’ajoute l’abyssale carence des médiateurs syndicaux, voue la contestation à prendre des formes moins standard, moins benoîtement ritualisées, et moins inoffensives, contre lesquelles l’État ne trouve plus que sa violence physique à opposer.

 

C’est ce mouvement général qui n’a pas manqué d’émerger au fur et à mesure que s’opérait l’approfondissement du néolibéralisme, particulièrement sous gouvernement « socialiste » (Hollande-Valls), à un point tel qu’on n’avait aucun sentiment de pareille dangerosité à aller manifester sous Sarkozy ! – nous l’aurons découvert avec le solférinisme. En réalité, c’est bien moins une affaire de personnes et d’étiquettes (elles n’ont plus aucun sens à ce degré d’indifférenciation) que de dynamique structurelle, la dynamique de l’obstination forcenée à administrer le néolibéralisme à des populations qui n’en veulent pas, et des caps que fait immanquablement franchir cette obstination.

 

Comme une illustration supplémentaire de cette propension des médias à croire s’acquitter d’un devoir de rapporter sans en fait jamais rien montrer, on devrait se souvenir de cette étude d’un chercheur américain, reprise aussi platement que possible et sans aucun esprit de suite dans la presse française, s’appuyant sur le World Values Surveyet l’European Values Survey pour établir ce paradoxe que les électeurs du centre, et non les « extrémistes » comme on l’aurait attendu (souhaité), sont les moins attachés aux principes de la démocratie. Ici, il faut sans doute en revenir à la catégorie d’extrême centre, proposée par Alain Deneault pour dire comme il convient cette forme inaperçue de fanatisme qu’emporte le néolibéralisme, et être un peu plus au clair quant à la question de savoir qui sont les vrais radicalisés dans la société – ils sont au pouvoir.

 

C’est ainsi qu’émerge, à l’encontre de l’indigence médiatique du « nouveau monde », cette forme politique pour le coup inédite de l’arc d’extrême droite, précisément parce que tout pouvoir néolibéral appelle fonctionnellement son pôle interne d’extrême droite, si bien qu’il y a désormais de l’extrême droite partout dans le paysage des « partis de gouvernement », et non plus seulement dans le dépotoir FN où l’on aurait tant voulu qu’elle demeurât confinée. Décidément préposé à dire la vérité du régime, Gérard Collomb aura donné sa formulation la plus achevée à la compatibilité, voire à la convergence, du néolibéralisme et de l’extrême droite avec son propos sur « les migrants qui font du benchmarking (4) », aussi remarquable par le cap d’ignominie joyeusement franchi que par le caractère inédit de la synthèse qu’il opère. Alors fatalement, les débordements s’appellent l’un l’autre : au débordement de la contestation, qui n’a plus aucune autre solution que de déborder, répond le débordement de l’extrême droite interne : celle de Valls, de Collomb, de Macron – et ce malheureux Benalla n’a probablement pas idée de son personnage hégélien, du statut de « ruse de la raison » incarnée qui lui échoit aujourd’hui.

 

Un malheur n’arrivant jamais seul, l’affaire Benalla éclate à quelques jours de la marche pour Adama. Pour le syndicalisme poulaga qui s’escrime à jurer que « la police, ça n’est pas ça », la collision est terrible. On ne répétera jamais assez combien les marges de la société servent de terrain d’expérimentation aux pratiques de l’ordre vouées à s’appliquer par extensions successives à des fractions de plus en plus larges de la société. Ce que les médias laissent à l’état dispersé, poussière de faits divers sans conséquence et sans lien, bref sans aucune leçon générale, là encore rapportés sans être montrés, un événement comme le rassemblement de Beaumont le concentre de la plus effrayante des manières. Doublement effrayante en vérité, d’abord par le simple récit des meurtres, et de la manière dont les institutions, de concert, mentent pour les couvrir. Mais, plus fondamentalement, à faire découvrir la nature particulière de la violence d’État qui s’exerce ici, non pas d’après quelque fait de contestation, mais à raison de l’existence même, nue, des individus, constitués en indésirables ontologiques – et l’on peine à croire dans ces conditions qu’il y ait tant de résistance à vaincre pour en venir à la conclusion évidente d’un racisme institutionnel.

 

Il fallait entendre en tout cas, ce 21 juillet, les prises de parole de tous les proches des tués sans raison, sans droit, sans rien, oui, comme des chiens, mères, frères, sœurs, le cœur brisé, voix étranglée de sanglots au moment de prendre la parole, racontant des choses proprement hallucinantes, des choses qu’on ne peut pas croire, et pourtant qu’il faut croire : parce qu’elles sont vraies.

 

 

 

 

 

Alors désormais nous attendons. Nous attendons de voir s’il se trouve quelque média pour enfin montrer toutes ces choses, entendons : pour les montrer vraiment, c’est-à-dire autrement que comme une série d’articles factuels mais sans suite ni cohérence, par-là voués à l’oubli et l’absence d’aucun effet politique, quelque média pour connecter ce qui doit l’être, non pas donc en en restant au confortable FN, mais en dessinant enfin l’arc qui est maintenant sous nos yeux, l’arc qui emmène de Marine Épouvantail Le Pen à Valls, Collomb, Macron, qui fait le rapport entre la violence pluri-décennale dans les banlieues et celle plus récente dans la rue, ou contre les syndicalistes trop remuants, et ceci quitte, s’il le faut (on sent qu’il le faudra…), à demander aux journalistes-remparts-de-la-démocratie d’aller puiser dans leurs souvenirs d’enfance : « relie les points dans l’ordre des numéros et tu verras apparaître une figure ». Avertissons d’emblée ces âmes sensibles : ici on va voir apparaître une sale gueule.

 

Un ami suggère de voir dans l’affaire Benalla une manifestation inattendue, mais finalement très cohérente, du managérialisme macronien : en quelque sorte l’organisation au sommet de l’État d’une start-up de la « répression agile » – hors institutions, hors règle, hors tout protocole formel, orientée par la seule « efficacité » –, et c’est une interprétation qui ne manque pas d’intérêt. Assez curieusement, on pourrait y voir aussi, et plus classiquement, une parfaite illustration de la souveraineté devenue folle, c’est-à-dire en fait se comprenant elle-même dans la pureté de son concept, comme puissance absolue et absolument déliée, n’ayant à répondre de rien à personne, faisant valoir l’arbitraire de sa volonté comme acte politique par construction licite, le pur « je veux » d’un pouvoir complètement désorbité.

Benalla et l’arc d’extrême droite, par Frédéric Lordon

 

Il se pourrait qu’il n’y ait pas à choisir entre les deux lectures, comme le suggère d’ailleurs le fait qu’il se soit trouvé des éditorialistes assez complaisants ou assez idiots pour donner, selon son souhait, du « Jupiter » au président de la start-up nation, conjonction en soi tératologique, mais qui dit assez la compatibilité de l’absolutisme politique et de la soi-disant « modernité managériale ». Et le paradoxe de cet accolement contre-intuitif se résout complètement si l’on voit dans la revendication de l’« agilité » l’expression d’un désir du capital de jouir de latitudes indéfiniment étendues, d’y manœuvrer entièrement à sa guise – d’être lui aussi, dans son ordre, souverain. L’agilité, la souveraineté, deux manières de dire, chacune dans leur domaine, le désir des puissances de s’exercer sans la moindre contrariété, sans la moindre force de rappel institutionnelle, la détestation de toute limitation.

 

Il a fallu trois décennies de transformation profonde des structures économiques pour que le capital acquière la possibilité objective de faire ce qu’il veut, et la certitude subjective de sa toute-puissance. D’une toute-puissance l’autre, en quelque sorte. Celle du capital en miroir de celle de l’État. Et en quel personnage mieux qu’en Macron, fondé de pouvoir du capital, devenu zinzin à se prendre pour un roi de France, ces deux formes de la souveraineté absolue pouvaient-elles mieux se rejoindre, fusionner même ? L’absolutisme politique donne alors la main à l’absolutisme économique, l’aide à mieux s’accomplir, lui ouvre la voie juridique à coups d’ordonnances, et dégage les oppositions en faisant donner les cogneurs « agiles » du cabinet privé.

 

Les « barragistes » ont vraiment bonne mine.

 

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