Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
30 avril 2019 2 30 /04 /avril /2019 05:30

Je reprend ici un entretien, publié par le site Ballast, avec la fille de Zineb Redouane,  tuée par les “ forces de l'ordre ”.

 

Yeux crevés, mains arrachées, journalistes matraqués : c’est le bilan, en à peine deux ans, d’un président élu pour « faire barrage à l’extrême droite ». Et quand le pouvoir ne cogne pas, il ment. Il ment par la voix de son ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Lorsqu’un auditeur l’interpelle un jour de mars 2019, sur France Inter, et lui demande ce qu’il en est de Zineb Redouane — morte à Marseille le 1er décembre 2018 des suites d’un tir de grenade lacrymogène en plein visage —, le ministre répond : « Je ne voudrais pas qu’on laisse penser que les forces de l’ordre ont tué Zineb Redouane, parce que c’est faux. Elle est morte d’un choc opératoire après […] avoir, semble-t-il, reçu une bombe lacrymogène qui avait été envoyée, qui arrivait sur son balcon. » Puis il conclut : « Il faut arrêter de parler des violences policières. » À Marseille, nous rencontrons sa fille, Milfet Redouane. Avec d’autres, elle se bat pour que toute la lumière soit faite sur le décès de sa mère, qui fermait les volets de sa fenêtre pour se préserver des gaz que la police répandait sur les habitants, rejoints par des gilets jaunes et des syndicalistes, révoltés par la mort de huit personnes dans l’écroulement de deux immeubles de la rue d’Aubagne.

Comment fut tuée Zineb Redouane

 

Vous étiez au téléphone avec votre mère lorsqu’elle a reçu la grenade en plein visage…

 

J’ai assisté en direct à tout ça. On se parlait, on riait ensemble au téléphone ; elle m’a dit : « Attends, je vais fermer les fenêtres, il y a trop de gaz. » En tendant sa main vers la fenêtre, elle a croisé le regard de deux policiers armés — ça, elle me l’a raconté après. Et un d’eux a tiré vers elle. Le tir l’a atteint en plein visage, la grenade a explosé, ça l’a défigurée et fait saigner abondamment. Par voie de conséquence, ça a causé sa mort. Elle a vu le policier partir avec son collègue. Moi, j’étais au téléphone sans pouvoir rien faire, sans pouvoir lui porter secours. J’ai entendu ses cris… Heureusement, son amie Imen a pu l’aider par téléphone en appelant les pompiers, et la voisine est montée. Les pompiers ne sont pas intervenus tout de suite à cause de la manifestation — il a fallu les rappeler plusieurs fois pour leur dire que ma mère perdait du sang, que c’était urgent, qu’ils devaient venir à pied. Ils sont arrivés plus d’une heure après. Imen a attendu à l’hôpital de la Timone jusque 22 heures, avant qu’on lui permette de la voir, des points de suture à la mâchoire, tuméfiée de partout.

 

Elle parlait encore ?

 

Oui. Sans la voir de face, il n’était pas possible, d’après Imen, de s’imaginer la violence reçue : elle avait le visage déformé, je l’ai vu en photo. Les infirmières ont expliqué à Imen qu’ils étaient en attente d’un verdict du chirurgien pour une opération. À 4 heures du matin, elle a été transférée à l’hôpital de la Conception pour se faire opérer. Jusqu’au lendemain midi, elle était consciente. Imen a parlé avec le chirurgien, qui lui a expliqué la nécessité de l’opération : il y avait des risques d’étouffement, un déplacement de son maxillaire : son palais était en train de descendre. Elle est entrée au bloc à 14 heures. C’est Imen qui m’a appris son décès. Je n’ai pas pu le croire, jusqu’à ce que je la voie mise en cercueil… Ta tête n’accepte pas. Elle était consciente jusqu’à la dernière minute ! Et en colère contre les policiers. Elle se demandait quoi faire ! À son amie, elle a dit être capable de reconnaître le visage du tireur. Ma mère avait une très bonne vue. À 80 ans, elle ne portait pas de lunettes. Je suis arrivée en France en février [2019] : je veux vraiment savoir la vérité, mettre la lumière sur le décès de ma mère. Je n’ai rien contre personne, mais je crois que c’est un droit de savoir la vérité. Son décès m’a choqué, je n’arrive toujours pas à réaliser. La manière dont elle est décédée, tout le silence qui règne autour de cette histoire, ce n’est pas normal. Ce silence est complice à mes yeux.

 

 

Comment était-elle, votre mère ?

 

Elle ne passait pas inaperçue, tout le monde l’aimait. Elle était très généreuse, et présente pour son entourage, ses voisins. En venant à Marseille, j’ai découvert beaucoup de choses que je ne savais pas sur elle, sur ses liens, ses amitiés ici. Je ne réalisais pas qu’ici aussi, en France, elle était respectée. Ma mère était une personne très aimée, cultivée. Elle parlait volontiers de politique, de religion, de société. Elle aimait même le foot ! C’était une bonne vivante, elle aimait beaucoup rire. On avait programmé beaucoup de choses pour cette année. La façon dont elle est partie est anormale. Elle avait longtemps travaillé ici, avec mon père ; ils étaient arrivés dans les années 1980, ils avaient travaillé dans des hôtels, des librairies. Quand mon père est mort à Marseille, ma mère a géré l’Hôtel Européen plusieurs années après. Puis elle a tout vendu, et loué un appartement. Elle avait un statut de résidente en France et faisait des aller-retours entre la France et l’Algérie, pour des soins. Ça faisait cinq ans qu’elle habitait cette adresse. Elle était revenue en France en septembre 2018 pour des rendez-vous, et devait rentrer à Alger le 7 décembre : elle a dû rester à cause d’un souci d’électricité à gérer dans sa maison.

 

Comment êtes vous entrée en contact avec le Collectif du 5 novembre, qui lutte aux côtés des habitants délogés ?

 

Quand j’ai créé la page de soutien, Flora Carpentier — de Révolution Permanente — m’a contactée dès le premier jour. Ils ont été les premiers à parler du sujet sur leur page. Elle m’a beaucoup aidée et m’a présentée à des personnes du collectif à Marseille, qui nous soutiennent aujourd’hui inconditionnellement dans ce combat. Nous avons aussi eu beaucoup de soutien de gilets jaunes et de personnes mutilées pendant les manifestations. J’étais très émue à la Bourse du Travail de Paris.

 

Un « combat », c’est désormais le mot…

 

Je commence à réaliser que ça va être un long chemin, pas facile. Il va falloir avoir du courage et de la force. Elle me manque : j’essaie de tenir, mais parfois je flanche.

 

Qu’espérez-vous, vous et ceux qui vous épaulent ?

 

 

Nous voulons la reconnaissance du crime qui a eu lieu. Il est indigne de parler de la « santé fragile » de ma mère. Bavure ou tir volontaire : ce doit être reconnu. Ma mère a croisé le regard de celui qui a tiré, je le redis. Je ne vais pas la démentir. Elle n’avait aucun intérêt à mentir.

 

Santé ou non, ce n’est pas la question : la police doit être la seule à assumer sa mort.

 

C’est en effet une affaire de responsabilité à assumer. Il faut des démentis, de la lumière sur tout ça. On n’a reçu aucune excuse de personne. Aucunes condoléances pour une citoyenne de nationalité algérienne résidente à Marseille, qui a travaillé presque 40 ans ici en payant ses impôts… Si un citoyen français était touché de la même façon, et mort en Algérie dans le cadre d’une manifestation, il y aurait des réactions ! L’Europe exigerait des excuses, comme le Maroc a dû le faire dans le cadre de la mort de deux jeunes Européennes sur son sol ! Ma mère était quelqu’un, elle avait une place dans la société. Comment fermer les yeux ? Elle n’était pas dans la manifestation mais chez elle. Personne n’a cherché à savoir ce qui était arrivé à cette dame. Mais les condoléances, nous les avons reçues de milliers de Français, de toutes les régions du pays : des messages, des témoignages.

 

La mort de votre mère s’inscrit, en plus, en pleine répression du mouvement des gilets jaunes. On ne compte plus les blessés, les éborgnés, les mutilés…

 

En Algérie, les répressions policières existent depuis des années, mais c’est peut-être la première fois que ça se passe ainsi, en France… Il n’y a aucune sagesse, aucune dignité dans les déclarations qui sortent de la bouche des responsables. Ils n’ont aucune empathie, aucune honte. Ils continuent de dire que la police ne touche personne. Quand j’entends ça, j’ai envie de monter sur la tour Eiffel et de lui dire : Castaner, ma mère est morte à cause de vos armes ! Vous faites semblant !


 

 

Comment fut tuée Zineb Redouane

 

Vous avez fait le choix de changer d’avocat. Quelle tournure prend l’enquête, avec Yacine Bouzrou à vos côtés ?

 

On a commencé par démentir les premières déclarations du procureur, affirmant que la mort de ma mère n’avait aucun lien avec le tir reçu au visage. L’avocate précédente n’avait rien fait : aucune plainte n’avait été déposée, aucune enquête engagée. Je l’ai su par le juge. Le corps de ma mère autopsié a été laissé pendant 22 jours à la morgue, sans aucun motif, sans formuler de demande de rapatriement. Si je n’avais pas fait une demande par lettre, elle y serait encore. L’autopsie avait été faite. C’est une négligence de notre ancienne avocate. J’ai bon espoir en ce changement d’avocat. Je voudrais que l’histoire de ma mère permette de faire avancer l’interdiction de l’usage de ces armes. Quand on se renseigne, on voit que ce sont des armes vraiment dangereuses. Les utiliser sur des personnes qui manifestent sans rien dans leurs mains… D’autres habitants ont vu les policiers tirer sur les façades, alors que le tir doit normalement former une cloche, ne pas viser les habitations ! Ils n’ont pas le droit de tirer vers les façades et les fenêtres. Ce n’était pas un hasard.

 

Une dernière chose à dire ?

 

L’histoire de ma mère n’est pas compliquée, elle est même très claire. Celui qui veut vraiment le voir a juste à ouvrir les yeux. On va essayer de les ouvrir à ceux qui les ferment.

 

 

Photographie de vignette : Les Squales

Photographie de bannière : NnoMan

Partager cet article
Repost0
26 avril 2019 5 26 /04 /avril /2019 05:16

 

 

On passe rapidement sur l’erreur de jeunesse de la ministre Nathalie Loiseau qui fréquenta naguère des crânes rasés estudiantins. Son type d’homme à l’époque, peut-être…

 

 

Plus sérieux, Gaspard Glantz, vrai journaliste depuis 10 ans (c’est son métier, 100% de ses revenus proviennent de ses activités), est interdit de profession à Paris. Son crime : après avoir reçu une grenade au genou (son pantalon résistant au feu et protégé portait les traces de l'explosion), il a fait un doigt d’honneur à un flic qui, délicat, ne l’a pas supporté. Les cognes l’ont sérieusement malmené avant de le mettre en garde à vue pour 48 heures. Protestation immédiate d’Aphatie, de Cohen, d’Elkrief, de Lapix et, plus généralement, de centaines de jeunes journalistes sans statut qui sont en train de devenir majoritaire au sein des rédactions. Glantz doit attendre son procès en octobre pour pouvoir, éventuellement, reprendre ses activités professionnelles.

 

 

La vie sous le banquier éborgneur (8)
La vie sous le banquier éborgneur (8)

 

L’augmentation faramineuse des frais d’étudiants pour les étranger n’appartenant pas à l’UE est actée depuis le 21 avril. Il leur faudra sortir 2770 euros en licence et 3770 en master. La France accueille chaque année environ 500 000 étudiants venant de pays hors de l’Union européenne. Des pays francophones et pauvres comme la Tunisie, pourvoyeuse de 13 000 étudiants dans les établissements d’enseignement supérieur français.

 

 

Le journalisme stalinien au service du banquier éborgneur : à l’occasion d’un bain de foule de Macron au Touquet (15 personnes toutes acquises à sa cause), CNEWS a diffusé des images de mars 2018 où l’on peut voir Benalla (mais pas Gaspard Glantz). Appelons cela de la propagande ou un trucage honteux.

 

Dans la France du banquier éborgneur, la Police et la Justice violent tranquillement le secret médical en exigeant l'accès aux données médicales des manifestants dans les hôpitaux. Je cite le Canard Enchaîné :

 

En plus de données permettant d’identifier les personnes blessées dans les rassemblements, il contient parfois des détails de contexte : « arrivé avec pompiers, traumatisme main gauche » ; « tir flashball, plaie arcade » ; « intoxication lacrymogène, chaussettes vertes à petits pois, manque orteil pied droit »… Le fichier est en outre actualisé en temps réel et consultable par un grand nombre de services, bien au-delà du ministère de la Santé. Les agents du ministère de la Justice, de l’Intérieur et des Affaires étrangères peuvent en effet y accéder. « Une passoire », commente le Canard, qui met en exergue le fait que les policiers ont donc toutes les informations nécessaires pour interpeller les patients, parfois suspectés de dégradations ou violences, à peine rentrés chez eux. Les policiers blessés, eux, bénéficieraient de l’anonymat.

 

Le Canard rappelle qu’en décembre 2017, la Cnil avait autorisé le fameux fichier dans le contexte des potentielles tueries de masse mais « à condition que les établissements de santé informent les personnes – victimes et proches ». Voire, « leur remettent un document d’information », précise le journal. Et de vérifier auprès d’un avocat, Me Alimi : « Sur mes 15 clients pris en charges dans les hôpitaux parisiens, aucun n’a été averti d’un tel fichage. » C’est cet avocat qui, le 20 avril sur Twitter, a lancé un appel « à tout fonctionnaire ou médecin soucieux de la déontologie et de la loi » à lui « adresser confidentiellement les instructions du ministère de l’Intérieur ou de la santé sur le fichage des gilets jaunes blessés ».

La vie sous le banquier éborgneur (8)

 

Pendant longtemps, les luttes pour le temps de travail visaient à la réduction de celui-ci. Cela débouchait éventuellement sur des lois sociales plus avantageuses pour les travailleurs. Maintenant, ces luttes doivent empêcher son augmentation, elles doivent empêcher que l'on revienne sur des lois sociales qui ont été promulguées depuis plus de 80 ans.

 

Lors du dernier Acte des Gilets jaunes, des CRS, postés à un péage d'autoroute, avaient pour ordre de confisquer les casques et les masques de protection des personnels médicaux de rue (street medics). Ce qu'ils ont fait, bien sûr.

Partager cet article
Repost0
21 avril 2019 7 21 /04 /avril /2019 05:34
La France du banquier éborgneur, c'est aussi ceci

 

Ces deux photos sont un bon raccourci de ce qu'est la politique du banquier. En haut, une activité totalement illégale mais protégée par la police. En bas, une activité légale mais réprimée violemment par une police qui tire sur le peuple, éborgne, gaze gravement et mutile.

 

Protéger l'expression d'un islam militant, c'est renforcer le communautarisme dans le monde, à l'exemple des pays anglo-saxons. Réprimer des expression politiques qui s'inscrivent dans le cadre de la démocratie républicaine, c'est complaire à la finance internationale qui exige des démocraties qu'elles soient illibérales.

 

Dans les deux cas de figure, notre banquier éborgneur remplit parfaitement son rôle.

Partager cet article
Repost0
18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 05:23

 

Juan Branco est l’un de nos rares auteurs radicalement de gauche. Il explique ici comment l’oligarchie française a tenté de lui mettre des bâtons dans les roues suite à la publication de son livre Crépuscule :

 

 

« La première tentative d'éviction de l'espace social bourgeois, "l'enquête" de l'Expressqui, suivant de quelques jours mon signalement par le pouvoir auprès de la justice, avait plongé dans les tréfonds de mon adolescence pour tenter de m'éliminer, n'avait rien donné.

 

Alors sont venues les salissures pures et dures. Après l'accusation en homophobie, puis celle encore plus risible de néofascisme, on a basculé sur la question de l'intégrité personnelle, ironisant sur le RSA, harcelant pour alimenter l'excitation, multipliant les rumeurs infondées.

 

Cela aurait pu suffire dans l'ancien monde, effrayant les grands éditeurs parisiens, de Laffont à Fayard (dont on appréciera la dernière compromission avec Emelien, et ce plan comm' délirant organisé avec Lagardère... pour rien). Mais cela n'a, cette fois, pas suffit.

 

A l'Elysée, d'où proviennent en fait ces rumeurs, l'heure est à la machination. La stratégie d'étouffement ne prenant pas, les faux comptes créés pour me harceler restant sans effet (coucou @winniah), le conseiller presse de Macron, commence à s'énerver. 

 

Leur obsession, s'assurer que l'ouvrage ne pénètre pas l'espace social bourgeois, quitte pour cela à tout détruire, commence à vaciller. La technique qui, depuis des décennies fonctionnait, l'omerta médiatique accompagnée de campagnes de dénigrement, se prend un mur violent.

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes: le livre est un carton. L'ouvrage, enfin publié, arrive à point nommé pour faire jonction entre ceux qui ne supportaient plus d'être instrumentalisés et ceux qui sont enfin prêts à leur donner les clefs. »

 

 


 

La vie sous le banquier éborgneur (7)

 

C’est la fin d’une courte aventure à l’école élémentaire Georges Valbon de Bobigny. Ouverte à la rentrée 2014, la seule classe bilingue en langue des signes française - français écrit fermera ses portes en juin, sur décision de l’Education nationale. Cette classe bilingue LSF étant la seule du département, les familles seront contraintes de s’exiler pour permettre à leur progéniture de poursuivre leur scolarité.

 

 

 

Le constat est sans appel. La France est coupable de violations des droits de l’homme dans sa gestion des sans-abri, a déclaré, ce vendredi 12 avril, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit au logement, Leilani Farha, lors d’une conférence de presse. A l’issue d’une visite de dix jours en France, au cours de laquelle cette juriste canadienne a visité de nombreux campements, squats et logements insalubres, la représentante de l’ONU dresse un bilan sévère de l’état du droit au logement en France :

 

« En France, le système est tel que de nombreuses personnes n’ont même pas accès aux services d’hébergement d’urgence les plus basiques. »

 

 

L’infirmière secouriste Marion Dietrich a été rouée de coups lors d’une manifestation. Elle témoigne : 

«  Un policier m’amis à terre et m'a donné plusieurs coups de pied dans le dos et le ventre, puis j'ai reçu un coup sur le visage. Puis j'ai ressenti une très vive douleur derrière le crâne qui m'a fait tomber à terre, complètement sonnée. Le policier qui me frappait m'a attrapé par mon sac, et m'a traîné au sol alors que j’étais presque inconsciente. Il m'a jetée à terre en dehors du cordon de sécurité qu'avait formé ses collègues autour de nous... 


J'ai immédiatement été mise en sécurité par les gilets jaunes, et pris en charge par d'autres équipes de secouristes (j’en profite pour encore les remercier), on m'a emmenée au Quick (qui avait accepté de servir de QG des secouristes, merci à eux également). Je ressentais une vive douleur dans le dos, ma tête allait exploser, j'ai perdu connaissance quelques minutes, puis j’ai été prise en charge par les pompiers qui m'ont emmené aux urgences.


Au bilan, multiples contusions dans le dos et au ventre, fracture du nez, traumatisme crânien avec contusion cérébrale, plaie au crâne recousue. Plus de peur que de mal, mais un certains traumatisme d'avoir été tabassé de cette façon par des forces de l'ordre, alors que je n'avais absolument rien fait, que j'étais identifiée secouriste, et que j'étais au sol incapable de me défendre face à cet agent. »

 

 

PS : Je pars quelques jours mais le blog continue tout seul !

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 05:13
Le silence complice des alliés des EU, la France au premier chef, on n’en parle même pas.
 

Le vendredi 12 avril, ni le journal de France 3 de 19 h 30, ni celui de France 2 de 20 h n’ont évoqué ce qui s’était passé (pourtant pas plus tard que la veille) à Londres, à savoir l’arrestation, dans les locaux de l’ambassade de l’Équateur, de Julian Assange, l’homme qui, par Wikileaks, avait révélé une myriade d’informations embarrassantes pour les États-Unis. Cette nouvelle, le lendemain, n’a pas laissé plus de traces qu’un trou dans la mer. Et c’est regrettable, car cette affaire est révélatrice des rapports de force dans le monde – révélatrice aussi des méthodes employées par les États pour éliminer les "gêneurs", les lanceurs d’alerte, et révélatrice, in fine, des mentalités des médias, sur ce qu’ils montrent et sur ce qu’ils taisent.

 

1. Le premier point est l’inquiétante propension (et, surtout, l’inquiétante capacité) des États à intervenir hors de leurs frontières - y compris en temps de paix, surtout en temps de paix - pour éliminer ceux qu’ils considèrent comme des criminels, des ennemis - ou même, simplement, comme des dangers. Certes, cela au début, est apparu éminemment moral, lorsqu’il s’est agi de traquer des criminels nazis (comme Adolf Eichmann, enlevé par les services secrets israéliens en 1960), ou des mafieux, ou des trafiquants de drogue, ou des meurtriers, etc. Mais, au fil des années, les critères de définition des "ennemis" de l’État n’ont cessé de s’élargir, ainsi que les méthodes et les moyens de ces éliminations.

 

2. D’abord parce que le sujet à éliminer ne représente plus forcément un danger immédiat, mais parce qu’à travers cette élimination, on cherche à lui faire payer ses actions passées ou à intimider ses sympathisants ou ceux qui seraient tentés de l’imiter. Et la France, à cet égard, a été – ou n’a pas été – exemplaire (selon le point de vue où l’on se place), en enlevant le duc d’Enghien, dans le grand-duché de Bade, en 1804, et en le faisant fusiller cinq jours plus tard. Ou en faisant enlever à Munich, en 1963, le colonel Argoud, ancien de l’OAS, et en le condamnant à la perpétuité (il fut, en fait, libéré en 1968). [Ce qui confirme toutefois que cette action n’était pas considérée comme "normale" au regard des usages internationaux de l’époque, est que, dans les deux cas, elle donna lieu à de vigoureuses protestations diplomatiques.]

 

3. Ensuite, ce qui aggrave ces éliminations, c’est qu’elles ne mettent pas seulement en œuvre les services secrets du pays concerné (comme ceux d’Israël, qui liquida les Palestiniens responsables de l’assassinat des athlètes israéliens à Munich, en 1972), mais qu’elles recourent à la collaboration (ou à la complicité) d’autres services secrets ou de polices parallèles - ou de gangsters. Par exemple l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi ben Barka, en 1965, pour le compte des services secrets marocains, par les services secrets français et des hommes du grand banditisme. Ou l’opération Condor qui, dans les années 1970, vit la collaboration des services secrets de plusieurs dictatures d’Amérique latine (et la bienveillance des États-Unis), pour éliminer des militants ou anciens responsables politiques de gauche. Ou, après les attentats du 11 septembre 2001, les enlèvements d’un certain nombre de sujets (dont le tort, souvent, était d’avoir un nom musulman) par la CIA, et leur remise pour détention et torture, dans des pays d’Europe centrale et orientale ou des dictatures musulmanes.

 

4. Application à Julian Assange. C’est à ce type de "collaboration" qu’on a assisté dans son cas. Les Etasuniens ont poursuivi Assange (qui n’est même pas étasunien, mais Australien) de leur vindicte, les Équatoriens ont commencé par lui accorder l’asile, puis, ayant changé d’orientation politique, lui ont "pourri" la vie pour l’inciter à se rendre. Enfin, les autres pays, sollicités de lui accorder l’asile, se sont prudemment défilés les uns après les autres (en particulier la France). Comme ceux qui, de 1940 à 1944, fermèrent leur porte à des gens poursuivis, par crainte de la Kommandantur, de la Gestapo ou de la police de Vichy...

 

5. Mais les États élargissent sans cesse la définition de l’ennemi, en ne se contentant plus seulement du terroriste, de l’espion ou du comploteur. Une extension a eu lieu avec la définition de "l’ennemi" comme celui qui dévoile un secret. C’est effectivement ce dont est accusé Julian Assange. Mais ce fut déjà le cas de Mordechai Vanunu, technicien nucléaire israélien, enlevé à Rome en 1986 par les services secrets israéliens, pour avoir révélé des secrets nucléaires israéliens. Mordechai Vanunu passa pour cela 18 ans en prison, et, à l’issue de sa peine, continua à être en butte à l’hostilité de son pays (notamment en étant interdit de sortie du territoire).

 

6. Le paradoxe – et même le scandale – de l’affaire Assange est qu’au départ, le fondateur de Wikileaks révèle des faits scandaleux, immoraux, illégaux commis par les Etats-Unis (par exemple la tuerie gratuite de plusieurs personnes, en Irak, par des pilotes d’un hélicoptère). C’est un scandale du même type que celui qui voit le dénonciateur d’une fraude fiscale être poursuivi par les banques ou les officines qui aident à dissimuler cet argent : on ne punit pas le malfaiteur mais celui qui dénonce le méfait ! Cela me rappelle le tableau qui m’avait tant frappé lorsque, adolescent, je l’avais vu pour la première fois : Les porteurs de mauvaises nouvelles, de Lecomte du Nouÿ (1871). On y voit, sous un auvent, un pharaon à l’air sombre, le regard rivé sur l’horizon, et, à ses pieds, trois corps dénudés et inertes, baignant dans leur sang. Le pharaon a châtié les messagers...

 

7. Mais souvent, les États coupables de ces méfaits ont conscience de l’irrégularité de leur action : ils la nient ou la dissimulent. Toutefois un saut juridique a eu lieu avec le vote, par les États-Unis, de lois extra-territoriales (comme les lois Helms-Burton ou d’Amato-Kennedy, votées en 1996, sous la présidence Clinton). Ces lois permettent, entre autres, de sanctionner tous les États, toutes les entreprises ou tous les individus qui commercent avec des États-parias (Iran, Cuba, Corée du Nord, Venezuela...), et qui, dans leurs transactions, utilisent le dollar ou vendent des produits qui ne comprennent ne serait-ce qu’un boulon ou une ligne de programme issus des États-Unis.

 

8. C’est en vertu (si l’on peut dire...) de telles lois (et d’autres de même calibre) que les Américains se permettent des intrusions dans la vie privée des ressortissants des autres pays, en exigeant, par exemple, des renseignements détaillés sur ceux qui se rendent aux États-Unis ou même survolent brièvement le territoire américain. C’est ainsi qu’en avril 2009, il y a exactement 10 ans, un avion où se trouvait le journaliste Hernando Calvo Ospina, collaborateur du Monde diplomatique, et qui se dirigeait vers Mexico (en survolant un bout de territoire américain) fut dérouté sur La Martinique, entraînant un retard et un surcoût considérable pour Air France et pour les passagers. Et tout cela parce qu’Hernando Cavo Ospina était critique de la politique d’Alvaro Uribe, président de la Colombie et protégé des Etasuniens !

 

9. Pis encore (si l’on peut dire...). On rappellera qu’en juillet 2013, l’avion qui ramenait de Moscou en Bolivie le président bolivien Evo Morales fut interdit de survol du territoire national par la France, l’Italie, l’Espagne et le Portugal parce que les Etasuniens soupçonnaient Evo Morales de ramener de Russie en Bolivie Edward Snowden, poursuivi par les Américains. L’avion présidentiel dut atterrir à Vienne, en Autriche, et il fallut qu’Evo Morales se gendarme pour que son avion ne fût pas fouillé ! Autre violation (et grossière) de l’immunité et des usages diplomatiques. Aurait-on osé agir ainsi à l’égard du président chinois ?

 

10. Un trait – qui a d’ailleurs été noté par les journalistes – était l’abondante barbe de Julian Assange au moment de son arrestation. Barbe si fournie qu’elle lui conférait, de loin, une allure de vieillard. Or, une telle barbe a été courante chez nombre de sujets ayant soit subi une longue captivité - soit des épreuves particulièrement dures, comme Bobby Sands en 1981, soit ayant été obligés de se cacher dans des conditions précaires : que ce fût Saddam Hussein lors de sa capture, en décembre 2003, ou Radovan Karadzic, en juillet 2008. On peut se demander si la vision d’une telle barbe ne serait pas de nature à suggérer (peut-être lointainement, peut-être inconsciemment, car peu de gens se souviennent des photos de Bobby Sands, de Saddam Hussein ou de Radovan Karadzic dans ces circonstances) une identification des uns aux autres. Peut-être, plus récemment, y aurait-il aussi eu une identification avec Cesare Battisti, capturé en juillet de cette année ? Manière de suggérer : tous, autant qu’ils sont, sont des gibiers de potence car qui se ressemble s’assemble...

 

Remarques d’ensemble. Les médias ont passé bien vite (trop vite) sur cette affaire, qui apparaît comme la partie émergée d’un inquiétant iceberg :

1. Aujourd’hui, sauf lorsqu’on est dans un pays hors de portée des Américains (Russie, Chine, Corée du Nord...), il est difficile d’échapper à leur vindicte.

 

2. Les Etasuniens ignorent totalement la souveraineté nationale ou l’immunité diplomatique lorsqu’ils ont quelqu’un dans le viseur : que l’on songe à la capture du président Manuel Noriega, pourtant réfugié à la nonciature de Panama, et qui dut se rendre début janvier 1990, son pays ayant été envahi par l’armée américaine. Ou au bombardement de l’ambassade de Chine à Belgrade, en mai 1999. Et les Etasuniens n’ont pas élevé non plus beaucoup de protestations lorsque, en 1992, les talibans sont allés chercher, dans un bâtiment de l’ONU, le dernier président communiste d’Afghanistan, Mohammed Najibullah, qu’ils l’en ont sorti avec son frère, qu’ils les ont torturés puis tués tous les deux.

 

3. Non seulement, par leurs lois extra-territoriales, les Etasuniens s’arrogent le droit de punir n’importe qui dans le monde, mais aussi, en ne reconnaissant pas la compétence de la Cour Pénale Internationale pour juger leurs ressortissants. [Ils ne sont d’ailleurs pas les seuls].

 

4. La plupart des pays appartenant à leur aire (notamment les pays européens) n’osent rien faire contre eux. Qu’ont fait les Européens après la dénonciation de l’accord sur le nucléaire iranien par Donald Trump ? Rien. Qu’ont-ils fait après la reconnaissance, par le même Donald Trump, de la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan ? Toujours rien. Qu’ont-ils fait lorsqu’il a reconnu illégalement, comme président du Venezuela, l’autoproclamé Juan Guaido ? 28 d’entre eux, et non des moindres, l’ont servilement suivi...

 

Certes, les Etasuniens ne sont pas seuls à opérer ainsi à l’étranger. Mais ils sont les seuls à le faire à cette échelle et avec cette ampleur et, surtout, à donner un fondement juridique à leurs malversations. Cela n’est-il pas lourd de menaces si, à l’avenir, d’autres pays s’avisent de les imiter ?

 

Partager cet article
Repost0
11 avril 2019 4 11 /04 /avril /2019 05:29

 

 

Ci-dessous, une très bonne analyse de l’ami Philippe Arnaud. Le titre est de moi.

 

Ce 8 avril 2019, au journal télévisé de 13 h de France 2, le deuxième sujet présenté était la restitution du "grand débat" et ce qui ressortait de ce "débat" était que les Français estimaient quasi unanimement qu'il y avait trop d'impôts. Pour les baisser, les solutions étaient nombreuses et parfois contradictoires, mais ce qui revenait le plus, c'est qu'il fallait baisser les dépenses de l’État et plus particulièrement les dépenses liées à la Défense et aux aides au logement", détaillait le journaliste Jean-Baptiste Marteau, depuis le Grand Palais à Paris.

 

Et le journal poursuivait ainsi : 

 

Le référendum d'initiative citoyenne (RIC) et l'ISF, revendications-phares des "gilets jaunes", sont très minoritaires dans les contributions, selon les garants du grand débat. "Notre pays a atteint aujourd'hui une sorte de tolérance fiscale zéro [...] les débats nous indiquent clairement la direction à prendre : nous devons baisser et baisser plus vite les impôts", a indiqué le Premier ministre Édouard Philippe.

Remarque liminaire. L'ensemble de la présentation de ce sujet, d'un bout à l'autre, empeste l'idéologie de droite, la manipulation et la mauvaise foi, comme je vais le détailler ci-après.

 

Remarque 1. Tout est fait, dans ce reportage, pour présenter l'impôt comme le voient la droite et le patronat, à savoir une sorte d'indemnité de guerre, versée à un État ennemi vainqueur, dont les habitants s'appelleraient fonctionnaires (comme la France qui, après 1871, dut verser à l'Allemagne victorieuse une somme de 5 milliards de francs-or). Cependant, ce n'est pas du tout ainsi que fut pensé l'impôt lors de la Révolution de 1789 - qui éclata, il faut le rappeler, parce que les classes privilégiées, les plus riches, refusaient de participer au financement des affaires communes.

 

Remarque 2. Le budget de l’État, contrairement à ce que prétendent les idéologues ultralibéraux, n'est pas assimilable au budget des ménages, où l'on détermine les dépenses en fonction des recettes. Pour l'entité politique qu'est l’État, c'est l'inverse : l’État estime d'abord ses dépenses (donc ce qui relève de ses prérogatives) et y ajuste ensuite ses recettes (que sont les impôts). Au départ, sous l'Ancien Régime, l'impôt servait essentiellement à financer l'armée du roi. Puis, au XIXe siècle, et surtout au XXe siècle, l'impôt s'est ensuite élargi au financement de l'école, puis des infrastructures et au soutien de  la politique économique, et enfin, au XXe siècle, à la redistribution sociale vers les classes moyennes et défavorisées, qui représente le plus gros des dépenses.

 

Remarque 3. C'est à cette aune qu'il faut comprendre les criailleries des riches et du Medef contre l'impôt. Car ce n'est pas, au premier chef, le fait du prélèvement lui-même qui horripile les riches et les entreprises, c'est la destination, c'est l'usage de cet impôt. Car M. Dassault n'est pas gêné lorsque le ministre de la Défense lui achète ses avions en or massif. Car M. Bernard Arnault, n'est pas gêné lorsque, sur les 790 millions d'euros qu'il a payé son musée (La Fondation Vuitton) il a pu en déduire 518 millions de ses impôts. [Ce qui signifie que cette Fondation ultra-luxueuse a été payée, entre autres, par des pauvres vivant dans des banlieues pauvres ou des départements pauvres comme la Creuse, et qui n'y mettront sans doute jamais les pieds]. Cet usage de l'impôt, les riches n'y sont pas opposés. Ce qu'ils expriment, dans leurs diatribes (et ce qu'expriment les Dominique Seux et autres François Lenglet), ce sont des pensées autrement sordides : "Je ne veux pas payer pour soigner les pauvres. Je ne veux pas payer pour envoyer les enfants d'ouvriers à l'université. Je ne veux pas payer pour que les ouvriers ne consacrent pas toute leur paye au loyer...".

 

Remarque 4. Lorsque Édouard Philippe dit que les Français ont une tolérance fiscale zéro, il instrumentalise malhonnêtement la révolte des "Gilets jaunes", et, ce faisant, il est malhonnête de deux façons. D'abord parce que les "Gilets jaunes" n'ont contesté ni le principe de l'impôt ni son poids global sur le P.I.B. (Produit Intérieur Brut). Ils en ont contesté la répartition injuste, qui, du fait des cadeaux accordés aux riches par la suppression de l'ISF et aux entreprises par le CICE, a obligé à compenser le déficit du budget en alourdissant la taxe sur les produits pétroliers qui, comme tous les impôts indirects, pèse d'abord sur ceux qui ne pouvaient camoufler leur argent à l'étranger, sur ceux qui n'étaient pas mobiles, c'est-à-dire sur les classes moyennes et populaires. [Impôts indirects qui, on le rappelle, sont ceux qui rapportent le plus au budget général]. 

 

Remarque 5. L'autre malhonnêteté d’Édouard Philippe consiste à présenter la baisse des impôts sans en présenter l'inéluctable contrepartie : la diminution drastique des services publics et des transferts sociaux au bénéfice des plus défavorisés. Édouard Philippe omet de dire : vous aurez moins d'écoles dans les campagnes, moins d'hôpitaux, moins d'aides au logement, moins d'entretien des routes, des ponts et des canalisations d'eau potable. Vous aurez moins de remboursements de soins, moins de retraites. Vous aurez moins de subventions pour les collectivités locales, etc. Tout se passe comme si cette fronde anti-fiscale venait à point nommé pour justifier des coupes à la tronçonneuse dans les effectifs des fonctionnaires. D'ailleurs, dans la suite du journal télévisé, un des Gilets jaunes n'a pas été dupe. Il a déclaré : nous ne voulons pas moins de services publics, nous voulons plus de justice fiscale.

 

Remarque 6. La synthèse des remontées du "Grand débat" ferait apparaître que la demande du rétablissement de l'ISF serait fort peu fréquente. Cette estimation arrive tellement à point nommé, elle coïncide si bien avec l'idéologie du gouvernement, avec les intérêts des classes sociales qu'il représente qu'il vient des soupçons sur son authenticité. En effet, que peut rêver de mieux Emmanuel Macron ? Les Français, "largement" consultés à travers le Grand débat, se sont prononcés presque unanimement contre le rétablissement de l'ISF : quoi de plus démocratique ? 

 

Remarque 7. L'autre malhonnêteté du gouvernement a été de glisser subrepticement des revendications des "Gilets jaunes" aux souhaits formulés dans le "Grand débat" et de laisser croire que les deux coïncideraient ! Comme si les deux publics étaient les mêmes ! Alors qu'on sait fort bien qu'une large partie de ceux qui ont participé à ce fameux "Grand débat" étaient justement des électeurs d'Emmanuel Macron et de LREM (et justement pas les "Gilets jaunes"). On a l'impression d'avoir face à soi un joueur de bonneteau qui, parmi plusieurs gobelets, en met un sur un dé, les manipule tous... et escamote le dé à l'endroit où on avait cru le voir disparaître !

 

Remarque 8. Il s'agit d'une remarque de vocabulaire. Édouard Philippe a dit que les Français avaient une "tolérance fiscale zéro". Cette expression de "tolérance zéro" n'est pas anodine : elle appartient au registre idéologique de la droite lorsqu'elle enfourche un de ses chevaux de bataille préférés : celui de l'insécurité, celui des "incivilités". A l'école envers les enseignants, dans l'entreprise à l'égard des cadres ou des patrons, en prison contre les "matons", etc. En parlant de "tolérance fiscale zéro", le Premier ministre ravale la perception de l'impôt, ses clés de répartition et jusqu'à son principe, au même rang que la délinquance. L'impôt, dans sa bouche, au travers de cette expression indue, est devenu illicite, voire illégitime...

 

 

Dessin de Perrico

Dessin de Perrico

Partager cet article
Repost0
10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 05:26

Le 29 mars dernier, dans le quartier de Montaigu à Melun une fillette avait été blessée

de 2 tirs de flash-ball par des policiers qui tentaient de disperser un attroupement

hostile. Deux mois après,l’enquête de police confiée à la sûreté départementale est

bouclée et la procureure de Melun a classé le dossier sans suite. Le sort de cette jeune

victime, élève de CM2, vient rejoindre celui des multiples victimes des tirs de flash-ball,

blessées une 2ème fois par la justice après l’avoir été par la police.

 

 

 

Vers 20 heures, alors qu’elle revenait tranquillement de chez une copine, la fillette

a été frappée de deux tirs successifs de flash-ball. L’un l’a touchée à la jambe et

l’autre dans le dos. Sa grande sœur de 14 ans qui l’accompagnait raconte :

« J’ai vu plein de fumées et j’ai commencé à courir avec ma petite sœur,

qui a commencé à se plaindre d’avoir mal. Elle est devenue toute bleue et toute violette. ».

En raison de ses blessures, elle a subi 21 jours d’incapacité totale. Mais là ne s’arrête

pas le préjudice. Sa mère qui a porté plainte explique que depuis ce jour-là,

sa fille « fait des cauchemars toutes les nuits et qu’elle doit la conduire chez le psychologue ».

« C’est une affaire qu’on suit de très près », « Les policiers et la famille de la

victime vont être entendus » avait assuré la procureuse de Melun, Béatrice

Angelelli. Aujourd’hui, le « verdict »est tombé : classement sans suite. Un nouveau coup

très lourd porté à la fillette et à sa famille quand on sait le rôle que joue

dans la reconstruction psychologique la reconnaissance du statut de « victime ».

Cette issue de l’enquête n’a cependant rien de rare. Déjà en2014, Mediapart 

avait réalisé unrecensement des ravages causés par les tirs de flash-ball et de

l’impunité qui en résulte dans la plupart des cas, qu’il s’agisse de « bavures »

ou d’intention volontaire : « Selon notre décompte, depuis 2004, plus d’une

trentaine de personnes ont été grièvement blessées par des lanceurs de balle

de défense en France. Parmi elles, quatorze ont perdu un œil. Et un homme

est décédé à Marseille en décembre 2010. Mais de non-lieux en relaxes,

seuls deux policiers et un gendarme ont été condamnés. »

Toutes les astuces juridiques sont bonnes pour protéger les forces répressives

de l’Etat des rigueurs de la justice : éviter les assises comme ce fut le cas

en 2015, pour ce policier marseillais auteur d’un tir de flash-ball mortel,

traduit devant le tribunal correctionnel au lieu de passer aux assises comme

le demandait le Parquet. Invoquer la « légitime défense » méthode très

fréquemment utilisée et acceptée. Recourir à des peines symboliques assorties

de sursis. Sans parler des témoignages arrangés entre collègues flics ou des PV

mensongers comme l’a reconnu en 2015, le gardien de la paix à propos du tir

qui avait grièvement blessé au visage Rachid Tidjani.

 

Texte repris du blog Révolution permanente

 

 

Une fillette de 11 ans blessée par deux tirs de LBD n’obtiendra pas justice !
Partager cet article
Repost0
7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 05:28

Le Grand Soir a repris mon article sur Juppé. J'y avait écrit, en passant mais en le pensant : « Contrairement à ce que serine Mélenchon, l'opposition droite-gauche existe toujours. » Le Grand Soir étant un site solidement ancré à gauche et soutenant Mélenchon, j'ai reçu une volée de bois vert de la part de certains lecteurs.

 

 

Toujours préciser d’où l’on parle. Cela va faire 37 ans que je n’ai pas voté socialiste. C’est dire que je ne me torture pas vraiment les méninges pour savoir si ce parti est de gauche ou non. En revanche, j’ai soutenu et voté Mélenchon et les formations qu’il a présidées ces dernières années. Cela ne m’oblige pas à être un godillot béat et m’amène – surtout depuis la dernière élection présidentielle – à me poser des questions.

 

Au commencement étaient les mots. Les mots dits et les mots tus, ou en creux. Prenons l’appellation des partis dirigés par Mélenchon. Il y eut d’abord le « Parti de gauche ». Appellation, simple, classique, dans laquelle on trouve deux mots au sens clair : « parti » et « gauche ». Un parti fondé en 2009 sur des bases antilibérales. Il y eut dans le même mouvement la coalition du « Front de gauche pour changer d’Europe » (appellation officielle). Á noter : « changer d’Europe », pas « changer l’Europe ». En association avec le parti communiste et quelques autres. Mélenchon fit unilatéralement voler en éclat ce regroupement en 2016. J’aimais bien « front de gauche ». D’abord, l’expression comportait le mot « gauche ». Et puis, il y avait ce « front » si prometteur : une alliance pour faire front, pour aller au front, pour mener des attaques frontales. L’appellation « La France insoumise », c’est autre chose. Lorsqu’il lance le mouvement le 10 février 2016, Jean-Luc Mélenchon proclame : « Je veux représenter et incarner la France insoumise et fière de l’être, celle qui n’a pas de muselière ni de laisse. » Nous sommes ici dans une posture morale – ce qui est bien en soi – mais pas politique. L’insoumission peut être de toute nature et de tout positionnement. Á sa manière, Soral est un insoumis. Par ailleurs, qu’est-ce que « la France insoumise », si ce n’est la projection fantasmée d’un peuple qu’il constitue lui-même face à un autre peuple qui serait soumis, avec une bonne frontière bien étanche entre l’oligarchie ennemie et un peuple ami constitué d’amis. Et quand je dis « peuple », je suis gentil. Lui et les autres dirigeants disent « les gens ». Politiquement parlant, on sait, en gros, ce qu’est le peuple : des citoyens qui vivent sur un même territoire et qui acceptent les mêmes règles. Le tout constituant une nation. Mais « les gens », c’est quoi donc ? Le « métro » dont parlait Malraux lorsqu’il évoquait l’électorat gaulliste ? Le mouvement ouvrier, les marxistes n’ont jamais adhéré à ce type de catégorisation sommaire d’une France d’en haut et d’une France d’en bas, du peuple d’un côté et des élites de l’autre.

 

On se souvient de la chanson de Jean Ferrat déboussolé par les chars soviétiques à Prague :

 

C'est un joli nom Camarade
C'est un joli nom tu sais
Qui marie cerise et grenade
Aux cent fleurs du mois de mai

 

 

Hé bien justement : dans les banques de données des sociolinguistiques, on s’aperçoit qu’en période de campagne électorale Mélenchon utilise ce terme 10 fois par an au maximum. C’est parce que dans l’ensemble « gazeux » (disent-ils, vous comprenez ce que cela veut dire ?) de la France insoumise les partis, les formations radicales, l’addition, la conjonction de forces militantes s’effacent au profit des « gens ». Des « gens » auxquels il s’adresse directement : « Soyez vous-mêmes, les gens », lance-t-il lors de réunions électorales.

 

Dans sa page Facebook, Jean-Emmanuel Ducoin (PCF, L’Humanité) citait récemment une analyse  d’Alexis Corbière : « Je ne veux plus m’enfermer dans le mot “ gauche ”. Ses échecs récents en ont fait un repoussoir. Rassembler la gauche n’a plus de sens : des millions de gens ne se positionnent pas d’un côté ou de l’autre ! Il faut trouver un vocabulaire nouveau, un message différent. » Comme par exemple celui de populiste, un concept autour duquel tournent Mélenchon et la philosophe Chantal Mouffe, pour qui le marxisme et la démocratie délibérative sont dépassés (au fait, quid de la démocratie délibérative au sein de LFI ?). Corbière nous dit que le mot “ gauche ”– dans lequel il ne faut pas « s’enfermer » ( ?) – serait un repoussoir. Peut-être pour les socialistes qui se sont ramassés lors de la dernière élection présidentielle, mais pas pour les forces de progrès (j’allais dire « de gauche ») qui, derrière Mélenchon, ont totalisé près de 20% des suffrages exprimés avant de partir en capilotade et de tourner aujourd’hui autour de 8-10%. La faute au manque de clarté du discours de LFI. Pour simplifier, atermoiements entre union des forces de gauche et un populisme qui renonce à toute référence à la gauche. Pour Quattenens, il faut « arrêter de revendiquer sans arrêt les codes de la gauche radicale ». Pour Malika Bendriss, il faut « améliorer le quotidien des petites [sic] gens », la « gôche » (sic) étant « devenue un boulet politique ». Et pour Kévin Boucaud-Victoire, « Le populisme, c'est la gauche radicale qui essaie d'aligner la France de Johnny à celle de Booba, les classes populaires de la France périphérique à celle des banlieues ». Quelle bouillie ! Et je ne parle même pas d’une opposition actuellement très structurante au sein de LFI entre communautaristes et anti-communautaristes.

 

Plus de 100 personnes ont réagi au billet de Ducoin sur Facebook. Au-delà de sensibilités différentes et divergentes, c’est le désarroi qui l’emporte. Je cite quelques intervenants qui réagissent après Ducoin qui, lui-même, demande des explications :

 

« On ne peut donc plus considérer La France Insoumise comme étant de gauche et si on assume l’opposition Gauche/Droite, alors cela veut dire que c’est un mouvement de Droite, une sorte de bonapartisme socialisant. »

 

« Substituer le clivage gauche/droite par peuple/élite est une erreur, ce n'est pas une vision classiste, et le ni droite ni gauche ou ni de droite ni de gauche ou et de droite et de gauche, ça va surtout faire progresser le populisme – de droite mais qui ne se dit pas comme tel bien sûr... encore un effort Corbière... »

 

« Le mot gauche est un "enjeu de lutte" (comme diraient les sociologues critiques) à se réapproprier, faudrait s'en souvenir plutôt que de se référer à Mouffe et Laclau... »

 

« Le populisme fonctionne sur le mode du « eux et nous ». Si la désignation de l’adversaire est une condition du combat politique, elle ne doit pas nous conduire à passer sous silence les contradictions, d’abord chez les dominants – contradictions qu’il s’agit d’exacerber –, mais surtout chez les dominés, car elles sont un obstacle à la construction d’une stratégie hégémoniste. En effet, une même personne peut à la fois être exploitée par le capital, opprimée par d’autres exploités ou en opprimer d’autres, et prise dans des configurations discriminantes. Il est impossible de réduire tous les antagonismes qui traversent la société à un antagonisme majeur, que ce soit le rapport capital/travail, pourtant fondamental, ou la division peuple/oligarchie portée par le populisme de gauche. »

 

« Ce mot de gauche a été si galvaudé. L'humain d'abord, voilà le titre du programme, l'ère du peuple, ça parle non? C'est le programme qu'il faut lire et comprendre que c'est un choix de civilisation. On doit quitter le capitalisme, créer des quantités d'emplois avec la transition écologique, soutenir nos étudiants qui sont notre avenir inventer, innover pour survivre sur cette planète en harmonie avec la nature. »

 

« On attend avec impatience le nouveau message! »

 

« même quand le personnage au demeurant sympathique est capable de mentir et accepte des alliances à géométrie variable en fonction des disponibilités en termes de sièges et non pas d'idées. Entre Anne Hidalgo qu'il a soutenue en sachant qu'il s'agit d'une ultra libérale et Jean Luc Mélenchon qu'il a aussi soutenu en sachant qu'il était à l'opposé de la pensée ultra libérale... qui est il vraiment... Aucune confiance en lui. »

 

 

« FI se dit ni de gauche ni de droite ! Ceux qui tiennent ce langage sont dangereux ! Nier les valeurs de la vraie gauche c'est nier l’existence des valeurs de classe ! »

 

« 300 % d’accord avec Corbières. La gauche et la droite ça ne veut plus rien dire depuis belle lurette. L’évolution linguistique et le rapport au langage sont une indication forte de l'évolution générale, et même un guide. Les gens se font couillonner depuis des décennies par le dualisme : il est là le piège... Du coup c’est tout noir ou tout blanc et c’en est ridicule.... La force est ailleurs et sous une autre forme, bien plus élaborée, et bien plus riche, au sens le plus noble du terme..... Il faut avancer. Les mutations sont nécessaires, encore faut-il savoir regarder devant.. et même au delà. Bref. Je crois que vous avez compris ce que je voulais dire....Concevoir, énoncer, réaliser... »

 

« Ne vous inquiétez pas la droite sait très bien quelle est la différence entre elle et la gauche !!! Moi je suis de gauche et je sais ce que cela signifie en termes de valeurs et de revendications. »

 

 

J’ai particulièrement aimé cette dernière intervention. Depuis la fin des années Mitterrand, la droite se proclame de droite et n’en a pas honte. De Le Pen à Bayrou en passant par Wauquiez et Retailleau, son corpus idéologique est travaillé et fortement relayé par les grands médias. Si elle écrase le discours de la res publica, c’est parce qu’elle se concentre sur le social (ou antisocial), pas sur le sociétal.

 

Ce n’est pas parce qu’aux ronds-points militants des gilets d’extrême gauche côtoient des gilets d’extrême droite que, dixit Corbière, « des millions de gens ne se positionnent pas d’un côté ou de l’autre ». La caissière à temps partiel du supermarché (qui sera, avant demain, remplacée par une machine) sait parfaitement qui est, non pas son agoniste, comme dit Mouffe, mais son antagoniste. Au fait, combien de millions ?

 

 

 

 

 

 

 

Mélenchon, la gauche, la droite
Partager cet article
Repost0
5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 05:32
Corse : Opération Overlord

Partager cet article
Repost0
2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 05:20

 

 

Quel triste sire ! D’ailleurs, l’a-t-on déjà vu rigoler un bon coup ? Il aura été le plus fidèle des Chiraquiens. Normal : comme son modèle, il n’aura cessé de fluctuer, de changer d’avis. Sur le capitalisme, le gaullisme, la place des femmes dans la politique, le mariage pour les homosexuels, l’islam, l’immigration, le Front national. Il a même voté Krivine en 1969, trouvant que Pompidou « manquait de punch ». Il s’est défini comme « catholique agnostique ». Lors de la guerre fratricide Chirac-Balladur, il s’est dit fidèle à Balladur tout en soutenant Chirac (ou l’inverse, quelle importance !). Va comprendre, Charles ! Il ne fut en vérité – contrairement à une proclamation bravache – jamais « droit dans se bottes ». Mais toujours, globalement, de droite, comme le sera son ralliement à Macron après avoir quitté une famille politique qui l’avait accompagné pendant des dizaines d’années.

 

Il vient d’intégrer le Conseil constitutionnel, nommé par Richard Ferrand, l’une des consciences noires du macronisme. Quoi qu’il en ait, ce Conseil n’est pas, comme il le laisse proclamer, une assemblée de “Sages ”. C’est l’ordonnateur des pratiques politiques de droite, et aujourd’hui le rempart ultime du capitalisme financier et de son idéologie. Normal qu’y jouent aujourd’hui un rôle prépondérant deux socialistes de droite, immenses privatiseurs, fossoyeurs de l’intérêt public : Laurent Fabius et Lionel Jospin. La plupart des membres du Conseil sont d’anciens hauts dirigeants politiques qui ne sauraient renier leurs couleurs quand ils sont nommés vers 60 ou 70 ans. C’est ainsi que lors des nationalisations dans les années 80, le Conseil a nettement penché en faveur des intérêts privés en exigeant de l’État de considérables compensations financières.

 

Contrairement à ce que serine Mélenchon, l’opposition droite-gauche existe toujours. La droite, celle de Macron ou de Wauquier, a pour objectif de donner toujours plus aux favorisés (ah, le CICE cher à Hollande !), de privatiser les services publics, d’affaiblir les protections sociales et les libertés individuelles ou collectives quitte à criminaliser l’action syndicale. Juppé, comme ses nouveaux collègues du Conseil constitutionnel, est là dans son bain préféré.

 

Nous voici donc avec un repris de justice (mais que faites-vous du droit à l’oubli, ben voyons…) dans la plus haute instance juridique de France. Il y respirera un air plus confiné mais plus serein que celui de sa (sic car Juppé est landais et non bordelais) bonne ville de Bordeaux où les Gilets jaunes ont semé quelques pagailles inadmissibles pour cet homme d’ordre. Juppé peut être considéré comme l’un des principaux responsables de ces jacqueries, lui qui a accompagné le désengagement de l’État sous Chirac pour privatiser encore et toujours et pour détruire l’État-Providence. Comme Chirac, Juppé se rallia aux idéologues d’extrême droite du type Longuet ou Madeleine pour donner TF1 au privé et pour mettre en œuvre des réformes des retraites et de la sécurité sociale en opposition avec les principes nés à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. On notera qu'au moment précis où il organisait le chargement de la barque pour les retraités, il se dépêchait de prendre la sienne, tout à fait légalement, à 57 ans.

 

Ministre délégué au Budget auprès d’Édouard Balladur de 1986 à 1988, Juppé organise une baisse drastique de la fiscalité pour les riches, comme la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes, le relèvement du seuil d’exonération de l’impôt sur le revenu et la baisse du taux de l’impôt sur les sociétés de 50 à 42% (hé oui, il fut un temps, pas si éloigné que cela à échelle historique, où les sociétés payaient 50% d’impôts sur leurs bénéfices). Dans la foulée, Juppé abolit la taxe sur les frais généraux et adoucit un certain nombre de sanctions fiscales : la durée des vérifications par l’administration est réduite et la charge de la preuve n’incombe plus aux contribuables. Tout cela pour « donner du pouvoir d’achat aux ménages », on l’aura deviné.

 

Lorsque, de 1995 à 1997, Juppé dirige deux gouvernements, il fait d’abord djeuns, moderne. Il nomme douze femmes dans son gouvernement, que les médias, toujours férus de raccourcis accrocheurs et sexistes appelleront les « Jupettes » (La presse nomma également “ jupette ” le dispositif de prime à la casse mis en place par le gouvernement). Il profite d’un remaniement pour en virer huit après six mois d’exercice.

 

En 1995, le “ Plan Juppé ” de réforme (sic) de la sécurité sociale prévoit, entre autres, un allongement de la durée de cotisation de 37,5 annuités à 40 pour les salariés de la fonction publique, des sanctions contre les médecins trop prescripteurs, une diminution des médicaments remboursables et l’imposition des allocations familiales versées aux familles avec enfants les plus démunies, une augmentation des cotisations maladie pour les chômeurs. Il s’agit de respecter les critères de Maastricht. Mais oui, bien sûr ! Ce plan suscite une mobilisation exceptionnelle malgré le soutien de la CFDT. Des grèves dures le font céder sur l’extension des mesures décidées par Balladur en 1993 concernant l’alignement des régimes publics sur le secteur privé.

 

Avant Jospin, Juppé sera un grand privatiseur : Péchiney, Usinor, la Banque française du commerce extérieur, la Compagnie générale maritime, les Assurances générales de France. Ces bijoux de famille sont vendus pour 40 milliards de francs. Mais l’envol du bel échassier landais va être plombé par quelques scandales typiques de la Chiraquie. En janvier 1993, Juppé, premier ministre, donne l’ordre aux services du logement de la ville de Paris de diminuer de 1 000 francs le loyer de son fils, logé dans un appartement de la ville. Il fait par ailleurs réaliser dans cet appartement pour près de 400 000 francs de travaux. Bien que le délit d’ingérence soit constitué, la Justice ne poursuit pas. Lui-même était devenu locataire, pour un loyer très bas, d’un appartement de 189 m2 rue Jacob. Il avait fait réaliser, aux frais des contribuables, des travaux pour un million de francs. Suite au ramdam occasionné par ces magouilles, et bien que « droit dans ses bottes », il eût quitté le logement. Une plainte avait été déposée par Arnaud Montebourg et une association de contribuables. Le procureur de la République avait considéré que le délit de prise illégale d’intérêts était établi mais le procureur général prèsla cour d’appel, Jean-François Burgelin, magistrat marqué nettement à droite qui voudra plus tard supprimer les juges d’instruction, affirma que l’infraction n’était pas constituée.

 

 

Alain Juppé au Conseil Constitutionnel : la Vème République dans tout son éclat

 

Le futur “ Sage ” n’en resta pas là. En 1999, il est mis en examen pour « abus de confiance, recel d'abus de biens sociaux, et prise illégale d'intérêt » pour des faits commis en tant que secrétaire général du RPR et maire adjoint de Paris aux finances, de 1983 à 1995. La Justice le considère comme la cheville ouvrière d’un système de financement d’emplois au sein du RPR financés par la ville de Paris. Le 30 janvier 2004, Juppé est condamné par le tribunal de Nanterre à 18 mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité, ce qui n’est pas rien. La présidente du tribunal exige l'inscription de cette condamnation à son casier judiciaire. Un appel immédiat suspend l’application de la peine. Plus clémente, la cour d’appel de Versailles réduit la condamnation à 14 mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité alors que le parquet avait préconisé deux ans. Pour ce faire (Wikipédia), la cour d’appel : « déroge à une loi votée en 1995 par la majorité RPR-UDF ayant conduit à une lourde condamnation d'Alain Juppé en première instance : de façon inédite, la cour d'appel n'applique pas cette automaticité légale et fixe elle-même la durée de l'inéligibilité en faisant usage de l'article 432-17 du code pénal relatif aux peines complémentaires. Elle indique notamment : «  Il est regrettable qu'au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l'occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n'ait pas appliqué à son propre parti les règles qu’il avait votées au Parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n’ait pas cru devoir assumer devant la justice l'ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. Toutefois, M. Juppé s'est consacré pendant de nombreuses années au service de l’État, n’a tiré aucun enrichissement personnel de ces infractions commises au bénéfice de l'ensemble des membres de son parti, dont il ne doit pas être le bouc émissaire»

 

Mais Alain Juppé se sent indispensable, partout et tout le temps. En 2005, il tente d’occuper un poste à l’université du Québec à Montréal, comme l’avait fait avant lui Philippe Séguin. Le personnel et les étudiants s’y opposent. Il parvient néanmoins à intégrer pour un an l’École nationale d’administration publique de la ville malgré l’opposition de 34 professeurs d’université du Québec et d’Ottawa qui, s’étonnant que l’on puisse recruter un homme politique condamné à une peine de prison, avaient publié une lettre ouverte dans Le Devoir : “ Quand l’éthique fout le camp ”.

 

On dira, à juste titre, que Juppé a beaucoup fait pour la ville de Bordeaux. Mais avec la nomination au Conseil constitutionnel, nous ne sommes pas dans le domaine de la voirie et des ravalements de façade. Nous sommes dans celui des grands principes, de l’éthique, comme disaient les Canadiens. 

 

Cette nomination est un geste particulièrement habile : Juppé est le débiteur du banquier éborgneur qui l’a absout.

 

 

Partager cet article
Repost0