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29 juin 2018 5 29 /06 /juin /2018 05:31

Une analyse de Richard Palao (CGT) : 

 

Macron affiche clairement sa volonté de dynamiter les régimes de retraite issus des luttes et du programme du Conseil national de la Résistance, pour les remplacer par un système qu'il prétend universel.

 

La manœuvre est subtile car Macron sait très bien que l'un des objectifs d’Ambroise Croizat et du CNR était de créer un tel système de retraite partie prenante d'un système de protection sociale couvrant l'ensemble des risques, bâtit sur les principes d’unicité, d’universalité, de solidarité géré par les bénéficiaires eux-mêmes, autant d'énormes différences avec le système « universel » de Macron.

 

Le système universel de Macron sera un système par points or avec un tel système il en sera fini de la solidarité remplacée par l'individualisme qui favorisera les plus aisés, ceux qui ne seront pas chômeur, jamais malades et qui perçoivent de hauts salaires …

 

De plus avec un système par points les pensions ne sont plus calculées en fonction des salaires bruts soumis à cotisations mais à partir de la valeur du point fixé par l'état, valeur qui peut donc varier à tout moment et on s 'en doute le plus souvent à la baisse en prétextant la lutte contre les déficits publics ou pour combler le « déficit » du régime …comme on vient de le subir avec nos retraites complémentaires .

 

Plus grave : lorsque la valeur du point sera revue à la baisse. Non seulement c'est le montant des futurs retraites qui sera abaissé mais également celui des retraites en paiement, alors que notre système actuel garantit que les retraites calculées ne peuvent pas être diminuées.

 

Macron entend de plus ajouter un dispositif dit » notionnel » qui permettra de faire varier régulièrement la valeur du point en fonction de l'évolution de la croissance et de l'espérance de vie, il sera donc impossible de connaître comme actuellement quelques années à l'avance le montant de sa retraite ni à fortiori son âge de départ.

 

Avec la retraite Macron, tout le monde sera perdant : les futurs retraités comme ceux qui perçoivent déjà une retraite.

 

La CGT prétend être l'héritière de Croizat et du CNR, cette prétention légitime a pourtant beaucoup de mal à se traduire dans les faits. L’œuvre de Croizat n'a pu être menée à son terme d'abord à cause de sa mort prématurée mais également à cause de l'éviction des ministres communistes, ainsi pour la retraite le principe de l'unicité n’a pu être réalisé puisqu'il existe 42 régimes de retraite ! La raison essentielle est que les éléments les moins progressistes du CNR puis les partis de droite après les premières élections ont fait barrage à ce principe de l'unicité en votant notamment au parlement la création des régimes de non-salarié ( commerçants artisans agriculteurs professions libérales …) clientèles électorales très individualistes qui refusaient d'être dans la même caisse que les ouvriers…

 

Face à cette situation, quelle a été l'attitude de la CGT ? ? 

 

Force est de constater qu'elle a mis de côté l'objectif du CNR de créer un régime unique de retraite et qu'elle s'est installée dans le statu-quo acceptant l'existence de plusieurs régimes de retraite. Certes la CGT a toujours été présente pour défendre tous les régimes de retraite des salariés, qu'il s’agisse du régime général de celui des fonctionnaires de la SNCF ou d'EDF GDF… mais jamais au cour de ces combats, la CGT a mis en avant la nécessité de créer un régime unique et universel de haut niveau mettant ainsi aux oubliettes les idéaux du CNR dans le domaine de la retraite.

 

Les batailles pour la défense des régimes de retraite se sont donc déroulées en ordre dispersé, chacun défendant son régime, sans aucune coordination, sans solidarité inter-professionnelle et inter régime, cette stratégie du chacun pour soi dont la CGT était partie prenante, s'est avérée mortifère :

 

les pouvoirs successifs aux ordres du capitalisme et de l’UE ultra libérale ont intelligemment procédé par étapes, attaquant en premier le régime général en rallongement la durée de cotisations et repoussant l'âge de départ puis ils ont progressivement aligné les autres régimes sur le régime général sans que cela suscite une large lutte unitaire chacun se croyant à l'abri d'une destruction pourtant prévisible, pourtant se sont successivement le régime des fonctionnaires, le RSI celui de la SNCF une première fois et une nouvelle foi aujourd'hui qui ont été concerné par cette entreprise de démolition en attendant que tous les régimes spéciaux y passent avec la retraite »universelle » Macron.

 

L'incapacité de la CGT et des autres syndicats à organiser la lutte de l'ensemble des salariés tous régimes confondus à permis au pouvoir et au MEDEF d’avancer victorieusement dans leur objectif de destruction de toute notre système de protection sociale pour le livrer aux assurances privées.

 

Avec la retraite universelle de Macron, la CGT est face à sa responsabilité historique de meilleur défenseur des travailleurs :

 

– ou elle persiste à croire que la bonne stratégie consiste à défendre les 42 régimes de retraite existant et dans ce cas hélas il est quasiment certain que Macron arrivera à imposer son système avec l'appui de la majorité de la population qui ne voit pas les risques su système Macron mais est largement favorable à un régime unique de retraite…

 

- ou la CGT remet en avant les objectifs du CNR et revendique haut et fort la création d'un régime unique et universel de haut niveau financé par des cotisations assises sur les revenus du travail, toutes professions et activités professionnelles confondues.

 

Face à la politique de Macron seul le « tous ensemble » peut le faire céder et permettre des victoires, or le régime de retraite unique est un thème fédérateur qui doit permettre de réaliser ce « tous ensemble »...Battre Macron sur le terrain de la retraite constituerait une avancée majeure pour traiter à l'identique les autres risques (maladie, famille, chômage…) pour aller vers le système de protection sociale voulu par Ambroise Croizat et le CNR :

 

Un système unique, universel, solidaire et démocratique !

Macron veut dynamiter les régimes de retraite
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27 juin 2018 3 27 /06 /juin /2018 05:35

 

PS qui n'a rien à voir.

Vu hier un film âpre de 2008 : Les Femmes de l'ombre, sur des résistantes françaises. Sophie Marceau joue le rôle de Louise, directement inspiré d'une authentique résistante.

Á la fin du film, une précision concernant cette femme remarquable : “ Louise est morte à 98 ans. Elle n'a pas eu d'enfants".

Si Louise avait été Louis, on n'aurait jamais mentionné cela.

Même chez les gens les mieux intentionnés, l'égalité des sexes, ça n'est pas donné.

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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 05:10

Dans les années 30, le Lot-et-Garonne, département très agricole, est en jachère. En déshérence. La Première Guerre mondiale a décimé la population masculine et l'agriculture a cessé de nourrir les populations qui survivent de la terre. Des paysans italiens, eux-mêmes très appauvris, vont se lancer dans une véritable diaspora dans toute l'Europe. Nombre d'entre eux dirigeront leurs pas vers l'Aquitaine. N'ayant pour tout bagage qu'un soc de charrue (meilleur que les socs français), ils feront un détour par la Suisse pour y acheter, qui une paire de bœufs de trait, qui une vache laitière. Et ils se mettront au travail. C'est ainsi que les Lorenzon, les Titonel et autres Pandolfi vont sauver ce département.

 

L'acceptation ou le refus de l'immigration, avec toutes les modulations intermédiaires, n'ont rien à voir avec la morale. Il s'agit d'économie et de politique. Lorsqu'Angela Merkel, dont la politique a considérablement appauvri des millions d'Allemands "de souche", ouvrit d'un seul coup, sans contrôle réel, la porte à plus d'un million de migrants d'origine moyen-orientale, après que ses prédécesseurs eurent laissé entrer des centaines de milliers de ressortissants des anciens pays communistes européens, elle ne le fit pas au nom de la morale mais à la demande du patronat allemand dont elle était l'exécutrice zélée.

 

Il y a bientôt quarante ans, Georges Marchais mettait en garde la classe politique française sur les conséquences d'une immigration incontrôlée, sans frein. Et surtout sur ce qu'elle révélait quant aux objectifs de la classe capitaliste. L'analyse de Marchais provoqua des hourvaris. Et pourtant, elle était globalement juste.

 

Dans le texte qui suit, Gilles Questiaux, militant communiste, inscrit ses pas dans ceux de l'ancien secrétaire général du PCF.

 

Je demanderais aux lecteurs de bien vouloir faire l'effort de distinguer la pratique humanitaire de la pratique politique, ou s'ils ne le peuvent pas, de s'abstenir de lire la suite !

Depuis maintenant près de dix ans nous croisons dans les rues de nombreux réfugiés et sans-papiers qui se retrouvent en France dans une situation humaine et matérielle très difficile, qui suscite la sympathie des militants associatifs, des actes de solidarité, de soutien, et la mobilisation des associations d’aide. Cette solidarité est nécessaire et louable.

Mais faut-il aller au delà, et passer du soutien particulier à des personnes en difficulté, à un soutien politique, qui approuve et valide leur démarche de rechercher à tout prix et dans l’illégalité l’installation en France ou dans d’autres grands pays capitalistes ?

Il faut être clair : un tel soutien signifie que l’on adhère à une revendication politique, exposée clairement d’ailleurs par certaines organisations d'extrême gauche comme par les organisations patronales : pour une liberté totale de circulation internationale des personnes dans le monde, qui implique du même coup la liberté totale de mouvement de la main d‘œuvre. La satisfaction de cette revendication contribuerait-elle à l'avènement du monde sans frontière que les communistes veulent créer?

Il apparait certain que la revendication de la mobilité internationale de la main d’œuvre est une de celle qui est chère au patronat. Il s’agit d’un des piliers du néo-libéralisme. Le but est de mettre en concurrence les travailleurs entre eux, de faire baisser les salaires, et aussi de déstructurer le prolétariat en le divisant en communautés ethnico-religieuses adverses.

Il est douteux, malgré les apparences du fait qu’utilisent abondamment l’extrême droite dans sa propagande que l’immigration cause le chômage (car la présence des travailleurs immigrés ouvre des postes d'encadrement aux autochtones, et comme ils sont aussi des consommateurs, pour produire leur consommation il faut davantage de travail). Mais il est certain que cette perception explique en grande partie la montée électorale de l’extrême droite qui est contemporaine de l’installation durable du chômage de masse dans ce pays, dans les années 1980. Le racisme n'était certainement pas moins répandu en France avant cette date, mais il ne s'exprimait pas par le bulletin de vote.

C'est un fait politique que l'immigration provoque une réaction populaire hostile qui est utile électoralement à l’extrême droite. Or les organisations de défense des travailleurs ne peuvent pas aisément faire campagne contre la poursuite de l'immigration, car une telle campagne serait immédiatement présentée par les médias, aux mains des libéraux, comme une forme de racisme et amalgamée à une campagne pour obtenir le départ des immigrés déjà présents. Par contre elles peuvent éviter par leurs prises de positions redondantes avec celles de l'idéologie libérale dominante, de donner à entendre qu'elles seraient favorables à encore davantage d'immigration. On a parfois l'impression que la seule logique des interventions de la gauche et des syndicats sur toutes les questions liées à l'immigration réside dans la terreur d'être amalgamé à l'extrême droite, même par des médias ou des politiciens hostiles et d'une évidente mauvaise foi.

Les migrations font pression à la baisse des salaires et des conditions de travail (sinon il n'y aurait pas de migrations). Certains s'en lavent les mains en remarquant que ces bas salaires et ces mauvaises conditions de travail seront, justement, le lot des immigrés, et que "c'est bien pire dans le pays d'où ils viennent". Mais la condition globale de la classe ouvrière en est affectée. Cette conclusion économique en application de la loi de l’offre et la demande est parfaitement conforme à l’économie marxiste, il suffit de lire le Capital pour s’en rendre compte, car l'immigration est le moyen le plus simple d'augmenter les effectifs de l'armée de réserve du capital qui sert précisément à cela. Soutenir politiquement les migrations va à l'encontre des intérêts de la classe ouvrière considérée comme un tout (y compris et surtout aux ouvriers immigrés déjà installés, et à leurs enfants).

Le ralentissement de l'immigration est une condition de la bonne intégration sociale et du niveau de vie des travailleurs immigrés déjà présents. Mais ce n'est certainement pas la priorité du patronat qui les exploite sans aucun scrupule.

Les droits de l’homme (dans leur version limitée, bourgeoise, de 1789, sans les droits réels de 1948) sont aujourd’hui détournés pour faire passer en fraude cette exigence, pour maquiller une revendication du patronat en revendication des travailleurs.

Sans-papiers et réfugiés sont des travailleurs et il est donc normal que les organisations de défense des travailleurs s’occupent d'eux. Mais ils ne sont pas à ce stade des travailleurs en lutte organisée, et le but de leur déplacement à travers les frontières du monde capitaliste reste individualiste : leur rêve n’est pas la promotion de leur classe mais leur promotion individuelle. Leur rêve est un "rêve américain", il n’est pas de lutter contre l’exploitation, mais de devenir riche, ou au moins d’être exploité dans des conditions meilleures, pensent-ils, que dans leur pays d’origine. Beaucoup atteignent d'ailleurs leur but et deviennent de fait les nouveaux composants d'une bourgeoisie du Sud délocalisée dans le Nord qui aggrave le lien de dépendance néocolonial de leur pays d'origine.

Les migrations sont devenues aujourd'hui la forme majeure du pillage du Tiers-Monde : le pillage de sa « ressource humaine ». Les sans-papiers et les réfugiés dont il est actuellement question sont loin d’être recrutés parmi les plus pauvres et les plus misérables de leurs compatriotes, ils appartiennent au contraire pour la plupart à une classe moyenne urbaine ou au groupe des diplômés et des travailleurs qualifiés, dont le pouvoir d'achat comparativement élevé par rapport à la moyenne du pays d'origine est effectivement inférieur à celui des ouvriers du Nord.

En ce qui concerne les réfugiés syriens, qui furent la majorité de ceux qui firent l’actualité tragique depuis 2011, il faut savoir qu’ils ne venaient pas directement de Syrie, mais de Turquie, où ils étaient parqués dans des camps de réfugiés, et que leur envoi en Europe était une pression de ce pays pour accélérer une intervention militaire contre leur pays. Et l’organisation par la terreur de masse de l’exode syrien est une arme stratégique pour faire plier l’État Syrien, dans la guerre d’agression que lui mène l’impérialisme, notamment l'impérialisme français, depuis 2011.

Le sentiment d'humanité élémentaire qu'on doit ressentir pour ceux qui se retrouvent à la rue dans le froid hiver européen ne dispense pas de recul critique. Aider les personnes en détresse oui, soutenir l'impérialisme et le pillage du Tiers Monde, non. Certains militants humanitaires ont d'ailleurs acquis sur le terrain cette conscience politique critique et refusent de se laisser manipuler dans le spectacle compassionnel.

Le soutien à la cause des migrants comme telle (c'est-à-dire au principe même de la libre migration universelle) n'est pas seulement une erreur politique. Elle finit par se retourner directement contre la sécurité même des migrants, car elle a pour effet pervers d’encourager le trafic d'êtres humains à grande échelle. L'action des associations humanitaires, et la prégnance du libéralisme moral dans les mouvements sociaux contribuent à faire de la migration illégale une roulette russe où l’on peut gagner : pour un migrant illégal renvoyé au pays d’origine, vingt ou trente installations définitives. Pour un mort, cent passages réussis.

Aucun État bourgeois ne peut abandonner sa souveraineté au point de laisser complètement libre le passage de ses frontières, mais il peut accepter le compromis bancal qui consiste à régulariser a posteriori tous ceux qui ont pris le risque de franchir les obstacles qu'il a lui même placé sur leur chemin. Les gauchistes et/ou humanitaires deviennent alors la main gauche de l’État qui accueille les migrants après leur avoir empêché l’entrée sur son territoire de la main droite, par sa police. Selon le fameux principe des "pieds secs, pieds mouillés" qui caractérisait la politique migratoire des États-Unis, à l'encontre de Cuba, depuis 1959 : les États-Unis ne délivraient pas de visa à la Havane aux candidats à l'émigration, mais régularisaient les naufragés, lorsqu'ils arrivaient vivants sur les plages de Floride.

Aujourd'hui, en Europe, une situation intolérable sur le plan social et simplement humain se pérennise, faute d'analyse politique consciente, la place de la conscience étant prise par l'émotion.

Pour terminer un dernier point : le droit de l’homme inaliénable, concernant la liberté de circulation, est celui de pouvoir sortir et revenir dans son propre pays ; ce n’est pas celui de pouvoir entrer dans tous les autres pays. La possibilité de fermer son territoire est une condition de la souveraineté d'un État indépendant, et sans souveraineté, il n'y a pas de "droits de l'homme". Ni d'ailleurs de droits sociaux.

La solution à la crise humanitaire ne sera pas l'ouverture des frontières qui n'est pas une option en régime capitaliste : la même opinion que l'on manipule maintenant par sa compassion le sera dans une heure en sens inverse par sa peur du terrorisme, et elle va implorer des frontières partout. La bourgeoisie aime les migrants, à condition qu'ils n'en demandent pas trop, et qu'ils restent des travailleurs clandestins.

Un monde sans frontières est possible, à conditions de dépasser le mode de production capitaliste, et dans les conditions présentes les migrations encouragées par la bourgeoisie mondialisée ont précisément pour but d'empêcher ce dépassement. L'effacement des frontières d'État, dans le contexte capitaliste, aboutit à leur renforcement à l'échelle continentale le long de la ligne de séparation Nord-Sud, et à leur réapparition sous une forme brutale à l'intérieur des villes, entre des quartiers riches clôturés et d'autres transformés en ghettos.

Les frontières d'État ne pourront disparaître dans l'intérêt des peuples qu'avec la fondation d'un mode de production supérieur au capitalisme, à l'issue de l'étape du développement d'économies socialistes, dans des pays différents. En un mot, dans la cité future communiste. Leur disparition prématurée aboutirait à la tyrannie sans limites de l'oligarchie occidentale mondialisée.

11 mars 2018

 

Source

Faut-il soutenir politiquement le droit aux migrations ?
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16 juin 2018 6 16 /06 /juin /2018 05:27

Je propose ci-dessous un article très clair de Benoît Foucambert publié par Initiative Communiste. Ceux qui ne veulent pas comprendre ou qui veulent simplement discuter de la longueur de leurs chaînes (je ne vise personne, surtout pas les Cfdétistes), circulez, y a rien à voir !

 

Appuyé sur la manœuvre de fausse concertation « Programme Action Publique 2022 » (PAP 2022) et ses « chantiers de discussion », qui ne pouvaient tromper que ceux qui voulaient bien l’être, le gouvernement avance à grand pas dans son objectif de destruction de la Fonction Publique et de ses statuts.

 

Action Publique 2002 (AP 2022) : l’euro destruction de la fonction publique En Marche

 

Dans le cadre du chantier « Dialogue social » de la concertation Action Publique 2022, il a présenté le 25 mai aux organisations syndicales représentatives ni plus ni moins qu’un projet de « suppression du paritarisme » afin de faciliter une « déconcentration managériale » de la Fonction publique. Ce projet propose la suppression du paritarisme, l’abolition des CAP en ce qui concerne les mutations et l’avancement, l’élargissement des sanctions disciplinaires sans contrôle des recours, la suppression des CAP par corps.

Ces propositions fracassantes sont le premier étage d’une fusée qui en compte quatre, avec la substitution du recrutement par concours par celui via le contrat (chantier n°2), l’instauration du salaire au mérite (chantier n°3) et enfin la multiplication d’abandons de missions et de privatisations couplées avec un plan de départs volontaires, en réalité un plan d’expulsion de la Fonction publique (chantier n°4).

Ce serait ici l’application à marche forcée dans la Fonction publique de ce qui s’est passé, sur deux décennies, à France Télécom ou à La Poste avec les désastres humains que l’on a connus tant au niveau du service aux usagers que pour les personnels, avec souffrance au travail et suicides.

Sans oublier la fusion des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) dans les Comités techniques, déclinant dans la Fonction Publique les ordonnances Macron permettent dans le privé de liquider les CHSCT en les intégrant aux comités d’entreprise.

Dans le même temps, les menaces se précisent concernant le recrutement local des personnels. Comme l’explique par exemple le ministre de l’Education : “Mon objectif est simple : des établissements avec des équipes unies, partageant un projet éducatif fort. Dans ce cadre, oui, il est logique que le chef d’établissement ait un rôle à jouer en matière de recrutement. Cela se pratique d’ailleurs dans les lycées français à l’étranger et participe à leur rayonnement.”.

Au final, c’est tout bonnement l’architecture générale de la Fonction Publique basée sur les statuts de 1946 qui est menacée d’éradication.

 

Statuts de la fonction publique : qu’est ce que c’est ?

Un statut qui n’est pas né par hasard au sortir de la Seconde Guerre mondiale dans le sillon du CNR, grâce à l’activité du vice-président du Conseil de l’époque, Maurice Thorez (auteur également du statut des mineurs dans le cadre de la nationalisation du sous-sol), et à une forte implication syndicale. Il s’agissait de mettre en place une Fonction publique autour de trois principes :

D’abord, le principe d’égalité avec la règle : c’est par la voie du concours, si possible national et anonyme, à partir d’un niveau de qualification ou de diplôme nationalement reconnu, que l’on entre dans la fonction publique.

Ensuite, le principe d’indépendance du fonctionnaire vis-à-vis du pouvoir politique comme de l’arbitraire administratif que permet le système dit de la « carrière » où le grade, propriété du fonctionnaire, est séparé de l’emploi qui est, lui, à la disposition de l’administration. Cela permet de protéger le fonctionnaire contre l’arbitraire et le régime de faveur, de lui permettre l’exercice de ses fonctions dans le seul intérêt du service, à l’abri de toute pression. Sans cela, aucune indépendance vis-à-vis des pressions des notables locaux, des exigences du patronat, de l’intrusion des cultes ; bref, le statut ne protège pas que le fonctionnaire, en protégeant le fonctionnaire, c’est le public, l’égalité et la liberté de penser de chacun qui sont garantis par l’Etat ;

Enfin, le principe de responsabilité qui confère au fonctionnaire la plénitude des droits des citoyens et reconnaît sa source dans l’article 15 de la Déclaration des droits de 1789, lequel indique que chaque agent public doit rendre compte de son administration ; conception du fonctionnaire-citoyen opposée à celle du fonctionnaire-sujet que Michel Debré définissait ainsi dans les années 1950 : « Le fonctionnaire est un homme de silence, il sert, il travaille et il se tait ». Il n’est pas étonnant par ailleurs que l’exigence d’un statut fort des agents publics ait été portée par le gouvernement issu du CNR, sachant que, sous Vichy, les fonctionnaires sans statut avaient dû cautionner, voire exécuter le pire.

 

 
Défendre la Fonction publique, c'est défendre la République

 

Loi et ordonnances Travail, réforme du lycée, casse du Bac, sélection à l’Université, réforme ferroviaire et attaque contre les statuts de la fonction publique : même bataille

Les annonces récentes confirment s’il en était besoin la volonté du pouvoir de ramener les droits des fonctionnaires des décennies en arrière, comme pour l’ensemble de la jeunesse et des travailleurs de ce pays. Elles s’inscrivent dans les politiques néolibérales imposées depuis des années et s’appuient en particulier sur l’absence de la notion de services publics dans les traités européens. Ceux-ci promeuvent à l’inverse la marchandisation généralisée et les « services au public » à l’anglo-saxonne, pouvant être réalisés par des entreprises privées et/ou par le recours massif aux contractuels directement sous la coupe des pouvoirs locaux. Sur le fond, cette « modernisation » revient même sur des acquis liés à la Révolution française qui avait aboli la marchandisation des charges et offices. Imagine-t-on les horreurs auxquelles peut donner lieu la précarisation générale des fonctionnaires à une époque où la chasse aux migrants est ouverte, où le communautarisme s’étend, où le MEDEF prétend superviser les cours d’économie, où les campagnes médiatiques bousculent quotidiennement l’école, où l’évasion fiscale des très riches est énorme, où les lobbys interfèrent sans cesse avec les administrations ? Voilà la « modernisation » de Macron en forme de retour à l’Ancien Régime, où Macron piétine la loi de séparation laïque en prétendant « réparer » le prétendu « lien » de l’Etat avec la hiérarchie ecclésiastique ?

Dans le même temps, la casse du statut national, le recrutement et le contrôle local accompagne le « Pacte girondin » (sic) voulu par Macron (et le MEDEF) et qui vise à en finir avec le cadre national et l’égalité républicaine pour promouvoir des euro-régions directement connectées sur Bruxelles et Francfort, ayant le droit de recourir à des lois « locales », autrement de mettre en concurrence entre eux les territoires à l’intérieur même de la République et de briser les solidarités nationales. La volonté du Ministre de l’Education nationale d’aller vers des recrutements et des formations des enseignants pensées et organisées au niveau des grandes régions va par exemple tout à fait dans ce sens.

 

Le Régime Macron UE MEDEF veut supprimer les statuts de la fonction publique

Macron l’affirmait pendant la campagne des présidentielles, « les statuts de la FP sont inadaptés ».

Inadaptés à « l’économie de marché ouverte sur le monde où la concurrence libre et non faussée » (Traité de Maastricht) entre les travailleurs, c’est évident et c’est pourquoi le pouvoir avance dans sa marche arrière contre les fonctionnaires en même temps que contre l’ensemble des conquêtes sociales. Bref, une fois de plus, la cohérence macroniste néolibérale se confronte à la cohérence républicaine, humaniste et laïque issue du CNR. On le voit déjà à la SNCF où à l’avenir, un conducteur de train précaire et sans statut ne pourra pas stopper un train pour raison de sécurité sans craindre pour son emploi ! Et ne parlons pas des agents EDF dont le statut protecteur est aussi une protection pour tous les Français dans le cas où une anomalie grave dans le fonctionnement d’une centrale nucléaire serait constatée par lui : qu’en sera-t-il demain si ce statut est mis en extinction et que des travailleurs précaires doivent gérer ces anomalies sous la pression de la hiérarchie acquise à la rentabilité capitaliste (comme ce fut le cas à Fukushima, voire à Tchernobyl, où la dé-planification de l’économie a joué un rôle énorme dans la baisse des conditions de sécurité) ?

Adaptés en revanche aux besoins de la population, aux exigences de la société d’aujourd’hui et de demain pour faire avancer l’égalité, la solidarité, les logiques non-marchandes, l’intérêt national, le souci de la sécurité et de l’environnement, c’est aussi une évidence et c’est pourquoi il est si important de défendre la Fonction Publique, ses statuts et ses agents.

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 05:42

 

 

 

L’effondrement n’est plus une théorie, mais un constat. Il suffit d’observer la situation un peu partout dans le monde occidental pour s’en persuader. Cas exemplaire : la France où le chaos de la décomposition s’amplifie.

 

  • Un effondrement économique

La France 5e (ou 6e) puissance économique mondiale ? Allons donc, le PIB français est constitué en grande partie grâce à des sociétés qui ne paient plus d’impôts en France, dont les activités sont largement délocalisées, qui sont hors du contrôle des instances politiques, qui n’investissent plus rien en France.

La fameuse “reprise” dont certains avaient cru devoir faire grand cas n’a évidemment été qu’un feu de paille conjoncturel. Déjà en ce premier trimestre 2018, la croissance est presque revenue au point zéro (+0,2%). Et vous pouvez d’ores et déjà parier sur un retour prochain de la récession. Comment voulez-vous faire de la croissance avec des revenus en baisse généralisée (dépenses privées de consommation qui chutent), des coupes sombres budgétaires partout (les fameuses “dépenses publiques” qu’ils veulent réduire à coup d’austérité)…

 

  • Un effondrement financier

… et du fric qui va se planquer (et mourir) dans les paradis fiscaux ! En 2017, les actionnaires confisquaient deux tiers des bénéfices (deux fois plus qu’en 2000), pour seulement 27,3% consacrés au réinvestissement et 5,3% en “part du pauvre” (les salariés). Il est clair depuis longtemps que la préoccupation des actionnaires n’est plus d’alimenter la machine économique, mais de la dépecer de ce qui lui reste.

Attitude totalement suicidaire puisque l’argent ne vaut que par la santé des économies et du système monétaire mondial – la France, sous régime sec de l’euro, n’a précisément plus de système monétaire ! Que ces deux pans de la muraille capitaliste s’écroulent (regarder comme l’étalon-dollar est aujourd’hui sur le reculoir) et leur fric ne sera plus qu’une suite de chiffres morts sur des logiciels comptables vérolés. Rappelez-vous ce qu’il advint de l’argent des Russes blancs lors de la révolution de 1917 : de la poussière.

 

  • Un effondrement social

Le chaos social par ordonnances ! On n’en finit plus d'énumérer les exemples du dépeçage du modèle social français par le régime Macron (et prédécesseurs). Plus l’effondrement du système approche, plus le rythme de la casse sociale accélère et le précipite : chômage endémique que la précarisation du salariat ne parvient pas à enrayer, services publics promis au démantèlement en règle, hôpitaux en plein marasme, torpillage des transports publics, éducation désarticulée, peinant à recruter des enseignants dégoûtés d’avance, classes populaires (salariés, retraités, handicapés, précaires en tout genre…) rongées par les taxes et la suppression des aides sociales… Et pour finir la multiplication d’actes de désespoir comme les suicides au travail ou la dramatique grève de la faim à l’hôpital psychiatrique de Saint-Étienne du Rouvray.

 

Le point sur l'effondrement : la France en pleine tourmente

 

  • Un effondrement politique

Et il va de soi que ce ne sont pas les dépeceurs du régime Macron qui vont redresser la barre, bien au contraire. D’ailleurs, Macron n’est qu’une coquille vide, le pitoyable homme de main des technocrates fous de Bruxelles et des financiers, juste un petit con ridicule jouant au monarque d’opérette devant sa cour médiatique déliquescente et revancharde. Allez-y, osez me dire qu’il n’y a pas dans cet affligeant spectacle présidentiel, ministériel, mais aussi parlementaire, tous les symptômes de la dégénérescence politique.

Soit la France insoumise précipite la rupture, soit la rupture se précipitera toute seule à nos dépens.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas pour l’heure d’alternative envisageable, je veux dire par voix démocratique. Je ne parle évidemment pas des populistes de droite qui s’accrochent à des valeurs faisandées d’autrefois et témoignent surtout de la confusion morale et psychologique qui règne dans le pays.

Mais, hélas, pas d’alternative à gauche non plus, d’abord parce que la présidentielle de 2022 est loin, ensuite parce qu’il tombe sous le sens que les rapaces du capitalisme mondial n’ont absolument nulle intention de le permettre (cf. le Mélenchon bashing qui va désormais jusqu’à des menaces de mort physique), enfin parce que la gauche (je parle ici de la seule gauche rescapée, la France insoumise) n’a pas encore suffisamment fait le deuil du monde d’avant. On le voit bien à travers son illusoire plan A pour une refondation de l’UE par l’intérieur. On le voit aussi par son addiction persistante à certains critères périmés du vieux monde d’avant : la croissance (même écologique, c’est de la croissance), l’émancipation par le plein emploi (alors que le travail est naturellement en régression et n’a d’ailleurs jamais été l’objectif premier de l’activité économique).

… Le temps n’est plus de sauver les acquis d’une époque révolue, mais de participer à l’avènement de nouveaux conquis : nouveaux statuts de la nouvelle fonction publique, nouveau Code du travail et du temps de loisir, reconfiguration de la Retraite par répartition…

C’est dans cette optique que je persiste à soutenir la France insoumise. Mais aussi bien sûr parce qu’elle dispose déjà d’une base de mesures concrètes à travers son programme, L’Avenir en commun. Malgré ses lacunes et quelques mesures à côté de la plaque (sur l’UE), LAEC est un excellent support post-effondrement.

Mais si la France insoumise persiste à refuser de prendre la rupture politique à son compte immédiatement, à attendre des institutions pourries et corrompues de la Ve République qu’elles lui permettent d’accéder au pouvoir, eh bien, c’est la rupture qui se précipitera toute seule et dans des conditions beaucoup plus déplaisantes et plus difficilement maîtrisables.

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 05:42

 

 

Pour des raisons que mes lecteurs connaissent désormais plutôt bien, je m’intéresse de plus en plus au monde de la natation de compétition. J’ai été récemment interpellé par un article de L’Équipe sur la manière dont les autorités sportives françaises préparent les conditions matérielles des épreuves de natation pour les JO de 2024. Par delà l’anecdote – une anecdote à des centaines de millions d’euros, d’accord, le problème soulevé est typique des dérives de la France macronienne : des économies partout sauf pour les actionnaires, des décisions “ jupitériennes ” venant d’en-haut, sans concertation, dan un déni de démocratie.

 

On a ainsi appris que la piscine des JO serait semi-démontable, ce qui a surpris et courroucé la Fédération française de natation. On a également appris que le centre aquatique des Jeux Olympiques de Paris en 2024, construit à Saint-Denis, serait semi-démontable, ne comporterait que deux bassins et accueillerait la natation et le water-polo. Les épreuves de water-polo ne se dérouleraient donc plus à La Courneuve.

 

Les responsables des fédérations ont découvert cela en lisant les journaux. Des rumeurs, certes, couraient depuis quelques temps, mais rien d’officiel, rien en tout cas pour inciter ces responsables à imaginer des positions de repli.

 

Aux JO de Rio, il y avait pour toutes les disciplines sept bassins de 50 mètres et un bassin de 25 mètres. Dans le 9-3, nageurs, poloistes et autres plongeurs devront se partager un seul bassin, pour les compétitions et pour les périodes d’échauffement (qui sont longues, dans ces disciplines).

 

Je vous fiche mon billet que si les JO avaient été organisé dans le 9-2, on se serait concertés entre gens du même monde et on aurait pas pensé les épreuves de natation de manière aussi petite.

 

JO de Paris 2024 : des JO au rabais ?

 

Photo de Pixel BK d'une nageuse (mais qui donc ?) qui s'entraîne à devenir minuscule dans le bassin où 2 000 nageurs vont s'échauffer en même temps. Elle nage ce week end à Limassol (ah, ah, vous ne savez pas où c'est !).

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 04:38

Un très bon article de Pierre Marissal, Loan Nguyen et Lola Ruscio faisait récemment le point sur la question :

 

 

La marche forcée vers la privatisation des services publics depuis bientôt trente ans a signé la fin des investissements, la hausse des prix, la dégradation des prestations. Les effectifs ont drastiquement baissé et les conditions de travail se sont détériorées… 

 

 

«Je dis aux syndicats : n’ayez pas de craintes illégitimes, la SNCF restera publique, ce sera dans la loi et les cheminots resteront cheminots », a encore une fois promis Emmanuel Macron lors de son passage au JT de 13 heures de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1. Sauf que les syndicats n’ont pas la mémoire courte. Ils se souviennent de Paul Quilès, qui disait à propos de France Télécom en 1990 : « Le service public est notre bien commun, tout idée de privatisation est totalement étrangère à ma démarche et celle du premier ministre. » Et de Nicolas Sarkozy, promettant en 2004 qu’« EDF-GDF ne sera pas privatisé ». Ou encore de Christine Lagarde, qui jurait en juillet 2008 que « La Poste restera, et ce n’est pas négociable, une entreprise publique ». Chaque fois, le schéma est le même. Ouverture du secteur à la concurrence, ouverture du capital du service public, transformé en société anonyme, et désengagement progressif de l’État jusqu’à la privatisation complète.

 

 

1 Des prix en hausse et un service rendu en baisse

 

 

« Depuis 2004 et l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, et le passage de GRDF en société anonyme, le prix du gaz a augmenté de 70 % pour tous les Français et de 30 % pour l’électricité. Résultat, aujourd’hui, 12 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique », assure Cédric Liechti, secrétaire général de la CGT énergie à Paris. « Sur les 25 dernières années, la part de la facture des télécoms dans le budget des ménages est passée de 3 % à 6 % », confirme Thierry Franchi, délégué syndical central (DSC) adjoint CGT chez Orange. Autre exemple, si les autoroutes n’ont jamais été des infrastructures publiques à 100 %, mais des sociétés d’économie mixte, la privatisation totale des concessions en 2006 a entraîné une hausse des tarifs de plus de 20 % en douze ans. Vinci et Eiffage se sont partagé le gros du gâteau.

 

 

Les pratiques commerciales ont été bousculées. Engie, par exemple, est en contrat avec Darty, l’enseigne d’électroménager proposant des prestations de l’énergéticien – d’autant que toutes les anciennes boutiques EDF-GDF auront fermé fin 2019. 

 

 

2 Moins d’emplois et un travail dégradé

 

 

« Pour faire partir les gens, la direction de France Télécom utilisait le même graphique que les médecins qui traitent des patients incurables, celui où la phase de désespoir précède l’acceptation de son sort, se souvient Thierry Franchi. C’était terrible, on faisait des minutes de silence à chaque comité d’entreprise pour les collègues suicidés. » Si, depuis 1990, les gouvernements successifs ont promis que l’ouverture à la concurrence allait favoriser l’emploi, c’est tout l’inverse qui s’est produit. « La direction disait aux managers : il faut que tu fasses partir ton équipe, mais on te prévient, tu es aussi sur la liste ! » raconte le DSC adjoint CGT d’Orange. En quinze ans, l’entreprise a perdu plus de 84 000 fonctionnaires, beaucoup sont partis car ils ne se reconnaissaient plus dans le service public qu’ils avaient connu. Le secteur a détruit plus de 70 000 emplois. La Poste aussi fait la chasse aux moindres coûts. Le deuxième employeur public de France (224 000 salariés) a supprimé en dix ans 100 000 postes, selon les syndicats. « Son objectif n’est plus de servir la population, mais de servir au maximum ses profits en réduisant les coûts », dénonce Nicolas Galépides, secrétaire général de SUD PTT. 

 

 

Le changement de statut des entreprises crée en outre un véritable dumping social en leur sein, où plusieurs conventions collectives cohabitent. Chez Orange, il n’y aura plus de fonctionnaires en 2025. Il n’y a plus que 10 % de statutaires chez Engie. La grande tendance est de recruter à travers des filiales, pour ne pas se voir soumis aux conventions collectives de branche jugées encore trop favorables aux employés…

 

 

Avec la fermeture des lieux d’accueil physiques, les centres d’appels et plateformes téléphoniques prennent une place prépondérante. Chez Engie, 95 % de ses plateformes sont sous-traitées, pour la majorité au Maroc et à Madagascar, et plus récemment au Sénégal et en Côte d’Ivoire. « On se retrouve avec des gens exploités dans des pays à bas coût qui vont gérer des factures d’abonnés en France. On est au bout de ce système », déplore Cédric Liechti.

 

 

3 Baisse de la Qualité des réseaux et de la sécurité

 

 

La réduction des effectifs liée à la privatisation a d’énormes conséquences sur la qualité des réseaux. « Avant 2000, les plans d’alerte en cas de gros incident de gaz comme des coupures du réseau, cela n’existait pas, à part ceux que l’on déclenchait en exercices de simulation. Aujourd’hui, à Paris, on en a trois ou quatre par an. Le réseau est pourri à cause du sous-investissement », explique Cédric Liechti. Les fuites de gaz sont désormais assignées en trois catégories, selon leur urgence présumée… 30 000 kilomètres de conduites de gaz en fonte grise datant des années 1950 devaient être remplacés dans les dix ans, s’étaient engagés les dirigeants du service public dans les années 1990. Sauf que la privatisation est passée par là entre-temps. Depuis, il y a eu plus de vingt morts. « Ils savaient que c’était dangereux, mais une grosse partie de l’argent est allée à l’actionnariat et pas à la rénovation du réseau », poursuit le syndicaliste gazier.

 

 

Après une tempête, tous les énergéticiens du territoire français sont mobilisés. « Demain, avec l’ouverture à la concurrence, si c’est Bouygues Énergie qui gère le réseau sur la zone sinistrée, pourquoi les salariés de Total Énergie iraient aider leurs concurrents ? C’est aussi ce qui attend la SNCF », prévient Cédric Liechti.

 

 

La sécurité des travailleurs pose aussi question. Les accidents graves se multiplient sur les réseaux d’électricité et de gaz. « Des techniciens disent qu’ils craignent d’aller travailler pour leur sécurité », assure Cédric Liechti. Et si les chiffres des blessés du travail ont diminué chez Orange, c’est que 95 % des interventions sur le réseau sont sous-traitées.

 

 

4 La financiarisation contre l’investissement

 

 

« Cette année, Enedis a remonté 659 millions d’euros à EDF, c’est 83 % de son résultat net qui part en dividendes pour les actionnaires de la maison mère », explique le secrétaire général de la CGT énergie de Paris. Pour maintenir son taux de marge supérieur à 14 %, la filiale emprunte à EDF, avec des taux d’intérêt. « C’est absurde, on crée de la dette, et après la maison mère explique : vous êtes trop endettés, on fait un plan social », déplore Cédric Liechti, alors que plus de 2 000 nouveaux emplois sont sur la sellette. GRDF a de son côté rapporté 550 millions d’euros à Engie. En près de quinze ans, l’ancien service public de l’énergie a reversé 60 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires. Des milliards qui ne sont pas allés dans le renouvellement du réseau, ni dans la recherche sur les énergies alternatives et renouvelables.

 

 

La même logique financière prévaut chez Orange. « Résultat, on prend un retard phénoménal sur l’installation de la fibre optique, le plan très haut débit est repoussé d’année en année », explique Thierry Franchi. Ce technicien a été embauché chez France Télécom à la fin des années 1970, lorsqu’un investissement massif a été consenti pour raccorder tout le territoire, sans exception, au réseau cuivre. Ce qui n’est plus possible avec la privatisation. « On est à la remorque dans le domaine de la recherche, aussi. On avait inventé la fibre optique, la commutation asynchrone, la tablette tactile… Aujourd’hui, plus rien, déplore-t-il. Avec Alcatel et Sagem, le service public entretenait un tissu industriel florissant, qui s’est effondré. J’ai peur qu’il n’arrive la même chose à Alstom sans le soutien d’un acteur public comme la SNCF », conclut le DSC CGT d’Orange.

 

Source (L'Humanité)

 

Libéralisations. Les grands mensonges de l’ouverture à la concurrence
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10 juin 2018 7 10 /06 /juin /2018 05:32

Ci-dessous un texte du Collectif contre les nuisances aériennes de l'agglomération de Toulouse. Pour l'anecdote, j'ai vécu plusieurs années dans le couloir fatidique. Lorsque les très gros porteurs de chez Airbus ou Boeing décollaient dans le sens ouest-est, c'était insupportable, même fenêtres fermées.

 

Suite au Conseil de surveillance de l’aéroport de ce mercredi 30 mai, les citoyens s’interrogent.

 

L’augmentation catastrophique du bruit dû au trafic aérien sur l’Ouest toulousain pose question. Notre étude ci-dessous montre que des quartiers jusqu’ici épargnés (situés en dehors du Plan de Gêne Sonore) subissent undoublement du bruit … et ceci de jour comme de nuit.

 

Le « Coeur de Nuit », invention toulousaine censée préserver un temps de repos minimal, n’a permis que la protection des intérêts économiques qui ont pu développer sans contrainte les vols sur la période 22h-minuit ou 6h-7h. Le « Coeur de Nuit » qui recouvre la période minuit-6h a été mis en place à partir de 2010. Il limite l’accès aux avions ayant une meilleure efficacité sonore – pas aux avions les moins bruyants – la courbe dépendant de la masse de l’avion. Depuis janvier 2018 la norme de qualification sonore des avions s’est durcie … mais pas le critère de coeur de nuit.

 

En 2017 par rapport à 2016, sur l’aéroport de Toulouse Blagnac, l’augmentation du nombre de mouvements (chiffres du bulletin environnemental 2017 de l’aéroport) est de :

 

• 12.8% pour les vols de nuit

• 15.5% pour les vols entre 22h et minuit

 

Depuis plusieurs années, le lobby prétend que les progrès techniques «effacent » l’augmentation du trafic, que la taille des avions qui n’a cessé de grossir est sans effet sur le bruit, que ce sont les habitants qui viennent « s’entasser » sous le couloir aérien … les mesures démontrent que ce n’est pas le cas.

 

L’Etat et la Métropole ont-ils aussi abandonné ce secteur très urbanisé au profit du développement sans contrôle de l’aéroport ? 

 

Les habitants s’interrogent : « Où sont les élus ? ». Alors que Toulouse Métropole bloque depuis plusieurs années l’installation d’un système de contrôle du bruit indépendant et refuse d’aborder le sujet en Commissions de quartier, les habitants voient leurs conditions de vie se dégrader et la valeur de leurs logements décliner.

 

Qui peut vivre avec des avions qui peuvent passer à 80dB au-dessus des habitations en pleine nuit (A380 le 12/04 à 1heure 40 du matin) ?

 

L’isolation phonique a ses limites quand l’été avec des températures atteignant 40° en journée, il n’est pas possible d’aérer les logements même la nuit.

 

L’Ouest toulousain n’est pas à vendre ou à troquer contre des investissements.

 

Alors que l’aéroport distribue la totalité de ses dividendes (49.9% à l’actionnaire principal, mais le reste partagé entre la Métropole, la CCI, le Conseil Départemental, le Conseil Régional et l’Etat), il est temps d’agir pour maîtriser le trafic aérien le jour et fermer l’aéroport la nuit.

 

Contacts : Chantal Beer-Demander 06 25 43 22 33

Jérôme Favrel 07 67 35 58 14

CCNAAT 32 avenue Lamartine 31100 Toulouse 06 25 43 22 33

Site : ccnaat.fr Mel : ufcna.ccnaat@gmail.com

 

 

L’ouest toulousain a-t-il été vendu avec l’aéroport ?
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9 juin 2018 6 09 /06 /juin /2018 05:34

Il reste encore du travail pour flanquer par terre toute la législation sociale de notre beau pays, pardon, de notre belle start-up.

 

Á noter, même si cela me navre, que Pétain lui-même accorda des droits sociaux aux Français.

Allez, le banquier, au boulot !
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5 juin 2018 2 05 /06 /juin /2018 05:30

 

Il y a sûrement quelque chose de très freudien chez notre banquier. Ce qui n’a rien d’exceptionnel, après tout. Ainsi, il ne faut jamais oublier que ce fils et petit-fils de fonctionnaires, lui-même ancien haut fonctionnaire, a démissionné avec fierté de la Fonction publique. Il s’apprête, incessamment sous peu et peut-être même avant, à mettre en pièce le statut de cette même FP. Avec, on peut le parier, une vraie jouissance qui n’aura d’égale que l’incapacité des agents de l’État à se mobiliser avec une énergie comparable à celle des cheminots dans la lutte.

 

Pour le moment, et depuis quelques temps, c’est – avec grand courage – aux handicapés qu’il s’en prend. Avec l’aide de sa cohorte de godillots à l’Assemblée nationale. Le 1et juin 2018, les députés ont adopté un volet important de la loi ELAN (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique), à savoir la diminution du quota obligatoire de logements neufs accessibles aux handicapés, qui passe de 100% à ... 10%. Le banquier au regard bleu glacé et glaçant n’y va jamais de main morte, en particulier lorsque la résistance est faible. Le processus enclenché par Macron en septembre 2017, qui annonçait vouloir réduire les « normes qui relèvent de très bons sentiments », est parachevé.

Je cite Marianne : « Le raisonnement du gouvernement est simple : jusqu'à présent, tout nouveau logement devait être construit de manière à être accessible aux handicapés. D'après l'exécutif, cette réglementation dissuadait les promoteurs de construire, et faisait partie des causes de la crise du logement en France. L'idée est donc de substituer à “ l'accessibilité ”, considérée comme dogmatique et peu flexible, la notion “ d'adaptabilité ” : 10% seulement des nouveaux logements devront être aux normes handicapés mais les 90% restants seront censés être “ évolutifs ” et pouvoir être rendus accessibles grâce à des travaux simples. »

En l’affaire, l’objectif prioritaire du banquier est de faire plaisir à ses amis les promoteurs immobiliers, qui ont l’oreille des parlementaires. S’il avait pu leur faire plaisir en sens inverse, il ne se serait pas gêné. Le combat des handicapés n’est pas totalement perdu car cette loi ELAN est contraire à la convention internationale des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par la France, qui proclame le droit à choisir librement son lieu de vie. Jacques Toubon, le Défenseur des droits, est sur la même ligne qui estime que cette politique est « totalement contraire au droit car susceptible de remettre en cause l'accessibilité universelle ».

On nous a dit et répété que, s’il est une personne qui avait beaucoup compté dans la jeunesse du banquier, c’est sa grand-mère Manette. Un pur produit de l’école de la République. Or “ Manette ” a terminé sa carrière comme directrice d’un des tout premiers collèges d’enseignements secondaires de France (peut-être même le premier) ayant scolarisé des handicapés moteurs (dont certains vraiment lourds) en milieu “ normal ”. L’expérience fut totalement concluante, et pour les handicapés, et pour les non handicapés. Je parierais même qu’elle fit faire des économies à l’Éducation nationale. Cela se passait sous le banquier Pompidou, donc avant la naissance du futur prodige de la finance. Les employés de Rothschild du XXIe siècle sont  beaucoup plus féroces que ceux du XXe siècle…

 

Le banquier et les handicapés
Le banquier et les handicapés
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