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17 octobre 2017 2 17 /10 /octobre /2017 05:34

Ci-dessous un article du blogger québécois Robert Bibeau, éditeur du webmagazine http://www.les7duquebec.com

 

L’évanescente classe « moyenne »

 

Depuis des années nous répudions le concept de « classe moyenne » que les bobos de la go-gauche affectionnent particulièrement effrayés d’être associés à la classe prolétarienne. « Moyenne » de quoi en termes de rôle social ? Exploitée moyennement serait-elle? Dans quel mode de production peut-on être « moyen », et moyen de quoi ? Ce concept (fondé sur le revenu des individus) provient de l’école de sociologie de Chicago et fut élaboré au cours des trente années d’expansion impérialiste (1945-1975). Cette idée visait à discréditer le concept de classe sociale antagoniste, et à désarmer la classe ouvrière en niant son existence et sa mission historique. Voici que la prolétarisation de la petite-bourgeoisie s’accélérant, le bobo renie son appartenance de classe « moyenne » (sic) et reconnait sa paupérisation, sa détresse sociale, ses conditions précaires, vivant parfois des aides de l’État « providence » qu’il adule tellement.

 

 

Un sondage pour tracer le contour de la classe moyenne.

« Un sondage laisse croire que la bataille politique constante pour le soutien de la classe moyenne au Canada se déroule sur un territoire de moins en moins étendu.  Un sondage Ekos-La Presse canadienne mené auprès de 4839 Canadiens indique que la proportion de personnes qui s’identifient à la classe ouvrière se situe à 37 pour cent, tandis que 43 pour cent des participants estiment faire partie de la classe moyenne ».

 

Ils le croient, mais ne savent pas pourquoi sinon que leur salaire leur semble moyen et moyennement stagnant.

« Il s’agit du niveau le plus bas depuis 2002, a indiqué Ekos. Au début du siècle, environ 70 pour cent des Canadiens se définissaient sous les termes de la « classe moyenne ». Durant la même période, la proportion de gens estimant faire partie de la classe ouvrière a presque doublé. »

« Doublé » dit le texte, soit les mêmes proportions que l’augmentation de la paupérisation de la petite-bourgeoisie, victime de la crise économique systémique et permanente comme l’indique cet article :  http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/les-banques-centrales-detiennent-le-tiers-des-obligations/.

« Ces identifications ne concernent pas seulement les finances personnelles, souligne le président d’Ekos, Frank Graves. Elles touchent aussi à la perception des gens quant à leur bien-être, leurs liens émotifs et leur sentiment général sur leur qualité de vie. »

Autant de variables dépendantes qui reflètent directement les variables revenu et condition de travail dans l’économie générale.

« M. Graves soutient qu’il ne s’agit pas uniquement d’un débat économique. «Si nous voyons vraiment des gens quitter la classe moyenne, alors nous aurons une société moins saine et moins heureuse à un certain moment dans l’avenir», estime-t-il ».

 

En effet, le segment de la classe ouvrière qui obtenait de bons salaires et la classe petite-bourgeoise qui bénéficiait d’un revenu moyen dans les services publics s’anémiant et se prolétarisant sous les effets de la crise, la résistance de classe risque de s’envenimer, voilà ce que le sondeur voulait découvrir et signaler à ses patrons, signifiant ainsi que la « classe moyenne » a un rôle social de contrôle conflictuel.

 

Le populisme comme exutoire de la révolte populaire

 

Vient enfin la deuxième partie de l’article, l’objectif véridique de cette enquête sociologique. Sous le mode de production capitaliste, où toutes les instances (politique, économique, idéologique et médiatique) sont sous le contrôle du grand capital hégémonique, le but d’un sondage est triple ;

 

1) d’une part, prendre le pouls de la populace, savoir si elle a bien reçu et perçu la propagande que les médias à la solde des riches lui assènent quotidiennement.

 

2) D’autre part, mesurer le niveau de résistance parmi les classes sociales les plus malmenées (ici, la petite-bourgeoisie en voie de prolétarisation-paupérisation).

 

3) Enfin, un tel sondage vise à inculquer l’orientation – le formatage de la pensée unique – que les médias ressassent inlassablement au service de leurs propriétaires milliardaires. Voici le message que ce sondage voulait propager…

 

Montée du populisme

 

« Les questions ont été posées dans le cadre des efforts de La Presse canadienne et d’Ekos pour évaluer si les éléments ayant mené au bouleversement du statuquo politique aux États-Unis et ailleurs ces dernières années sont présents au Canada. Ce sondage laisse croire qu’ils sont bien présents ». «Ce n’est pas comme si les gens sortent de la classe moyenne et accèdent à la classe supérieure», dit M. Graves. Ils glissent vers l’arrière et je crois que les indices sont assez clairs que cela est probablement la principale source de la montée du populisme et de toutes les choses désagréables qui y sont reliées», soutient-il.  Ekos a questionné les Canadiens sur leurs perspectives financières à court et à moyen terme, et seulement une minorité de Canadiens s’attendent à une amélioration de la situation.  Lorsqu’un échantillon un peu plus grand de 2443 personnes a été appelé à évaluer la qualité de vie de la prochaine génération, 13 pour cent des gens seulement ont dit croire qu’elle serait dans une meilleure posture, tandis que 56 pour cent entrevoyaient une détérioration de la situation.  Toutefois, les perceptions sur l’économie dans ce genre de coup de sonde tendent à être en décalage avec la réalité, souligne M. Graves » (2).

 


 

La classe moyenne s'étiole et disparaît tandis que le prolétariat réapparaît !

 

Percevez-vous le message subliminal que contient cette partie du rapport ? Le voici : « Votre situation économique se dégrade, vous en éprouvez de la frustration, on vous comprend, et nous allons vous présenter les responsables de vos malheurs : ce sont les fainéants, les paresseux, les immigrants, les tricheurs de l’assistance sociale, les chômeurs, les pauvres et les grévistes qui vous entourent et qui refusent de comprendre que l’État démocratique ne peut rien faire – il est endetté par votre faute à cause de sa générosité qui doit être stoppée si vous souhaitez recouvrer votre ancien statut social ». Voilà comment ils ont construit les partis fascistes dans les années trente et comment ils espèrent refaire leur mobilisation réactionnaire cette fois encore sous le nom de « populisme », « d’extrémisme », de « suprémacistes », de gauche comme de droite, mais le prolétariat ne sera pas au rendez-vous cette fois.

 

 

Évidemment que ce discours alambiqué mystifie la réalité et surtout les causes véritables de la misère et de la détresse sociale généralisée (aux États-Unis, en premier, puis partout en Occident par la suite). Ce discours de propagande veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Un principe simple pour comprendre ce laïus mensonger, observez que « Qui paie dirige l’orchestre et est responsable de sa partition ». Le grand capital contrôle tout dans le mode de production capitaliste (ce n’est pas l’argent qui mène le monde. C’est bien le grand capital qui mène le monde) c’est donc au grand capital international qu’il faut s’en prendre pour stopper notre misère grandissante et mettre l’économie prolétarienne collective sur les rails. Ne comptez pas sur Ekos ni sur La Presse canadienne pour vous dévoiler cette vérité (3). Avez-vous les moyens de faire partie de la classe moyenne des bobos ?

 

 

 

NOTES

 

  1. Source:  Presse canadienne http://www.msn.com/fr-ca/actualites/quebec-canada/moins-de-gens-sidentifient-à-la-classe-moyenne/ar-AAtcf6Z?li=AAgh0dy&ocid=mailsignout.  « Le sondage par téléphone a été mené entre le 15 septembre et le 1er octobre, et a une marge d’erreur de plus ou moins 1,4 point de pourcentage, 19 fois sur 20 ».
  2. Les plus récentes données de Statistique Canada sur la croissance de l’emploi montrent des gains sur dix mois consécutifs, la série la plus longue depuis 2008. Le salaire moyen à l’heure a augmenté à un rythme de 2,2 pour cent, supérieur à l’inflation, la plus forte croissance depuis avril.

3- 2016

 

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14 octobre 2017 6 14 /10 /octobre /2017 05:40

 

 

Pour l’hyper bourgeoisie mondiale et les États-Unis en tant que puissance impériale, si la Pologne d’aujourd’hui n’existait pas, il faudrait l’inventer.

 

 

Le peuple polonais est peut-être celui de l’UE le plus docile dans l’acceptation des desiderata du capitalisme financier. Pas le moindre frémissement de révolte depuis la chute du mur de Berlin.

 

 

Cela dit, ce pays est situé aux portes d’une zone de tension, près de l’Ukraine, dont on peut se demander tous les matins si elle ne va pas se lancer dans une guerre contre la Russie, appuyée par les États-Unis. Le peuple polonais a en mémoire les exactions commises durant la Seconde Guerre mondiale par l’Armée insurrectionnelle ukrainienne qui massacra en 1943 50 000 Polonais dont beaucoup de femmes et d’enfants. Ceci explique en partie pourquoi l’élection présidentielle de 2015 vit la victoire d’Andrzej Duda, du parti conservateur PiS (Droit et Justice), face au président sortant Komorowski. Dans la foulée, le parti Droit et Justice obtiendra la majorité absolue aux élections législatives. Selon les sondages, ce parti a élargi sa base populaire depuis les élections. On note que les Polonais sont opposés à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE « tant que les héritiers du nationaliste antisémite Stephen Bandera seront au pouvoir. »

 

 

La Pologne est l’enfant prodige de l’OTAN. En juin 2016, l’exercice de l'OTAN Anaconda fut vécu par l’armée polonaise comme « l’événement militaire le plus important de l’histoire moderne du pays ». 27 000 soldats de 22 pays furent impliqués, dont 13 000 de Pologne et des 10 000 des États-Unis. Dans le cadre de l’opération Swift Response (Opération rapide), des troupes étasuniennes furent débarqués sur les terrains militaires polonais prés de Toruń et d'Olsztyn (nord et nord-est de la Pologne) et accomplirent divers objectifs au sein de la Pologne et des pays voisins. Dans le même mouvement eut lieu un autre exercice international : Saber Strike (Coup de sabre ; saber : orthographe étasunienne comme il se doit). Il s’agissait de déplacer du matériel et des soldats dans les pays baltes, en Roumanie et en Bulgarie, d’ouest en est. Si les Russes ne se sont pas sentis visés, c’est qu’ils étaient aveugles ! 4 000 soldats étasuniens sont désormais installés en permanence sur le sol polonais.

 

 

Le PiS prône actuellement une bonne entente avec la Russie et adhère pleinement à l’idéologie et aux pratiques du capitalisme, avec quelques corrections à la marge. Cela dit, dans le domaine social, le gouvernement a pris récemment une importante mesure progressiste : l’allocation familiale 500+ (500 semble être un chiffre magique puisqu’on le retrouve au Québec et Grande Bretagne). Il s’agit pour les Polonais de 500 zlotys, une vraie somme en euros (120) dans un pays où le salaire minimum est de 300 euros. Toutes les familles, y compris monoparentales, de deux enfants, y ont droit. Par ailleurs, les Polonais peuvent partir à la retraite à l’âge de 65 ans (au lieu de 67) et les Polonaises 60 ans. Ce, à rebours de toutes les mesures d’allongement de la durée du travail prises dans le reste de l’Europe. Le gouvernement a par ailleurs décidé la gratuité des médicaments pour les retraités et l’arrêt de la privatisation des logements nationalisés à l’époque de la Pologne communiste. Concomitamment, le gouvernement polonais a refusé que l’on touche au statut des travailleurs détachés malgré les pressions exercés par le Président de la République française récemment.

 

 

Où en est la Pologne aujourd’hui ?

 

Un autre combat d’importance est mené, par les femmes en particulier : le droit absolu à l’avortement. Celui-ci n’est autorisé depuis 1993 que dans trois cas : grossesse résultant d'un acte illégal (viol), risque pour la vie ou la santé de la femme enceinte, malformation grave du fœtus. Mais comme de nombreux médecins y sont opposés, il est difficile aux femmes qui le souhaitent de faire valoir leur droit à l’avortement, le nombre d’IVG pratiquées chaque année dans le cadre légal étant réduits à quelques centaines. En 1994 et 1996, le parlement  vota à deux reprises une loi libéralisant l'avortement. Mais le président de la république Lech Wałęsa opposa son véto en 1994, et le texte fut rejeté par le Tribunal constitutionnel en 1996.

 

 

Selon un projet de loi présenté du 23 septembre 2016, toute femme qui avorterait ou toute personne qui pratiquerait un avortement (médecin, infirmier) serait passible d’une peine de cinq ans de prison. L'IVG restait autorisée uniquement en cas de menace pour la vie de la mère est en danger, ce qui ferait alors de la Pologne le pays le plus restrictif avec Chypre et Malte. La proposition d'initiative citoyenne déposée par le comité “ Stop Avortement ” se heurta cependant à une forte mobilisation populaire. Le 3 octobre, 100 000 « femmes en grève » se sont ainsi réunies à travers tout le pays, vêtues de noir, pour demander l'abandon de ce projet. Le PiS changea son fusil d’épaule et vota contre l’interdiction totale de l’avortement, donc de la pénalisation en justice des femmes.

 

 

La gauche polonaise fait l’objet d’une répression très dure. La tendance est actuellement de présenter ceux qui ont combattu l’Armée rouge comme des héros, tandis qu'il n’est pas possible de présenter dans un écrit la Pologne communiste sous un jour favorable. Les communistes polonais de l’après Deuxième Guerre mondiale sont qualifiés d’« occupants ». L’action de l’armée de l’intérieur (Armia Krajowa), le plus important mouvement de résistance sous l’occupation nazie, est minimisée. En revanche, les bataillons néonazis ukrainiens anti-russes du Pravy Sektor (secteur droit) sont qualifiés de « héros nationaux ». Des monuments de l’armée rouge sont détruits. Venu de la droite nationaliste, Mateusz Piskorski a fondé en 2015 le parti Zmiana (le changement), clairement socialiste et anti-impérialiste. En mai 2016, juste avant le sommet de l’OTAN, il fut incarcéré pour avoir coopéré, contre émoluments, avec les services secrets russes.

 

 

Pour l’instant, le gouvernement polonais jouit d’une forte popularité. Ses diatribes populistes portent : « Comme si le monde ne devait automatiquement aller que dans un seul sens, selon un modèle marxiste – un nouveau mélange de cultures et de races, un monde de cyclistes et de végétariens, qui ne mise que sur les énergies renouvelables et combat toute forme de religion. Tout cela n’a rien à voir avec les racines polonaises traditionnelles. La majorité des Polonais soutient : les traditions, la conscience de son histoire, l’amour de la patrie, la foi en dieu, en une vie de famille normale entre un homme et une femme ».

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11 octobre 2017 3 11 /10 /octobre /2017 05:42

Ci-dessous de larges extraits d'un article d'Andres B. Alonso, ancien militant des JC d’Aragon et secrétaire des Jeunesses communistes de Saint-Martin-d’Hères. Une pièce très intéressante à ajouter à un dossier passablement compliqué.

 

 

Dimanche 1er octobre, le gouvernement régional de la Catalogne (région de plus de 8 millions d’habitants – la plus riche d’Espagne) a appelé les Catalans à voter pour l’indépendance. L’Etat central espagnol avait décrété ce referendum illégal.  Depuis des semaines, le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, avait affirmé que ce vote n’allait pas se tenir. Sa promesse s’est matérialisée le matin même par l’intervention de l’ensemble des forces de police (police nationale et « Guardia Civil » – équivalent espagnol de la gendarmerie), qui ont délogé avec une grande violence les occupants des bureaux de vote.

 

 

L’intransigeance d’un disciple du franquisme

 

Des jeunes, des parents d’élève, des travailleurs et des retraités avaient occupé dès vendredi soir les écoles où était censé avoir lieu le référendum. Les policiers les ont sortis de force à coups de matraque. En faisant cela, Mariano Rajoy continue à s’ériger en bon disciple de Franco, réglant les différends nationaux en faisant charger la police.

 

 

L’expression nationaliste des intérêts de la bourgeoisie catalane

 

Le mouvement indépendantiste catalan, s’appuyant sur une langue et une culture catalanes voisines mais différentes de celles de la Castille, existe depuis plusieurs siècles. Le mouvement indépendantiste et nationaliste modernes  a pris ses formes au XIXème siècle, lorsque la Catalogne est devenue un des trois pôles industriels majeurs de l’Espagne.

 

Les intérêts de la bourgeoisie industrielle catalane se sont développés dans un autre sens que les intérêts de la bourgeoisie rentière de Madrid. C’est cette divergence qui a donné naissance au mouvement nationaliste qui a perduré au long du XXème siècle. La répression primaire de Franco contre la langue et la culture catalanes l’ont alimenté.

 

Après la mort de Franco, ce mouvement politique a pris une autre forme. L’avènement de la démocratie espagnole a amené une décentralisation de l’Etat. A l’image des nationalistes du Pays Basque, la bourgeoisie catalane s’est dit qu’elle pouvait obtenir plus de privilèges, vis-à-vis des autres régions du pays, en s’organisant en force politique nationaliste. Sur une justification culturelle, deux organisations  nationalistes majeures se sont ainsi constituées dans les années 70 : la CDC (Convergence Démocratique de Catalogne, devenue PDeCAT en 2016), de droite, et l’ERC (« Esquerra Replublicana de Cataluña », gauche républicaine de Catalogne).


 

Catalogne : nationalisme bourgeois, résurgences franquistes

 

Ces relais politiques sont un levier pour la bourgeoisie catalane pour faire pression sur le gouvernement espagnol. Ils se montrés efficaces lors de la négociation des financements régionaux. Ils ont aussi permis de faire céder au gouvernement socialiste de Zapatero, en 2006, un statut d’autonomie encore plus important, reconnaissant entre autres, la Catalogne comme une nation, statut qui sera invalidé en 2010. En 2011, l’arrivée au pouvoir de la droite de Mariano Rajoy a marqué la fin de toute négociation en vue de plus d’autonomie à la Catalogne. Les parties sont rentrées dans une impasse.

 

 

Le contexte du show de Puigdemont et Junqueras (dirigeants nationalistes catalans)

 

Le nationalisme catalan a toujours été « sage » en Espagne. Du moins en comparaison avec le nationalisme basque, plus médiatisé, plus polarisé, et violent avec l’ETA, durant le dernier quart du XXème. Les nationalistes catalans, eux, sont restés en bons termes avec les partis espagnols. Ils ont notamment permis en 1996, avec les voix de leurs députés au Parlement, de faire élire le chef de file de la droite du PP de l’époque, José Maria Aznar, président du gouvernement.

 

Mais la situation se précipite lorsque, en 2010-2011, la droite nationaliste catalane (la CDC) enchaîne les succès électoraux, profitant de l’écroulement des socialistes du PSOE. Elle s’empare du gouvernement régional et de plusieurs municipalités dont Barcelone. Tout cela dans un contexte de profonde crise économique au niveau du pays. Dès 2011-2012, la région et les municipalités doivent appliquer des coupes budgétaires énormes. Elles coupent notamment dans l’éducation et la santé, gérées, en Espagne, entièrement par les régions. Des mouvements de contestation très larges émergent pour tenter de faire barrage à ces politiques qui provoquent la colère de tous les travailleurs d’Espagne.

  

Pour sauver sa situation politique, la droite nationaliste s’est mise à agiter plus fort que jamais le drapeau de l’indépendance : une diversion en direction des travailleurs de la Catalogne qu’elle a si durement frappés avec ses politiques antipopulaires. Une consultation sur l’avenir politique de la Catalogne s’en est suivie en 2014, à l’initiative du président nationaliste CDC, Artur Mas, demandant si la Catalogne devait être indépendante. Elle déclenchera l’invalidation politique de Mas par Madrid. Mais le mouvement indépendantiste est lancé. Aux élections régionales de 2015, la droite nationaliste réussit à gagner l’appui de la gauche nationaliste sous le drapeau du « oui » à l’indépendance. Elles remportent les élections, et la droite et la gauche nationalistes forment ensemble un gouvernement grâce au soutien de l’extrême-gauche indépendantiste de la CUP. Cette victoire électorale est à l’origine du référendum du 1er octobre 2017, ressuscitant le spectre politique de l’indépendance de la Catalogne.

 

 

Contrer la division des travailleurs

 

Ainsi, l’actualité politique de l’Espagne des derniers mois a été polarisée sur le référendum en Catalogne. Elle a permis d’évacuer des questions fondamentales et graves de la vie politique espagnole, comme la baisse des salaires, la précarisation de l’emploi, la montée du chômage après la saison d’été, les problèmes issus du tourisme de masse (sociaux, environnementaux…), l’avenir bouché pour la jeunesse, etc.

 

De plus, cette diversion sert à monter les travailleurs les uns contre les autres, à raviver l’extrême-droite qui voit clairement la devise franquiste (« Una, grande y libre », une [Espagne] grande et libre) menacée. 

 

Source 

 

PS : Le 15 octobre 1940 mourait Lluís Companys. Il avait été président de la Généralité de Catalogne dès 1934. Exilé en Bretagne après la Guerre civile espagnole, il fut livré au régime franquiste par la Gestapo, torturé et exécuté à Montjuic. Á l'époque de Companys, la droite catalane était largement hostile à toute forme d'autonomie.

Catalogne : nationalisme bourgeois, résurgences franquistes

 

Ci-dessous, Companys mené au peloton d'exécution.

Catalogne : nationalisme bourgeois, résurgences franquistes

 

Pour la (toute) petite histoire, j'ai connu le fils de Companys, Emmanuel, lorsque j'enseignais à Vincennes au début des années 70. Il était professeur de didactique et d'acquisition des langues. C'était un homme et un collègue extrêmement sympathique, profondément marqué par le drame familial qu'il avait vécu dans son enfance.

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10 octobre 2017 2 10 /10 /octobre /2017 15:01
Quand je prends J.-C. Mailly en photo à l'insu de mon plein gré

Cela dit, la manif' des fonctionnaires de ce 10 octobre à Lyon a été un vrai succès. 15 000 participants à coup sûr. Très forte présence de la CGT. La CFDT au tableau d'honneur, mais avec cette confédération tout est possible... J'ai trouvé les bataillons enseignants assez maigrelets.

 

Je ne savais pas que Mailly nous avait honorés de sa présence. Mais il a connu un petit problème. Cette présence a entraîné une modification du parcours. Il s'est fait exfiltrer par son service d'ordre complètement paniqué suite à une confrontation musclé avec des anars. Mailly aura manifesté 30 minutes.

 

Cette exfiltration nous rappelle la manière dont Nicole Notat, secrétaire générale de la CFDT, avait été virée en 1995 par des militants de sa propre confédération aux cris de “ Notat-Juppé même combat ! ”

 

 

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28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 05:43

 

Pour le grand bonheur de Ferrero, Mars et Nestlé.

 

 

 

La Côte d’Ivoire produit 40 % du cacao au niveau mondial, ce qui en fait le principal producteur sur la planète. Selon l’ONG internationale Mighty Earth, une grande partie de ce cacao est produite de manière illégale, au sein d’espaces naturels protégés, au profit de marques très connues.

 

Une partie du cacao consommé dans le monde provient de forêts et de parcs protégés en Côte d’Ivoire, dans des zones où toutes ces plantations sont en principe interdites. Pourtant, certains de ces espaces seraient aujourd’hui occupés jusqu’à 90% par des plantations, en toute opacité.

 

Selon le rapport, pas moins de 40 % du cacao ivoirien proviendrait de ces zones protégées.

 

Pour découvrir ce pot-aux-roses, Mighty Earth a mené une vaste enquête de terrain. L’ONG a alors remonté l’ensemble de la filière cacao du pays, depuis les zones protégées  jusqu’aux revendeurs de l’industrie agro-alimentaire. Sans surprise, des noms bien connus de tous ont fait surface…

 

 

Côte d’Ivoire : raser les forêts pour du chocolat

 

Après avoir quitté les exploitations et être passé à travers les mains de «coopératives», le cacao est vendu à différents géants de l’agro-alimentaire comme Olam, Cargill et Barry Callebaut, qui sont eux mêmes les fournisseurs des plus grandes marques de chocolat au monde. Parmi ces dernières : Ferrero, Lindt, Mars, Nestlé ou encore Cadbury.

 

En Côte d’Ivoire, la déforestation a chassé les chimpanzés qui vivent aujourd’hui dans des petites poches de forêts. Elle a aussi contribué à réduire drastiquement la population d’éléphants à 200 ou 300 spécimens, quand ce pays pouvait s’enorgueillir jadis d’en compter plusieurs dizaines de milliers.

 

Une production de cacao non durable laisse derrière elle ce que l’on appelle des forêts squelettes : des troncs dénudés de leur houppier persistent au milieu des cultures de cacao. 85% des forêts ivoiriennes ont disparu entre 1990 et 2015.

 

Pourquoi les lois ne sont elles pas simplement respectées ? Les grandes sociétés n’ont fourni aucun détail quant à la nature exacte de leur programme.

 

Sur les 240 forêts protégées en Côté d’Ivoire, seules une quarantaine peuvent encore être sauvées.

 

 

Source 

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25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 05:25

 

 

Bernard Teper,  dans Res Publica, rappelle qu’un des facteurs déterminants de la politique étrangère des Etats-Unis est le pétrole : « Les États-Unis ont besoin d’importer du pétrole et du gaz pour leur économie. La première source d’approvisionnement est l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis d’où les conflits en Irak, Syrie et Libye. Mais le pétrole et le gaz pour arriver aux États-Unis passe par le détroit d’Ormuz, fait le tour de l’Afrique pour un transport d’environ 1 mois et demi. Le Venezuela qui possède les plus importants gisements énergétiques est à moins de 5 jours de transport du Texas. Par ailleurs, la politique de contrôle des prix du pétrole négocié au sein de l’Opep entre Chavez, Kadhafi et Saddam Hussein est entrée en contradiction avec l’axe Etats-Unis-Arabie saoudite et Qatar.

 

Pendant 40 ans au moins, l’histoire du Venezuela a été conditionnée par ces prérogatives étasuniennes. La domination du grand voisin du nord a tenu au Venezuela grâce au pacte de Puntofijo entre deux organisations politiques : l’Action démocratique et le Copei qui pratiquant l’alternance sans alternative. Jusqu’au “Caracazo”, les manifestations de février 1989 : le gouvernement fait tirer sur la foule, 3 000 morts ! Le commandant Hugo Chavez, lui, refuse de tirer sur la foule d’où sa popularité. Il tente un coup d’État militaire contre cette oligarchie assassine en 1992 qui ne réussit pas. Il passe deux ans en prison. Il se présente alors à l’élection présidentielle  et est élu en 1998.

 

 

 

Toujours dans Res Publica, Sonia Mitralia rappelle qu’en matière de droit à l’avortement, rien n’est jamais acquis :

 

« Voyons un peu ce qui se passe de par le monde. Aux États Unis par exemple, et plus précisément en Arkansas, un projet de loi vient d’être mis en place. Il s’agit d’un ensemble de lois qui réduisent les droits des femmes à disposer librement de leur corps. Les femmes auront désormais besoin de la permission des hommes, elles ne pourront plus avorter sans l’accord du géniteur. Le projet de loi ne fait pas exception pour les victimes de viol, même si c’est le mari le violeur. En cas de décès du fœtus, les membres de la famille doivent se mettre d’accord sur ce qu’ils souhaitent faire du corps et cela inclut les fœtus avortés. Dans le cas de mineures, ce sont les parents qui doivent décider si oui ou non leur fille se fera avorter.

 

En Pologne,   c’est vraiment impressionnant : l’avortement était illégal jusqu’à ce qu’une loi de 1932 l’autorise pour raisons médicales. En 1956 une nouvelle loi a conduit à sa libéralisation. Après la chute du régime du “ socialisme réellement existant ”, une nouvelle loi très restrictive a été votée en 1993. Mais c’est le projet de loi présenté le 23 septembre 2016 et qui voulait imposer que toute femme qui avorterait ou toute personne qui pratiquerait un avortement serait criminalisée et passible d’une peine de cinq ans de prison, qui a fait déborder le vase. Le 3 octobre, 140 000 “ femmes en grève” ont manifesté à travers tout le pays, vêtues de noir, pour demander l’abandon de ce projet et ont vaincu… pour l’instant !

 

En Grande-Bretagne, un autre exemple pernicieux de l’austérité : une nouvelle législation a été adoptée qui ne permet l’attribution des prestations (à partir de 2017) qu’aux familles à seulement deux enfants. S’il y a un 3ème enfant, la seule façon d’accéder aux prestations sera de démontrer que l’enfant est né à cause d’un viol de la mère. La mère doit signaler le viol, faire face à un tribunal et avoir la preuve du viol pour accéder aux prestations. Il s’agit essentiellement d’une loi qui pénalise les femmes pauvres qui ont plus de 2 enfants.

 

L’abolition du droit à l’avortement est l’emblème idéologique de la droitisation la plus extrême d’une aile des partis de la droite traditionnelle, traversée par une profonde crise d’identité. C’est aussi le ciment avec lequel les radicaux de droite se regroupent. C’est pour cela que cette revendication a été mise dans le programme politique du Parti populaire (PP) de Mariano Rajoy et des Républicains de Donald Trump.

 Revue de Presse (214)
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 08:49

Il s’appelle Alexis Lacroix. Il est directeur délégué de la rédaction de L’Express. Il a son rond de serviette à BFM-TV (propriété de Patrick Drahi, qui possède également L’Express). Il est proche d’anticommunistes primaires (ça existe encore) du style Alexandre Adler. Son premier livre s’intitulait Le Socialisme des imbéciles, quand l’antisémitisme redevient de gauche.

 

Hier, il a regardé défiler Les Insoumis, devant un écran télé. Le soir, vers 23 heures, il les a traités de « pékins qui font du tam-tam ».

 

Le mépris des dominants pour la gauche de gauche devient aussi insondable que grossier.

 

Merci à El Diablo d’avoir photographié ces militants réellement en marche, eux.

Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
Ceux que le petit roquet de la rédaction de L'Express appelle des “ pékins ”
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24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 05:26

Un membre de LREM nous explique ceci dans son blog :

 

Vendredi 15 septembre 17. Réunion du comité de B... (la république en marche). Une quinzaine de présents, dont X et des animateurs qui n’ont jamais été élus, qui ont été désignés par le référent 64 qui lui-même a été désigné par le national qui lui-même a été désigné par le président. 

 

Qui a élu Emmanuel Macron président de LREM ? Personne. Qui l’a élu président de la république ? Les électeurs, le peuple, vous, moi. Entre les deux, un mouvement et une situation politique qui fait mentir la maxime de Lavoisier : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». LREM n’est pas né de la transformation des partis traditionnels. Ils ont sombré, ils ne se sont pas transformés. LREM s’est créé tout seul, en dehors du terreau politique. Généralement, les grands mouvements, les grands partis politiques, les grands leviers des transformations pacifiques ou brutales, se développent lentement, les historiens peuvent repérer leur naissance et leur itinéraire. Partis nationalistes, conservateurs, travaillistes, communistes, fascistes, ont une histoire. On a le temps de s’habituer, de les soutenir, de les combattre. LREM est apparu dans la vie politique il y a moins de deux ans, le temps de tout conquérir, la présidence, l’assemblée nationale, le temps d’écrémer les partis qui du jour au lendemain, ont pris des rides et des cheveux blancs. Ceux qui s’intéressent à la vie politique, qui militent, qui discutent, sont effarés. Tout ça va trop vite. Le succès de Mélenchon et de la France insoumise est pour une part dû à ce qu’il a su ramasser les pièces éparpillées d’une histoire ancienne, reconstruire un musée familier, où les mots d’ordre, les actions, les colères, fabriquent le seul univers connu dans un monde disloqué [l'auteur de ces lignes est un ancien communiste de haut rang].  

 

La rapidité est source de fragilité. Les militants expérimentés sont souvent conservateurs, mais ils assurent une certaine solidité, une certaine stabilité aux entreprises nouvelles. À cette vitesse-là, peut-on construire un mouvement s’appuyant sur des convictions, des engagements, des réflexions ? Je m’inquiète. Le mouvement créé par Emmanuel Macron doit se muscler, former des militants, devenir une université de l’avenir où se mêlent formation et recherche. Je ne suis pas inquiet pour les députés nouveaux. Plongés dans l’eau, ils apprendront à nager. Je m’inquiète pour l’avenir de LREM qui est encore une grande bâtisse brinquebalante. Sans fondation, sans cave ni grenier. Ce n’est pas un hasard si dans notre département, le nouveau parti a été incapable de présenter des candidats pour les élections sénatoriales. Pour les législatives, les candidats ont été imposés d’en haut. Comme il n’y a pas eu de directives pour les sénatoriales, les militants n’ont pas su présenter un candidat.
 
Comment fonctionne le parti macroniste
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17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 04:57

 

 

Ci-dessous un article de Grégoire Normand publié dans La Tribune du 13 septembre 2017 (extraits)

 

 

En 2015, les 10 % de personnes les plus modestes ont un niveau de vie inférieur à 10 860 euros. Les 10 % les plus aisées ont un niveau de vie au moins 3,5 fois supérieur, au-delà de 37 510 euros.

 

La stagnation du niveau de vie des Français peut en partie s'expliquer par une faible revalorisation des salaires depuis la crise. En revanche, la situation des plus aisés s'est nettement améliorée depuis 2014 après plusieurs années de baisse.

 

Les effets de la crise se font encore ressentir. Malgré la bonne santé de plusieurs indicateurs relatifs au marché du travail et à l'activité publiés ces dernières semaines, le niveau de vie médian des Français est toujours en deçà de 2008.

 

 

Un niveau de vie médian à 1.692 euros par mois

 

D'après l'institut de statistiques, le niveau de vie médian des personnes vivant dans un ménage en France métropolitaine est de 20.300 euros, soit 1.692 euros par mois.

 

Pour 2015, le niveau de vie médian est en hausse de 0,4% en euros constants. Mais cette augmentation "de faible ampleur ne remet pas en cause le constat de longue stagnation du niveau de vie médian depuis 2008, après la progression soutenue d'avant la crise. Il reste notamment toujours en deçà du niveau de 2008".

 

 

Hausse du niveau de vie des plus aisés

 

Après plusieurs années de baisse, le niveau de vie des plus aisés est reparti à la hausse. Le neuvième décile (D9) et le 95e centile (C95), qui correspondent aux catégories les mieux loties, ont augmenté respectivement de 1,4% et 2,3%. Les experts de l'Insee expliquent que cette inversion de tendance peut s'expliquer par le dynamisme des salaires et des pensions dans le haut de la distribution en 2015.

 

 

Un taux de pauvreté relativement stable

 

Même si le taux de pauvreté a légèrement augmenté entre 2014 et 2015 (de 14% à 14,2%), cet écart n'est pas significatif d'un point de vue statistique pour les auteurs de l'étude. "On ne peut pas conclure à une hausse du taux de pauvreté en 2015."

 

Lecture : en 2015, 14,2 % de la population vit avec un niveau de vie au-dessous du seuil de pauvreté. L'autre fait notable de la publication de l'Insee est la baisse de l'intensité de la pauvreté entre 2014 et 2015 passant de 20,1% à 19,6%. Cette diminution est liée selon les statisticiens à la montée en puissance des mesures sociales évoquées précédemment.

 

 

 

Le niveau de vie des Français encore inférieur à celui de 2008

 

Une légère hausse des inégalités

 

Les inégalités mesurées par le coefficient de Gini n'ont pas connu de hausse remarquable entre 2014 et 2015. Pour les auteurs de la note, "les principaux indicateurs d'inégalités sont stables ou suggèrent une faible hausse des inégalités, les niveaux de vie augmentant davantage dans le haut de la distribution que dans le bas". Mais cette hausse "n'est pas significative d'un point de vue statistique". L'indicateur d'inégalités a retrouvé une valeur proche de l'indice de 2006 mais est encore loin des niveaux atteints à la fin des années 90.

 

 

Les chômeurs s'appauvrissent

 

La paupérisation des chômeurs en France s'explique par "une augmentation du nombre de chômeurs auparavant ouvriers (+ 2 %) ou n'ayant jamais travaillé (+ 1 %) alors que l'effectif diminue pour les chômeurs issus de professions mieux rémunérées". Le taux de pauvreté a ainsi atteint 15,3% chez les ouvriers en 2015 contre 14,4% en 2014.

 

Par ailleurs, la hausse du chômage durant les années qui ont suivi la crise n'a pas eu les mêmes effets selon les catégories sociales. Les ouvriers représentent la catégorie sociale la plus frappée par le chômage avec un taux de 14,6% en 2015 contre 4% pour les cadres en 2015 et cette situation se dégrade régulièrement pour les ouvriers qualifiés et non qualifiés depuis une dizaine d'années comme le rapporte le centre d'observation de la société. Entre 2008 et 2015, "le taux de chômage des ouvriers non qualifiés est passé de 14,7 % à 20,3 %, celui des cadres de 2,8 à 4 %".

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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 05:41

On se souvient de l'attitude assez étrange d'hurluberlus anars qui ont tout fait pour saboter la manif' du 12 septembre 2017 contre la casse du Code du Travail. Un article de février 2012 de Rebellyon.Info avait bien expliqué la connivence entre de prétendus antagonistes. Larges extraits.

 
 
Concernant les récentes tentatives d'infiltration policière au sein du milieu militant lyonnais

 

Ce pourrait être une rencontre banale. Une discussion dans un hall d’hôtel de Lyon. Sauf que les deux protagonistes font partie de mondes qui sont sensés s’opposer. D’un coté, un activiste, militant anti-fasciste de premier plan. De l’autre un agent de la DCRI. C’est lui qui a convenu du rendez-vous. Il n’y a pas de cadre légal, c’est juste une discussion. Ça parle de l’actualité lyonnaise fafs/antifas, des questions sont posées sur les derniers squats publics ouverts, entres autres...

Petit retour en arrière. Courant 2011, un militant est convoqué au commissariat. L’appel n’explique pas les motivations. L’intéressé s’y rend et tombe sur un agent de la DCRI. Pour commencer le deal parait simple, un échange de "bons procédés" : lui accepte d’être en liaison avec la DCRI et les flics, de leur côté, lui fourniront quelques renseignements utiles à l’occasion (« attention tel jour ne sort pas de chez toi, il y a des fascistes en planque dans le coin »). Un téléphone portable est remis au jeune homme. Il accepte. En tout cas il ne dit pas non. Les jours suivants, il garde tout pour lui, seule une toute petite poignée de gens est au courant. Il va retourner à plusieurs reprises au commissariat et être par la suite invité dans des halls d’accueil de grands hôtels lyonnais. 


Au fil des rencontres, il y a ce sentiment d’être complètement dépassé, piégé, d’avoir mis le petit doigt dans un engrenage infernal qu’il ne maîtrise plus. Il y aura bien quelques confessions à ses potes, des tentatives de justification ("c’était pour infiltrer la police", "je n’ai jamais rien lâché"). Les policiers lui proposent même de l’envoyer à Notre-Dame-Des-Landes aux frais du Ministère de l’Intérieur : "après tout toi ça te ferait plaisir d’y aller et nous ça nous arrange". Après le refus, il y a la fuite. Sans doute pour ne plus faire le jeu de la police, certainement aussi parce que la proximité avec les condés reste heureusement difficile à assumer au sein des milieux militants ou « radicaux ».

 

Comment on en arrive là ? 

 

Par une série d’erreurs, de conneries, dont une bonne part semblent liées d’abord à des faiblesses collectives et politiques.


Il règne parfois d’étranges idées dans les milieux militants. Il y a par exemple celle qui consiste à croire que les policiers pourraient être en certaines situations des alliés, comme si on revendiquait en creux la mise en place d’une bonne police, ou que l’on attendait de la part des pouvoirs publics qu’ils jouent leur rôle d’arbitre légitime, notamment face aux agressions fascistes. C’est sur le fond de cette erreur politique fondamentale que des militants, sans doute bien intentionnés, ont régulièrement joué le rôle d’interlocuteurs (1) pour la police. Et les flics ont beau jeu alors de distiller quelques informations du côté des fafs ou en direction des antifas, pour contrôler leur affrontement et au passage racler quelques renseignements utiles concernant plus largement les mouvements contestataires ou "radicaux".


Seconde faiblesse, qui est moins d’ordre « théorique » celle-là : on ne se tient pas assez. Il a manqué, dans cette dernière histoire, la solidarité ou la force collective nécessaire pour qu’une personne se sente en mesure de résister à la pression policière, et avant ça qu’elle soit capable de faire face aux difficultés qui l’ont amenées là. Il semble en l’occurrence que le premier argument des flics lors de leur approche initiale ait porté sur une possibilité de protection (« on sait que des nazis te cherchent, qu’ils t’ont menacé de mort mais on peut te protéger si en échange tu nous rends service »).


Quand les issues collectives font défaut, évidemment on joue la carte perso, qui peut se traduire alors par toute une série de défaillances et d’erreurs individuelles. On peut s’effondrer, balancer tout et n’importe quoi, en profiter pour régler des comptes avec tel ou tel... et sans aller jusque là, il y a le risque de vouloir jouer au plus malin. En pensant qu’une collaboration avec les services de police pourrait tourner à son avantage, qu’on pourrait leur mentir, ne pas leur donner d’infos, et même en obtenir à leur insu, « voir ce qu’ils savent ». Sauf que face aux flics et à leur organisation, le rapport de force dans la discussion n’est jamais en notre faveur. C’est eux qui mènent la discussion et qui se renseignent (2), et sans en avoir l’impression on risque toujours de confirmer leurs hypothèses, de compléter leurs cartographie des «milieux à risque » ou d’alimenter leurs fantasmes autour des diverses figures de «l’ennemi intérieur » (grévistes incontrôlables, casseurs infiltrés, groupes violents et autres groupuscules anarcho-machin chose).


Jamais, il n’y aura de conversation innocente avec la police. Tout ce qui est dit est, d’une manière ou d’une autre, susceptible d’être réutilisé, contre soi ou contre d’autres. Sans compter que plus on parle, plus les flics pensent qu’on en sait, plus ils en redemandent, moins on peut s’arrêter subitement. La machine est lancée.

 

Comment procèdent les flics ? 

 

Avec ce qui leur tombe sous la main (au gré d’un contrôle (3) ou d’une arrestation (4), au moment d’un procès...) mais toujours aussi avec une certaine idée du « bon client » c’est à dire sur la base d’un ciblage d’individus vulnérables et/ou se mettant souvent en avant.


Même si les rencontres peuvent sembler informelles, et bien qu’elles s’inscrivent bien souvent hors de tout cadre légal (5) (on se croise dans la rue, on invite la cible à venir discuter tranquillement au resto), la police va viser des personnes sur lesquelles elle a déjà un moyen de pression. On entre alors dans le domaine des petits arrangements : suspendre une condamnation pour des histoires de stup’ ou des délits routiers, éviter qu’une peine tombe, faciliter aussi des procédures administratives, ne pas « gâcher une carrière dans la fonction publique » pour des histoires de casier (6).


Pour faire passer la pilule, les agents de renseignement peuvent facilement enrober leurs appels à collaboration d’un discours de gauche, démocratique en diable : à les écouter, ils soutiennent les mouvements sociaux / anti-nucléaires / de jeunesse [rayer la mention inutile] mais ce qui les intéresse c’est les incontrôlés, les « extrémistes violents » qui justement pourrissent les gentilles initiatives citoyennes. Cette recette à déjà été utilisées ces dernières années pour sonder ce qui pouvait se passer dans les luttes de sans-papiers, au cours des mouvements lycéens ou au sein de la mouvance écologique radicale/antispéciste. Heureusement, chaque fois les flics se sont faits envoyer bouler, malgré leurs propositions de « renvoi d’ascenseurs » (on ferme les yeux sur vos activités militantes, on arrange quelques dossiers de régularisation à la préf, on vous file du blé...).


De manière générale, ce que cherche la DCRI, c’est de créer des relations sur du long terme. "Gérer une source, ça s’apprend [...]. Un contact tu dois savoir le gérer pendant six mois ou un an avant qu’il t’apporte un renseignement exploitable" (7) comme le souligne un ex-RG. C’est pour ça que peu de questions directes sont posées les premières fois, ils s’attachent plutôt à créer des liens, une complicité, des liens "affectifs"...


Évidemment que se faire arrêter pour une action politique et se taper une perquiz où les flics tombent sur des plans de beuh ou des choses volées, c’est leur donner un putain de moyen de pression.

 

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? 

 

Déjà refuser quand un agent débarque et vous propose une simple discussion. Couper court directement à la conversation, on a rien à dire. Si les flics envoient une convocation on peut tout à fait refuser de s’y rendre. Ce n’est pas un délit. De toute manière, autant ne pas s’y rendre de son plein gré, et ce refus est d’autant plus facile si il provient d’une décision collective et assumée (8).


Contre-argument : « mais comme ça on a plus d’histoires, c’est fini ; si j’y vais pas, ils vont penser que je sais des choses, ça va m’être reproché ensuite. Moi d’façons je ne sais rien ».


Ouais, sauf que 1) dans la plupart des cas, c’est quand les flics sentent que ça ne prend pas, quand ils se prennent quelques refus à la suite, qu’ils lâchent l’affaire (surtout quand ils sentent que ça émane d’une position collective) 2) même une conversation anodine avec la police peut mettre dans la merde d’autres gens. Parce qu’on parle, que dans le flot de la conversation on cite même sans le vouloir, des noms, des lieux, des habitudes, des histoires déjà entendues. Autant d’éléments dont les flics vont se servir pour alimenter leurs enquêtes et procéder à de nouveaux interrogatoires. C’est d’ailleurs sans doute le pire, devenir indic malgré soi en discutant nonchalamment avec les flics. Ou en ayant l’habitude de raconter quelques hauts faits n’importe où, au téléphone (9), de se lancer des allusions foireuses par texto.

 

Et si on a été convoqué, qu’on s’y est rendu et qu’on a parlé, ou juste bavardé, hein, raconté deux trois histoires... C’est sans doute problématique mais tout n’est pas perdu pour autant. Ce qu’il faut absolument faire, avant que la situation empire et ne devienne irrécupérable, c’est en parler aux gens concernés, à ses amis, et rendre publics un maximum d’éléments. Partager tout ça. À la fois, pour voir très précisément ce que les flics cherchent et savent déjà, tout en mettant ensuite au courant plus largement les gens qui doivent l’être. Et aussi dans le souci de trouver une issue collective à ce merdier. Ne pas se ressaisir à plusieurs de ce type d’incidents est une erreur (un jour ou l’autre ça va se savoir et les dégâts risquent d’être encore plus importants entre les gens et pour la personne qui s’est trouvée piégée). Rien que des histoires tristes en perspective.

À Lyon, différents collectifs, comme la Caisse de Solidarité, sont là pour pouvoir se ressaisir collectivement de ces histoires.

 

 

 
Des policiers lyonnais noyauteraient les milieux anarchistes...

 

Notes

[1Un exemple parmi d’autre : en prenant l’initiative d’aller voir la préfecture en possession de captures d’écrans de discussions de fafs sur FaceBook.

[2À noter que pendant ces conversations, à côté de la stratégie assez classique qui consiste à faire parler la personne en face de soi, les flics ont aussi tendance à «tester» l’autre en parlant et en observant ses réactions ou son absence de réactions. Exemple : quand un mec de la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste) dit tout net, «tu sais ce qui nous intéresse, c’est pas les gens qui jettent des cailloux, c’est vraiment ceux qui veulent poser des bombes », et qu’en face la personne interrogée écoute avec intérêt, elle avalise de fait qu’elle évolue bien dans un univers où il est « normal » de caillasser la police. Et c’est sur ces gens-là, entres autres, que la police enquête. Retors mais efficace.

[5Voir 22 v’là la SDAT (Rebellyon.info)

[7L’espion du président, 2012, p. 80

[8Comme cela a été le cas par exemple dans l’affaire de la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne » où la décision à été prise, suite à plusieurs réunions, de ne pas se rendre à ce genre de convocations. Résultats les flics sont allés chercher les gens convoqués qu’ils voulaient vraiment choper et les autres ont pu passer à travers.

[9Dans un récent entretien au site Mediapart, Yves Bertrand, l’ex-patron des RG confirme que "Les écoutes, la DCRI en a fait comme vous pouvez manger des croissants".

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