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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 14:57

 

 

Un tribunal vient de décider que les industriels, scientifiques et hauts fonctionnaires mis en examen entre à la fin de 2011 et au début de 2012 pour homicides et blessures involontaires dans le cadre de l’enquête des juges d’instruction du pôle de santé publique étaient innocents. Innocents – et c’est la motivation du jugement – au sens premier du terme : tels des enfants, ils ne faisaient pas de mal.

 

Ils ne pouvaient pas faire de mal parce qu’ils ne savaient pas.

 

Mensonge que tout cela. En trois générations, l’amiante aura tué 100 000 personnes en France. Des vivants vont encore en mourir. L’amiante aura été infiniment plus meurtrier que l’islam terroriste.

 

Lorsque j’étais enfants dans les années 50, je ne savais pas ce qu’était l’amiante et je ne connaissais même pas le terme. De fait, j’ai su le mot anglais avant le mot français : « asbestos », d’un mot grec qui signifie inextinguible. Et si je l’ai su en anglais d’abord, vers 1962, c’est parce que l’amiante était interdit outre-Manche. Chez moi, il n’y avait pas d’amiante, sauf, comme dans des millions de foyers, dans la planche à repasser. Apparemment cet amiante ne m’a pas tué.

 

La motivation du tribunal est d’autant plus inouïe qu’elle permet ceci : puisque l’interdiction de l’amiante était illégale, on peut en remettre partout !

 

 

Un mot sur l’amiante
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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 05:35

 

Un accord secret signé par Macron et les sociétés d'autoroutes

 

 

Le cher Théophraste du Grand Soir affirme que Macron est atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, caractérisé par des chapelets d’injures (« fainéant, illettré, alcoolique…  ») proférées sans raison et par des gestes involontaires, comme un mouvement méprisant de la main en disant « La France n’est pas réformable ».

 

 

Moi, je dirais que Macron s’exprime parfois comme une petite frappe. C’est normal, dans la mesure où il agit également comme une petite frappe. Voyez comment il a, selon FranceTV Info, truandé les Français pour le profit à court et moyen termes des propriétaires privés des autoroutes.

 

 

En 2015, Emmanuel Macron, ministre de l’Economie et Ségolène Royal ministre de l’Ecologie s’attaquent aux tarifs des péages : “il faut rendre aux automobilistes un peu d’équité tarifaire" annone Ségolène Royal sur BFM-TV en décembre 2014. Emmanuel Macron confirme que le gel des tarifs est acquis pour 2015.

 

 

Un gel des tarifs pour 2015, aussitôt attaqué en justice par les sociétés d’autoroutes. Après négociation avec leurs représentants, l’Etat finit par signer un accord, une sortie de crise. Mais à quelles conditions ?

 

 

Á Grenoble, un ancien élu écologiste se bat pour le savoir. Depuis deux ans, il demande la publication de cet accord. En 2016, le tribunal administratif lui donne raison en enjoignant « le ministre de l’Economie de communiquer à Raymond Avrillier dans un délai de trois mois l’accord conclu le 9 avril 2015 entre l’Etat et les sociétés d’autoroutes. »

 

 

Mais le ministre de l’Economie refuse de communiquer l’accord et saisit le Conseil d’Etat. Cet accord, nous l’avons obtenu. Il est signé par Emmanuel Macron et Ségolène Royal. Voici donc ce que décrochent les sociétés d’autoroutes. Elles s’engagent à financer 3,2 milliards de travaux sur 10 ans. En retour, elles obtiennent:

 

  • Une stabilité fiscale
  • Une clause pour allonger la durée des concessions

 

Et surtout, pour compenser le gel des tarifs en 2015 des « hausses de tarifs additionnelles (...) chaque année de 2019 à 2023 ».

 

 

Qu’en pense Ségolène Royal, signataire de l’accord ? « Il y a un arbitrage avec le ministère des Finances. Appelez le ministère des Finances, j’étais contre. Vous avez eu cet accord signé de ma main ? Je ne crois pas. » Au ministère des Finances, pas de réponse.

 

 

Selon les sociétés d’autoroutes : « l’Etat a bloqué les tarifs à l’occasion de la hausse prévue au 1er février 2015. Cette mesure est contraire aux contrats, elle est illégale. L’Etat a donc été contraint d’en compenser les effets. »

 

 

Alors, en a-t-on fini avec l’augmentation des péages ? Pas vraiment, de nouvelles hausses sont déjà prévues. Mais désormais, l’Etat a chargé l’Arafer, l’autorité de régulation, de contrôler les sociétés d’autoroute. En janvier dernier, elles annoncent un plan de travaux de 803 millions d’euros sur l’ensemble du réseau. Des bretelles d’accès, de nouveaux péages, la rénovation d’aires de repos financé en majorité, par de nouvelles hausses de tarifs.

 

 

Selon l’Arafer, les coûts des travaux sont surestimés par les sociétés d’autoroutes. Selon un des responsables, « Sur les 800 millions d’euros, il y a 87 millions qui sont des opérations qui figuraient déjà dans les accords initiaux. Il n’y a pas à faire payer l’usager une deuxième fois pour ces investissements qui sont une obligation contractuelle. » En plus, 350 millions d’euros de travaux seraient surévalués. Prenons par exemple, les aires de covoiturage. La société d’autoroute Paris-Normandie qui gère l’A13 évalue le coût de construction d’une place autour de 7 000 euros. Est-ce le bon prix ? Pour estimer le coût d’une installation de ce type, nous sommes allés dans l’Eure. Ici, c’est le département qui a fait construire cette nouvelle aire de covoiturage. Ça lui a coûté beaucoup moins cher. « Ça varie entre 2 500 et 3 500 euros mais en moyenne sur nos 400 places de covoiturage, on est à 3 000 euros », nous confie le vice-président du département. Nous avons contacté l’association des sociétés d’autoroute.

 

 

Le ministère des Transports doit valider ou non le montant des travaux annoncés par les sociétés d’autoroutes. Sollicité, il ne répond pas.

Macron vendu aux propriétaires des autoroutes
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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 05:29

Par Frédéric Vivas

 

A TOULOUSE, UNE FOULE IMMENSE OVATIONNE LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE E. MACRON A SA SORTIE DU CAPITOLE


(ben non, en fait !)

 

 

15h20. Quelques toulousains se calent derrière les barrières. Personne ne joue des coudes pour passer devant, pour le voir lui, l’Autre, celui qu’on ne voit qu’à la télé. Rarement en vrai. Je dois me tromper d’heure. 

 

15h22. Il y a encore de la place au premier rang. Beaucoup. Bien moins de monde que pour la fête de la violette, le père Noël, le marathon, la course, le marché du samedi, les soldes, les manifs…

 

15h23. Si Justin Bieber se pointe place du cap, j’te d’is pas le barouf ! 

 

15h25. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup plus de barrières protectrices que de spectateurs. Je regarde en l’air, plus d’oiseaux que de spectateurs ? Non, c’est exagéré.

 

15h30. Je scrute l’horloge du Capitole. Mon esprit s’évade. Ça doit faire une étrange impression d’en haut, tout ce vide. Je m’attends à un sursaut. Sûrement que les gens vont venir de toutes les rues adjacentes ovationner Jupiter, celui qui serre la main de Trump, la « bombe », l’homme "aux visions", le « dynamiteur », « la fusée », « le rempart », « l’électron libre », l’homme « seul face à l’histoire », comme titrait la presse mainstream… Quand même, c’est un événement la venue à Toulouse du Président de la République française, cinquième puissance mondiale, non ? Ma voisine s’en va avant qu’il n’arrive : « ce matin, y’avait du monde », parait-il. Mais cet après-midi : rien. 

 

15h35. Je me fatigue. Tiraillé entre le désir de partir et la curiosité de voir comment le vide va se mouvoir. 

 

A 15h40. Le talkie-walkie du policer posté derrière moi annonce la sortie du Président. Le voilà qui s’avance, E. Macron, entouré. Précédé d’une grosse caméra. Il lève la main pour saluer. Pas de mouvement de foule. De très timides applaudissements s’évaporent. La fan-zone est vide. Une image me revient en tête. De Gaulle au Capitole, au moment de la Libération. Il y avait le peuple bariolé des résistants, des forces progressistes. Là, au menu, c’est policiers, voiture blindée, policiers, grosses motos avec des gyrophares, policiers, vigiles, camions de policiers, oreillettes. Vue l’absence de monde leur présence est encore plus prégnante, presque étouffante. Sensation d’une République organisée pour la sécurité. Une police du vide présidentiel. 

 

15h41. Ça sent la grisaille. Les derniers fans d’un chanteur has been. « Y’a pas beaucoup de monde » que je lance en partant. « Il va donner du boulot aux jeunes !», rétorque une dame. « Il vient de licencier d’un trait, en un WE, près de 200 000 personnes ». Je parle des contrats aidés. La dame s’en va, pas étonnée de ma réponse. Presque résignée. 

 

15h45. En me promenant en ville j’observe encore des policiers en civil, des men in black, des 1B, des camions de polices : rue saint-Rome, rue Alsace-Lorraine. Déjà l’impression d’un fin de règne. E. Macron c’est le « spasme du système » écrivait FrédéricLordon. Aujourd’hui, j’ai vu une foule sans spasme et je suis demandé si Emmanuel Macron n’avait déjà étouffé l’enthousiasme qui l’avait porté à la Présidence. Une popularité qui s'esclaffe comme une escalope de veau sur le carrelage. 

 

18h18. Me reviennent en mémoire des citations du candidat et celles du président. Ceux qui ne sont rien. Les fainéants. Cette culture française qui n’existe pas. La France qu’il ne défendra pas contre l’Europe. Surgissent encore la somme de ses désastres : les APL, la casse du code du travail. Voilà qu’à ses passifs s’ajoutent ces additions, celle d'un vide symbole de son inconsistance, celle du mépris de classe.

Á Toulouse, une foule immense pour Macron !
Á Toulouse, une foule immense pour Macron !
Á Toulouse, une foule immense pour Macron !
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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 13:41

La manif' devait s'ébranler vers midi. Des anars en ont décidé autrement en bousculant les CRS. Du coup, ces mêmes CRS nous ont empêchés d'avancer en nous balançant quelques petites bombes lacrymogènes.

 

Je n'en avais pas respiré depuis 1968. Ils y ont ajouté un peu de poivre depuis. Cela m'a été confirmé par un CRS qui m'a dit en souriant que, de tous les Français, c'était eux, les CRS qui respiraient le plus de lacrymos. Faut mieux viser, les gars.

 

Des "Ultras" ont été appréhendés et sont gardés à vue. 

 

Ne me dites pas que, parce que l'ancien maire de Lyon est actuellement ministre de l'Intérieur, il y a eu quelque part, dans certaines sphères, dans certains milieux autorisés – des milieux où des mecs s'autorisent des trucs, comme disait Coluche – une volonté de casser cette manif'.

 

Il est 15 heures. La manif' n'est toujours pas terminée. Ça bloque tous les vingt mètres. Mes vieilles jambes me porteront-elles jusqu'à la place Belcour ?

 

Photos BG, DR

Á la manif' de Lyon, des queer, des lacrymos et des anars débilos
Á la manif' de Lyon, des queer, des lacrymos et des anars débilos
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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 05:45

Ci-dessous un article très complet de Patrick Soulier :

 

 

 

Les directions d’Orange présentent régulièrement les comptes de l’entreprise. Mais elles se limitent toujours à l’exercice de l’année qu’il compare éventuellement à l’année précédente et racontent un récit sans histoire, sans passé. Revenons sur l’histoire d’Orange depuis la privatisation de France Telecom.

 

Le contexte

 

Depuis une quarantaine d’années, tous les gouvernements, qu’ils se réclament de droite ou de gauche, ont mené la même politique de baisse du coût du travail au nom de la compétitivité. Le mot d’ordre a été énoncé par le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt le 3 novembre 1974 : "Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain".

 

Dans les années 1980, Thatcher a commencé avec sa lutte contre les mineurs pour transformer l’économie industrielle du Royaume Uni en une économie tertiaire portée par la finance. La pauvreté a explosé, mais le pays a bénéficié d’un avantage concurrentiel sur les autres pays. Dans son sillage, l’Irlande a préféré le dumping fiscal qui attire un certain nombre de grands groupes comme Apple.

 

Dans les années 2000, Schroeder prend la main et s’attaque aux salaires en Allemagne qui devient le pays dominant en Europe. Le chômage diminue au prix d’une multiplication des « Kurtz Arbeit » qui ne fournissent que peu de temps de travail et de petits revenus à un grand nombre de salariés.

 

En ce début des années 20, Macron lance sa révolution libérale en France et s’attaque au code du travail. Il compte sur le dialogue social pour obtenir l’acceptation de la baisse du « coût du travail » en accompagnement des mesures fiscales dites de soutien à l’entreprise.

 

La présentation de Macron est séduisante, elle affiche une entreprise « bien commun » qu’employeurs et salariés développeraient ensemble en tenant compte de leurs intérêts particuliers. Mais le résultat des exercices appartient aux seuls actionnaires qui en disposent à leur guise après en avoir fixé la hauteur en déterminant seuls l’affectation du profit (amortissement, crédits, ventes d’actifs, etc.). Il est clair que la qualité du dialogue social dépend de ce qu’est l’entreprise.

 

 

Souvent le dialogue est faussé par le manque de vision commune sur l’environnement de discussion. Pour le dialogue social, le modèle d’entreprise qui anime les acteurs sociaux n’est pas partagé. C’est l’objet de la première partie de cette note. Ensuite, viendront l’analyse des comptes d’Orange (exercices et évolution du capital) et l’évaluation du secteur dans lequel évolue Orange, à savoir le secteur des télécoms.

 

L’entreprise

 

L’histoire montre bien que la dissymétrie entre le pouvoir des acteurs sociaux – dits partenaires - au sein de l’entreprise favorise l’usage du rapport de forces pour résoudre les conflits.

 

La volonté de progrès social portée par la société du milieu du 20ème siècle (charte de Philadelphie, programme du conseil national de la résistance) et les compromissions du patronat (nazisme, collaboration) ont renforcé le pouvoir d’un salariat fortement syndiqué.

 

Le rapport de forces pèse aujourd’hui en faveur du patronat qui bénéficie de la mobilité de son capital et de la mondialisation pour imposer sa volonté au sein de l’entreprise à des salariés fortement soumis au risque du chômage. L’employeur n’est pas un partenaire, mais un maître et il n’y a pas de dialogue social entre un maître et ses serviteurs.

 

 

Le modèle Napoléon

 

Code Napoléon, titre IX du contrat de société, chapitre premier, article 1832 : « La société est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes conviennent de mettre quelque chose en commun, dans la vue de partager le bénéfice qui pourra en résulter.». Aucune mission n’est donnée en dehors de celle de faire du bénéfice.

 

Plusieurs statuts ont été normalisés pour répondre à une certaine diversité de situations : Entreprise individuelle ou société unipersonnelle, SARL ou SAS. Le statut juridique définit les relations entre associés, le régime fiscal de la société et le régime social du chef d’entreprise et du gérant. Il n’est pas question de partenariat avec le collectif de travail qui n’est qu’un prestataire de travail externe comme n’importe quel fournisseur.

 

L’entreprise n’est pas un objet juridique « bien commun » combinant capital et travail (les facteurs de production), mais simplement une action construite sur des coopérations contractuelles avec des personnes externes : les banques, les fournisseurs et les salariés. L’histoire a sorti en partie les salariés du simple marché du travail grâce au code du travail.

 

La volonté d’instaurer le dialogue social au sein de l’entreprise ne peut être acceptée dans ce modèle : le collectif de travail n’existe pas ; le salarié est isolé et soumis à la concurrence avec les autres salariés ; il ne sera recruté que sur un chantier et remis en concurrence avec les autres à chaque nouveau chantier avec le CDI de mission ou de chantier de Macron-Philippe.

 

 

Le modèle du 21ème siècle

 

Pour accepter un vrai dialogue social dans l’entreprise, il faut changer de modèle d’entreprise : l’entreprise doit être définie avec un statut juridique réalisant la collaboration entre la société d’actionnaires (SA) et le collectif de travail (CT) en fonction de leur contribution au capital. La SA et le CT contribuent tous deux aux ressources de l’entreprise :

  • La SA apporte le capital social et cautionne les crédits avec ce capital ;
  • Le CT produit les profits qui permettent de rembourser les crédits (le résultat financier) et la capacité de mettre en ressources les fonds qui assurent le développement de l’entreprise.

Sarkozy, à la recherche de légitimité historique, a repris la proposition des trois tiers de Charles de Gaulle : le résultat est partagé en trois parts, 1/3 pour la SA, 1/3 pour le CT et 1/3 pour l’entreprise. Elle est cohérente avec la contribution aux ressources : capital social (SA), résultat financier (CT) et mises en ressources (entreprise). Nous en verrons le potentiel après avoir décrit la réalité d’Orange.

 

 

Orange

 

La présentation des comptes d’Orange donne lieu à une mise en avant des indicateurs financiers montrant combien l’entreprise crée de la valeur pour ses actionnaires. Rien n’est dit sur la consolidation des ressources qui contribue au développement de l’entreprise. Cela est conforme au modèle napoléonien de l’entreprise, la société d’actionnaires puise dans son environnement pour faire du bénéfice.

 

La présentation des comptes qui suit est construite sur le modèle du 21ème siècle où la société d’actionnaires est partenaire du collectif de travail dans le développement de l’entreprise bien commun.

 

 

Les exercices présentent une forte singularité en 2002 qui marque le poids de l’achat d’Orange par France Telecom en 2000, au moment de l’éclatement de la bulle internet.

 

La masse salariale tourne autour de 40%, ce qui est très inférieur à la moyenne nationale révélé par le rapport Cotis (2/3). Les dividendes versés sont extrêmement importants, en particulier entre 2008 et 2014 où ils dépassent fréquemment 100% du résultat (près de 4 fois le résultat en 2012). 

 

 

Évolution du capital

 

Les choix de gestion des exercices, notamment le poids des dividendes sur le résultat, ne peuvent pas être sans conséquences sur le capital.

 

 

Les choix de gestion sur ces vingt ans ne produisent aucun développement de l’entreprise : réserves négatives à hauteur de 3% des ressources en 2016.

 

La singularité de ce graphique sur le capital est naturellement située en l’an 2000, date à laquelle France Telecom a acheté Orange.

 

Après quelques augmentations de capital social, la part de la SA s’est stabilisée autour de 27% des ressources. Le collectif de travail a remboursé près de deux fois le capital social aux banques.

 

Mais l’entreprise subit une ponction trop importante pour mettre en ressources des fonds propres. Les réserves négatives ne sont-elles pas en fait des prélèvements de la SA sur les ressources de l’entreprise.

 

Efficacité du travail et productivité

 

L’histoire sociale d’Orange est marquée par la crise sociale produite par la brutalité du comportement de son PDG arrivé en 2002 (Didier LOMBARD). Cette crise a posé les enjeux de la transformation du travail dans la société française. L’examen des courbes de l’efficacité du travail et de la productivité présentent bien une singularité dans la période 2002-2009.

 

Dans une décroissance forte des effectifs au début 2002, mais qui se poursuit aujourd’hui, l’efficacité déjà supérieure (2,2) avant l’an 2000 à la moyenne française (1,5), bondit à 3,4 pour diminuer après l’éclatement de la crise dans la presse et la prise de conscience des risques psycho-sociaux des politiques de ressources humaines menées au sein d’Orange.

 

La croissance des effectifs des années 2000 correspond à la forte croissance externe menée par France Telecom au plus fort de la bulle internet. La réduction qui a suivi correspond à la mise en place de dispositifs de congés fin de carrière. Ces dispositifs ont exercé une forte pression sur le personnel restant, mais aussi sur le personnel plus âgé qui le refusait, maltraité pour obtenir son acceptation.

 

 

La courbe de l’efficacité du travail semble se stabiliser autour de 2,5 et la courbe de l’effectif continuer de décroître selon une pente plus douce.

 

Deux courbes permettent de mesurer la productivité :

  • Le rapport valeur ajoutée sur l’effectif ;
  • Le rapport masse salariale sur l’effectif.

Avec des singularités symétriques au moment de la crise sociale, ces courbes continuent aujourd’hui leurs évolutions inversent : le salaire moyen diminue alors que la valeur ajoutée produite par chaque salarié augmente.

 

Le deuxième rapport Secafi signale un problème objectivement conforté par ces courbes : "Les questions sur la reconnaissance au travail montrent du mécontentement à un niveau pratiquement équivalent à 2012 concernant en particulier les perspectives de promotion (pour 74% d’entre eux) et le niveau de rémunération au regard des efforts fournis (pour 55% d’entre eux, contre 48% en 2012)."

 

 

Un salaire moyen en pente descendante pour une productivité en pente croissante.

 

La CGT a signé le « Premier Accord portant sur l’accompagnement de la transformation Numérique chez Orange » qui institue un suivi des gains de productivité. Tout ce qui fera de l’entreprise un bien commun est bon.

 

 

Rémunération des facteurs de production

 

Société d’actionnaires et collectif de travaux contribuent aux ressources de l’entreprise, la société d’actionnaires en apportant de l’épargne issu de travail du passé ou d’héritage, le collectif de travail en produisant du profit pour rembourser les dettes de l’entreprise et conforter ses ressources.

 

Chaque année, les collectifs de travail produisent plus de 2 000 Md€ de PIB en France, somme des valeurs ajoutées produites par les entreprises et établissements privés et publics. Au travers des salaires et des allocations et indemnités diverses, 2/3 de ce PIB sont consacrés à couvrir les besoins des ménages français : la dette sociale de l’entreprise.

 

Salaires

 

Présenter les salaires comme la dette sociale de l’entreprise, c’est assurer la couverture des besoins de la société civile au travers du revenu nécessaire à chacun pour vivre (le revenu de base), du revenu rémunérant la qualification de chaque individu et assurant l’évolution de carrière qui motive chacun à travailler (avoir une activité contributive à la vie commune).

 

Mais cela ne suffit pas pour que l’Humanité se développe. Comme nos ancêtres qui gardaient des graines pour les semences futures, la valeur ajoutée doit produire plus que ce que nous consommons : les profits.

 

Profits

 

Bien sûr, la gestion des profits étant domaine réservé des représentants de la société d’actionnaires (le PDG et son équipe proche), elle est faite au mieux des intérêts de la société d’actionnaires. Quant au résultat, tant que l’entreprise n’a pas de statut juridique, il appartient à cette société d’actionnaires qui peut en plus puiser dans les actifs.

 

Orange affiche bien de la création de valeur avec une courbe de dividendes à tendance positive (en rouge). Mais, ce faisant, l’entreprise ne renforce pas ses ressources (figure 2). Limiter les dividendes à un tiers des résultats d’Orange assure un rendement qui tourne autour de 3% (en vert).

 

 

L'entreprise Orange

Développement de l’entreprise

 

Au début de son quinquennat (5 février 2009), Nicolas Sarkozy a lancé l’idée du partage des bénéfices en trois tiers : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour l’entreprise.

 

Le rapport Cotis demandé par Nicolas Sarkozy pour éclairer le débat dit qu’il y a deux moyens de mesurer la richesse créée par une entreprise : la valeur ajoutée et le bénéfice.

 

Le rapport fourni par le conseil d’analyse économique au moment du débat exprime la crainte de chocs négatifs d’un certain nombre d’interventions sur la répartition de la valeur ajoutée et des profits et propose d’améliorer les « potentialités de l’épargne salariale et d’utiliser plus activement la fiscalité pour réduire les inégalités » - il ne s’agit plus là d’être associé aux bénéfices des entreprises !

 

Les profits ne constituent pas un bénéfice net, ils doivent supporter un certain nombre de charges dont le renouvellement d’actifs qui vieillissent (l’amortissement), le remboursement des dettes (résultat financier) et les impôts de l’entreprise. Le résultat du compte d’exploitation est constitué par ce qui reste après la réalisation des choix de gestion de ces charges.

 

Le débat lancé par Nicolas Sarkozy n’a pas abordé cette question. La production du résultat est soumise aux choix de gestion qui est à la main de la société d’actionnaires à travers le dévouement du PDG acheté par un niveau de salaire exorbitant (la carotte) et un statut extrêmement précaire (le bâton). Cette question touche à la gouvernance qu’il n’était pas question de toucher à l’époque.

 

Bien sûr, la société des actionnaires n’apportant en moyenne qu’un tiers des ressources, les deux tiers restant étant remboursés par le collectif de travail au fil des exercices, l’équilibre des forces dans la gouvernance devrait être d’un tiers pour les actionnaires et de deux tiers pour le collectif de travail (un tiers pour la direction, un tiers pour l’exécution).

 

Chez Orange, indépendamment de la gouvernance de la gestion des exercices, la mise en ressources d’un tiers du résultat aurait produit plus de 136 Md€ de ressources en plus en vingt ans, largement de quoi assurer la couverture très haut-débit du territoire, fibre et mobile : les capitaux fixes seraient supérieurs aux ressources actuelles (courbe grise sur la figure 8).

 

L’association du travail aux résultats

 

Chez Orange, le salaire moyen chez Orange est de 3 873 € brut, la médiane autour de 2 900 €. La moitié des salariés a plus de 25 ans d’ancienneté.

 

Les salariés se plaignent pourtant d’un manque de reconnaissance en matière de promotion (74%) et de rémunération (55%).

 

En fait, l’effectif décroît, l’efficacité du travail est supérieure à la moyenne nationale de plus de 1,6 fois. La productivité augmente, mais la masse salariale diminue. Les tendances des paramètres de productivité, tant en matière d’effectif (valeur ajoutée / effectif) que de rémunération (masse salariale / effectif) amènent ces paramètres au niveau constaté dans la période de la crise sociale de France Telecom.

 

Une forte demande de rémunération de la qualification et de l’ancienneté apparaît dans les réunions, sans faire disparaître l’aspiration à la gratification de l’implication et de l’engagement. 

 

En attribuant le tiers du résultat aux salariés, distribué au mérite, à côté de la rémunération telle qu’elle est, on obtiendrait, en moyenne, les salaires et gratifications suivantes : 

 

Le tiers du résultat en 2016 permettrait d'attribuer

une gratification moyenne de plus de 7 000 € à chaque salarié pour l’année.

 

 

Le tiers du résultat en 2016 permettrait d'attribuer

une gratification moyenne de plus de 7 000 € à chaque salarié pour l’année.

 

Le secteur des télécommunications

 

Le secteur des télécommunications est sous régime concurrentiel depuis la dernière décennie du 20ème siècle. L’Union européenne a organisé la concurrence au sein de chaque pays en imposant un certain nombre d’opérateurs. Cette politique a eu deux conséquences catastrophiques :

  • La taille des opérateurs européens (plus de 150) ne leur permet pas de concurrencer les opérateurs américains ou chinois au nombre de deux ou trois pour chacun de ces pays.
  • Les quatre opérateurs français sont incapables de construire le réseau très haut-débit sans mobiliser l’impôt - 2/3 du coût du câblage fibre.

Il est temps de restructurer le secteur en diminuant le nombre d’opérateurs par leur internationalisation européenne et en les démantelant pour créer un monopole européen public chargé de la mise en place, de la maintenance et de la gestion des réseaux très haut-débit la plus neutre :

  • Chaque opérateur pourrait servir n’importe quel client sur tout le territoire.

Chaque client pourrait choisir n’importe quel opérateur sur tout le territoire.

L'entreprise Orange
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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 05:30

Jusqu'au jour où ils seront carrément traînés sur la claie, voués aux gémonies.

Ci-dessous de larges extraits d'un article de Gilles Bridier pour Slate.

 

Il y a, dans la caricature utilisée pour représenter les retraités, une démarche presque malsaine. Ils apparaissent comme des quasi privilégiés avec des niveaux de vie plus élevés que les actifs, passant leur temps dans des croisières ou achetant de grosses berlines en profitant des pensions versées grâce aux cotisations sociales prélevées sur les acteurs du monde du travail.

Des privilégiés... à 1.300 euros par mois en moyenne après plus de quarante années de cotisation. Cette caricature véhiculée par certains médias est entretenue par la communication du gouvernement et sa majorité de La République en marche, justifiant ainsi la ponction bientôt opérée via la CSG sur les revenus de ces retraités.

Des nantis à seulement 200 euros au-dessus du seuil de pauvreté

Laisser supposer qu’ils sont des nantis de la République, et qu’il faut qu’ils soient un peu moins riches pour que les jeunes soient un peu moins pauvres, procède d’une rhétorique bien dangereuse et fort approximative. C’est pourtant celle du chef de l’État Emmanuel Macron lorsque, dans une interview au magazine Le Point relayée par toute la presse, il déclare :

« Les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes. Je leur demande donc, pour les plus aisés, un effort ». 

 Un effort qui s’appliquera avec l’augmentation de 1,7 point de CSG à partir de 1200 euros de pension mensuelle (ou 1800 euros pour un couple). Au total, 60% des retraités seront concernés. 

L’argument d’une moindre pauvreté n'est pas valable

Certes, des statistiques existent qui montrent que la proportion de pauvres parmi les retraités est moins élevée que dans le reste de la population. Dans son état des lieux établi en décembre 2015, le Conseil d’orientation des retraites (COR) note que  « sur toutes les années de 2006 à 2012, les ménages de 60 ans et plus sont moins exposés à la pauvreté en conditions de vie que le reste de la population : en 2012, par exemple, 9,6 % des ménages de 60 à 74 ans et 7,5 % de ceux de 75 ans et plus sont pauvres en conditions de vie contre 11,9 % pour l’ensemble des ménages. »

Mais la récupération de cette comparaison, à partir de ces chiffres bruts, est tronquée. D’un côté, on considère le niveau de pauvreté de toute une population avec notamment des jeunes encore en étude ou qui démarrent dans la vie professionnelle et n’ont pas encore progressé dans l’échelle des salaires. De l’autre, on isole une catégorie de personnes qui ont accumulé  plus de quarante ans de vie professionnelle et qui ont consenti un effort financier tout au long de leur carrière pour payer les différentes cotisations de leur régime de retraite.

Les retraites sont déjà globalement gelées depuis 2013 (soit une perte de pouvoir d’achat de l’ordre de 6% sur quatre ans)… sans parler de la taxe spécifique acquittée par les seniors pour financer la perte d’autonomie des personnes les plus âgées.

 La moitié des retraités en dessous de 1720 euros par mois

Prenons le niveau de vie médian des retraités calculé par le COR pour 2013 : il était de 1720 euros par mois. Ce qui signifie que la moitié des retraités se situait au-dessous de ce niveau médian (dont 560.000 devaient se contenter des quelque 800 euros de l’Allocation de solidarité pour personnes âgées), et la moitié au-dessus.

En réalité, d’après les statistiques du COR, seulement un retraité sur dix dispose d’un revenu supérieur à 3250 euros par mois, un montant supposé être le début de la fortune. 

Une mesure fiscale sans grande originalité

Cette caricature de l’immense majorité des retraités apparaît d’autant plus indécente que, dans le même temps où on annonce un relèvement de la CSG pour de nombreux retraités, d’autres arbitrages se traduisent par un allègement de l’ISF pour les plus gros patrimoines. 

Si l’objectif du gouvernement consiste à réduire les charges qui pèsent sur le travail en trouvant de nouvelles recettes, il pourrait aussi se tourner vers les revenus du capital, le versement des dividendes particulièrement élevés en France, et les transactions financières, en s’attaquant notamment à la finance parallèle. Il pourrait innover dans la lutte contre l’évasion fiscale, ou faire preuve de la créativité promise pendant la campagne de l’élection présidentielle… Mais il applique en l’occurrence une augmentation fiscale simpliste, en n’épargnant pas des catégories captives de la population qui ne peuvent, comme d’autres, faire de chantage à l’expatriation des revenus et des capitaux.

Le début de la guerre des âges ?   

Les systèmes de retraite posent un problème à l’économie française. On ne compte déjà plus que 1,7 actif par cotisant de droit direct (sans compter les reversions pour les conjoints de retraités décédés), et la proportion doit continuer de baisser pour atteindre 1,4 actif par cotisant à l’horizon 2040, indique le COR dans un rapport de juin 2016 sur l’évolution et les perspectives des retraites en France.

Quant au déficit du système de retraite que l’on observe depuis 2005, il sera résorbé plus ou moins vite en fonction des niveaux de croissance économique : « L’équilibre serait atteint dès le milieu des années 2020 dans les scénarios 1,5%, 1,8% et 2%. À l’inverse, le système de retraite resterait durablement en besoin de financement en cas de croissance des revenus d'activité inférieure à 1,5 % par an à long terme », commente le COR

Pas de panique, donc. Mais dans l’immédiat, le sentiment d’une « guerre des âges » prend forme, conforté par la communication gouvernementale. C’est la solidarité intergénérationnelle qui est alors menacée si le sentiment se répand que les retraités coûtent trop cher et pénalisent les actifs. À force de caricaturer les retraités, on travestit la réalité des pensionnés et on creuse une fracture dans la société. Ce qui ne peut que nuire à la solidarité intergénérationnelle qui soude une nation et qui sert aussi de fondement au système de retraite par répartition, comme en France.

Un comble, alors que chaque actif est appelé un jour à prendre lui-même sa retraite! Et qu’importe si on est en pleine contradiction, au moment où les retraités soutiennent souvent leur descendance au chômage, et offrent par leur nombre des relais de croissance à l’économie et des occasions nouvelles pour créer des emplois.

Des privilégiés, les retraités ? Plutôt des boucs émissaires
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 05:30

 

 

Le 31 août, à l'occasion de la présentation du détail des ordonnances sur la modification du Code du travail, le Journal télévisé de France 2 de 20 h était présenté par Julian Bugier et celui-ci demandait au "spécialiste économique" du journal, François Lenglet :

 

  • "Bonsoir François Lenglet. Votre analyse sur le curseur de cette réforme : ce soir, qui est le grand gagnant ?"
  •  
  • François Lenglet : "C'est un texte qui penche clairement du côté patronal..."
  •  

 

Remarque. Ce jugement, cette appréciation de François Lenglet sont d'autant plus remarquables que, comme je l'avais dit lors de précédentes chroniques (le 9 avril 2004 ou le 31 mai 2016), François Lenglet ne cache pas son tropisme libéral. Or, cette fois-ci, il ajoute même, à la fin de son intervention : « Reste bien sûr une question politique : Emmanuel Macron avait promis la flexisécurité. Ce soir, on voit bien la flexibilité, qui est au profit de l'entreprise, mais on voit un peu moins la sécurité pour les salariés. »

 

Alors, si (par euphémisme, évidemment...), même Lenglet le dit...

 

Au cours du Journal est invité le premier ministre, Édouard Philippe, qui cite, parmi les freins à l'embauche, le « coût du travail ».

 

Remarque. Qu'est-ce que le "coût du travail", présenté comme un élément naturel fâcheux (froid intense, canicule, grêle, verglas...), qu'on ne peut éviter mais dont on aimerait réduire au minimum le désagrément ? Que désigne cette périphrase cuistre, si ce n'est le salaire ? Et que signifie cette façon hypocrite de parler, sinon cette réalité crue : « Les salariés français sont trop payés » ? Pourquoi le journaliste ne pose-t-il pas cette question de bons sens qu'un enfant de 12 ans poserait ?

 

Édouard Philippe ajoute : « Nous allons baisser les cotisations salariales et les cotisations patronales ». Or ces cotisations, ce sont celles qui payent, entre autres, les soins médicaux et la retraite. Dès lors qu'on n'alimente plus ces caisses, avec quel argent seront payés les soins et les retraites des salariés, compte tenu qu'il n'est question que de baisser les impôts ? Et si les impôts baissent, où trouvera-t-on la source du financement ?

 

Édouard Philippe dit aussi : « Mais la meilleurs sécurité, pour les salariés, ce n'est pas le droit, c'est la compétence, c'est la formation ».

 

Remarque 1. Cette remarque suit le modèle de la manipulation du sens des termes par la droite et l'extrême-droite lorsque, pour faire passer des mesures liberticides, elles disent : « La première des libertés, c'est la sécurité ». En conférant une extension abusive à un terme, on lui fait signifier n'importe quoi.

 

Remarque 2. En mettant l'accent sur un élément de fait (la compétence, la formation), cette phrase nie, gomme, anéantit plus d'un siècle et demi de droit du travail, de Code du travail, car qu'est-ce que le Code du travail, si ce n'est du droit ?

 

Édouard Philippe dit également : « Nous ne pouvons pas supporter 9 à 10 % de chômage en France ».

 

Remarque. Sauf qu'il ne précise pas à quelles conditions est effectué ce travail. S'il s'agit d'un travail aux conditions de l'Allemagne après les lois Hartz IV, comme le dit Le Monde diplomatique de ce mois, ou comme au Royaume-Uni, avec les contrats "zéro heures", on peut présenter n'importe quelle statistique flatteuse sur le taux d'emploi. Sur les galères du roi d'Espagne (ou de France), où la puanteur était telle qu'on sentait la galère avant de la voir, les galériens étaient employés 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. Ils ne pouvaient donc se plaindre du chômage...

 

Puis on passe à la fiscalité. Julian Bugier :

 

- « Quelques points sur la fiscalité. Beaucoup de mesures ont été présentées, ont été annoncées ces derniers jours, monsieur le premier ministre, avec des revirements, aussi, de calendrier, et un sentiment, parfois, d'inégalité, des cadeaux pour les riches, c'est tout de suite, c'est ce que dit l'opposition, des cadeaux pour les autres, c'est plus tard. On a fait tourner nos ordinateurs pour comparer. Quel impact pour les ménages modestes, quel impact pour les plus fortunés   Magali Boissin et on se retrouve après :

 

[Ici, présentation de trois cas] :

 

- Un ménage qui gagne 8000 euros nets par mois. Il fait 4442 euros d'économie.

- Une famille modeste, qui gagne 2500 euros par mois [si cette famille est qualifiée de "modeste", on se demande comment serait qualifiée une famille qui gagne la moitié...], le gain est de 632 euros par mois.

- Un retraité considéré comme aisé à 2000 euros par mois : il perd 435 euros de CSG.

 

Titiller le Premier ministre sans lui faire trop de mal (par Philippe Arnaud)

Interrogé, le premier ministre conteste ces chiffres. Il commence par dire : « Ce qui m'importe, c'est que le travail paye [...] et nous allons transférer du pouvoir d'achat sur les actifs. »

Julian Bugier dit : « Mais avec cette fameuse “ flat tax ”, le capital sera désormais moins taxé que le travail. Et le premier ministre dit : « Je me permets de terminer mon argumentation, et je vous répondrai évidemment complètement ».... et il n'y revient pas ! Et Julian Bugier ne le relance pas sur ce sujet !

 

Edouard Philippe dit : « Nous pensons que si nous voulons produire plus de richesses pour, ensuite, éventuellement, les distribuer... » [J'ai souligné cet “ éventuellement ” car cet adverbe est révélateur : il signifie qu'une production supplémentaire de richesse pourrait ne pas se traduire par une augmentation de salaire. Autrement dit, que les salariés travailleraient plus pour gagner autant ! Mais alors, pourquoi redistribuer dès maintenant, sans attendre d'augmentation de richesse, de l'argent aux plus aisés et aux entreprises ?]

 

Certes, Julian Bugier a posé des questions gênantes au premier ministre, mais il ne les a pas toutes posées et il n'a pas insisté sur certains points, même s'il a été ironique en commentant le fait qu'un salarié licencié allait toucher 5000 euros d'indemnités au lieu des 4000 euros précédemment attribués, par les mots : « C'est l'Amérique ! ».

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31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 05:48

Merci à Jean Lévy de s'intéresser aux îliens qui se battent chaque jour avec le maquillé de Bri-Bri d'amour pour favoriser des investissements productifs créateurs d'emplois.

 

Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas, a été acquise par Bernard Arnault. ©Eric Fenouil pour Capital.

Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas, a été acquise par Bernard Arnault. ©Eric Fenouil pour Capital.

 

BOLLORÉ, ARNAULT, MULLIEZ :

LES PDG FRANÇAIS CRAQUENT POUR LES ÎLES PRIVÉES

 

Les patrons s'entichent de nos îles. Découverte de leurs plus belles possessions.

 

Tranquillité assurée, voisinage de bon aloi et climat vivifiant. Les îles de Bretagne et leur nature brute sont un havre de paix. Pas étonnant que les P-DG en raffolent. Sur les 800 morceaux de terre éparpillés au large du littoral, une cinquantaine sont privés. Longtemps propriétés de familles du cru, d'agriculteurs ou de congrégations religieuses, elles sont petit à petit rachetées par des grands patrons qui alignent sans barguigner des millions d'euros pour mettre la main sur quelques hectares de terre sauvage.

Le golfe du Morbihan, chouchou des P-DG

Il faut le vouloir, car ces petits bouts de paradis ne sont le plus souvent accessibles que par la mer. Et l'eau potable provient en général d'un puits ou d'une citerne d'eau de pluie. Point d'électricité non plus sans groupes électrogènes ou panneaux solaires. Les photos aériennes réalisées en exclusivité pour Capital dévoilent certains de ces joyaux détenus par des entrepreneurs amateurs d'embruns. Le spot préféré des P-DG amoureux de la Bretagne est le golfe du Morbihan, loin du monde bling bling qu'ils fréquentent sur le continent.

 

 

©Pierre Perusseau / Bestimage. Vincent Bolloré a craqué pour l'île du Loc'h.

Ile des Rimains : la forteresse du frère de NKM

Photo île des Rimains : ©Eric Fenouil pour Capital. Photo Pierre Kosciusko-Morizet :©P.Conrad/Photo 

Pierre Kosciusko-Morizet, cofondateur du site de vente en ligne PriceMinister et actionnaire actif de nombreuses start-up, est le propriétaire de ce caillou de 2 hectares à 800 mètres au large de Cancale (Ille-et-Vilaine). Il l'a acheté à Apollonia Poilâne, fille du célèbre boulanger, qui en avait hérité en 2002 après la mort tragique de ses parents dans un accident d'hélicoptère alors qu'ils se rendaient justement sur l'île. Le montant de la transaction aurait dépassé les 5 millions d'euros selon des sources locales.

Boëdic : un Lyonnais l'a payée une petite fortune

©Eric Fenouil pour Capital. L'île de Boëdic.

C'est au printemps 2014 que Christian Latouche, fondateur de Fiducial, une société de services comptables de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires, a mis la main sur cette perle du golfe du Morbihan comprenant 7 hectares privés (1) et 4 hectares contrôlés par le Conservatoire du littoral (2).

Elle était auparavant la propriété de l'avocat de Jérôme Kerviel et de Françoise Bettencourt-Meyers, Olivier Metzner, qui avait été retrouvé noyé en mars 2013 à proximité de la plage. La star du barreau avait effectué plus de 1 million d'euros de travaux dans le “château” (3), une villa de seize pièces, somptueusement réaménagées. La longère (4) qui donne sur le chenal avait, elle, été transformée en un superbe salon design. Pas superstitieux en dépit du sort funeste de son prédécesseur, Christian Latouche a lâché 4 millions d'euros aux héritiers de l'avocat pour pouvoir s'installer ici.

 

Ile de la Jument : l'héritage des six enfants Mulliez

©Eric Fenouil pour Capital. L'île de la Jument.

Le mouvement des courants semblable à la crinière d'une jument au galop a donné son nom à ce bout de terre du golfe du Morbihan. L'île était la propriété de Stéphane Mulliez, décédé le 15 juin dernier à l'âge de 65 ans. Cousin de Gérard Mulliez, le fondateur d'Auchan, il a créé la chaîne de magasins de jouets Picwic. L'île appartient désormais à ses six enfants. L'entrepreneur nordiste l'avait achetée en 1986 et avait réaménagé la vaste demeure de 300 mètres carrés (en bas à droite) et la petite anse où accostent les embarcations (en haut à gauche). Il y organisait des séminaires, peu chers (89 euros la nuit) et “roots”, puisque l'électricité solaire et l'eau de pluie traitée étaient rationnées. Son dernier combat : tenter de limiter les dommages provoqués par les cormorans, qui ravageaient une partie de ses arbres.

Indigo Island : Bernard Arnault a son morceau de paradis aux Bahamas

©Eric Fenouil pour Capital. Indigo Island, dans l'archipel des Bahamas.

C'est une perle caraïbe que s'est offerte le patron de LVMH. En 1999, Bernard Arnault a acheté la splendide île de Cistern Cay, dans l'archipel des Bahamas, à un homme d'affaires américain en difficulté financière. L'empereur du luxe a négocié ce havre de paix de 54 hectares, à vingt minutes en hydravion de la capitale, Nassau, pour 4 millions d'euros. Rebaptisé Indigo Island, ce bout de paradis vaudrait douze fois plus aujourd'hui !

Le milliardaire n'a pas lésiné pour réaménager l'endroit à son goût. Il a investi 30 millions de dollars pour construire la demeure principale (photo ci-dessus), flanquée d'une piscine, sur le point le plus haut de l'île d'où il jouit d'un pano rama phénoménal sur les eaux turquoise. Les bungalows et le court de tennis ont été construits en bois imputrescible, avec des toits en chaume alang alang, importés d'Indonésie. La marina peut accueillir une dizaine d'embarcations et une flotte de Jet-Ski

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 06:44

Les organisations syndicales italiennes ont contraint le gouvernement à abolir deux dispositifs néfastes pour les salariés : les chèques services et l’irresponsabilité des donneurs d'ordre.

 

Équivalent de la CGT française, la CGIL avait déjà remporté il y a quelques mois la bataille des signatures pour imposer un référendum abrogatif sur certaines dispositions des « lois travail » transalpines : 1,1 million de personnes (500 000 suffisent selon la Constitution) avaient ainsi signé pour abroger ces lois iniques votées d’abord par le gouvernement Berlusconi en 2008 puis renforcées en 2015 par Matteo Renzi – et à côté desquelles la loi El Khomri passerait pour timide.

 

La Cour constitutionnelle avait alors validé le principe du référendum, fixé au 27 mai prochain. Celui-ci devait supprimer en particulier le recours aux fameux « vouchers », ces chèques services (de 10 euros de l’heure) avec lesquels les employeurs pouvaient rémunérer les précaires pour quelques heures de travail (avec des cotisations sociales ultraréduites), mais aussi abroger le principe de non-responsabilité des donneurs d’ordre dans un contrat de sous-traitance ne respectant pas le droit du travail.

 

Le gouvernement de Paolo Gentiloni, successeur de Renzi à la présidence du Conseil suite à l’échec de ce dernier à faire approuver une réforme constitutionnelle en novembre dernier (également) par référendum, n’avait aucune envie de prendre le risque d’une nouvelle consultation populaire.

 

Le Parlement italien a donc voté mercredi 19 avril dans la soirée un texte gouvernemental abolissant les vouchers – dont l’utilisation avait été multipliée par 270 entre 2008 et 2016 ! – et rétabli la responsabilité des donneurs d’ordre. Le référendum du 27 mai n’a donc plus lieu d’être, les syndicats se félicitant de cette issue après des mois de lutte sur ces deux points.

 

Le très social-libéral Parti démocrate, dont une partie de l’aile gauche a fait scission il y a quelques semaines, s’évite ainsi une campagne sur une des lois phares (mais honnie dans la population, surtout des précaires) de l’ère Renzi, alors que des primaires internes au parti doivent avoir lieu le 30 avril en vue de rétablir l’ancien président du Conseil au poste de secrétaire général de la formation. Des circonstances qui ont permis cette victoire syndicale, hautement symbolique.

Une rareté : une victoire de syndicats contre un gouvernement
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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 06:41

 

 

 

Un article du géographe David Teuscher

 

 

Après des études de commerce international, David Teuscher a poursuivi ses études en Master 2 Géopolitique à l’Université de Reims (Mention très bien). Ses recherches de Master 1 portaient sur la guerre économique en France. Elles sont en cours d’approfondissement en vue de les publier. Depuis plusieurs mois, il développe un projet de recherche sur les perspectives d’évolution territoriale des États-Unis.

 

Un rassemblement de suprémacistes blancs à Charlottesville a coûté la vie le 12 août 2017 à une contre-manifestante, tuée par un automobiliste, un homme de 20 ans soupçonné de sympathies nazies, ayant précipité sa voiture dans la foule.

 

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a jugé dans un premier temps que les responsabilités étaient partagées dans ces violences. Vivement critiqué pour cette déclaration, le président américain a tenté le 14 août de rectifier le tir en qualifiant les néo-nazis et le Ku Klux Klan de criminels.

 

La carte ci-jointe de David Teuscher met en perspective géopolitique les divisions ethniques aux Etats-Unis. Sa légende présente un pays multi-ethnique et ses ancrages régionaux, le développement de menaces pour une stabilité interne, et des dynamiques de mouvement et de blocage.

 

Cette carte présente un état des lieux des aires d’établissement privilégiées des populations et des mouvements radicaux établis sur une idéologie ethnique. Des enjeux communautaires s’observent avec la radicalité des hate groups, ou groupes de haine, révélateurs d’idéologies suprémacistes et séparatistes. Ces différences et idéologies ethniques traduisent de véritables lignes de fracture dans la société américaine du melting pot. Fait intéressant : il n’y a pas un État sans groupe de haine.

 

La géographie de la population et l’ethnologie mettent au jour des ancrages territoriaux visibles. Les concentrations de populations sont l’héritage du passé et des peuplements coloniaux du territoire américain. Cette présence de différentes ethnies ne se limitent pas aux frontières des États fédérés, mais les traversent pour devenir transnationale. Dans l’actualité, la frontière Sud cristallise les enjeux migratoires aux Etats-Unis sous l’administration Trump avec le projet de mur pour endiguer et contrôler les flux clandestins et trafics. Son renforcement l’atteste avec les milices, patrouilles, murs, etc.

 

Etats-Unis : différences ethniques
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