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31 décembre 2021 5 31 /12 /décembre /2021 06:13

Repris sur le compte Facebook de Harimampianina Rasolofonirina

 

Le Botswana est devenu le pays le plus développé en Afrique noire, sans tempête, sans bruit. Comment ?

 

Il est interdit d'exporter des matières premières brutes. Une transformation doit d'abord se faire sur place, pour absorber les valeurs ajoutées.

 

C'est ainsi que, premier producteur de diamant, ce pays a fait déplacer la bourse de diamant d'Anvers à sa capitale Gabarone. C'est donc le Botswana qui fixe le cours du diamant.

 

Tout projet de création d'entreprise se fait par déclaration. L'entreprise fonctionne 6 mois avant de déposer les statuts.

 

Tout projet en prévision d'au moins 50 salariés se voit bénéficier d'un chargé de mission de la présidence qui va jouer le rôle de facilitateur.

 

Tout projet de plus de 100 salariés bénéficie d'un site gratuit par l'État pour 10 ans.

 

L'Etat investit énormément dans l'éducation [tous les étudiants ont la garantie de bénéficier de 10 ans d'éducation de base, conduisant à un certificat de qualification junior. Environ la moitié de la population scolaire participe à deux autres années de l'enseignement secondaire menant à l'attribution du Botswana General Certificate of Education (BG)].

 

Les bourses étudiantes varient de 100000f à 150000f /mois, selon le cursus. L'université est gratuite.

 

L'État a obligation de trouver de l'emploi à tous les diplômés de l'enseignement Supérieur, tant dans le secteur public que privé.

 

Le nouveau diplômé bénéfice d'une allocation en attente d'emploi payé mensuellement.

 

Après l'éducation, une grosse partie du budget est attribué à la santé.

 

Les plateaux techniques des hôpitaux de ce pays, n'envient aucun pays au monde.

 

Le tourisme est sélectif pour préserver l'environnement. Le Botswana est entrain de talonner l'Afrique du sud en matière de Safari.

 

Les mandats présidentiels sont de 4×2 non renouvelables. Rarement de contestations post électorales.

 

Le poids de l'armée y est faible.

 

On comprend pourquoi le Botswanais n'émigre jamais [4,5 pour mille] et pourquoi il n'y a pas de fatalité pour le développement des pays africains. Seule la volonté politique compte.

 

[Selon certains scientifiques, mais pas selon tous, l'homo sapiens serait apparu au Botswana il y a 70 000 ans. Le Botswana est sorti du groupe des pays les moins avancés en 1994. Deux points noirs qui n'ont rien à voir : 1/3 des habitants seraient  affectés par le SIDA et le Botswana figure sur la liste française des paradis fiscaux (BG)].

 

 

En illustration : des drones utilisés dans l'agriculture.

 

Le Botswana au même niveau que le Portugal et la Malaisie
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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 06:17

Par Jean Guisnel

 

publié le juillet 2002 (modifié le 12 mai 2019) 

 

Où l’on découvre que le seul officier supérieur à n’avoir pas été rétabli dans ses droits à la suite de la loi de réhabilitation de novembre 2002 est le général Jacques de Bollardière.

 

Un texte de Jean Guisnel, extrait de Les généraux - enquête sur le pouvoir militaire en France (éd. La Découverte, 1990) – fin du chapitre 3 “les généraux et la politique”, de la page 66 à la page 78.

 

 

Pardon contesté pour les putschistes

Amnistier des généraux félons ? Jamais... A la fin de 1982, alors que François Mitterrand et les socialistes sont au pouvoir depuis un an et demi, leur première crise sérieuse va opposer le premier aux seconds. Huit anciens généraux putschistes de 1961 sont au cœur de la très violente controverse qui amènera les députés socialistes conduits par leur président de groupe à l’Assemblée nationale, Pierre Joxe, à amender le projet de loi présenté par le gouvernement de Pierre Mauroy. Le Premier ministre devra finalement faire appel, pour la première fois du septennat, à l’article 49.3 [1] pour faire passer le texte de loi dans son intégralité. En laissant d’un côté quelques cicatrices douloureuses sur les députés socialistes, mais en donnant de l’autre un gage de bonne volonté à l’armée pour laquelle l’épisode algérien reste une source, désormais tacite mais toujours lancinante, de rancune.

 

Lorsque François Mitterrand arrive au pouvoir, le 10 mai 1981, ils ne sont que deux survivants du « quarteron de généraux en retraite » qui, le 22 avril 1961, à Alger avaient tenté la folle aventure du putsch militaire destiné à conserver l’Algérie à la France et à provoquer la perte de Charles de Gaulle. Edmond Jouhaud, 76 ans en 1981, avait été chef d’état-major de l’armée de l’air avant de prendre une retraite anticipée puis de se lancer dans le putsch. Seul pied-noir de la bande des quatre, il avait été libéré de prison en 1967. Son chef dans le réseau terroriste de l’OAS [2] , Raoul Salan - 83 ans en 1981 -, a toujours à cette époque bon pied bon oeil. Charles de Gaulle avait accepté de le libérer de la prison de Tulle en juin 1968 : c’était, pensait-il, le prix à payer - négocié avec le général Jacques Massu à Baden-Baden le 29 mai 1968 - de la sujétion de l’armée au pouvoir pendant les événements de Mai.

 

Les deux autres membres du quarteron, Maurice Challe et André Zeller, sont décédés. S’ils sont les plus connus des généraux putschistes encore vivants en 1981, Salan et Jouhaud ne sont pas les seuls. Il en reste six autres, qui ont joué des rôles subalternes, mais n’en ont pas moins été mis à la retraite d’office : Pierre-Marie Bigot, 73 ans, ancien commandant de la région aérienne d’Alger, libéré en 1965 ; Jacques Faure, 77 ans, représentant des putschistes à Paris, libéré en 1966 ; Marie-Michel Gouraud, 77 ans, commandant le corps d’armée de Constantine, libéré en 1965 ; Gustave Mentré, 73 ans, qui ne fera pas de prison ; Jean-Louis Nicot, 71 ans, major général de l’armée de l’air (il n’avait pas voulu organiser la protection de la métropole contre une possible opération aéroportée des putschistes), libéré en 1965. Enfin André Petit, 72 ans, qui avait accepté le commandement militaire d’Alger, avait été libéré en 1964.

François Mitterrand ne s’est pas précipité. Mais le 29 septembre 1982, un an et demi après l’élection présidentielle, le chef du gouvernement Pierre Mauroy a présenté au Conseil des ministres un projet de loi « relatif au règlement de certaines conséquences des événements d’Afrique du Nord ». Le président avait déclaré quelques jours plus tôt : « Il appartient à la nation, au bout de vingt ans, de pardonner. » En réalité, le travail est mâché : au fil des années, et des différentes amnisties intervenues [3] toutes les condamnations prononcées pendant ou après la guerre d’Algérie ont été effacées. Reste un dernier point à régler, qui n’est pas un détail : 800 officiers, 800 policiers et 400 administrateurs civils renvoyés de la fonction publique entre 1961 et 1963 attendent l’ultime normalisation administrative, la « révision de carrière ». Pour les 8 généraux, le cas est particulier car leur ultime réhabilitation doit prendre la forme d’une réintégration dans le cadre de réserve.

 

Quand Salan vote Mitterrand

 

Lorsque le gouvernement présente son projet de loi, il respecte les engagements pris à de très nombreuses reprises, pendant les vingt précédentes années, par le nouveau président. François Mitterrand a fait part de ses sentiments dès le 18 mai 1962 lorsque, cité par la défense devant le Haut Tribunal militaire qui jugeait Raoul Salan, il était venu rappeler que ce dernier avait fait l’objet d’un attentat en 1957, qui lui avait laissé la vie sauve, non sans provoquer la mort de son accompagnateur, le commandant Ridier : « Commencer à tuer un Français parce qu’on n’est pas d’accord avec lui, cela oblige à poser cette question : quand donc la patrie reconnaîtra-t-elle les siens ? » déclare-t-il à la barre.

 

En 1966, avec Guy Mollet et Gaston Defferre - qui déclarait quelques années plus tôt à propos des tueurs de l’OAS « qu’on les pende, qu’on les fusille » -, le futur président dépose une proposition de loi prévoyant « la réintégration de plein droit dans les fonctions, emplois publics, offices publics ou ministériels ainsi que les divers droits à pension ». Deux ans plus tard, en 1968, Gaston Defferre dépose un amendement - repoussé par l’Assemblée mais voté par les socialistes - proposant le rétablissement dans leur grade et fonction de tous les fonctionnaires impliqués dans l’OAS. Lors du débat sur la loi d’amnistie de 1974, les socialistes avaient proposé des amendements - repoussés - qui réclamaient, sans évoquer explicitement le cas des putschistes, qu’elle soit plus large. Les généraux rebelles, que cette loi d’amnistie réintégraient dans l’armée pour les mettre aussitôt à la retraite d’office, auraient pu considérer qu’ils ne s’en tiraient pas trop mal. Ce ne fut pas le cas.

 

Lors de la campagne présidentielle et sans trop se forcer, François Mitterrand avait tenu à donner de nombreux gages aux rapatriés d’Algérie, à ces pieds-noirs - souvent, mais pas toujours, sympathisants de l’OAS - qui entendaient saisir l’occasion pour que l’éponge soit passée une fois pour toutes. Celui qui n’est encore que candidat et qui aimait, dit-on, à rappeler en privé que « Mazarin a bien pardonné à la Fronde » suivait ces affaires de très près. Depuis près de dix ans, quelques-uns de ses proches travaillaient sur ces dossiers sensibles avec Jacques Roseau, porte-parole de l’association le Recours ; parmi eux se trouvaient l’avocat Jacques Ribs, qui deviendra conseiller à l’Elysée après le 10 mai 1981, et Georges Dayan, natif d’Oran et le plus proche ami de François Mitterrand. Au parti socialiste, dont le siège se trouvait encore place du Palais- Bourbon, des réunions régulières se tenaient autour de Pierre Bérégovoy et de Laurent Fabius.

La perspective de l’élection présidentielle accélère le processus : en mars 1981, Jacques Roseau et Guy Forzy, président du Recours, rendent discrètement visite dans son appartement parisien à Raoul Salan. Ils lui annoncent clairement leur intention d’appeler les rapatriés à voter pour François Mitterrand. Le vieux chef des félons qui tient la clé du vote de la frange la plus dure des anciens partisans de l’Algérie française - plusieurs dizaines de milliers de bulletins de vote - leur fait passer quelques jours plus tard son message d’acceptation par le colonel Jean Gardes, président de l’association des anciens militaires détenus : d’accord pour appeler à voter Mitterrand !

 

D’ultimes tractations se déroulent jusqu’à ce que, le 4 avril 1981 à Avignon, le candidat socialiste formalise publiquement quinze promesses aux rapatriés, rédigées par Jacques Ribs, Michel Charzat et Pierre Bérégovoy. Parmi celles-ci se trouve la promesse : « Une amnistie totale sera enfin réalisée, effaçant les séquelles de toute nature des événements d’Algérie. » Entre les deux tours de l’élection présidentielle, le 7 mai 1981, un congrès extraordinaire réuni pour l’occasion par le Recours à Montpellier reçoit un télex urgent du PC de campagne socialiste. Le candidat Mitterrand est particulièrement explicite : « Je vous confirme ma volonté, déjà ancienne, de mettre un terme définitif aux problèmes des rapatriés, spécialement en ce qui concerne l’amnistie, dont je voudrais que tous comprennent que dans un esprit de profonde union nationale je la souhaite intégrale, effaçant toutes les séquelles, même de carrière, du drame algérien. » La réponse du Recours est limpide et brève : « Prendrons position sanction Valéry Giscard d’Estaing. Fin de message. »

 

Lutte fratricide

 

Alors que le projet de loi présenté au Conseil des ministres ne semblait pas devoir soulever de problèmes particuliers à l’Assemblée, le retour de Pierre Joxe d’un voyage en URSS marque soudain le début des hostilités entre le groupe socia­liste, soutenu par une large frange de l’opinion publique qui contribuera par la suite à gonfler les rangs des « déçus du socialisme », et le gouvernement. Joxe, pour plusieurs raisons, ne veut pas entendre parler d’amnistie. L i qui effectua son temps de service à la sortie de l’ENA comme officier de la sécurité militaire en Algérie à la fin des hostilités n’avait pas à l’époque la moindre faiblesse pour les officiers félons. Il ne se renie pas. Second motif justifiant son attitude : son père Louis Joxe, ministre du général de Gaulle, avait été l’un des principaux négociateurs des accords d’Évian qui aboutirent à l’indépendance de l’Algérie en 1962, et sa tête avait été mise à prix par l’OAS. Il ne le pardonne pas. Ce refus net, que François Mitterrand lui-même ne pourra ébranler, n’aurait cependant pas pu s’exprimer aussi fortement s’il n’avait trouvé un très large écho chez les députés socialistes.

 

Le 20 octobre au soir, le bureau exécutif du PS demande le retrait du texte ou l’exclusion des putschistes de son bénéfice. Le 21 octobre, jour même du vote, Paule Dayan, chargée de relations entre l’Elysée et le Parlement et fille de Georges Dayan, arrive à la réunion du groupe porteuse d’un texte confirmant que la loi d’amnistie exprime bien la volonté présidentielle. Elle est interdite de parole par Pierre Joxe qui, avec l’aide d’Alain Richard et de Jean-Pierre Worms, a définitivement convaincu ses collègues. Le secrétaire d’Etat aux rapatriés Raymond Courrière a beau se démener en faveur du texte, et guerroyer à la tribune, rien n ’y fait. Galvanisés, les socialistes rebelles, qui ont trouvé des soutiens très précieux sur les bancs communistes et gaullistes, votent en leur compagnie l’amendement qui exclut les généraux de la loi.

 

Camouflet pour l’Élysée, ce geste déclenche la fureur des rapatriés et l’inquiétude discrète de l’armée. Le chef d’état-major des armées, le général Jeannou Lacaze, prend langue avec le ministre Charles Hernu et lui rappelle que les militaires « sont très sensibles à ce genre de choses » ; aussitôt, Hernu envoie un petit mot à Courrière dans lequel il lui fait part du message... Le secrétaire d’Etat aux rapatriés n’avait guère besoin de cet avertissement : il avait tant pris à coeur « son » texte de loi que l’adoption de l’amendement provoquera chez lui un malaise cardiaque, le soir du vote. Quelques semaines plus tard, l’habileté tactique présidentielle commence à faire son oeuvre : les sénateurs socialistes dûment chapitrés par l’envoyé élyséen Michel Charasse s’abstiennent comme par enchantement d’amender le texte de loi, y compris ceux qui - comme Marcel Debarge - avaient voté en faveur de l’amendement lors de la réunion du bureau exécutif le 20 octobre.

 

Les textes adoptés par les deux assemblées parlementaires ne l’ayant pas été en des termes identiques, le projet de loi doit repasser en seconde lecture devant l’Assemblée nationale. Mais ni Pierre Joxe ni les députés n’ayant malgré les objurgations l’intention de se déjuger, le Premier ministre doit se résoudre à demander l’autorisation d’engager la responsabilité de son gouvernement. Le 23 octobre, Pierre Mauroy clôt l’affaire à la tribune de l’Assemblée et affirme que les généraux félons ne bénéficient pas d’une clémence démesurée, que la guerre d’Algérie est loin : « De toutes les images qui en restent, l’une des plus insupportables est sans doute celle de soldats et d’officiers qui se sont dressés contre la République [...]. Vingt ans se sont depuis écoulés, et au fil des années bien des pas ont été effectués dans la voie du pardon. [...] Le pardon n’est pas l’oubli. Il n’implique aucune approbation des faits qui, hier, ont provoqué des condamnations. Mais la société française doit aider à l’apaisement des esprits. Elle doit aider à refermer les plaies. C’est le rôle du gouvernement. C’est l’engagement qu’il avait pris devant le pays lors du dernier scrutin présidentiel. Cet engagement doit donc être tenu. Il le sera. »

 

Huit généraux rebelles à la République et à ses lois rentrent donc, en cette deuxième année du septennat, dans le giron national. Autant que les députés, de nombreux électeurs socialistes durent avoir quelque mal, ce soir-là, à digérer ce pardon mitterrandien imposé à la hussarde. Mais dans le concert des voix qui avaient réclamé que les putschistes ne bénéficient pas de la réintégration dans les cadres, il en était au moins une qui avait sonné un peu plus tristement que d’autres, celle du général François Binoche... Ce compagnon de la Libération avait été de ceux qui, en poste en Algérie lors du putsch, avaient contribué à son échec en refusant de suivre les rebelles. Dans un texte publié après le débat parlementaire [4], il s’indigne du fait que les officiers fidèles n’aient jamais reçu de récompense pour leur action : « Quelles mesures a-t-on prévues pour les cadres, officiers et sous-officiers de carrière, loyaux envers le gouvernement et qui, avant ou après l’appel du général de Gaulle, entravèrent l’action des putschistes, bloquant les rouages et les services du commandement et s’assu­rant du contrôle des troupes dont ils s’estimaient responsables ? Non seulement leur attitude et leur courage ne furent en aucun cas l’objet d’une quelconque récompense, ce qui n’aurait été que justice, mais ils furent soumis à toutes sortes de vilenies et de vexations ayant pour but final leur départ de l’armée. »

Etrange situation que celle du général Binoche. Car alors que les généraux de l’OAS sont désormais de nouveau membres de l’armée en cette fin de 1982, il est toujours, lui, en retraite d’office. Il n’a bravé aucune loi, ne s’est pas rebellé contre ses chefs ou contre la République. Plus simplement, il a dit ce qu’il pensait, il a de la sorte « contrevenu au devoir de réserve ». On aurait pu penser que le nouveau président aurait préféré commencer par le réintégrer, lui et ses collègues Antoine Sanguinetti et Jacques de Bollardière. Manifestement, ce n’était pas le plus urgent !

 

Les trublions, à la porte !

 

Trois hommes aussi différents que possible. Trois officiers généraux aux faits de guerre incontestables, et d’ailleurs incontestés. Tous trois jugés trop bavards par des présidents de la République aimant plus que quiconque les militaires muets, et qui leur firent payer très cher leur volonté de s’exprimer publiquement. Le premier à avoir fait preuve de ces velléités est Jacques Paris de Bollardière ; en juillet 1973, il est arrêté par la marine nationale au large de Mururoa sur un navire appartenant à des militants antinucléaires néo-zélandais, le Fri, en compagnie du journaliste Brice Lalonde, du prêtre Jean Toulat et de l’écrivain Jean-Marie Muller. Venu pour protester contre les explosions nucléaires atmosphériques que pratique encore la France à cette époque, Jacques Paris de Bollardière n’est pas un inconnu : saint-cyrien, mais sorti sergent de l’Ecole spéciale militaire pour cause d’insubordination chronique, condamné à mort en 1940 par un tribunal militaire vichyste, compagnon de la Libération, général en 1956 (à 48 ans), il a pris vigoureusement position contre la torture en Algérie en mars 1957.

 

Sa carrière militaire est dès lors compromise, mais il attend cependant le putsch des généraux pour démissionner et demander son admission dans la seconde section : « Dans cette période où l’hésitation et l’attentisme de beaucoup m’écoeuraient, j’éprouvais le besoin d’un choix clair [5] », expliquait-il quelques années plus tard. Georges Pompidou, président de la République, n’a pas bien pris le voyage tropical du général, et tranche rapidement son cas : le 25 juillet 1973, le Conseil des ministres décide de le mettre à la retraite, à titre disciplinaire. Le commandant Jean Blondel, secrétaire de sa promotion de Saint-Cyr, lui envoie alors un courrier au nom de ses camarades pour lui rappeler leur conception commune de la pratique politique d’un officier : « La servitude militaire, qui fait aussi la grandeur de son état, lui impose une réserve absolue à l’égard des propagandes ou des prises de position équivoques et malsaines, surtout quand elles utilisent son sang et ses services passés à des fins politiques discutables [6]. »

Le général de division François Binoche, comme Jacques de Bollardière, est compagnon de la Libération. Mais en plus, il est gaulliste. Et même gaulliste de gauche notoire. Après avoir quitté l’armée en 1970, il a repris du service en 1975 dans la revue L’Appel qu’éditent des fidèles de l’homme du 18 juin 1940. Alors que le président Valéry Giscard d’Estaing se pré­pare à se rendre à Bonn en visite officielle et compte y discuter avec Willy Brandt, à cette occasion, de la mise en service des missiles nucléaires Pluton, François Binoche fait état de ses anciennes fonctions de gouverneur militaire français de Berlin pour s’en prendre vigoureusement à l’Allemagne. Celle-ci, à le croire, « est restée immuable de Bismarck à nos jours » et il voit dans la soumission de la France « un effroyable retour en arrière ». La sanction ne se fit pas attendre et le général fut mis d’autorité à la retraite.

 

Dans un autre genre, Antoine Sanguinetti est également très tonique. Vice-amiral d’escadre et major général de la marine nationale, il considère que Valéry Giscard d’Estaing n’est pas un président à la hauteur, et que ce n’est pas avec lui que la France pourra faire sienne une ambitieuse politique navale. Tant que de tels avis sont proférés dans les dîners en ville, celui qui les tient ne risque rien. Le problème, c’est qu’Antoine Sanguinetti - en bon Corse - a le sang chaud. Et il écrit ce qu’il pense : une première publication en 1975 lui vaut d’être rétrogradé à la présidence de la commission d’essai des bâtiments neufs. Ce qui ne l’empêche pas de tirer une nouvelle bordée en janvier 1976 : le ministre de la Défense Yvon Bourges le convoque alors et lui intime l’ordre de ne plus écrire ; au risque pour l’amiral en cas de récidive de subir une sanc­tion disciplinaire et d’être mis à la retraite d’office. Naturel­lement, l’amiral remit le couvert à plusieurs dizaines de reprises, finit par publier à nouveau une série de papiers dans Le Monde en juin 1976 ; il fut mis en retraite d’office la semaine suivante par le Conseil des ministres. Ce qui ne l’a pas empê­ché de demeurer particulièrement actif au parti socialiste dont il fut finalement exclu pour une sombre histoire de candida­ture sans investiture en Corse, puis dans le mouvement de I< l’appel des cent » contre l’implantation de fusées américai­nes en Europe au début des années quatre-vingt ; sans oublier la Ligue des droits de l’homme, dont il demeure un très actif militant.

 

 

Réhabilités à la sauvette

Ainsi donc, en novembre 1982, les putschistes d’Alger sont-ils réintégrés dans tous leurs droits et prérogatives par le Parlement, alors que Bollardière, Binoche et Sanguinetti se morfondent toujours dans le statut de retraités. Leur réhabilitation faisait pourtant si peu de doute que le général Jeannou Lacaze, chef d’état-major des armées, avait fait savoir au ministre Charles Hernu, dans les semaines qui avaient suivi son arrivée, qu’il ne serait pas convenable de les réintégrer sans que Salan, Jouhaud et leurs collègues le soient aussi... De fait, le cas des trois sanctionnés est très différent de celui des anciens membres de l’OAS. Dans une note adressée le 15 novembre 1982 à Michel Delebarre, directeur de cabinet du Premier ministre, Maurice Benassayag, directeur de cabinet du secrétaire d’Etat aux Rapatriés, évoque le casse-tête qu’avait provoqué le ministère de la Défense en pensant résoudre les avatars parlementaires de l’amnistie. Ce dernier avait en effet suggéré que, dans le texte de loi d’amnistie des putschistes et pour calmer les socialistes, la mention « sont réintégrés » soit remplacée par « peuvent être réintégrés ».

 

Et Benassayag de répondre que « cette rédaction, si elle doit concerner les autres termes du texte initial, ne vise que les généraux amnistiés en 1974 et donc exclurait toute possibilité d’adjoindre Sanguinetti, Binoche et de Bollardière. Si le texte est modifié sous la forme "peuvent être réintégrés", les géné­raux de Bollardière, Sanguinetti et Binoche pourraient être pris en compte. Mais accepteront-ils d’être assimilés aux généraux d’Alger ? Ces généraux d’Alger demanderont-ils à bénéficier de ce qui pourrait apparaître non pas comme une volonté de la représentation nationale mais comme l’expression d’une grâce présidentielle ? ». Finalement, le sort des « trois » ne sera d’aucune manière lié à celui des putschistes. Mais se pose alors le problème de l’impossibilité de réintégrer des retraités dans la réserve, autrement que par une loi. C’est finalement Charles Hernu qui prit un arrêté dans une quasi-clandestinité, et en avisa personnellement les bénéficiaires par téléphone. Le général de Bollardière fut le seul à refuser cette mesure : il estimait que ce geste bien tardif était malvenu de la part d’un président qui était venu lui rendre visite le 25 juillet 1973 à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, avant de déclarer à la sortie :

 

« Sur le plan politique, le parti socialiste a toujours estimé les expériences nucléaires inutiles et dangereuses. La signification politique de mon geste doit être comprise par tous [7]. » Charles Hernu - qui entreprit pourtant des réformes autrement plus importantes - ne jugea pas utile de revoir les textes régissant l’expression des militaires en général, et des officiers généraux en particulier.

 

« Ne pas franchir le seuil de la polémique »

 

La liberté d’expression des militaires est régie par deux textes distincts. Le statut général des militaires qui rappelle dans son article 7 le socle des démocraties, à savoir que « les opinions ou croyances, philosophiques, religieuses ou politiques sont libres ». Mais c’est pour ajouter aussitôt que « les militaires en activité de service doivent obtenir l’autorisation du ministre lorsqu’ils désirent évoquer publiquement des questions politiques ou mettant en cause une puissance étrangère ou une organisation internationale ». Le second texte de référence est une instruction ministérielle publiée par le ministre de la Défense, Michel Debré, le 29 septembre 1972. Il précise que les militaires sont tenus, comme tous les fonctionnaires, au devoir de réserve. Dont l’appréciation est laissée pour une large part à l’analyse personnelle : « L’étendue de ce devoir varie évidemment en fonction de la situation personnelle de chacun, caractérisée notamment par le grade détenu et par l’emploi occupé, en fonction aussi des circonstances et en particulier de la diffusion qui est susceptible d’être donnée aux points de vue exprimés. Mais chacun, en fonction de ces différents éléments, doit être en mesure d’apprécier ses respon­sabilités propres. Dans tous les cas aussi, chacun veillera à ce que l’usage de sa liberté d’expression n’aboutisse pas à franchir le seuil de la polémique sur le plan des personnes ou des différentes catégories de personnel que comprennent les armées. »

Jean Guisnel
 

 

[1L’article 49, alinéa 3 de la Constitution de 1958 prévoit qu’un texte présenté par le gouvernement est considéré comme adopté par l’Assemblée, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures, est votée par une majorité de députés.

[2L’Organisation de l’armée secrète est directement responsable de 1 500 assassinats, pour la plupart entre mars et juin 1962.

[3Décret du 22 mars 1963, lois du 23 décembre 1964, du 17 juin 1966, du 31 juillet 1968, du 16 juillet 1974.

[4Général François BINOCHE, « A sens unique ", Le Monde, 28 octobre 1982.

[5Général Jacques PARIS DE BOLLARDIÈRE, Bataille d’Alger, bataille de l’homme, Desclée de Brouwer, Paris, 1972, p. 110.

[6Jean TOULAT, Un combat pour l’homme, le général de Bollardière, Le Centurion, Paris, 1987, p. 137.

[7Jean-Marie MULLER, « Vous avez dit pacifisme ? » De la menace nucléaire à la défense civile non violente, Cerf, Paris, 1984, p. 83.

 

 

Si tu ne sais pas torser le bombe, tu n'es pas un vrai militaire ! 

La réhabilitation des généraux putschistes, en 1982
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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 06:00

La présence de la France dans la zone euro ne semble plus faire débat, y compris dans la gauche de gauche. N'étant pas économiste de formation (et quand bien même...), je n'ai pas d'opinion tranchée en la matière, tout en pensant de manière pragmatique que ce qui fait plaisir aux banquiers de Francfort (comme s'ils ne faisaient que mettre en pratique leur principal slogan : “ Nous veillons la stabilité des prix et à la sécurité de votre argent ” ) n'est pas forcément bon pour les Européens de base.

 

Je reproduis ici une brève analyse de Jacques Sapir, hostile à l'euro depuis bien longtemps.

 

20 ans après la mise en circulation de l'euro, Jacques Sapir dresse le bilan économique peu reluisant de la monnaie unique. Pour l'économiste, le choix de rester dans la zone euro est avant tout politique. Le 1er janvier 2002, il y a 20 ans de cela, nous faisions connaissance avec les premiers billets en euro. Ce dernier existait déjà depuis 1999 en réalité. Les comptes bancaires étaient déjà comptabilisés en euro et les parités des monnaies des pays de la zone euro étaient bloquées, afin de respecter leur valeur en euro. Mais c’est bien la date de 2002 qui est symboliquement restée dans les mémoires.

 

Des promesses non tenues

 

Bien des promesses entouraient la nouvelle monnaie. On annonçait l’unification des marchés. Il n’en fut rien. Même pour les actifs financiers, les écarts de taux d’intérêts entre les pays membres sont restés substantiels.

 

Des dirigeants européens, Jacques Delors et Romano Prodi, avaient affirmé à l’époque que l’euro allait favoriser la croissance européenne. Certains avaient même prétendu que la monnaie unique devait engendrer, de par sa seule existence, un taux de croissance plus élevé de 1 % à 1,5 %. En fait, la croissance fut constamment plus faible dans la zone euro que dans les autres pays développés. Les écarts furent importants par rapport aux pays européens qui sont restés hors de la zone euro, comme la Norvège, la Suède et la Suisse ou le Royaume-Uni.

 

Ce fut aussi le cas pour la France. Le statistiques de l’INSEE montrent bien le freinage important de la croissance, et ce dès avant la crise de 2008-2009. Ce freinage a été fort bien décrit dans l’ouvrage collectif publié par Biböw et Terzi en 2007 [1]. Les données disponibles montrent que la crise de 2008-2009 a de plus cassé la croissance, et que les politiques mises en œuvre à partir de cette crise ont eu un effet très délétère sur l’économie. Les pertes en richesse furent importantes. Si l’on calcule le PIB sans l’effet de l’euro, ce dernier était en 2017 plus élevé de 12,5% que le PIB «réel» obtenu avec l’euro. On constate aussi que l’écart s’est accru progressivement à partir de 2003 et qu’il avait atteint, en sommes cumulées, 2025 milliards d’euros en 2017, soit environ 94% de la valeur du PIB réel pour cette année. L’euro nous aurait donc, sur 20 ans, fait perdre l’équivalent d’une pleine année de PIB. Ce n’est hélas pas tout.

 

L'euro, le chômage de masse et la balance commerciale

 

L’euro a eu des conséquences funestes sur l’emploi. D’abord, lors de la période dite de «convergence» où la France, pour se «qualifier» pour l’euro, a dû mettre en place des politiques restrictives dont l’impact sur l’emploi a été dramatique.

 

Ensuite, si la France était restée hors de l’euro et avait connu une plus forte croissance, le nombre de chômeurs serait passé de plus de 5 millions à 1,5 millions, autrement dit une réduction de 70% ! Bien entendu, ce calcul est théorique et ne tient pas compte des problèmes de formation professionnelle. Mais l’on peut penser que le nombre des «chômeurs» tel qu’estimé à travers les catégories A+B+D de Pôle Emploi se serait stabilisé autour de 1,8/2,0 millions et non de 5 millions comme aujourd’hui.

 

Sur le commerce extérieur, les conséquences de l’euro ont été calamiteuses. Les études du FMI [2] le montrent bien. L’écart potentiel avec l’Allemagne apparaît bien dans ces études. L’économie française souffre d’une surévaluation liée à l’existence de l’euro que l’on peut estimer entre 26% et 43% avec l’Allemagne. Cela est dû à la fois à la surévaluation générale impliquée par l’existence de l’euro, mais aussi à la sous-évaluation qu’entraîne l’euro spécifiquement pour l’Allemagne. On voit que le montant de l’écart est tel qu’il ne peut être combattu par des changements dans la structure de la fiscalité (et de la parafiscalité) en France, car ces changements jouent au maximum sur 5% à 10% du coût. Ce décalage explique, dans une très large mesure, l’ampleur actuelle du déficit commercial de la France, alors que le pays était à l’équilibre, voire en léger excédent, au début des années 2000.

 

L’euro peut-il évoluer ?

 

L’euro a été en crise, de fait, dès sa naissance. Mais les évolutions actuelles, du fait de la pandémie de la Covid-19, sont-elles de nature à changer cette situation ?

 

La Banque centrale européenne a mis sur pied un programme spécial de rachat des dettes publiques, le PEPP (Pandemy Emergency Purchasing Program). Les rachats de titres auxquels l’Eurosystème, soit le réseau des Banques centrales des pays de la zone euro, s’est livré dans le cadre de la lutte contre la crise sanitaire, soit 1 063 milliards d’euros en un an, portant ainsi les avoirs à 3 695 milliards d’euros contre 2 632 milliards en 2019 soit un accroissement de 40%, et en particulier les rachats au titre du PEPP pour un montant de 754 milliards, ont été techniquement faits par les Banques centrales de chaque pays, sous mandat de la BCE. Est-il imaginable que cette forme de décentralisation de la politique monétaire soit consolidée, voire approfondie ? 

 

De fait, la BCE ne peut soutenir les politiques économiques générales de l'Union que si cela ne porte pas atteinte ou n'entre pas en conflit avec l'objectif de stabilité des prix. La BCE est supposée se cantonner aux soutiens des politiques et n’a pas la compétence d'élaborer une politique de manière autonome dans le domaine de la politique économique [3]. Enfin, le soutien de la BCE aux politiques économiques générales de l'Union ne peut être accordé que conformément à ses missions fondamentales [4]. Les possibilités d’évolution apparaissent ainsi comme des plus limitées.

 

Le choix de rester dans l’euro est un choix essentiellement politique, qui sous-tend un objectif implicite, jamais présenté aux Français, de dissolution de la Nation dans un cadre fédéral. Il est plus que temps de remettre en cause ce choix et de forcer le gouvernement à un débat honnête sur cette question, au nom de laquelle il sacrifie aujourd’hui la vie et le futur de millions de gens.

 

Notes

 

[1] Bibow J. et A. Terzi (dir.), Euroland and the World Economy: Global Player or Global Drag?, New York (N. Y.), Palgrave Macmillan, 2007

[2] Voir http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2017/07/27/2017-external-sector-report et http://www.imf.org/en/Publications/Policy-Papers/Issues/2016/12/31/2016-External-Sector-Report-PP5057 

[3] Ioannidis M., Hlásková Murphy S.J., Zilioli C., « The mandate of the ECB : Legal considerations in the ECB’s monetary policy strategy review », Occasional Paper Series, n° 276, septembre 2021, Frankfurt am Main, European Central Bank, 2021, p. 17. 

[4] Article 127, paragraphe 2, TFUE et article 3 des statuts du SEBC et de la BCE.

En savoir plus sur RT France.

 

Á Francfort, l'euro a sa statue...

 

L'euro a vingt ans
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12 décembre 2021 7 12 /12 /décembre /2021 06:32

Je reproduis ici une réflexion (tirée de son blog) de Michel Cialdella ("le citoyen Michel") sur les mutuelles et la sécurité sociale.

 

On entend souvent dire : « le mouvement mutualiste, conquête de la classe ouvrière, fut le précurseur de l’installation à la Libération de la Sécurité sociale ». 

 

La réalité historique est beaucoup plus compliquée que cela. 

 

Si durant la moitié du XIXe siècle, elles sont étroitement liées au mouvement ouvrier (1) notamment avec les « sociétés de résistance » issue de la Mutualité qui ont dominé le mouvement social et politique de cette période et ont largement commandé l’évolution qui a conduit à la révolution de 1848. Dans la période suivante, l’on assiste à la dissociation des sociétés de « secours mutuel », à vocation d’entraide sociale, et des syndicats de salariés, à vocation de défense ouvrière. 

 

Le patronat va s’appuyer sur les sociétés de secours mutuel, voire même en provoquer la création et le développement, pour faire pièce au syndicalisme. Ces sociétés vont être un instrument du paternalisme social qui marque profondément la deuxième moitié du siècle. 

 

Au XXe siècle, les dirigeants du mouvement mutualiste appartiennent alors, pour la plupart à la bourgeoisie aisée, aux cadres salariés, aux professions indépendantes, industrielles, commerciales, ou libérales. Pas d’ouvrier… 

 

D’ailleurs c’est un avocat, Henri Vermont qui a présidé « l’Émulation chrétienne » (à l’époque probablement la plus importante mutuelle interprofessionnelle de France) de 1871 à 1928. Au 5e congrès de la Mutualité française en 1895 (année de création de la CGT) Henri Vermont a reçu le pouvoir de représenter 45 sociétés de secours mutuel. Il affirme que les vrais mutualistes ne veulent pas d’une mutualité professionnelle. « Ils préfèrent de beaucoup la mutualité aux syndicats où l’on ne peut entrer, le plus souvent, qu'en abdiquant sa liberté (…). La Mutualité est un instrument de pacification entre les classes qui s’y rencontrent, tandis que le syndicat est une machine de guerre sociale ». (La classe ouvrière ?) 

 

Le Peuple, journal de la CGT, à l’occasion du congrès de Lyon de la FNMF, dénonce le renforcement du poids des notables au sein de l’institution : « La fédération nationale ? Un aréopage de Messieurs amplement décorés et cherchant à obtenir, au hasard des cérémonies officielles quelques colifichets supplémentaires… À Lyon, nous avons estimé les 900 ou 1000 délégués présents aux discussions. Nous sommes arrivés à cette singulière constatation les trois quarts au moins n’étaient pas des usagers de la Mutualité, hormis les membres de l’opposition, et pas tous encore ! Les congressistes étaient des patrons, des commerçants, des médecins, des avocats… » (2). Vous avez dit « classe ouvrière » ? 

 

La Mutualité a réservé un accueil très favorable à la « Charte du travail » de Pétain (publiée le 4 octobre 1941). Cette loi décrète l’abolition de la lutte des classes. « La charte du travail est manifestement destinée à casser les reins du syndicalisme » (2). La FNMF voit dans cette tentative de résorber les oppositions sociales par un processus institutionnel, une rencontre avec ses propres positions idéologiques. 

 

En 1942 l’Union Départementale Mutualiste de l’Isère porte une appréciation semblable : « Nous vous rappelons simplement que les buts principaux que la « Charte » se propose d’atteindre sont de demeurer étranger à toute discussion politique et de réaliser le rapprochement confiant entre patrons et ouvriers » (2). L’allégeance au régime de Vichy semble avoir été la règle parmi les Unions Départementales. L’engagement maréchaliste des dirigeants de l’union ne fait d’ailleurs aucun doute. D’ailleurs Léon Heller, président de la FNMF depuis 1930 participe tranquillement à la délégation spéciale du conseil de Paris, mis en place par les occupants ! (2) 

 

La résolution de clôture du Congrès de Lyon se conclura par un hommage appuyé au chef de l’État : « Les délégués (…) adressent au maréchal de France, chef de l’État, l’hommage de leur respectueux dévouement et de leur plus vive gratitude pour la bienveillante sympathie dont il lui a plu de donner des preuves à l’institution si parfaitement française qu’est la Mutualité ». (2) 

 

Au début de l’année 1943, Marc Degas, directeur général des services de la FNMF souligne l’efficacité de l’apport mutualiste dans la réalisation des objectifs sociaux de la Charte : « les sociétés de secours mutuel ont réalisé le rapprochement confiant des patrons et des ouvriers au sein de leur conseil d’administration et constituent le terrain le plus propice au développement de l’esprit d’entente et de compréhension réciproque » (2). Pour la défense de la classe ouvrière, il y a mieux ! 

 

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que la Mutualité Française, en 1945, s’oppose à la Sécurité sociale. 

 

À propos de l’ordonnance du 4 octobre, la Mutualité française craignant que la dernière heure de leur mouvement n’ait sonné, ses dirigeants firent placarder sur tous les murs de France une affiche sur laquelle figurait un texte alarmiste où l’on pouvait lire notamment : (3)

 

« On porte gravement atteinte aux libertés des assurés… 

 

On veut instituer dans chaque département un régime de caisse unique, froide et bureaucratique, où les assurés seront intégrés pêle-mêle, sans leur consentement… 

 

On va provoquer inconsidérément une désorganisation catastrophique dont les assurés sociaux seront les victimes, on condamne ainsi à l’échec les améliorations de prestations d’assurance sociale péniblement acquises… » 

 

Non seulement elles n’ont pas fait dans la nuance, mais elles se sont gravement plantées ! 

 

Dans la même logique, la Mutualité française a soutenu les ordonnances Juppé ainsi que la loi dite Douste-Blazy espérant pouvoir jouer un rôle important dans le fonctionnement de notre sécu. Plantée une fois encore…. 

 

Pour siéger depuis 18 ans à la CAPM de Grenoble dans le conseil d’administration de laquelle siègent également des représentants de la mutualité, j’ai pu constater que la Mutualité française ne s’opposait quasiment jamais au patronat. La classe ouvrière est bien défendue ! 

 

- Aujourd’hui les lois émanant de l’Europe libérale obligent les mutuelles à avoir de fortes réserves. 

 

- Le fait qu’elle soit en concurrence les unes avec les autres. 

 

- Que 70 % d’entre elles aient jusqu’à six niveaux de prestations et donc de cotisations. 

 

Ces éléments font qu’elles s’éloignent à leur corps défendant (quoi que…) de plus en plus du système de sécurité sociale français élaboré par le Conseil National de la Résistance où l’on cotise selon ses moyens et l’on reçoit en fonction de ses besoins. 

 

Un livre récent (4) questionne des acteurs de la protection sociale. Jean-Pierre Davant, président actuel de la FNMF (la plus grosse fédération de mutuelles) livre sans retenue son fiel en se croyant intelligent. 

 

 

Quelques extraits : 3 

« Avec les médias en embuscade qui n’ont jamais été très clairvoyants en matière de santé. Mobiliser l’opinion comme ils le font quand une maternité menace de fermer, c’est rendre un mauvais service aux citoyens. Mieux vaudrait, pour les futures mamans, parcourir quelques kilomètres de plus, mais les médias jouent sur le sensationnel au lieu de remplir leur rôle » 

« Les syndicats… représentent les personnels hospitaliers et les intérêts corporatistes de certains salariés. Comment dans ces conditions, prendre en compte l’intérêt général ?(*) » 

« Le paritarisme, c’est bon pour gérer l’emploi, mais, pour gérer la santé, ça ne passe pas ! Pourquoi avoir ramené les syndicats au sein de l’assurance-maladie alors qu’on aurait très bien pu imaginer de faire appel à la société civile ? (**) Au surplus, les syndicats ne veulent pas assumer la gestion (***). Ils veulent en être parce que c’est un lieu de pouvoir. Ils veulent en être au nom de vieux schémas hérités de 1945, selon lesquelles il s’agit de l’argent des travailleurs(****). Mais le système fut en réalité financé par la CSG et les cotisations des consommateurs plus que par le patronat ou les syndicats ! Le reste relève de la fiction marxiste… » (*****) 

C’est clair, non ? Je pourrai longuement argumenter et démolir son raisonnement, mais cela fera l’objet d’un autre texte. 

À méditer : 

(*) Les confédérations c’est quoi ? 

(**) Qu’est-ce que la société civile ? Les syndicalistes seraient-ils des militaires ? 

(***) Depuis quand ? 

(****) La CSG financée à 90% par les salariés ne serait pas de l’argent des travailleurs ? 

(*****) Alors que la crise actuelle valide les analyses marxistes (si besoin en était) le citoyen Davant devrait réfléchir avant de baver ! 

Rappelons que les mutuelles devaient jouer un rôle provisoire et mineur en aval de la Sécurité sociale. À terme elles devaient disparaître et la Sécurité sociale institution unique, solidaire et démocratique devait prendre en charge la totalité des risques et assurer une couverture à 100%. 

Quel intérêt ont les travailleurs à avoir quelques 1500 à 1800 mutuelles ? Pourquoi cotiser à plusieurs endroits ? Qu'attentons pour lancer le débat ? 

Le 30 11 2009

 
Michel Cialdella.

 

 

 

(1) De la mutualité à la Sécurité sociale Bernard Gibaud ; les Editions Ouvrières. préface de Pierre Laroque. 

(2) « De la mutualité à la Sécurité sociale ». 

(3) Histoire de la sécurité sociale (1945-1967) - Bruno Valat ; éditions Economica. 

(4) « Ma Sécu de la Libération à l’ère Sarkozy » - Eric Merlen, Frédéric Ploquin ; Fayard – 2008. 

 

 

À propos des mutuelles
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11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 06:20

J'ai la chance de ne pas recevoir la retraite de misère que touchent des millions de Français (1 000 euros et moins par mois, en se culpabilisant car on les persuade qu'ils reçoivent un cadeau de privilégiés). Il faut dire que j'étais professeur des universités première classe, ce qui m'assurait un salaire correct, loin, cela dit, de celui de mes collègues de même niveau en Allemagne ou au Royaume-Uni.

 

En classant des papiers, ce que l'on devrait faire plus souvent, je viens de m'apercevoir qu'en 12 ans ma pension avait augmenté de 163 euros. Donc de 13 euros 58 par an, ou encore d'1 euro 13 par mois. Les fonctionnaires touchent une pension de l'État, qui est une continuation du salaire.

 

Je gage que le prochain président de la République, qui sera vraisemblablement de droite ou d'extrême droite, va mettre bon ordre à cette montée en flèche vertigineuse.

 

 

PS : je pars deux jours mais le blog continue sa marche inexorable.

 

Ma retraite flamboyante
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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 04:39

Les chaînes d'info en continu (sans parler de celles du service public qui ont rattrapé TF1 en matière de mièvrerie réactionnaire) ne peuvent pas baragouiner pendant des heures sur la castagne dans les meetings de Zemmour et parler des questions vraiment importantes qui concernent des millions de Français. 

 

Dissolution du statut des fonctionnaires
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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 05:50
 

Source : Liberté.

L’Algérien fuit l’Algérie non pas parce qu’il n’y a pas de travail. Il le fuit non pas parce qu’il n’a pas pu s’inscrire dans une université. Il abandonne son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de moyens de transport. Il quitte son pays non pas parce qu’il n’a pas trouvé de médecin pour sa femme ou pour ses enfants. Non pas parce qu’il n’a pas trouvé le médicament prescrit chez le pharmacien du coin. L’Algérien fuit son Algérie non pas parce qu’il n’aime pas sa famille. Parce qu’il n’aime pas sa bien-aimée. Parce qu’il n’aime pas les oranges de Boufarik, les dattes de Biskra, les patates de Mascara et les olives de Kabylie. Il quitte l’Algérie non pas parce qu’il déteste les partis politiques, même s’ils sont détestables. Non pas parce qu’il hait les JT des chaînes de télévision privées ou gouvernementales. Le mal de vivre ronge l’Algérien et l’Algérienne.

L’Algérien fuit l’Algérie parce que le travail chez nous n’a pas le sens d’un travail productif et émancipateur. On ment sur nous-mêmes, pour nous-mêmes à propos de la production, de l’heure de travail, des conditions de travail, des factures. Il quitte l’Algérie parce que notre université n’a pas le statut d’une université universelle. Elle ressemble à une crèche pour enfants abandonnés, une annexe d’une mosquée idéologisée ou une éleveuse des poussins électriques, les diplômés en série. L’Algérien quitte l’Algérie parce qu’il y a ce vide cimenté autour de lui. En lui. De partout, le vide assourdissant l’écrase, le moud. Une vie similaire à une mort à petit feu. 

 
Même si l’Algérien, de par sa nature culturelle, est généralement religieux. Même s’il n’a jamais pris un verre. Il quitte le pays parce qu’il n’y a pas de bars. Parce que les forêts sont devenues des bars sauvages ! Même s’il ne consomme pas, il aime regarder le rythme des vies des autres gens dans les bars. La diversité. La pluralité. 

Même s’il est conservateur, rétrograde, salafiste, violent envers sa fille, son épouse, sa voisine et sa mère, l’Algérien aime la rue mixte et décontractée, sous d’autres cieux, chez les autres. Même si, dans sa ville ou dans son village, la gent féminine est voilée, et même s’il aime cette orientation et la défend bec et ongles ; il quitte le pays parce qu’il n’y a plus de belles femmes dans la rue. Il n’y a pas de jupe dans la rue. Il harcèle. Il drague. Il adore regarder les femmes des autres, sous d’autres cieux, il les aime dans leur liberté et dans leur indépendance. Les autres femmes des autres nations ! 


Même si l’Algérien, en général, n’est pas un cinéphile, il quitte son pays parce qu’il n’y a pas de salles de cinéma. Pour le plaisir de voir les autres, sous d’autres cieux, dégustent leur plaisir devant le grand écran.  

Même si l’Algérien, surtout celui appartenant à cette nouvelle génération, n’est pas attiré par le théâtre, il fuit son pays pour un autre pays de théâtres, de fêtes et de spectacles. Il adore voir les gens, en toute quiétude, dans une longue file d’attente, pour acheter un ticket pour la pièce de soirée. Il aime Fellag, Gad Elmaleh, Debouz et Brigitte Bardot…    

Même si nous avons des cafés, beaucoup de cafés, l’Algérien adore prendre un café sur le comptoir de l’autre. Parce que chez nous, nos cafés sont devenus des buvettes. Jadis, l’Algérie détenait les plus beaux cafés de la Méditerranée.  Le vide tue l’Algérien et tue l’Algérie. Même si l’idéologie machiste généralisée ne laisse pas l’Algérien exprimer son humanisme étouffé, ce dernier fuit son pays pour déambuler sur les trottoirs des villes propres, et admirer les femmes, les blondes, les noires ou aux peaux mates qui, chaque soir, sortent leur chien pour la petite balade quotidienne. Les rues de nos villes sont sans trottoirs, nos chiens comme nos chats sont errants et nos femmes ont peur !   

Ce sont ces choses minuscules qui brisent la pesante chape sur l’Algérien, au fond de l’Algérien. Elles sont capables, ces petites choses, de rendre le bon sens à la belle vie.


Même si l’Algérien ne lit pas ou peu ou rarement, il aime vivre dans un pays où les gens rentrent chez eux en lisant dans le train, dans le bus ou dans le métro. Lui rentre en mâchant son amertume. Chez nous, les librairies ferment leurs portes et se métamorphosent en pizzerias ou en magasins de chaussures. 


L’Algérien fuit l’Algérie, tout simplement, parce que le pays est mal géré, mal exploité. Il fuit son pays parce qu’il aime son pays !


Offrez aux Algériens le bien-vivre, ils vous donneront, en retour, le génie.

 


A. Z.

 

Pourquoi l'Algérien fuit son Algérie
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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 06:19
 

Le banquier éborgneur précarise à la base à tour de bras. D’innombrables emplois qui bénéficiaient du statut des trois fonctions publiques (d’État, territoriale, hospitalière) perdent ou ont perdu ce statut – comme à La Poste – tandis que sont précarisés des travailleurs relativement protégés parce que responsables d’une mission de service publique – comme à la SNCF.

 

Mais afin de faire passer toute la Fonction publique française dans le moule de l’entreprise privée, le banquier éborgneur et ses complices de LAREM ont trouvé judicieux de s’attaquer à la haute fonction publique. D’où la réforme de l’École Nationale d’Administration (ENA) pensée comme une réforme de l’État.

 

Cette réforme de la haute fonction publique a pour embryon la création d’un Institut national du service public se substituant à l’ENA. Cet institut sera placé sous la tutelle du Premier ministre et du ministre de la Fonction publique. Il assurera la formation des futurs hauts fonctionnaires dénommés « dirigeants du service public ». Il regroupera quatorze écoles de service public autour d’un tronc commun d’enseignements d’une durée de six mois sur les valeurs de la République, les principes du service public, la transition écologique, la transition numérique, les inégalités et la pauvreté, le rapport à la science. Les grands écoliers devront s’astreindre à trois semaines de préparation militaire. La philosophie de cette réforme étant de permettre aux futurs hauts fonctionnaires, majoritairement issus de la bourgeoisie des grandes villes, de se familiariser avec les problèmes des provinciaux de base, d’autant qu’actuellement 90% des hauts fonctionnaires sont en poste dans la petite couronne.

 

Le banquier éborgneur veut donc supprimer le corporatisme en créant un seul corps à la sortie de l’École. Jusqu’à présent, les meilleurs élèves, appartenant à « la botte », pouvaient intégrer les grands corps (Conseil d’État, Cour des comptes, Inspections Générales des finances, de l’administration et des affaires sociales, et y rester en poste à vie. Cela leur conférait un vrai pouvoir face à la sphère politique car ils étaient intouchables. Les Inspections Générales deviendront des services et les prochains inspecteurs généraux ne seront plus inamovibles mais « nommés et affectés pour une durée renouvelable ». Les grades d’auditeurs seront supprimés et remplacés par des statuts d’emploi d’auditeurs d’une durée maximale de trois ans.


Enfin, pour la bonne bouche, Le recours aux contractuels sera banalisé puisqu’il est désormais autorisé par l’article 16 de la loi du 6 août 2019. Á titre d’exemple, les maîtres des requêtes en service extraordinaire au Conseil d’État, les conseillers référendaires en service extraordinaire à la Cour des Comptes ainsi que les fonctions de magistrats des chambres régionales des comptes justifiant d’« au moins six années d’activité professionnelle les qualifiant particulièrement » pour leur exercice pourront être des agents contractuels. Mais « L’accès d’agents contractuels à ces emplois n’entraîne(ra) pas leur titularisation dans un corps de l’administration ou du service ni, au terme du contrat, qui (devra) être conclu pour une durée déterminée, la reconduction de ce dernier en contrat à durée indéterminée ». Ainsi, ces agents contractuels travaillant au sein de la Haute fonction publique n’auront pas, pour autant, une stabilité d’emploi assurée.

 

Le banquier éborgneur est un malin. Il sait que la crème de la crème des jeunes (futurs) hauts fonctionnaires ne se syndique pas spontanément à la CGT et n’est pas prédisposée à manifester dans la rue ou à pétitionner dans les grands médias. Il fait donc le pari que ce qui sera accepté en haut d’en haut (comme on dit en Afrique de l’Ouest) le sera ensuite en bas d’en haut, puis en haut d’en bas et, pour finir, en bas d’en bas.

 

 

PS : j'ai le grand plaisir d'accueillir Nelson, un nouveau lecteur de mon blog, jeune et déterminé !

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4 décembre 2021 6 04 /12 /décembre /2021 06:06

 

Depuis un mois, je travaille au « drive » d’un hypermarché de la région parisienne. J’ai signé un CDD de deux mois. Nous sommes plus de cinquante salariés. Cela paraît beaucoup, mais en réalité le service est constamment en manque d’effectifs.

 

Je peux travailler de 6h à 13h30, de 10h30 à 18h ou de 12h30 à 20h. Les horaires changent tout le temps, ce qui rend la semaine très fatigante.

 

Conditions de travail

 

En début de service, je suis affectée à ma mission du jour. Pour l’instant, je suis formée à quatre d’entre elles, mais il en existe davantage. Par exemple, je peux aller en magasin afin de constituer les commandes des clients. Un terminal que l’on porte normalement au poignet nous guide dans cette tâche. Je dis « normalement », parce qu’il n’y a pas assez de terminaux pour que tous les salariés en aient un – et encore moins de bracelets qui permettent d’attacher les terminaux (alors même qu’on est en sous-effectif). Du coup, on doit tout tenir à la main : sacs, produits et terminal. Bien sûr, ça ralentit le rythme : malgré toute ma bonne volonté, je n’ai pas encore de troisième main me permettant d’augmenter ma productivité.

 

Ensuite, je peux être affectée à un service spécial « bouteilles d’eau ». Pendant sept heures d’affilée, je dois soulever des packs d’eau positionnés au sol, afin de les poser sur des chariots. C’est mauvais pour mon dos.

 

La troisième tâche se réalise dans les frigos. Après plus d’un mois de travail, je n’ai toujours pas de tenue pour le froid. Je n’ai pas de polaire, pas de gants et pas de manteau : il y a seulement un manteau collectif en XXL homme (ce qui n’est pas très « anti-Covid » !). Les salariés qui ont des gants ont dû se les acheter eux-mêmes. Mon chef me l’a dit : « en magasin, il y en a de très bien ». Et je vais être obligée d’en acheter, moi aussi, parce qu’au bout de sept heures et demie dans le frigo, mon cerveau se demande où sont passées mes mains.

 

Enfin, je peux aussi être affectée au « robot ». On reste debout, devant des marchandises qui passent sur un tapis roulant, à écouter le robot qui nous dit de les mettre à gauche ou à droite. C’est la tâche la plus aliénante. En plus, il y a beaucoup de bugs du robot, ce qui ralentit tout le service. Et bien sûr, on se fait réprimander à la place du robot.

 

Pressions de la direction

 

En rayon, nos « courses » sont chronométrées : on doit en réaliser un certain nombre par heure. Même les plus rapides de l’équipe n’y arrivent pas. Quand il n’y a pas les produits demandés dans le rayon, on doit les remplacer par un produit similaire, ou les noter « manquants » sur le terminal. A la fin de la course, la direction voit le temps réalisé par le salarié ainsi que le nombre de produits manquants. Et devinez quoi : s’il y a trop de produits manquants, on se fait engueuler, comme si nous étions responsables des ruptures de stock. La direction nous reproche les conséquences de son manque de prévoyance dans les commandes.

 

C’est la même chose avec les promotions. C’est une source d’« erreurs » permanente, car les produits changent rapidement de statut (« soldé » ou pas), sans que ces changements soient enregistrés dans le catalogue et sur notre terminal. Il est donc impossible de répondre aux exigences de la direction en matière de gestion des produits soldés – et ça nous retombe dessus, alors que c’est la direction qui n’arrive pas à planifier ses commandes et sa publicité. En plus, le terminal ne géolocalise pas les produits en promotion, dans les rayons, car ils sont rarement au même endroit. Dans un magasin de plus de 20 000 m2, il n’est pas simple de les trouver. Il arrive souvent que l’on finisse très en retard parce qu’on ne trouve pas les produits, sachant qu’il est hors de question de revenir avec des produits manquants alors qu’ils sont en rayon. Je me retrouve donc très souvent à faire des heures sup malgré moi.

 

Durant mes 7 heures et demie de service, j’ai une demi-heure de pause obligatoire, qui n’est pas payée. J’ai 48 heures de repos dans la semaine, et toutes les trois semaines ces 48 heures de repos doivent être consécutives. Si je n’avais pas lu la convention collective, je ne l’aurais pas su, car la direction ne nous le dit pas. Si on n’insiste pas auprès d’elle, cette règle n’est jamais respectée.

 

Le turn-over, au drive, est énorme. Je comprends ceux qui démissionnent ou ne renouvellent pas leur contrat, pour chercher un autre travail. Il est d’ailleurs possible que j’en fasse partie, dans un futur plutôt proche.

 

 

Source

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2 décembre 2021 4 02 /12 /décembre /2021 06:00
 

 Rédigé par Gilles Questiaux pour Réveil Communiste

 

Les combats d'émancipation culturels et individualistes issus des années 1960 ont perdu leur raison d'être

Il ne s’agit pas de revenir en arrière sur les transformations des sociétés occidentales qui ont émancipé l’individu et supprimé les discriminations depuis les années 1960.

Le féminisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme, la lutte contre l’homophobie, la remise en cause des pratiques autoritaires dans l’éducation et dans la vie courante, l’abolition de la peine de mort, sont des causes justes. Pour ce qui est de leur noyau central ces causes ont d’ailleurs triomphé politiquement dans les années 1970, et la (contre) révolution conservatrice des années 80 et 90 n’a pas entamé fondamentalement ces acquis.

Il s’agissait principalement d’humaniser les pratiques sociales de la vie quotidienne en supprimant la violence physique ordinaire et d’abolir les discriminations envers les femmes et les groupes minoritaires.

Il ne s’agissait pas, simultanément, d’établir une égalité réelle, loin du compte, ni d’abolir la violence tout court. Une discrimination est une loi, ou une pratique juridique qui en a la force. Ce n’est pas une inégalité, même si elle est manifestement injuste, comme le sont les différences salariales entre hommes et femmes. Il s’agit dans ce cas d’un phénomène social lié non à la violence abusive mais au fonctionnement régulé, non arbitraire du capitalisme dans ses conditions de violence normales. Comme Marx le montre formellement dans Le Capital, l’exploité est exploité dans les règles, il ne subit aucun préjudice légal, au sein du mode de production capitaliste, et pourtant il revient du marché du travail la peau tannée, et si on veut remédier à l’exploitation, il faut renverser le capitalisme.

On peut manifester efficacement contre le racisme quand il a force de loi, comme l’ont fait les Américains pour les droits civiques en 1963 sous l’égide de Martin Luther King, car on peut obtenir l’abrogation de cette loi. Manifester contre les idées d’extrême-droite, comme récemment à Paris, ne sert à rien, à part leur faire de la publicité. On argumente contre des idées, et vouloir les interdire – car c’est de cela qu’il s’agit - est contre-productif.

Si on confond la lutte contre les discriminations avec la lutte contre l’exploitation on invite les exploités à se disputer entre eux pour se faire exploiter dans les meilleures conditions. Les mesures de « discrimination positive » qu’on envisage lorsqu’on constate que les discriminations sont abolies mais que l’injustice sociale envers ses victimes demeure deviennent forcément une « discrimination négative », non contre la bourgeoisie, mais contre les prolétaires qu’on estime avoir été favorisés dans le passé – souvent lointain - par rapport aux autres. Leur effet est de favoriser l’apparition d’une petite (ou grande) bourgeoisie issue des groupes minoritaires et de favoriser la carrière des « femmes puissantes » chères à Léa Salamé.

Si en effet femmes, noirs, musulmans, sont plus souvent exploités qu’à leur tour, ce n’est plus en tant quel tels, ils sont parfaitement égaux sous cet aspect aux ouvriers blanc, (ex-)chrétiens, de sexe masculin. La lutte catégorielle ne peut aboutir qu’à créer un avantage indu aux bourgeois de ces catégories (comme une Rama Yade qui relève des trois, qui n’ayant pas réussi à devenir présidente en France, s’est expatriée à New York pour cracher dans la soupe).

Il s’agit maintenant pour ceux qui continuent de lutter pour ces causes, dans un contexte beaucoup plus facile et avec l’approbation de la majorité des grands médias distillant le conformisme idéologique, et des institutions de l’État, tout au plus de luttes contre les effets durables de discriminations du passé dus à l’inertie sociologique. En clair, il faut maintenant principalement batailler contre les mauvaises pensées des individus et leurs effets psychologiques (par exemple le regard condescendant ou méprisant) qui continuent d’affecter les descendants des discriminés.

Or il est risqué de croire qu’on va changer les mentalités et les gens en leur faisant la morale et en tentant de les culpabiliser. Cela, tout le monde le sait. Aussi cela n’est peut-être pas le vrai but de ces combattants de la vingt-cinquième heure qui enfoncent des portes ouvertes en prenant des attitudes héroïques.

Le racisme d'aujourd’hui n'est plus un produit de l'État, mais un ressentiment honteux qui ne se donne libre cours que dans des milieux marginalisés, ou une pulsion intérieure perverse qui de toute manière ne peut pas se combattre avec des lois, mais par une éducation de fond sur plusieurs générations, qui est d'ailleurs en cours, et il se renforce au contraire lorsqu’il est visé par des lois forcément inopérantes. Les historiens savent très bien que la redondance législative dans la répression n'est que le symptôme de la persistance chronique d'un comportement qu'on n'arrive pas à éradiquer. Et la crétinerie législative qui veut régler tous les problèmes particuliers avec des lois est un mal spécifiquement français. De plus, un des effets de la victoire des combats pour l’émancipation des individus et pour la promotion de la non-violence est précisément l’affaiblissement de la capacité de répression de l'État sur le plan culturel : on demande au même État qu’on a désarmé moralement de réprimer racistes, fascistes, homophobes, sexistes, etc ; ce n’est pas cohérent.

(Cette capacité de répression ne subsiste que pour protéger la propriété bourgeoise, et seulement celle-là).

Il ne s’agit pas de revenir sur les résultats des luttes des années 1960, il s’agit simplement de constater le fait qu’elles ont atteint leurs limites et que persister à vouloir repousser cette limite aboutit à recréer de l’aliénation davantage qu’en supprimer. Et pourrait même mettre en danger l’acquis.

Si on regarde par exemple la question de l’éducation des enfants : brutalité et maltraitance reculent, et c’est fort bien, mais l’excès des campagnes visant à culpabiliser, mais aussi à dénoncer et à réprimer les parents aboutit à un nouveau type de maltraitance dont les effets sont visibles partout: la négligence éducative de masse, et la montée des violences entre enfants laissés sans repères d’autorité. Car les producteurs de ces discours bien-intentionnés n’ont aucune alternative éducative à proposer aux familles dysfonctionnelles qui se multiplient du fait même de la dissolution de l’autorité parentale.

Parfois la maltraitance prend des formes nouvelles à la suite de l’incohérence des indications des pouvoirs publics, notamment dans l’éducation. L’angoisse du carnet de note devient pathologique au moment où les notes se sont vidées de leur signification. L’accès de tous au diplôme de base, le bac, non seulement lui fait perdre toute valeur, mais transforme le cas des exceptions – il faut bien qu’il y ait des exceptions pour justifier l’existence de l’examen - en drame tragique. On en arrive à la situation grotesque où le contenu de connaissance de l’éducation secondaire tend à s’effondrer, tandis que l’exigence de succès de la part de parents déboussolés devient hystérique.

La tyrannie par la contrainte physique sur les corps qui scandalisait - et fascinait - tant Foucault est remplacée par une douce tyrannie, non létale, beaucoup plus difficile à circonscrire et à combattre. On peut tuer tout autant avec un oreiller qu’avec un gourdin. Au lieu d’être un peu trop rudement recadrés en usine les adolescent prolétaires en échec scolaire tournent maintenant en rond dans les rues, sans repère dans un univers de « gentils organisateurs » irresponsables et tolérants de tout qui n’a rien à leur proposer. d’où la consommation de marchandise volée, la drogue, la violence gratuite et l’anomie.

Aujourd’hui, ce n’est pas le refus clairement formulé et le mépris exprimé en face qui manifestent l’injustice. C’est la procédure tout sourire d’évitement hypocrite et le maintien dans l’ignorance des réseaux d’entraide efficaces. Personne ne rend à l’étudiant le service désagréable pour les deux parties de lui signifier que ses connaissances et ses savoir-faire ne sont pas à la hauteur de ses ambitions. Il est donc invité à persister dans les impasses, à gâcher ses chances réelles, et à se marginaliser. Seul l’étudiant bourgeois sera repêché en cas d’échec après une sévère réprimande (ou non !) et une coûteuse remise à niveau dans une institution privée.

Aujourd’hui, la répétition du langage de l’émancipation juridique lorsqu’elle est déjà accomplie joue un rôle mystifiant, négatif pour la prise de conscience individuelle, contribue à invisibiliser le prolétariat et développe de nouvelles formes d’aliénation.

Dans ses aspects les plus sociaux, cette lutte prolongée au-delà de ces buts transparents devient un instrument de gestion du déclassement, de gestion des pauvres. Parmi tous les groupes qu’on estime avoir à défendre d’une forme particulière d’injustice, irréductible à la lutte des classes, on va y ajouter celui des pauvres, exclus du monde du travail. Or si les ouvriers ont à leur disposition au moins théoriquement l’arme de la grève et de la lutte collective, les pauvres sont complètement désarmés : leur unique recours est de susciter la compassion et le zèle caritatif. Lequel est en effet narcissiquement très valorisant pour ceux qui le pratiquent. Les pauvres et autres groupes bénéficiant de cette protection à double fond perdent le respect de leur frères, sont entraînés dans le labyrinthe de la dépendance, dans l'autodestruction, et invités à jouer la comédie de la mendicité.

L’image du malheur et donc les médias qui la construisent joue un rôle central dans des luttes qui deviennent des luttes d’image – des images de lutte. Des migrants meurent noyés par milliers ou meurent de froid devant les barbelés. Que pèsent alors en comparaison les soucis de travailleurs qui sont logés, nourris, qui disposent d’un revenu ? des "nantis"? d’autant que ces prolétaires ont le mauvais goût de manquer au devoir de solidarité auquel nous sommes convoqués par ces images.

Ces images sont réelles, mais leur diffusion est absolument disproportionnés par rapport à l’ampleur des problèmes sociaux et économiques réels qui se posent au monde. et les gestes de solidarité filmés qu'elles exigent ne sont pas des solutions au problèmes humains qui leur sont sous-jacents, ils contribuent au contraire à les aggraver. Ces images n’apparaissent d'ailleurs que lorsqu'elles vont proposer à la générosité captive du public une action sans alternative : une fois que les migrants sont dans le bateau qui est en train de couler, ou qu’ils sont en train de mourir de froid devant les policiers polonais, il paraît déplacé de remarquer qu’ils n’auraient pas dû se mettre eux-mêmes dans cette situation, contrairement aux déportés vers les camps de la mort auxquels ils sont si facilement comparés. Toute réflexion globale sur les aspects contradictoires de ce grand trafic de main d’œuvre, qui fait apparaître la collusion objective des ONG de bienfaisance avec les mafias de négriers est politiquement incorrecte.

Il s’agit maintenant de trouver une solution au problème politique central qu’à créé cette lutte d’émancipation individuelle et individualiste qui s’est prolongée au-delà de sa pertinence historique, en ce qu’elle a fracturé la société sur le plan culturel, en laissant la plus grande partie du prolétariat du « mauvais coté ». Et c’est bien ennuyeux quand on prétend changer le monde parce que c’est la seule classe qui peut changer le monde véritablement.

La gestion émotionnelle des causes médiatiques est basée sur le refus de la pensée et du recul critique, jusqu’à en proposer l’interdiction. De même que la droite considère que réfléchir aux causes du terrorisme c’est déjà l’excuser, pour la gauche interroger le bien fondé de l'action des migrants est inacceptable. Les deux partis de la politique bourgeoise se complètent parfaitement.

Or c’est le prolétariat qui pose ces questions inacceptables. Il faut donc se résigner à le voir se tourner vers les forces obscures. Passé le prolétariat par profits et pertes, c’est aussi l’ensemble du processus d’émancipation de l’humanité de la société de classe, origine de tant de misère et d’aliénation, qui passe à la trappe. Il ne peut pas y avoir de progrès social si le prolétariat ne participe pas activement à la lutte pour ce progrès.

La persistance de leur adhésion à des démarches émancipatrices au delà des buts qu’ils peuvent atteindre, et attendre, finit par faire des militants des combats d’émancipation issus des années 1968 une composante du conservatisme global de la société de classes et de l’injustice sociale : un meilleur des monde du caritatif et de la bienfaisance, voué à servir l’ordre établi et à jouer de fausse opposition – alibi démocratique.

Karl Marx et le socialisme, ou Michel Foucault et le libéralisme, il faut savoir choisir sa source d’inspiration critique philosophique et politique.

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