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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 12:27

Pompidou, Mitterrand, Brejnev et bien d'autres ont menti aux peuples alors que, en fonction, ils étaient atteints de maux incurables et qu'ils le savaient. Chavez, ce "dictateur" selon les médias français qui a affronté les urnes plus de dix fois dans des élections certifiées par la communauté internationale, n'a rien caché à son peuple de sa maladie.

 

Ci-dessous un extrait d'un article de Jean Ortiz et Vladimir Marciac repris du Grand Soir (link).


Le 8 décembre 2012, le président vénézuélien Hugo Chavez a annoncé la récidive de son cancer, diagnostiqué en juin 2011, et la nécessité urgente d’une quatrième opération à Cuba. Depuis le 27 novembre, il se trouvait à La Havane pour un traitement à "l’oxygène hyperbare".


Le 8 décembre, malgré l’avis des médecins, il a tenu à rentrer à Caracas pour s’adresser, sur un ton grave, aux Vénézuéliens, et leur dire la vérité (d’autres chefs d’Etat, malades, ne l’ont pas fait...) et proposer Nicolas Maduro pour lui succéder, au cas où il serait dans l’incapacité de continuer à assumer ses fonctions. Mais peut-on "succéder" à Chavez ?

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Il a également réuni l’Etat-major militaire et a tenu à insister sur la continuité du processus révolutionnaire : "la République et la révolution sont dans de bonnes mains".


Dans son "message à la nation", le "comandante " a martelé à plusieurs reprises : "unité, unité, unité", et rassemblement patriotique de tous les courants progressistes, renforcement de l’unité nationale, de l’alliance civico-militaire. Si de nouvelles élections devaient avoir lieu (ce que prévoit la Constitution si le président nouvellement élu ne prendre ses fonctions au 10 janvier 2013), il a demandé au peuple de voter pour Nicolas Maduro.


Né en 1962, ex-leader étudiant maoïste, ex-dirigeant syndical, d’origine populaire, collaborateur de longue date et "homme de confiance" du président, Nicolas Maduro a été pendant six ans Ministre des Affaires étrangères avant de devenir Vice-président, en octobre dernier.


Depuis l’annonce de la récidive, le peuple vénézuélien pleure et prie, mais la révolution suit son cours. L’ordre constitutionnel est maintenu. Chavez est absent depuis plusieurs semaines ; et une direction collective dirige un pays en état de choc mais serein, sans vacance déstabilisatrice de pouvoir, et qui va voter dimanche 16 décembre pour renouveler les gouverneurs des 23 Etats. Les résultats de cette première bataille électorale sans Chavez seront particulièrement importants.


Actuellement, le chavisme ("Pôle patriotique", alliance autour du Parti Socialiste Unifié Vénézuélien de petits partis de gauche, dont le parti communiste) gère 15 Etats et l’opposition 9. Les projecteurs sont braqués sur l’Etat de Miranda, dont le gouverneur est Henrique Capriles, candidat de l’opposition aux récentes présidentielles. L’ex vice-président chaviste, Elías Jaua, tente de le battre ; les sondages donnent deux point d’écart, et donc un résultat serré. Les Etats de Zulia et Táchira, riches en matières premières (gaz, pétrole...) et gérés par l’opposition, représentent également un enjeu de premier plan...


L’opposition libérale, la bourgeoisie, l’ex-social démocratie devenue socio-libérale, très chrétiennes, se réjouissent de la récidive du cancer de Chavez. Elles sablent le champagne et commencent à broder sur le thème de "l’avenir incertain", etc.

 

Autant dire que ces charognards n’ont aucune éthique, pas même la compassion de s’incliner devant le difficile et douloureux combat que mène un homme, avec courage et dignité, contre la maladie. Le leader du "social-démocrate" parti Action Démocratique (le parti du président qui en 1989 fit tirer sur le peuple), rêve de présidence. Ce Ramos Allup, anti-chaviste obsessionnel, est vice-président de l’Internationale socialiste et allié aux pires conservateurs. La social-démocratie vénézuélienne, qui a du sang sur les mains, constitue pour les Etats-Unis, l’une des cartes à jouer. L’autre étant de diviser le chavisme. Le PSUV compte huit millions de membres et donc des courants patriotiques, nationalistes, révolutionnaires, divers. Chavez en est le rassembleur, le fédérateur. Il est devenu un personnage collectif. Une relation d’affection, une communion profonde, l’unissent aux plus pauvres . Ils vénèrent Chavez parce qu’il a changé leur vie. Si Chavez devait disparaître, Maduro ne pourra pas assumer cette fonction de la même manière ; mais l’homme, intelligent, est le dirigeant le plus estimé après Chavez.


La révolution a fortement politisé et impliqué le peuple ; elle a mis en place des structures d’autogestion populaire, des formes de décentralisation, d’autogouvernement des communes... Une grande consultation nationale vient de se conclure. Il s’agissait de soumettre à débat le "deuxième plan socialiste de la nation 2013-2019".


La plupart des chefs d’Etat latino-américains ont envoyé à Chavez des messages chaleureux, non diplomatiques, pour souhaiter qu’il s’en sorte. Chavez est reconnu comme le fer de lance de l’intégration continentale à l’œuvre depuis une dizaine d’années (Mercosur, Unasur, Alba, Celac).


Avec Chavez (et nous sommes des millions à le souhaiter de tout cœur) ou sans Chavez, il est peu probable que la Révolution recule. Les hommes qui, au service des peuples, marquent l’histoire, ne meurent jamais.

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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 11:13

Lihn Dihn est un citoyen des États-Unis, très critique de son pays, de la manière dont il s 'est donné aux banksters. Sur son blog (link), il publie de très belles photos, témoignage de la déréliction de son pays.

 

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 14:00

 

 

Je reprends ici un article de Capitaine Martin publié dans Résistance Politique (en France, nous en sommes à un habitant sur cinq qui ne se soigne plus) :

 

Crise de la dette grecqueHelena Dimitriadis est dans une position intéressante. Sept mois. Des jumeaux. Elle avoue, tristement : « les neuf cents euros à payer pour les examens et l’accouchement, je ne les ai pas ». Elle s’est levée ce matin à six heures et demie, a pris le tramway et est désormais en pole-position dans la queue qui s’étale devant la porte de l’hôpital tenu par Médecins du monde. Le serpent humain, derrière elle, est long et coloré. Deux cents personnes sont en attente d’une visite ou d’une vaccination… gratuite. C’est l’avant-garde de ce million et deux cent mille damnés qui, fautifs d’avant été privés d’emploi depuis plus d’un an en Grèce (et en Europe) ont perdu le plus élémentaire des droits : celui de se soigner.

 

« Vous voyez tous ces gens ? », demande, amère, Nikita Kasaris, investie bénévolement à Médecins du monde. « C’est une catastrophe humanitaire. Chaque jour qui passe, la queue est plus longue ». La troïka a allumé le feu du dramatique déficit grec. Mais à l’écart de la lumière faite sur la crise financière se consume une tragédie silencieuse où les dommages ne se comptent pas en euros mais en vies humaines. De l’argent, en Grèce, il n’y en a plus. « Et être pauvre et malade est aujourd’hui en Grèce une Odyssée », assène Bénédiktos.

 

L’austérité a contraint le gouvernement à réduire de 15 à 11,5 milliards sur trois ans les fonds destinés à la santé. Objectifofficiel : réduire les gaspillages dans un système où se faire opérer nécessite un pot-de-vin (fakelaki) allant de 150 à 7.000 euros (données Transparency International link) quand les fournitures hospitalières coûtent près du double du reste de l’Europe. Mais les résultats n’ont pas été au rendez-vous. « Nous avons déclenché une véritable bombe à retardement », assure Katerina Kanziki, infirmière volontaire à l’hôpital de Psiri. « Nos pharmacies ont épuisé les stocks d’une centaine de médicaments de première nécessité, parmi lesquels l’insuline et les antihypertenseurs. Les antiviraux, indispensables aux malades atteints du sida, vont commencer à manquer et nous n’avons pas les moyens d’en commander ». La situation a fait l’objet de comptes rendus au ministère de la santé. Thomas Zelznitas, représentant du personnel de l’hôpital Geniko Kratico, ajoute : « nous sommes sans seringues, ni gants chirurgicaux, ni coton pour opérer les gens ».

 

Des appels voués à tomber à l’eau. L’État verse avec retard les salaires des médecins et de nombreuses multinationales ont suspendu ou ralenti les approvisionnements de pharmacies car la Grèce n’honore pas ses dettes sanitaires (les laboratoires Merck l’ont fait même avec un anti-cancer…). Les résultats sont prévisibles : on assiste à la recrudescence de virus et de maladies qui touchent les plus faibles (dans l’est de l’Attique est même réapparue après des décennies une forme endémique de malaria). « Il y a trois ans, nous ne voyions que les immigrés », constate Kasiris. « Aujourd’hui, une bonne moitié des patients de Médecins du monde est grecque ». Christos Kasirs, appuyé sur sa canne de cyprès devant la pharmacie de la place Dragatsaniou à Athènes, est une des victimes collatérales de ce désastre : « regarde, marmonne-t-il en fronçant ses sourcils blancs, soixante-quinze euros pour douze comprimés ». Il ne peut pas se passer d’antiarthritiques. « Sans eux, je ne peux même pas me lever du canapé ». Le problème est que son ordonnance ne vaut pas grand-chose  le gouvernement ne rembourse pas les pharmacies. Ces dernières font alors payer le prix fort au patient.

 

« Je n’ai pas le choix ! », s’écrit Maria Hatzidimitriou, pharmacienne, la soixantaine, qui vient de faire payer les antiarthritiques à Christos. « Qu’est-ce que vous croyez ? Cette situation ne me convient pas. Ceux qui en ont vraiment besoin peuvent faire crédit. Mais l’État me doit 40.000 euros. Si les choses ne s’arrangent pas, je mettrai la clé sous le paillasson ». C’est arrivé à nombre de ses confrères qui ont vu ces derniers mois leur officine saisie par les banques.

 

« C’est vrai, les choses vont mal. Mais nous essayons de remettre sur pied un système qui était en passe de s’effondrer », dit de son bureau avec vue sur la mer Égée Michael Theodorou, numéro un d’Evangelismos, le plus grand hôpital du pays. « Regardez nos comptes : en 2009, nous dépensions 157 millions. Aujourd’hui, nous sommes descendus à 113, sans avoir empiété sur les services et la qualité des soins. Un miracle ? Non. Il suffit de donner du bistouri là où les gaspillages sont le plus visibles. Il y a trois ans seulement, le corps médical prescrivait les médicaments les plus coûteux. Aujourd’hui, le choix se fait systématiquement parmi les génériques. Et les résultats ne tardent pas à se faire sentir : le coût des médicaments est passé en deux ans de 39 à 26 millions d’euros, malgré l’augmentation de 20 % du nombre de patients ».   

 

Dommage que ça n’ait pas suffi à éradiquer les dépassements illégaux d’honoraires. « Que dois-je faire ? Ils m’ont réduit mon salaire de 1.300 à 900 euros, admet un pédiatre de l’hôpital.  Et j’ai un prêt à rembourser. Alors, je soigne au noir de nombreux patients… ». 

 

Une vieille histoire… Lorsque les agents du fisc d’Athènes ont passé aux rayons X les 150 médecins du quartier de Kolonaki, l’un des plus huppés de la capitale, ils ont découvert, sans surprise à vrai dire, que plus de la moitié d’entre eux déclarait moins de 30.000 euros annuels.

 

En Grèce, le système de santé est en chute libre. Son niveau d’endettement en fait un cas emblématique au niveau européen. C’est en son nom que le capital exige de la part des travailleurs d’énormes sacrifices. À Athènes comme ailleurs en Europe, le gouvernementpromet de faire payer au plus grand nombre la dette publique, qu’il a pourtant délibérément creusée par ses cadeaux fiscaux aux plus riches et le renflouement inconditionnel de banques aux abois. La crise, loin d’être jugulée, sert d’alibi pour amplifier les coupes sombres. Certains, par opportunisme, par défaut de clairvoyance ou tout simplement par intérêt de classe, préconisent d’avoir recours à l’Union européenne ou à la banque centrale européenne pour sortir de la crise… alors que ces organismes sont des facteurs aggravants.On ne sort pas des malheurs du capitalisme avec davantage de capitalisme.

 

link

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 10:55

Je reprends ici la deuxième partie de l'article d'Éric Toussaint publié par Me Grand Soir. Première partie, ici : link

 

http://blogues.lapresse.ca/paquin/wp-content/uploads/2009/02/twin_towers_demotix_web.jpg
 

L’action de la Banque centrale européenne et de la Fed [3]


A partir de juin 2011, les banques européennes sont entrées dans une phase tout à fait critique. Leur situation était presque aussi grave qu’après la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Beaucoup d’entre elles ont été menacées d’asphyxie parce que leurs besoins massifs de financement à court terme (quelques centaines de milliards de dollars) n’ont plus été satisfaits par les money market funds américains qui ont considéré que la situation des banques européennes était décidément de plus en plus risquée [4]. Les banques ont été confrontées à la menace de ne pas pouvoir faire face à leurs dettes. C’est alors que la BCE, suite à un sommet européen réuni d’urgence le 21 juillet 2011 pour faire face à une possible série de faillites bancaires, a recommencé à leur acheter massivement des titres de la dette publique grecque, portugaise, irlandaise, italienne et espagnole afin de leur apporter des liquidités et de les délester d’une partie des titres qu’elles avaient goulument achetés dans la période précédente. Cela n’a pas suffi, les cours en bourse des actions des banques ont poursuivi leur dégringolade. Les patrons de banque ont passé un mois d’août de tous les dangers. Ce qui a été décisif pour maintenir à flot les banques européennes, c’est l’ouverture à partir de septembre 2011 d’une ligne de crédit illimité par la BCE en concertation avec la Fed, la banque d’Angleterre et la Banque de Suisse : les banques en manque de dollars et d’euros ont été mises sous perfusion. Elles ont commencé à respirer de nouveau mais c’était insuffisant. Le cours de leur action continuait la descente aux enfers. Entre le 1er janvier et le 21 octobre 2011, l’action de la Société générale a chuté de 52,8 %, celle de BNP Paribas de 33,3 %, celle de la Deutsche Bank de 28,8 %, celle de Barclays de 30,5 %, celle du Crédit suisse de 36,7 %. Il a alors fallu que la BCE sorte son bazooka, appelé LTRO (Long Term Refinancing Operation) : entre décembre 2011 et février 2012, elle a prêté plus de 1000 milliards d’euros pour une durée de 3 ans au taux d’intérêt de 1% à un peu plus de 800 banques.


La Fed faisait grosso modo de même depuis 2008 à un taux officiel encore plus bas : 0,25%. En réalité, comme l’a révélé en juillet 2011 un rapport du GAO, équivalent de la Cour des Comptes aux Etats-Unis, la Fed a prêté 16 000 milliards de dollars à un taux d’intérêt inférieur à 0,25%[5]. Le rapport démontre qu’en pratiquant de la sorte, la Fed n’a pas respecté ses propres règles prudentielles et qu’elle n’en n’a pas averti le Congrès. Selon les travaux d’une commission d’enquête du Congrès des Etats-Unis, la collusion entre la Fed et les grandes banques privées a été évidente : « Le PDG de JP Morgan Chase était membre de la Réserve fédérale de New York au moment où « sa » banque recevait une aide financière de la Fed s’élevant à 390 milliards de dollars. De plus, JP Morgan Chase a également servi d’intermédiaire pour les crédits d’urgence octroyés par la Fed. » [6] Selon Michel Rocard, ex-premier ministre français, et Pierre Larrouturou, économiste, qui se basent sur une recherche réalisée par l’agence financière new-yorkaise Bloomberg, la Fed aurait prêté une partie de la somme mentionnée plus haut à un taux infiniment plus bas : 0,01%. Michel Rocard et Pierre Larrouturou affirment dans les colonnes du quotidien Le Monde : « Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %. » [7]. Ils posent la question : « Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? ».


Les grandes banques européennes ont d’ailleurs également eu accès à ces prêts de la Fed jusqu’au début 2011 (Dexia a ainsi reçu en prêt 159 milliards de dollars[8], Barclays a reçu 868 milliards $, Royal Bank of Scotland a reçu 541 milliards $, Deutsche Bank 354 milliards $, UBS 287 milliards $, Credit Suisse 260 milliards $, BNP-Paribas 175 milliards $, Dresdner Bank 135 milliards $, Société Générale 124 milliards $). Le fait que ce financement des banques européennes via la Fed se soit tari (notamment sous la pression du Congrès américain) a constitué une des raisons pour lesquelles les money market funds états-uniens ont commencé eux-mêmes à fermer le robinet de leurs prêts aux banques européennes à partir de mai-juin 2011.


Quels ont été les effets de l’octroi aux banques de 1 000 milliards d’euros à 1% par la BCE ?


En 2012, les banques abreuvées de liquidités ont acheté massivement des titres de la dette publique de leur pays. Prenons l’exemple de l’Espagne. Les banques espagnoles ont emprunté à la BCE pour 300 milliards d’euros à 3 ans au taux de 1% dans le cadre du LTRO [9]. Avec une partie de cette somme, elles ont augmenté fortement leurs achats de titres de la dette émis par les autorités espagnoles. L’évolution est tout à fait frappante : fin 2006, les banques espagnoles détiennent des titres publics de leur pays pour seulement 16 milliards d’euros. En 2010, elles augmentent leurs achats de titres publics espagnols, elles en détiennent pour 63 milliards. En 2011, elles accroissent encore leurs achats, les titres espagnols en leur possession représentent 94 milliards. Et grâce au LTRO, leurs acquisitions explosent littéralement, le volume qu’elles détiennent double en quelques mois pour atteindre 184,5 milliards d’euros en juillet 2012. [10] Il faut dire qu’il s’agit d’une opération très rentable pour elles. Alors qu’elles ont emprunté à 1%, elles peuvent acheter des titres espagnols à 10 ans avec un intérêt qui varie entre 5,5 et 7,6 % au second semestre 2012.


Prenons ensuite l’exemple de l’Italie. Entre fin décembre 2011 et mars 2012, les banques italiennes empruntent à la BCE pour 255 milliards d’euros dans le cadre du LTRO [11]. Alors que fin 2010, les banques italiennes détenaient des titres publics de leur pays pour 208,3 milliards d’euros, ce montant passe à 224,1 milliards fin 2011, quelques jours après le début du LTRO. Ensuite, elles utilisent massivement les crédits qu’elles reçoivent de la BCE pour acheter des titres italiens. En septembre 2012, elles en détiennent pour la somme de 341,4 milliards d’euros [12]. Comme dans le cas espagnol, il s’agit d’une opération très rentable pour elles : elles ont emprunté à 1% et en achetant des titres italiens à 10 ans, elles obtiennent un intérêt qui varie entre 5 et 6,6% au second semestre 2012.


Le même phénomène s’est produit dans la plupart des pays de la zone euro. Il y a eu relocalisation d’une partie des actifs des banques européennes vers leur pays d’origine. Concrètement, on constate qu’a augmenté très sensiblement au cours de l’année 2012 la part des dettes publiques d’un pays donné qui est en possession des institutions financières du même pays. Cette évolution a donc rassuré les gouvernements de la zone euro, en particulier ceux d’Espagne et d’Italie, car ils ont constaté qu’ils éprouvaient moins de difficultés à vendre aux banques les titres publics qu’ils émettaient. La BCE semblait avoir trouvé la solution. En prêtant massivement aux banques privées, elle les a sauvées d’une situation critique et elle a épargné à certains Etats de se lancer dans de nouveaux plans de sauvetage bancaire. L’argent prêté aux banques était en partie utilisé par celles-ci pour acheter des titres de la dette publique des Etats de la zone euro, ce qui a enrayé la hausse des taux d’intérêt des pays les plus fragiles et même produit une baisse des taux pour un certain nombre de pays.


On comprend très bien que, du point de vue des intérêts de la population des pays concernés, il aurait fallu adopter une approche tout à fait différente : la BCE aurait dû prêter directement aux Etats à moins de 1% (comme elle le fait à l’égard des banques privées depuis mai 2012) ou encore sans intérêt. Il aurait également fallu socialiser les banques sous contrôle citoyen.


Au lieu de cela, la BCE a mis sous perfusion les banques privées en leur ouvrant une ligne de crédit illimité à très bas taux d’intérêt (entre 0,75 et 1%). Celles-ci ont fait différents usages de la manne de financement public. Comme on vient de le voir, d’une part, elles ont acheté des titres souverains de pays qui, sous leur pression comme l’Espagne et l’Italie, ont dû leur concéder une rémunération élevée (entre 5 et 7,6% à 10 ans). D’autre part, elles ont placé une partie du crédit qui leur était octroyé par la BCE à la … BCE ! Entre 300 et 400 milliards sont déposés par les banques au jour le jour auprès de la BCE à un taux de 0,25 % au début 2012 et à 0 % depuis mai 2012. Pourquoi font-elles cela ? Parce qu’elles doivent montrer aux autres banquiers et aux autres fournisseurs privés de crédit (money market funds, fonds de pension, compagnies d’assurance) qu’elles disposent de cash en permanence afin de faire face à l’explosion des bombes à retardement qui se trouvent dans leurs comptes. Si elles n’avaient pas ce cash disponible, les prêteurs potentiels se détourneraient d’elles ou leur imposeraient des taux très élevés. Poursuivant le même objectif de rassurer les prêteurs privés, elles achètent également des titres souverains d’Etats qui ne présentent aucun risque à court ou moyen terme : l’Allemagne, les Pays-Bas, la France… Elles en sont tellement friandes que ces Etats peuvent se permettre de leur vendre des titres à 2 ans à un taux de 0% ou même avec un rendement légèrement négatif (sans prendre en compte l’inflation). Les taux payés par l’Allemagne et les autres pays considérés comme solides financièrement ont baissé considérablement grâce à la politique de la BCE et à l’aggravation de la crise qui touche les pays de la Périphérie. On a assisté à une fuite de capitaux de la Périphérie européenne vers le Centre. Les titres allemands sont tellement fiables qu’en cas de nécessité de cash, ils peuvent être revendus du jour au lendemain sans perte. Les banques les acquièrent non pas dans la perspective de gagner de l’argent, mais pour avoir, à la BCE ou sous forme de titres tout à fait liquides, une quantité d’argent disponible en permanence de manière à offrir une impression (souvent fausse) de solvabilité et à faire face à d’éventuels imprévus. Elles font des profits en prêtant à l’Espagne et à l’Italie, cela contrebalance certaines pertes qu’elles peuvent enregistrer avec des titres allemands. Il est très important de souligner que les banques n’ont pas augmenté leurs prêts aux ménages et aux entreprises alors qu’un des objectifs officiels des prêts de la BCE consiste à accroître de tels crédits afin de relancer l’économie.


Quel est le bilan de la BCE du point de vue des élites ?


Mettons-nous un instant à la place du 1% le plus riche afin d’apprécier l’action de la BCE. Le discours officiel martèle que la BCE a réussi la transition entre son ancien président le français Jean-Claude Trichet et le nouveau, Mario Draghi[13], ancien gouverneur de la Banque d’Italie et ancien vice-président de Goldman Sachs Europe. La BCE et les dirigeants des principaux pays européens sont parvenus à négocier une opération de réduction de la dette grecque en convainquant les banques privées d’accepter une décote de leurs créances d’environ 50% et en obtenant du gouvernement grec qu’il s’engage dans un nouveau plan d’austérité radicale comprenant des privatisations massives et qu’il accepte de renoncer à une partie très importante de la souveraineté du pays. A partir de mars 2012, des envoyés de la Troïka se sont installés de manière permanente dans les ministères à Athènes afin de contrôler de près les comptes de l’Etat. Les nouveaux prêts à la Grèce passent dorénavant par un compte directement contrôlé par les autorités européennes, qui peuvent donc le bloquer. Cerise sur le gâteau, les nouveaux titres de la dette grecque ne sont plus de la compétence des tribunaux grecs, les nouvelles obligations émises dans le cadre de ce programme sont de droit anglais et les litiges entre l’État Grec et les créanciers privés seront arbitrés au Luxembourg [14].


Ce n’est pas tout : sous la pression de la BCE et des dirigeants européens, le gouvernement Pasok de Georges Papandréou, très soumis mais de plus en plus impopulaire, a été remplacé sans élection par un gouvernement d’unité nationale Nouvelle Démocratie – Pasok, avec une place clé attribuée à des ministres provenant directement des milieux bancaires.


On peut compléter le tableau de la situation par trois autres bonnes nouvelles pour la BCE et les dirigeants européens : 1. Silvio Bersluconi a été contraint à la démission et a été remplacé par un gouvernement de techniciens, à la tête duquel figure Mario Monti, ancien commissaire européen très proche des milieux bancaires et capable d’imposer aux Italiens un approfondissement des politiques néolibérales[15]. 2. En Espagne, le chef du gouvernement en place depuis quelques mois, Mariano Rajoy, du Parti populaire, est prêt à radicaliser lui aussi la politique néolibérale de son prédécesseur, le socialiste José Luis Zapatero. 3. Les dirigeants européens[16] sont arrivés à se mettre d’accord sur un pacte de stabilité qui va couler dans le marbre l’austérité budgétaire, l’abandon par les Etats membres d’un peu plus de leur souveraineté nationale et une dose supplémentaire de soumission à la logique du capital privé. Enfin, le Mécanisme européen de stabilité (MES) va bientôt entrer en action et permettra de mieux venir en aide aux Etats et aux banques[17] dans les prochaines crises bancaires qui ne manqueront pas de se produire ainsi qu’aux Etats membres peinant à se financer.


Ces différents exemples montrent que les dirigeants européens au service du grand capital réussissent à marginaliser un peu plus le pouvoir législatif en passant outre les choix des électrices et des électeurs. Par ailleurs, où est la démocratie si les électrices et les électeurs qui souhaitent refuser massivement l’austérité n’ont plus la possibilité de l’exprimer par leur vote, ou lorsque le sens politique du vote exprimé est annulé au motif que le choix n’est pas celui des gouvernants, comme en 2005 en France et aux Pays-Bas après le non au Traité pour une constitution européenne, comme en Irlande et aux Portugal après les élections de 2011, comme en France et aux Pays-Bas, de nouveau, après les élections de 2012. Tout est mis en place pour que la marge de manœuvre des gouvernements nationaux et des pouvoirs publics soit limitée par un cadre contractuel européen de plus en plus contraignant. Il s’agit là d’une évolution très dangereuse, à moins bien sûr que des gouvernements appuyés par leur population décident de désobéir.


Si on se met ainsi un instant à la place de Mario Draghi, des principaux dirigeants européens et des banques, on peut dire qu’en mars-avril 2012, ils ont de quoi être heureux. Tout semble réussir.


Les limites des succès de la BCE et des gouvernants européens


Les nuages noirs arrivent ensuite. Cela se complique à partir de mai 2012 quand Bankia, la 4e banque espagnole dirigée par l’ancien directeur général du FMI Rodrigo de Rato, se retrouve en faillite virtuelle. Selon les sources, les besoins des banques espagnoles en termes de recapitalisation varient entre 40 et 100 milliards d’euros, et Mariano Rajoy qui ne veut pas faire appel à l’aide de la Troïka est dans une posture très difficile. S’ajoute à cela le fait que sur le plan international se succèdent plusieurs scandales bancaires. Celui concernant la manipulation du Libor, le taux interbancaire à Londres, est le plus retentissant et implique une douzaine de grandes banques. Il vient s’ajouter aux agissements coupables de HSBC en matière de blanchiment d’argent de la drogue et d’autres négoces criminels.


En France, une majorité des électeurs ne veut plus de Nicolas Sarkozy. François Hollande est élu le 6 mai 2012, mais ce n’est pas vraiment inquiétant pour la finance internationale car on peut compter sur le pragmatisme des socialistes français comme des autres partis socialistes d’Europe pour poursuivre l’austérité. Même s’il faut toujours se méfier du peuple français, très enclin à divers débordements et susceptible de croire qu’il faut un véritable changement.


En Grèce, la situation est plus contrariante pour la BCE car Syriza, la coalition de gauche radicale qui promet d’abroger les mesures d’austérité, de suspendre le remboursement de la dette et de braver les autorités européennes, risque de remporter une victoire électorale. Pour les tenants de l’austérité européenne, il faut empêcher cela à tout prix. Le soir du 17 juin 2012, c’est le soulagement à la BCE, au siège des gouvernements européens et dans les conseils d’administration des grandes entreprises : le parti de droite Nouvelle Démocratie devance Syriza. Même le nouveau président socialiste français se réjouit du résultat du scrutin. Et le lendemain, les marchés respirent. On peut continuer la route de l’austérité, de la stabilisation de la zone euro et de l’assainissement des comptes des banques privées.


( à suivre )


La première partie de la série est intitulée « 2007-2012 : 6 années qui ébranlèrent les banques » a été publiée le 19 novembre 2012, voir http://cadtm.org/2007-2012-6-annees-qui-ebranlerent


La partie 3 de cette série portera sur les deux objectifs principaux poursuivis par les dirigeants européens : Mener à bien la plus grande offensive contre les droits sociaux depuis la seconde guerre mondiale et éviter un nouveau krach financier / bancaire qui pourrait se révéler pire que celui de septembre 2008


Eric Toussaint


Eric Toussaint, maître de conférence à l’université de Liège, est président du CADTM Belgique (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde, www.cadtm.org) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France. Il a écrit, avec Damien Millet, AAA. Audit Annulation Autre politique, Seuil, Paris, 2012.


http://www.cadtm.org

 

[3] La Banque d’Angleterre et d’autres banques centrales suivent grosso modo la même politique.

[4] Dès août 2011, j’ai décrit cette situation à un moment où très peu de commentateurs financiers en parlaient. Voir la série intitulée « Dans l’œil du cyclone : la crise de la dette dans l’Union européenne » : « Elles (= les banques européennes) ont financé et elles financent encore leurs prêts aux Etats et aux entreprises en Europe via des emprunts qu’elles effectuent auprès des money market funds des Etats-Unis. Or ceux-ci ont pris peur de ce qui se passait en Europe (…). A partir de juin 2011, cette source de financement à bas taux d’intérêt s’est presque tarie, en particulier aux dépens des grandes banques françaises, ce qui a précipité leur dégringolade en Bourse et augmenté la pression qu’elles exerçaient sur la BCE pour qu’elle leur rachète des titres et donc leur fournisse de l’argent frais. En résumé, nous avons là aussi la démonstration de l’ampleur des vases communiquant entre l’économie des Etats-Unis et celle des pays de l’UE. D’où les contacts incessants entre Barack Obama, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, la BCE, le FMI… et les grands banquiers de Goldman Sachs à BNP Paribas en passant par la Deutsche Bank… Une rupture des crédits en dollars dont bénéficient les banques européennes peut provoquer une très grave crise sur le vieux continent, de même qu’une difficulté des banques européennes à rembourser les prêteurs états-uniens peut précipiter une nouvelle crise à Wall Street. » (http://cadtm.org/Dans-l-oeil-du-cyclone-la-crise-de, 26 août 2011). Une étude récente de la banque Natixis confirme la détresse qu’ont connue les banques françaises pendant l’été 2011 : Flash Economie, « Les banques françaises dans la tourmente des marchés monétaires », 29 octobre 2012. On y lit : « De juin à novembre 2011, les fonds monétaires américains ont subitement retiré la plus grande part de leurs financements aux banques françaises. (…) C’est jusqu’à 140 Mds USD de financements à court terme qui ont fait défaut aux banques françaises à fin novembre 2011, sans qu’aucune ne soit épargnée. » (http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=66654). Cette fermeture de robinet a touché également la plupart des autres banques européennes, comme le montre également cette étude publiée par Natixis.

[5] GAO, “Federal Reserve System, Opportunities Exist to Strengthen Policies and Processes for Managing Emergency Assistance”, juillet 2011, http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf. Ce rapport de la Cour des Comptes (GAO = United States Government Accountability Office) a été réalisé grâce à un amendement à la loi Dodd-Frank (voir plus loin) introduit par les sénateurs Ron Paul, Alan Grayson et Bernie Sanders en 2010. Bernie Sanders, sénateur indépendant, l’a rendu public (http://www.sanders.senate.gov/imo/media/doc/GAO%20Fed%20Inve... ). Par ailleurs, selon une étude indépendante de l’Institut Levy auquel collaborent des économistes comme Joseph Stiglitz, Paul Krugman et James K Galbraith, les crédits de la Fed auraient atteint un montant plus élevé que celui révélé par le GAO. Ce ne serait pas 16 000 milliards de dollars, mais 29 000 milliards de dollars. Voir James Felkerson, “$29,000,000,000,000 : A Detailed Look at the Fed’s Bailout by Funding Facility and Recipient »,www.levyinstitute.org/pubs/wp_698.pdf

[6] “The CEO of JP Morgan Chase served on the New York Fed’s board of directors at the same time that his bank received more than $390 billion in financial assistance from the Fed. Moreover, JP Morgan Chase served as one of the clearing banks for the Fed’s emergency lending programs.”,http://www.sanders.senate.gov/newsroom/news/?id=9e2a4ea8-6e7...
[7] Michel Rocard et Pierre Larrouturou, : « Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ? », Le Monde, 3 janvier 2012 http://www.larrouturou.net/2012/01/pourquoi-faut-il-que-les-...

[8] Voir notamment le rapport du GAO mentionné plus haut à la page 196 qui atteste de prêts à Dexia pour un montant de 53 milliards de dollars, ce qui représente seulement une partie des prêts dont a bénéficié Dexia de la part de la Fed. http://www.gao.gov/assets/330/321506.pdf

[9] Financial Times, “Banks plot early repayment of ECB crisis loans », 15 novembre 2012, p. 25.

[10] D’après le quotidien financier espagnol El Economista,http://www.eleconomista.es/espana/noticias/4252377/09/12/La-...

[11] Financial Times, ibid.

[12] Voir http://www.bancaditalia.it/statistiche/stat_mon_cred_fin/ban..., tableau 2.1a.

[13] Mario Draghi est devenu président de la BCE le 1er novembre 2011.

[14] Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_de_la_dette_publique_grec.... Voir aussi Alain Salles et Benoït Vitkine, « Fatalisme face à un sauvetage échangé contre une perte de souveraineté », Le Monde, 22 février 2012,http://www.forumfr.com/sujet448690-fatalisme-face-un-sauveta....

[15] Mario Monti, premier ministre depuis le 13 novembre 2011, a été nommé sénateur à vie par le Président de la République Giorgio Napolitano. À l’occasion de sa nomination, il a quitté différents postes de responsabilité : la présidence de la plus prestigieuse université privée italienne, la Bocconi, et celle du département Europe de la Trilatérale, un des plus importants cénacles de l’élite oligarchique internationale, sa participation au comité de direction du puissant club Bilderberg et la présidence du think tank néolibéral Bruegel. Monti était conseiller international de Goldman Sachs de 2005 au 2011 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute), il a été nommé commissaire européen au Marché intérieur (1995-1999) puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Il a été membre du Senior European Advisory Council de Moody’s, conseiller de Coca Cola, il est encore un des présidents du Bussiness and Economics Advisory Group de l’Atlantic Council (un think tank américain qui promeut le leadership US) et fait partie du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles.

[16] A l’exception du Royaume-Uni et de la République tchèque.

[17] Lors d’un sommet européen réuni le 21 juin 2012, il a été décidé que le MES serait également utilisé pour sauver des banques. A l’époque, cela a été présenté par Mariano Rajoy comme une victoire permettant à l’Espagne d’échapper à de nouvelles conditionnalités imposées par la Commission européenne ou par la Troïka. Rajoy a expliqué que l’aide qui serait octroyée par le MES aux banques espagnoles ne serait pas comptabilisée dans la dette publique espagnole, ce que les dirigeants de plusieurs pays de la zone euro (Allemagne, Pays-Bas, Finlande…) ont contesté, tout comme le FMI. A la fin novembre 2012, il n’y avait toujours pas de consensus sur cette question.

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 17:10

http://www.lefigaro.fr/medias/2012/08/21/d5526130-eba9-11e1-8fa1-af07da5b6ebf-493x328.jpgJe publie ci-dessous de larges extraits d'un article de Philippe Alain pour Mediapart :

 

La France ordonne l'extradition d'une enfant Rom  

Mercredi 5 décembre 2012, la « justice » française a ordonné la remise aux autorités roumaines de Bianca qui a été condamnée en Roumanie à 3 ans et demi de prison ferme pour un vol.

Peu importe que Bianca ne soit âgée aujourd’hui que de 17 ans, peu importe sa petite fille de un an, peu importe qu’elle-même et toute sa famille soient installés en France.

Peu importe la disproportion de la peine pour un délit qu’elle aurait commis à 15 ans et qu’elle nie.

Peu importe la Convention Internationale des Droits de l’Enfant de l’ONU et notamment son article 3 qui précise que l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale dans toute décision de justice.

Ce qui importe par dessus tout c’est que Bianca soit Rom.

Lors de l’audience publique qui s’est tenue à Grenoble le 22 novembre, le représentant de l’Etat français avait en effet réclamé l’extradition immédiate de l’adolescente en expliquant que « ces gens là ont vocation à retourner chez eux, en Roumanie ».

[…]

Amis européens, vous souhaitez que la France vous livre un citoyen que vous voulez enfermer en prison, même français ? Accusez le de faits gravissimes ou condamnez le à des peines totalement disproportionnées sans rapport avec les faits reprochés. Vous pouvez toujours avancer le terrorisme comme prétexte, ça marche très bien, demandez à Aurore Martin.

La France accepte maintenant le vol pour exécuter le mandat d’arrêt européen… Attention, ce dernier motif ne sera accepté que si la personne incriminée est Rom. Condamner à 3 ans et demi de prison ferme un enfant âgé de 15 ans au moment des faits, c’est un peu gros. Mais si l’enfant est Rom, ça passe.

Ca passe d’autant mieux que depuis l’élection de François Hollande, les socialistes et Manuel Valls n’ont qu’un seul objectif en ce qui concerne les Roms : en renvoyer le plus grand nombre possible chez eux.

[…]

Comme Sarkozy, Les socialistes n’ont pas compris que c’est le Front National et lui seul qui récoltera les fruits de cette politique. Les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie.

Quand on renonce à son âme pour gagner des élections, on perd les deux.

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 10:26

TabarotBlog.jpgLes récents déboires de l’UMP nous ont fait connaître de nouveaux éléments de la garde rapprochée de Jean-François Copé : Jérôme Lavrilleux, Geoffroy Didier, ou encore Guillaume Peltier. Des individus qui ne font pas dans la dentelle. La nuit de la rocambolesque élection de Copé, Lavrilleux a intoxiqué les médias en chiffres et en rumeurs sur les fraudes du camp Fillon. Ancien « bébé Hortefeux », Geoffroy Didier a un regard d’aigle et une moue méprisante. Il a lancé la Droite forte, à égalité avec Guillaume Peltier qui, au pouvoir, supprimerait le droit de grève des fonctionnaires.


Parce qu’un élément de sa biographie m’a ramené vers un moment de mon adolescence (pourquoi pas ?), je m’intéresserai ici plus longuement à Michèle Tabarot, femme de ménage – au sens où elle sait faire LE ménage là où Copé le lui demande. Il se trouve qu’elle est né en 1962 à Alicante, en Espagne. Exactement au même moment, j’ai passé six semaines avec mes parents dans cette ville. En 1962, je suis en classe de 3ème dans un grand lycée lillois. Le recrutement est petit et moyen-bourgeois. En début d’année, la grande majorité des élèves de ma classe est pour l’indépendance de l’Algérie. Quelques semaines après la rentrée, nous accueillons un camarade pied-noir. Fils de commissaire de police. Extrêmement sympathique. Il a été indéniablement traumatisé par un départ brusqué de son pays natal et a beaucoup de mal à s’habituer aux brouillards automnaux du nord de la France. Il surmonte son mal-être par l’humour. On l’adopte sans peine. On sympathise avec lui. Au point qu’en fin d’année nous ne sommes plus que deux, dans la classe, à être en faveur de l’Algérie algérienne tandis que tous les autres ont adopté la cause de l’OAS.

 

Cette évolution m’avait quelque peu traumatisé. Mais à Alicante, que vis-je ? Des dizaines de « réfugiés politiques » (comme ils se nommaient), membres actifs, activistes, de l’OAS, tous plus ou moins interdits de séjour en France. Parmi ces vaillants : le père de Michèle Tabarot. Avec sa fille copénisée, nous sommes donc en présence d'un certain refoulé national, c’est-à-dire de la réaction colonialiste.


Papa Robert Tabarot était surnommé le Rocher. Ancien champion d’Afrique du Nord de boxe, il est le neveu de Pierre Tabarot, propriétaire du journal Oran républicain, plutôt de gauche. Il est l’un des chefs de l’OAS en Oranais. C’est à Oran qu'ont lieu, malgré un accord entre l’OAS et le FLN, les affrontements les plus meurtriers entre Français et Algériens dans les semaines qui précédent les accords d’Évian. Du 22 au 26 juin 1962, Oran brûle. « On ne leur laissera rien », proclament Tabarot et les siens.


Le 27 juin, Tabarot quitte l’Algérie précipitamment et se réfugie à Alicante où il ouvre une pizzeria et où il devient le chef officieux des Pieds-Noirs oranais d’Espagne. À Alicante, la communauté pied-noire a sa propre école privée où la petite Michèle commence sa scolarité. Amnistié en 1968, Tabarot s’installe à Cannes en 1969. Il est élu conseiller municipal et préside la maison du Pied-Noir.


 Michèle Tabarot ne rejoint pas le Front national, mais Démocratie libérale, dirigée alors par Alain Madelin, ancien d’Occident. À l’intérieur de l’UDF, ce petit parti accepte les alliances avec le FN. Aux élections de 1998, Soissons, Blanc, Million, Baur sont élus présidents de région avec des voix lepénistes.


À vingt et un ans, Michèle Tabarot est adjointe au maire du Canet. En 2002, elle est élue députée UMP. Elle devient vice-présidente du groupe de travail parlementaire sur les rapatriés.


En février 2005, des enseignants lancent une pétition contre la loi qui les oblige à souligner les aspects positifs de la colonisation. Michèle Tabarot réagit vertement : « Je ne peux accepter que cet hommage à la présence française outre-mer soit aujourd’hui attaqué par une minorité d’enseignants, (…) les mêmes qui nous ont enseigné pendant toutes ces années que les modèles communistes de Moscou, Pékin ou Phnom Penh permettaient à l’être humain de s’épanouir dans une société juste, égalitaire, et dans le respect des droits de l’homme, les mêmes qui, aujourd’hui, désemparés de ne plus pouvoir enseigner leur modèle de démocratie, font quotidiennement à leurs élèves le procès de la colonisation (…). La France coloniale a permis d’éradiquer des épidémies dévastatrices, grâce aux traitements dispensés par les médecins militaires. Les Français d’outre-mer ont permis la fertilisation de terres incultes et marécageuses, la réalisation d’infrastructures que les Algériens utilisent encore aujourd’hui. La France a posé les jalons de la modernité en Algérie, en lui donnant les moyens d’exploiter les richesses naturelles de son sous-sol. »


Le 3 février 2006, le député de la droite dure Lionnel Luca organise à Saint-Laurent-du-Var un rassemblement d’hommage à «  l’œuvre colonisatrice des Français d’outre-mer ». Des milliers de pieds-noirs chantent à pleins poumons “ C’est nous les Africains ”. Michèle Tabarot déclare à France 3 : «  Faire repentance de quoi ? D’avoir créé 126 hôpitaux, éradiqué des endémies, fertilisé des terres incultes, d’avoir bâti 23 ports et 4 aéroports ? Pieds-noirs et harkis n’ont à faire repentance devant personne.  »


Avec Tabarot, Luca, Copé, l’OAS revient au premier plan. L’Algérie française s’affiche « sans tabous » dans un parti qui se réclame du gaullisme.


En politique, tout est possible, y compris la victoire de Copé lors d’une élection présidentielle. Nous sommes prévenus.

 

 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 06:29

MargerideLa Margeride, c'est beau, mais c'est un peu perdu. C'est justement dans ces coins sauvages et perdus qu'on a terriblement besoin de vrais services publics. Bien plus qu'au centre de Neuilly. La privatisation de la poste fut une décision purement idéologique. Administration de l'État, la poste était financièrement autonome et faisait des bénéfices. Aucune directive européenne n'a jamais obligé la France a privatiser ce service. La privatisation fut soutenue par la Cfdt, notre grande confédération syndicale d'accompagnement.

Je reprends ci-dessous un témoignage parmi cent autres. Il est signé des Aliboffis.

 

 

Ah ! La poste… Dany Boon en a fait, du temps du service public, une charge désopilante. Depuis, cette vieille dame un peu coincée mais chère au cœur de tous les Français a été privatisée. On a supprimé les barrières et les hygiaphones, on a repeint en jaune, on a mis plein de choses inutiles à vendre, on a remplacé moult employés par des machines rutilantes censées vendre des timbres, recharger un monéo, affranchir un colis, etc. Seulement, lorsqu’elles ne sont pas en panne, ces machines requièrent de l’usager (pardon, du « client »), un stage de trois mois de formation avec deux ingénieurs pour en maitriser l’emploi… Au fait, madame Sécurité sociale, pour combler ton trou (si j’ose coucher sur l’écran cette image osée !), pourquoi ne pas taxer ces robots qui, à la poste, aux péages d’autoroute, maintenant dans les hypermarchés et demain partout, prennent la place et jettent dans les bras radins de monsieur Paul Emploi autant d’employés en chair et en os ?

 

Bon, ça nous éloigne de mon propos. J’y reviens. J’ai la chance de pouvoir, chaque année, vivre l’été en Margeride, à 1200 mètres d’altitude, au milieu des vaches, des grandes gentianes, des jonquilles, des ruisseaux à truites et des grandes forêts à cèpes ; et l’hiver, je réintègre mes pénates provençales autour d’Avignon. Du 15 mai au 15 novembre, je fais donc réexpédier mon courrier d’une adresse à l’autre. Cette année, comme il faisait très beau, je suis resté une semaine de plus « en haut » de façon à pouvoir récupérer mes derniers courriers réexpédiés. Or, surprise, cette réexpédition à continué de se faire après la date d’arrêt du 15 novembre.  Dans ma grande naïveté, j’ai pensé résoudre facilement ce problème en donnant un coup de téléphone à mon bureau de poste provençal. Donc internet, pages jaunes et voilà un numéro genre 36 quelque chose. Voix anonyme puis musiquette entrecoupée de pubes pour les divers produits maison. Dix minutes… Les aliboffis remontent et commencent à gonfler, à gonfler… Je vais donc au village le plus proche où se trouve un bureau de poste. J’explique mon problème, demandant à la préposée de téléphoner elle-même au bureau émetteur pour régler le problème. « Hou la la ! J’ai pas le numéro mon pauvre monsieur. Téléphoner à la ville dont on dépend. Tè ! Je vous fais le numéro ». Nouvelle explication auprès d’une autre brave dame me renvoyant…au numéro de téléphone musiquette. Les aliboffis arrivent au bord de l’explosion.

 

Bref. Je transhume vers la Provence et, hier matin, je vais au bureau responsable pour résoudre la question, c'est-à-dire suspendre le renvoi erroné de courrier. Premier contact avec un petit jeunot. « Bon, ce n’est pas de mon ressort, je vais chercher quelqu’un ». Après quelques minutes, arrive une brave dame, celle du grade au dessus. « Bou ! Nous, on ne peut rien, ça dépend d’Avignon » - « Ben, téléphonez leur ! » - « C’est pas possible » (je ne vous dis pas l’état de gonflement des aliboffis). Le ton monte un peu et la dame va chercher un « chef ». Re-belote, re-explication, re-refus de faire quoi que ce soit ni de reconnaitre l’erreur du service et, évidemment engueulade du genre « Monsieur, vous êtes un service public, donc au service du public. Ce n’est pas le prix de vos timbres qui vous paie mais mes, nos impôts… » Bla bla bla bla et voilà que la « chef » va chercher un autre « chef », probablement le « grand chef ». Re re explication et…voilà que le grand chef reconnait l’erreur, va dans les services et deux minutes plus tard m’assure que le problème – pour lequel on ne pouvait rien faire - est résolu !

link

 

Photo : BG


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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 11:24
Jacques RICHAUD (repris du Grand Soir)
 

Préambule :

Le langage libéral, cette ‘novlangue’ au service du capitalisme et de la neutralisation de la langue des travailleurs et du socialisme , est parvenu a glisser dans le mental et dans les propos de nombreux commentateurs ou acteurs de la vie économique et politique , ce concept dépourvu de sens :’licenciement boursier’.

Il convient de ‘déconstruire’ cette expression, comme doivent l’être aussi d’autres impostures sémantiques qui visent à désarmer le monde du travail de sa capacité à comprendre les processus qui participent à son aliénation et son exploitation.

Ces impostures ont déjà transformé le ‘travailleur’, (seul producteur de richesses), en ‘salarié’, (dont l’appellation même occulte sa fonction et le résume à son ‘coût’ pour l’employeur) ! A aussi été ‘adopté’ le concept ‘d’état providence’ qui a transformé une conquête sociale exemplaire, (celle de la création de la Sécurité Sociale), en une prérogative étatique qui en outre serait placée sous le signe d’une bienveillante providence… (1) Le langage de la lutte des classes est remisé dans les grimoires accessibles aux historiens mais il est oublié des travailleurs eux-mêmes, aussi souvent de leurs représentants syndicaux , qui usent du langage de leurs adversaires. Ils sont parfois fiers de l’appellation‘partenaires sociaux’ qui leur a été concédée, mais englobe un présupposé de connivence plus que de confrontation…

Le licenciement est la situation faite aux ‘perdants’ de ce ‘partenariat social’ , lorsque la ‘providence’ de l’état s’interdit d’intervenir dans les conflits, et lorsqu’il est demandé à chaque ‘salarié’ de comprendre que le coût de son travail est le premier obstacle à la productivité… Le ‘choc de compétitivité’ est l’objectif nouveau qui exige des sacrifices dont la répartition est bien asymétrique… La faute à qui ? A la bourse ! Vraiment ?

La bourse licencie ? Vraiment ? Depuis quand ? C’est quoi la bourse ?

Nous ne parlons pas de cette particularité anatomique réservée au ‘genre’ dominant qui y dissimule ses gonades. Nous parlons de cet objet ancien et de son évolution. Dans le passé la bouse était ‘un petit sac destiné à contenir de l’argent, de la monnaie…’. Un sac dont chacun pouvait ‘tenir le cordon’… Plus tard le mot désigna le lieu matériel, l’édifice construit dans ce but, où se rencontrent les négociants, agents de change et courtiers, pour traiter ‘d’affaires’. La bourse est donc liée avec la possession et les échanges, elle en est le temple, celui où les possédants tentent de faire fructifier leur propriété privée, y compris celle des moyens de production. Le capitalisme mondialisé a fondé les ‘bourses de valeurs’ (New York ; Londres, Tokyo, Paris…etc.) ou se négocient les ‘titres’ des sociétés les plus importantes ; celles qui sont ‘cotées en bourse’

Ceux qui y réalisent des transactions le font parce qu’ils reçoivent de la part des ‘possédants’ des instructions, des‘ordres de bourse’, déterminés par les sociétés qui veulent y protéger et faire prospérer leurs intérêts . La bourse n’est que cela !
Elle est une structure du capitalisme mondialisé. Ses acteurs en sont les serviteurs.
Il existe depuis 1967 des ‘Commissions des opérations de bourse’ qui veillent au bon fonctionnement des opérations et à la régularité des informations diffusées. Mais la bourse est au service exclusif du capitalisme.

Elle ne possède aucun règlement, aucune charte, aucune morale, aucune éthique, qui l’obligerait à considérer les conséquences sociales et humaines des opérations réalisées. La bourse est aveugle sourde et muette, inductrice de fortune ou de faillite, de richesse ou de misère, selon la seule volonté des donneurs d’ordres. Les acteurs boursiers ne sont pas des représentants du monde du travail mais des commis de ceux qui l’exploitent ! Rien n’oblige ‘la bourse’ à prendre en compte le facteur humain ou la sauvegarde de la planète ; seul l’argent circule, seul ‘signifiant’ de ceux qui ordonnent les opérations. L’argent roi ici est bien loin des réalités sociales…

Qui licencie ?

Alors ne nous trompons pas. Il n’y a pas de ‘licenciement boursier’. La bourse, cette entité presque abstraite pour chaque citoyen n’a ni ce rôle ni ce pouvoir.
Pourtant ce qui se joue en bourse a des effets sociaux indiscutables.

Mais ces effets ne résultent pas de la bourse elle-même, ils résultent de stratégies et décisions prises par ceux qui donnent les ‘consignes’ aux opérateurs boursiers, ceux qui donnent les ‘ordres en bourse’ !

Ceux là sont ailleurs. Ils ont chacun une identité, ce sont des personnes physiques en charge d’intérêts capitalistes. Leurs décisions ‘d’ordre en bourse’ sont prises sous la double contrainte de l’accumulation espérée du capital et de la fidélisation souhaitable des actionnaires qui ne connaissent que leur rémunération par dividendes. Le Capital comme les dividendes ne sont qu’un détournement d’une partie, (de plus en plus importante) des fruits du travail humain. Les travailleurs ne voient pas ici défendus leurs intérêts. Même à l’origine des richesses produites, ils restent la ‘variable d’ajustement’ qui permet, à leur dépens, de majorer les profits ou les dividendes ! Cela se fait par la pression salariale, la flexibilité et précarité de l’emploi, un ‘management’ de plus en plus inhumain s’accommodant de pousser jusqu’au suicide parfois des exploités ; a l’extrême les licenciements sont le moyen ultime de réduction de ce que les employeurs nomment ‘la charge’ salariale…

Un licenciement est ‘toujours’ décidé par un employeur ! Il n’existe pas de licenciement boursier. La décision est humaine, elle est patronale même si elle est prise parfois sous pression actionnariale.

Alors pourquoi parler de licenciement ‘boursier’ ?

Cette formule sémantique est scandaleuse et mystificatrice :

Scandaleuse car mensongère et exonérant de leurs responsabilités les seuls décideurs de chaque licenciement. La formule utilisée a pour effet de reporter la responsabilité de la décision prise sur une entité abstraite, lointaine, désincarnée, sans visage, inaccessible … La bourse !

Mystificatrice car transposant sur un ‘outil’ du capitalisme la responsabilité de ses méfaits, résultant pourtant toujours de décisions humaines. Il s’agit ici de dissimuler le caractère prédateur et antisocial par essence du processus d’accumulation privée des richesses. Il s’agit d’évoquer ici comme l’existence d’un ‘grand tout’ au dessus des hommes et du patronat lui-même, l’existence d’une ‘bourse’ qui aurait quelques pouvoirs maléfiques, qui serait a elle seule responsable des méfaits du capitalisme. Il s’agit d’inventer comme une sorte de ‘fatalité’ à l’origine de ces effets indésirables ; alors que ces effets résultent de stratégies et décisions parfaitement élaborées, avec des acteurs clairement identifiables !

Que nous enseignent ces réflexions ?

- Elles nous permettent d’observer en premier que le capitalisme n’est pas la seule invention humaine à se doter d’une sorte de ‘transcendance’ qui mériterait à la fois respect et soumission. Toutes les croyances, religieuses ou profanes, sont des modes d’entrée dans les formes diverses de la servitude et de l’aliénation. Le dieu ‘TINA’ (There is no alternative) est adoré chaque jour dans les temples de la Bourse.

- Elles nous disent ensuite que dans tous les cas, les mots sont choisis, pour induire le sentiment d’une autorité, d’une fatalité, d’une nécessité, d’une évidence, dont résultera le sentiment d’impuissance le plus répandu, même chez ceux que la soumission indispose. Qui pourrait s’opposer à un ‘licenciement boursier’ ? C’est qui la bourse ? Où est le bureau des réclamations ? Les locaux de la Bourse sont vides et seulement protégés par quelques vigiles entre les séances ; ces locaux n’abritent aucun chef, aucun maître, aucun imperator dominant qui distribuerait l’or ou la misère…

- Elles nous disent enfin qu’il ne se produit en ces lieux que des actes commis par les valets et mercenaires du capitalisme. Pas plus qu’une cathédrale n’est responsables des crimes des croisades ou de l’inquisition prêchées sur son autel par des évêques, la bourse n’est responsable des conséquences des actes commis par les ‘bolcheviques du marché’ comme les nommait le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz stigmatisant le comportement des capitalistes, même s’il ne franchit pas le pas de préconiser la sortie du ‘système’. (2)

En quoi cela nous est il utile de démasquer l’imposture sémantique des ‘licenciements boursiers’ ?

- Cela nous permet de comprendre que cette expression appartient au langage de l’oppression, de la fatalité et du renoncement.

- Cela nous permet de faire tomber les masques des donneurs d’ordres qui prennent les décisions responsables de la dégradation des conditions de vie des travailleurs et parfois de leur licenciement. (3-4)

- Cela nous indique que cette expression ‘licenciement boursier’, comme d’autres expressions dictées par nos adversaires (1), doit être exclue du langage de la gauche, politique ou syndicale, car elle induit un sentiment d’impuissance en même temps qu’elle dissimule la responsabilité patronale.

- Cela nous permet de démasquer qui sont les donneurs d’ordres et ceux qui les influencent par la pression actionnariale, comme seuls responsables des conséquences de leurs actes.

- Cela nous permet en dernière analyse d’identifier la responsabilité du capitalisme lui-même et donc d’écarter toute option ‘réformiste’ qui en conserverait l’hégémonie des acteurs et la propriété privée des moyens de production.

- Cela ne nous dit pas ce que seraient ces lieux consacrés aux échanges dans un socialisme du XXI me siècle. Mais dans le changement espéré, sans aucun doute et après expropriation des prédateurs des fruits du travail, ce serait les travailleurs eux-mêmes qui devront s’approprier la gestion des moyens de production et la répartition des richesses.

Jacques Richaud

21 novembre 2012

 

(1) 24 février 2009 Note sur quelques dépossessions sémantiques -Social - Santé : les mots sont importants. Jacques Richaud http://www.legrandsoir.info/Social-Sante-les-mots-sont-impor...

(2) 30 décembre 2010, par Frédéric Joignot « LE TRIOMPHE DE LA CUPIDITE » DE JOSEPH. E. STIGLITZ, PRIX NOBEL D’ECONOMIE PUBLIÉ EN FRANCE EN POCHE. UNE LEÇON DE CHOSEShttp://fredericjoignot.blog.lemonde.fr/2010/12/30/le-triomph...

(3) 8 avril 2012 Salaire minimum ou esclavage. Jacques Richaud
http://www.legrandsoir.info/salaire-minimum-ou-esclavage.htm...

(4) 6 juillet 2010 « FIN DE DROIT ! »……L’ULTIME DEPOSSESSION Jacques Richaudhttp://www.npa31.org/tribune/fin-de-droit-%E2%80%A6%E2%80%A6...

 


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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 16:40

Repris du blog "Soyons sérieux"

La police saisit le portable d’une fillette

Un dessin de : 

Un policier menace de son arme une fillette

En 2011, la pirate âgée de 9 ans avait téléchargé un album de la popstar scandinave Chisu. Le père de la fillette avait refusé de payer une amende de 600 euros pour un règlement à l'amiable.

Dernièrement la police est venue au domicile du père avec un mandat de perquisition et est repartie avec l'ordinateur portable «Winnie l'ourson» de la fillette…«On aurait dit des membres de la mafia venant me racketter chez moi» a déclaré le père.

La chanteuse a affirmé qu'elle était contre une procédure judiciaire. «J'espère qu'une solution sera trouvée. Je me sens mal pour cette petite fille de 9 ans».

«Ce n'est dans l'intérêt de personne que des fillettes soient harcelées au nom du copyright. Cela montre une absence de discernement du CIAPC (centre finlandais anti-piraterie) et de la police» a réagi Ville Okasen, le vice-président finlandais de l'Electronic Frontier Foundation.

Le comble de l'histoire, c'est que l'album téléchargé n'avait jamais fonctionné; le père avait quand même acheté le CD à sa fille…

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 14:06

http://a400.idata.over-blog.com/600x386/2/48/74/19/Societe-medias/camera-de-surveillance.jpgLe Sunday Times et la presse britannique ont relayé cette nouvelle plus que préoccupante : outre-Manche, le gouvernement a suscité la création d'une base de données pour ficher huit millions d’enfants.

On ne dira jamais assez à quel point Orwell fut visionnaire dans sa dénonciation du totalitarisme latent dans un pays qui avait en horreur les cartes nationales d'identité et où les bobbies déambulaient dans les rues sans arme. Il y a près de soixante-cinq ans, il instruisit le procès du stalinisme et du nazisme avec 1984, mais il prit bien soin de situer l’action en Angleterre, pays appartenant à un continent soumis à une implacable dictature.

Le capitalisme financier, c’est l’écrasement définitif des pauvres (et des moins pauvres) par les riches, dans le cadre d’un État fort, très régalien, archi-fliqué. Les caméras de vidéo, omniprésentes dans Londres (et ailleurs), n’ont pas empêché les cinquante-six morts et les sept cent blessés, victimes des poseurs de bombes islamistes en 2005. Elles n’étaient pas là pour cela. Le monde de Big Brother est un monde de conditionnement, où l’on doit prouver à tout instant que l’on est innocent, et s’interroger sur sa propre culpabilité. Un enfant fiché comprendra très vite qu’il n’est pas censé être libre.

Selon le Sunday Times (par ailleurs plutôt acquis au chien de garde du capitalisme anglais Cameron), la compagnie privée Capita (link) vient de créer une base géante pour fliquer les enfants. Capita intervient dans 22 000 écoles au Royaume-Uni (pas en Écosse qui a un système d’éducation autonome) à qui elle fournit de l’information et classe celle que les établissements possèdent déjà. Grâce aux logiciels de Capita, les écoles ont, en temps réel, une vue très précise et très diversifiée sur les emplois du temps des élèves et des professeurs, sur l’état de leurs finances, des feuilles de paie, des carrières, de l’évaluation pédagogique, de l’avancement des projets. Et aussi sur leur adresse, leurs photos, les absences ou l’absentéisme. Ces données peuvent être conservées sans limites de temps. Apparemment, les parents n’ont pas été informés de ce progrès dans le fichage.

  Et pendant ce temps-là (tout se tient), le gouvernement de Sa Majesté vient de nommer un ancien de Goldman Sachs à la tête de la Banque d'Angleterre (link). Il parait qu'il connaît très bien le français. C'est donc un homme de grande qualité. On respire.

 

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