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26 août 2016 5 26 /08 /août /2016 06:02
Qui sont les assistés ?
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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 05:24

Quand on est effaré par les mesures politiques réactionnaires prises par les Solfériniens, on se dit, charitablement : mais qu'est-ce qu'il leur prend, quelle mouche les a donc piqués pour qu'ils fassent la politique de la droite ? Naturellement, on a tort. Toutes ces trahisons viennent de très loin.

 

À l'occasion du décès de Jérôme Monod, très proche conseiller de Chirac, éminence grise du RPR, représentant de la droite la plus intransigeante qui soit, je suis allé faire un long tour sur internet pour me remémorer les hauts faits de la carrière de ce brillant commis du capitalisme. Et là, je ne dirai pas "ô surprise", mais tout de même, je suis tombé sur un article de 2004 de Paul Lagneau-Imonet pour CAIRN qui explique la connivence, plus encore, la collaboration active, de tous les braves gens qui figurent dans le titre de cette note de blog.

 

 

Jérôme Monod était aux fourneaux et Jacques Chirac suivait l’affaire de près. La création en avril dernier par l’UMP de la Fondation pour l’innovation politique n’est ni simplement anecdotique ni, encore qu’elle peut l’être, une simple passerelle pour faire transiter l’argent des entreprises vers la principale formation de la droite. Elle répond à des objectifs politiques et idéologiques précis.

 

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« Nous y avons travaillé pendant deux ans, et elle est née le 14 avril 2004. Son statut est celui d’une fondation reconnue d’utilité publique. Sa création nous a paru indispensable, car il n’y a pas en France suffisamment de lieux de pensée libre pour renouveler la pensée politique et la mettre à la hauteur des enjeux du présent et de l’avenir [1]{C}[1] J. Monod, « Éditorial », http://www.­fondapol.­org ». C’est ainsi que Jérôme Monod, conseiller politique de Jacques Chirac, présente la Fondation pour l’innovation politique (FONDAPOL).

 

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La FONDAPOL, présentée par ses promoteurs comme une contribution au réarmement intellectuel de la droite, relève moins d’une offensive idéologique partidaire, que d’une innovation à la fois institutionnelle et intellectuelle. Il s’agit d’une part de promouvoir le modèle du think tank, tel qu’il existe aux États-Unis et en Angleterre. D’autre part, la création de la FONDAPOL participe à la constitution d’un espace commun au Parti socialiste (PS) et l’Union pour un mouvement populaire (UMP) ; à l’intérieur de cet espace circulent des idées, des individus, des services. Ces mouvements fournissent l’assise d’une idéologie sociale-libérale dans laquelle peuvent se reconnaître – avec les nuances qui permettent le jeu de la différenciation politique droite/gauche – les deux principaux partis de gouvernement en France.

 

La Fondation pour l’innovation politique : boîte à idée de l’UMP

 

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Article 1 des statuts de l’institution : « L’établissement dit “Fondation pour l’innovation politique” a pour objectif de contribuer à la rénovation de la pensée politique. La Fondation se rattache aux idées politiques de droite et du centre. La Fondation exerce ses activités au service des citoyens, en toute indépendance et avec une pleine ouverture. Elle ne reçoit d’instruction, recommandation ou orientation de quiconque. Elle est un lieu de rencontre mettant en relation des publics différents : société civile, élus, partenaires sociaux, monde de l’entreprise, de la recherche, de la culture, de l’administration. Elle étudie les enjeux auxquels devra faire face la société française et les transformations du rôle de la France en Europe et dans le monde. Elle engage les débats d’avenir. Elle alimente le débat intellectuel, elle assure la circulation et la confrontation des idées dans un esprit de liberté et de respect de l’opinion d’autrui. Elle contribue à faire connaître de nouveaux talents ».

 

 

 

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Pour mener à bien cette mission que le premier ministre a reconnue « d’utilité publique », la Fondation dispose d’une dotation initiale de 750 000 euros, d’un budget de fonctionnement de deux millions d’euros, ainsi que de superbes et spacieux locaux, au 53 quai d’Orsay [2]{C}[2] Selon Le Canard enchaîné du 2 juin 2004, le loyer des.... Si l’UMP a réglé un chèque de 800 000 euros pour porter sur les fonds baptismaux sa fondation, « [les] 2 millions d’euros de budget proviennent pour l’instant des caisses de l’État (sur la ligne « droits de l’homme et citoyenneté ») ». De son côté, la FONDAPOL a démarché l’ensemble des sociétés du CAC 40, car comme Jérôme Monod l’a répété, « pour assurer notre indépendance, il faut des financements de tous horizons ». Une dizaine de ces entreprises ont déjà répondu à l’appel. Au moment même où Alain Juppé était condamné pour prise illégale d’intérêt (c’est-à-dire l’utilisation des fonds publics à des fins d’intérêts privés), le parti qu’il dirige se dote d’une fondation qui pourra recevoir des dons d’entreprises privées, comme le permet la loi sur le mécénat adoptée en juillet 2003.

 

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Pour les promoteurs de la Fondation, le financement indirect de l’UMP par celle-là ou une quelconque influence patronale sur ses travaux et ses orientations sont impensables, puisqu’elle « exerce ses activités au service des citoyens, en toute indépendance et avec une pleine ouverture » comme le stipule l’article premier de ses statuts. C’est Gerhard Cromme, le président du Comité d’éthique de la FONDAPOL, qui veillera au respect de cette « indépendance ». Le président en activité de l’European Round Table of Industrialists, l’une des structures de lobbying patronal parmi les plus influentes au sein des institutions européennes, est certainement la personne appropriée pour cette tâche [3]{C}[3] Observatoire de l’Europe industrielle [B. Balanyá,....

 

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Conseiller politique de Jacques Chirac et ancien président de la Lyonnaise des Eaux, qui des décennies durant a « arrosé » le personnel et les appareils politiques pour s’assurer de juteux contrats de gestion des eaux, le président de la FONDAPOL est formel : « je tracerai une ligne blanche entre mes différentes fonctions ». « [La Fondation] n’a et n’aura pas d’attaches partisanes dans aucun parti […]. Aucun élu politique ne sera présent au conseil de surveillance [4]{C}[4] Propos de Jérôme Monod repris par N. Barotte, « Droite.... ». Son secrétaire général, Franck Debié, précédemment directeur des études de l’UMP, est lui aussi catégorique : « les subventions d’entreprises ou de partis ne correspondront en aucun cas à des commandes d’études programmatiques. Nous ne sommes pas un cabinet de lobbying ». Valérie Pécresse, députée des Yvelines, secrétaire générale adjointe de l’UMP chargée des études et membre de « l’Association de préfiguration de la Fondation », affirme sans ciller que « l’UMP en tant que telle n’est pas partie prenante de la fondation ». Quant à Jean de Boishue « vieux gaullo-chiraquien inébranlable [5]{C}[5] Propos de Jean de Boishue repris par E. Lemieux, «... », membre du directoire de la Fondation, il résume ainsi le positionnement de la Fondation : « Elle n’a rien à voir avec l’UMP, même si elle se réclame naturellement de la droite. Mais comme l’a bien dit Lénine, “le parti n’est pas un lieu de débats” […]. La vocation de la Fondation sera de produire des idées, de les exprimer et par ailleurs, en tant que prestataire, d’effectuer des études et des expertises économiques ou sociétales [6]{C}[6] Propos de Jean de Boishue repris par E. Lemieux, «... ».

 

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La Fondation pour l’innovation politique est bien une structure conçue, financée et animée par des cadres de l’UMP qui, outre son rôle de « boîte à idées », pose à nouveau la question des modalités de lobbying par des intérêts privés ainsi que celle du financement indirect des partis politiques par des entreprises publiques et privées. Les sociétés qui ont accepté de participer à son financement ne s’y sont d’ailleurs pas trompées. Michel Sapin, trésorier du Parti socialiste explique ainsi que « certaines d’entre elles nous ont alors contacté pour savoir si elles pouvaient également contribuer à la Fondation Jean Jaurès de façon à ne pas donner l’impression qu’elles ne s’engagent que dans une seule direction ». Si la FONDAPOL est bien une émanation directe de l’UMP, elle n’est pas qu’un réceptacle à subventions privées ou une structure de lobbying. Elle dessine aussi un espace intellectuel hybride où se rencontrent les cadres du parti et des intellectuels tentés de côtoyer le personnel politique aux affaires.

 

• « C’est le moment où il faut oser dire des choses dérangeantes »

 

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« Moderniser et revivifier le débat politique national, c’est toute l’ambition de la Fondation pour l’innovation politique [7]{C}[7] A. Lancelot, « La République a besoin de savants »,... ». Comment ? Il s’agit de « faire profiter le politique d’une réflexion scientifique et philosophique très vivante. En faisant appel à ses talents pour éclairer les grands défis du présent et de l’avenir et en faisant en sorte qu’elle soit mieux prise en compte par les décideurs et les citoyens. Trop d’excellents travaux ne sont connus aujourd’hui que des seuls spécialistes, trop de chercheurs prometteurs sont privés d’accès à la sphère décisionnelle, trop de recherches nécessaires ne voient pas le jour faute d’une demande sociale explicite et d’un minimum d’incitations ».

 

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La FONDAPOL a donc fait appel à quelques jeunes pousses et à un aréopage d’intellectuels consacrés. Dans la première catégorie, il y a Pierre-François Mourier, un ancien de la rédaction d’Esprit, qui avait choisi de quitter la revue en 2001 pour prendre le poste de directeur des études du RPR. Ce passage offrait au RPR un accès facilité aux milieux proches de cette revue qui, depuis vingt ans, accompagne la restauration libérale, en soutenant notamment le recentrage de la CFDT, sans pour autant se départir d’un fond chrétien de gauche, qui a pu récemment se traduire par une défense presque systématique de « l’ordre symbolique de la société [8]{C}[8] Sur l’orientation de la CFDT, voir J. -C. Aparicio,... ». Ce type de recrutement montre comment le parti de Jacques Chirac tente ainsi une percée en direction d’individus à la fois suffisamment proches pour qu’il soit envisageable de les rencontrer, mais dont les positions ne recoupent pas nécessairement celles de la droite française, ce qui permet au RPR d’étendre sa surface socio-intellectuelle.

 

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À l’occasion, ces rapprochements peuvent aussi servir la politique gouvernementale. La tribune que Pierre-François Mourier a cosignée le 3 mars 2004 dans Le Monde avec Renaud Donnedieu de Vabres illustre ce travail de légitimation de l’action menée par un gouvernement particulièrement réactionnaire : « il nous semble que, depuis deux ans, c’est la seconde option que le gouvernement a choisie [« s’efforcer de renouveler le contrat national dans tous les domaines, fût-ce parfois au prix d’une impopularité sans doute passagère »] : elle consiste, comme on dit dans l’enseignement, à « rétablir les fondamentaux ». Notre système de retraites par répartition, socle de la solidarité nationale, risquait le collapsus, il est désormais préservé. L’insécurité menaçait profondément la nature même de notre lien social : beaucoup de choses ont été faites – qui le nie ? – sur la voie publique, dans les écoles, sur nos routes aussi, avec de vrais résultats. La politique de la ville ronronnait depuis des années, s’obstinant à traiter seulement les lieux et abandonnant les gens : aujourd’hui, une révolution s’amorce dans la conception de cette politique, puisqu’il s’agit aussi de reconnaître les mérites de chacun, de rétablir la confiance que les gens ont en eux [9]{C}[9] R. Donnedieu de Vabres, P -F. Mourier, « Vive l’intelligence... ».

 

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Parmi les intellectuels consacrés par des années passées à côtoyer et débattre avec le personnel politique dirigeant, de gauche comme de droite, mais aussi avec certaines fractions patronales, la Fondation pour l’innovation politique a d’ores et déjà pu compter sur Marcel Gauchet et Monique Canto-Sperber. Le premier est directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales. Ses travaux portent sur la religion et la démocratie. Marcel Gauchet est aussi rédacteur en chef du Débat, autre foyer intellectuel qui a activement contribué, en France, à la révolution conservatrice et libérale des années 1980. Toujours aimé au PS, aujourd’hui convoité par l’UMP et adulé plus que jamais par Le Point, Marcel Gauchet dit de ses relations avec le personnel politique : « idéalement, j’écris pour que les hommes politiques s’approprient l’analyse que je fais et en tirent les conclusions qui leur paraissent s’imposer pragmatiquement et stratégiquement [10]{C}[10] Propos de M. Gauchet à P. -H. Tavoillot, « Marcel Gauchet... ». Il semblerait que le simple fait que l’on veuille bien écouter ses propos pour se les approprier lui suffit pour faire un bout de chemin avec la FONDAPOL. Mais Marcel Gauchet n’est pas braqué. Un peu comme ces sociétés qui, prêtes à financer la Fondation, s’empressaient de contacter le PS pour lui proposer des dons similaires, l’intellectuel prévient : « si les socialistes font demain la même chose, j’y participerai tout aussi bien ».

 

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Le cas de Monique Canto-Sperber est un peu différent. Cette directrice de recherche du CNRS connue pour ses travaux de philosophie morale se dit « déçue par la réception de l’apport intellectuel qu’[elle a] voulu apporter à la gauche [11]{C}[11] Propos de Monique Canto-Sperber repris par N. Weill,... ». Elle faisait sans doute référence à ses productions académiques, telle que son ouvrage récent Le socialisme libéral : une anthologie Europe–États-Unis[12]{C}[12] M. Canto-Sperber et N. Urbinati, Le socialisme libéral..., ainsi qu’à sa note, publiée en 2003 pour l’association « En temps réel » sous le titre : « Pourquoi le libéralisme n’est pas le laissez-faire ». Malgré ses contributions, « la deuxième gauche est définitivement enterrée, la première l’a emporté [au sein du Parti socialiste] », a expliqué Monique Canto-Sperber lors du colloque inaugural de la Fondation pour l’innovation politique auquel elle participait, le 31 janvier 2004. Le PS a dû apprécier. Surtout Dominique Strauss-Kahn qui, séduit par le travail qu’elle effectue pour convaincre que le libéralisme est l’avenir du socialisme, l’a fait membre du comité scientifique de son club de réflexion « à gauche, EN EUROPE ». D’ailleurs, à peine un mois après sa prestation à la Fondation, elle prenait l’eurostar et participait à un « séminaire sur l’avenir de la social-démocratie européenne » organisé par le think tank blairiste Policy Network, « à gauche, EN EUROPE » et la Friedrich Ebert Stiftung, l’importante fondation du SPD allemand.

 

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Dans un droit de réponse adressé à Libération, Monique Canto-Sperber justifie ainsi ses allers-retours. « Le pluralisme des idées est, à mes yeux, la première condition de la liberté. Tout défenseur du pluralisme, politique et intellectuel, doit saluer l’existence de lieux de débats, à droite comme à gauche. J’ai participé au colloque de la Fondation pour l’innovation politique en raison de mon intérêt pour les sujets traités et de la qualité de l’organisation intellectuelle. Je le ferai de nouveau si je le juge bon et pour les mêmes raisons. À ce jour, je n’ai pas de lien officiel avec la Fondation. Je ne suis pas au nombre de ses conseillers. […] Plus généralement, la valeur d’un travail de réflexion ne peut pas s’apprécier en termes d’affiliation politique, quels que soient par ailleurs les engagements civiques et politiques de son auteur. Le premier devoir pour un philosophe est de réfléchir aux problèmes dont il traite. C’est à cette condition seulement que son travail peut enrichir la vie des idées politiques. Son ambition est de modifier les termes du débat, non de les épouser. Il doit revendiquer en conséquence une totale liberté de réflexion, de débats et de discussions, détachée des jugements et sanctions partisanes [13]{C}[13] M. Canto-Sperber, « Contre l’hémiplégie de la pensée... ».

 

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Ce va-et-vient entre des groupes de réflexion qui se situent dans le giron du PS et la FONDAPOL nouvellement créée par l’UMP ne doit pas étonner outre mesure. Si ces déplacements peuvent s’effectuer en douceur, sans rupture, si certains intellectuels circulent entre la gauche et la droite, voire y cumulent simultanément des positions ou des interventions, c’est qu’il existe un espace de débat unifié par le partage d’un même sens commun libéral et renforcé par des moments de sociabilité tels qu’un colloque, un dîner, un comité de rédaction.

 

• François Ewald, des maos à l’UMP en passant par les assureurs et le Medef

 

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François Ewald n’a pas une position académique aussi prestigieuse que celles de Monique Canto-Sperber ou Marcel Gauchet qui lui permettrait, comme eux, de couvrir ses prises de position publiques du pudique voile de la neutralité axiologique. Il offre aujourd’hui la figure accomplie du bourgeois maoïste reconverti en intellectuel organique de la droite et du patronat français. Sa trajectoire personnelle et ses occupations professionnelles se prêtent parfaitement à la constitution de cet espace social-libéral qui, de gauche à droite, consolide les acquis idéologiques et politiques de la restauration libérale des années 1980.

 

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En 1972, François Ewald est l’un des animateurs maoïstes du Comité Vérité-Justice de Bruay-en-Artois. En 1992, dans les colonnes du premier quotidien économique français, dont il est l’un des chroniqueurs, il s’enflamme pour un événement politique d’un genre différent : « dimanche au Bourget, le grand parti de l’union des droites, l’Union pour un mouvement populaire (UMP), est né, placé sous la présidence d’Alain Juppé. Souhaitons longue vie à la nouvelle UMP : elle marque peut-être le premier acte de la refondation de la démocratie politique en France [14]{C}[14] F. Ewald, « Refondations (suite) : l’UMP, un nouveau... ». Trente ans ont passé et François Ewald s’est fait une spécialité de célébrer les puissants : « JC [Jacques Chirac], le grand risk manager [15]{C}[15] F. Ewald, « JC, le grand risk-manager », Les Échos,... » ; l’essai du ministre-philosophe Luc Ferry Qu’est-ce qu’une vie réussie ?, « le retour de la grande philosophie [16]{C}[16] La citation extraite de la critique rédigée par François... ».

 

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Au sein de la FONDAPOL, François Ewald est président du Conseil scientifique et d’évaluation. Il est, par ailleurs, président de l’École nationale d’assurances, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, directeur de la stratégie de la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA), chargé de la publication posthume des textes de Michel Foucault, chroniqueur aux Échos, à Enjeux-Les Échos et sur les ondes de Business FM. Que peut apporter François Ewald à la FONDAPOL ?

 

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D’abord, il y a l’héritage foucaldien qui se décline sous deux aspects : le carnet d’adresses et la publication des œuvres posthumes de Michel Foucault.

 

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Depuis les années passées auprès du philosophe (1975-1984), François Ewald est resté en contact avec certains de ceux et celles qui gravitaient autour de lui, notamment d’anciens maoïstes. C’est ainsi qu’il est en mesure d’organiser des rencontres comme celle qui, en pleine « refondation sociale » du Medef et de la CFDT, avait réuni des intellectuels et Ernest-Antoine Seillière [17]{C}[17] A. Finkielkraut, B. Kriegel, Z. Laïdi, B. Majnoni d’Intignano,.... François Ewald a aussi mobilisé ses réseaux de connaissances pour la Fondation pour l’innovation politique. Cela explique ainsi la présence de Jacques-Alain Miller au colloque inaugural de la Fondation. Le psychanalyste était là « par amitié pour le philosophe François Ewald ». Il faut dire que de son côté François Ewald s’était fait le porte-parole des intérêts d’une partie de la profession psychanalytique, partie en guerre contre un amendement parlementaire qui visait à réglementer les psychothérapies. « Je suis lié à Jérôme Monod et à sa Fondation pour l’innovation politique [UMP]. J’ai essayé de lui faire comprendre les enjeux du débat sur la santé mentale [18]{C}[18] Propos de François Ewald repris par J. Birnbaum, «... » explique François Ewald. Autre recrue pressentie, Bernard Kouchner est un autre ami de François Ewald, depuis l’époque où ils se côtoyaient dans le giron de Michel Foucault, ce qui explique sans doute que Kouchner, par ailleurs membre du conseil scientifique du club strauss-kahnien « à gauche, EN EUROPE », ait accepté de prendre la parole au colloque inaugural de la Fondation. L’ancien ministre ne s’est désisté qu’après un rappel à l’ordre vigoureux du premier secrétaire du Parti socialiste.

 

21

François Ewald est aussi le coordinateur de la publication des œuvres posthumes de Michel Foucault. À la mort du philosophe, sa sœur l’avait chargé de cette tâche. Il en a fait un atout pour asseoir sa position dans le milieu intellectuel. Parallèlement, il n’a cessé de mobiliser la référence à Michel Foucault comme une caution intellectuelle de son travail de propagande libérale. L’anniversaire des vingt ans de la mort du philosophe a d’ailleurs été l’occasion d’observer plusieurs tentatives de récupération politique de son œuvre. On trouve ainsi un autre reconverti et participant aux travaux de la FONDAPOL, Alexandre Adler, ex-communiste orthodoxe et aujourd’hui conseiller éditorial au Figaro, pour rendre un hommage croisé à Pierre Mendes-France et Michel Foucault : « Ayant rompu sans acrimonie ni indulgence avec les facilités du marxisme, ayant compris la nouvelle épaisseur d’une politique qui ne s’arrête plus à l’enceinte du Parlement, ayant affirmé la dignité intellectuelle de la Réforme, ayant admiré l’un et l’autre la sombre et pure grandeur du chef de la France libre, les deux hommes assumèrent pendant la révolution de 68 l’attitude paternelle et protectrice qui convenait à leur sensibilité généreuse et dépourvue de tout cynisme. La victoire de Georges Pompidou signa la défaite provisoire de leurs conceptions ambitieuses, le départ et le néant du général De Gaulle. Mais, aujourd’hui, leurs défaites magnifiques ont un parfum de victoire. Celui de cette grande contre-offensive démocratique que la France réclame et qui ne manquera pas d’intervenir dans l’infidèle fidélité à leur conception du monde [19]{C}[19] A. Adler, « Deux prophètes de la contre-offensive démocratique... ». Michel Foucault, au cas où on ne le savait pas, était donc un réformiste gaullien !

 

22

Les prises de positions publiques d’Ewald illustrent comment l’usage d’un discours sur la société organisé autour de la notion de « risques » lui permet de servir les intérêts de la FFSA, avant-garde patronale engagée depuis le début des années 1990 dans un travail de sape contre les piliers de la protection sociale française (la retraite par répartition, l’indemnisation du chômage, la sécurité sociale, le code du travail), pour la promotion de l’assurance privée et individuelle. La transformation du CNPF en Medef (1998) a permis aux fédérations professionnelles des banques, des assurances et des services d’opérer un réajustement à leur profit des positions de pouvoir au sein des instances de direction du Medef, au détriment de l’Union des industries minières et métallurgiques (UIMM), traditionnellement très engagée dans la politique conventionnelle entre « partenaires sociaux [20]{C}[20] C’est ainsi que les propositions du patronat sur «... ». À cette occasion, avec Denis Kessler, ancien president de la FFSA, François Ewald a en partie réussi son travail d’imposition de problématique, articulée autour de cette notion passe-partout de « risque » et de son déplacement vers le salariat, pour penser la question sociale [21]{C}[21] D. Kessler, « L’avenir de la protection sociale »,.... Ce dont témoigne avec enthousiasme Thierry Pech, responsable depuis 2001 des relations avec les intellectuels au sein de la CFDT et co-directeur, avec Pierre Rosanvallon, de la collection « La République des Idées » aux éditions du Seuil. « Aujourd’hui, le Medef a une vision de la société et une perception des enjeux, que ce soit pour le contrat social, l’école ou la mondialisation. Kessler et Ewald ont eu le grand mérite de fixer un coin de la toile intellectuelle française. Même si l’on n’est pas d’accord avec eux, ils nourrissent une réflexion obligeant chaque acteur syndical ou politique à leur répondre et prendre ses propres marques. On ne va pas tout de même pas bouder notre plaisir ! [22]{C}[22] E. Lemieux, « Parti politique cherche intellectuels... » La mise en forme intellectuelle du programme politique du Medef, telle que l’ont réalisée Denis Kessler et François Ewald, donne aux projets de l’avant-garde patronale une caisse de résonance intellectuelle qu’elle n’aurait sans doute jamais eu sans ces contributions qui « suscitent le débat » entre intellectuels, en flattant leur goût pour les discours à forte prétention théorique. La FONDAPOL contribue à structurer ces réseaux en leur donnant une plateforme institutionnelle et une visibilité intellectuelle plus grande, tout en les plaçant, de fait, dans l’orbite de l’UMP. Après la FFSA, le Medef, François Ewald vient donc prêter main forte à l’UMP en la faisant bénéficier de son expérience et son savoir-faire d’intellectuel organique.

 

23

Quoi qu’en disent ses promoteurs la Fondation pour l’innovation politique (FONDAPOL) est une tentative pour transformer les moyens de financer indirectement l’UMP et la pourvoir en idées politiques. Elle crée un précédent, puisqu’elle assène un premier coup de boutoir contre les réglementations qui interdisaient les financements de partis politiques par des entreprises. Vraisemblablement, les autres partis politiques devraient s’engouffrer dans la brèche ainsi ouverte. En ce qui concerne la participation d’intellectuels aux travaux de la FONDAPOL, elle s’inscrit dans un travail de légitimation de l’agenda politique de la droite, certes, mais elle montre aussi l’existence de passerelles entre des partis politiques ou des groupes de réflexion qui partagent le même sens commun libéral, tout en étant en concurrence pour la conquête du pouvoir. Que certains des intellectuels associés aux activités de la FONDAPOL aient pu être, ou soient encore, en contact avec le PS n’est que la confirmation de la perméabilité idéologique qui caractérise ce parti depuis plus de vingt ans.

 

24

Lors du colloque inaugural de la Fondation, Esperanza Aguirre Gil de Biedma concluait son intervention sur le thème « Pourquoi les idées libérales inspirent-elles rarement les réformes en Europe ? » par les remarques suivantes : « Les idées libérales ont vaincu sur le plan théorique et sur le plan empirique. Elles n’ont pas encore vaincu sur le plan politique. Parce que la classe intellectuelle ne sortira pas facilement de son a priori antilibéral, il revient aux hommes politiques, aux journalistes, à ceux qu’Hayek appelle les « second hand dealers of ideas », de présenter eux-mêmes les enseignements des penseurs libéraux au grand public, d’expliciter les bases théoriques de leurs postulats d’action, de faire la pédagogie des idées libérales qui sous-tendent les réformes et leur donnent une cohérence [23]{C}[23] E. Aguirre Gil de Biedma, « Pourquoi les idées libérales... ». Qu’Esperanza Aguirre Gil de Biedma se rassure. Il y a toujours des intellectuels qui répondent présent pour « livrer une commande d’illusions, d’arguments ou de justifications. Bouffons, complices : métiers de l’esprit. De temps en temps, ils priaient qu’on fût patient : le monde allait prochainement être sauvé [24]{C}[24] P. Nizan, Aden Arabie, La Découverte, 2002, p. 60. ». •

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes

 

[*]

Sociologue.

[1]

J. Monod, « Éditorial », http://www.­fondapol.­org.

[2]

Selon Le Canard enchaîné du 2 juin 2004, le loyer des 580 m2 de locaux s’élève à 232 000 euros par an.

[3]

Observatoire de l’Europe industrielle [B. Balanyá, A. Doherty, O. Hoedeman, A. Ma’anit et E. Wesselius], Europe inc. Liaisons dangereuses entre institutions et milieux d’affaires européens, Agone, Marseille, 2000.

[4]

Propos de Jérôme Monod repris par N. Barotte, « Droite. Elle tenait samedi son premier colloque ; l’UMP veut faire de sa fondation un laboratoire d’idées politiques », Le Figaro, 2 février 2004.

[5]

Propos de Jean de Boishue repris par E. Lemieux, « Itinéraires », Le Nouvel Economiste, 6 février 2004 : « je suis un vieux gaullo-chiraquien inébranlable. Aujourd’hui mon intérêt pour la politique repose sur une seule personne, Jacques Chirac ».

[6]

Propos de Jean de Boishue repris par E. Lemieux, « Itinéraires », op. cit.

[7]

A. Lancelot, « La République a besoin de savants », Le Figaro du 2 novembre 2003. Alain Lancelot est l’ancien directeur de l’IEP de Paris et il siège au conseil de surveillance de la Fondation pour l’innovation politique.

[8]

Sur l’orientation de la CFDT, voir J. -C. Aparicio, M. Pernet et D. Torquéo : La CFDT au péril du libéral-syndicalisme, Syllepse, 1999 ; sur le soutien inconditionnel d’Esprit à la CFDT, voir J. Duval, C. Gaubert, F. Lebaron, D. Marchetti et F. PavisLe « décembre » des intellectuels français, Raisons d’agir, 1998.

[9]

R. Donnedieu de Vabres, P -F. Mourier, « Vive l’intelligence de chacun ! », Le Monde, du 3 mars 2004.

[10]

Propos de M. Gauchet à P. -H. Tavoillot, « Marcel Gauchet l’inclassable », Le Point du 24 octobre 2003.

[11]

Propos de Monique Canto-Sperber repris par N. Weill, « La fondation de l’UMP s’ouvre à des intellectuels issus de la gauche » Le Monde du 14 mai 2004.

[12]

M. Canto-Sperber et N. UrbinatiLe socialisme libéral : une anthologie Europe–États-Unis, Éditions Esprit, 2003.

[13]

M. Canto-Sperber, « Contre l’hémiplégie de la pensée », Libération du 15 juin 2004.

[14]

F. Ewald, « Refondations (suite) : l’UMP, un nouveau pas », Les Échos, La chronique de François Ewald, 19 novembre 2002, p. 47.

[15]

F. Ewald, « JC, le grand risk-manager », Les Échos, La chronique de François Ewald, 14 janvier 2003, p. 49.

[16]

La citation extraite de la critique rédigée par François Ewald pour Le magazine littéraire illustrait une publicité de l’éditeur de Luc Ferry (et de François Ewald), Grasset, parue dans Le Monde du 21 janvier 2003, p. 3.

[17]

A. Finkielkraut, B. Kriegel, Z. Laïdi, B. Majnoni d’Intignano, P. Rosanvallon, A. Glucksmann, J.-C. Casanova avaient participé en en juin 2000 à des dîners organisés par Ernest-Antoine Seillière, Denis Kessler et François Ewald qui cherchaient alors le soutien d’intellectuels pour promouvoir leur « refondation sociale ».

[18]

Propos de François Ewald repris par J. Birnbaum, « Jacques-Alain Miller meneur de Psys », Le Monde, 14 février 2004.

[19]

A. Adler, « Deux prophètes de la contre-offensive démocratique », Le Figaro du 23 juin 2004.

[20]

C’est ainsi que les propositions du patronat sur « la réforme de l’assurance-maladie » en janvier 2004 ont pu être présentées par le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton.

[21]

D. Kessler, « L’avenir de la protection sociale », Commentaire n° 87, 1999 ; F. Ewald et D. Kessler, « Les noces du risque et de la politique », Le Débat n° 109, mars-avril 2000, p. 55-72. Pour une analyse de ce travail idéologique voir V. de Cleyre et T. RenardLe Medef, un projet de société, Syllepse, 2001 ; P. Lagneau-Ymonet, « Refondation sociale et pacification syndicale », Agone, Marseille, n° 26-27, 2002.

[22]

E. Lemieux, « Parti politique cherche intellectuels : travail urgent », Le nouvel économiste n° 128, septembre 2003, p. 18.

[23]

E. Aguirre Gil de Biedma, « Pourquoi les idées libérales inspirent-elles rarement les réformes en Europe », Extraits des contributions au colloque inaugurale de la Fondation pour l’innovation politique, 31 janvier 2004, http://www.­fondapol.­org/­evenementiel/­index.­html. Esperanza Aguirre Gil de Biedma est présidente de la région de Madrid. Elle est également conseillère de la FAES, la Fundacion para el analisis y los estudios sociales, créée à l’initiative de José Maria Aznar pour promouvoir les idées libérales en Espagne.

[24]

P. NizanAden Arabie, La Découverte, 2002, p. 60.

 
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21 août 2016 7 21 /08 /août /2016 05:40

Nous ne sommes pas tout à fait en plein centre de Lyon mais nous n'en sommes pas loin, tout près du Rhône, dans un quartier très animé. La Poste du coin qui, en temps normal, n'assure pas tous les services afférant à un bureau de poste, ferme pendant les grandes vacances pour six semaines.

 

C'est l'été, n'est-ce pas ?

 

Tout cela est programmé, comme la mort des petits producteurs de foie gras et le prix du lait qui ne permet même plus aux paysans de survivre.

 

Rentre dans un trou, Hollande !

Le service public sauce solférinienne
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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 06:29

 

Une grande surface du Var a décidé d’infliger des amendes exorbitantes  à des petits commerçants exerçant dans son périmètre parce qu’ils avaient refusé d’ouvrir le 14 juillet. Ces petits commerçants ont rédigé un tract à la hâte (on y trouve une faute d’orthographe, une faute de grammaire et une anacoluthe) et ont argué qu’ils avaient fermé le jour de la fête nationale au motif qu’ils ne gagnaient pas d’argent en une telle circonstance.

 

 

Jours fériés : signe des temps

Je qualifierai cette défense de poujadiste. On ne respecte pas un jour férié car il est peu propice aux affaires, mais parce qu’il est férié. Gageons que ces commerçants auraient ouvert si la perspective d’un bon chiffre s’était offerte à eux. Ils n’auraient alors pas eu scrupule à faire travailler leurs employés un 14 juillet. Je répète ce que j’écrivais dans ce blog le 16 juillet :

 

« Ouvrir les hypermarchés (pour ne parler que d'eux) le dimanche matin – en ce 14 juillet, ils l'étaient presque tous – ne sert ni à créer de l'emploi ni à gonfler le PIB. Il s'agit, à très moyen terme, d'abolir la frontière entre jours ouvrés et jours non ouvrés. La disparition des jours fériés est programmée. Ces jours cesseront d'être un droit, un conquis, pour n'être qu'une possibilité.

 

Le chômage et la précarité détruisent les individus, les familles, les groupes sociaux. Il en va de même du travail dominical. »

 

Autrement dit, on va désormais s’excuser, « demander pardon » comme on dit en français de Côte d’Ivoire, lorsqu’on ne voudra pas ouvrir son commerce un jour de fête.

 

En témoigne par exemple aujourd’hui ce boulanger lyonnais, contrit de ne pouvoir servir ses clients en cette fête de l’Assomption, un dogme qui réjouit tous les athées dans mon genre.

Jours fériés : signe des temps
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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 06:28
 

Les salaires des fonctionnaires de l’Etat ont baissé en 2014 de 0,2 %, en euros constants, mais ont augmenté de 0,3 % en euros courants (sans tenir compte de l’inflation). Le salaire net moyen s’élève à 2477 euros par mois. Dans sa note, l’Insee révèle des disparités significatives d’évolution salariale selon les typologies d’agents.

 

Les statistiques de l’Insee sur les salaires dans la fonction publique interviennent toujours avec un important décalage mais sont révélatrices des tendances lourdes suivies par l’Etat employeur. Les données analysées par l’Insee, et publiées le 21 juillet, sont la photographie, à fin 2014, d’une fonction publique qui connaît un gel du point d’indice depuis 4 ans, et d’un gouvernement qui, tout en poursuivant la doctrine du gel, met en place des mesures partielles, pour les catégories les plus faiblement rémunérées notamment, mais augmente parallèlement les cotisations sociales.

 

Les agents sous statut moins pénalisés

 

Le pilotage salarial de l’Etat fait clairement apparaître des inégalités de traitement selon que l’on est fonctionnaire, sous statut, dans un ministère, ou agent dans un établissement public administratif (EPA). Globalement, les salaires bruts et nets moyens progressent en effet (+0,7% et +0,3%), en euros courants (sans prise en compte de l’inflation, évaluée à + 0,5 % en 2014). L’écart d’évolution entre le brut, qui progresse, et le net, qui baisse, s’explique selon l’Insee par les hausses de cotisations retraites mises en place lors de la réforme de 2010.

 

Mais si l’on dépasse cette approche globale, on constate que ce sont les agents hors statut, et qui ne travaillent pas dans un ministère, qui connaissent les baisses les plus importantes.

 

En 2014, le niveau de salaire moyen est, dès le départ, sensiblement différent selon les catégories d’agents :

 

  • Salaire moyen des Fonctionnaires :
    • Salaire brut : 3 182
    • Salaire net : 2 646
    •  
  • Salaire moyen Autres salariés :
    • Salaire brut : 2 513
      Salaire net : 2 019
    •  
  • Salaire moyen des salariés des ministères :
    • Salaire brut : 3 061
    • Salaire net : 2 531
    •  
  • Salaire moyen des salariés des établissements publics administratifs (EPA) :
    • Salaire brut : 2 821
    • Salaire net : 2 309

 

La part des primes

 

Le salaire moyen des « vrais » fonctionnaires, dans les ministères comme dans les EPA, augmente lui (au passage, l’Insee note que le nombre de ces « vrais » fonctionnaires a diminué de 0,7 point entre 2013 et 2014), de 0,5 % pour le salaire brut, et de 0,2 % pour le salaire net. Là encore, c’est l’effet cotisation sociale, avec une hausse de 2,3 %, qui explique la hausse plus faible du salaire net.

 

La hausse du salaire net moyen est en outre tirée par la progression de 1,2% pour les fonctionnaires de catégorie C, qui ont bénéficié en 2014 d’une revalorisation de l’échelonnement indiciaire.

 

La hausse du salaire moyen s’explique, selon l’Insee, pour partie par une augmentation du traitement indiciaire brut moyen, et pour partie par une augmentation (+1,3%) des primes et rémunérations annexes, qui représentent en moyenne 20% de la rémunération des fonctionnaires dans la fonction publique d’Etat. Et c’est finalement cette part « prime » qui permet une relative dynamique des rémunérations des fonctionnaires.

 

Lire aussi :

 

Ces primes présentent cependant des variations importantes selon les typologies de fonctionnaires.

 

Baisses de salaires pour le bas, et le haut de l’échelle

 

L’examen des salaires des agents de la FPE par tranche fait apparaître des lacunes dans le pilotage des rémunérations par l’Etat. En effet, ce sont surtout les plus petits déciles, et les plus élevés (mais dans une moindre ampleur), qui enregistrent des baisses de salaire net moyen.


Et ce, alors même que les salaires des catégories C, les moins bien rémunérés, ont plutôt plus progressé que les autres. Cette baisse des deux premiers déciles marquent aussi les limites de la garantie individuelle du pouvoir d’achat.

 

Lire aussi :


La garantie individuelle du pouvoir d’achat en 10 questions

 

En effet, L’Insee relève que « les agents de catégorie C ont bénéficié en 2014, davantage que les autres catégories, de la garantie individuelle de pouvoir d’achat (GIPA) versée aux agents dont le traitement indiciaire brut a évolué moins vite que l’inflation sur la période 2009-2013 ».

 

Dans le détail, « le nombre de bénéficiaires de la GIPA augmente sur le champ des ministères et des universités : 161 000 agents, dont près de la moitié avait plus de 55 ans, ont perçu au total 129,3 millions d’euros, contre 105 000 agents en 2013 pour un total de 82,4 millions d’euros.

 

Et encore une fois, cette baisse est quasiment exclusivement assumée par les agents de l’Etat qui ne sont pas fonctionnaires, ou qui travaillent hors des ministères, dans les EPA, dont les effectifs sont en forte croissance.

 

Les écarts de salaires hommes-femmes quasi stables

 

Les écarts de salaires entre les hommes et les femmes sont quasi stables, même si dans sa note, l’Insee préfère la formule : « poursuivent leur tendance à la baisse : en 2014, le salaire net moyen en EQTP des femmes est inférieur de 14,6 % à celui des hommes, après 14,7 % en 2013 ». 0,1 point, ce n’est pas rien, certes, mais ce n’est pas grand-chose non plus… En outre, l’écart grimpe à 17,5 % pour les catégories A, cette distorsion étant en partie due, selon l’Insee, par le poids et la composition de la catégorie des enseignants. « Hors enseignants, l’écart de salaire entre hommes et femmes se réduit nettement pour la catégorie A (13,4 %), mais reste plus élevé que pour la catégorie B (9,9 %) ».

 

Source : La Gazette des communes 

 

PS : Goldman-Sachs conseillait récemment au gouvernement français de baisser les salaires de 30%. Les Solfériniens sont à l'écoute.

 

 

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 06:03

Dans ce blog, un principe, absolu : jamais d’attaques personnelles. On ne va pas commencer avec Thierry Lepaon même si, d’emblée, on ne l’a jamais trouvé sympathique, affriandant, exaltant. On oublie l’histoire des meubles de fonction luxueux. On s’intéressera à ce qu’il a pu faire, dire et écrire es qualité. Et là, c’est bien malheureux, mais on s’aperçoit, qu’il s’est CFDTïsé, en marchant sur les pas de Notat, de Chérèque ou de Kaspar, ces dirigeants syndicaux prônant un syndicalisme de confort, de “ dialogue ” et qui ont accepté des cadeaux de reconversion à leur main.

 

Lepaon vient donc d’être nommé président de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. Pourquoi pas ? Les objectifs de cette agence sont très honorables : lutter contre l'illettrisme dans le cadre des orientations définies par le gouvernement, coordonner l’action des acteurs de la lutte contre l’illettrisme, évaluer l’impact des politiques menées dans ce domaine. Jusqu’alors, la présidence de cette agence (budget annuel : 1 200 000 euros) n’étais pas rémunérée. L’agence avait été fondée en 2001 par Marie-Thérèse Geffroy, ancienne inspectrice générale de l’Education nationale, de sensibilité politique droite chrétienne. Madame Geffroy en avait été sa directrice puis sa présidente (à écouter ici un bref entretien avec elle). Elle a appris son éviction pratiquement en lisant les journaux. Selon Le Canard Enchaîné, l’agence serait refondue pour que le nouveau président puisse être payé. Cela tombe bien, mais, après tout, toute peine mérite salaire. L’agence serait dénommée l’Agence de la langue française pour la cohésion sociale. Il est bien temps, en effet, de comprendre qu’il existe une vraie relation entre la connaissance de la langue française (combien d’heures de français par semaine les collégiens et lycéens ont-ils perdu par la faute de Sarkozy, puis de Hollande ?) et la cohésion sociale.

 

Le problème est que cela fait un bon moment que Lepaon, comme ses collègues de la CFDT, fricote avec le réformisme, loin des idéaux d’un syndicalisme de lutte. Alors qu’il était membre du Conseil économique et social, où il avait été nommé en tant que responsable de la CGT, Lepaon avait cosigné avec Jean-Marie Geveaux, président du Conseil général de la Sarthe et représentant d’une droite très authentique, un rapport concernant l’ouverture à la concurrence des TER. Dans ce rapport, il écrivait ceci :

 

« Il n’aura échappé à personne dans cette assemblée que la locution « ouverture à la concurrence » appliquée à un noyau dur du service public peut agir immédiatement comme un chiffon rouge. Dans le monde ferroviaire, agiter un chiffon rouge est justement le moyen le plus ancien, mais toujours en vigueur, pour signifier l’arrêt d’urgence notamment lorsqu’il s’agit d’une manœuvre. (…) Nous avons imaginé des évolutions possibles au plan social dans la perspective d’une ouverture à concurrence qui semble se dessiner. »

 

Et également ceci :

 

« Ce texte présente une grande unité de ton révélatrice d’un consensus assez fort sur le sens que devrait avoir une expérimentation (de privatisation de la SNCF), si l’Etat le décide, et sur les principes que doivent inspirer sa conduite pour concourir à son succès. J’ai employé à dessein le mot consensus et je souhaite maintenant dissiper toute erreur d’appréciation sur ce terme. Il n’aura échappé à personne dans cette assemblée que la locution « ouverture à la concurrence » appliquée à un noyau dur du service public peut agir immédiatement comme un chiffon rouge. Dans le monde ferroviaire, agiter un chiffon rouge est justement le moyen le plus ancien, mais toujours en vigueur, pour signifier l’arrêt d’urgence notamment lorsqu’il s’agit d’une manœuvre. « Je dois dire que j’ai personnellement considéré comme un challenge [sic; ah, l'illettrisme...] de faire la preuve qu’il était possible, et même utile, de dépasser le stade de la réaction allergique afin de clarifier les idées en affrontant la réalité. Affronter la réalité, c’est toujours confronter les points de vue, polir ses arguments en les frottant, souvent vigoureusement, à ceux des autres. »

 

Le simple fait de s’atteler à une telle tâche, de se confronter à une telle thématique était déjà suspect de la part d’un CGTiste, du responsable d’un syndicat qui a fait vivre, des décennies durant, les valeurs du service public dans cette grande entreprise nationale. Mais proposer un « diagnostique partagé » (un cheval, une alouette ?), en contradiction formelle avec l'orientation de la fédération CGT des cheminots (voir ici ce que la CGT pensait de la privatisation des TER britanniques), relevait de la trahison pure et simple, qu’on aurait comprise venant d’un social-démocrate pur sucre. D’autant que le 19 février 2014, Lepaon se confiait longuement au Nouvel Economiste qui avait la bonté de titrer cet entretien « Pour que le consensus émerge, il doit y avoir affrontement ». Mais oui, mais oui !

Thierry Lepaon dans le texte

Dans cet entretien, Lepaon se défendait de toute opposition de principe face aux dirigeants d’entreprise. Il parlait de compromis et de pragmatisme syndical. Il revendiquait l’émergence d’un “ syndicalisme utile ”, capable de réguler. Certes, il déplorait que, pour la première fois, la courbe des dividendes était passée au-dessus de celle des investissements dans l’entreprise. Mais le point d’orgue de cet entretien était ces mamours adressés au patronat : « Il n’existe à la CGT aucune opposition de principe face au patronat. L’entreprise est une communauté composée de dirigeants et de salariés – là encore, je regrette que les actionnaires fassent figures d’éternels absents – et ces deux populations doivent pouvoir réfléchir et agir ensemble dans l’intérêt de leur communauté. Sur ce plan, il est évident que le pragmatisme syndical s’impose. Cette perspective ne me gêne pas, pas plus que celle du compromis qui s’inscrit dans les réalités de l’entreprise depuis toujours : encore une fois, dès lors que nous sommes contraints de vivre ensemble, il faut bien trouver les conditions de ce vivre-ensemble. C’est pourquoi je considère que la vocation d’un syndicat ne se résume plus aujourd’hui à protéger les salariés mais consiste à agir pour faire évoluer non seulement le monde du travail mais aussi la perception qu’on en a à incarner une forme de régulation sociale. »

 

Est-ce la fréquentation de clubs de réflexion regroupant des chefs d’entreprise, des DRH et des syndicalistes, comme le Quadrilatère (fondé par l’ancien journaliste Denis Boissard, aujourd’hui membre de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie) qui ont amené Lepaon à réfléchir à partir des prémices de « l’ennemi de classe » ? Après tout, son camarade Jean-Christophe Le Duigou a traîné son rond de serviette au Siècle (le grand club de réflexion de la bourgeoisie), que Notat présida pendant deux ans.

 

Collaborateur de classe, Lepaon, comme d’autres éminences de la CGT, est au diapason de la Confédération européenne des syndicats – seul regroupement reconnu par l’Union européenne, mais aussi par l’Association européenne de libre-échange – une CES dont la secrétaire générale, la Française Bernadette Ségol est pour une Europe unie « avec une dimension sociale ».

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6 août 2016 6 06 /08 /août /2016 06:00
Ci-dessous de larges extraits d’un article de L’Humanité :

 

Selon un chirurgien norvégien venu aider ses confrères à Gaza, l’armée israélienne lance des bombes DIME. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation. Nous l’avons constaté à l’hôpital al-Chifa de Gaza.

 

L’aviation israélienne pilonne sans relâche la bande de Gaza depuis bientôt une semaine. Le bilan s’alourdit de jour. Dimanche, à la mi-journée, 166 Palestiniens avaient été tués dont plus de la moitié serait des civils, selon l’Office de coordination des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA). Un déluge de feu sans précédent.

 

 

 


Comme si cela ne suffisait pas, Israël utiliserait à nouveau – comme cela a été le cas au Liban Sud en 2006 et à Gaza lors de l’offensive menée fin 2008 début 2009 – une arme redoutable, baptisée DIME pour Dense Inert Metal Explosive. C’est ce qu’a affirmé ce dimanche une équipe de chirurgiens qui travaillent et opèrent sans relâche à l’hôpital al-Chifa de Gaza city. Parmi eux, un praticien norvégien, professeur à Oslo, Erik Fosse, arrivé vendredi. « Nous opérons jour et nuit, souligne-t-il. Beaucoup de bombardements sur les maisons ont lieu durant la nuit. Nous avons beaucoup de familles qui arrivent ici, avec des blessés beaucoup touchés par des éclats ou parce qu’ils ont été ensevelis sous les décombres. Nous avons également des patients qui présentent des blessures dues à l’utilisation d’armes anti-personnels. Nous en avons vu touchés par des armes conventionnelles, qui présentaient des lésions provenant d’éclats. C’est ce que l’on voit dans toutes les guerres. Il faut souligner qu’à Gaza les gens sont très affaiblis par sept ans de blocus et quand ils sont blessés les effets sont plus graves. Mais il y aussi, comme en 2008/2009, des patients touchés par les bombes DIME qui sont tirées par des drones. Ils transportent ces petites bombes qui ont un effet spécial sur les victimes. »

 

Mis au point au début des années 2000 par les laboratoires de l’US Air Force, le DIME est une munition à base d’une enveloppe en fibres de carbone contenant un explosif mélangé à un alliage de métaux lourds et de poudre de tungstène avec du cobalt, du nickel ou du fer. Les blessures provoquées sont quasiment incurables et conduisent généralement à l’amputation. Le DIME provoque des dommages très importants sur la matière vivante et les tissus mous (le derme, les muscles et les os). Une arme particulièrement utilisée lors des guerres asymétriques officiellement pour éviter les dommages collatéraux. Une arme qui n’est pas interdite mais dont les effets sont atroces.

 

SOURCE

 

Israel utiliserait des bombes DIME, une arme effroyable
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1 août 2016 1 01 /08 /août /2016 06:01

On ne dira jamais assez que le coût du CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) pour les finances publiques est d'environ 20 milliards d'Euros. En bénéficie, par exemple, Gattaz, le chef du patronat français.

 

Ci-dessous de larges extraits d'un article de la Tribune à ce sujet :

 

Un rapport sénatorial dénonce les incohérences et les défaillances du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) dont le coût annuel est estimé à environ 20 milliards d'euros. Un dispositif dont l'avenir est incertain.

 

Entré en vigueur le 1er janvier 2013 dans le cadre du Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi, le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) est-il un formidable gâchis ? Les statistiques et les commentaires contenus dans le rapport rédigé par Marie-France Beaufils, la sénatrice communiste de l'Indre-et-Loire, membre de la Commission des Finances de la chambre haute du Parlement en témoignent.

 

Le lecteur se rend compte des multiples défaillances et des incohérences de ce dispositif qui permet aux entreprises d'alléger leur masse salariale pour les salaires inférieurs à 2,5 SMIC. Son taux était de 4% en 2014. Il a grimpé à 6% cette année et culminera à 7% l'année prochaine, comme l'a récemment annoncé François Hollande, le chef de l'Etat.

 

Une baisse du coût du travail

 

Premier point, le CICE, qui devait permettre de favoriser le redressement de la compétitivité de l'industrie française a en grande partie raté sa cible. "Le secteur manufacturier est péniblement le premier secteur à bénéficier de ce crédit d'impôt, captant seulement 19,4% des créances en 2014.

 

L'effet sur la compétitivité, si l'on considère le coût du travail comme l'élément principal de la compétitivité, est-il élevé ? Sur le plan comptable, il n'y a pas de doute. En s'ajoutant aux allègements de charges sur les bas salaires, le CICE a permis l'allègement de la masse salariale des entreprises, réduisant le coût du travail. Est-il responsable du redressement du taux de marge des entreprises ? C'est moins clair. L'entrée en vigueur du CICE coïncide avec la baisse de l'euro face au dollar et à la chute des cours des matières premières et notamment du brut.

 

 

 

 

Le CICE a-t-il permis de dynamiser le commerce extérieur ? Près de 80% des entreprises ayant bénéficié du CICE réalisent moins de 10% de leur chiffre d'affaires à l'international.

 

Pas d'effet significatif sur l'emploi

 

Le CICE a-t-il eu un effet sur l'emploi ? Le rapport du Sénat estime que ce crédit d'impôt a permis de maintenir 125.000 emplois. C'est peu. Mais ce n'est pas surprenant. Pour plusieurs raisons. Après la crise de 2008-2009, les sureffectifs dans les entreprises étaient importants, les licenciements ayant été limités.

 

Une aubaine pour les entreprises en difficulté

 

En fait, comme l'admet le rapport, le CICE a surtout été une aubaine pour les entreprises ayant des difficultés de trésorerie, notamment les plus fragiles d'entre elles, les TPE et les PME. Des difficultés souvent provoquées par les retards de paiement de leurs clients, et notamment des grands comptes publics et privés. "Le CICE a pallié les défaillances des banques commerciales qui ne refusent d'accorder des prêts à court terme pour financer le besoin en fond de roulement des entreprises ayant des tensions de trésorerie ".

 

Le CICE est donc un cadeau sans contrepartie fait aux entreprises, une rentrée financière supplémentaire soumise à aucun contrôle qui aura surtout permis d'atténuer l'envolée des défaillances d'entreprises. L'utilisation du CICE est donc laissée à la discrétion des dirigeants ? Pas tout à fait. Le rapport dévoile la communication internet du ministère de l'Economie - et pas des Finances qui est pourtant en charge de ce dossier ! - concernant les risques de contrôle liés au CICE. Elle indique noir sur blanc que "le suivi de son utilisation repose sur le dialogue social. L'entreprise a une obligation de transparence par rapport à l'utilisation du CICE, vis-à-vis des partenaires sociaux". Pour l'instant, quatre ans après le lancement de ce dispositif, aucune information relative à cette volonté de transparence n'a été dévoilée.

 

La principale dépense fiscale de l'Etat

 

Toutes ces défaillances, tous ces défauts sont à mettre en rapport avec le coût exorbitant de ce dispositif. Celui-ci est estimé à environ 20 milliards d'euros pour les finances publiques à l'horizon 2020. Pour l'instant, le montant des créances pour les exercices 2013, 2014 et 2015 s'élève à 48 milliards d'euros. C'est la plus importante dépense fiscale de l'Etat, très loin devant le crédit impôt recherche dont le coût annuel avoisine les 6 milliards d'euros.

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29 juillet 2016 5 29 /07 /juillet /2016 06:36

Seule une grosse poignés de députés s'est opposée à la prorogation de l'état d'urgence. Dans une lettre adressée au président de la République, le Syndicat de la Magistrature s'inquiète des conditions de cette prorogation :

 

Monsieur le Président de la République,

 

La loi prorogeant l’application de la loi n°55-385 du 3 avril 1955 relative à l’état d’urgence et portant mesures de renforcement de la lutte antiterroriste a été définitivement adoptée hier à l’Assemblée nationale et au Sénat.

 

Ce texte ne se borne pas, comme les précédentes prorogations de ce régime exceptionnel, à en prolonger les effets. Non seulement il en modifie significativement la durée de trois à six mois, y ajoute de nouvelles mesures(contrôles et fouilles, abaissement du formalisme des perquisitions par ricochet, extension des possibilités d’interdictions de rassemblements et manifestation, régime de saisie de données informatiques) mais il contient des dispositions pénales et administratives applicables en dehors de l’état d’urgence.

 

Vous n’ignorez pas les conditions dans lesquelles ce texte a été voté : après des débats houleux et peu dignes des circonstances à l’Assemblée, le texte s’est vu adjoindre de très nombreux articles au Sénat, véritables cavaliers législatifs, à peine débattus et définitivement adoptés moins de 24 heures plus tard. Nombre de ces dispositions avaient été soumises et rejetées lors du dernier débat intervenu au Parlement et qui avait abouti à l’adoption de la loi du 3 juin 2016.

 

L’article 61 de notre Constitution vous donne le pouvoir de déférer au Conseil constitutionnel toute loi, avant sa promulgation. Cette saisine s’impose aujourd’hui au regard tant des conditions inédites dans lesquelles s’est déroulé le débat parlementaire que de la nature des dispositions contenues dans ce texte, qui justifie qu’un contrôle préalable de constitutionnalité soit opéré afin d’en assurer la conformité à notre socle fondamental. Une telle saisine ne retardera pas son entrée en vigueur, dès lors que le Conseil constitutionnel peut statuer dans un délai restreint.

 

Vous avez tout récemment réaffirmé votre volonté que la lutte contre le terrorisme s’inscrive dans le respect de l’Etat de droit. Nous vous demandons donc instamment, Monsieur le Président de la République, de saisir le Conseil constitutionnel.

 

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Bientôt l'état de siège ?
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27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 06:02

Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde, a dit le philosophe. Alors que dire de l’attentat de Nice quand on est un pouvoir solférinien et que l’on a décidé de mentir alors que ce n’était nullement nécessaire ?

 

Dans les 24 heures qui ont suivi le drame, l’exécutif a excipé de la rapidité de l’acte, de son extrême singularité, pour justifier son incapacité à le prévoir. Dans une première version des choses, l'assassin de masse était un petit délinquant franco-tunisien pas ou peu conscientisé, pas fiché S, donc inconnu des services spécialisés dans l’anti-terrorisme. Ce délinquant aurait agi dans une pulsion soudaine (mais a-t-on déjà vu un malade mental se livrer à un acte aussi pensé et organisé ?).

 

On eut rapidement droit à une deuxième version par un individu qui ne pouvait être ni un paranoïaque ni un psychopathe. Tout avait été minutieusement préparé, prémédité. Après avoir loué un camion dans les règles, le tueur avait fait plusieurs repérages avec son camion. Ce qui impliquait qu’il n’avait pas agi dans une impulsion soudaine et qu’il avait échappé aux centaines de caméras d’Estrosi, cet homme de la droite de la droite que les Solfériniens ont fait élire à la tête de la région PACA et qui n’a pas vraiment eu la reconnaissance du ventre.

 

 

On nous affirma par la suite que le meurtrier s’était radicalisé à la vitesse de l’éclair, ce qui ne s’est pratiquement jamais vu ces trente dernières années, depuis Khaled Kelkal, par exemple.

 

Enfin, contrairement à la thèse implicite du « loup solitaire » qui avait prévalu plusieurs jours durant, il fallut bien se rendre à l’évidence : l’homme avait des complices que les services spécialisés avaient promptement arrêtés.

 

L’habileté de ces flottements solfériniens est manifeste : les pouvoirs publics ont fait ce qu’ils ont pu et ce qu’ils ont dû. Jusqu’à proroger l’état d'urgence de six mois, un état qui avait prouvé son inefficacité dans la Baie des Anges. La drauche et la droite se sont magnifiquement retrouvées au Parlement, même si Valls s’est fait huer à Nice par ce que la France compte de plus rance et de plus réac.

 

La mondialisation a exporté le capitalisme financier de l'ouest vers l'est. Mais elle a aussi exporté les méthodes et l'idéologie de l'extrémisme islamique de l'est vers l'ouest.

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