Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
1 octobre 2015 4 01 /10 /octobre /2015 05:41
Avec Jeremy Corbyn, un Parti travailliste aux confluents des mouvements sociaux ?

 

L’élection, le 12 septembre dernier, de Jeremy Corbyn à la tête du Parti travailliste britannique a secoué toute la social-démocratie européenne, tant pour la façon de faire de la politique que dans la définition de son contenu.

 

En préalable, pour disposer d’une vision globale du paysage politique d’outre-Manche, il faut rappeler une caractéristique du système électoral en vigueur : le scrutin uninominal majoritaire à un tour – est élu député le candidat qui a obtenu le plus de voix, même si elles ne représentent pas la majorité absolue – entraîne généralement une forte distorsion entre le score d’un parti et le nombre de sièges dont il disposera.

 

Ce mode de scrutin favorise outrancièrement les deux partis dominants et désavantage les autres qui, malgré une moyenne nationale importante, sortent rarement vainqueurs dans une circonscription donnée. Ainsi, lors des élections législatives de mai 2015, le Parti conservateur a obtenu 331 sièges (sur les 650 de la Chambre des Communes) avec 36,9 % des voix, alors que le Parti travailliste n’en obtenait que 232 avec 30,4 % des suffrages. Soit une différence de 99 sièges pour un écart de 6,5 % ! En fait, les Tories n’ont progressé que de 0,8 % par rapport aux élections précédentes en 2010. En termes de nombre de suffrages, on est très loin du « raz-de-marée » évoqué par certains commentateurs !

 

De son côté, le parti europhobe Ukip s’est seulement adjugé un siège à Westminster alors qu’il avait mobilisé 13 % des électeurs au niveau national. Le cas de l’Ecosse est encore différent car les deux partis dominants n’y sont pas les Conservateurs et les Travaillistes, mais le Parti national écossais (SNP) et les Travaillistes. Le SNP, présentait seulement des candidats dans cette composante du Royaume-Uni dont il réclame l’indépendance, et a enlevé 56 des 59 sièges à pourvoir dans ce qui était historiquement un bastion du Labour.

 

Les études montrent que la défaite du Labour aux élections de mai dernier est essentiellement imputable à une forte abstention de ses électeurs traditionnels, ceux des catégories populaires, qui ne se reconnaissaient plus dans une formation dont la ligne visait davantage à accompagner les mesures d’austérité du gouvernement Cameron qu’à les combattre frontalement.

 

Le contraste est frappant avec l’enthousiasme des membres et sympathisants du Parti travailliste – dont un très grand nombre de jeunes – qui ont assuré la victoire écrasante (59,5 % des suffrages) de Jeremy Corbyn dans l’élection interne pour la désignation de leur dirigeant appelé à devenir le chef de l’opposition. Cette victoire est d’autant plus remarquable qu’elle s’est faite sur une ligne en rupture totale avec les politiques néolibérales et atlantistes impulsées par Tony Blair à son arrivée au pouvoir en 1997 et poursuivies par son successeur à Downing Street, Gordon Brown, de 2007 à 2010, puis (certes avec plus de modération), par Ed Miliband dans l’opposition.

 

Quand Corbyn manisfestait devant la Maison de l'Afrique du Sud à Trafalgar Square

 

L’originalité de la démarche de Corbyn est qu’elle vise à transformer le Labour de l’intérieur, à en refaire un parti authentiquement de gauche, fidèle à ses traditions militantes historiques. Ce faisant, il ne laissera pas vacant l’espace qui, en Espagne et en Grèce, a été occupé par des forces extérieures à la social-démocratie – respectivement Podemos et Syriza – au détriment du PSOE et du Pasok discrédités par leur conversion au néolibéralisme.

 

Cette entreprise va se heurter à d’énormes difficultés car, funeste héritage du blairisme, les barons du parti et 90 % des députés travaillistes sont foncièrement hostiles à ce virage à gauche, certains d’en eux, en premier lieu le nouveau milliardaire qu’est devenu Tony Blair, étant idéologiquement plus proches des 1 % de privilégiés que des 99 % auxquels le nouveau leader veut justement donner la parole. Il est significatif que, dans son premier face à face avec David Cameron aux Communes, le 16 septembre dernier, Jeremy Corbyn ait posé au premier ministre six questions – maximum prévu par le règlement de Westminster pour le chef de l’opposition – qui étaient revenues le plus souvent chez les quelque 40 000 électeurs qui lui avaient envoyé un courriel à cette fin.

 

Un conflit de légitimité risque fort de se déclencher entre la nouvelle direction du Labour et son groupe parlementaire à Westminster. S’il est isolé au sein de l’Establishment travailliste, Jeremy Corbyn ne l’est pas du tout dans les bases du parti, ce qui fait sa force. Tirant les leçons de l’étonnante mobilisation qui a assuré son succès, il a écrit dès le lendemain du scrutin dans le journal dominical The Observer que « l’ampleur du vote de samedi est un mandat sans équivoque pour le changement émis par le soulèvement démocratique qui est déjà devenu un mouvement social ». En fait, un mouvement social agglomérant et fédérant les nombreuses luttes en cours au Royaume-Uni – en matière de logement, d’accès aux soins (notamment psychiatriques), de baisse d’impôts pour les foyers pauvres, de frais d’inscription dans les universités, etc. – dont les médias parlent peu sauf pour les discréditer.

 

Un parti qui se veut aussi un mouvement social – catégories d’ordinaire bien distinctes, particulièrement en France – voilà une configuration inédite dans la social-démocratie européenne, comme d’ailleurs chez les formations de la gauche radicale. Elle rappelle la dynamique des révolutions citoyennes d’Amérique du Sud que Jeremy Corbyn connaît bien. Nul doute qu’elle sera suivie de près non seulement par tous les déçus de la politique institutionnelle, mais aussi – question de survie – par les dirigeants d’une social-démocratie européenne en perdition.

 

Article publié sur le site de Mémoire des Luttes

 

Partager cet article
Repost0
30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 05:40

La FEN son ancêtre nous avait déjà fait le coup au début des années 1980. La victoire de François Mitterrand avait porté aux affaires une myriade de militants enthousiastes qui s’étaient transformés en moins de deux ans en gestionnaires du monde  tel qu’il était. Il avait alors été demandé aux syndicats proches des socialistes et des communistes, telle la FEN, de « s’armer de patience », de ne pas « gêner les camarades au pouvoir », qu’en tout état de cause les « résultats seraient bientôt visibles ». À la base, cela se traduisit par une démobilisation massive des syndiqués qui n’ont jamais retrouvé la force mobilisatrice d’antan.

 

Avec l’acceptation par la FSU (et par les autres centrales) de l’ordre établi européen, c’est-à-dire de l’Europe de la finance, d’une Europe qui ne respecte pas la démocratie mais sait, à l’occasion, humilier et écraser tout un peuple, un pas de plus a été franchi dans la direction d’une collaboration totale de classe. Comme la CGT, la FSU s’est CFDTisée en acceptant l’affiliation à la Confédération européenne des syndicats, dirigée par Bernadette Ségol qui n’a jamais milité dans un syndicat français, et elle n’agit plus par elle même : elle ne fait que réagir aux ordres du jours européens en acceptant tous les présupposés idéologiques et politiques de Bruxelles. En juillet 2014, à l’occasion d’un portrait de Bernadette Ségol, j’écrivais ceci :

 

« J’ai toujours pensé que, vu la puissance de feu des milliers de banquiers, de groupes de pression multiples et variés harcelant sans relâche les représentants du peuple, les moyens dérisoires des forces syndicales ne feraient pas le poids. J’estimais par ailleurs – et je n’ai pas changé d’avis – que plus on s’affaire, plus on se croit utile et intéressant dans les sphères ouatées si loin de la vraie vie, moins on a d’envie et d’énergie pour descendre dans la rue et lutter dans les entreprises. Ce sont des habitudes que l’on perd très vite. »

 

Je rappellerai également que lors de la « crise grecque », la CES a soutenu la démarche de l’UE et a appelé à l’annulation du référendum.

 

 

Aux dernières élections professionnelles d’avril 2012, la FSU a perdu 5% des voix au profit d’une fédération encore plus réformiste, l’UNSA, et du syndicat de droite (voire d’extrême droite) le SNALC. À force de ne pas avancer, on recule. À force de faire semblant de croire dans une mythique Europe sociale qui n’arrivera jamais car la construction européenne n’a pas été élaborée pour cela, on sème la confusion et le découragement.

 

Récemment, contrairement à la CGT et à FO, la FSU a signé le « protocole d’accord relatif à l’avenir de la fonction publique : la modernisation des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations ». Cet accord entérine le gel des salaires depuis 2010 et la perte du pouvoir d’achat depuis quinze ans (http://bernard-gensane.over-blog.com/2015/09/l-effondrement-du-pouvoir-d-achat-des-fonctionnaires.html). Il prévoit la fin du statut national des fonctionnaires par le biais d’avancement par la notation au mérite, de la mobilité (voulue ou imposée ?) en attendant la remise en cause radicale du statut de la Fonction publique envisagée par Macron.

 

Bref, la FSU n’est plus du tout à l’offensive. Son acceptation, comme celle de la CGT depuis deux ans,du « syndicalisme rassemblé » – en fait l’alignement sur la démarche tactique de la CFDT – fait le jeu du pouvoir politique français et des instances européennes.

 

L’ancien secrétaire général de la CGT Henri Krasucki avait coutume de dire qu’on ne négocie pas la régression sociale mais qu’on la combat. Une prise de conscience s’impose à l’intérieur de la FSU. Le glissement vers une pratique syndicale qui n’est même plus réformiste risque d’être irréversible.

Partager cet article
Repost0
29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 05:48
Toujours vigilant, Théophraste R., du Grand Soir, nous met en garde contre la banalisation du Front national, un colosse aux pieds d'argile qui perd des adhérents et qui existe surtout par les médias.
 
 

Le FN est omniprésent dans les médias. Om-ni-pré-sent, même sans actualité particulière.

 

Si vous vous demandez pourquoi, vous êtes un complotiste.

 

Quand le FN n’est pas dans les médias, ses idées y sont relayées. Maïtena Biraben du Grand Journal-(sic)-Canal+-Bolloré affirme que les Français « se reconnaissent dans ce discours de vérité qui est tenu par le Front national » qu’elle classe 1er parti de France (3ème, en fait).

 

Le parti LR lui court après. Nadine Morano, tout en se prétendant laïque, s’inquiète de voir monter l’islam dans la France judéo-chrétienne de « race blanche ».

 

Le FN est un colosse aux pieds d’argile, sans cadres de terrain, en perte d’adhérents. Il a du mal à fournir les candidats partout dans les élections. Si la loi autorisait de présenter des chèvres, il achèterait un troupeau.

 

Expert en la matière, son fondateur confie : « Nous existons par les médias ».

 

Alors que presque toute la classe politico-médiatique appelait à approuver la Constitution pour l’Europe en mai 2005, les Français ont voté non au référendum. Ils devront faire preuve à nouveau de beaucoup de lucidité pour désobéir lors de prochaines échéances électorales.

 

On me dit que, avec un FN donné à 25 % pour les régionales, les médias ne peuvent se priver d’un quart de leurs clients et consommateurs de publicité et qu’ils sont donc couchés, comme le furent les journaux de la collaboration qui ne pouvaient se passer du papier octroyé par les Allemands, mais qui payèrent leur lâcheté et leur complicité à la Libération.

 

Théophraste R. (Trrremblez, merdiacrates, viendra l’Heure du Jugement).

Partager cet article
Repost0
27 septembre 2015 7 27 /09 /septembre /2015 05:49

 

Ils sont pour finir assez rares les intellectuels de haut niveau qui ne s’inscrivent pas dans la mouvance dominante de l’idéologie de marché. Le sociologue et économiste Bernard Friot compte parmi ceux-là. Sa pensée est anticapitaliste. Spécialiste de la sécurité sociale, il se défie de la proposition du revenu de base qu’il qualifie de « roue de secours du capitalisme ». Il propose un nouveau rapport à la propriété et la valorisation du travail. Il estime qu’aujourd’hui nous ne sommes plus dans une république laïque mais dans un pays inféodé à la religion du capitalisme.

 

Il a récemment répondu aux questions de la revue Ballast. Extraits :

 

 

Dans l'une de vos conférences, vous affirmez que la France n’est pas un État laïc. Pouvez-vous nous expliquer en quoi le capitalisme est une religion, d’État qui plus est ?

 

La France est un État partiellement laïc et c’est heureux : la laïcité, en séparant l’État des religions, est une condition de l’émancipation populaire, car les religions sont de puissants systèmes d’adhésion à la classe dirigeante. Mais justement, il y a une religion qui, loin d’être séparée de l’Etat, y règne en maître : c’est la religion capitaliste. Entendons par là un ensemble très construit de dogmes, de croyances, de rituels, qui font passer pour divine la violence des institutions du capital. Les dogmes sont construits par la prétendue « science économique », qui s’est imposée à l’université en excluant les hétérodoxes des postes de professeur et qui formate tout le discours des gouvernants et des médias. Plus la réalité infirme le dogme, plus il est raffiné, avec l’affirmation classique de toute religion : c’est parce que nous ne sommes pas assez fidèles au dogme qu’il n’informe pas encore suffisamment le réel ! La prétendue « science économique » procède par injonction permanente. Les croyances permettent d’intérioriser les injonctions du capital : nous présenter sur le marché du travail comme « demandeurs d’emploi » (alors que nous sommes les seuls producteurs de la valeur !) parce que nous croyons que seuls ceux qui ont un emploi produisent de la valeur économique ; nous soumettre aux marchés financiers parce que nous croyons que l’on ne peut financer l’investissement (et créer de la monnaie) que par crédit ; accepter la rémunération du capital parce que nous croyons que l’outil de travail crée de la valeur ; apprendre à vivre avec la souffrance d’un travail mené sous la dictature du temps parce que nous croyons que la mesure naturelle de la valeur, c’est le temps de travail. Je m’en tiens à ces exemples, mais les croyances capitalistes nous enserrent dans un filet très fin.

 

Vous décrivez donc une religion capitaliste qui est la cause d’une très puissante aliénation aux institutions du capital. Quelles sont les alternatives possibles à ces institutions ?

 

Mettre en évidence le déjà-là de ces alternatives est tout l’objet de mon activité de chercheur : je fais donc une réponse sommaire et je renvoie le lecteur à mes livres, du plus simple (Émanciper le travail, entretiens avec Patrick Zech, aux éditions La Dispute, en 2014) au plus technique (Puissances du salariat, édition augmentée, La Dispute, 2012). Vous avez raison de souligner que malgré la chape de plomb de la religion d’État, le mouvement populaire a commencé à construire une classe révolutionnaire qui s’est victorieusement opposée aux institutions du capital. Contre le marché du travail a été construit le salaire à vie des fonctionnaires et des retraités. Contre le salaire « prix de la force de travail », qui fait de nous des mineurs économiques ayant droit à du pouvoir d’achat, niés comme producteurs de valeur, la classe ouvrière a imposé le salaire à la qualification. Contre la mesure de la valeur par le temps de travail, la production des administrations est mesurée par la qualification des producteurs. Contre la propriété lucrative, de multiples formes de propriété d’usage sont en train de s’instituer. Contre le crédit à l’investissement, l’impôt et la cotisation permettent de subventionner des équipements collectifs. Tout cela peut être étendu à toute la production, car nous n’avons besoin ni d’employeurs, ni d’actionnaires, ni de prêteurs pour produire.

 

 

 

 

Il a été reproché à Thomas Piketty de négliger dans son livre best-seller Le Capital au XXIe siècle toute la violence sociale contenue dans le rapport entre un employeur et un employé. Peut-on imaginer un capitalisme sans ce rapport asymétrique, et donc sans cette violence ?

 

Évidemment pas : la propriété lucrative réserve la propriété de l’outil de production à une minorité, qui exerce une dictature sur la majorité par le double chantage à l’emploi et à la dette. Les institutions de l’Union européenne, syndicat du capital, organisent depuis les années 1950 ce double chantage, avec une constance et une détermination que des travaux comme ceux de Corinne Gobin, politiste à l’université libre de Bruxelles, ont très bien montrées depuis des décennies, sans qu’ils aient été pris au sérieux par tous les croyants dans une possible réforme de l’Union européenne. L’affrontement de la troïka au peuple grec ouvre aujourd’hui les yeux de certains de ces croyants, et cela en dépit de la mise en scène du jeu de rôles entre Hollande et Merkel, et de l’incroyable propagande du clergé médiatique. Dans une affaire où Le Monde et Libération s’illustrent par leur participation sans retenue à la curée, de tous les quotidiens, seul L’Humanité soutient le peuple grec, même s’il faut déplorer qu’elle le fasse sur la base d’un appui sans réserve à Syriza, qui ne mène pas la nécessaire lutte contre la classe capitaliste grecque pour la propriété populaire de l’économie, condition sine qua non de tout bras de fer avec la troïka – ce qui nous renvoie, chez nous, à la dérive sociale-démocrate du PCF et de la CGT.

 

« Quand un chômeur dit qu’il ne travaille pas, ou qu’un retraité dit qu’il ne travaille plus, il y a, dans cet aveu que ce qu’ils font peut être utile mais ne crée pas de valeur, adhésion à la religion capitaliste. »

 

Quand des fonctionnaires acceptent l’idée absurde qu’ils dépensent (et non pas qu’ils produisent, comme tous les salariés) la valeur de l’impôt qui les paie, ils témoignent aussi de la même violence et de son intériorisation religieuse : ils croient que, comme ils ont un salaire à vie lié à leur grade, qui est un attribut de leur personne, et non un salaire à l’emploi (dont le support est le poste de travail, comme dans le privé), ils ne travaillent pas – au sens de : ils ne produisent pas de valeur –, puisque leur travail concret ne s’inscrit pas dans les canons capitalistes du travail abstrait. L’enjeu est que la classe révolutionnaire reprenne l’avantage, dans les institutions comme dans les représentations. Pour m’en tenir à l’objet de votre question (mais le raisonnement serait le même pour la copropriété d’usage de tous les outils de travail, pour le financement de l’investissement sans appel au crédit, ou pour le remplacement de la mesure capitaliste du travail abstrait par le temps de travail, par sa mesure salariale, par la qualification du producteur), nous ne pourrons généraliser le salaire à vie que si la classe révolutionnaire retrouve l’offensive et continue à imposer la pratique salariale de la valeur contre sa pratique capitaliste, comme elle l’a fait jusque dans les années 1970. Énumérons quelques mots d’ordre et pratiques d’une telle ré-offensive en vue de l’institution d’un droit politique au salaire, c’est-à-dire d’un salaire attribué de façon irrévocable à chaque personne, de 18 ans à sa mort, avec une progression possible par épreuves de qualification : hausse massive des cotisations et des impôts qui paient les fonctionnaires, les libéraux de santé ou les retraités, pour que la valeur qu’ils produisent aille au salaire socialisé, exclusivité des marchés publics pour les seules entreprises non capitalistes afin de sortir les coopératives et le travail indépendant de la marginalité, affectation de la qualification, et donc du salaire, à la personne des salariés du privé et non à leur poste de travail, transformation des prétendues « aides à l’agriculture » en salaire à vie des paysans, etc.

 

Nous avons récemment interviewé le sociologue Alain Bihr. Il nous disait : « Ce qui me paraît fort critiquable dans l'idée de "salaire à vie", c'est qu'elle passe à la trappe l'idée qu'abolir le capital, c'est, simultanément et du même mouvement, abolir le salariat. Le processus révolutionnaire est celui par lequel les producteurs associés, et au-delà l'ensemble de la société à travers eux, se réapproprient les moyens sociaux de production et dirigent, organisent et contrôlent la production de manière à satisfaire l'ensemble des besoins sociaux. Dans le cadre de pareils rapports de production, il n'y a pas de salariat. » Que répondez-vous ?

 

Alain Bihr fait partie de ces marxistes (et ils sont hélas nombreux) qui pensent qu’il n’y a pas de sujet révolutionnaire effectivement en train de se construire à l’échelle macrosociale, que la seule classe qui existe est la classe capitaliste. Et cela contre le cœur même de l’œuvre de Marx, analyste magistral du capitalisme comme contradiction, journaliste soigneux des mouvements révolutionnaires, acteur de la Première Internationale. Alain Bihr écrit certes sur « les rapports sociaux de classes », au sens où il énonce, à juste titre, que les classes ne préexistent pas à leur conflit et que ce sont les luttes de classes qui produisent les classes, mais les classes qu’il définit ne comportent… qu’une classe, la « classe capitaliste » qui domine respectivement  le« prolétariat »,  l’« encadrement » et la « petite bourgeoisie ». Le postulat de la lutte de classes reste chez lui un élément du puzzle théorique mais, dans la réalité, il n’observe aucun résultat révolutionnaire de la mobilisation syndicale ou politique concrète des dominés : la qualification, la sécurité sociale, la fonction publique, la cotisation, tout cela peut selon lui apporter une correction aux inégalités sociales et desserrer provisoirement l’étau, mais ne constitue en aucun cas les prémices d’une alternative, voire sert les intérêts fondamentaux du capital. Ce mouvement ouvrier qui n’a rien conquis de véritablement subversif du capital n’est donc pas un sujet historique, il n’est pas une classe révolutionnaire. Seule la classe capitaliste existe comme telle. Alain Bihr n’est pas le seul à exalter le mouvement ouvrier abstrait mais à faire du mouvement ouvrier concret un idiot utile du capital, à élaborer une critique théorique du capitalisme dans l’ignorance de sa critique sociale, à raconter la saga d’une classe dirigeante qui a toujours la main : la majorité des chercheurs en sciences sociales écrivent l’histoire du point de vue de la domination de classe. Par leur fascination pour le pouvoir, ils sont un élément décisif du clergé de la religion capitaliste. Je ne parle pas ici des économistes orthodoxes, dont j’ai dit dès le début qu’ils sont le haut clergé de cette religion et qui pratiquent d’ailleurs, non pas la science sociale (pouah), mais la science tout court ! Je parle d’un bas-clergé d’autant plus efficace qu’il critique une domination capitaliste dont il nie qu’elle ait commencé à être radicalement mise en cause.

 

PS : En 2010, j'ai publié un article sur un livre de Friot consacré aux retraites.

 

 

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2015 5 25 /09 /septembre /2015 05:58

La Cour des comptes (je cite Wikipedia) est une juridiction financière de l’ordre administratif (je souligne), chargée principalement de contrôler la régularité des comptes publics de l’État, des établissements publics nationaux, des entreprises publiques, de la sécurité sociale, ainsi que des organismes privés bénéficiant d’une aide de l’État ou faisant appel à la générosité du public. Elle informe le parlement, le gouvernement et l’opinion public sur la régularité des comptes.

 

Elle est actuellement présidée par l’ancien député socialiste (proche de Laurent Fabius) Didier Migaud, nommé par Sarkozy. Dès sa nomination, Migaud a démissionné du PS. Avant cela, Migaud s’était rendu célèbre pour avoir mis sur pied, de concert avec le sénateur de droite Alain Lambert, la LOLF (loi organique relative aux lois de finances), adoptée en 2001, une nouvelle « constitution financière » ayant pour but de renforcer les pouvoirs budgétaires du parlement et d’améliorer l’efficacité de l’action de l’État en substituant à la logique des moyens une logique d’objectifs et de résultats (je souligne).

 

Début 2013, Migaud exprime clairement le lieu idéologique d’où il parle et agit en tant que président politique de la Cour des comptes. Il estime que, du fait de la trop grande importance des prélèvements, le gouvernement Ayrault ne saurait augmenter la pression fiscale et doit impérativement diminuer les dépenses publiques. Il cesse dès lors d’être un administratif.

 

En revanche, Migaud ne s’est pas exprimé sur l’efficacité présumée des milliards d’exonérations de cotisations sociales (les « charges » !), sur l’évasion fiscale et sur les milliards de subventions publiques accordées sans réel contrôle au patronat.

 

 

Plus récemment, il s’en est pris aux dépenses relevant de l’activité des infirmiers et des masseurs-kinésithérapeutes. Par parenthèse, on ne l’a pas encore entendu sur ce que coûte aux assurés sociaux les bénéfices exorbitants des grands labos pharmaceutiques. Les dépenses visées par Migaud ont représenté 10,7 milliards d’euros en 2014. Il faudra s’y faire : vu le vieillissement de la population et surtout le fait que les personnes âgées sont de plus précocement malades, on aura de plus en besoins d’infirmiers et de kinés pour réparer les corps. En bon social-libéral (ou libéral-social, on ne sait plus), Migaud est au diapason de son ancien camarade Hollande (et des théories libérales depuis Adam Smith), pour qui c’est l’offre qui crée la demande, la dimension sociale des problèmes étant rejetée à l’arrière-plan.

 

Bref, la Cour ne se contente plus de sa fonction de contrôle technique au service de l’État. Elle intervient directement dans le champ politique. En nommant Migaud, Sarkozy savait ce qu’il faisait. Il est d'autant plus facile à Migaud de faire entendre sa petite musique que, dans le cas de la sécurité sociale, depuis la loi du 22 février 1996, à l’instigation de Chirac et de Juppé (cet homme neuf et consensuel), l’Assemblée nationale vote son budget, les assurés étant désormais exclus des grandes décisions les concernant.

 

Pour revenir au problème spécifique des infirmiers et des kinés, ceux-ci sont de plus en plus sollicités dans la mesure où, pour des raisons de rentabilité, les hôpitaux libèrent les patients de plus en plus tôt. Ces derniers ont donc recours, chez eux, à des libéraux.

 

Le rapport de la Cour des comptes méconnaît le fait que les troubles musculo-squelettique du aux mauvaises conditions de travail explosent et expliquent en grande partie le recours aux masseurs-kinésithérapeutes. Migaud et les siens se soucient comme d’une guigne que 36% de la population renonce à de nombreux soins (85% d’assurés non couverts par une complémentaire, 61% de femmes).

Partager cet article
Repost0
24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 06:00

Je propose ici une analyse très fine d'un JT de France 2 par Philippe Arnaud. Où il apparaît que l'info sur cette chaîne est une machine idéologique au moins aussi redoutable que le JT de TF1.

 

 

J’ai suivi, samedi soir 19 septembre à 20 h, le journal télévisé de France 2. Le deuxième sujet était la remise en cause (provocatrice ? préméditée ? secrètement approuvée en haut lieu ?) d’Emmanuel Macron, ministre de l’économie, du statut des fonctionnaires. Il s’agissait du deuxième sujet, après la Journée du patrimoine.

 

Laurent Delahousse : "Autre phrase politique, mais celle-ci a suscité quelques remous au sein de la majorité notamment. Emmanuel Macron, lors d’un colloque, a estimé hier qu’il était nécessaire de réformer le statut de la fonction publique. Le ministre de l’Economie aime bouger les lignes, exprimer ce qu’il pense, mais le président de la République a très vite voulu affirmer que tout cela n’était, pour le moment, pas à l’ordre du jour. Maryse Burgot, Eloine Martin."

 

Maryse Burgot : "Journée du patrimoine au ministère de l’économie, et, dans la foule, un Emmanuel Macron parfaitement détendu, même s’il est poursuivi par la presse. En cause, ses propos, hier, sur le statut des fonctionnaires. Selon lui, il n’est plus justifiable et n’est plus adapté au monde tel qu’il va."

 

[Et pendant que parle Maryse Burgot, on voit ces mots s’inscrire sur l’écran à côté de la photo d’Emmanuel Macron, avec la source d’où viennent ces propos : les journaux Challenges et Les Echos.]

 

Maryse Burgot : "Des mots détonnants, dans la bouche d’un ministre de gauche. Il estime, ce soir, qu’ils ont été sortis de leur contexte, mal interprétés".

 

Emmanuel Macron : "De grâce, ne transformez pas ce que je peux dire dans certains cercles en petites phrases pour en faire des polémiques parce qu’à ce moment-là ça devient un jeu incessant, où il faut se justifier : dire est-ce qu’il a été recadré, ce qu’il a rapporté, est-ce qu’il a... ça n’a aucun sens".

 

Maryse Burgot : "Recadrer, c’est pourtant bien le mot qui vient à l’esprit". [On voit François Hollande lors d’une remise de décorations]. "Dès hier soir François Hollande fait une mise au point. Il est à Tulle dans son ex-fief électoral pour, entre autres, décorer ce fonctionnaire, occasion parfaite pour déjuger son ministre de l’économie".

 

[Plan-séquence sur François Hollande : "Vous, vous êtes un fonctionnaire, un fonctionnaire d’Etat, un fonctionnaire attaché à son département de la Corrèze, et, comme je le suis, attaché à son statut."]

 

Maryse Burgot : "Au Parti socialiste, certains en appellent directement à la responsabilité d’Emmanuel Macron."

 

[Ici, un plan-séquence sur Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale : "Emmanuel, fais attention, il y a des phrases qui te portent tort et qui nous portent tort."]

 

Maryse Burgot : "L’opposition dénonce une sorte de jeu de rôles, un ministre envoyant des ballons d’essai et un président rassurant sa gauche".

 

[Ici, un plan séquence sur Nathalie Kosciusko-Morizet : "Ce petit jeu entre Macron et le président de la République, le premier ministre, nous laisse un peu songeurs, parce que c’est toujours la même chose : un pas en avant, deux pas en arrière"].

 

"Maryse Burgot : "Ce soir, quelques visiteurs se pressaient encore autour du bureau d’Emmanuel Macron. Une journée du patrimoine à Bercy pas tout à fait ordinaire".

 

Laurent Delahousse : "Et en direct du ministère de l’économie, on va retrouver Sophie Brunn. Sophie, après les 35 heures, on s’en souvient, le Code du travail, voici le temps des fonctionnaires. Que veut vraiment nous dire Emmanuel Macron ? Est-il un électron libre, utile ou dérangeant pour l’exécutif ?"

 

Sophie Brunn : "Ce qui est sûr, Laurent, c’est qu’Emmanuel Macron compte bien rester l’électron libre qu’il est depuis sa nomination et il nous l’a redit encore cet après-midi. Pour lui il n’y a pas de sujet tabou, pas de totem derrière lequel s’abriter. Sa conception de la politique, c’est plutôt "Vive le débat !". Alors, ceci est-il utile ou dérangeant pour l’exécutif ? On peut penser que lors des précédentes polémiques, notamment sur le Code du travail, Emmanuel Macron agissait comme un poisson-pilote, à la fois pour rassurer le patronat mais aussi pour faire avancer la ligne sociale-libérale de François Hollande. Aujourd’hui, avec cette polémique sur les fonctionnaires, c’est beaucoup moins sûr, d’abord parce qu’il n’y a aucune réforme de ce type dans les cartons de l’exécutif, c’est donc un petit peu un débat pour rien et puis vu la vitesse à laquelle François Hollande a recadré son ministre hier, il semble qu’à trois mois des régionales, la prudence s’impose".

 

Laurent Delahousse : "Merci Sophie. Alors revenons, justement, sur ce statut des fonctionnaires. Une réforme est-elle réellement possible ? D’autres pays l’ont-elles engagé ? Et qui est concerné par cette notion d’emploi à vie ? Questions-réponses avec Magali Boissin. Regardez."

 

Magali Boissin : "Professeur, infirmière ou agent administratif, leur emploi à vie ne serait plus adapté à notre société, selon le ministre de l’économie. A Marseille, ces deux fonctionnaires en ont assez de voir leur statut attaqué."

 

[Hélène Ohresser, professeur d’histoire-géographie : "Ce n’est pas du tout un privilège de travailler dans la fonction publique. Venez travailler si on est privilégiés et pour les salaires et pour... C’est pas un privilège". Elodie Dussaillant, infirmière : "Je crois que c’est la dernière chose qui nous reste..., l’embauche dans la fonction publique, qui peut être attrayant pour les gens."]

 

Magali Boissin : "L’emploi à vie, alors, pour tous les fonctionnaires ? Pas tout à fait. La France possède 5,4 millions de fonctionnaires, parmi eux, 83 % détiennent un emploi à vie, les 17 % restants sont sous contrat privé en CDD ou en CDI. Mais pour ce syndicaliste, ces contrats privés sont surtout synonymes de précarité".

 

[Ici, plan séquence sur Pascal Pavageau, secrétaire confédéral F.O. : "Les agents qui sont contractuels sont ceux qui sont au SMIC, voire inférieurs au SMIC, c’est-à-dire dans l’illégalité par rapport à la loi et sont, ben, précaires et révocables à merci].

 

Magali Boissin : "Peut-on, en France, réformer ce statut ? Rien ne l’empêche. Le statut de fonctionnaire a d’abord été défini par une loi de 1946, juste après la création de l’E.N.A."

 

[Voix off sur des images d’après-guerre : "Ces futurs fonctionnaires devront avoir les qualités d’initiative, d’énergie et de décision qu’exigent ces emplois.]

 

"Statut confirmé par une loi de 1983 sous la gauche mais ce texte peut à tout moment être changé selon cette économiste libérale. Pour elle, un emploi à vie ne se justifie que pour un petit nombre de fonctionnaires".

 

[Ici, plan-séquence sur Agnès Verdier-Molinié : "C’est tous les agents qui sont sur des fonctions de souveraineté nationale ; donc là il y a bien sûr la Défense, la police, la Justice. Pour tous les autres agents, on pourrait très bien utiliser tout simplement le Code du travail et des contrats de type contrats de droit privé".]

 

Magali Boissin : "Changer le statut est donc possible. Y a-t-il eu des précédents en Europe ? Au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Finlande ou encore en Suède, l’immense majorité des agents sont placés sous contrat privé. La Suisse est allée encore plus loin depuis en référendum en 2002, l’ancien statut de fonctionnaire a été totalement supprimé".

 

Remarque 1. Le vocabulaire. Sans qu’il y paraisse, les journalistes de France 2 présentent la remise en cause du statut de la fonction publique de manière positive (et, corrélativement, ce statut de manière négative).

 

- Exemple. Emmanuel Macron aime "bouger les lignes". Or, comme le dit une chronique de Libérationde décembre 2008, faire bouger les lignes a une connotation positive. Cette action marque une rupture. Elle s’oppose à inaction, routine, passivité ou conformisme. Et, par déduction, on suggère au lecteur ou à l’auditeur que le statut de fonctionnaire, ce sont ces défauts, et, au-delà du statut, que le fonctionnaire lui-même est inactif, routinier, passif et conformiste.

 

- Exemple toujours dans cette même veine. Sophie Brunn, filant la métaphore des "lignes qui bougent", évoque des lignes qui "avancent". Or "avancer" est un verbe à connotation positive. La remise en cause du statut du fonctionnaire, la ligne sociale-libérale (comme dans le pâté d’alouette, une alouette de social et un cheval de libéral) est donc vue comme une évolution positive. Elle répond d’ailleurs à la remarque de Nathalie Kosciusko-Morizet : le pas en avant représente la remise en cause du statut, les pas en arrière, sa préservation.

 

- Exemple encore. Le statut de la fonction publique (comme le Code du travail, les 35 h), serait un sujet "tabou" ou "totem". Ces mots, issus des civilisations polynésienne et amérindienne (vues - encore aujourd’hui - comme "primitives"), sont employées par ironie (dit le Dictionnaire historique de la langue française), en parlant de personnes ou de choses [et, j’ajoute ici, d’institutions] qui font l’objet d’un respect exagéré, quasi-sacré. On instille donc l’idée que les fonctionnaires, les syndicalistes, les salariés ont, pour le statut de la fonction publique, les 35 h, le Code du travail, le même respect exagéré (ridicule, irrationnel, aux yeux de sujets cartésiens, laïques et libéraux) que les "primitifs" polynésiens ou algonquins en avaient, aux yeux des explorateurs "civilisés", pour telle manière "farfelue" de se coiffer ou de se nourrir...

 

Remarque 2. Les figures de style. Comme d’habitude, lorsqu’il s’agit de faire passer des mesures "libérales", c’est-à-dire favorables au patronat, aux riches, aux spéculateurs (donc désastreuses pour les salariés, les retraités, et la majorité de la population), on use d’euphémismes, pour ne pas effrayer le gibier. On n’abroge pas, on ne supprime pas le Code du travail ou le statut de la fonction publique, on les "réforme". [Verbe qu’emploie Delahousse au début du sujet]. De même, on ne dit pas qu’on va imposer une mesure mais qu’on va en "débattre" [la conception d’Emmanuel Macron, c’est "Vive le débat !", comme le rapporte Sophie Brunn].

 

Sauf qu’ici, le sujet de "débat" qu’Emmanuel Macron propose aux fonctionnaires, c’est : "Je caresse l’idée de vous flanquer à la porte : et si nous en débattions ?" On conçoit que les intéressés ne soient pas enthousiasmés...

 

 

Remarque 2bis. Les figures de style toujours. Après l’euphémisme, la prétérition (figure de style par laquelle on affirme ne pas dire une chose... tout en la disant). Exemple : "si je n’avais pas le plus grand respect pour vous, je dirais que vous êtes un crétin". Ou, comme disent les jeunes, après avoir sorti une vacherie : "C’était juste pour rigoler !".

Ici, "ce n’est pas le moment", "pas à l’ordre du jour", "pas à trois mois des régionales". Sous-entendu : quand les régionales seront passées, quand on n’aura plus rien à perdre (ou plus rien à gagner), fonctionnaires, vous pourrez numéroter vos abattis !".

 

Remarque 3. Sur la conception de la politique. Maryse Burgot qualifie Emmanuel Macron de ministre de gauche, ce qui témoigne d’une conception de la gauche pour le moins élastique. Si, par habitude, par lassitude, par paresse, on qualifie le gouvernement actuel, issu du Parti socialiste, de gauche, il ne s’ensuit pas, a fortiori, que tout ministre de ce gouvernement soit lui-même de gauche... surtout lorsqu’il n’est pas lui-même un élu ! Ce n’est pas parce que la chatte fait ses petits dans le four de la cuisinière qu’on les appelle des biscuits.

 

Autre remarque sur la conception de la politique.Claude Bartolone dit à Emmanuel Macron : "Emmanuel, fais attention, il y a des phrases qui te portent tort et qui nous portent tort."

 

Si on lit entre les lignes, ce que reproche Bartolone à Macron, ce n’est pas tant de vouloir mettre les fonctionnaires en caleçon, mais de de les prévenir qu’il va le faire ! Bartolone doit conserver le souvenir cuisant de l’échec non moins cuisant de Lionel Jospin aux élections de 2002, "blackboulé" par nombre d’enseignants, qui n’avaient pas supporté qu’il tarde à débarquer Claude Allègre, qui les avait ulcérés avec ses déclarations sur le "mammouth" ou l’absentéisme...

 

En somme, ce que dit Bartolone à Macron, assez cyniquement, c’est de faire sa réforme, de la faire discrètement, de la faire habilement, de rouler les fonctionnaires dans la farine, mais de ne pas le claironner. "Le scandale du monde est ce qui fait l’offense/Et ce n’est pas pécher que pécher en silence..."

 

Remarque 4. Les images. Les propos d’Emmanuel Macron, rapportés par Laurent Delahousse, sont accompagnés d’une photo du ministre, avec les mots ("plus justifiable", "plus adapté") qui s’inscrivent dans le même temps. Et la photo montre un Emmanuel Macron de face, en buste, le regard fixé sur la ligne bleue des cours de Bourse, mais déterminé, presque impérieux, bras gauche replié, main gauche à demi-fermée, doigts rassemblés et extrémités pointées vers lui, comme un professeur qui insiste sur un point fondamental de sa discipline : la règle de l’accord des participes ou la définition des nombres premiers.

 

 

Remarque 4 bis. Les images encore. Le rappel du statut de la Fonction publique est accompagné d’images en noir et blanc, qui donnent un aspect vieillot, daté, obsolète au statut de la fonction publique, accompagné de la voix typique du commentateur de l’époque (avec sa scansion, sa diction) et conférant à ce document filmé le statut d’un capitulaire carolingien calligraphié sur parchemin en minuscules carolines.

 

A quoi s’ajoute la vilenie de lier le statut de la fonction publique à la création de l’E.N.A., sachant l’image détestable qui, dans une large partie de l’opinion, s’attache à cette école : élitisme, technocratie, cooptation, endogamie, privilèges, dédain, morgue de caste, absence de sens du réel, etc., de telle sorte que le statut de la fonction publique, déjà bien chargé, est lesté en outre du poids du discrédit de l’E.N.A. Alors que le journaliste aurait pu lier ce statut au programme du C.N.R.

 

Remarque 5. Les remarques des intervenants. Les deux fonctionnaires de Marseille ont un débit rapide, des phrases hachées, peu ou mal articulées, non achevées. On sent qu’elles ont été prises au dépourvu et leur intervention laisse une impression pénible.

 

A l’inverse, les phrases d’Agnès Verdier-Molinié sont bien articulées et bien scandées. Et il est révélateur (et navrant) qu’en deux jours cette femme (ultralibérale jusqu’à la moelle) ait été invitée sur une chaîne de radio-télévision du service public (cf. ma chronique du 17 septembre), comme s’il s’agissait d’une universitaire de renom, issue d’une institution prestigieuse, alors qu’elle ne représente qu’une officine singeant les gros "think tanks" étatsuniens (un poulet de Bresse qui se fait passer pour un aigle royal), et que la journaliste pousse la flagornerie (ou l’ignorance ?) jusqu’à la décorer du nom d’économiste, alors que ses seules compétences universitaires en la matière sont... une maîtrise en histoire contemporaine.

Partager cet article
Repost0
19 septembre 2015 6 19 /09 /septembre /2015 06:00

 

 

 

Non seulement Orange nous offre des pages d’accueil du niveau du France-Dimanche d’il y a quarante ans, mais elle fait désormais payer des services qui, autrefois, étaient gratuits. Ah, les bienfaits de la privatisation !

 

Dans le cadre de sa modernitude, elle propose de « nouveaux services » payants. La CGT de Seine Maritime nous informe que, dans le village de Thiétreville, les impôts locaux financent un service de visite de facteur, une fois par semaine, pour sept de ses habitants. La Poste propose également, contre rétribution, un service de « vigie » : relevé de compteurs, portage de médicaments, collecte de dossiers administratifs, démarchage pour de la vente privée.

 

La direction de l’entreprise (La Poste est une entreprise) argue qu’il s’agit d’une « diversification nécessaire » à cause de la baisse du volume du courrier de 6 à 7% chaque année. Mais elle ne crée pas des emplois, en créant un service spécial doté d'emplois nouveaux, ou en réduisant la durée des tournées des facteurs. Ces tâches supplémentaires sont introduites dans la tournée des facteurs. Selon la CGT, en « contractualisant le service, et en définissant la durée de présence du facteur au domicile de la personne bénéficiaire, la direction de La Poste déstructure la tournée du facteur, et recule les horaires de passage pour les autres usagers. »

 

 

 

 

La rentabilisation du service des facteurs, l’allongement kilométrique de leurs tournées entrainent, dans tout le pays, un nombre croissant de tournées non assurées. L’entreprise a reçu près de 600 millions d’euros de l’État par le biais du CICE mais le nombre des remplaçants a été réduit, ainsi que le nombre de jours de repos cycliques.

 

Jusqu’en 1941, le courrier était distribué tous jours, dimanche compris. La distribution du courrier l’après-midi a disparu en 1975.

 

Heureusement, le caméléon Migaud et la Chambre des Comptes veille au gaspillage.

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 05:51

 

 

Sarkozy et le gang du Fouquet’s ne s’étaient pas vraiment attaqué de front au statut de la Fonction publique. Selon loi de 1983, « Le grade est distinct de l'emploi. Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent. Les corps et cadres d'emplois de fonctionnaires sont régis par les statuts particuliers à caractère national. »

 

Le gouvernement a lancé dans les tuyaux une réforme territoriale qui est désormais bien avancée. L’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté le projet de loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe). Il s'agit du troisième volet de la réforme des territoires, voulue par Hollande, après la loi de modernisation de l'action publique territoriale et d'affirmation des métropoles et la loi relative à la délimitation des régions. Cette réforme tourne clairement le dos à l’égalité entre les territoires, mais ceci est un autre débat.

 

La logique de cette réforme est le démantèlement à terme de services publics essentiels et la remise en cause du statut national des fonctionnaires. Comme cité plus haut, ce statut est fondé sur la distinction entre grade et fonction et il offre de nombreuses garanties, archaïques pour le patronat et l’Union Européenne.

 

En juillet dernier, la ministre de la Fonction publique Marylise Lebranchu a présenté aux syndicats son projet d’accord « Parcours Professionnels, Carrières, Rémunérations » (PPCR) qui revient à (je simplifie) une adaptation de la gestion des fonctionnaires à la réforme territoriale, dans la logique de la gestion des travailleurs du privés.

 

La remise en cause du statut de la FP tient dans cette seule phrase : « que le niveau hiérarchique d’un corps ou d’un cadre d’emploi est lié, non seulement au niveau de diplôme ou de qualification requis au recrutement, mais également au niveau de missions à accomplir ». Le projet prévoit également d’« accroître les mobilités » entre les fonctions publiques d’État, hospitalière, et territoriale, ainsi que la mutualisation des moyens, et la régionalisation des missions sous l’autorité des préfets de région. On peut donc envisager un statut des fonctionnaires spécifique par région. On peut également se demander si l’avis du fonctionnaire serait sollicité dans le cadre de redéploiements d’une administration à une autre. Enfin, les commissions paritaires ministérielles seraient contournées au profit d’une gestion des personnels régionale.

 

Je suis personnellement frappé par le manque de réactions des centrales syndicales progressistes (CGT, FSU).

 

PS : On peut compter sur le casseur et néanmoins banquier Macron, chevau-léger de Hollande et de Valls, pour faire mieux que la droite dans ce domaine. Macron s'inspire de l'exemple britannique. 700 000 emplois de fonctionnaires ont été supprimés depuis 2011. 25% des effectifs. Selon l'Institut de Recherche Economique et Fiscale, l'objectif outre-Manche est d'ouvrir le secteur public au privé. Dans les faits, le Civil Service est devenu une entreprise privée. Je le cite :

 

“ Devenir fonctionnaire en France est un choix de carrière à vie. Très peu des fonctionnaires, encore moins les hauts fonctionnaires, ne viennent du secteur privé et la plupart entrent dans la fonction grâce aux concours.

En Grande-Bretagne, en avril 2015, tous les postes de haut fonctionnaire seront ouverts au recrutement externe. En fait, pour encourager le recrutement extérieur on a fondé en 2011 un « Commercial Recruitment Hub ». Depuis sa création, 68% de tous les postes de haut fonctionnaire ont été pourvus par des gens issus du secteur privés. L’expérience en dehors de la fonction publique sera même nécessaire pour tout haut fonctionnaires. Pour les diplômés récents, il existe le système de « Secondments » dans lme cadre duquel la fonction publique finance ses employés pour faire un stage dans le secteur privé ! C’est une façon d’habituer le fonctionnaire au monde de l’entreprise et à ses problèmes.

Le gouvernement actuel a aussi changé les rémunérations des fonctionnaires. Il existe actuellement le « Civil Service Pay Review » qui s’assure que les salaires des fonctionnaires n’augmentent pas plus vite que ceux du secteur privé. On a aussi encouragé la performance et les résultats. C’est pourquoi on a commencé à classer les fonctionnaires selon leur capacité.

Ces changements signifient que le « Civil Service » est devenu plus une entreprise privé qu’une administration. La création du poste d’un « PDG » du « Civil Service » envoie un message clair à la fonction publique. Le PDG actuel s’appelle John Manzoni ; il est l’ancien PDG de Talisman Energy, une entreprise privé dans le secteur des carburants.

Alors que la France préfère un Etat obèse, la Grande-Bretagne a choisi de le réduire au minimum et de l’ouvrir au privé et à la concurrence. Et c’est la Grande-Bretagne qui connaît la croissance économique et la baisse du chômage. ”

 

 

PPS : lorsque l'on tape "Fonctionnaires photos" sur un moteur de recherches, on obtient des centaines dessins de cet acabit :

 

 

Partager cet article
Repost0
17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 05:09

 

 

Dans les années 1990, un grand mouvement de dérégulation du marché de production et de distribution de l’énergie électrique a commencé en Grande-Bretagne. Si j’osais, car le sujet est grave, je me permettrais un jeu de mots : « Power to the People » (« Power » = « le pouvoir » et « l’énergie »).

 

Lorsque les conservateurs (Thatcher puis Major) décidèrent de privatiser les centrales et les réseaux d’électricité à partir de 1990, ils ne se doutaient pas qu’un quart de siècle plus tard l’électricité britannique serait presque entièrement sous la coupe de grands groupes européens, l’entreprise publique EDF au premier chef ! Des hauts fonctionnaires de l’ancienne électricité publique (Central Electricity Generating Board) en profitèrent pour s’enrichir, moins cependant que des fonds d’investissement étasuniens ou des entreprises comme EDF ou GDF-Suez. La Loi sur l’électricité de 1989 a maintenu les moyens de production nucléaire dans le secteur public. Il ne s’agissait pas d’un vrai choix de la part du gouvernement qui avait envisagé d’introduire les centrales nucléaires en bourse avant un revirement dû à des mauvaises performances qui avaient dissuadé les acquéreurs éventuels. La loi sur l’électricité mit un terme à l’intégration horizontale de la production en mettant en place trois producteurs principaux, dont deux privés, et à l’intégration verticale en dissociant la production et le transport.

 

Le modèle britannique inspira les États-Unis, la Nouvelle Zélande, l’Australie et l’Amérique Latine, où la privatisation s’opéra sous l’égide du FMI. La dérégulation toucha ensuite l’Europe, sous la pression de la Commission européenne, le Portugal et les Pays-Bas ayant montré le chemin. La Commission imposa aux entreprises ayant préservé l’intégration verticale une dissociation comptable. Elles durent tenir des comptes séparés pour leurs activités de production, de transport et de distribution et faire contrôler et publier leurs comptes annuels selon les règles nationales relatives aux comptes annuels des sociétés de capitaux.

 

La production et la distribution d’électricité impliquent d’énormes investissements. Ce sont les États qui en assument la plus grande part. C’est le cas de la France depuis la nationalisation en 1946 qui permit une politique beaucoup plus innovante que celle des entreprises privées d'avant-guerre. L’un des avantages de l’investissement public est de lisser les coûts, de produire éventuellement de manière excédentaire et de limiter l’extrême complexité des tarifs. Comme par hasard, privatisation ne fut lancée à l’époque où les capacités de production impliquaient encore de lourds investissements.

 

La production excédentaire permit la privatisation partielle et la dérégulation. De grands monopoles privés purent accaparer les profits. Il ne faut pas oublier que l’État possédant 85% d’EDF, il pourrait très bien en posséder 100%. C'est dire que la privatisation partielle fut beaucoup plus idéologique qu’économique. Mais les enjeux sont considérables : en 2010, la capitalisation boursière d’EDF atteignait 70 milliards d’euros, en recul de 7 milliards d’euros par rapport à 2009. Qui a perdu quoi ?

 

 

 

 

Lorsque l’entreprise fut partiellement privatisée, la tendance fut au flux tendu, avec les risques de pannes historiques comme connurent, à répétition, les États-Unis et le Canada. On rappellera en deux mots les circonstances de l’affaire ENRON. L’État de Californie privatisa son industrie électrique en 1996. La production électrique était alors excédentaire mais une forte croissance dans la consommation mina cet excédent. Le prix de gros de l’électricité explosa. Le prix de détail étant resté réglementé, de nombreux fournisseurs firent faillite. Des délestages tournants furent mis en place tandis qu'était proclamé l'état d’urgence. La libéralisation à tout crin avait permis à certaines sociétés comme ENRON de jouer sur les prix à leur avantage. Le New York Times évoqua « un hold-up de 30 milliards en plein jour ». Le PDG d’Enron, qui « croyait en Dieu et en le marché », avait promis à ses employés une explosion de l’action ENRON de 800% en un an. Pauvres gogos qui furent ruinés et dont certains se suicidèrent. le PDG d'ENRON ne fut pas condamné à la chaise électrique.

 

Face à ce désastre qui coûta 45 milliards de dollars à la Californie, les pouvoirs publics firent machine arrière en renationalisant le transport de l’électricité et en régulant les trois plus grandes compagnie.

 

Partout dans le monde, des hommes politiques dignes de ce nom, c’est-à-dire soucieux du bien public, devront partir du principe que l’énergie n’a pas à être privatisée. L’électricité, comme le gaz et l’eau, doivent relever d’enjeux démocratiques, donc demeurer aux mains des citoyens ou de leurs représentants.

Partager cet article
Repost0
16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 05:49

 

Il y a trente ans, un patron qui aurait présenté à ses employés le projet de « l’accord Smart » et le chantage qui allait avec, se serait pris dans les gencives une grève générale illimitée et aurait remis son ignominie dans sa culotte. Il y a quarante ans, il n’aurait même pas osé de peur de finir en rondelles. Alors que la classe ouvrière est à genoux, rien n’a changé pour la classe dirigeante, ou plutôt si : elle est encore plus dirigeante, encore plus riche, et elle peut tout se permettre.

 

Ce qui a vraiment changé, c’est l’acceptation par de nombreux progressistes des structures de pensée de l’hyperbourgeoisie. Un exemple : je lis dans le dernier numéro de Convergence, le magazine du Secours Populaire, présidé par l’admirable Julien Lauprêtre, cette analyse parmi d’autres : « La crise, qui a débuté en 2008 dans le secteur financier, s’est progressivement étendue à l’ensemble de l’économie : son impact est durable sur le quotidien des Français. » On croirait du Giesbert ou du Barbier. Non, les malheurs des peuples ne sont pas la conséquence d’un raté de la finance qui se serait métastasé dans tout le corps social, un accident, une maladie insoignable, avec l’implicite du cataplasme du soldat Sarkozy qui aurait sauvé les meubles, comme il s’en est tant vanté. Il n’y a pas de « crise », il n’y a pas de dérapage de la Providence. Il y a une guerre des classes avec 1% de la population qui mène 10 à 0 contre 99%.

 

Revenons à Smart. En 2013, les syndicats « accompagnateurs » (en clair : collaborateurs), style CFDT ou CGC ont accepté les Accords  Nationaux Interprofessionnels (ANI). A savoir :

 

« Issu d'un dialogue entre les partenaires sociaux, l'accord national interprofessionnel est adopté lorsque la majorité représentative des syndicats et du patronat accepte les modalités du texte. Les thématiques abordées sont négociées entre les parties ou proposées par le gouvernement, elles portent sur des points précis du droit du travail comme le temps de présence, les flexibilités horaires possibles, les minima salariaux, les droits au chômage, la complémentaire santé... Tout ce qui est transversal à la plupart des contrats de travail signés en France est susceptible d'être concerné par un ANI. »

 

Les conséquences (défavorables aux travailleurs la plupart du temps) de cet ANI furent les suivantes :

 

« L'adoption de nouvelles dispositions peut modifier les droits acquis des salariés et donner plus de flexibilité ou de marge de manœuvre au patronat. Les mesures abordées par les accords professionnels ont déjà fait évoluer le droit du travail comme sur l'indemnisation du chômage partiel, les aménagements du temps de travail, les droits à la formation. » (source)

 

Par une belle antiphrase orwellienne, ces accords furent qualifiés de « compétitivité emploi » (Chaque pouvoir a ses formules magiques : Sarkozy avait inventé « crédit impôts recherche » censée sauver l’université).

 

Par delà l’arnaque des mots, la réalité réelle est que l’Europe au service de la finance (avec l’aide de la Confédération européenne des syndicats – dont font partie la CGT et la FSU – qui a accepté l’économie de marché) a amplifié les délocalisations, généralisé le statut de « travailleur détaché » et a mis tous les salariés en compétition les uns avec les autres. Il y a trente ans, les ouvriers de Smart auraient renvoyé leur patron dans les cordes pour plusieurs raisons, la principale étant que leur entreprise était bénéficiaire.

 

Smart (une entreprise commune – pardon : joint venture – fondée par l’horloger suisse Swatch, Mercedes et Renault en partie possédée par l’État français)  a mis en concurrence ses travailleurs français et slovènes. Protégée par l’ANI, la direction mosellane a fait chanter ses employés : vous travaillez plus en étant moins payés, sinon je délocalise en Slovénie. On n’a pas entendu le gouvernement solférinien dénoncer cette manœuvre.

 

44% de salariés ont réussi à dire « non ». 74% des cadres ont voté oui. 61% des ouvriers ont voté non.

 

 

 

Le 29 septembre, François Hollande ouvrira le congrès de la Confédération européenne des syndicats à Paris. À la « Mutu » ! Juncker, le grand spécialiste luxembourgeois des paradis fiscaux, sera présent. Marianne Thyssen, dont la carrière politique en Belgique fut un fiasco et que l’Europe a récupérée, également. Tout comme Martin Schulz, le social-démocrate qui souhaitait un « gouvernement de technocrates » pour la Grèce en cas de victoire du Non au référendum. Sans oublier Markus Beyrer, le jeune directeur de Business Europe (le patronat européen) qui estime que « la volonté de réformes en France est insuffisante ». Bref, mes camarades de la FSU seront en bonne compagnie.

Partager cet article
Repost0