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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 05:45

http://www.atoutage.be/wp-content/uploads/2012/02/Pierre-Mertens-Bibliotheca-Wittockiana.jpgPierre Mertens est une grande figure, une grande conscience de l’université et de la culture belges. Je n’ai lu de lui qu’un seul ouvrage, qui m’avait fortement marqué à l’époque : Les Éblouissements (1987), consacré au poète expressionniste allemand Gottfried Benn, longtemps favorable au nazisme. Je crois me souvenir (mais je ne puis le vérifier car je n’ai plus le livre sous la main) que c’est dans ces Éblouissements que l’on trouve cette superbe phrase : « Hanté par son propre fantôme, il racheta à sa manière son ombre perdue ».

 

Dès les années 1970, Mertens milita pour l’imprescriptibilité des crimes de guerre contre l’humanité.

 

Le problème avec les Belges, c'est qu'alors que, nous les Français, nous nous appelons tous Martin, eux s'appellent tous Mertens. J'ai confondu deux Mertens (encore heureux qu'il n'y ait pas eu un vainqueur du Tour de France portant les mêmes nom et prénom !). Merci à Luc Toreele d'avoir corrigé ma lourde erreur. Je suis néanmoins très content d'avoir profité de cette bévue pour porter à la connaissance de mes lecteurs l'existence de "mon" Pierre Mertens. L'auteur du livre dont il est question ici est président du Parti du travail de belgique - Partij van de Arbeid van België , un parti de la vraie gauche.

Il vient de publier Comment osent-ils ?, un livre très remarqué outre-Quiévrain sur la crise européenne. Jean Bricmont, professeur de physique théorique à l’Université catholique de Louvain, a rencontré Mertens pour le site Mémoire des Luttes.

 

 

Encore un livre sur la crise de l’Union européenne ? Pour la décortiquer, un auteur marxiste belge a tenté le pari d’écrire un essai documenté, accessible et truffé de témoignages de l’Europe d’en bas. Outre-Quiévrain, il caracole en tête des ventes depuis plus de dix semaines : près de 15 000 exemplaires vendus en néerlandais, et plus de 3 000 dans la version française qui vient de paraître.

 

Jean Bricmont : Comment osent-ils ? Pourquoi ce titre ? Qui sont ces « ils » ?

Peter Mertens : Les banquiers, les spéculateurs et les millionnaires. Trois catégories qui se recoupent. Je remonte dans mon livre à la crise financière, au krach de la fin 2008. Qu’a-t-on fait depuis pour maîtriser le monde bancaire, pour lutter contre la spéculation ? Rien ! Au contraire : les responsables ont été rémunérés. Je cite le rapport du Crédit suisse de novembre 2011 : 0,5 % de la population mondiale détient 38,5 % de la richesse mondiale. Ce contraste n’a jamais été aussi grand ; l’an passé, la fortune personnelle des riches a encore augmenté d’un tiers !

Cette classe de gens est l’auteur d’un énorme hold-up sur la population. Alors, en effet, je dis : « Comment osent-ils ? ». Ils obligent les peuples à payer, à plier. En Grèce, ils s’en prennent au salaire minimum. Pendant ce temps, les armateurs grecs réalisent d’énormes bénéfices et ne sont pas taxés ; même chose pour nombre de grandes sociétés chez nous ou en France avec Total.

Sur le modèle néolibéral importé des États-Unis, on a mis en œuvre, ces 20 ou 30 dernières années, des réformes fiscales allégeant l’impôt sur les revenus élevés, ainsi que l’impôt des sociétés. En Allemagne, le gouvernement rouge-vert Schröder-Fischer a fait cela au début des années 2000. Suivi par beaucoup d’autres en Europe. C’est pour moi la première cause de la crise qui nous accable. La seconde : l’argent réinjecté par la suite pour « sauver » les banques.

Dans ce sens, il est révoltant que les acteurs actuels de cette deuxième crise soient les mêmes que ceux de la première de 2008, et que, en outre, ils ont encore plus de pouvoir. Et, à côté de la débâcle économique actuelle, nous assistons parallèlement à une incroyable crise de la démocratie.

 

JB : Vous soulignez le fait que, dans la crise actuelle de l’euro, la crise grecque et le modèle allemand sont les deux faces d’une même médaille. Pourquoi ?

PM : On ne peut pas comprendre les différentes orientations de la politique européenne sans comprendre celle de l’Allemagne. L’Allemagne, pays d’exportation, a été le plus grand moteur de l’Union européenne (UE) et a imposé l’unité monétaire au reste de l’Europe. L’Establishment allemand est jusqu’à présent le plus grand gagnant de l’euro. Ses profits se réalisent aux dépens des populations du Sud. Le poids de la dette de pays comme la Grèce et le Portugal, et les excédents d’un pays d’exportation comme l’Allemagne sont les deux faces d’une même médaille. Et cette dualité est incroyablement importante.

Au Portugal, en Grèce, en Italie, les industries nationales ont été rayées de la carte, et l’on a commencé à importer des produits allemands, ce qui a plongé ces pays dans l’endettement. Les éléments les plus importants de la politique d’exportation allemande sont la réduction des salaires, les jobs à 1 euro l’heure, la chasse impitoyable aux chômeurs et aux autres allocataires sociaux. Et cette politique est désormais érigée en modèle pour le reste de l’Europe. Mais regardez plutôt ce qui se passe dans ce pays développé : 1,4 million de travailleurs et 2,5 millions d’enfants dans la pauvreté, 7,5 millions d’analphabètes...

JB : Une autre histoire étonnante est celle des « Men in Black », les « hommes en noir », ces inspecteurs chargés de superviser la politique d’austérité de l’UE, de la Banque centrale européenne (BCE) et du FMI, et qui débarquent à Riga, Dublin et Athènes. Une métaphore de la crise démocratique dont vous parlez ?

PM : Les pays européens sont obligés de suivre le modèle allemand et, en échange, de renoncer à leur souveraineté. En effet, la possibilité d’élaborer leur budget, outil essentiel pour leur politique intérieure, ne leur appartient plus. Pour ce faire, l’Europe a choisi certains pays cobayes comme l’Irlande et le Portugal. L’appellation « Men in Black » est née en Irlande. Là-bas, après l’explosion de la bulle financière, la population a dû, entre 2008 et 2010, décaisser 14,5 milliards d’euros. Lorsque, fin 2010, les intérêts des obligations ont quand même grimpé jusqu’à 9 %, les « Men in Black » ont accouru à Dublin et pris en main l’économie irlandaise.

Les médias se sont alors interrogés : qui sont ces quelques personnes qui vont diriger notre société ? Mais les experts de la « troïka » Commission-BCE-FMI ont refusé de dévoiler leur identité. Un porte-parole de la Commission européenne a seulement déclaré qu’ils étaient « plus de deux, mais moins de dix ». Des fonctionnaires anonymes, donc, des technocrates qui imposent des mesures draconiennes. Au Portugal, ils ont également essayé, mais il y a eu beaucoup plus de protestations. En Grèce, il y a même eu un moment où ils n’ont pas pu entrer dans les ministères. On constate ainsi la montée de la résistance dans la population face à cette mainmise de l’UE.

JB : Vous parlez même d’un péril anti-démocratique ?

PM : Oui, j’évoque la catastrophe humanitaire en Grèce. Oui, désormais, sous le chantage de nouveaux prêts – qui servent uniquement à payer les intérêts des banques et non pas à sauver la Grèce –, la situation empire encore : le salaire minimum diminue une énième fois pour atteindre 450 euros, et les pensions sont à nouveau rabotées de 5 à 10 %. Ce que commet l’Europe est un scandale incroyable ! Et on lit dans un éditorial d’un quotidien financier belge que la Grèce n’a pas d’autre choix que de renoncer à la démocratie et de remettre son économie dans les mains de l’Allemagne.

Nous ne sommes plus très loin d’une Neue Europa qui engloutit le peu qui reste de la souveraineté démocratique. C’est le thème de mon dernier chapitre, où je décris comment Mario Monti, le golden boy de Goldman Sachs, applique cette recette en Italie. Mais qu’est-ce alors que la démocratie ? Et comment se fait-il que tout un peuple soit sacrifié sur l’autel du profit maximal ? C’est tout le débat actuel, et cela le restera encore dans les prochaines années.

JB : Qu’y-a-t- il dans votre livre qui explique son succès ?

PM : Il existe quantité de livres sur la crise et la crise européenne. Mais, à ma connaissance, il n’y a pas encore un qui parte du point de vue de l’Europe d’en bas, qui n’éclaire pas seulement les faits et gestes de la Deutsche Bank, de BNP Paribas, de la Commission de Bruxelles, des autres institutions européennes, mais évoque aussi la situation, entre autres, d’Angela, nettoyeuse en Allemagne, ou d’un petit tenancier de café en Grèce.

Son succès est d’abord la démonstration que les gens recherchent une explication cohérente de la crise actuelle. Ce que les médias dominants n’apportent pas, ou de manière très fragmentaire, en offrant quelques pièces d’un puzzle dont ils ne peignent jamais un tableau d’ensemble. Ensuite, le livre est accessible au plus grand nombre. Car de plus en plus de gens se détournent de la politique dominante où le jargon de prétendus « experts » les éloigne des enjeux cruciaux du moment en leur suggérant que, de toute manière, c’est trop compliqué pour eux et qu’il est inutile d’essayer de comprendre.

En même temps, mon livre n’est pas une « simplification », mais une analyse des deux crises complexes qui se chevauchent : la crise économique et celle de l’euro. Cela dit, la vulgarisation n’est pas un défaut. J’y vois même un devoir : donner aux gens des clés pour se forger leur opinion, les réintégrer dans le débat politique, alors qu’ils s’en éloignent.

Enfin, il y a le moment. La crise de la dette des Etats européens frappe les pays les uns après les autres. La révolte monte. Notamment en Belgique qui, en janvier dernier, a connu sa plus grande grève générale depuis 18 ans.

JB : C’est un livre belge ou international ?

PM : En tout cas, il est écrit par un Belge ! Et sa première partie part de la situation belge pour commencer ma démonstration sur le hold-up en cours. Mais, dès la deuxième partie, je montre comment ce qui se passe en Belgique trouve son origine ailleurs. En particulier dans l’UE. Dans ce sens, le livre est aussi international. Il va d’ailleurs être traduit en anglais et sans doute en allemand. C’est un livre sur un système qui est dans une totale impasse et sur la crise économique et celle de l’euro, indissociablement imbriquées. Il ne s’agit pas d’une question belgo-belge, même pas européenne, mais mondiale.

JB : Vous parlez de résistance, mais est-il vraiment réaliste de parler d’alternative face au rouleau-compresseur ?

PM : Il y a des moments dans l’histoire où la logique sociale doit reprendre le dessus. A la fin du XIXe siècle, le Parlement s’opposait à l’interdiction du travail des enfants en vertu d’arguments très posés, comme celui-ci : ils avaient le format idéal pour opérer au fond des mines… Le mouvement ouvrier a imposé la logique sociale, et ça a changé, avec une majorité parlementaire. Les industries n’ont pas fait faillite pour autant ! Eh bien, nous sommes un peu dans ce cas de figure : il faut réimposer la logique sociale. La « troïka » Commission européenne-BCE -FMI « teste » en quelque sorte la résistance à ses orientations, en Grèce. Il faut réagir.

JB : Réagir, certains parlent même de révolution, ça ne dégage pas un petit parfum de violence ?

PM : Vous savez, la violence est dans le bouleversement actuel causé par les élites européennes. Avec les suicides des désespérés de la crise, avec ces personnes âgées qui meurent car elles ne peuvent plus se soigner, avec ces enfants qui, en Grèce aujourd’hui, ont faim et ne vont plus à l’école. Oui, il y a déjà une révolution en cours en Europe : elle est néolibérale.

Un transfert de souveraineté s’opère, sans le moindre débat démocratique, des États vers une Europe autoritaire, qui veut dicter et contrôler le futur des peuples. Cette évolution dangereuse appelle une riposte puissante par un grand mouvement populaire. En Belgique, en France, en Grèce et ailleurs.

JB : Vous évoquez dans la dernière partie de votre livre, le « socialisme 2.0 ». Qu’entendez-vous par là ?

PM : La démocratie et l’économie sont étroitement imbriquées. Travailler pour la société signifie aussi travailler pour répondre à ses besoins. L’objectif d’une économie devrait justement de satisfaire ces besoins. La question est : à quoi consacre-t-on les priorités ? Dans quoi investit-on, ou pas ? Comment assure-t-on un équilibre ? La macro-économie est le fait de choix politiques, et non pas une question de mathématiques, comme les monétaristes l’ont longtemps prétendu. 
Or, dans le système capitaliste actuel, on ne part ni des besoins, ni des équilibres à trouver, mais de la recherche du profit. Et il dérive de plus en plus vers l’autoritarisme. Au contraire, ce système d’inégalité et de concurrence produit toujours plus de déséquilibres économiques et satisfait toujours moins les besoins de l’immense majorité des gens. Il menace gravement les deux sources de richesse de l’humanité : le travail et la nature.

Beaucoup de gens voient que quelque chose de fondamentalement différent est nécessaire. Beaucoup de gens qui ont lu le livre me font part de leur colère. Mais ils veulent lier cette colère à quelque chose de constructif, une autre société où justement le travail et la nature seraient respectés. Et cela passe, pour moi, par la réappropriation par le public des secteurs « too big to fail » comme les banques, l’énergie, les transports. Cela passe par la participation des gens aux décisions, particulièrement sur ce qui est produit, par qui, pour quoi et pour qui. Cette autre société, c’est ce que j’appelle le socialisme 2.0. Car il part des expériences du socialisme du 20ème siècle, avec ses succès et ses erreurs, mais il est aussi tourné vers l’avenir.

 

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 15:00

http://2.bp.blogspot.com/-dDe035CdRks/TcFs5PYOpEI/AAAAAAAAATE/I2Bd0BFSShI/s1600/Repsol-YPF.jpgPar Roberto Montoya pour Mémoires des Luttes

 

La présidente Cristina Fernandez a annoncé le 16 avril que l’Etat argentin prenait le contrôle de l’entreprise YPF (naguère Yacimientos Petrolíferos Fiscales), filiale locale de la multinationale espagnole des hydrocarbures Repsol. Un projet de loi présenté par la chef de l’État déclare la production d’hydrocarbures "d’intérêt public national", et annonce que 51 % des actions d’YPF seront expropriées. Un organisme d’État déterminera le prix d’achat des titres. Le ministre de la Planification, Julio De Vido, a été immédiatement nommé à la tête de l’entreprise par décret.


La présidente a justifié la mesure par le déclin de la production (YPF représente près de 40 % du pétrole et du gaz extraits en Argentine), imputable selon elle au manque d’investissements de Repsol, qui a conduit le pays, naguère exportateur net d’hydrocarbures, à devoir payer une facture pétrolière de près de 10 milliards de dollars en 2011. Cristina Fernandez a précisé qu’il ne s’agissait pas d’une étatisation, 49 % du capital d’YPF devant demeurer dans le secteur privé (actuellement, aux côtés de Repsol, le groupe privé argentin Petersen détient 25,4 % de la société, le solde étant sur le marché), à l’image de ce qu’a fait le Brésil avec Petrobras.

Pour l’Argentine, c’est une dé-privatisation, car il s’agit de revenir sur le vaste programme de privatisations qui avait marqué la présidence néolibérale de Carlos Menem dans les années 1990.

L’une des priorités de Cristina Fernandez est de refaire passer dans le giron de l’Etat les entreprises et les services privatisés durant la décennie ultralibérale. Avec YPF, le gouvernement argentin fait le choix de la maîtrise publique du secteur de l’énergie. Il faut rappeler que, sous Carlos Menem, tout ou presque avait été privatisé : les services postaux et jusqu’à la gestion du spectre hertzien (l’Argentine étant le seul pays au monde à avoir vendu à des intérêts privés le contrôle de son spectre hertzien, indispensable pour la télévision, la radio et la téléphonie mobile) confiée au français Thales. Un autre groupe français, Suez, avait acquis la distribution de l’eau potable. Les retraites elles-mêmes ont été privatisées en 1994 et confiées à des fonds privés. Les compagnies aériennes publiques Aerolinas Argentinas et Austral avaient également été vendues au groupe privé espagnol Marsans.

Depuis l'élection de Nestor Kirchner en 2003, la plupart de ces secteurs ont été renationalisés. Et c’est cette démarche de souveraineté et de récupération des secteurs stratégiques de l’économie que poursuit Cristina Fernandez, avec le soutien enthousiaste de l’immense majorité du peuple argentin.

YPF, alors compagnie publique, avait été privatisée au profit de Repsol dans les années 1990. Pour le pétrolier espagnol (lui-même ancienne entreprise publique espagnole, privatisée en 1989 par Felipe Gonzalez, socialiste, président du gouvernement), qui avait acquis une dimension internationale avec cette acquisition, c’est donc un coup très rude : il perd une filiale qui représente un tiers de ses bénéfices et une part plus importante encore de ses réserves internationales. Ce qui explique sans doute les violentes réactions du gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy. Celui-ci a menacé l’Argentine de « représailles  » et réclame le soutien de l’Union européenne (UE). Cette dernière, par la voix de Catherine Ashton, Haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et les politiques de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, a confirmé ce soutien : « L’annonce (du gouvernement argentin) constitue une grave préoccupation (…). (Elle) créée une insécurité légale pour les entreprises étrangères et de l’Union européenne dans ce pays  ».


On peut s'interroger sur l’ « espagnolité » de Repsol, dont plusieurs des principaux actionnaires sont américains, mexicains ou britanniques et qui, à l’image de Total en France, ne paye quasiment pas d’impôts en Espagne.

A propos des « représailles » dont parle le gouvernement espagnol, On rappellera qu’elles paraissent difficiles à exercer dans la mesure où le montant des investissements espagnols en Argentine s’élève à près de 30 milliards d’euros, alors que celui des investissements argentins en Espagne atteint à peine 67 millions…

 

http://storage.canalblog.com/71/50/127673/40283411.jpg

 

PS : Je note sur le site du Grand Soir, que le Parlement européen a méchamment réagi :

“ Le Parlement européen a approuvé une résolution qui invite l’union européenne à prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre à la décision du gouvernement argentin de nationaliser la compagnie pétrolière YPF, contrôlée par le groupe espagnol Repsol.

La résolution, approuvée par 458 votes oui (contre 71 non et 16 abstentions – il y avait tout de même 206 absents…), juge « unilatérale et arbitraire » la décision du gouvernement argentin. La commission européenne a donc été invitée à recourir à tous les instruments juridiques mis à disposition par l’OMC (organisation mondiale du commerce) et le G 20.

L’Argentine, aux yeux des ploutocrates européens, est bien évidemment coupable de vouloir défendre sa souveraineté nationale surtout après que les groupes étrangers ont tiré d’énormes profits, principalement en augmentant de manière indécente les prix de l’énergie. D’où la décision du gouvernement Kirchner de bloquer ces derniers pour venir en aide aux familles pauvres et aux classes moyennes là-bas aussi en voie de prolétarisation. Une mesure qui a d’ailleurs poussé quelques groupes étrangers à réduire leurs investissements en Argentine, voire à y envisager al fin de leurs activités.

Le commissaire au commerce, le belge Karel De Gucht, a pris toutes ses précautions en soutenant « qu’il fallait regarder de près la question et l’étudier dans toute sa complexité ». Il semble en fait reconnaître à moitié que l’Argentine n’a pas tous les torts en voulant protéger ses citoyens de la voracité des entreprises étrangères qui espèrent toujours avoir une terre à conquérir et à rapiner. ”

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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 11:35

Photo truquée ?

 

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:39

http://www.latinamericanstudies.org/argentina/eva-juan-1950.jpgAvant d’évoquer ces deux gadgets qui témoignent d'une imagination débordante et d'une élévation de pensée rare, deux petites défections qui n’auront peut-être pas une incidence phénoménale sur la campagne, même si elles sont toujours bonnes à prendre.

 

Depuis quelques semaines, Ziad Takieddine, l’homme d’affaires franco-libanais, qui était au service de Nicolas Sarkozy jusqu’en 2008, fait désormais campagne pour Hollande. « Je suis plutôt de droite, mais Sarkozy et la clique qu’il couvre doivent dégager », explique ce milliardaire qui a longtemps permis à Jean-François Copé de barboter dans sa piscine. Au fait, à propos de Copé, on a pu observer que lors des débats de dimanche soir, un seul problème l’obsédait : la politique d’immigration de la gauche. Pour une raison fort simple qu’il n’a pas donnée : son grand-père paternel était roumain et s’appelait Copelovici et sa mère était algérienne. Il pense soigner cette névrose en écrasant les plus immigrés que lui. Au lieu de les sauver. Hollande a plutôt bien réagi au ralliement du sulfureux homme d’affaires : «Les amis encombrants de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis… ».

 

Autre (semi) défection, celle du chanteur suisse Johnny Halliday. Promis, juré, craché, il « ne se mêlera plus jamais de politique ». Johnny explique qu’un artiste « n’a pas à se prononcer ». Il affirme qu’il ne se mêlera « plus jamais ouvertement de politique ». Ce faisant, il rompt avec une vieille pratique : son premier engagement date de 1974 quand, avec d’autres artistes de renom (Aznavour, Delon, Darc), il avait soutenu Giscard (lire ici "Quand les rats changent de pédalo" : link)

 

Mais venons-en à notre kleiner Mann populiste. Il y a d’abord cette initiative risible qui consiste à emmener le 1er mai des bourgeoises emperlousées (et péroxydées – l’un ne va pas sans l’autre, oui, je sais, c’est machiste) manifester pour une fête du Travail. « Du vrai travail », a précisé le féal du CAC 40 qui, mieux que tous les autres hommes politiques de droite français, a amplifié ce qu’on appelle désormais le précariat, a créé des petits boulots par millions, a suscité des « assistés » qui n’en peuvent plus. Notons que le kleiner Mann s’est exprimé, avec la subtilité de ses sabots à talonnettes, à Saint-Cyr, la banlieue chicos de Tours. « Maréchal, nous voilà ! » À quand un 1er mai des vrais chômeurs ?

 

Et puis, notre nouveau Peron vient enfin de découvrir la souffrance de millions de ses concitoyens. Il a du mérite, car depuis les résidences luxueuses de sa belle-famille où il réside, on a du mal, même à la jumelle, de voir des pauvres dans le malheur. Des pauvres qu’il a créés en organisant la misère. Des pauvres qu’il a jetés dans les bras lepénistes en imposant, cinq ans, durant, une sinistre chanson d’extrême droite au niveau du discours dominant. Alors, notre nouvelle dame patronnesse a décidé de s’appareiller :  « mon devoir, c’est d’écouter les Français, pas de nier ce qu’ils ont voulu dire. Je vois ce vote comme un cri de souffrance. Je n’accepte pas qu’on caricature cette colère, cette souffrance. Je veux leur dire que nous les avons entendus et notre façon de les respecter sera de répondre par des engagements précis. »

 

Dans les colonnes d’Arrêt sur Images, Judith Bernard (quel tonus intellectuel !) lui a répondu que «  C’est mal nommer les choses parce que le FN n’a évidemment pas le monopole de la souffrance. La France qui souffre (du chômage, du mal logement, des inégalités, de l’exclusion, etc) est une très vaste réalité couvrant tout le territoire français, et tout le panel des sensibilités politiques. Des gens qui sont "malheureux", "en colère", et qui ont "peur"», on en croise dans d’autres familles politiques, et notamment dans l’électorat du Front de Gauche : là aussi on est malheureux devant un monde suffoquant d’injustice, très en colère contre des propositions politiques absolument pas à la hauteur des enjeux, et on a peur que tout ça finisse par exploser dans le sens du pire. »

 

J’ajouterai à cette analyse très lucide que je suis un peu fatigué par tous ceux qui assimilent le vote lepéniste à un vote de protestation. Qu’ils soient ouvriers, marchands de cacahuètes ou chirurgiens, les électeurs de Le Pen ne sont pas des minus habens de la politique. Cela fait trente ans que le lepénisme fait partie du paysage politique au niveau national. Les électeurs FN savent parfaitement ce qu’ils font. Ils n’appartiennent évidemment pas tous au noyau dur du fascisme à la française, mais leur vote est tout aussi réfléchi et motivé que celui des autres électeurs. En 1941, Bertolt Brecht clôturait sa pièce La résistible ascension d’Arturo Ui par cette phrase passée à la postérité : « Le ventre est encore fécond, d'où a surgi la bête immonde ». Ce qui signifiait que les pulsions fascistes peuvent se retrouver en chacun de nous (ce que développerait un peu plus tard Orwell avec son personnage du tortionnaire O’Brien dans 1984). À noter, car c’est tristement drôle, qu’Arturo Ui tournait autour d’une histoire de choux-fleurs dans la ville mafieuse de Chicago. Or nous avons eu un début de campagne kleinermanienne centrée sur la viande halal !

 

J’ai rencontré mon premier couple d’électeurs lepénistes en 1978. Lui, ouvrier, plutôt de droite. Elle employée, longtemps compagnonne de route du parti communiste. Ils vivaient dans une petite rue tranquille des faubourgs d’une ville du Nord. Je leur demandai, surpris, pourquoi ils s’apprêtent à voter FN : « Deux familles d’Arabes viennent de s’installer dans la rue. » « Et alors ? », demandai-je. « Ça va faire baisser le prix de nos maisons. » J’ai rencontré mon premier collègue universitaire lepéniste (avoué) en 1982. Lui qui, comme moi, avait été étudiant en mai 68, trouvait qu’il n’y avait plus assez d’ordre dans les facs. « Tu souhaites donc un ordre nouveau ? » « Oui, pas comme l’Ordre Nouveau des fachos, mais un ordre nouveau. De l’ordre, quoi. » Ils avaient basculé de l’autre côté du miroir. Ils y sont toujours.

 

Hollande ne parviendra à remporter l’élection que s’il explique et dénonce les mensonges populistes de Sarkozy. Avec ma chère Ida qui m’a transmis les chiffres suivants, je lui offre gracieusement (« sans conditions ») mon aide. Comment a-t-on voté Le Pen dans les banlieues à problèmes ?

 

Seine Saint-Denis : 13,5%

Mantes-la-Jolie : 11,5%

Les Mureaux : 13,7%

Trappes : 9,7%

Chanteloup les Vignes : 13,7%

 

Ne parlons pas de Paris intra muros : 6,2%.

 

Mais à Hautefage-la-Tour, petit village du Lot-et-Garonne de 600 habitants, Le Pen a réalisé 27% et la droite est à plus de 60%. À côté, à Auradou, 350 habitants, Le Pen récolte 32% et la droite est à 65%.

 

Moralité : là où il y a des pauvres et de « l’insécurité », Le Pen se plante. Comme tous les populistes à la Peron, Sarkozy tente d’abuser le peuple et d’inciter le garde champêtre d’Auradou à exiger une autochenille blindée furtive pour faire ses rondes.

 

Puisqu’on est dans les petits villages, terminons sur une note d’optimisme : une correspondante résidente d’Antraigues-sur-Volane (le village ardéchois de Jean Ferrat et d’Allain Leprest) se désole que Le Pen ait obtenu 14% des voix. Mais Mélenchon y est arrivé en tête avec 33% des suffrages, et la gauche totalise pas loin de 70% du total !

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 15:56

Le jeune et sémillant ministre des SDF (officiellement du logement) vient d'apporter un soutien très original au kleiner Mann en déclarant que les Français ne devaient pas juger le Sarkozy “ des cinq années passées ” mais celui “ des cinq années qui viennent ”.

 

Sacré Benoist !

 

Au fait, comment va Madame ?

 

http://karima1948.vip-blog.com/medias/0108/karima1948-vip-blog-com-54098perle01.gif

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 14:56

http://www.la-croix.com/var/bayard/storage/images/lacroix/actualite/s-informer/france/claude-greff-je-compte-venir-en-aide-aux-familles-monoparentales-_np_-2011-08-01-694813/22080827-2-fre-FR/Claude-Greff-Je-compte-venir-en-aide-aux-familles-monoparentales_article_main.jpg(Par François Krug de Rue 89 – qui a eu la cruauté de garder l'orthographe d'origine)

 

Avertissement aux ministres de Nicolas Sarkozy : ne laissez pas traîner les textes de vos futurs discours sur les trottoirs ! Ce message s’adresse notamment à Claude Greff, qui doit accueillir le Président-candidat à Tours ce lundi... et dont nous avons ramassé par hasard le brouillon dans la rue. On n’allait pas en priver nos lecteurs.

Ce dimanche, dans la cohue qui a suivi le discours de premier tour de Nicolas Sarkozy, quelqu’un a laissé tomber sur le trottoir de la salle de la Mutualité un document de trois pages, au titre intrigant :

« EDL [éléments de langage, ndlr] pour mot d’acceuil [sic] de Claude Greff. »

Après avoir marché par hasard sur ce papier, on s’apprêtait, en bon citoyen, à le ramasser et le jeter dans une poubelle. Seulement, en bon journaliste, on n’a pas résisté à la curiosité de le lire – et d’en faire ensuite profiter nos lecteurs.

L’équipe de Nicolas Sarkozy ne l’a annoncé que tard ce dimanche soir, mais le président-candidat réservera son premier déplacement d’entre-deux-tours, ce lundi, à l’Indre-et-Loire. Claude Greff, secrétaire d’Etat à la Famille et longtemps députée locale, était déjà au courant... et avait déjà préparé l’essentiel de son mot d’accueil.

« Seul contre les médias »

Voici donc les « éléments de langage » élaborés par – ou pour – Claude Greff, qui assure « NS » de son soutien face à « FH » :

« Chers Amis,

Nous voici déjà au lendemain du 1er tour.

La partie qui se joue maintenant est décisive.

Et c’est chez nous que NS a décidé de délivrer son premier message pour cette nouvelle page qui s’est ouverte hier soir [dimanche, ndlr].

Ils étaient 9 contre 1.

NS a du [sic] se battre seul.

Contre eux.

Contre les médias.

Contre une propagande savamment organisée par la gauche : rumeurs, contre-vérités... rien ne lui a été épargné.

Mais aujourd’hui les cartes sont rebattues. Rien n’est joué. Les Français ne sont pas de ceux que l’on manipule si facilement.

Qui peut croire que FH peut, dans un contexte économique instable, affirmer la place de la France ?

Qui peut croire que notre épargne est à l’abri ?

Qui peut espérer pour la France le même destin que la Grèce, l’Italie ou l’Espagne ?

Qui peut accepter la remise en question de notre modèle social ?

Nous aimons trop la France pour laisser détruire notre modèle social, notre protection sociale, notre politique familiale. Ce système qui fait partie de notre quotidien, qui est une évidence mais que NS a sauvé pendant la crise. Croyez bien qu’aujourd’hui, plus que jamais, nos voisins nous envient d’avoir une assurance-chômage, des retraites qui n’ont pas diminué, des allocations familiales régulièrement revalorisées. Demandez à nos amis grecs s’ils ne nous envient pas notre gouvernement qui a agit [sic] avec lucidité et courage.

Ce soir, je pose à FH ces questions :

Avec qui allez-vous vous allier pour gouverner ?

Avec ceux qui vont vous imposer un smic à 1 700 euros et tuer ainsi nos PME ?

Avec ceux qui s’opposent aux licenciements ?

Avec ceux qui réclament un droit du sol intégral : “né en France, Français” ?

Avec ceux qui ont eu comme slogan : “Contre la précarité, le droit au bonheur !” ?

Avec FH, nous allons dans le mur : le mur de la perte de la compétitivité de nos entreprises, le mur de la faillite de nos retraites, le mur de la dette...

Qui peut croire que ce sont 60 000 postes de professeurs qui vont stopper l’échec scolaire ?

Qui peut croire que lutter contre les discriminations, c’est accorder le mariage aux homosexuels ?

Qui peut croire que le contrat de génération est la réponse au chômage des jeunes et à celui des séniors [sic] ?

Pas nous.

La France mérite mieux.

La France doit rester une grande puissance. Cela suppose du courage, de l’audace, de la liberté.

Ici, nous disons à Nicolas : tu peux compter sur nous ! »

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 09:26

http://1.bp.blogspot.com/-y-ZWPHPNwjo/TwKgEvKloMI/AAAAAAAAAy8/LqQjNIOCiug/s1600/hongrie.jpgIl y a une vingtaine d’années, à l’occasion d’un colloque scientifique, je déambulais par une belle soirée de printemps le long du Cours Mirabeau, à Aix-en-Provence, en compagnie d’un collègue et ami juif, pur produit du pavé parisien, dont c’était la première visite en cette belle ville. Je douchai l’émerveillement de mon ami en lui faisant observer qu’à chaque fois que nous croisions cinq personnes, une au moins votait pour le Front National. Hier, Aix n’a accordé que 15% de suffrages à Marine Le Pen, mais on retrouve désormais les 20% de votes d’extrême droite à l’échelle du pays tout entier.

 

Un ami belge m’envoie ce matin cette brève analyse : « Je crains fort que l’extrême-droite avec 20 % (du jamais vu, mais du prévisible) soit l’arbitre du 2e tour. Or, l’UMP compte un très fort courant dit “droite populaire” qui pourra servir de relais avec Le Pen. Et alors, contrairement à ce que beaucoup affirment, l’électorat “lepéniste” pourra suivre ces gens-là et voter le 6 mai pour Sarkozy. Mélenchon l’a parfaitement compris, c’est la raison pour laquelle il a appelé sans fioritures à un rassemblement à gauche. » Il faut dire que, le 10 mars dans les pages de son blog (link), ce même ami belge se montrait pessimiste quant à la victoire de François Hollande :

 

« Ensuite, la stratégie de Sarkozy commence à porter ses fruits. Depuis sa première campagne présidentielle, il a œuvré pour qu’il n’y ait personne à sa droite. Il s'inspire ainsi dans l'ancien chancelier allemand de droite dure Strauss et de Rove le conseiller électoral de George W Bush. C’est ainsi qu’il fait reprendre pour son compte et sans vergogne par ses sbires les thèmes les plus nauséabonds de l’extrême droite. Ce sont ses collaborateurs qui sont éclaboussés et ainsi, le petit Nicolas peut tenir des discours réactionnaires sur la question de l’avortement, le mariage homosexuel, etc. Il a fait détourner l’attention par cette grotesque affaire de la viande « halal ». Dans tous les cas, la gauche est tombée dans le piège (sauf Mélenchon qui a parfaitement compris qu’il ne faut pas s’enferrer là-dedans) par ses indignations aussi vaines que temporaires. Dans la stupide polémique sur les « civilisations », la gauche s’est laissée prendre : elle s’est attaquée à Guéant, un sous-fifre. Il fallait frapper le vrai patron, c’est-à-dire le kleiner Mann en personne. »

 

J’observe que, simplement dans mon entourage immédiat, je connais trois personnes qui, samedi, votaient Mélenchon et qui, dimanche, ont voté Hollande. Deux d'entre elles, socialistes de toujours, voulaient “ gauchir ” Hollande. La troisième, plutôt de tradition communiste, a pensé que Le Pen était sous-estimée dans les sondages et qu'il fallait assurer. De fait, elle l'était. À Florange, elle a drainé 26% des électeurs. Des ouvriers cassés, humiliés, en perdition ont voté pour une milliardaire xénophobe. Aux yeux de ces prolétaires (pour beaucoup d’origine italienne), l’ennemi est « l’immigré ». Pas l’exploiteur Mittal. Il y a encore beaucoup de travail devant nous, sinon nous nous retrouverons dans l'Allemagne des années vingt.

 

Le Pen a joué sur deux tableaux, et elle a gagné (contrairement à Sarkozy qui a voulu être à la fois « protecteur » et cogneur). Elle a, à la fois, normalisé son parti en le dédiabolisant, en le désulfurisant, et elle est revenu aux fondamentaux de l’extrême droite française depuis Drumont (link) : la peur de l’autre, l’ennemi intérieur. Elle est parvenue à se présenter en même temps comme une candidate « antisystème » et comme un chef de parti politique qui va jouer et profiter des institutions pour progresser.

 

Quelques lieux qui me sont chers et où l’avancée de Le Pen me donne le bourdon :

 

-       Hénin-Beaumont, où je suis né. Une ville de tradition socialiste, mais où les socialistes ont beaucoup magouillé. Le Pen (qui tente de conquérir la municipalité depuis des années) caracole en tête avec 36% des voix. Dans cette ville autrefois minière de 25000 habitants, la droite totalise plus de 55% des suffrages.

       

-       Monclar : le village de mes grands-parents dans le Lot-et-Garonne. Une forte population de harkis et de leurs descendants (quatre générations). Le Pen récolte 21% des voix. La droite 55%. Dans un village en déshérence qui ne survit que grâce à la troupe des Baladins en Agenais de l’admirable Guy Louret.

        

-       Castelsagrat : petit village du Tarn-et-Garonne, de tradition radicale-socialiste (Jean-Michel Baylet y fait la pluie et le beau temps). 550 habitants. Pas un Arabe à l’horizon (sauf les saisonniers qui ramassent les melons l’été pour trois francs six sous), pas un chômeur, des retraités britanniques plutôt friqués. Le Pen est à 26%. La droite à plus de 60%.

 

Chacun voit midi à sa porte. Pour moi qui ne suis ni juif, ni arabe, ni chômeur et qui bénéficie d’une pension décente, l’extrême droite, ce fut d’abord l’irruption de l’OAS dans ma quotidienneté en 1962 (link) alors que j’étais ado. Aujourd’hui, l’extrême droite a pour moi le visage de vieilles bonnes femmes frustrées (encartées ou pas) qui ont viré un employé de ma résidence pour des raisons inavouées et inavouables. Le pauvre homme et un de ses enfants ont mis deux ans pour s’en remettre. Le visage du fascisme rampant chez des gens « bien ».

 

 

PS qui n’a rien à voir : Hier, sur la chaîne italienne Rai News 24, le sociologue Alain Touraine plastronnait. Bien sûr, en soc-dem bon teint, il disait du mal de Mélenchon, mais en plus il traitait Hollande de très haut, en voyant en lui un homme politique de seconde zone. Qu’en pense sa fille Marisol, épouse Reveyrand de Menthon ? Il est loin le temps où Touraine (87 ans) écrivait Vie et mort du Chili populaire...

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 17:47

Transmis par un ami d'outre-Quiévrain.


Contrairement au kleiner Mann, premier magistrat de France prêt à violer la loi, je respecte celle-ci, même si elle est imparfaite.


Donc, je ne dirai rien dans ces pages.

 

http://studioraffi.com/wordpress/wp-content/uploads/2009/05/chronometre.jpg

De fait, j'ai eu les premiers résultats et tendances à 16 heures 40. Sarkozy ……  aussi !

 

Si demain tous les bureaux de vote fermaient à 20 heures, cela ne changerait rien : on aurait les résultas des DOM-TOM, des Français de l'étranger, ainsi que des sondages sortis des urnes dès 16 heures.

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 13:59
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/17/Philippe_Torreton_Cannes.jpg/220px-Philippe_Torreton_Cannes.jpgJean,

 

 

J'aimerais te laisser tranquille, au repos dans cette terre choisie. J'aurais aimé que ta voix chaude ne serve maintenant qu'à faire éclore les jeunes pousses plus tôt au printemps, la preuve, j'étais à Entraigues il n'y a pas si longtemps et je n'ai pas souhaité faire le pèlerinage. Le repos c'est sacré !

 

Pardon te t'emmerder, mais l'heure est grave, Jean. Je ne sais pas si là où tu es tu ne reçois que le Figaro comme dans les hôtels qui ne connaissent pas le débat d'idées , je ne sais pas si tu vois tout, de là haut, ou si tu n'as que les titres d'une presse vendue aux argentiers proche du pouvoir pour te tenir au parfum, mais l'heure est grave!

 

Jean, écoute-moi, écoute-nous, écoute cette France que tu as si bien chantée, écoute-la craquer, écoute la gémir, cette France qui travaille dur et rentre crevée le soir, celle qui paye et répare sans cesse les erreurs des puissants par son sang et ses petites économies, celle qui meurt au travail, qui s'abîme les poumons, celle qui se blesse, qui subit les méthodes de management, celle qui s'immole devant ses collègues de bureau, celle qui se shoote aux psychotropes, celle à qui on demande sans cesse de faire des efforts alors que ses nerfs sont déjà élimés comme une maigre ficelle, celle qui se fait virer à coups de charters, celle que l'on traque comme d'autres en d'autres temps que tu as chantés, celle qu'on fait circuler à coups de circulaires, celle de ces étudiants affamés ou prostitués, celle de ceux-là qui savent déjà que le meilleur n'est pas pour eux, celle à qui on demande plusieurs fois par jour ses papiers, celle de ces vieux pauvres alors que leurs corps témoignent encore du labeur, celles de ces réfugiés dans leurs propre pays qui vivent dehors et à qui l'on demande par grand froid de ne pas sortir de chez eux, de cette France qui a mal aux dents, qui se réinvente le scorbut et la rougeole, cette France de bigleux trop pauvres pour changer de lunettes, cette France qui pleure quand le ticket de métro augmente, celle qui par manque de superflu arrête l'essentiel...

 

Jean, rechante quelque chose je t'en prie, toi, qui en voulais à D'Ormesson de déclarer, déjà dans le Figaro, qu'un air de liberté flottait sur Saigon, entends-tu dans cette campagne mugir ce sinistre Guéant qui ose déclarer que toutes les civilisations ne se valent pas? Qui pourrait le chanter maintenant ? Pas le rock français qui s'est vendu à la Première dame de France.Ecris nous quelque chose à la gloire de Serge Letchimy qui a osé dire devant le peuple français à quelle famille de pensée appartenait Guéant et tout ceux qui le soutiennent !

 

Jean, l'huma ne se vend plus aux bouches des métro, c'est Bolloré qui a remporté le marché avec ses gratuits. Maintenant, pour avoir l'info juste, on fait comme les poilus de 14/18 qui ne croyaient plus la propagande, il faut remonter aux sources soi-même, il nous faut fouiller dans les blogs... Tu l'aurais chanté même chez Drucker cette presse insipide, ces journalistes fantoches qui se font mandater par l'Elysée pour avoir l'honneur de poser des questions préparées au Président, tu leurs aurais trouvé des rimes sévères et grivoises avec vendu...

 

Jean, l'argent est sale, toujours, tu le sais, il est taché entre autre du sang de ces ingénieurs français. Lajustice avance péniblement grâce au courage de quelques uns, et l'on ose donner des leçons de civilisation au monde...

 

Jean, l'Allemagne n'est plus qu'à un euro de l'heure du STO, et le chômeur est visé, insulté, soupçonné. La Hongrie retourne en arrière ses voiles noires gonflées par l'haleine fétide des renvois populistes de cette droite "décomplexée".

 

Jean, les montagnes saignent, son or blanc dégouline en torrents de boue, l'homme meurt de sa fiente carbonée et irradiée, le poulet n'est plus aux hormones mais aux antibiotiques et nourri au maïs transgénique. Et les écologistes n’en finissent tellement pas de ne pas savoir faire de la politique. Le paysan est mort et ce n’est pas les numéros de cirque du Salon de l’Agriculture qui vont nous prouver le contraire.

 

Les cowboys aussi faisaient tourner les derniers indiens dans les cirques. Le paysan est un employé de maison chargé de refaire les jardins de l'industrie agroalimentaire. On lui dit de couper il coupe, on lui dit de tuer son cheptel il le tue, on lui dit de s'endetter il s'endette, on lui dit de pulvériser il pulvérise, on lui dit de voter à droite il vote à droite... Finies les jacqueries!

 

Jean, la Commune n'en finit pas de se faire massacrer chaque jour qui passe. Quand chanterons-nous "le Temps des Cerises" ? Elle voulait le peuple instruit, ici et maintenant on le veut soumis, corvéable, vilipendé quand il perd son emploi, bafoué quand il veut prendre sa retraite, carencé quand il tombe malade... Ici on massacre l'Ecole laïque, on lui préfère le curé, on cherche l'excellence comme on chercherait des pépites de hasards, on traque la délinquance dès la petite enfance mais on se moque du savoir et de la culture partagés...

 

Jean, je te quitte, pardon de t'avoir dérangé, mais mon pays se perd et comme toi j'aime cette France, je l'aime ruisselante de rage et de fatigue, j'aime sa voix rauque de trop de luttes, je l'aime intransigeante, exigeante, je l'aime quand elle prend la rue ou les armes, quand elle se rend compte de son exploitation, quand elle sent la vérité comme on sent la sueur, quand elle passe les Pyrénées pour soutenir son frère ibérique, quand elle donne d'elle même pour le plus pauvre qu'elle, quand elle s'appelle en 54 par temps d'hiver, ou en 40 à l'approche de l'été. Je l'aime quand elle devient universelle, quand elle bouge avant tout le monde sans savoir si les autres suivront, quand elle ne se compare qu'à elle même et puise sa morale et ses valeurs dans le sacrifice de ses morts...

 

Jean, je voudrais tellement t'annoncer de bonnes nouvelles au mois de mai...

 

Je t'embrasse.

Philippe Torreton

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22 avril 2012 7 22 /04 /avril /2012 07:56

http://static.lexpress.fr/medias/1723/882537.jpgDans l'article ci-dessous, Libération dresse une liste (non exhaustive) des principaux mensonges de notre président. Comme je suis d'un naturel bon, j'ose la proposition suivante : comme pour les enfants, plus ses mensonges sont gros, plus il y croit.

 

Par souci d'honnêteté, je me dois de rappeler que ce conte toscan du XIXe siècle était sous-titré "Histoire d'un pantin" (Storia di un burattino). En toscan de l'époque, "pinocchio" signifiait "petit pignon" et, par extension, "petit crevard". Pinocchio était fait en pin, c'est-à-dire le bois à brûler des pauvres, un combustible non noble.


Notons, cela dit, qu'il y a tout de même une grande différence entre Pinocchio et notre kleiner Mann : pour le centenaire de Pinocchio en 1981, Italo Calvino écrivit : "Nous pensons naturellement que Pinocchio a toujours existé, on ne s'imagine pas en effet un monde sans Pinocchio."

 

 

Pour discréditer un adversaire, parer une attaque ou arranger son bilan, le président-candidat multiplie mensonges et promesses fantômes.

Par GUILLAUME LAUNAY, CÉDRIC MATHIOT

Sur France Inter, mardi, il a tempêté : «Mensonge éhonté !» Sur BFM TV, hier, il s’est indigné : «C’est grotesque ! Grotesque !» Par deux fois, Nicolas Sarkozy a démenti mordicus avoir envisagé de fournir une centrale nucléaire à la Libye. «Il n’a jamais été question de vendre une centrale à monsieur Kadhafi.» Sauf que si. Que ce n’est pas un secret. Qu’il existe moult documents et déclarations prouvant l’inverse. Un mémorandum d’entente signé en juillet 2007 prévoyait d’«œuvrer conjointement en vue de la réalisation de projets de production d’énergie nucléaire et de dessalement d’eau [en Libye], ainsi que d’autres projets de développement liés à l’utilisation pacifique de l’énergie atomique». Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, affirmait en 2008 qu’il n’y avait «aucun obstacle à ce que ce projet se réalise, dans la mesure où la Libye respecte tous les traités internationaux sur la sûreté nucléaire et sur le contrôle des installations nucléaires». En octobre 2010, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie et fidèle du Président, jouait les VRP en Libye pour promouvoir «une coopération stratégique dans les domaines du transport, de la santé, de la construction, des hydrocarbures et de l’énergie nucléaire civile».

Hier matin, sur BFM TV, le journaliste Jean-Jacques Bourdin a ressorti les pièces du dossier à Nicolas Sarkozy, citant les déclarations, rappelant ces accords passés. Cinq longues minutes d’accouchement au terme desquelles le président-candidat a fini par concéder, entre tentative de pirouette et semi-aveu, qu’il avait bien été question de fournir une usine de dessalement… avec un «moteur nucléaire».

L’épisode est édifiant d’une campagne placée sous le signe du mensonge décomplexé. Car si la plupart des candidats, de la gauche à l’extrême droite, racontent des bobards - notre rubrique Désintox s’en fait régulièrement l’écho (1) -, aucun ne pratique l’intox avec un tel systématisme. Le contraste est d’autant plus troublant que Sarkozy martèle à longueur de meetings son amour de la vérité. «Aidez-moi à faire triompher la vérité contre le mensonge», haranguait-il lors de ses premières réunions publiques.

Vague. Et pourtant, que de bobards : chiffres gonflés, programme du PS caricaturé, contre-vérités répétées en boucle. Sans qu’aucun démenti n’ait le moindre effet. Un jour, pour mieux dénoncer les liens entre la CGT et les communistes, Sarkozy dénonce la présence de Bernard Thibault au sein du «bureau politique» du PCF. Peu importe que le secrétaire général de la CGT ait quitté les instances du parti il y a dix ans. Un autre jour, pour mieux railler les supposées approximations de Hollande, il affirme s’être rendu à Fukushima et avoir «vu» les dégâts causés par la vague. Un mensonge qu’il finira par concéder - «Je ne suis pas ingénieur, je n’ai pas besoin d’aller mettre le nez dans la situation à Fukushima»,dira-t-il sur i-Télé.

Et puis il y a les mensonges du quotidien, répétés continuellement, comme sur le pouvoir d’achat. Au départ, c’est un élément de langage sur le bilan de la majorité, distillé par la droite depuis plusieurs semaines, qui évoque une hausse de 1,4% par an du pouvoir d’achat des Français pendant la crise. Ce qui est une lecture trompeuse des statistiques de l’Insee. Depuis son entrée en campagne, Sarkozy complète ce bobard en ajoutant que la France est le «seul pays d’Europe» à s’en sortir aussi bien. Ce qui n’est pas vrai (Libération du 10 mars). Le 18 mars, lors de l’émission Capital, sur M6, le journaliste fait à son tour remarquer au chef de l’Etat que l’augmentation du pouvoir d’achat concerne aussi «la Belgique, la Suède et la Finlande». Miracle, le Président admet son erreur : «Sur 27, alors disons 3… Mais dans les grands pays, il n’y a que la France…» Cela ne l’empêche pas de répéter depuis, et encore hier matin, que «la France est le seul pays d’Europe où, pas une année dans cette crise, le pouvoir d’achat n’ait augmenté». Même procédé à propos de la croissance de la France, dont Sarkozy affirme aussi, contre les statistiques, qu’elle est le seul pays de l’OCDE à n’avoir pas connu un seul trimestre de récession depuis 2009.

Besace. Le PS n’est pas traité avec davantage de rigueur. Les socialistes, dans la rhétorique sarkozienne, sont ainsi accusés de vouloir supprimer le quotient familial. Alors que le projet de Hollande vise simplement à baisser le plafond. Le même Hollande est soupçonné de n’avoir pas le courage de dire comment sera financée la réforme des retraites… alors que le projet du PS précise depuis janvier que le financement se ferait via une augmentation des cotisations salariales et patronales…

Le socialiste voudrait aussi régulariser «tous les sans-papiers». Son programme ne dit rien de tel, qui évoque des régularisations au cas par cas selon des critères transparents. Et quand un journaliste, cette semaine, le fait remarquer à Sarkozy, celui-ci sort un autre mensonge de sa besace : «Dans l’accord que François Hollande a signé avec Eva Joly, il a prévu la régularisation de tous les sans-papiers. Tous.» Ce que ne dit pas l’accord en question.

Et que dire des promesses fantôme ? Sarkozy a ainsi repris la vieille intox de Marine Le Pen dénonçant le fait que des étrangers depuis peu en France puissent bénéficier, à condition d’avoir 65 ans, du minimum vieillesse et jouir de prestations supérieures à celles servies aux Français les plus modestes, petits retraités ou veuves d’agriculteurs. Faux. Non content d’établir un diagnostic erroné, il propose des solutions… déjà en place. A longueur de meeting, il a soulevé les vivats du public en affirmant qu’il n’accepterait pas que les étrangers puissent toucher le minimum vieillesse sans pouvoir justifier de dix ans de résidence sur le territoire français. Ce qui est déjà le cas. Sarkozy n’y changera rien.

Pas plus qu’il n’augmentera de 1 000 euros le pouvoir d’achat des smicards, comme il l’affirme, avec son projet de réduction des «charges salariales» : il omet de dire que ce gain sera compensé à la baisse par la suppression de la prime pour l’emploi. Au final, les Français concernés gagneraient une centaine d’euros. Sur France 2, début mars, lors d’un débat, Laurent Fabius avait dénoncé cette présentation malhonnête. Sarkozy avait ironisé, sourire aux lèvres : «Je n’ai pas dit cela. Vous avez eu une petite absence.» Pourtant, un mois plus tard, il répétait sa promesse. Mieux, il l’écrivait, noir sur blanc, dans sa Lettre au peuple français.

(1) http://desintox.blogs.liberation.fr/blog

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