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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 05:34

http://us.123rf.com/400wm/400/400/Mr_Vector/Mr_Vector1006/Mr_Vector100600047/7139151-finance-banking-icon-set.jpgMerci à Mediapart  de nous prévenir de ce que trame le kleiner Mann. On ne pourra pas dire qu'on n'était pas prévenus.

 

Par Stéphanie Marthely-Allard

Un véritable coup d'Etat financier va se jouer en France à partir du 16 avril. En effet, le président Nicolas Sarkozy via l'AMF (Autorité des Marchés Financiers) vont permettre d'ouvrir sur l'Eurex, le marché des dérivés, un contrat à terme sur les emprunts d'Etat français, l'autorisation des ventes à découverts.

Ce mécanisme purement spéculatif appelé en anglais «short selling» ou «shorting» consiste à vendre un titre dont on anticipe la baisse. Le vendeur s'engage à fournir à un certain prix à une certaine date, en faisant le pari que le titre va baisser entre temps … Et oui mes amis, l'AMF a mis fin à l'interdiction des ventes à découvert sur les titres émis par 10 grandes banques et sociétés d'assurance côtés sur le marché parisien ( AXA, BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole … ). Que cela veut-il bien dire ?

Cette pratique est parfaitement légale mais peu encadrée et risquée. En effet, les actions les plus fragiles deviennent particulièrement vulnérables ainsi que les places financières. En plus simple: les spéculateurs du monde entier pourront vendre simplement de la dette française et ce à coût bas avec un effet de levier de 20 pour les bons du trésor. Oui, avec 50 000 euros investit en cash, il sera possible de vendre à découvert 1 million d'euros d'emprunts d'Etat français en bons du trèsor … Depuis la disparition du MATIF (Marché à terme des Instruments Financiers), il y a 13 ans, il n'était plus aussi facile de spéculer contre la France.

Ce n'est pas tout mes amis … La vente à découvert peut être également un emprunt. En effet, l'acheteur emprunte un titre uniquement en échange de la promesse de le rendre un peu plus tard au moment de la liquidation. L'acheteur va pouvoir le vendre, avec pour objectif que le cours baisse et qu'il puisse alors le racheter moins cher avant de le rendreà son prêteur. Lorsque la vente a découvert est gagée sur un emprunt de titre, elle peut en outre être reportée.

La vente à découvert peut également s'effectuer"à nu". C'est à dire que l'acheteur n'emprunte rien et qu'il se contente de vendreà terme des titres qu'il ne possède pas. Il parie sur la baisse du cours de ce titre afin d'acheter à moins cher que ce qu'il a promis de vendre. Pratiquée massivement, cette technique provoque la baisse des cours que souhaitent les vendeurs.

Comble du cynisme calculateur, des ordinateurs peuvent en « trading automatique » jouer sur des écarts très courts dans le temps et ce à large échelle. Un programme informatique spécifique pour pratiquer la vente et le rachat très rapide de titres dès qu'il s'oriente à la baisse. A grande échelle, cela présente le risque d'amplifier les baisses en déformant les cours.

Ce mécanisme est très dangereux pour les Etats, les entreprises et les investisseurs. Le vendeur n'est pas obligé d'avoir l'argent pour ce qu'il compte vendre. Tout cela est rendu possible contre le paiement d'une CRD ( Commission de Règlement Différé). Cela permettra de ne payer que 5 à 20 jours plus tard à condition que les titres soient éligibles au SRD (Service du Règlement Différé) ce qui est le cas des grandes capitalisations boursières. Bien entendu, cela n'est pas réservé à Mr et Mme Toulemonde qui n'ont pas un centime de côté. Ils ont déjà bien du mal à ce que leur banque leur accorde un découvert autorisé ou se font refuser des chèques pour 20 euros ...

Les vendeurs à découverts sont accusés depuis de nombreuses années d'être à l'origine des crises financières majeures. L'Agence Reuters, Bear Sterns, Lehman Brothers ont accusé de nombreux entrepreneurs « manipulateurs » de répandre de fausses rumeurs après avoir vendu à découvert les actions de leurs entreprises avant que ces dernières ne fassent faillite ou ne soient reprise par un concurrent. Un tel parallèle peut également tout à fait se faire au niveau des Etats et plus particulièrement ici au niveau de la France avec tout ce qui va de son lot de rumeurs et de manipulations d'un niveau bien plus considérable que celui des entrepreneurs indélicats. Cela ne sera possible en fait qu'avec la complicité complémentaire de nombreux politiques, médias, analystes et grands comptes ...

Mr le président des français, Mr Nicolas Sarkozy mais que faites-vous à la France là? Qu'est-ce que ces basses manœuvres financières qui livrent tous les français, oui du dernier né, au vieillard qui se meurt à la vindicte financière? C'est cela votre amour de la France?

Autoriser cela à 6 jours du premier tour de l'élection présidentielle revient à organiser un attentat financier sur la France. C'est vraiment indigne d'un président et son gouvernement.

Honte à vous et ceux qui comptent profiter de cela pour mieux asservir le peuple français. Médias faites votre travail.

A la vue de ce qu'il se passe en Grèce, en Espagne, en France et partout ailleurs dans le monde, il se pose la question de la nécessité absolue de la création d'un Tribunal International des Crimes et Génocides Financiers et Economiques. Oui, il faut pouvoir réprimer toutes ces exactions comptables et financières qui sont réalisées en toute impunité en un simple clic et un éventuel coup de téléphone par les traders et autres larbins technologiques de nos politiques et banskters. Leurs implications ont directement des répercussions sur la vie de tous les jours de millions de personnes. La mascarade de la crise doit être mise à jour.

Diffusez cette information mes amis car le 16 avril 2012, c'est presque demain. L'AMF peut interdire cela. Le temps presse mes amis …

Non, la finance ne gagnera pas, nous n'y sommes pas asservis. Français de droite, de gauche, tous ensemble contre ce pillage, cette "chronique d'une mort annoncée" ...

AAA, on vous rigole au nez, vous nous faites plus peur, nous nous informons et organisons …

Révolution Citoyenne mes amis afin de mettre l'Humain d'Abord.

RESISTANCE !!!

PLUME CITOYENNE

http://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2012/03/23/une-arme-fatale-contre-la-dette-francaise

 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 12:48

La dernière couverture du Nouvel Observateur déshonore l'hebdomadaire de Perdriel et de Jean Daniel. Jusqu'à présent, il se contentait de passer des photos de Mélenchon peu flatteuses, l'air renfrogné, très tendu, mauvais bougre. Avec cette couverture, le Nouvel Observateur a franchi un pas de plus : au lieu de s'en prendre à la droite et à l'extrême droite, au capitalisme financier et à l'extrême banque, il nous inflige une caricature de Mélenchon mi simiesque, mi maoïste. À huit jours des élections, pour le Nouvel Observateur, l'ennemi c'est Mélenchon. C'est répugnant.


Pour ceux qui se demanderaient où Laurent Joffrin (dont le vrai nom est Mouchard, le pauvre !) est allé chercher son inspiration, il faut se souvenir que sa famille paternelle est proche de Le Pen (contrairement à sa famille maternelle, gaulliste, résistante). Je propose ci-dessous une photo qui fait actuellement le tour de la toile, maisf qui est connue depuis longtemps par ceux qui, comme moi, suivent depuis des années les travaux de Pierre Carles ou qui étaient de fidèles lecteur de PLPL (Pour lire pas lu).


Sur cette photo, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur n'a pas 12 ans. Il est un jeune homme de 25 ans qui sait parfaitement ce qu'il fait et où il se trouve. Plastronne à ses côtés, hilare, la grande figure de l'extrême droite française, alors en pleine ascension. À ce moment de sa vie multiple et variée, Joffrin est militant du parti socialiste. Quelle est la vraie nature de Bernadette ?


Ce qui me désespère avec l'initiative du Nouvel Observateur, c'est que ces professionnels savent parfaitement que l'on peut faire dire tout ce qu'on veut à une image. On peut même faire croire que Joffrin/Mouchard fut un jeune néo-fasciste. Ce qui est faux : il s'est contenté de pousser les rédactions de Libération et du Nouvel Observateur vers le néolibéralisme, en puisant son inspiration pendant plusieurs années auprès de ses commensaux du Siècle, le groupe de pression le plus puissant de France.


 

http://www.nouvelordremondial.cc/wp-content/uploads/2011/09/le-pen-joffrin.jpg

 

 

 

Petit rappel (sa page Wikipédia) :


"Laurent Joffrin est le fils de Jean-Pierre Mouchard, éditeur, propriétaire des Éditions François Beauval, devenu homme d’affaire, puis gestionnaire de fortune, aujourd’hui à la retraite et de Chantal Michelet, décédée en 1994. Il a passé une partie de sa jeunesse dans le château de Moncé que son père possédait à Saint-Firmin-des-Prés dans le Vendômois, ainsi que sur le yacht où il passait les vacances avec Jean-Marie Le Pen."


Pour une autre photo de villégiature fascisante, on a aussi ceci: 

http://www.nouvelordremondial.cc/wp-content/uploads/2011/09/le-pen-joffrin-vacance.jpg

 

Quant au père de Laurent Mouchard (qui jouit de la nationalité suisse), Wikipédia nous dit ceci :


"Jean-Pierre Mouchard (né en 1929 à Phnom-Penh au Cambodge) est un ancien éditeur et un homme d’affaires français, citoyen helvétique. Il possédait un yacht et le château de Moncé à Saint-Firmin-des-Prés dans le Vendômois qu’il a vendu il y a quelques années.


Éditeur de beaux livres, il était directeur et propriétaire en France des éditions Luc Janville, Léocardis, François Beauval, mises en faillite en 1992, en Suisse dont il est citoyen, des éditions de Crémille à Genève, Edicraft, etc, et actionnaire d’une imprimerie au Portugal.


Dans l’édition de livres par correspondance, il se rapproche de Jean-Marie Le Pen. Ils font de la voile ensemble et s’associent : (Crémille, Famot et Ferni). En 1991, Mouchard devient trésorier de deux associations de collecte de fonds (Cotelec et Cotelec-JM Le Pen) du FN, sous le nom de François Beauval.


C’est en 1992 qu’il fait son entrée dans le monde du gazole en prenant des participations et en devenant le directeur d’Ecotec, une société dont l’objet est en principe « l’achat de tous immeubles et droits immobiliers en vue de la location ou de la revente à des tiers » et qui a été créée par Jean Garnier, un promoteur immobilier d’origine belge. Cette société a aussi comme associé Charles Miriel, « Carlos », un mercenaire chilien qui a affirme avoir mis au point « par hasard, en jouant avec différents ingrédients chimiques » un procédé permettant de diluer le gazole avec de l’eau, et qui a déposé le brevet du « gazole allégé » qu’il a apporté à la société. Le beau-frère de Jean-Pierre Mouchard, Eric Vandesher, qui se trouve être directeur des filiales grands produits chez Elf-Aquitaine l’aida à vendre le brevet au groupe pétrolier au cours d’un déjeuner au restaurant le Jockey’s à Madrid. Des fonds importants circulèrent entre les sociétés d’édition, Ecotec et des sociétés panaméennes. Par la suite, en 1999, Charles Miriel, l’auteur du brevet, portera plainte contre Jean Garnier et Jean-Pierre Mouchard pour avoir vendu à son insu le brevet, après l’avoir évincé de la société Socotec qui avait été créée pour en faire l’exploitation.

 

PS : Pour une raison que je raconterai sûrement un de ces jours, j'ai cessé d'acheter l'hebdomadaire en 1976. On imagine que ma surprise devant la dernière couverture fut très faible.

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 05:44

Par Philippe Arnaud

 

http://cache.20minutes.fr/img/photos/afp/2007-05/2007-05-07/article_SGE.AVA70.070507072641.photo00.photo.default-512x342.jpg

 Avant-hier, au journal de 20 h de France 2, présenté par David Pujadas, un sujet était intitulé : "La campagne présidentielle est-elle à côté de l'essentiel ?" Et le journaliste d'expliciter : "La France, menacée par sa dette, serait dans le déni. C'est le constat d'une partie de la presse étrangère. C'est aussi le coup de colère de Jacques Attali, qui prévoit un réveil douloureux. Il nous dira pourquoi. Bonsoir et à tout à l'heure".


Après un sujet sur le tueur de masse norvégien Anders Breivik, un autre sur la Syrie, un autre sur la fin de vie de François Mitterrand, David Pujadas, à 7 mn 36 s, aborde la campagne présidentielle. Et, après une courte séquence sur François Hollande, il revient sur le sujet présenté plus haut :

Pujadas : "Alors, on s'arrête, ce soir, précisément, sur cette campagne, avec cette petite musique [/ici, Pujadas accompagne les mots "petite musique" d'un geste des deux mains qui se rejoignent et esquissent un claquement de doigts/] qui est en train de monter : Est-elle vraiment à la hauteur des enjeux ? C'est vrai, on n'entend plus beaucoup parler de la crise [/ici, Pujadas accentue le ton en abaissant ses deux bras joints devant lui/], de la dette. Tout cela est-il vraiment derrière nous ? C'est l'impression qu'on peut avoir en écoutant les uns et les autres. Un homme tape du poing sur la table ce soir [/geste de haut en bas du bras droit de Pujadas, évoquant un poing qui s'abat sur une table/], Jacques Attali, auteur d'un rapport sur la croissance, dont certaines des mesures sont restées dans les cartons. On va vous entendre dans un instant, Jacques Attali, mais cette impression de frivolité, elle est aussi partagée par une partie de la presse étrangère. Romain Messy, Alain Locascio".


[/On passe à une séquence filmée et commentée par les deux journalistes cités./]

"Nos voisins britanniques [/vue d'une rue de Londres, avec autobus rouge/] ne ratent rien de la campagne présidentielle en France. Et ils tirent à boulets rouges. [/Ici, vue de l'intérieur des bureaux du journal "The Economist", avec une femme marchant, de face, dans un couloir/]. La semaine dernière, l'hebdomadaire "The Economist", de tendance libérale, dénonçait une France dans le déni [/ici, un travelling sur la couverture du journal, affichée au mur, "/France in denial/", avec un photomontage détournant le /"Déjeuner sur l'herbe", /de Manet, où les deux hommes en costume à côté de la femme nue ont les têtes de Sarkozy et de Hollande/]. Et des candidats refusant de traiter les questions cruciales pour notre pays. [/Ici, la journaliste britannique prend la parole en français et on voit un bandeau rouge, sur l'écran, où s'inscrit en lettres blanches : "La campagne a oublié la dette"/].

[/Autre bandeau rouge, indiquant l'identité de la journaliste : Sophie Pedder, correspondante en France pour "The Economist"/].


Sophie Pedder : "Je pense que vous avez pas assez parlé, en France, de la dépense publique, qui est trop élevée en France. Vous avez pas assez parlé de la compétitivité et de la perte de compétitivité en France, qui est grave. Et vous avez pas assez parlé de la crise dans la zone euro".


Le journaliste : "Pas assez de débats sur la dette, l'Europe ou la compétitivité de notre industrie. C'est aussi le point de vue de certains économistes français, qui regrettent les premières semaines de la campagne. [/Ici, séquence sur un économiste, dans son bureau, avec son nom : Christian Saint-Etienne/].

Christian Saint-Etienne : "Ben, elle avait bien commencé, les questions de production et decompétitivité étaient bien au coeur de la campagne en novembre-décembre. Et puis en janvier, on a complètement dérivé..."


[/fin de l'interview de Saint-Etienne, vue sur des débats télévisés avec François Bayrou et Nicolas Sarkozy/].

Le journaliste : "Pourtant, début 2012, la campagne donnait encore lieu à des batailles de chiffres et d'analyses économiques [/vue de François Lenglet, économiste, levant un doigt/] et les candidats n'avaient pas peur de rebuter les électeurs. [/Séquence sur Sarkozy à l'Elysée, expliquant un point financier à deux journalistes, et qui termine son exposé par ces mots : "Je comprends que ça devient très technique.../].


Et le journaliste, reprenant au vol ce dernier mot : "...Technique, la campagne ne l'est plus du tout aujourd'hui. Le débat a basculé ces dernières semaines sur la viande hallal, le prix de l'essence, ou encore le permis de conduire. Pour certains observateurs, c'est le vote Marine Le Pen et la montée de Jean-Luc Mélenchon qui ont balayé le thème de la rigueur et dissuadé les favoris de faire campagne sur des mauvaises nouvelles. [/Ici, interview de Pascal Perrineau, directeur du CEVIPOF,dans son bureau/].

Pascal Perrineau : "Difficile de faire une campagne présidentielle sur le thème de la rigueuréconomique et sociale, parce que il y a cette contestation des extrêmes, qui font comme si tous ces problèmes, tout simplement, n'existaient pas".



Retour au journaliste : "Résultat, la campagne deviendrait de moins en moins intéressante, selon les Français. Un quart d'entre eux se dit tenté par l'abstention au premier tour. [/Ici, vue d'un bureau de vote. Puis retour au plateau de David Pujadas/. /Et on voit s'inscrire, dans un cartouche rouge : une campagne hors sujet ?/] .



David Pujadas : "Alors, Jacques Attali : viande hallal, prix à la pompe, permis de conduire. Pourquoi, d'après vous, cette campagne est-elle si frivole, c'est en tout cas ce que vous dites ?"

Jacques Attali : "Je crois qu'elle est frivole parce que, depuis que la Banque Centrale est intervenue fin décembre, tout le monde croit que la crise était finie. Elle est pas du tout finie. La Banque Centrale a donné un peu de temps pour régler les problèmes. Mais on les a juste mis sous le tapis. Or, la réalité est là, les problèmes européens vont se poser de façon majeure. Notre dette est abyssale. Je vais donner juste deux chiffres pour qu'on comprenne bien : à partir du mois de septembre de cette année, nos fonctionnaires, nos militaires seront payés à crédit par les emprunts de l'étranger. A partir du mois de septembre, les fonctionnaires sont payés à crédit. Pendant la duréede notre... de votre journal, une demi-heure, la dette publique française va augmenter de 6 millions d'euros. Toutes les demi-heures, elle augmente autant.

Donc nous sommes dans une situation qui devient absolument cataclysmique. L'héritage des années qui sont derrière nous... passées... catastrophique...


David Pujadas : "Je me fais l'avocat du diable. Est-ce qu'une campagne, ça n'est pas aussi vendre du rêve, vendre du positif ?"



Jacques Attali : "Oui, c'est vendre du positif. Il est évident qu'il y a des réponses, il faut les donner. A mon sens, les réponses, c'est plus d'Europe, pour créer les conditions d'avoir les moyens d'investir en Europe, de recréer les conditions de la croissance. Il faut le dire, évidemment. Mais en même temps, il faut dire les faits, c'est-à-dire que nous ne pouvons pas en rester à une situation où nous allons à une situation de type grec, ou au moins espagnol...


David Pujadas : "Qui n'est pas au niveau, d'après vous ? Nos hommes politiques ? La presse ? L'opinion elle-même, qui ne souhaiterait pas entendre ceci ? [/Ici, Pujadas scande en énumérant les "insuffisants" sur ses doigts/]


Jacques Attali : "Il y a une sorte de connivence globale. C'est très difficile d'entendre cela, les hommes politiques en parlent. Le candidat sortant n'a pas trop envie qu'on dise que son bilan est très mauvais, le candidat potentiel n'a pas envie d'insister, on peut le comprendre, sur le fait qu'il va falloir augmenter les impôts, ce qui est évidemment inévitable. Donc, il y a une sorte d'accord général pour ne pas trop en parler. Mais la réalité, c'est qu'à partir du 6 mai, cette question va être là. Les taux d'intérêt vont commencer à monter....



David Pujadas : "C'est-à-dire qu'il va y avoir un retour de bâton, d'après vous ? Un retour au réel ?

Jacques Attali : "Tout le prouve. Dans tous les pays, ça se passe comme ça. Une fois que l'élection est derrière nous, les gens disent : "Bon, alors, vous faites quoi ?" Ce n'est pas seulement la gestion de la dette par la réduction des déficits. C'est aussi la construction européenne,
où il va falloir trouver une solution. La grande question du prochain mandat c'est : "Allons-nous versune Europe plus intégrée ou l'euro va-t-il disparaître ?" Mais c'est ça, la grande question, qui vase gérer dans les cinq prochaines années...



David Pujadas : "Et la question de la dépense publique, on l'entendait aussi... ?"


Jacques Attali : "Evidemment, la question de la dépense publique. Est-ce qu'il faut plus d'impôts pour couvrir les dépenses publiques ou moins de dépenses publiques, sachant que nous avons la plus élevée... d'Europe...



David Pujadas : "Certains vont vous dire : attention, pas de catastrophisme non plus..."



Jacques Attali : "Non, ce n'est pas une question de catastrophisme. Aujourd'hui, nous sommes au bord de la faillite, tout simplement. C'est pas une question de catastrophisme. C'est arrivé à l'Italie, c'est arrivé à l'Espagne. L'Italie a commencé à mettre de l'ordre, l'Espagne ne l'a pas mis, il est évident qu'on va découvrir, après les élections, qu'en réalité les chiffres sont encore moins bons qu'on ne le dit, parce que, naturellement, un gouvernement retarde tout ce qu'il peut en termes dedépenses [/Ici apparaît un cartouche rouge : un retour de bâton après l'élection ?/] après lesélections. On va sûrement trouver que les chiffres sont encore plus mauvais et donc il va certainement falloir mettre de l'ordre dans les comptes et...



David Pujadas : "Ce qui est dit, aujourd'hui, ne sera pas appliqué demain, ou plutôt, ce qui sera appliqué demain n'est pas forcément dit aujourd'hui...?"



Jacques Attali : "Il faudra certainement mettre de l'ordre d'abord, et il faudra certainement aussi... euh... savoir véritablement quelle est la réalité de la situation, ça, ça prendra certainement quelques semaines, au moins et là, on commencera à parler sérieusement.



David Pujadas : "Merci, Jacques Attali, pour cette analyse, merci d'avoir répondu à nos questions". 13 mn 20 s.



Remarque 1. Le sujet dure 5 mn 48 s. Ce qui est long, pour un total de 17 sujets, durant en moyenne un peu plus de deux minutes (2 mn et 7 s exactement), certains ne durant que 9 secondes. Et ce sujet est placé presque en tête du journal : il démarre à 7 minutes 40 secondes de l'ouverture du journal, en 6e position, et se termine à 13 mn 20 s, pas trop tôt pour pouvoir "chauffer" les téléspectateurs et les rendre aptes à suivre le sujet, mais pas trop tard pour que - compte tenu de la complexité du sujet - ces téléspectateurs ne décrochent pas.



Remarque 2. David Pujadas, le présentateur, n'est pas neutre (ou ne fait même pas semblant), il prend parti. Il scande chacune de ses énonciations, chaque affirmation de son invité par des gestes de la main, du bras, des mimiques du visage. Par exemple, lorsque Jacques Attali lui dit que, le temps du journal, la dette a augmenté de 6 millions d'euros, Pujadas lève les sourcils de surprise (et même de surprise indignée : "Quoi ? Tant que ça en si peu de temps !"). Il prend parti, mais pour qui - ou contre qui ?



Remarque 3. David Pujadas se garde bien, explicitement, de prendre parti /pour /un candidat. Et, corrélativement, il ne prend pas non plus parti /contre/ un candidat. Car ce n'est pas contre un candidat que penche Pujadas mais contre un esprit, contre une tendance, contre une orientation.



Et la présentation de quatre candidats en meeting laisse deviner /ce/ (et non pas celui) qui est visé. Ces quatre candidats sont les deux "extrémistes" (Mélenchon et Le Pen) et les deux "favoris" (Sarkozy et Hollande). On voit bien - ce qui est dit dans le commentaire - que les deux "extrémistes", en proposant des solutions "irresponsables", obligent les favoris à les suivre (sous-entendu dans la démagogie).



Remarque 4. En fait, ce pour quoi penche Pujadas est donné par la série "d'experts" interrogés (la journaliste Sophie Pedder, l'économiste Christian Saint-Etienne, le politologue Pascal Perrineau, et, bien entendu, le "multicarte" - économiste, essayiste, haut fonctionnaire, consultant, enseignant, banquier... - Jacques Attali), "experts" qui figurent le contrepoint des politiques présentés en meeting, serrant des mains et partant dans des envolées lyriques. Les "experts" sont présentés dans des bureaux, devant des bibliothèques (qui suggèrent le savoir), ils parlent posément, sans vociférer. Ils sont la voix - ou la voie - de la raison contre celle de la démagogie.



[On le voit, d'ailleurs, au choix des termes antithétiques désignant les deux voies qui s'offrent à la France : d'un côté, le "/déni/", le "/frivolité/", la "/dérive/", la "/bascule/", le "/crédit/", la "/catastrophe/", le "/rêve/", la "/contestation/", la "/connivence/", etc. De l'autre côté, la "/hauteur/", le "/niveau/", la "/dénonciation/", la "/compétitivité/", la "/production/", la "/rigueur/", "/l'inévitable/", la "/réalité/" (et le "/réel/"), le "/retour du bâton/", "/l'ordre/", etc.]



Remarque 6. La deuxième série de mots appartient à divers registres sémantiques. Celui de l'enseignement, mais de l'enseignement entendu sous son aspect de concours, d'examen, de sélection ("/hauteur/", "/niveau/"). Celui de la justice pénale ("/dénonciation/", "/retour de bâton/", "/rigueur/", "/ordre/"). Celui du travail ("/compétitivité/", "/production/", "/réalité/", "/réel/"). Par contraste, la première série évoque ou suggère l'esprit de Mai 68 ("/déni/", "/rêve/", "/contestation/") ou le Front Populaire vu par la droite ou le gouvernement de Vichy ("/frivolité/", "/dérive/", "/bascule/", "/connivence/").



Remarque 7. En conséquence, on lit entre les lignes le type de gouvernement rêvé par Pujadas, ses interviewés et son invité : non pas un gouvernement issu des urnes (donc sujet à toutes les "faiblesses") mais un gouvernement "d'experts" nommés, du type du gouvernement grec, présidé par un ancien vice-président de la BCE (Banque Centrale Européenne), non élu, ou de celui du gouvernement italien, présidé par un ancien commissaire européen et consultant de Goldman Sachs, non élu également. [Et, à cet égard, Attali vend la mèche en louant l'attitude du gouvernement italien, "qui a commencé à mettre de l'ordre", par opposition au gouvernement espagnol qui, tout de droite qu'il soit (donc a priori plus favorable à ses idées), possède la tare rédhibitoire d'être issu du suffrage universel...]. Cette aversion envers un gouvernement élu fut également, il faut le rappeler, celle du gouvernement de Vichy, qui nomma aux postes ministériels des /techniciens/ issus des grands corps de l'Etat : Inspection des Finances, Cour des Comptes, Conseil d'Etat...



Remarque 8. Si l'on veut bien admettre que David Pujadas, exceptionnellement, abandonne son impartialité (ou dissimule moins sa partialité), encore faudrait-il qu'il prêche d'exemple et, en l'occurrence, s'applique à lui-même la rigueur qu'il prêche aux autres. Par exemple, en ne présentant pas "/une partie/ de la presse étrangère" comme représentative /de l'ensemble/ de cette même presse. Car pourquoi avoir choisi précisément /The Economist/, dont tout le monde connaît le caractère ultralibéral ? N'existe-t-il pas d'autres journaux, comme le /Guardian/, qui auraient fourni un autre son de cloche ? Pourquoi avoir choisi Christian Saint-Etienne sans avoir précisé qu'il faisait partie du Cercle des économistes, qu'il était analyste dans le très droitier hebdomadaire /Le Point/ et membre du Conseil stratégique européen, un cabinet de conseil en gestion de patrimoine ? Pourquoiavoir choisi Pascal Perrineau en taisant son appartenance à la Fondation pour l'innovation politique, un "think tank" lié à l'UMP ?



[Il y a là des mensonges par omission, qui visent à présenter comme des opinions très partagées (et très représentatives), des opinions en fait étroitement limitées à un segment de la pensée économique, celui de l'ultralibéralisme.]



Remarque 9. Il s'agit d'un trait de comportement horripilant de Pujadas : lorsqu'il feint de contredire son invité ou fait mine de lui poser des questions (faussement) embarrassantes, juste pour le plaisir de le voir écrabouiller l'objection.



[Par exemple, lorsqu'il dit, hypocritement bienveillant, "/Je me fais l'avocat du diable/" ou bien "/Certains vont vous dire : attention, pas de catastrophisme non plus.../"On croirait voir un gardien de zoo un peu sadique lançant un poulet à un crocodile, juste pour s'émerveiller de la promptitude avec laquelle le saurien, léthargique une seconde auparavant, happe le gallinacé en un éclair...]

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 06:10

Selon Le guardian, il s'agit tout simplement de Jean-Luc Mélenchon !

 

Jean-Luc Mélenchon: the poetry-loving pitbull galvanising the French elections

 

Angelique Chrisafis joins charismatic hard-left firebrand Jean-Luc Mélenchon on the presidential campaign trail

Jean-Luc Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon delivers a campaign speech in Grigny, near Paris. Photograph: Bertrand Langlois/AFP/Getty Images

 

http://www.guardian.co.uk/world/2012/apr/06/jean-luc-melenchon-campaign-interview?newsfeed=true

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 13:30

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2010/11/12/guillaume-pepy_zoom.jpgSuite à mon article sur Richard Descoings où j’avais relevé les pratiques scandaleuses de ce haut fonctionnaire (link), quelques correspondants (les coquins !) m’ont laissé entendre que j’aurais pu parler de sa vie privée. Ce n’était pas possible pour deux raisons : je ne connaissais rien de cette vie et, de toute façon, je n’en parle jamais, sauf si le privé empiète sur le public.

 

Lorsque j’étais enfant, on disait que Paul Reynaud, l’un des hommes politiques (de droite) les plus importants de la IIIe République, avait une « maîtresse », la comtesse de Portes, qui faisait et défaisait les gouvernements. D’une part, ce n’était pas, à proprement parler, sa « maîtresse » mais sa compagne au sens où l’un comme l’autre était libre de tout engagement et, par ailleurs, c’était fortement exagéré, cette dame n’ayant jamais joué le rôle occulte et diabolique que certains milieux machistes (ils l’étaient tous, à l’époque, dans la classe dirigeante) salivaient de lui voir tenir. La comtesse mourut en 1940 dans un accident de voiture alors que le couple allait vraisemblablement convoler en justes noces. La configuration « maîtresse de » renvoyait à la catégorie « maîtresse royale », quand les grandes familles nobles s’efforçaient de mettre dans le lit du roi de jeunes personnes de leur choix pour influer sur le cours des choses. Madame de Portes ne fut ni une « dinde », comme le pensait De Gaulle, ni une égérie, comme voulurent le croire les politiques lors de la débandade de 1939-40, ni une traîtresse à la patrie, comme l’affirma un peu vite Jean-Jacques Servan-Schreiber (link). Simplement le grand amour de Paul Reynaud. Après la guerre, Reynaud se remaria, eut trois enfants, le dernier à l’âge de 76 ans, un garçon qui eut ma belle-mère comme institutrice en 1960 dans une école communale de la République d’un des coins les plus chics du VIIe arrondissement (moi aussi, je peux faire du people).

 

Revenons à Descoings. Je constate qu’après l’avoir adulé de manière aussi moutonnière qu’irraisonnée, les médias se sont tus quarante-huit heures après sa mort. C’est donc qu’il y avait un problème.

 

Il se susurra alors des phrases sibyllines du genre : « Compte tenu de l'amitié très proche qui lie M. Pepy à la famille Descoings, et alors qu'il se trouvait à Montréal depuis mardi matin pour des raisons professionnelles, il lui a été demandé de se rendre à New York pour accueillir l'épouse et les enfants de M. Descoings, qui doivent arriver mercredi dans l'après-midi ».

 

 

Je ne sais si le patron de la SNCF et Descoings étaient amants et je m’en contrefiche. En revanche, j’ai été très troublé par les réactions des étudiants filmées à chaud par les télés dans les heures qui ont suivi la mort dramatique du directeur de Sciences-Po. On se serait cru face à l’abattement d'adhérents d’une secte, d'adorateurs en déshérence de gourou. On pouvait ressentir, chez certains étudiants masculins, la douleur de jeunes hommes ayant perdu, plus qu’un père ou un grand frère, l’objet d’un amour socratique. On vit des jeunes filles déposer des petits billets dans une démarche rappelant celle de jeunes Britanniques exprimant de la même manière leur élan vers la princesse Diana.

 

Cet épisode m’a beaucoup intéressé car il témoignait d’un absolu mélange des genres : le président d’un établissement d’enseignement supérieur décédant dans un hôtel new yorkais dans un modus  pas vivendi de star de rock, le président d’une des grandes entreprises françaises (son « ami très proche ») appelé en urgence à la rescousse par sa femme se trouvant être son inférieure hiérarchique grassement payée par lui-même, des étudiants à la fois fanatisés et conscients de constituer l’élite politique et économique de demain, des médias gangrenés par l’idéologie dominante, incapables de prendre la moindre distance par rapport à un prédateur que l’éthique n’étouffait pas.

 

Un épisode très dérangeant de plus dans le grand film de la Sarkozie.

 

 

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 12:04

http://static.blogstorage.hi-pi.com/photos/paolo.artblog.fr/images/gd/1200841873/LACHETE.jpgMaintenant que les gens des médias sont légalement contraints d’accorder les mêmes conditions d’antenne à tous les candidats à la présidentielle, ce qui les gêne en termes de production d’audience, ils ont tendance à se lâcher et à exprimer aux « petits » candidats leur hostilité politique. Et là, forcément, leur lâcheté éclate. On les voit donc montrer les dents face à ces candidats en les traitant avec condescendance ou morgue, en polémiquant bassement.

 

On a vu hier soir le poujadiste Aphatie (link et link) traiter Cheminade comme un moins que rien au Grand Journal de Denisot sur Canal+ (link)

 

On pensera ce qu’on voudra de Cheminade, qui est une personnalité assez complexe (pas plus que le kleiner Mann), mais on ne perd jamais son temps à écouter cet homme qui a beaucoup réfléchi, qui a une grande expérience de la vie et dont le corpus idéologique en vaut bien un autre. En revanche, on peut fort bien se passer de l’immense et haineux Aphatie qui n’a pas produit trois idées intéressantes en dix ans.

 

Hier, sur France Inter, la bande à Cohen s’en prenait au petit Dupont-Aignan (link). Elle traita comme un moins que rien ce candidat qui, à l’évidence, aura beaucoup de mal à rassembler plus de  1% de l’électorat. On entendit même l’hystérique européiste Bernard Guetta, grand bégayeur devant l’éternel (j’ai toujours dit que c’est dans la tête qu’il bégayait), asséner un « vos solutions sont mauvaises », comme si le rôle d’un journaliste du service public était de polémiquer avec les candidats, de les juger, bref de ramener leur fraise en nous serinant pour la 3000ème fois les deux idées recuites qu’ils nous infligent depuis des décennies.

 

Hier, comme à son habitude de grand téméraire avec les petits et de grands flagorneur avec les grands, El Kabbach se montra particlulièrement odieux avec Eva Joly (link) alors que, trois jours plus tôt, il avait servi la soupe à Guéant (link).

 

J’en profite pour dire que j’ai bien aimé la dernière initiative de François Hollande. Il vient en effet de refuser d’accorder un entretien à l’ancien secrétaire général de l’UNEF (à l’époque où ce syndicat était très à gauche), à savoir Etienne Mougeotte, patron du Figaro ( link). Et pourtant, l’historique quotidien est un parangon d’objectivité. Rue 89 rappelle quelles furent ses dernières Unes :

  • ce mardi : « Autorité, sécurité, immigration, les atouts de Sarkozy face à Hollande » ;
  • lundi : « Sarkozy et Hollande mobilisent les indécis » ;
  • samedi : « Rien n’est joué à quinze jours du premier tour » ;
  • vendredi : « Sarkozy accuse Hollande de nier la crise » ;
  • jeudi : « Hollande décidé à lever 50 milliards d’impôts nouveaux ».

Je me demande par parenthèse si Hollande n’a pas pris cette décision en solidarité avec Mélenchon. En effet, Mougeotte avait planifié quatre « grands » entretiens, avec Sarkozy, Hollande, Le Pen et Bayrou. Trois candidats de droite et d’extrême droite et un candidat d’une gauche présentable pour les lecteurs du journal de Dassault. Plus sérieusement, je pense que Hollande a eu raison pour le motif suivant : autant la presse doit être libre, autant le personnel politique l’est également. Sa liberté inclut le droit de refuser les sollicitations qui ne lui plaisent pas, mais surtout le formatage imposé par les médias. La pensée unique étant ce qu’elle est, la forme, dans les médias, est dix fois plus importante que le fond. Et c’est par la forme que les médias manipulent, façonnent et s’imposent aux politiques. Dans cet ordre d’idée, Mélenchon a refusé de participer au Petit Journal de Barthès, pour les deux raisons suivantes :

-        il lui reproche, pour le fond, de s’être moqué de pauvres gens,

-        il n’a pas envie, pour la forme, de rire de lui-même, la campagne présidentielle se situant à un autre niveau.

      

En ce matin gris et orageux, écrire ce billet m'a fait du bien.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 05:27

Des économistes britanniques (peut-être pas des fans de Cameron), réfléchissent au problème. Qui n'en est d'ailleurs pas un !

 

Travailler moins pour améliorer le bien-être de tous et consommer différemment. C’est ce que préconise un groupe de réflexion britannique.


En France

Le taux de chômage a atteint 10 % en moyenne au dernier trimestre 2009. En métropole, il s’établit à 9,6 % (2,7 millions de personnes), du jamais-vu depuis 1999. Plus généralement, note l’INSEE, 3,4 millions de personnes ne travaillent pas mais souhaiteraient le faire. Les plus durement touchés sont les jeunes. Dans la tranche des 15-24 ans, 25,3 % des hommes et 22,3 % des femmes sont au chômage. Par ailleurs, le chômage technique ou partiel a concerné 144 000 personnes.

 http://www.barreau-evreux.avocat.fr/images/ContratTravail.JPG

Imaginez que la semaine de travail de 21 heures soit la norme. Comment occuperiez-vous une froide journée d’hiver ? Vous pourriez rester plus longtemps au lit, vous auriez plus de temps à passer avec vos enfants, plus de temps pour lire, pour voir votre mère, pour voir vos amis, pour réparer la gouttière, pour faire de la musique, pour préparer le déjeuner, pour vous promener dans le parc. Ou bien est-ce que vous vous demanderiez simplement comment faire pour payer vos factures ?

L’économiste John Maynard Keynes [1883-1946] imaginait une semaine de 15 heures au début du XXIe siècle, parce qu’il pensait que nous n’aurions plus besoin de travailler autant pour satisfaire nos besoins matériels. Mais la liste de ce dont nous estimons avoir besoin s’est considérablement allongée. Et, au lieu de raccourcir, la semaine de travail a fait de même. [La durée légale du travail en Grande-Bretagne est limitée à 48 heures hebdomadaires, plafond fixé par une directive européenne. Les 21 heures correspondent grosso modo à la moyenne actuelle, incluant les temps partiels.]

En France, l’expérience des 35 heures a donné des résultats mitigés

Aujourd’hui, la New Economics Foundation [NEF, Fondation pour une nouvelle économie] propose une semaine de travail beaucoup plus courte – l’objectif est d’arriver à 21 heures – pour faire face à trois crises majeures du XXIe siècle. Tout d’abord, la menace du changement climatique signifie que nous devons réduire drastiquement nos émissions de CO2, en achetant moins de produits gourmands en énergie et en revoyant l’idée que nous nous faisons de nos besoins. Ensuite, du fait de la crise économique mondiale, des millions de personnes sont au chômage ou sous-employées alors que de plus en plus de gens sont surchargés de travail et ont du mal à concilier vie professionnelle et vie familiale. Enfin, le creusement des inégalités socio-économiques a accentué les clivages dans la société, avec des niveaux de bien-être très bas, en particulier chez les enfants.


Alors que certains travaillent, gagnent et consomment trop, d’autres ont à peine de quoi vivre. Une semaine de travail beaucoup plus courte nous aiderait, les uns et les autres, à mener une vie plus satisfaisante en répartissant plus équitablement les activités rémunérées et non rémunérées au sein de la population.

Nous pouvons apprendre des Français, chez qui l’expérience de la semaine de 35 heures, mise en place il y a dix ans, a donné des résultats mitigés. C’est parmi les femmes ayant des enfants en bas âge et les salariés bénéficiant de revenus élevés qu’elle a été le mieux accueillie. D’autres travailleurs, en particulier dans les tranches de revenus les plus faibles, ont eu le sentiment de ne pas pouvoir maîtriser suffisamment leur temps, étant donné que la répartition des 1 600 heures de travail annuelles était fixée par leur employeur. Mais, lorsque le président Sarkozy a supprimé le plafond des 35 heures, la plupart des employeurs ont maintenu les accords existants.

 

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_dissertations/1060.jpg


La NEF ne préconise pas un changement soudain ou imposé, mais une lente évolution sur une décennie, voire plus. Les augmentations de salaire pourraient être progressivement troquées contre des horaires plus courts. On aurait le temps d’adapter les incitations offertes aux employeurs, de décourager les heures supplémentaires, de réduire les charges, d’accroître la flexibilité dans un sens qui convienne aux salariés et de développer la formation pour pallier la pénurie de compétences. On aurait aussi le temps d’instaurer un salaire minimum plus élevé et un impôt plus progressif, de faire évoluer les attentes des gens et de s’adapter à un mode de vie pauvre en émissions de carbone, qui requière plus de temps et moins d’argent.

Dans le cadre de cette transition, les services publics doivent être préservés et améliorés de manière que chacun ait accès à l’éducation, aux soins de santé et à d’autres prestations essentielles et se sente relativement protégé des aléas de la vie.

La perception de ce qui est normal peut parfois changer subitement, comme on l’a vu avec l’interdiction de fumer dans les cafés et les restaurants. L’opinion publique peut basculer de l’aversion à l’acceptation, notamment quand se conjuguent de nouvelles données, un nouveau contexte, un sentiment de crise et une campagne forte.

Comme nous le soulignons dans le rapport “21 Hours”, nous avons déjà des données solides, un contexte qui a évolué et un profond sentiment de crise. La campagne, elle, démarre ici. 

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8 avril 2012 7 08 /04 /avril /2012 05:23

http://94.citoyens.com/files/2012/04/Lise-London-Photo-Sofia-Moro-El-Pais.jpgJe reproduis ci-dessous un hommage à Lise London de José Fort (paru dans Le Grand Soir), résistante de la première heure (déportée à Buchenwald), militante antitotalitaire, ancienne des Brigades internationales. Toute sa vie, elle fut une rebelle. À son sujet, L'Humanité rapporte ceci :


“ Elle est envoyée par le PCF à Moscou en 1934 au siège du Kominterm où elle rencontre pour la première fois Dolorès Ibarruri, la future Pasionaria, qui deviendra secrétaire générale du Parti communiste espagnol en 1942, puis présidente en 1960. Elle a dix-huit ans et s'étonne déjà des «purges», d'un référendum à main levée contre le droit à l'avortement. Elle résiste à la bêtise bureaucratique et sera blâmée. ”


Elle était la veuve d'Artur London. Simone Signoret l'incarna magnifiquement dans L'Aveu.


 

Ce jour-là, dans la cuisine de son appartement proche de la place de la Nation à Paris, Lise London me tendait une tasse de café affirmant tout de go : « En paraphrasant De Gaulle, je déclare que la vieillesse est un naufrage. » C’était il y a quinze ans. Lise London nous a quittés la semaine dernière à l’âge de quatre-vingt-seize ans. Elle ne manquait pas d’humour. Lorsqu’on l’interrogeait sur son engagement communiste, elle répliquait goguenarde : « C’est mon jour des citations. Comme Aragon, j’affirme que chaque matin je me repose la question de mon choix politique et … je ré adhère au PCF. » Son engagement est resté intact jusqu’à sa mort.

On ne « récupère » pas une grande dame comme Lise London. On la respecte. Si on a l’autorisation, on l’embrasse, fort si possible, et on écoute s’égrener une page d’histoire que les moins de cinquante ans ne connaissent pas. La vie miséreuse dans les années trente des immigrés espagnols à la recherche de travail du côté de Vénissieux, la découverte du monde des salariés, les premiers contacts avec des responsables communistes, l’engagement dans les Brigades Internationales parties défendre la République espagnole, l’action contre l’occupant nazi, la déportation à Ravensbrück, la tragédie d’une famille communiste face au totalitarisme stalinien. Lise London, c’est tout çà. Pas seulement.


Lise, c’est aussi et surtout une histoire d’amour. Une passion pour Artur London, l’homme qu’elle a aimé à en perdre la raison, l’homme qu’elle a défendu bec et ongles contre l’ignominie stalinienne, l’homme qu’elle a sorti de prison, qu’elle a soigné, qu’elle a protégé et à qui elle a donné envie de vivre et de se battre à nouveau, l’auteur de « l’Aveu » anéanti par tant de cruautés retrouvant la force de témoigner et de combattre pour son idéal de toujours, le socialisme. Une telle femme ne peut laisser indifférent. Artur avait bien de la chance même si parfois la « Mégère de la rue Daguerre », du nom de la rue où eu lieu la première manifestation contre les nazis à Paris, affichait un caractère explosif à décoiffer le plus placide de ses admirateurs. Madame n’était pas du genre « facile ».


Elle était curieuse de tout. Passés à la question, ses visiteurs ne sortaient jamais indemne de la rencontre. Elle était d’une gentillesse savoureuse et savait aussi distribuer durement les coups. Elle ne prétendait pas dispenser le bon savoir et encore moins la correcte attitude mais ne faisait jamais l’économie de la critique surtout à l’égard de ses camarades égarés. Les communistes français en savent quelque chose. Et au moment où cette grande dame nous quitte, je ne peux m’empêcher de penser qu’elle nous laisse quelques messages. Celle qui a tant souffert à Ravensbrück plaçait au premier rang de ses énergies la lutte contre le fascisme. Lors de la grande manifestation du 1 er mai 2002 alors que Le Pen frappait à nos portes, Lise London rejoignait, aidée de sa canne, le défilé refusant l’aventure brune. Celle qui avait enduré dans sa chair le stalinisme et qui n’avait pas déserté son engagement de jeunesse invitait les nouvelles générations à douter, à ouvrir les yeux, à ne pas s’enfermer dans des certitudes, à lutter contre la perversion des idéaux communistes. « Soyez-vous-mêmes », lançait-elle aux jeunes rencontrés dans les écoles lors de multiples débats. Femme courage comme elle l’a démontré en Espagne contre les franquistes, à Paris contre les nazis, à Prague contre les staliniens, elle refusait la fatalité de l’ordre établi et clamait sa volonté de rester actrice de l’Histoire. L’ancienne petite immigrée de Vénissieux, la capitaine de la Résistance, la solidaire du camp de concentration, l’opposante aux totalitarismes, est restée jusqu’à sa mort une combattante contre l’injustice. Toutes les injustices.


José Fort

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 14:36

 

http://www.evenement-bf.net/images/163_total.gifJe reproduis ici de larges extraits d'un article d'Emmanuel Lévy pour Marianne.fr.

Édifiant.

 

La France un paradis fiscal pour les grandes entreprises ? Les Français, qui payent désormais leur litre de SP95 jusqu’à 2€, ont découvert stupéfaits la douceur du ciel fiscal hexagonal pour les grandes sociétés à travers le scandale Total : le plus riche, le plus rentable, le plus important des groupes français ne paye pas un centime d’impôt sur les sociétés en France ! 
Malgré 5 ans à l’Elysée et neuf mois à Bercy en 2004, Nicolas Sarkozy dit n’avoir constaté cette aberration qu’en début d’année… « J'ai découvert quelque chose de pas normal : ces grands groupes maximisent les avantages fiscaux et une partie d'entre eux ne payent pas du tout d'impôts sur les bénéfices.» Le candidat-président a donc annoncé qu’à la faveur de sa réélection, il créerait un impôt sur les bénéfices « minimum » pour les groupes du CAC 40. Deux à trois milliards d’€ seraient ainsi ponctionnés. Même volonté d’agir chez François Hollande. Le programme du candidat PS prévoit à la fois un impôt sur les sociétés croissant avec la taille des sociétés, et la limitation d’une des niches fiscales la plus utilisée par les grands groupes : la déductibilité des frais financiers, autrement dit leur capacité d’imputer le coût de leur immenses emprunts sur leur bénéfices. Cette réforme rapporterait 3 milliards d’euros.

  

Pourtant, de nombreux rapports, à commencer par celui du Conseil des prélèvements obligatoires, avaient largement décrit la lente dérive de l’impôt sur les sociétés, son méticuleux détricotage. Ses travaux avaient montré que, miné par les niches, les montages des cabinets d’avocats fiscalistes, l’impôt sur les sociétés des entreprises du CAC 40 s’était réduit comme peau de chagrin. Avec un taux moyen de 8 %, le poids fiscal des sociétés du CAC 40 était quatre fois inférieur à celui de la PME soumise au régime commun d’imposition à 34,3 %.Michel Taly, ex-directeur de la législation fiscale (un des plus hauts postes à Bercy), le dit sans détour depuis qu’il est avocat au cabinet Arsene Taxand : « Pour les grands groupes, la France est aussi un paradis fiscal. Depuis 1987 et la mise en place de la fiscalité de groupe et son cumul avec la législation sur les holdings, les entreprises peuvent défiscaliser une part importante du coût de leur dette. Là où les autres pays ont mis des barrières, Bercy laisse un nombre croissant d’entreprises réduire fortement leurs bénéfices imposables et donc la facture de leur impôt grâce à cette technique. C’est vrai pour les LBO [les rachats d’entreprise par endettement], mais aussi pour n’importe quel holding. Voilà qui explique pourquoi l’impôt sur les sociétés est moins élevé en France en points de PIB par rapport aux autres pays. » 

 

 

A l’automne 2001, le rapport parlementaire rédigé par Gilles Carrez, rapporteur général UMP du budget à l’Assemblée, est entré dans le détail de cette situation scandaleuse. Ensemble, « les plus grandes entreprises, celles de plus de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, paient entre 15 et 20 % de l’impôt sur les sociétés, alors qu’elles réalisent entre 50 et 70 % du chiffre d’affaires », note le rapport. 
Une fois déduits les nombreux crédits d’impôt auxquels elles ont accès, on s’aperçoit que, sur 40 entreprises, 17 ne paient pas un centime au Trésor. Il reste donc 23 contribuables. Mais, là encore, Gilles Carrez identifie un autre effet d’optique. Deux groupes se distinguent. Les gros contributeurs et les autres. Et quelle est la singularité de ce groupe de gros contributeurs composés d’EDF, France Télécom, GDF et Renault ? L’État en est actionnaire. 

Ensemble, ces quatre entreprises fournissent 40 % de l’impôt sur les sociétés. Le rapport indique que « l’impôt sur les sociétés annuel moyen des autres groupes est inférieur à 2 milliards d’euros ». Les patrons de Total et consort affirment en chœur : nous ne faisons pas ou peu de bénéfices en France. Il faut les croire sur parole, puisque leurs rapports annuels se gardent bien de décrire la géographie des bénéfices. En revanche on connaît celle du chiffre d’affaires. Et, persévérant, Gilles Carrez a fait le calcul : les 36 groupes (avant remboursement du crédit impôt recherche) ont acquitté en moyenne en impôts 0,4 % de leurs 500 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisés en France ! C’est très peu, et cela laisse entendre qu’en France on ne fait peu ou pas de profits. 

 

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 09:18
Ci-dessous, un très bon reportage de Maxime Vivas pour Le Grand Soir sur le meeting du Front de Gauche à Toulouse
Maxime VIVAS

Organiser un meeting, c’est facile : vous trouvez un micro, une sono, vous collez des affiches et vogue la galère. Sauf que ce n’est pas ça.

Organiser un meeting de gauche dans une ville socialiste, là, ça roule tout seul. Sauf que...

Le plus dur, en fait, c’est d’organiser un meeting et de se dire deux heures avant qu’ils vont être trop nombreux.

Et puis il y a les médias dont on se demande parfois, à les lire, s’ils étaient bien là ou s’ils en ont envoyé un seul, les autres recopiant ses notes.

En tout cas, voici le récit d’une journée d’une petite souris qui a vu, entendu, et qui raconte.

LGS



Quand les Espagnols de la « retirada » eurent fait de Toulouse « la Capitale de la République espagnole », ils prirent l’habitude de se réunir en palabres sur la place Wilson bordée d’immeubles de briques qui tournent autour de la statue de Goudouli, poète occitan, dans l’hypercentre de Toulouse.

Les Toulousains, poètes, au moins depuis que l’Académie des jeux floraux décerna son premier prix à un adolescent nommé Victor Hugo (à Paris, d’aucuns, crurent longtemps qu’il était Toulousain), surnommèrent la place« l’enclave de Llivia », nom d’une terre espagnole de 13 km2 plantée en plein milieux des Pyrénées Orientales.

Ce préambule pour réunir quelques ingrédients du parfum du meeting du 5 avril à Toulouse : l’Espagne, partout l’amour de la République, l’évocation des combats solidaires, la fraternité des hommes, loin du sentiment que nous éprouvons parfois et qui nous pousse à paraphraser Villon : « En Sarkozie, suis en terre lointaine ». Sarkozie du Fouquet’s, de l’Atlantisme, de l’égoïsme et de l’argent.

Le meeting devait commencer à 19 H, place du Capitole, par un spectacle des « Grandes Bouches » suivi d’interventions : Nicole Borvo, sénatrice communiste, Christian Piquet (Gauche unitaire) venu du NPA et Myriam Martin, également du NPA dont elle est une dirigeante nationale et la tête de liste habituelle dans la région.

Jean-Luc Mélenchon était annoncé pour 20H.

L’après-midi la température était douce, place du Capitole. Et même, on avait chaud. La pluie était annoncée, mais le soleil brillait dans un beau ciel bleu. Parfois, les Toulousains ironisent sur la Météo (dont ils sont fiers qu’elle soit installée à Toulouse) en répétant la phrase sarcastique des vieux : « Ils auraient plus vite fait de mettre la main dehors » (sous-entendu : pour voir s’il pleut, avant de nous le dire).

A 15 H, la Salle du Sénéchal, à deux pas de là s’est remplie. Jean-Luc Mélenchon, ? Pour une répèt ?

Il était déjà venu dans cette salle le 9 octobre 2008 pour disserter sur le thème de « Choc de civilisations et laïcité ». La salle alors était comble ; la presse avait annoncé 300 personnes.

Arnaud Montebourg la connaît aussi. Il y a parlé le 26 septembre 2011 comme candidat aux primaires du PS. La salle était comble ; la presse avait annoncé 500 personnes. Après, il avait voulu haranguer les passants, place du Capitole, mais il n’y avait pas un chat. Passons, c’est juste pour dire...

Bon, là, la salle était remplie aussi, mais par des volontaires pour assurer « le service d’ordre et la sécurité ». Pas de gros bras, mais des gens du peuple, des amateurs : jeunes vieux, femmes, hommes décidés à aider au bon déroulement de la soirée. L’organisateur les a répartis en groupes avec un « chef de groupe » qui sera muni d’une oreillette pour communiquer avec les autres groupes. A chacun fut fourni un brassard rouge. L’organisateur a indiqué à chaque groupe l’endroit où il devra se trouver. Il n’était pas Toulousain, ne connaissait pas le nom des rues qui débouchent place du Capitole et il palliait ses lacunes par des gestes qui finirent par faire rire des volontaires-bénévoles : « Quelle rue ? Celle où il y a une boulangerie ? Celle où on a vu un chien passer ? ».

Bon, ils ont fini par s’entendre et la suite prouvera qu’il le fallait. La consigne n’était pas sarkoziste, genre : « Avec tes gros biscottos, tu me fous à plat ventre les récalcitrants ». C’était : « Les gens derrière les barrières vont peut-être s’énerver, ils voudront avancer. C’est normal. Soyez patients, polis, calmes ». Le message passait bien.

Faisant les cent pas entre cette salle et la place du Cap’, Jean-Christophe Sellin, élu municipal, responsable départemental du PG et chef d’orchestre du concert politique de ce soir, avait tout l’air de se faire du souci.

Les tractations se passaient moyennement bien avec la mairie et, deux jours avant, François Delapierre, Directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon avait publié un vigoureux communiqué de presse visant à recadrer les choses.

Une scène de 9 x 7 mètres avait été prévue sur la place, devant l’entrée du Capitole, lequel devait abriter dans sa cour intérieure un PMA (poste médical avancé). C’était aussi un bon emplacement qui permettrait à Jean-Luc Mélenchon d’accéder au micro sans risque d’être étouffé par la foule compacte. Et puis, pour les médias, c’était super, cet édifice symbolique au fronton marqué « Capitolium ».

Les autorités locales l’auraient bien vue ailleurs, cette tribune. Où ? Devant le mythique café « Mon caf ’ » au décor Belle Époque ? (démoli), devant la célèbre librairie Castèla ? (liquidée). Devant le marchand de journaux qui recevait la livraison du Monde le jour même de sa parution ? (fermé) ? Devant le Mcdo ? (ouvert).

Les organisateurs, prudents, avaient demandé aux militants d’être sur les lieux dès 6 H du matin pour veiller à ce que la scène trône au bon endroit.

16H. Au milieu de la place, on confectionnait des pancartes et banderoles à même le sol, près du bronze de l’immense croix occitane encastrée dans le pavement de la place et représentant les 12 signes du zodiaque. L’oeuvre avait été commandée à Moretti par le maire d’alors : Dominique Baudis. Les autochtones avaient trouvé qu’elle coûtait très cher et les laïques qu’elle n’avait rien à faire là. La branche portant le signe du bélier est dirigée vers l’entrée de la mairie. Le maire était bélier. C’était une attention délicate, tout de même.
Confection des pancartesLes voitures de presse, bardées de matériel et surmontées de paraboles étaient en place depuis le matin. Tout près, un chapiteau abritait les journalistes. Une table leur offrait des douceurs peu dispendieuses : jus de fruits, eau, thé, gâteaux secs salés et ships. Les journalistes étaient à l’oeuvre, concentrés sur leurs ordinateurs portables. Je me demandais ce qu’ils écrivaient. La trame où il suffira, pour aller vite, parce que c’est la règle, de greffer quelques mots de l’orateur et des infos sur la foule ? Beaucoup étaient très jeunes, souvent des jeunes filles. Pigistes ? CDD ?Chapiteau de la presseJean-Luc Mélenchon parle de « précariat », mot fait avec « précaire » et « prolétariat ». Il propose de mettre fin à cet état. Combien de ces jeunes-gens nous feront un compte-rendu où se lira en filigrane que leur préférence, ou celle de leur employeur, va à d’autres candidats qui ne leur permettront pas de se sortir de cet servage moderne ? En les lisant sur Internet, j’ai eu la réponse.

L’après-midi avançait, la foule commençait à affluer, maintenue à l’écart derrière des barrières. Elle patientera, bon enfant, plusieurs heures. La récompense sera au bout : les premiers rangs.

Chez les organisateurs, la nervosité ne baissait pas. On pouvait les comprendre, à ce moment-là. Car il était évident que la place du Capitole est trop petite et que, s’ouvrant chichement sur des rues étroites du Toulouse historique, elle pouvait se transformer en nasse. Or, la mairie freinait pour donner son autorisation définitive à l’ouverture au public de la place Wilson « par mesure de sécurité » . Deux écrans géants y avaient été installés malgré tout par le Front de gauche, des barrières posées, mais il n’était pas dit que cela pourrait servir. Pire, encore : il avait été envisagé par les organisateurs d’installer des écrans dans l’Avenue Alsace-Lorraine, large artère rectiligne qui sépare les deux places. Paf ! elle fut décrétée « axe rouge » par la Préfecture (qui obéit à qui ? A S... Sar.., Sark...). En clair, elle était réservée au passage des pompiers.

18 H. La foule devenait plus nombreuse. Des personnalités arrivaient, cernées ou pas par les médias. On pouvait voir Pierre Laurent (PCF), Christian Piquet (G.U), Pierre Lacaze, (adjoint communiste au maire socialiste Pierre Cohen), responsable fédéral du PCF, un autre communiste, Charles Marziani, du Conseil régional, Corinne Darleux-Morel qui est « Madame Ecologie » du PG (dont je vous recommande le blog (www.lespetitspoissontrouges.org/ ), des militants du NPA qui ont fait le choix de l’union... Trois heures avant...Le ciel virait au gris. La rumeur disait que la place Wilson serait finalement autorisée. Elle le sera effectivement, par bonheur.

La société de transport Tisséo (bus, métro, dont le président est le député-maire) avait déployé des moyens humains importants pour réguler les entrées et sorties de métro : Capitole, Jean-Jaurès, Jeanne d’Arc, Esquirol et Marengo (la gare SNCF).

18H45. Sous un ciel qui charriait des nuages pansus, la place du Capitole était bondée, rougie par des nuées de drapeaux. Beaucoup de jeunes, à croire qu’on avait réquisitionné une fac. Le concert allait commencer un peu en avance. Le réseau téléphonique saturait, les communications passaient mal.

Les « Grandes Bouches » ont fait chanter la place avec des chants qui parlent à l’intelligence politique, suivis des interventions de Nicole Borvo, Christian Piquet, et Myriam Martin (qui se dit étonnée de parler devant une telle foule).

Les rues débouchant sur la place du Capitole étaient à présent fermées.On pouvait sortir mais plus entrer. Il était temps. Les rues adjacentes se remplissaient, la place Wilson débordait.

Vous avez prévu trop petit, les amis. Ne l’avais-je pas prédit bien avant ? Mais qui me lit, moi, scribouillard, grand Maître de mon Personal Computer ? Passons. Oubliez ça et revenons à l’essentiel.

Alors qu’une pluie fine s’était mise à tomber, Jean-Luc Mélenchon arriva. Un quart d’heure plus tôt que prévu. A cause d’un risque de déluge ? De la situation dangereuse créée par l’entassement sur deux places et dans près d’une dizaine des rues dont certaines ne méritent que le nom de ruelles ?

En tout cas, retenez seulement ceci avant d’aller voir (pour le discours) la vidéo sur le blog du Jean-Luc Mélenchon : il arriva et, en deux phrases, d’emblée, après avoir salué son auditoire, il souleva la foule, fit jaillir d’enthousiastes vivats (avec un « t », j’y tiens) par un « salud a vosostros d’Espana tambien » (ovation), « y con respeto a la bandera gloriosa de la Republica ! » (ovation).

Le peuple de Toulouse se la jouait enclave de Llivia. Ollé ! Se la jouait même doublement, par cette impression d’apporter une douce étrangeté rougeoyante en ces terres où la mairie, le conseil général, le conseil régional et la plupart des communes avancent au pas d’un PS qui n’a renoncé à sa ferveur militante envers DSK que grâce aux injonctions d’une lointaine femme de chambre de couleur (comme quoi, aux States, tout n’est pas mauvais).

Jean-Luc Mélenchon parlait-il devant 70 000 personnes répartis sur deux places et dans les ruelles du centre ville ? 40 000 a compté la Préfecture (celle qui a décrété l’ « axe rouge »).

Quand le réseau téléphonique consentait à fonctionner, on recevait des appels d’amis qui étaient rentrés chez eux : trop de monde, trop serrés, et la pluie qui grossissait ses gouttes.

Le discours de Jean-Luc Mélenchon a été plus bref que prévu et s’est terminé sur un cri d’amour et d’espoir (tu entends ça, Marine ?) : « Nous sommes au mois de Germinal, les bourgeons gonflés de vie s’annoncent déjà et dans cette France belle et rebelle, vienne le temps des cerises et des jours heureux ». Ovation, chant de l’Internationale et de la Marseillaise, et puis, en suivant, le bouquet : les nuages, longtemps patients, ont ouvert leur ventre d’un seul coup et vidé de solides paquets d’eau froide sur 70 000 têtes (dont 40 000 seulement furent mouillées selon la police).

Juste après, notez bien.

Pas une seconde avant.

Comme quoi, ils sont forts au Front de gauche ! Ou bien, ou bien, ou bien, Dieu, dont on a tout dit, et même qu’il n’existe pas (mais jamais que c’est un pétochard), Dieu a voulu faire savoir pour qui il va voter. Bon ne prenez pas ça au pied de la lettre, non plus. Quoique...

Maxime Vivas

NB. Pour ceux qui savent transformer leurs colères en rire, voir sur le site du Nouvel-obs un article signé « Lucien Pambou Professeur d’Economie » : « Mélenchon, l’homme qui ne voulait pas présider, mais faisait peur à Sarkozy et Hollande ».

« Professeur d’Economie », ça en jette, ça valorise.

Sauf si l’on apprend que le monsieur est un élu UMP d’Alfortville (94). Un modeste qui, ayant affiché son diplôme, répugne à nous bassiner avec l’usage qu’il en fait.

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http://www.legrandsoir.info/dans-les-coulisses-du-meeting-de-jean-luc-melenchon-a-toulouse.html
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Published by Bernard Gensane - dans Politique
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