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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 06:06

C’est bien connu : les homosexuels ne furent pas déportés par les nazis. On ne les a pas non plus obligés à porter une étoile particulière.

 

En 2015, année de la commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps, une association tourangelle représentant les homosexuels (LGBT) ne peut pas s'associer à la Journée de la déportation de dimanche, à Tours.

 

Tout juste tolère-t-on que cette association dépose une gerbe, en catimini, lorsque toutes les autres auront déserté le monument de la place Anatole-France. Une situation intolérable pour la Licra et sa présidente, Martine Strohl : « La Licra Touraine s'insurge contre cette décision contraire aux valeurs républicaines. A l'heure où les agressions et les insultes homophobes se multiplient, la Licra Touraine condamne cette exclusion déplorable, qui ne peut que cautionner les préjugés et entretenir un climat de haine, de peur et d'intimidation. »

 

Pour l'Office national des anciens combattants, chargé de mettre sur pied la commémoration, la décision revient au préfet. « Nous sommes un service de l'Etat », explique Anne Degrieck, la directrice. « Ce n'est pas nous qui décidons du contenu des manifestations. Mais il est vrai que la présence de la LGBT s'est heurtée au refus d'une association, principalement. » 
Du coup, le préfet se retranche aujourd'hui derrière la directive ministérielle pour constater l'échec d'un compromis qu'il aurait appelé de ses vœux. Seule, pour l'instant, l'UNDDIF-FNDIR ne s'est pas exprimée. C'est elle, apparemment, qui opposerait son veto à la participation de la LGBT à la commémoration de dimanche. Au prétexte, croit-on savoir, qu'en Indre-et-Loire, il n'y aurait pas eu de déportés revendiqués comme homosexuels.


 

De 1933 à 1945, on estime à 75.000 le nombre de victimes du nazisme en raison de leur homosexualité.

 

Source : La Nouvelle République

 

Tours : les homosexuels interdits de commémoration à la journée de la déportation
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 05:24
 
FUSION des RÉGIONS Rhône-Alpes Auvergne : une CATASTROPHE annoncée ! Réunion publique le 19 mai 2015 à Clermont-Ferrand

La nouvelle carte des régions françaises (fusion pour certaines, statu quo pour d’autres), adoptée en décembre 2014 dans la précipitation, a été suivie d’un vote à l’assemblée (mars 2015) sur la nouvelle répartition des compétences entre les différents niveaux (commune, regroupements de communes, départements, régions). Cette réforme, pas encore complètement finalisée, pose de nombreuses questions. Quelles finalités ? Quelles conséquences pour les habitants ?

 

Un déni de démocratie :

La première remarque concerne le manque flagrant de démocratie dans la préparation, l’adoption et la mise en oeuvre de cette réforme.

En effet, aucune concertation des élus locaux pourtant concernés (ni bien sûr des citoyens) n’a été organisée, ni avant ni après. Il est consternant de voir que les récentes élections départementales (avec de nouveaux cantons démesurés) n’ont pas donné lieu à beaucoup de débat à ce sujet (quels médias et partis politiques en ont parlé vraiment ?)

Qu’en sera t-il des prochaines élections régionales de décembre 2015 ? Il reste 7 mois pour que les partis politiques préparent leurs listes, leurs alliances et leurs tactiques… Gageons que le fond de la réforme ne sera guère abordé !

 

Les justifications présentées :

On a justifié le nouveau découpage par deux arguments : il faut des régions conformes au modèle européen, il faut des régions riches capables d’affronter le vent de la mondialisation.

 

Ces deux arguments sont aussi fallacieux l’un que l’autre.

Le premier argument est même carrément mensonger. Il n’existe pas de modèle européen pour les régions. Comparer la France et l’Allemagne est une ineptie, car notre voisin est plus petit et plus densément peuplé.Quant au reste de l’Europe, c’est un ensemble complétement hétéroclite quant à l’organisation territoriale. La plupart des régions françaises actuelles sont plus grandes et plus peuplées que beaucoup des pays de l’Union : Luxembourg, Malte, Chypre, Pays Baltes…

Le second argument révèle le motif réel qui sous-tend le découpage Hollande-Valls. Exit la solidarité et la coopération entre les régions. Exit la solidarité nationale. Vive la compétition vers le moins disant fiscal et social. Déjà on donne aux nouvelles régions un pouvoir réglementaire, première étape avant un pouvoir législatif. Il faut être stupide ou malhonnête pour croire qu’on sera plus compétitif parce que la région sera plus grande ou que Lyon fera mieux que Paris.

On a aussi parlé d’économies mais aucun chiffrage sérieux n’a été fait. En attendant, la gabegie est bien réelle : que va devenir le siège tout neuf du CR d’Auvergne ?

 

Le modèle de « décentralisation », version Valls-Hollande, est fondé sur deux principes dominants :

- la compétition territoriale. Il faut donc des entités avec une population nombreuse et une économie forte. Le but de la gestion d’un territoire consistera à créer de l’attractivité pour attirer les investisseurs. Les nouvelles « Métropoles » devront se livrer une guerre sans merci pour conquérir, au dépens des autres, les activités porteuses.

- la réduction du pouvoir des citoyens. Avec les grandes régions, on éloigne le citoyen du centre de décision. Ce sera encore mieux si on arrive à réduire les compétences des départements ou à les supprimer.

Symbole de cette politique, la suppression, en mars 2014, de la DATAR (Direction à l’aménagement du Territoire et à l’attractivité Régionale) noyée maintenant dans un vague Commissariat à l’égalité des territoires. Il n’est plus question d’aménagement mais de déménagement.

Les conséquences sur les services publics

La fusion va avoir de graves conséquences sur les services publics en Auvergne, à commencer par le départ de toutes les directions régionales.

Ce sont sans doute plus de 2000 emplois publics qui vont être transférés à Lyon (ou à Bordeaux).

Quelques exemples concrets du «grand déménagement » qui se prépare. Considérons le secteur de l’Education Nationale : les lycées et leurs personnels non-enseignants vont être gérés à Lyon. Le Ministère étudie sérieusement l’hypothèse d’une seule académie par région : exit le Rectorat de Clermont-Ferrand. La grande idée des néo-libéraux et des adorateurs du « modèle allemand » est de faire éclater le Ministère de l’Education Nationale.

Considérons les transports ferroviaires. Direction Lyon ! On a déjà supprimé la liaison directe Clermont-Marseille, le changement à Lyon-La Pardieu est maintenant une obligation. Les liaisons vers le Limousin et Bordeaux deviennent problématiques. Peu à peu, l’Auvergne devient un cul-de-sac ferroviaire.

Nous avons conscience que le Massif Central et plus particulièrement l’Auvergne sont des zones de montagne (42% des auvergnats vivent au-dessus de 600 m d’altitude, c’est plus que les rhônalpins). Il y a d’autres projets à développer que l’aberrante et coûteuse installation d’une ligne TGV vers Paris. La nouvelle région prendra-t-elle mieux en compte les besoins des citoyens qu’elle ne le faisait avant ?

 

L’ombre de TAFTA :

Depuis deux ans maintenant (et en grand secret), l’Union Européenne négocie avec les USA, un traité commercial transatlantique (dit TAFTA), uniquement axé sur la compétition et la concurrence « libre et non faussée » (chère à Bruxelles et aux libéraux au pouvoir dans l’Union Européenne). Pour cela il faut abolir les derniers droits de douane (essentiellement agricoles) et, pire encore, supprimer toute « contrainte » sociale, environnementale ou sanitaire. Bonjour le poulet chloré, le bœuf aux hormones, les OGM et le Gaz de Schiste, (pour ne citer que quelques exemples).

Ce traité, s’il aboutit, verra les Etats et les collectivités territoriales (en première lignes les régions dotées de la compétence « économique ») entrer en concurrence, pour « attirer » les grandes firmes multinationales censées apporter le développement économique, la sacro sainte croissance et l’emploi !

On en connait les conséquences : chômage, délocalisation, désertification des territoires déjà défavorisés, fermeture des services publics, etc.

Cette réforme (grandes régions, avec métropoles et compétence économique quasi exclusive) semble être le costume sur mesure pour TAFTA !

 

Pour le maintien d’une capitale régionale dans le Massif Central

La fusion de l’Auvergne et de Rhône-Alpes aboutit à la création d’un monstre s’étendant sur 69 711 km2 soit autant que la Belgique et les Pays-Bas réunis.

Dans un ensemble de 7,7 millions d’habitants, les auvergnats ne vont pas peser très lourd. Au sein d’un Conseil Régional composé de 204 membres, les quatre départements auvergnats disposeront au total de 44 représentants, à peine plus que la métropole de Lyon (37 représentants), nouvel avatar de la réforme territoriale.

Il est à craindre, qu’à terme, le nombre de ces représentants soit moindre, car, dans le nouvel ensemble, l’Auvergne, avec 18% de la population, ne peut légitimement revendiquer plus de 38 élus.

Il faut noter la faible représentation de certains départements ruraux dans les nouvelles assemblées régionales : 6 conseillers régionaux pour le Cantal, 4 pour la Creuse.

Avec la disparition de la région Limousin, annexée par Bordeaux, on débouche sur la marginalisation du Massif Central (85000 km2) et son effacement de la carte administrative régionale.

Si on reporte sur une carte de France les nouvelles capitales régionales, on constate un grand vide. Entre Orléans et Toulouse d’une part et Lyon et Bordeaux d’autre part, il n’y a plus rien.

La « nouvelle » région Auvergne Rhône-Alpes a 12 départements.

La France à 13 régions et ses métropoles (existantes et à venir) :

Lille, Rouen, Brest, Rennes, Paris, Strasbourg, Nantes, Lyon,

Bordeaux, Grenoble, Toulouse, Montpellier, Marseille, Nice.

 

Le Massif Central a besoin d’une capitale régionale et Clermont-Ferrand est la ville la mieux placée pour jouer ce rôle.

 

Elle ne peut se mesurer à Lyon mais là n’est pas la question. Elle a au moins autant d’atouts que Dijon ou Orléans qui restent capitales régionales. Pour ce qui est du tracé de la région, ce qui doit prévaloir, c’est son étendue. Elle doit rendre possible un minimum de démocratie.

On pourrait peut-être demander l’avis des populations concernées. Cela n’a visiblement pas effleuré l’esprit de nos élus et de nos ministres. On est stupéfait de constater avec quelle facilité les élus ont accepté le nouveau découpage. Que de trahisons ! Que de reniements ! La perspective d’aller siéger dans l’ancienne capitale des Gaules semble avoir tourné les têtes.

 

Quelques exemples de distance entre un chef-lieu de département et sa nouvelle capitale régionale : (Trajet le plus court en temps)

Aurillac-Lyon : 313 Kms en 3H26 (Aurillac est à 2H02 de Clermont-Ferrand) Guéret-Bordeaux : 291 kms en 3H14 (Guéret est à 1H 41 de Clermont-Ferrand) Mende-Toulouse : 254 kms en 2H59 (Mende est à 1H58 de Clermont-Ferrand)

 

Vers la suppression des communes ?

Un rapport présenté au Sénat envisageait de diviser par deux le nombre de communes en France !

La réforme territoriale prévoit (pour l’instant) de regrouper les communautés de communes existantes. La norme sera de 20 000 H, par regroupement (ramenée à 5 000 en zones peu peuplées avec un maximum de 50 communes !)

Ces nouvelles communautés se verront dotées de compétences étendues, « enlevées » aux communes qui n’auront plus la compétence générale (c’est-à-dire la possibilité de prendre en charge les sujets de leurs choix).

On va doucement vers des communes qui n’auront plus rien à gérer, si ce n’est le pouvoir « de police » (pour mieux contrôler les populations ?)

La commune, lieu de démocratie de proximité, est appelée à disparaître au profit d’entités correspondantes à la logique libérale, pour se fondre dans les nouvelles régions.

 

Et les départements ?

Après avoir envisagé de les réduire à une simple représentation du pouvoir de l’état (préfecture sans conseils élus !), le gouvernement a fait provisoirement marche arrière mais les nouvelles métropoles n’en feront plus partie.

Le transfert de compétences aux nouvelles régions, ne va laisser aux départements que la solidarité (ramenée à sa plus simple expression), l’entretien des routes (avec quels moyens ?) et la gestion des collèges (sans contrôle sur les transports scolaires !)

La nouvelle organisation territoriale, ainsi dessinée, est claire : de grandes communautés de communes (en concurrence locale, évidemment), de grandes régions (en compétition internationale), des « Métropoles » qui vont siphonner les emplois.  Quid de la démocratie, de la gestion des territoires, des services publics pour tous, de l’expression des citoyens, du respect des cultures locales, de la répartition des activités, de l’agriculture paysanne, de la protection de notre environnement, de notre santé, de l’éducation ????

Pour une autre réforme : 

Une vraie réforme des collectivités territoriales devrait reposer sur les principes suivants : 

- Garantir l’unité et l’indivisibilité de la République Française en faisant de la loi nationale le garant de l’égalité de tous les citoyens

- Donner la prééminence à une logique de coopération et de solidarité entre les territoires et entre les territoires et la nation

- Soumettre toutes les autorités à la légitimité démocratique de la souveraineté populaire à travers le suffrage universel et le contrôle citoyen.

 

Ne nous laissons pas faire :

Une fois de plus une minorité de décideurs choisit à notre place, c’est peut-être bien une fois de trop !

Il n’est pas trop tard, toute réforme peut être remise en cause ! 

Les prochaines élections régionales (décembre 2015) doivent être l’occasion pour que les citoyens s’expriment en refusant ce jeu de dupe et en exigeant du gouvernement qu’il suspende cette réforme inapte et autoritaire !

Un collectif : « Pour une région Auvergne démocratique » (composé de citoyens d’origines diverses), se constitue, rejoignez le en signant l’appel qui vous est proposé.

 

Venez échanger et débattre avec nous

Mardi 19 mai 2015 à 20 h 00

Maison du Peuple à Clermont Ferrand

SOURCE:

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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 05:56

DIRECTEUR ENTREPRENEUR

 

À partir de la loi citée de 1991, en passant par l'ordonnance de 1996 et la dernière loi en date, la loi de 2009, une nouvelle forme de pouvoir politique et administratif se met en place pour gérer l'hôpital. Cette nouvelle forme est calquée sur le modèle de la grande entreprise transnationale : la "gouvernance", et en particulier la distinction entre la direction stratégique (conseil d'administration et direction centrale) et direction opérationnelle (unités de production de biens et services, filiales). La loi de 2009 dit explicitement que l'État fixe les grandes orientations de la politique de santé publique.

 

La loi de 1991, par son article 8, confère au directeur l'autorité sur l'ensemble des personnels, et donc sur les personnels médicaux.

Mais c'est surtout dans la loi de 2009, article 10, que les pouvoirs du directeur sont renforcés. Le directeur conduit la politique de l'établissement, a le pouvoir de nomination et autorité sur l'ensemble du personnel, est ordonnateur des dépenses. Mais aussi,

1° après consultation du directoire, il conclut le contrat pluriannuel avec le directeur général de l'ARS ;

2° il décide, conjointement avec le président de la commission médicale d'établissement, la politique d'amélioration continue de qualité et de sécurité des soins ;

3° il arrête le bilan social et définit la politique d'intéressement ;
4° il détermine le programme d'investissement ;
5° il fixe les prévisions de recettes et de dépenses [=le budget] ; (...)
7° il arrête l'organisation interne de l'établissement ; (...)
11° il conclut les délégations de service public [=le transfert des missions de service public à des services ou des établissements privés] ; (...) 14°à défaut d'accord avec les organisations syndicales il décide de l'organisation du travail et des temps de repos.
En bref, un vrai patron, un entrepreneur, ou presque, étant donné la spécificité et les compétences professionnelles des médecins.

 

Depuis la loi n°86-33 du 9 janvier 1986, les personnels hospitaliers, autres que les médecins, chirurgiens, odontologistes et pharmaciens, forment avec les personnels secondaires, la fonction publique hospitalière. Ce qui caractérise les personnels de l'hôpital, c'est le fait que, après leur recrutement par concours, ils sont nommés dans leur poste par le directeur. C'est sans doute la raison pour laquelle la fonction publique hospitalière a été détachée de la fonction publique d'État.

Mais, alors que les agents contractuels étaient jusque là l'exception, pour les cas de démission ou de vacance de poste, la loi citée de 1991 (article 8, Section IV) généralise la possibilité de recruter des agents contractuels, en particulier comme médecins.

 

 

L'informatique médicale comme gestion économique des soins

Comment s'exercent la gestion et le contrôle des hôpitaux et cliniques ? Outre le contrôle au moyen de la contractualisation, depuis le milieu des années 1980, un des moyens privilégiés consiste dans l'informatique médicale baptisée, bizarrement, programme médicalisé des systèmes d'information (PMSI). C'est bizarre, en effet, car c'est un système informatique appliqué aux actes médicaux, plutôt qu'une intégration de l'informatique dans les activités médicales.

Là aussi, comme pour la tarification à l'activité, cette méthode de gestion a été mise au point au point aux États-Unis. C'est le résultat obtenu en 1980 par Robert B. Fetter, professeur à l'université Yale, spécialiste de l'organisation de la production industrielle, et par son équipe, dont faisaient partie des médecins. L'article de 1980 expose d'une part les raisons et d'autre part la méthode qui ont conduit à élaborer un logiciel de gestion des hospitalisations, en parallèle et en complément de la tarification à l'activité. Les raisons de la codification informatique ainsi réalisée tiennent d'une part à la finalité de maîtrise des dépenses (cost containment) et d'autre part à l'objectif de faire fonctionner l'hôpital comme une industrie. L'hôpital, pris comme entité économique, ressemble à une firme multiproduits. Afin d'analyser l'économie de l'hôpital, il faut alors s'appuyer sur l'analyse par projet (exemple donné : le projet Apollo de la NASA), car cette méthode permet de prendre en compte et de réunir toutes les opérations et tous les coûts de production qui sont affectés au projet et qui s'intègrent dans un produit final.

La finalité à long terme de cette procédure consiste à déterminer le coût et l'utilité (cost and value) de toute activité de soin. Cette procédure permet de séparer le soin au sens strictement technique et l'hôtellerie (chambre, repas, blanchissage, etc.). On peut ajouter qu'elle permet de séquencer, de tayloriser, les activités de soins par exemple en intervention chirurgicale et soins infirmiers, soins de suite ou de réadaptation. Elle permet de déterminer la performance d'un hôpital et de la comparer à celle des autres hôpitaux, ce qui représente une nouvelle forme de concurrence dans les activités de soins.

 

Pour quelles raisons, dans les années 1980 aux États-Unis, dans les années 1990 en France, une forme de "démarche qualité" est devenue une méthode de gestion appliquée à la médecine d'hôpital ? Cette insistance sur la qualité des soins, aussi bien au niveau des institutions que dans les pratiques d'évaluation a quelque chose d'étonnant. Les médecins, chirurgiens, infirmiers, etc., n'auraient-ils pas soigné, et bien soigné, les malades ?

Parmi ces raisons, il en est une qui reste à l'arrière-plan, comme un fonds implicite d'arguments soi disant "légitimes". La gestion néolibérale des populations, de la main d'œuvre, tend à transformer les personnes en capital humain. Le "capital humain", en effet, est censé comprendre, outre l'éducation et l'aptitude à la mobilité professionnelle, la santé31. Du point de vue des classes dominantes, les rapports à la maladie et à la santé n'intègrent plus alors seulement la gestion classique de la santé publique et de la main d'œuvre, mais les personnes comme capital humain et leur profil individualisé de risques. Ainsi, les dépenses affectées à l'hôpital tendent à être converties en investissement.

 

CONCLUSION
L'invention du "médico-économique"

À partir de 1970 surtout, l'hôpital n'est plus vraiment géré par la commune sous la responsabilité du maire comme il l'avait été depuis 1795.

L'étatisation de l'hôpital se traduit par le renforcement du pouvoir politique du ministère chargé de la santé, pouvoir politique maintenant centré sur la stratégie de santé publique. L'étatisation se traduit également par le renforcement du pouvoir administratif de la direction. Plus exactement, le directeur, qui est nommé par le ministre, a pour rôle de convertir la politique en administration. Ce renforcement des pouvoirs politique et administratif entraîne la prolifération de règlements et de normes. Depuis 1991, et surtout depuis les années 2000, ces renforcements se combinent avec la tendance à transformer le directeur en patron d'hôpital et les chefs de pôles d'activité, qui sont des médecins, chirurgiens, etc., en patrons des services. Ce renforcement se réalise selon une double tendance. D'une part, la gestion administrative, qui est mise en œuvre par le directeur, n'est plus seulement comptable et réglementaire mais touche à la médecine et à l'organisation des services, et cela via le projet d'établissement. D'autre part, en contrepartie, et selon les résistances et les mouvements sociaux, les médecins et les autres personnels sont plus ou moins associés ou intégrés à la gestion administrative au travers du conseil de surveillance et de leurs organes représentatifs.

 

 

Il paraît étonnant que ces méthodes de gestion aient été importées des États- Unis. Car le système de soins états-unien est très différent. D'une part, les hôpitaux sont gérés par des fondations privées. Certes, pour la plupart des hôpitaux (80%), ces fondations ont un statut à but non lucratif. Mais celles-ci n'en ont pas moins adopté les méthodes néolibérales du management d'entreprise. D'autre part, mise à part l'assistance aux pauvres (Medicare et Medicaid), les systèmes d'assurance états-uniens sont eux aussi privés. Plus généralement, les inégalités entre médecine des riches et médecine des pauvres y sont clairement marquées.

Cela paraît moins étonnant si l'on tient compte d'une part du parti-pris idéologique néolibéral qui s'exprime dans l'imitation des États-Unis et d'autre part de l'objectif visant à transformer le système de soins en industrie de la "santé" et l'hôpital en entreprise.

 

La médecine d'hôpital est modifiée et transformée non seulement par les méthodes néolibérales de gestion mais aussi par l'ensemble de ses spécialités. La médecine d'hôpital est devenue biomédecine, servie, mais aussi conditionnée, par un ensemble de biotechnologies médicales (greffes d'organes artificiels, xénogreffes, etc.). Comme biomédecine statistique, elle construit des groupes, des populations à risques de sorte que chaque personne : enfant, femme enceinte, personne âgée, fumeur, etc., fait ou peut faire partie d'un groupe à risque. Par là, elle affirme sa tendance à médicaliser la vie humaine, de la naissance à la mort.

 

De là les fictions de l'enfant parfait, de la santé parfaite. La "santé" est interprétée selon un calcul des risques de maladies. On est en "bonne santé" si les risques sont réduits. Réduire les risques implique alors, pour la "santé", une vie aseptisée, purifiée des facteurs pathogènes, des normes concernant le régime de vie. La fiction de la santé parfaite43 exprime le zéro défaut étendu au "capital humain", au "capital génétique". C'est là une fiction de surhumanité, d'humanité délivrée des contingences physiologiques : l'enfantement, la douleur, le vieillissement. Bien plus, des équipes de biologistes, d'abord aux États-Unis, en relation avec le NIH (National Institute of Health) et le ministère de l'énergie (Department of Energy) pour le financement, ont lancé le projet d'analyse complète du génome humain. Cet objectif est repris par le gouvernement des États-Unis, auquel se sont ralliés les principaux gouvernements européens. C'est la naissance du projet Génome Humain (HUGO : Human Genome Organization, 1989) qui mobilise ainsi les chercheurs des États-Unis et d'Europe principalement et qui, sous le contrôle des gouvernements, présente une ampleur analogue au projet Manhattan (la bombe A). Ces biologistes, dont beaucoup, aux États-Unis en particulier, ne sont pas médecins, n'en prétendent pas moins transformer les corrélations probabilistes (lois de l'hérédité de Mendel) entre d'une part facteurs génétiques ou "gènes" et d'autre part maladies ou risques de maladies en relations causales déterministes. Ces biologistes ont ainsi ouvert la voie à la notion de "maladie génétique" et prétendent construire une médecine prédictive. Les européens, aussi bien au niveau de la Commission Européenne en 1988, qu'au niveau de lois sur la recherche biomédicale, se sont opposés à la construction d'une médecine prédictive. Cependant, les examens et diagnostics prénataux, par exemple, changent de signification et peuvent entraîner un eugénisme "soft".

 

 

Plus globalement, l'hôpital devient un laboratoire, un champ d'expérimentation sur les vivants humains, un secteur de l'"économie de la connaissance". Sous la condition d'un consentement libre, éclairé et manifeste, des recherches biomédicales, non seulement à finalité thérapeutique, mais aussi à finalité non thérapeutique, sont autorisées en 1988.

 
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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 05:53

Je publie sur deux jours de larges extraits de travaux absolument remarquables de la Commission DLA37 sur l’hôpital public. Où il apparaît que cette institution est en voie de privatisation totale depuis une trentaine d’années, sous les coups de boutoir de la classe politique dans son écrasante majorité (Solfériniens et droite), selon des modèles qui nous viennent d’outre-Atlantique et d’outre-Manche.

 

La commission DLA37 (pour Décentralisation, LOLF, AGCS), est née en mai - juin 2003 du mouvement de grève déclenché en réaction à la réforme des retraites dans la fonction publique et à la loi de décentralisation. Elle est issue de l'Assemblée Générale de l'Éducation Nationale en Indre-et-Loire (37).

 

Elle s'est donnée pour but de faire une étude précise des textes, rapports, lois, décrets... concernant la « réforme de l'État » sous ses multiples formes (démantèlement des services publics, privatisations, logiques de gestion managériale, nouvelles formes et aggravation du contrôle social des populations...), de fournir des informations et des textes d'analyse diffusables.

 

La commission DLA37 n'est affiliée à aucune organisation syndicale ou politique, ce qui ne signifie nullement qu'elle soit "apolitique", au contraire. Elle s'attache à mettre en évidence et à combattre les logiques néolibérales qui transforment en profondeur la société, qui cherchent à anéantir toute forme de solidarité au profit d'une concurrence généralisée.

 

La commission DLA37 a vocation à s'inscrire dans toute initiative visant à organiser la résistance contre la logique néolibérale qui préside à la déconcentration et la décentralisation, à la liquidation des services publics, au démantèlement de la protection sociale... Elle participe aux rencontres, débats, réunions qui portent la critique sociale, et aux luttes collectives qui l'expriment.

 

 

 

LE MANAGEMENT NÉOLIBÉRAL DE LA MÉDECINE LES RÉFORMES DE L'HÔPITAL 1983-2009

COMMISSION DLA 37 (DLA : Décentralisation, LOLF, AGCS), mars 2015

 

 

Au cours des trente dernières années, depuis le décret du 11 août 1983 réformant l'organisation financière des hôpitaux, se mettent en place très progressivement les réformes néolibérales de l'hôpital, et cela, entre autres, au moyen d'une surproduction de textes législatifs et réglementaires.

Cependant, comme en témoigne la loi du 27 juillet 1999, qui crée une couverture maladie universelle, depuis les années 1990, en raison des effets des crises et la "croissance" de la pauvreté, les services d'urgence des hôpitaux et cliniques retrouvent cette fonction de traitement des pauvres, des personnes qui ne peuvent plus faire l'avance des honoraires de consultation. Bien plus, par la loi du 21 juillet 2009 (article 1er, mission n°9 : lutte contre l'exclusion sociale), est réintroduite une forme d'assistance.

 

Depuis les années 1980 et 1990, l'hôpital est soumis à des vagues de réformes à répétition. Ces réformes, du point de vue des pouvoirs politique et administratif, sont censées satisfaire plusieurs objectifs : économique, la "maîtrise" des dépenses de santé, culturel par le changement de la conception et de la gestion de la médecine d'hôpital comme activité normée par de "bonnes pratiques", et politique par la réforme de l'État. Car, on va le voir, la réforme de l'État commence par l'hôpital, bien avant l'institution et la mise en place de la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finance, du 1er août 2001). Le tournant néolibéral se réalise entre 1983, par le décret cité qui inaugure la mise en place d'une comptabilité d'hôpital analogue à celle d'une entreprise privée1, 1987, avec l'institution, dans le cadre du ministère de santé, d'un comité national d'évaluation médicale, et 1991 par la loi n° 91-748 du 31 juillet 1991 qui fait obligation du projet d'établissement et du projet médical d'établissement (avec objectifs, dans une politique de qualité et d'évaluation des soins), et instaure l'expérimentation du budget par objectifs et de la tarification par pathologie (la future T2A).

 

Ces réformes néolibérales peuvent être soumises à la critique selon quatre dimensions :

(1) le changement de finalité des hôpitaux (du soin au "médico-économique") et de la conception du service public,

(2) les réformes de la gestion financière (comptabilité, tarification des actes et prestations),

(3) le renforcement du pouvoir administratif sur les médecins et sur les malades, renforcement qui se réalise entre autres par la contractualisation et la distribution géographique (les territoires de santé)

et (4) le management, la "gouvernance", par la qualité, qui modifie substantiellement la conception et la pratique des soins et de la "santé".

 

DE L'HÔPITAL PUBLIC AUX MISSIONS DE SERVICE PUBLIC

 

Les restructurations, suppressions et "redéploiements" qui ont lieu entre la fin des années 1980 et le début des années 2000, mais aussi le découpage administratif en missions, entraînent le fait que, si l'on met à part le cas des spécialités rares, l'hôpital, en particulier le centre hospitalier régional (CHR) qui dispose de l'ensemble des spécialités de médecine et de chirurgie devient une exception. Par conséquent, l'hôpital public passe d'un service universel, qui comprend tous les services de soins, à un service différencié et diversifié.

 

 

À cette finalité de "santé", s'ajoute une finalité économique : la maîtrise des dépenses de santé, dont les dépenses d'hospitalisation constituent une part importante. Tout d'abord, une règle des moyens constants sur toute la durée d'un plan Hôpital est établie dans la loi du 24 juillet 1987, dans la mesure où (article 9), si une activité de soins est autorisée pour un établissement privé dans un secteur sanitaire dont les moyens sont excédentaires, ces moyens, qu'ils soient publics ou privés, doivent être réduits d'autant. Cela vaut aussi pour les emplois budgétaires, réduits au minimum, ce qui contraint les personnels au travail à flux tendu.

 

C'est ce qu'on appelle hypocritement la "maîtrise médicalisée des dépenses de santé". Mais, en conséquence de cette "maîtrise", les hôpitaux publics se sont endettés (au total environ 30 milliards d'euros en 2013).

 

Progressivement, une nouvelle forme de planification s'impose.

La planification centralisée du ministère reposait sur une planification de moyens, une planification de service public, qui prenait en compte exclusivement ou presque l'hôpital public. L'institution d'un service public hospitalier en 1970 permet d'inclure dans la planification les établissements privés qui participent au service public hospitalier.

 

Cette planification est remplacée par une planification de type néolibéral, c'est- à-dire une planification qui fixe des objectifs et qui efface les différences entre hôpital public et clinique privée. En effet, le gouvernement fixe les orientations stratégiques de santé publique. Ces orientations sont codifiées, pour ce qui concerne les hôpitaux et cliniques, dans un plan Hôpital et dans les articles correspondants d'une loi de santé publique. Par contre, la planification des moyens en fonction des objectifs s'effectue dans le cadre de l'agence régionale de santé. En bref, au niveau gouvernemental revient la planification de la stratégie, et au niveau régional la planification opérationnelle, qui porte sur les hôpitaux et cliniques.

 

GESTION FINANCIÈRE : VERS L'HÔPITAL ENTREPRISE

Jusqu'au début des années 1980, l'hôpital possédait une comptabilité d'établissement public, comptabilité décomposée en recettes et dépenses. Mais, en tenant compte de l'histoire de l'hôpital depuis la révolution française, certains items des recettes et dépenses portaient sur les immobilisations de capitaux, les emprunts et amortissements, les rentes de biens immobiliers.

 

L'hôpital fait exception. Une comptabilité analogue à celle d'une entreprise capitaliste privée est introduite par le décret n°83-744 du 11 août 198311 (articles 4 à 28). Le budget d'un établissement de service public hospitalier se décompose en deux sections. Une section investissement comptabilise les autorisations de dépenses : remboursement du capital des emprunts, charges liées aux grosses réparations, etc., et les recettes : les subventions d'équipements, les amortissements des biens meubles et immeubles, etc. (respectivement articles 7 et 8). Une section exploitation, (articles 10, 11 et 12), rebaptisée ensuite fonctionnement dans l'ordonnance du 24 avril 1996, retrace les recettes et les dépenses correspondant aux activités de soin, dont les salaires et traitements des personnels. Cette présentation du budget permet la mise en place d'une comptabilité analytique, qui établit le coût complet d'une prestation, d'une activité de soin en lui affectant les charges directes (actes de soins, consommation de produits médicaux, salaires et traitements) et les charges indirectes (usage des autres services dans une activité de soin, charges fixes telles que l'entretien des bâtiments).

 

 

Ce n'est pas seulement par sa comptabilité que l'hôpital tend à être géré comme une entreprise. Les économistes de la santé et les gestionnaires ont voulu mettre en avant une productivité des activités de soins, et choisi de mesurer un des facteurs de la dite productivité par le taux d'occupation des lits sur l'année. Et ainsi, au moyen de la mesure statistique et de la gestion, les économistes ont créé une unité de compte de l'hôpital considéré et géré comme capital : le lit.

 

Tarification à l'activité (T2A) : vers l'hôpital productif

 

Quand la maîtrise des dépenses de santé devient, au début des années 1980, une finalité de l'hôpital, se pose le problème de neutraliser la durée plus ou moins longue de séjour hospitalier pour une pathologie. En effet, le prix de journée est alors considéré comme inflationniste et comme peu stimulant quant aux gains de productivité14.

 

Le tarif de prestation pour une pathologie est fixé à l'avance, a priori. C'est ce qu'indique bien l'exprension "prospective reimbursement" en anglais ("prospective" par opposition à "retrospective"). D'une part, le remboursement des actes et prestations n'est pas modifié en fonction du diagnostic précis et des soins qui sont effectivement délivrés au patient. D'autre part, en conséquence, la T2A limite l'impact de la durée du séjour hospitalier sur le calcul du tarif. Ainsi, la T2A présuppose, ou entraîne selon les cas, une normalisation des pratiques médicales en même temps qu'un rationnement des soins.

 

Depuis le 1er janvier 2006, l'hôpital, comme tout établissement public, est soumis aux règles de gestion de la LOLF. En particulier, le budget est construit par missions, programmes, et objectifs dotés d'indicateurs de résultats. Le budget doit être constant, hors inflation, pour une période de trois ans (actuellement, 2015-2017). Dans ce cadre, une fongibilité asymétrique prévaut. Autrement dit, si des investissements supplémentaires en matériel médical sont réalisés, des emplois d'un montant équivalent doivent être supprimés et ne peuvent être recréés durant la période. Mais la réciproque est rendue impossible : des postes de travail supplémentaires ne doivent pas être créés par réduction des investissements en matériel. En outre, une comptabilité analytique doit être mise en place (LOLF, article 30) selon la règle qui consiste à retracer le coût complet d'une politique publique jusqu'au dernier euro.

 

 

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18 avril 2015 6 18 /04 /avril /2015 05:34
De la misère ordinaire (9)
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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 05:52
France solférinienne : terre de liberté
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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 10:43

Je passe sur le fait que, pour être un haut dirigeant de la MGEN, il est plus qu’utile d’appartenir à un courant de pensée que je ne nommerai pas, que ces mêmes dirigeants bénéficient d’un logement de fonction qui ferait pâlir d’envie un Thierry Lepaon, je préfère pointer du doigt la formidable opacité de cette mutuelle. Lors des élections, essayez de constituer, avec quelques camarades et un vrai programme, une liste hostile aux dirigeants en place : vous m’en direz des nouvelles.

 

Assurément, la MGEN est victime de l’Europe « libérale » mise en coupe réglée par le capitalisme financier qui ne veut pas des mutuelles à la française. Assurément, la MGEN est victime de l’air du temps, avec ces djeuns profs qui se disent que, comme ils sont djeuns et en bonne santé, il est superflu de cotiser pour une mutuelle. Les sots ! Ils ne savent pas que 40 ans est l’âge idéal pour un premier AVC, que 50 ans est la zone où les fumeurs se font rattraper par une crise cardiaque et que 60 ans voit fleurir les cancers des femmes (seins, utérus) et des hommes (prostate). Et ils ne peuvent pas savoir, quoiqu’on puisse leur dire, que ces 20 ou 30 ans passent à une vitesse folle.

 

Le principe de toute mutuelle, comme de la sécurité sociale, est simple : je suis malade, tu paies, tu es malade, je paie. Avec en corollaire la notion que l’on cotise selon ses moyens et que l’on est soigné selon ses besoins. Mais ça, c’était avant. Avant le triomphe du sarkozysme mâtiné de solférinisme.

 

 

Partant du fait que les comptes de la mutuelle ne sont plus équilibrés, les dirigeants actuels proposent une différenciation des prestations. Une « réforme » pour faire – comme toujours depuis trente ans – mieux avec moins. Ils jurent que les principes mutualistes seraient préservés : solidarité intergénérationnelle, cotisations proportionnelles aux revenus etc.

 

Le nouveau fonctionnement serait le suivant (je reprends l’analyse de Sidoinec sur son blog) :

 

« À partir d'une offre globale qui correspond aux prestations actuelles, la possibilité serait donnée aux adhérents de choisir entre différentes options en fonction de leurs besoins de santé (sui conseils possibles de la MGEN), avec la possibilité de circuler entre ces différentes options en fonction de l'évolution de leurs besoins.

 

Ainsi seraient prévues des cotisations différenciées en 4 niveaux en matière de santé et en 5 niveaux en matière de prévoyance, chaque niveau correspondant à des prestations différentes.

 

Avec des taux de cotisation allant de 3,92% à 4,15%, les retraités cotiseraient toujours plus que les actifs (de 2,38% à 3,32%) avec deux niveaux de partition selon qu'ils ont moins ou plus de 70 ans. Les cotisations enfants seraient également réévaluées afin de limiter l'écart entre la consommation et la cotisation. »

 

Ce faisant, la MGEN accepterait la logique des assureurs privés. Je souhaite alors bien du plaisir à ma mutuelle (depuis 46 ans) : on trouve sur la toile des témoignages d’anciens adhérents qui sont partis chez Médéric-Malakoff (la société du frère de Sarkozy) et qui s’y trouve mieux qu’à la MGEN.

 

Je propose trois témoignages de déçus de la MGEN :

 

 

Ma mutuelle me propose la même prise en charge que la MGEN en cas de longue maladie. Cela me fait 15 euros en + chaque mois. Donc mutuelle 45 + 15. Je paye 60 euros par mois, fixe, sans que la cotisation augmente avec mon salaire comme la MGEN. Je suis mieux remboursée sur pas mal de choses, j'ai pris une option "médecine douce" qui me rembourse en partie mes séances d'acupuncture ou d'ostéopathie. Je suis ravie de ne plus faire partie de la MGEN et de ses méthodes dictatoriales et malhonnêtes pour nous retenir. Ils jouent énormément sur la prévoyance justement. Ils essaient de faire peur en disant qu'en cas de longue maladie, on ne sera pas complété. Or, de nombreuses mutuelles proposent la prévoyance. Je leur ai cloué le bec, quand je suis partie, en leur expliquant que ma nouvelle mutuelle m'offrait le même service mais moins cher.

 

Lorsque j'ai voulu quitter la mutuelle MGEN, j'ai d'abord appelé pour savoir comment m'y prendre. J'ai effectivement eu droit à un beau discours, sur ce qui allait m'arriver (de gros frais) si je voulais revenir un jour chez eux... les "avantages" que je perdrais...

J'ai pris un peu de temps pour y réfléchir mais je suis partie et je regrette juste de ne pas l'avoir fait plus tôt. Mon homme est à la MCDef (mutuelle obligatoire dans son entreprise) et couvre tout le monde pour le même prix !! Nous sommes donc 5 avec des frais de lunettes pour mon homme et ma fille et cela ne coûte que 70€/mois au foyer !

 

Depuis que mon conjoint ne travaille plus dans le privé, nous sommes tous les deux chez Malakoff. Nous payons 93 euros par mois pour nous deux. Au niveau remboursements : nous pouvons aller chez un praticien faisant payer 45euros sa consultation (dépassements d'honoraires pris quand même un peu en charge, important pour nous en RP), les montures sont remboursées à hauteur de 100 euros et les verres intégralement remboursés si l'on va chez des opticiens du réseau, et ils sont nombreux. Je ne sais pas ce que ça donne pour les frais dentaires puisqu'on n'a pas ces problèmes-là. On a pu moduler en fonction de nos besoins. Les vignettes orange ne sont pas remboursées en pharmacie par contre car on a décidé de faire sans lors de la modulation. Ils sont efficaces, et on a été très bien reçus à l'agence de St-Quentin en Yvelines.

Pour la prévoyance, je suis restée à mon ancienne mutuelle qui la proposait : Ociane. A partir de 3 mois d'arrêt, ils complètent pour que je sois à plein traitement. Je paie chaque trimestre une trentaine d'euros je crois.

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10 avril 2015 5 10 /04 /avril /2015 06:07

Journaliste de terrain comme il y en eut peu, Orwell écrivit de nombreux articles et essais sur les sous-prolétariats français et anglais, sur l'exploitation des colonisés en Birmanie, sur les ravages du chômage.

 

En 1928, à l'âge de 25 ans, il publia dans la revue française Le Progrès Civique une série d'article sur “ La grand misère de l'ouvrier britannique ”. Jean Rostand, Henri Lévi-Bruhl, H.G. Wells collaborèrent à cet organe qui refusa “ la distribution des fonds secrets à la presse ” et qui se définissait comme “ un journal de perfectionnement social ” par le biais d'une critique “ sans merci ” de la société.

 

Lorsqu'il collabore au Progrès Civique, Orwell est moins à gauche qu'il ne le sera par la suite. Il a du mal à se défaire d'une approche morale de la description de la misère. Cependant, il progresse lentement mais sûrement, comme quand il qualifie le chômage de “ récompense offerte au travailleur britannique en échange de ses services comme soldat ”.

 

Extraits de son article, rédigé en anglais mais traduit et publié en français :

 

Avant la guerre [la Première Guerre mondiale], le chômage n'était certes pas inconnu, mais les sans-travail, relativement peu nombreux, représentaient une quantité négligeable.

 

Ils constituaient, pour ainsi dire, la “ réserve de l'armée du travail ” et servait de régulateur pour empêcher une ascencion trop rapide des salaires ; on les utilisait aussi, de temps en temps, pour boucher les trous quand la main-d'œuvre venait à manquer. [… L'opinion publique envisageait la situation avec sérénité, en se disant que jamais la machine ne pourrait beaucoup se détraquer..

 

Mais vint la guerre, et soudain tout se détraqua. La concurrence, essence m^eme du commerce moderne, qui pousse les industriels d'un pays à rivaliser à outrance avec ceux d'un autre, en fut la cause.

 

[…] La guerre mit fin à la suprématie industrielle de l'Angleterre. Les pays non combattants, et notamment l'Amérique, détournèrent à leur profit la majeure partie de son commerce d'exportation. mais, pis encore, le reste du monde s'industrialisait plus vite qu'elle même.

 

[…] En Angleterre, la dualité de la propriété dans les régions minières occasionne une formidable déperdition de combustible, de labeur et d'outillage.

 

George Orwell sur le chômage

Des droits exorbitants sont payés aux propriétaires du sol sous lesquels passent les veines de charbon. En outre, chaque mine est dévorée par son groupe organisé de parasites : les actionnaires qui veulent des dividendes et, par suite, font hausser le prix du charbon.

 

Étant donné tous ces désavantages, peut-on s'étonner de ce que le charbon anglais ne trouve plus d'acheteurs ?

 

Pour remédier à cet état de chose, les capitalistes ont essayé de contraindre les mineurs à travailler pour un salaire insuffisant. Leurs efforts dans ce sens ont échoué mais, en attendant, le charbon polonais se vend à un prix de dix ou quinze francs inférieur au plus bas que puisse offrit l'Angleterre dans les conditions actuelles.

 

Il en va de même dans les aciéries et les filatures de coton. l'Angleterre paie cher aujourd'hui sa suprématie industrielle d'autrefois.

 

[…] Avec un ou deux millions d'individus affamés dans un pays, la révolution menace à bref délai, aussi comprit-on, dès le dès le début, que l'État devrait venir en aide aux sans-travail.

 

Finie la guerre, finie également la prospérité trompeuse et éphémère du temps de guerre. Aux soldatsq qui regagnaient leurs foyers, on avait dit qu'ils se battaient pour la civilisation “ pour un pays où des héros puissent vivre dignement ”, selon l'expression de M. Lloyd George [Premier ministre de 1916 à 1922] ; en bref que l'Angleterre d'après guerre serait un eldorado où la richesse irait de pair avec le confort.

 

C'est pourquoi le gouvernement passa hâtivement, en 1920, la loi d'assurances contre le chômage. […] Sage précaution contre la famine et la révolution.

 

[…] une légende absurde circule dans la presse conservatrice d'après laquelle le chômage est uniquement dû à la paresse et à la rapacité des travailleurs. Cette légende veut que l'ouvrier anglais n'ait d'autre but dans la vie que d'éviter tout labeur fatigant pour vivre. Et ce sont les inventeurs de cette légende qui ont inventé le terme “ aumône ” pour désigner les indemnités de chômage.

 

[… Il se peut que le chômeur soit célibataire. Dans ce cas il élira domicile dans une de ces vastes casernes (lodging houses) à l'usage des gens très pauvres. Il pourra, de cette façon, arriver à économiser un shilling ou deux sur son loyer hebdomadaire.

 

Ces logis sont exploités par d'importantes sociétés qui en retirent d'appréciables bénéfices.

 

Les locataires couchent dans d'immenses dortoirs où sont alignées 30 à 40 lits de sangle, comme ceux des soldats, séparés par un intervalle de trois pieds. [Orwell publiera en 1932, dans New Statesman and Nation, un article saisissant sur les common lodging houses, ou hospices].

 

Ils passent leurs journées dans des cuisines souterraines, creusées sous la rue, où ils peuvent préparer leurs aliments, quand ils en ont, dans des poêles à frire sur un feu de déchets de charbon. [ C'est là que le chômeur prend ses repas, consistant en pain  et en thé. Il passe, hébété, le cerveau vide, devant le feu, les longues heures qu'il ne consacrera pas à la recherche d'un travail. […] On comprend que, dans ces conditions, il aspire à travailler, à accomplir n'importe quelle besogne, même la plus répugnante et la moins rémunérée, car cette existence absolument vide, sans amusements ni distractions d'aucune sorte – et d'où la faim n'est jamais entièrement exclue – est d'une monotonie et d'une tristesse insupportable.

 

Orwell en 1930 sur une plage du Suffolk

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 05:28

Chaque fois que je le croisais rue Nationale à Tours (il se rendait à l’Hôtel de ville et je poussais dans un landau une de mes filles), je me disais : c’est vraiment un kleiner Mann. Cet homme qui rasait les murs n’était vraiment pas très avenant avec sa calvitie avancée et sa bouche molle. Sa petite taille n’était pas compensée par un port altier ou une démarche ample.

 

Bien sûr, l’impression était fausse, et je le savais bien. On ne devient pas président de l’université de Tours sur un claquement de doigts. On ne renvoie pas à ses chères études l’inamovible Jean Royer par un coup de dés. Comme dans toutes les grandes villes, le pouvoir à Tours a ses passages obligés. Pour exercer de grandes responsabilités, il ne faut pas être l’ennemi de la franc maçonnerie … ni celui de la base aérienne. A ma connaissance, Germain ne pilotait pas.

 

Cette histoire – folklorique vue de loin, mais les grandes villes ont leur côté Clochemerle – de faux mariages chinois traînait depuis des années. Germain savait qu’un jour il devrait franchir les portes de l’imposant palais de justice situées à cinquante mètres de son bureau. Il savait qu’alors on oublierait que, pendant ses trois mandats, Tours s’étaient modernisée et embellie.

 

Emporté par les effets de manche typiques de sa profession, l’avocat de Germain a prononcé des paroles qui, à terme, desserviront la mémoire de son client. Il a plagié Mitterrand en parlant de Germain « jeté aux chiens ». Nullement : durant l’instruction de l’affaire, la presse nationale ne s’est jamais acharnée sur le maire de Tours. Et le Sénat avait refusé de lever son immunité. Germain vivait dans le « déshonneur » ? Il avait donné son accord à une opération commerciale douteuse et à une mascarade à laquelle il participait de son plein gré, au profit d’une amie dont il avait facilité la carrière. Il ne pouvait pas suivre tous les dossiers ? Balivernes ! Rien ne lui échappait. Il savait tout.

 

 

Tout individu a ses limites. Germain n’aura pas eu la force de venir se défendre, non pas sur le banc d’infamie, comme le dit son avocat, mais devant la justice humaine.

 

Il se trouve qu’à une époque de ma vie, en quelques mois, plusieurs personnes qui m’étaient chères se sont suicidées. J’ai été amené à réfléchir à ce que Camus appelait « le seul problème philosophique vraiment sérieux ». Je suggère cette réflexion qui en vaut bien une autre : quels qu’aient pu être les souffrances, les ratés, les petitesses, les traumatismes d’un individu, en se supprimant, celui-ci nous dit qu’il sera désormais éternellement valable.

 

 

 

PS :  J'ai dans mes archives la photo d'un simulacre dans le simulacre : on y voit Germain, une Chinoise en mariée (mais qui était venue en France sans mari) et un employé (non titulaire) de la mairie habillé en marié, français de chez français. 

 

L'employé ne fut jamais titularisé. Je sais pourquoi.

 

Il a passé 19 ans dans sa mairie, mais il n'était au courant de rien, Germain.

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 05:03

Mélissa Deramecourt est caissière dans un hypermarché Auchan. Son mari est manutentionnaire dans le même établissement.  Ils n'ont pas d'enfants. Ils payent 650 euros d'impôts sur le revenu par an.

 

Leur employeur, Gérard Mulliez, gagne un milliard d'euros par an. Il réside en Belgique dans le célèbre village qui a accueilli Gérard Depardieu, cet autre grand patriote. Il a payé cette année 135 euros d'impôts sur le revenu.

 

La société de Gérard Mulliez est imposée à 1% sur les bénéfices.

 

Les truands ne sont ni Mulliez ni Depardieu. Ce sont les gouvernants européens qui permettent et organisent ce type de scandale.

 

 

 

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