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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 06:16

Claude Halmos. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?. Paris : Fayard, 2014.

 

Le seul petit problème que me pose le dernier livre de Claude Halmos est sa définition du mot « crise ». La psychanalyste définit le concept de « crise économique » par « une période de difficultés économiques accrues. » Si les mots ont un sens, « crise » (d’un mot grec signifiant décision, phase aigüe d’une maladie) renvoie à un phénomène brutal, violent, soudain. On parlera de crise cardiaque, ou de crise de foie. Par extension, on utilisera le terme crise pour qualifier une période soudaine de tensions, de conflits ou de déséquilibres : la crise des Balkans.

 

Depuis le milieu des années soixante-dix, l’immense majorité de la population mondiale subit tout autre chose qu’une crise. Il s’agit d’une guerre menée par l’hyper bourgeoisie contre les peuples, selon la constatation réaliste du milliardaire étasunien Warren Buffet en 2005, qui parlait, non pas de “ lutte des classes ” mais de “ guerre de classes ” (class warfare). Une guerre de positions, menée avec rigueur, savamment orchestrée, qui utilise toutes sortes de relais et de leurres. L’une de ces tromperies étant que la pénurie, le manque, « l’austérité » chère aux Solfériniens et à l’Union européenne, sont inévitables et inguérissables à court et moyen termes alors qu'ils sont des méthodes d'asservissement. Dans les pays du Nord, cette guerre a d’abord visé et frappé les marginaux, puis le prolétariat et enfin les classes moyennes, au point que dans la conscience claire de tous et de chacun – le livre de Claude Halmos l’expose et le démontre magistralement – s’est installée l’idée que cette guerre est totale, que ses victimes sont effectivement et potentiellement innombrables. L’auteur pense que cette guerre n’est pas forcément gagnable. Elle l'est, comme toutes les guerres … Même s'il est plus difficile de remonter une pente que de la descendre. Claude Halmos a d’ailleurs conçu ce livre comme une « arme » de « combat et d’espoir ». Selon elle, un retournement favorable de situation ne pourrait être réalisé avant une ou deux générations. Et elle postule que les enfants qui vivent aujourd’hui dans la misère économique, culturelle et affective ne s’en remettront jamais.

 

Le problème avec cette « crise », c’est qu’elle n’est généralement pas traumatique. Elle ne tombe pas sur les individus comme une catastrophe mais comme une lente fatalité. D’où ce conseil de l’auteur aux victimes : « Le monde vous fait payer sa maladie, c’est pour cela que vous allez mal. Et si vous ne supportez pas ce que vous avez à vivre, ce n’est pas parce que vous êtes fragile, c’est parce que c’est invivable. »

 

Plus qu’aucun autre, le système capitaliste nous fait croire que la vie sociale relève de l’avoir alors que, Claude Halmos le démontre, il relève de l’être. D’où la difficulté de cerner, par exemple, les causes et les conséquences d’un chômage soudain. Ce chômage frappe dramatiquement les jeunes : un sur cinq est toujours sans emploi après avoir quitté l’école. La tentation est de plus en plus banale, dans les « quartiers », de se débrouiller hors-la-loi en trafiquant, donc en intégrant et en cautionnant de manière extrême les codes de l’injustice et de la violence produits par la guerre systémique. Cette déviance rejaillit sur les parents qui se culpabilisent et excusent des vies sociales construites « sur le cadavre des rêves des jeunes, de leurs projet d’avenir, de leurs désirs. »

 

Le chômage relève de l’être dans la mesure où il débouche sur une mise à mort sociale. Il tue la vie d’avant car il efface l’image de ce que l’individu a pu être ; il tue la vie d’après car il empêche l’espoir. Et puis il y a le problème, fort bien exposé par l’auteur, de l’annulation de l’identité sociale. Aux yeux des autres et des pouvoirs publics, l’individu cesse d’être un boulanger, un commercial, un pompiste pour devenir et n’être plus qu’un « chômeur ». Qui que vous soyez, dès lors que vous franchissez les portes de Pôle Emploi, vous êtes inventorié comme « chômeur ». Vous n’avez plus de métier. Le licenciement vous a rayé du territoire de votre vie sociale, vous êtes « déraciné », « exilé ». Le traumatisme ne sera vraisemblablement pas soigné car le salarié licencié aura perdu tout contact avec le service médical de l’entreprise. D’où l’objectif des Solfériniens, pour plaire au patronat, de restreindre les prérogatives de la médecine du travail. Étant, de par la volonté des pouvoirs publics, en sous-effectif, Pôle Emploi peine à s’adresser de manière personnalisée aux chômeurs qui reçoivent des courriers type où ils ne sont pas même nommés. L’ancien travailleur n’est plus qu’un numéro. Après quelques mois, il subit une nouvelle condamnation symbolique : il est désormais en « fin de droits ». Il n’a donc, écrit Claude Halmos, « même plus le droit d’avoir le moindre droit ». L’argent qu’il reçoit ne correspond plus à celui de la protection sociale qu’il a alimenté en tant que travailleur, mais à celui de la solidarité nationale vécu comme de la charité, de l’« assistance », comme on dit dans la classe dirigeante. Et le chômeur doit inscrire sa détresse dans la durée : quatre enregistrés sur dix à Pôle Emploi le sont depuis plus d’un an. En tout état de cause, travailleurs comme chômeurs sont dans un isolement qui les empêche de réagir aux agressions patronales et politiques. Un exemple tout récent : il y a un an, “ Bulldozer ” Gattaz (c’est ainsi que ses admirateurs le surnomment affectueusement – il faut dire qu’il a l’humanité et la finesse de l’engin) met sur le tapis le problème du travail du dimanche. On entend des cris d’orfraie contre ce projet. “ Bulldozer ” le met en sourdine et fait jouer ses relais dans les médias qui en parlent savamment, toujours dans le même sens : cela va créer des centaines de milliers d’emplois (comme l’Euro, n’est-ce pas Delors ?). Ces jours-ci, Gattaz sonne Macron qui sort de ses cartons un projet ultralibéral auquel les patrons n’avaient même pas rêvé. Quinze militants de la CGT se battant en duel protestent. Isolés, les travailleurs perdent tout repère, toute conscience de classe. Le travail déréglementé sert d'abord à cela.

 

 

 

 

Perdre son emploi, c’est donc perdre son identité sociale, la sécurité matérielle, des liens sociaux, son métier, sa force. C’est devenir coupable, dévalorisé, honteux. Jusqu’en l’an 2000, se souvient Halmos, le chômage était globalement perçu comme relevant de la responsabilité du système économique. Depuis, le responsable du chômage est devenu – Sarkozy, Bertrand, Rebsamem aidant – le chômeur lui-même. Le chômeur se sent donc disqualifié dans son être, la pauvreté étant un état. Car, précise Claude Halmos, devenir pauvre, c’est devenir « un » pauvre.

 

Au bout de la dégringolade, le pauvre deviendra peut-être « SDF ». On ne reviendra pas sur cet acronyme des temps modernes qui ne dit pas les choses et masque toutes les réalités. Chacun sait aujourd’hui qu’entre l’avec domicile fixe et le sans domicile fixe, il n’y a qu’un pas. À Paris, la population de SDF a doublé entre 2000 et 2014. Un SDF sur trois travaille. Parmi les couples de SDF sans enfants, un sur deux n’a aucune ressource.

 

La misère est désormais massive. Selon les critères officiels, 8,8 millions de personnes sont considérées comme pauvres, dont 1,9 million pourvues d’un emploi. 55% sont des femmes. Deux retraités pauvres sur trois sont des femmes. 3,5 millions de personnes ont recours à l’aide alimentaire. Des millions d’enfants ne mangent jamais de légumes frais.

 

Claude Halmos n’oublie pas les vieux. Pardon : les séniors, vous savez bien, ces travailleurs qui viennent d’avoir cinquante ans. Le chômage est vécu  très durement pour eux car ils sont condamnés à prouver l’improuvable : leur utilité sociale selon les critères de rendement capitaliste. Des centaines de milliers d’individus se retrouvent en retraite forcée avant l’âge légal de la retraite, ce qui n’est pas arrivé à Juppé, l’un des premiers fossoyeurs, qui a bénéficié – légalement – d’une pension de l’État à cinquante-sept ans et demi. L’inactivité forcée est vécue comme une « mutilation », nous dit Halmos. La date de péremption arrive de plus en plus tôt. Pour lutter du mieux qu’ils peuvent contre ce largage, les travailleurs ont recours, non à l’absentéisme, comme le disent les démagos du style Sarkozy, mais au présentéisme. Il s’agit de montrer qu’on est disponible, même en dehors des heures statutaires, qu'on est en permanence au bout du téléphone sans fil, le doigt sur la couture du pantalon. D’où l’épuisement, le tristement célèbre burn-out.

 

Un plaisantin disait récemment qu’un électeur du Front national, c’était un électeur communiste qui avait été cambriolé deux fois. Il y a vingt ans, personne n’imaginait que des flopées de syndiqués, de communistes, voteraient facho. C’est pourtant ce qui s’est passé, par exemple, à Hénin-Beaumont où des cités d’ouvriers et de chômeurs ont basculé. La fin des solidarités a ouvert un boulevard au FN car les pauvres, en se trompant d’ennemi, ont fini par croire que le danger venait de l’autre soi-même. Traiter le plus grand nombre de façon inhumaine, nous dit Claude Halmos, revient à « ouvrir la porte à l’inhumanité. »

 

Que nous dit le préambule de la Constitution de 1946 ?

 

« Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés.

 

Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. »

 

Tiens donc.

 

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 08:08

Alain Tourret, député du Calvados, vice-président du Parti radical de gauche, a présenté vendredi 7 novembre 2014 à l’Assemblée nationale un rapport sur le budget de la fonction publique.

 

Un mot sur cet Alain Tourret. Son père, officier de cavalerie, fonda une famille nombreuse de sept enfants. Tourret fit des études de droit à l’université de Caen, où il enseigna quelques années, avant de devenir avocat. Comme député, Tourret n’a pas réalisé que des mauvaises choses. Il a lutté pour la disparition des fonds secrets, pour l’interdiction de l’amiante et pour l’indemnisation de ses victimes, pour le PACS et pour le mariage pour les homosexuels.

 

Dans ce rapport réalisé au nom de la commission des lois, il préconise :

 

  • de rétablir la journée de carence des fonctionnaires.
  • de créer une rupture conventionnelle pour les fonctionnaires.
  • de reprendre la politique, impulsée par Nicolas Sarkozy, de non remplacement d’une partie des fonctionnaires partant en retraite. Les collectivités ayant gelé ou taillé dans leurs effectifs seraient récompensées par une réduction, voire une annulation, de la baisse de la dotation globale de fonctionnement (DGF) prévue dans les prochaines années.
  • d’encadrer davantage les décisions d’avancement d’échelon dans les collectivités territoriales. Pour lui, les avancements ne devraient pas être systématiquement accordés à l’ancienneté minimale et devraient «tenir compte de la manière de servir des agents ».

 

Le député adresse ces propositions à Marylise Lebranchu, la ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, qui a lancé début octobre une négociation avec les syndicats sur « l’avenir de la fonction publique ».

 

Source : Parti ouvrier indépendant

 

 

La gauche de gouvernement s’en prend au statut des fonctionnaires
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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 06:33

Il a beau tout contrôler, le grand chef nord-coréen commet parfois des bourdes grosses comme lui.

 

Dans l'image qui suit, il est visiblement en visite dans une pouponnerie. Il n'a pas vu qu'un ours en peluche sodomisait allégrement un comparse. Et, même s'il a tous les droits, le grand Kim a oublié qu'on ne fumait pas dans un tel lieu. Vu la longueur de la cendre, il n'y a sûrement pas de cendrier à la ronde.

Le grand chef coréen en représentation

Plus classiquement, j'adore le type d'image suivante qui nous est régulièrement proposé, et qui montre le leader bien aimé (aux tempes désormais grisonnantes) entouré de fidèles collaborateurs souriants (toujours des hommes) dont deux ou trois sont systématiquement armés de carnets sur lesquels ils notent (à moins qu'ils fassent semblant pour la photo) le moindre propos de l'idole vivante.

Le grand chef coréen en représentation
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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 16:49

 

 

Samedi 15 novembre : manif’ contre la misère. On dit « contre l’austérité », cela fait politiquement correct. Beaucoup de militants et sympathisants du Front de gauche, plus encore du NPA (que l’on dit par ailleurs dans une mauvaise passe). Des Cégétistes, des militants de Solidaires. Et puis des associations pour le droit au logement, pour la régularisation des sans-papiers. Des pancartes dénonçant le gouvernement PS-Medef, la spéculation immobilière. Environ 3 000 manifestants.

 

Ce que je n’avais jamais vu en 50 ans de manifs’ en province : un encadrement important de très nombreux CRS style Mad Max, à l’avant de la manif’ et à l’arrière. Des dizaines de CRS dans les rues adjacentes au parcours (nous n’étions pas très loin de la préfecture). Et aussi ce dont les CRS et les gendarmes mobiles disposent dorénavant : des barricades en métal d’environ 2 mètres de haut, que l’on installe et désinstalle en deux temps trois mouvements et qui offrent un très bon abri aux hommes du « maintien de l’ordre ».

 

Dans ce domaine comme dans d’autres, les Solfériniens sont allés plus loin que Sarkozy.

Lyon : une manif’ très encadrée
Lyon : une manif’ très encadrée
Lyon : une manif’ très encadrée
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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 06:07

Tout … sauf une caméra Big Brother dans une rue à son nom en Catalogne. Certes, du temps d'Orwell, la Catalogne était de gauche, antifasciste, mais tout de même !

Orwell avait tout prévu
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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 06:48
Quand les hommes sont opprimés …

Quand les hommes sont opprimés, c'est une tragédie. Quand les femmes sont opprimées, c'est la tradition.

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 06:47

 

 

Comme le patronat sait que les Solfériniens « aiment » l’entreprise et que le ventre mou de l’Élysée n’a plus prise sur grand-chose, il va continuer sa surenchère sans fin contre les salariés, contre les droits des travailleurs, contre les conditions d’existence de la majorité des Français. Ce que le Medef apprécie chez les Solfériniens, c’est que des « réformes » impossibles sous un gouvernement de droite sont désormais dans l’air du temps, parfaitement réalisables – et réalisées. L’objectif du Medef est, pour le long terme, d’arrimer les syndicats et le gouvernement sur son terrain.

 

En décembre prochain, l’offensive du Medef battra son plein. Gattaz, que ses amis appellent affectueusement le « bulldozer », va exiger les « réformes » suivantes :

 

  • le droit de licencier sans raison
  • la fin des 35 heures
  • la légalisation de l’emploi de salariés étrangers hors du droit français
  • le droit de payer des salariés au-dessous du smic
  • l’annulation de l’obligation d’un minimum de 24 heures par semaine pour les travailleurs employés à temps partiel
  • la remise en cause des seuils sociaux
  • la fin du compte pénibilité
  • l’annulation de l’obligation d’informer les salariés de la cession de l’entreprise dans les PME
  • l’annulation de l’impôt sur les dividendes.

 

« Bulldozer » Gattaz envisagerait même d’obtenir du bénévolat au service des patrons. Le Medef demande également à la France de sortir de la convention 158 de l’Organisation internationale du travail (la France est un des pays qui a ratifié le plus de conventions de l’OIT) qui, depuis 1985, réglemente la cessation de la relation de travail à l'initiative de l'employeur, par laquelle tout licenciement doit être motivé. Sortir de cette convention mettrait par exemple en péril les droits des femmes enceintes.

 

L’action militante patronale se traduira dans les semaines qui viennent par des conférences de presse et, peut-être, par des manifestations de rue !

Le patronat français à l’offensive

Le nouveau cadeau de 40 milliards promis par le gouvernement (baisse des cotisations, hausse d’impôts sur les salariés et les retraités) ne suffit pas à la voracité du patronat. L’augmentation de 30% des dividendes en 2013 (record du monde), non plus. Pourtant le gouvernement ferme les yeux devant les 80 milliards de fraude fiscale et les 25 milliards de fraudes sociales des entreprises.

 

Le Medef est à peine satisfait de la grande « réforme » – dans le cadre des mesures de simplification des entreprises – concernant la médecine du travail. Le gouvernement propose pourtant de transférer aux médecins traitants la visite médicale d’embauche et les visites périodiques (à l’exception des activités difficiles ou dangereuses). Le gouvernement propose également de supprimer pour le médecin du travail le droit de demander l’aménagement d’un poste de travail pour un salarié ayant des problèmes de santé. Pour Manuel Valls et François Hollande (qui « aime les gens »), les visites chez le médecin du travail sont « chronophages et peu ciblées ».

 

La CGC elle-même se dit « offusquée » par ces projets. Elle a bien compris que si l’interlocuteur du travailleur est son médecin traitant,  il sera isolé car les problèmes collectifs d’hygiène et de sécurité ne seront pas pris en compte. Dans un communiqué du 7 novembre 2014, l’association Santé et médecine au travail (une association d’employeurs au service de la prévention), a déclaré : « C’est la première fois, à notre connaissance, qu’un gouvernement se prétendant de gauche évacue si facilement son obligation constitutionnelle régalienne de préservation de la santé au travail des travailleurs, représentée par la médecine du travail.

 

Source : CGT Dieppe et L’Humanité 

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7 novembre 2014 5 07 /11 /novembre /2014 07:53

En Biélorussie ? En Ouganda ? En Crimée ?

 

Vous n'y êtes pas : dans notre cher et vieux pays solférinien !!!

 

J'ai déposé sur mon blog Mediapart l'article que j'avais publié ici même le 4 novembre sur les profs de Fac qui risquaient de ne pas être payés en décembre. Une collègue institutrice stagiaire a envoyé le témoignage pathétique qui suit.

 

En tant que retraité de l'Éducation nationale, je suis pleinement solidaire mais je me demande à quoi servent mes impôts, d'autant que ma femme et moi payons 400 euros de plus par mois en impôt sur le revenu depuis l'arrivée des Solfériniens au pouvoir.

 

 

Pas payés en décembre ? Mais il y a pire ! Certains ne sont pas payés depuis la rentrée !!!

 

Joëlle, instit sans salaire, dépannée avec des bons alimentaires

 

Joëlle : «Je n'avais jamais eu de problèmes financiers»

Avant cela, Joëlle ne s’était jamais sentie humiliée. Pourtant, à 53 ans, cette mère de famille de trois grands enfants montre avec amertume et déception le carnet de tickets alimentaires qu’elle est allée chercher aux services sociaux de l’Education nationale. « J’ai un certain âge, une carrière de militaire derrière moi et je n’ai jamais eu de problème 
financier, liste-t-elle. Je trouve cela scandaleux de proposer des bons alimentaires à des gens qui sont diplômés. »


Comment en est-elle arrivée là ? Contractuelle depuis trois ans, Joëlle a finalement passé le diplôme et enfilé, à la rentrée, sa nouvelle casquette de professeur stagiaire dans une école d’Aulnay-sous-Bois. Heureuse ? Oui. Ravie même ! Jusqu’à ce qu’elle constate qu’elle n’était pas payée, comme 230 autres collègues du département. Officiellement à cause d’un « problème technique », certains enseignants stagiaires n’ont touché aucun salaire ni acompte jusqu’à la semaine dernière. Un scénario catastrophe pour la plupart d’entre eux. Le 20 octobre dernier, Joëlle faisait donc partie des manifestants venus réclamer leur dû devant la direction académique de Bobigny. « C’est là qu’on nous a parlé des bons alimentaires pour la première fois, se souvient-elle. Il y avait une maman avec son fils qui expliquait qu’elle avait dû frauder dans les transports pour venir. Et qu’elle ne savait pas comment le faire manger le soir. » 


Alors Joëlle a demandé à avoir des bons alimentaires, davantage « par principe que par besoin ». « Ils nous ont dit qu’il fallait aller les chercher au rectorat de Créteil », poursuit-elle. Mais quelques jours après, les fameux tickets de 5, 10 et 20 € sont rapatriés à Bobigny. Avec trois autres enseignants non payés, Joëlle passe le cap et « réclame » des bons. « Il n’y avait que trois carnets disponibles à Bobigny, précise-t-elle. Nous étions quatre. On nous a dit qu’une personne ne pourrait pas en avoir.En réalité, ils étaient persuadés que personne n’oserait en demander. »

 

L'article du Parisien.

Les enseignants stagiaires de l’école supérieure de professorat et de l’éducation de Livry-Gargan ont manifesté ce mardi. (DR.)

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6 novembre 2014 4 06 /11 /novembre /2014 16:33

Avouez que vous ne l'auriez pas reconnu ! Il défilait contre la mort de Malek Oussekine. Aujourd'hui …

Qui est ce militant étudiant de gauche ?
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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 06:09

 

 

Depuis une quarantaine d’années, nulle part en Occident le paradigme ne s’est déplacé aussi violemment vers la droite qu'aux États-Unis. Un républicain modéré des années soixante ferait figure de gauchiste aujourd’hui. Ce mouvement a été concomitant d’une néantisation du politique au sens noble, c’est-à-dire normal du terme. La campagne des élections législatives partielles est, à cet égard, particulièrement affligeante (ce qui n’empêchera pas nos chaînes d’info de créer le besoin en en faisant des tonnes – mais ceci est un autre débat). Les programmes ne sont que des postures (voir le nombre de candidats et candidates se présentant une arme à la main : les cow boys et les cow girls sont de retour alors que les États-Unis ont perdu quasiment toutes les guerres entreprises par eux depuis la guerre du Vietnam). Le dialogue démocratique se réduit à des échanges orduriers, des coups bas, des propos diffamatoires. La médiocrité du personnel politique est de plus en plus patente, ce qui n’est pas anormal dans un pays où le pouvoir se situe ailleurs que dans l’espace public.

 

Parmi des dizaines de candidats tous plus bruts de décoffrage, tous plus aberrants, en un mot tous plus monstrueux (au sens originel du terme) les uns que les autres, j’ai choisi le sémillant (il a 87 ans) Edwin Washington Edwards, archétypique d’une geste politique qui donne le vertige et suscite des renvois gastriques.

 

Membre du parti démocrate, Edwards fut élu gouverneur de Louisiane à trois reprises entre 1972 et 1996. Pendant toutes ces années, sa popularité ne faiblit jamais. Interrogé sur cette faveur populaire, il déclara que personne ne pouvait le battre, à moins qu'il ne soit « pris en flagrant délit au lit avec un garçon vivant ou une fille morte ». En 2001, il fut condamné à dix ans de prison pour racket. En 2007, à l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, plusieurs personnalités demandèrent qu’il puisse bénéficier d’une grâce présidentielle. Cette grâce lui fut refusée. Il quitta la prison d’Oakdale en 2011 et bénéficia d’une libération conditionnelle. Il retrouva tous ses droits en février 2013.

 

Cette même année, il participa avec sa jeune femme Trina (elle a cinquante et un ans de moins que lui) à une émission de téléréalité, “ La Femme du Gouverneur ”. En février 2014, il annonça sa candidature à la Chambre des Représentants.

 

 

 

Edwin Edwards voit le jour en 1927 dans la paroisse d’Avoyelles, une des plus pauvres des États-Unis. Son père est un métayer créole à moitié français, de religion presbytérienne. Sa mère, Agnès Brouillette est une catholique francophone. Rejeton de colons louisianais, l’homme politique est fier de son ascendance cajun.

 

Dans sa jeunesse, Edwards veut être prédicateur. Après la guerre, il fait des études de droit et s’installe dans la paroisse d’Acadie car elle manque de juristes francophones. Il épouse en 1949 Elaine Schartzenburg, dont il a quatre enfants. En 1954, il est élu au conseil municipal de Crowley avec l’étiquette démocrate. Dix ans plus tard, il est élu au sénat de Louisiane contre le titulaire démocrate en poste depuis vingt ans. En 1965, il rejoint la Chambre des Représentants où il est réélu à trois reprises. En 1971, il devient gouverneur en bénéficiant du soutien des électeurs créoles et noirs. Le soir de l’élection, il remercie les organisations noires qui l’ont soutenu (en particulier la Southern Organization for United Leadership), une adresse qu’aucun homme politique n’a osée jusqu’alors. Lors de l’élection de 1972, sa campagne se résume à des attaques personnelles contre le candidat républicain David C. Treen.

 

En tant que gouverneur, Edwards reprend le flambeau du populiste Huey Pierce Long (1893-1935) Surnommé le « caïd » (kingfish), Long n’éprouva jamais de réelle aversion pour les idées fascistes. Edwards fait modifier la constitution de l’État pour renforcer les pouvoirs centraux. Il nomme sa femme au sénat de Louisiane pour terminer le mandat du défunt Allen J. Ellender, à la fois ségrégationniste et opposé à la guerre du Vietnam.

 

Dans les années soixante-dix, la Louisiane bénéficie du renchérissement du pétrole et du gaz. Edwards en profite pour taxer davantage ces produits, ce qui lui permet d’accorder plus de crédits à l’éducation et à la santé. Il est réélu sans problème en 1975. C’est alors que le soupçon s’installe. Il est accusé d’avoir reçu des aides financières illégales durant sa campagne. Il s’en sort par un « ils n’avaient pas le droit de me les donner mais j’avais le droit de les prendre ». Il passe beaucoup de temps dans les salles de jeux de Las Vegas où la mafia n’est jamais bien loin. Un de ses anciens gardes du corps est accusé d’avoir monnayé des attributions de postes publics. En 1976, Edwards et sa femme sont accusés d’avoir été corrompus par un courtier en riz coréen qui leur aurait versé 10 000 dollars en liquide. « Un cadeau d’amitié », prétendra Edwards.

 

 

 

La Constitution l’empêchant de solliciter un troisième mandat immédiatement après le second, Edwards se retire de la vie politique en laissant entendre que sa retraite n’est que provisoire. En 1983, il l’emporte contre le gouverneur républicain David Treen après une campagne où les dollars ont coulé à flot. Edwards dira de Treen que son esprit était tellement lent qu’il lui fallait une heure et demi pour regarder l’émission “ 60 minutes ”.

 

Peu après son élection, Edwards laisse entendre qu’il ne croyait pas à la résurrection du Christ et qu’il ne s’attendait pas à monter au paradis. Le scandale est énorme mais n’empêche pas une troisième réélection. Pendant la campagne, le frère d’Edwards, Marion David, s’était rendu en France et en Belgique pour réunir des fonds. Le casino de Monte Carlo s’en souvient encore.

 

Dans les années 80, les revenus du pétrole diminuent fortement. Edwards veut compenser cette chute en créant de nouveaux impôts. Le parlement de l’État accepte mais la popularité du gouverneur dégringole. En 1985, Edwards a de nouveau rendez-vous avec la justice pour corruption. Lui et des comparses sont accusés d’avoir touché deux millions de dollars de sociétés œuvrant pour les hôpitaux publics. Edwards est acquitté par des jurés (ses « pairs », dira-t-il) qui avait volé des serviettes éponge de l’hôtel où ils étaient confinés. Le procès avait traîné en longueur, ce qu’Edwards avait raillé en se rendant au tribunal à dos d’âne !

 

Pour renflouer les caisses de l’État, Edwards suggère de légaliser les jeux d’argent, ce qui contribue, à sa grande surprise, à le rendre encore moins populaire. Le sénat lui refuse la création d’une loterie d’État. Il perd l’élection de 1987. Pendant la campagne, ses adversaires popularisent le slogan : « Il faut tuer le dragon ». Comme on ne meurt jamais en politique, Edwards veut tenter sa chance en 1991. Contre lui, le suprémaciste David Duke. Face à un tel épouvantail, le président républicain des Etats-Unis en personne (George H.W. Bush) appuie sa candidature. Un slogan fait fureur : « Votez pour l’escroc, c’est important ». Edwards écrase Duke.

 

Durant cette nouvelle mandature, Edwards fait la part belle aux casinos et protège les LGBT contre toute discrimination dans les emplois publics. En juin 1994, après avoir épousé sa seconde femme, Candy Picou (née en 1964), Edwards annonce son retrait de la vie politique. Il laisse la Louisiane en piteux état. Les salaires des fonctionnaires sont rabougris, les enfants en échec scolaire sont légions, tout comme les bénéficiaires des allocations de survie et les mères célibataires. La population carcérale n’a jamais été aussi élevée.

 

Edwards reprend ses activités d’avocat à Baton Rouge.

 

En 1998, il est de nouveau poursuivi et condamné pour corruption active, racket, extorsion, blanchiment d’argent, fraude postale, fraude sur internet. Il promet d’être un « prisonnier modèle » tout comme il aura été un « citoyen modèle ». Il a alors 71 ans. Il engage en 2004 une procédure de divorce contre sa femme au motif qu’elle a « suffisamment souffert durant son incarcération. » Candy se remariera avec un type qui la battra comme plâtre. En prison, Edwards travaille comme bibliothécaire et il aide des prisonniers à préparer un examen d’enseignement général.

 

 

 

Deux anciens adversaires politiques d’Edwards demandent à George W. Bush la grâce présidentielle, ce que W. refuse en 2008. Tout comme Obama en 2011 qui ne répond même pas aux demandes.

 

L’un des frères d’Edwards, Nolan, anciennement procureur-adjoint pour la paroisse d’Acadie, fut assassiné en 1983 par un repris de justice à qui Edwards, en tant que gouverneur, avait accordé sa grâce. L’assassin se suicida une fois son forfait accompli.

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