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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 05:45

 

 

Une mésaventure, qui aurait pu très mal tourner.

 

Un de mes proches se tord de douleur. Cela fait 12 heures qu’il n’a pas uriné. Il ne s’affole pas : on lui a déjà fait passer un calcul.

 

En vrai homme de gauche, il se rend à l’hôpital Joseph Ducuing. Joseph Ducuing, autrefois « Varsovie », fut créé par l'état-major de l’Agrupacion de guerilleros españoles FFI de Toulouse en septembre 1944. Il s’agissait de soigner les blessés guérilleros qui s'étaient battus en France contre les nazis aux côtés de la Résistance. Je ne sais ce qu'il reste de ce glorieux passé.

 

Á l’accueil, on signifie à l’homme en souffrance qu’il n’y a pas de service d’urologie à Ducuing. Qu'à cela ne tienne : il suffirait, à titre préventif, de diriger le malade aux services des urgences pour qu’on lui pose une sonde urinaire. Hé bien non ! Il est dit au malheureux qui se tord de plus en plus de chercher un autre hôpital à Toulouse.

 

Il prend sa voiture, avec tous les risques que cela comporte (il y en a quand on trimballe un litre et demi d'urine dans la vessie), et trouve un hôpital qui veut bien l'accueillir. Une sonde est posée. L’hôpital qui l’a soulagé lui signifie qu’on lui fera une échographie « dans 15 jours ». Pourquoi ce délai ? Mystère. Ce proche est un travailleur de force qui va connaître deux semaines d'un confort très relatif sur les chantiers où il intervient.

 

Á Toulouse, quatrième ville de France, c’est ainsi que l’on soigne. Enfin, que l’on ne soigne pas.

Quand ta vessie explose à Toulouse
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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 05:39

Maurice Goldring, un de mes anciens collègues de Paris VIII, a récemment pris l'Eurostar puis un train bien anglais.

 

Dans la salle d’attente, vous déjeunez d’un croissant et d’un café assis sur une banquette en moleskine qui baigne encore du café précédent, recouverte des miettes de viennoiserie du train de 9.58. Une averse crève le toit de l’espace voyageur protégé par une bâche, des flaques d’eau reflètent le ciel gris. Des employés entourent les lacs d’indicateurs jaunes pour prévenir les glissades ; d’autres employés aspirent l’eau avec des serpillières. La file zigzague entre les points d’eau vers l’entrée des wagons de 1 à 10. L’Eurostar, ce n’est pas n’importe quel train, un groupe de jeunes parle à voix basse, on n’entend pas leurs tablettes, ils ne mettent pas les pieds sur les sièges. Je vous jure que c’est vrai.

 

 

Les valises ont été rangées, les journaux déployés, les feuilles à garder arrachées, la bouteille d'eau décapsulée, les vestes allongées sur le porte-bagages, nous sommes serrés comme dans un avion locauste et nous entendons un message urgent. D'habitude, on n'écoute pas les messages, qui vous disent le train où vous avez pris place se dirigent vers Saint-Pancras et mettez des étiquettes au bagage, depuis le temps qu'on voyage, on sait tout ça. Mais le message dit autre chose. Il dit que pour des raisons de sécurité, à la suite d'une "intrusion", tous les voyageurs, donc aussi Brigitte et moi, tous les voyageurs doivent prendre leur valise, descendre du train, ne rien laisser à bord, sortir du train, recommencer tout comme si on venait d'arriver, et qui est décrit plus haut, je ne vais pas recommencer, tout se passe une seconde fois, billets contrôlés, passeports aplatis, comme dans ce film avec Bill Murray, Un jour sans fin où chaque jour tout recommence pareil. Tout pareil.  Y compris un coup de téléphone avec arrêt. Sauf le petit déjeuner. Tout ça prend une heure et demi, une heure et demi de retard, on va avoir une sacrée compensation.

 

 

À partir de là, tout se déglingue. Arrivée à Saint-Pancras avec une heure et demie de retard, nous allons acheter des billets pour Liverpool à la gare de Euston. Environ un kilomètre de marche, le trottoir est en plus mauvais état que les trottoirs de Biarritz, mais Londres, c’est une capitale tout de même. Les roulettes se coincent, les poussettes dérapent, les chaussures trébuchent. Une demi-heure, le soleil brille. Nous demandons notre chemin vers la gare de Euston, les gens sont aimables et nous montrent la direction. Nous devions être à Liverpool à 19 heures pour un repas chinois. Le temps est mesuré. Nous ne pourrons pas manger le fish and chips dont je rêvais. Nous reprenons une place dans la queue pour les guichets sur un chemin marqué par des rubans bleus. Vingt minutes d'attente, canne et roulettes. L’employée du guichet nous explique que les trains de Londres à Liverpool et retour, selon l'horaire, selon qu’il est direct ou avec changement, selon la compagnie, le tarif varie de 80 livres à 600 livres. Vous avez bien lu. De 1 à 8. Donc évidemment nous prenons les billets à 80 livres, à ce prix, ce n'est pas direct, il faut changer à Statford. Le train part dans une demi-heure, sans déjeuner, à cause de l'intrusion Gare du Nord, sans doute un clandestin qui voulait se rendre en Angleterre. À lui tout seul, il a fait descendre près de mille personnes du train. On a les billets, on prend le train,  Mille personnes qu'il a dérangées ce jour-là. Malgré la perturbation, il me reste suffisamment de cœur pour penser à ce clandestin qui a dû maintenant quitter l’Eurostar pour le bitume de la Gare du Nord. Je ne vérifie pas la liste des gares, je regarde juste l’heure, il faut descendre à Statford. On prend le train, le train démarre, et nous descendons à Stegford parce que Statford n’est pas sur la liste des arrêts. On descend à ce qui est phonétiquement le plus proche, ce qui est d’une absurdité sans nom, et témoigne d’une certaine nervosité collective du groupe ensemble embarqué,  elle et moi, qui dans l’adversité tient bon, se tape sur l’épaule, mais comment peut-on descendre à une gare phonétique pour changer de train ? Stegford ou Statford. Pour aller à Vichy, descendez à Clichy. On se retrouve à Stegford, nous étions les seuls à descendre, Stegford est la petit gare d’un village desservi trois par semaine par une navette et c’est tombé sur nous. Personne ne descend avec nous qui aurait pu nous renseigner, pas une boutique à l’horizon pour une boisson et un biscuit, je rappelle au lecteur négligent que nous n’avions pas eu le temps de déjeuner en garde de Euston. Le quai est désert. Une rampe d’escalier aussi haute que les pyramides Incas est la seule issue. Brigitte monte les marches, je reste en bas avec les valises à roulettes immobiles. Là-haut, Brigitte discute avec un employé aimable, excité comme un pou, une telle aventure, une histoire qu’il pourra raconter le soir au pub, pendant des semaines, un couple de voyageurs égarés, affamés, à qui il a donné un verre d’eau, qui ont confondu Statford et Stegford. J’ai cherché sur mon ordinateur et j’ai trouvé un train pour Birmingham où ils devraient changer pour Liverpool et changer encore une fois à Statford. Ils ne seraient pas à Liverpool avant neuf heures du soir et pour le resto chinois, c’était râpé. Le monsieur disait à la dame, on s’est trompé de train et on aurait pu lire le sous-texte de ses paroles que la dame aurait pu mieux vérifier, ou bien qu’ils n’auraient pas dû descendre à Stegford et on pouvait entendre, tu t’es énervée et du coup on est descendu où il ne fallait pas, mais le verre d’eau a tout calmé et on sentait malgré tout, malgré un énervement passager (c’est le mot juste), malgré une irritation compréhensible, que entre ces deux-là, c’était du solide.  À Birmingham, le train pour Statford ne nous a pas permis d’acheter un paquet de biscuits, nous avons demandé au contrôleur si le train allait bien à Statford, cette fois, la prudence n’était pas excessive, il a regardé la liste et nous a d’abord dit non, et j’ai cru alors que ma compagne de voyage allait s’effondrer, puis il a vérifié encore une fois et il a dit, oui, effectivement. Vous changez à Statford, il faut prendre l’ascenseur et monter sur le quai numéro un, vous avez quinze minutes, vous n’aurez pas le temps d’acheter une bouteille d’eau et un paquet de biscuit, mais à neuf heures, nous dit le contrôleur à qui on a rien demandé, la plupart des hôtels servent une collation. Une petite gare de village, avec nos roulettes et la canne, et en reprenant un train pour Birmingham, on finit par arriver à LiverpooL. On a trouvé des places assises.

Prendre un train en Angleterre

À partir de là, tout se déglingue. Arrivée à Saint-Pancras avec une heure et demie de retard, nous allons acheter des billets pour Liverpool à la gare de Euston. Environ un kilomètre de marche, le trottoir est en plus mauvais état que les trottoirs de Biarritz, mais Londres, c’est une capitale tout de même. Les roulettes se coincent, les poussettes dérapent, les chaussures trébuchent. Une demi-heure, le soleil brille. Nous demandons notre chemin vers la gare de Euston, les gens sont aimables et nous montrent la direction. Nous devions être à Liverpool à 19 heures pour un repas chinois. Le temps est mesuré. Nous ne pourrons pas manger le fish and chips dont je rêvais. Nous reprenons une place dans la queue pour les guichets sur un chemin marqué par des rubans bleus. Vingt minutes d'attente, canne et roulettes. L’employée du guichet nous explique que les trains de Londres à Liverpool et retour, selon l'horaire, selon qu’il est direct ou avec changement, selon la compagnie, le tarif varie de 80 livres à 600 livres. Vous avez bien lu. De 1 à 8. Donc évidemment nous prenons les billets à 80 livres, à ce prix, ce n'est pas direct, il faut changer à Statford. Le train part dans une demi-heure, sans déjeuner, à cause de l'intrusion Gare du Nord, sans doute un clandestin qui voulait se rendre en Angleterre. À lui tout seul, il a fait descendre près de mille personnes du train. On a les billets, on prend le train,  Mille personnes qu'il a dérangées ce jour-là. Malgré la perturbation, il me reste suffisamment de cœur pour penser à ce clandestin qui a dû maintenant quitter l’Eurostar pour le bitume de la Gare du Nord. Je ne vérifie pas la liste des gares, je regarde juste l’heure, il faut descendre à Statford. On prend le train, le train démarre, et nous descendons à Stegford parce que Statford n’est pas sur la liste des arrêts. On descend à ce qui est phonétiquement le plus proche, ce qui est d’une absurdité sans nom, et témoigne d’une certaine nervosité collective du groupe ensemble embarqué,  elle et moi, qui dans l’adversité tient bon, se tape sur l’épaule, mais comment peut-on descendre à une gare phonétique pour changer de train ? Stegford ou Statford. Pour aller à Vichy, descendez à Clichy. On se retrouve à Stegford, nous étions les seuls à descendre, Stegford est la petit gare d’un village desservi trois par semaine par une navette et c’est tombé sur nous. Personne ne descend avec nous qui aurait pu nous renseigner, pas une boutique à l’horizon pour une boisson et un biscuit, je rappelle au lecteur négligent que nous n’avions pas eu le temps de déjeuner en garde de Euston.

 

Le quai est désert. Une rampe d’escalier aussi haute que les pyramides Incas est la seule issue. Brigitte monte les marches, je reste en bas avec les valises à roulettes immobiles. Là-haut, Brigitte discute avec un employé aimable, excité comme un pou, une telle aventure, une histoire qu’il pourra raconter le soir au pub, pendant des semaines, un couple de voyageurs égarés, affamés, à qui il a donné un verre d’eau, qui ont confondu Statford et Stegford. J’ai cherché sur mon ordinateur et j’ai trouvé un train pour Birmingham où ils devraient changer pour Liverpool et changer encore une fois à Statford. Ils ne seraient pas à Liverpool avant neuf heures du soir et pour le resto chinois, c’était râpé. Le monsieur disait à la dame, on s’est trompé de train et on aurait pu lire le sous-texte de ses paroles que la dame aurait pu mieux vérifier, ou bien qu’ils n’auraient pas dû descendre à Stegford et on pouvait entendre, tu t’es énervée et du coup on est descendu où il ne fallait pas, mais le verre d’eau a tout calmé et on sentait malgré tout, malgré un énervement passager (c’est le mot juste), malgré une irritation compréhensible, que entre ces deux-là, c’était du solide.  À Birmingham, le train pour Statford ne nous a pas permis d’acheter un paquet de biscuits, nous avons demandé au contrôleur si le train allait bien à Statford, cette fois, la prudence n’était pas excessive, il a regardé la liste et nous a d’abord dit non, et j’ai cru alors que ma compagne de voyage allait s’effondrer, puis il a vérifié encore une fois et il a dit, oui, effectivement. Vous changez à Statford, il faut prendre l’ascenseur et monter sur le quai numéro un, vous avez quinze minutes, vous n’aurez pas le temps d’acheter une bouteille d’eau et un paquet de biscuit, mais à neuf heures, nous dit le contrôleur à qui on a rien demandé, la plupart des hôtels servent une collation. Une petite gare de village, avec nos roulettes et la canne, et en reprenant un train pour Birmingham, on finit par arriver à LiverpooL. On a trouvé des places assises.

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 15:36
Rébecca a beaucoup appris chez Alain
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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 05:49

 

 

Sur une aire d’autoroute du sud-est. Je viens de conduire 250 kilomètres. Il fait une chaleur post-trumpienne. Je suis un peu abruti par cette canicule et les deux heures de volant. J’ai le cerveau lent (ouaf !).

 

 

Un type d’une cinquantaine d’années tenant une gamine par la main s’approche poliment de moi. Il me demande si je parle espagnol. Je réponds que non. Il s’adresse alors à moi dans un français compréhensible. Il me montre sa voiture, garée à côté de la mienne, une Laguna immatriculée en Haute-Garonne. Il m’explique qu’elle est tombée en panne sèche, qu’il aimerait rejoindre ses fils à Lyon et me demande 10 euros pour commencer à faire le plein de sa voiture.

 

 

Un habitué de cette aire d’autoroute me regarde d’un air amusé. Je flaire désormais l’arnaque.

 

 

Un Polonais se gare de l’autre côté de la voiture de l’Espagnol. Celui-ci lui met le grappin dessus. Il lui sert le même boniment. Le Polonais, qui ne parle que polonais et anglais, ne comprend pas. Je lui explique l’embrouille. L’Espagnol ne comprend pas un mot d’anglais. Malgré cela, le Polonais donne 5 euros à l’arnaqueur et va se désaltérer.

 

 

L’Espagnol croit que j’ai plaidé sa cause auprès du Polonais, me remercie chaleureusement et taille la route au volant de sa Laguna qui était en panne sèche…

 

 

Je m’informe sur le truand ibérique. Je peux expliquer au Polonais qu’il fait partie d’un petit gang de truands à la sauvette qui résident à demeure sur l’autoroute.

 

 

Le Polonais me dit qu’il a fait l’aumône, tout en flairant la combine, car il craignait, au retour de la cafétéria, de voir sa voiture rayée par l’Espagnol.

 

Sur une aire d’autoroute, j'étais attendu...
Sur une aire d’autoroute, j'étais attendu...
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9 août 2017 3 09 /08 /août /2017 05:56
Les soeurs sont des photographes comme les autres !
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8 août 2017 2 08 /08 /août /2017 05:33

 

 

Récemment, je rencontre dans une station balnéaire de la côte méditerranéenne un Anglais de mon âge, sympathique, très naturel. Il réside à demeure dans cet endroit, à 100 mètres de la mer. Il coule avec sa femme des jours heureux.

 

 

Avec les Anglais, dans ce genre de rencontre, c’est souvent tout ou rien : ou bien ils restent sur un quant-à-soi gênant, ou bien ils se livrent à la bonne franquette et sans complexe en se disant, soit que la rencontre n’aura aucune suite, soit qu’elle débouchera sur une vraie amitié. Mon Anglais appartient à la seconde catégorie.

 

 

Très vite, je sais tout de sa vie, de sa femme, de sa famille recomposée, de ses alcools préférés. Et puis, oserais-je le dire sans aucune fausse modestie, il est surpris par la fluidité et la précision de mon anglais oral, ce qui facilite la conversation et le libère. Il m’invite à boire un coup chez lui dans sa très jolie villa, dont il me confie, alors que je ne lui ai rien demandé, qu’il l’a achetée 600 000 euros et que, après des travaux réalisés avec beaucoup de goût (qu’il me fait apprécier de fond en comble), elle en vaut désormais 900 000.

 

 

Comme il a environ 70 ans, je lui demande, de manière rhétorique, s’il est, comme moi, retraité. Un Anglais de 70 ans résidant à l’année près d’Agde dans une belle maison avec piscine et qui se rend à la pêche au gros deux ou trois fois par semaine, est forcément retiré des voitures (notez bien cette dernière expression).

 

 

A ma grande surprise, il m’indique qu’il est toujours en activité, qu’il possède un garage dans la banlieue londonienne qu’il gère depuis sa tablette. Et il précise que lorsqu’il est sur son bateau, c’est son IPhone qui prend le relais. Comme j’ai l’air un peu dubitatif, il m’explique qu’il a installé 13 caméras de surveillance dans son entreprise, qu’il voit tout, en temps réel. Il communique par Skype avec sa secrétaire de direction ; il leur faut une demi-heure, le matin, pour planifier la journée, et elle lui transmet les éléments de comptabilité le soir par courriel.

 

 

Je l’imagine taquinant le merlu et envoyant à un de ses mécaniciens le message suivant : « Hé, Johnny, tu n’as pas rangé ta clé de 12 ! »

 

 

A peine ai-je le temps de me demander si je vais lui parler du Panoptique de Jeremy Bentham, qu’il me dit dans un sourire : « La technologie moderne, c’est quand même bien ». Je garde pour moi que j’ai beaucoup écrit sur 1984 d’Orwell et, surtout, cette réflexion de Staline selon laquelle un marteau peut servir à fracasser la tête du voisin ou, simplement, à enfoncer un clou.

 

 

Nous nous séparons copains comme cochons (les Anglais disent « as thick as thieves », aussi intimes que des voleurs).

Mécanique auto et techniques de pointe
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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 05:24

 

 

Á l’occasion de la disparition de Simone Veil, il a été de nouveau question – entre autres dans des enregistrements de l’ancienne ministre de la Santé – de la manière dont les déportés survivants des camps de concentration ont été accueillis en France, et des longues années qui se sont écoulées avant que les historiens, les médias, donc l’opinion publique, n’évoquent en détail la machine concentrationnaire.

 

Je sais que cet aspect étrange de l’historiographie des conséquences de la Seconde Guerre mondiale a fait l’objet, depuis une trentaine d’années, de nombreuses études historiques, sociologiques, psychologiques. Je n’ai rien à y ajouter, n’ayant aucune compétence particulière en la matière. J’évoquerai simplement ici un souvenir personnel qui apportera sa pierre au mur de méconnaissance et d’incompréhension qui a longtemps entouré la déportation et le massacre à échelle industrielle de plusieurs populations européennes, les juifs au premier chef.

 

Nous sommes en 1958. J’ai dix ans. J’habite Boulevard Basly à Hénin-Liétard et, par un beau jeudi printanier, je joue aux osselets chez deux amis frères dont les parents sont, comme les miens, instituteurs. Nous sommes sur la terrasse à côté de la cuisine où les parents de mes copains devisent avec un homme d’une quarantaine d’années que je ne connais pas. Je trouve étrange que ces adultes parlent à voix basse mais je préfère me concentrer sur mes osselets. Je vois bien que, de temps en temps, l’aîné des deux frères tend l’oreille. Intrigué, je fais comme lui et j’entends alors des mots glaçants que je ne connais pas ou que je ne rattache à aucun contexte: « concentration », « fours crématoires », « kapos », « affamé », « chiens policiers », « SS », « Auschwitz », « barbelés ». Je demande alors à l’aîné des deux frères s’il sait de quoi parlent les adultes. Il sait (mais pas son jeune frère) et ne m’en a jamais rien dit. En chuchotant, il m’explique longuement le système concentrationnaire.

 

Quand les camps de concentration étaient tus

 

La découverte de cette réalité abominable me sidère. Á la maison, la parole est plutôt libre (on parle beaucoup de la guerre d’Algérie), mais mes parents n’ont jamais évoqué devant moi cette horreur alors que les camps ont été libérés treize ans auparavant. En 1958, je ne sais pas ce qu’est un juif, d’autant qu’il n’y en a très peu dans le bassin minier du Pas-de-Calais.

 

De retour à la maison, je mets les pieds dans le plat et je contrains littéralement mes parents à m’en dire plus. Mon père finit par satisfaire à ma demande et m’apprend qu’un de ses oncles, déporté pour faits de résistance dans un camp de concentration, a été exécuté en 1944 dans ce même camp pour avoir élaboré une tentative d’évasion.

 

Plus jamais je n’évoquerai avec mes parents leur appréhension, leur gêne, leur mutisme qui resteront pour moi un mystère. Un mystère évidemment construit, collectif et sûrement pas individuel.

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27 juin 2017 2 27 /06 /juin /2017 05:40

 

Avec un investissement supplémentaire de 5 000 livres (5 700 euros), l’incendie de la Tour Grenfell à Londres aurait probablement pu être évité. Si l'incendie a été d'une telle violence et soudaineté, c'est parce que, lors de la rénovation du grand bloc de logements, on a voulu faire une économie de 5 700 euros en installant les panneaux d'isolation les meilleur marché au lieu de leur version ignifuge.

 

Les habitants de la tour avaient dénoncé le manque de sécurité incendie de la tour, et 90% des habitants avaient signé, en vain, une pétition demandant une enquête sur la mauvaise maintenance de cet immeuble.

 

Par ailleurs, des spécialistes de la sécurité incendie avaient exprimé un avis négatif sur la décision de Boris Johnson, le maire conservateur de l'époque, de fermer des casernes de pompiers. La réponse de Johnson fut on ne peut plus élégante : « Get stuffed ! » (allez vous faire foutre !). Il apparaît maintenant que les pompiers ne disposaient pas des moyens nécessaires pour arriver à maîtriser un tel incendie, et encore moins pour l'éteindre.

 

Il y a deux ans, la proposition de Jeremy Corbin pour imposer des normes plus strictes en matière de sécurité incendie dans de tels édifices a été rejetée par la majorité conservatrice. Pourtant, 10% des Britanniques, soit 6 millions de citoyens, vivent dans des bâtiments similaires à la Tour Grenfell de Londres. L'indignation a été tellement grande que Scotland Yard a entamé une enquête pour « corporate manslaughter » (homicide commis par une entreprise). Après le terrorisme islamiste, le terrorisme d’entreprise !

 

La responsabilité de la catastrophe est à imputer à la soif de profit et à la gestion désastreuse de ces immeubles. Les manifestants se sont rendus à la mairie et devant la résidence de la Première ministre. Theresa May a été pendant des années ministre de l'Intérieur et, à ce titre, elle est en partie responsable de la catastrophe.

La Tour Grenfell de Londres : des économies de bouts de chandelle (sic)
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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 05:37

Je vais vous aider : la réponse est non ! Et pourtant, c’est un très grand champion. Mais il est modeste et ne court pas après le buzz médiatique.

 

Il fut double champion du monde de Finn (dériveur olympique en 1993 et 1996) et vice-champion du monde de Soling (quillard olympique).

 

En 2003, on le retrouve capitaine et barreur du Class America Le Défi Areva. En 2004, il obtient la médaille de bronze aux championnats du monde de Match Racing.

 

En 2007, il est tacticien et barreur de Luna Rossa Challenge, finaliste de la Coupe Louis Vuitton.

 

En 2010, il entraîne la cellule arrière d’Oracle racing USA 2017. Il remporte la 33ème Coupe de l’America.

 

En 2013, il remporte la 34ème Coupe avec le même bateau (comme entraîneur).

 

Cette année, Oracle Team USA pourrait de nouveau remporter la Coupe de l’America, toujours entraîné par Philippe Presti. Les qualifications se déroulent actuellement aux Bermudes, loin du bassin d’Arcachon dont est originaire Philippe.

 

Ici, le blog (très instructif) de Philippe Presti

Connaissez-vous Philippe Presti ?
Connaissez-vous Philippe Presti ?

 

Sur la photo où il brandit une coupe très imposante, le punctum barthésien est évidemment sa main gauche, puissant battoir qui soumet les vagues !

 

Au fait, Philippe est un cousin par alliance. Ci-dessous, il y a quelques années, avec sa compagne (ancienne championne de beach-volley) et ses parents. Lors d'une réunion de famille avec plein de Presti...

Connaissez-vous Philippe Presti ?
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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 05:35

Tout le monde a, semble-t-il, eu faux : l'insensée Duras qui voulut tuer, symboliquement certes, la mère de Grégory pour un bon mot, la presse de caniveau qui aurait tant aimé que Christine Villemin fût coupable car rien ne fait plus vendre qu'un infanticide, les gendarmes de la première équipe qui ne concevaient pas d'autre coupable que Bernard Laroche, le père de Grégory qui assassina de manière on ne peut plus préméditée (et annoncée), devant son enfant de quatre ans, un bougre dont le “petit” juge Lambert avait fini par croire qu'il était innocent, et que la gendarmerie locale avait laissé sans protection. Ce n'était tout de même pas parce qu'il était militant CGT que la Justice lui avait réservé un chien de sa chienne, on espère...

 

L'affaire est peut-être en train de rebondir. Si l'assassin appartient à la famille du père de Grégory, comment le secret a-t-il pu être gardé pendant trente-cinq ans ? Comment tant de haine a-t-elle pu servir à ce point d'étouffoir ?

 

Je propose de nouveau un article publié une première fois en 2007, et une deuxième fois en 2014.

 

 

Pourquoi est-on marqué à jamais par un meurtre, par la personnalité d’un assassin ou par celle d’une victime ? Comme pour le reste, parce que ces tragédies surviennent à un moment adéquat de notre existence : nous sommes réceptifs, concernés, en empathie avec les victimes ou avec les inculpés quand nous les croyons innocents. Et puis, tout est construction. On se passionne parce qu’on nous passionne.

 

Je vécus cette affaire avec une très grande empathie car j’avais un fils guère plus âgé que le martyr de la Vologne. Mais, dans le même temps, ce drame me parvint de manière atténuée car je résidais à l’époque à plusieurs milliers de kilomètres de la France et n’avais pas accès à la radio ou à la télévision française. Je dus me contenter des articles du Monde, de Libération et des photos de Paris Match, que je feuilletais chez mon marchand de journaux (sans l’acheter car je savais que tout ce que publiait l’hebdomadaire était – d’une manière ou d’une autre – bidonné et que, de toute façon, il était hors de question pour moi d’enrichir cette publication de droite et populiste).

 

Le temps le plus fort de cette affaire fut pour moi, vécu “ écrit ” oblige, l’article de Marguerite Duras publié en dernière page de Libération. Dans mon milieu (universitaires, professeurs de littérature), Duras jouissait d’un très grand prestige. De plus, une de mes collègues était une des meilleures spécialistes de l’œuvre de l’amie du Président de la République de l’époque. Cette amitié avait fait de l’auteur d’India Song un écrivain quasi officiel. Nous fûmes assommés par cet article scandaleux. Duras (qui, soyons méchant et réaliste, ne buvait pas que de l’eau minérale des Vosges) était donc allée se promener quelques heures dans le village de la famille Villemin, y avait respiré les effluves de la mort, s’était imprégnée du mystère de l’affaire et avait laissé tomber son verdict : « Christine V. » (comme elle l’avait appelée dans une fine allusion à l’un des titres de ses romans, Le ravissement de Lol V. Stein) pouvait bien avoir tué son enfant : elle n’en était pas moins «sublime, forcément sublime ». Ces trois mots firent le tour du monde et nous arrachèrent à la fois des grincements de dents et des tapages sur les cuisses à n’en plus finir. Nous étions furieux car elle condamnait la mère sans rien savoir, et nous nous bidonnions à coups de « toi, tu es crétin, forcément crétin », « lui il est cocu, forcément cocu ».

 

 

Au moment de la publication de cet article, j’avais l’intuition (infondée) que Christine était coupable. Mais jamais je n’aurais rendu public mon sentiment, même au prix d’un bon mot. Pourquoi avais-je pu penser cela ? Il avait été dit que, lorsqu’on avait retrouvé le cadavre de l’enfant, son visage était très serein. J’avais donc imaginé que son assassin ne pouvait être qu’un très proche, sa mère au premier chef, qui aurait présenté à l’enfant cet emmaillotement dans un sac plastique comme un jeu. Mais, malgré la distance, j’avais entendu dire – juste après la libération de Laroche – qu’un journaliste avait hélé le “ petit ” juge très inexpérimenté par un : «Alors, la salope, tu la coffres ? » Si ces professionnels du caniveau se permettaient ce genre d’apostrophe, c’est que la culpabilité de Christine Villemin était loin d’être acquise.

 

À la lecture de l’article de Libération, la mère de Grégory, que Duras n’avait pas pris la peine de rencontrer, s’était écriée : Mais elle folle, celle-là. » Elle était folle (forcément folle) au sens où elle avait voulu donner du sens à ce qui n’en avait pas, où elle s’était piquée de créer un mythe avec une geste qui n’existait que dans son cerveau d’écrivain officiel et fatigué. Avait-elle prêté ses propres frustrations à cette mère éplorée en imaginant qu’un infanticide pouvait donner du relief à l’existence de la petite provinciale qui reprenait la vie qu’elle avait donnée et qui pouvait enfin donner plus de poids à son désir qu’à celui de son mari ?

 

Des années plus tard, Duras en rajouta une couche dans une interview accordée à Christine Ockrent. Dans une vaticination encore plus délirante que la première, elle expliqua qu’il valait mieux qu’on ne sache pas qui avait tué, « même pour Christine Villemin parce qu’on ne peut pas recommencer à se tromper. » Du haut de sa grandeur morale et au nom d’un féminisme recuit, elle aurait « pardonné » à Christine Villemin car elle aurait pardonné à toutes les femmes car « toutes les femmes sont, dans le regard des hommes, comme des vaches dans l’étable. »

 

Pire encore que les affaires Dominici et Besnard, l’enquête consécutive à l’assassinat du petit Grégory fit l’objet de bavures et dérapages absolument scandaleux. Le secret de l’instruction fut violé à des dizaines de reprises, les médias s’acharnèrent sur la mère de l’enfant, les premiers enquêteurs bâclèrent leurs travaux d’investigation, le juge d’instruction ne fut jamais à la hauteur. Peu de temps après le non-lieu accordé à Christine Villemin, je fis la connaissance, dans une association de secours de gauche (disons populaire) d’un gendarme proche de la retraite qui avait fait partie de la première équipe d’enquêteurs. Il me dit que pour lui et ses collègues, gendarmes de terrain, connaissant tout le monde dans la vallée de la Vologne, il n’y avait aucun doute : c’est Laroche qui avait tué. Cette certitude – forgée 48 heures après la découverte du corps – n’en faisait naturellement pas un coupable, mais expliquait l’antagonisme entre les gendarmes et le juge Lambert pour qui Christine avait tué son fils.

 

Par la faute de ce juge qui l’a harcelée, et aussi des médias qui l’ont manipulée, cette jeune femme a connu des souffrances abominables : celles d’une femme qui perd son enfant dans des conditions dramatiques, qu’on accuse d’avoir trompé son mari et d’avoir conçu le gamin avec quelqu’un d’autre, qu’un corbeau nargue en lui disant qu’elle avait mérité ce qu’elle endurait.

 

Pour leur défense, les époux Villemin avaient “ choisi ” Maître Garaud (proposé, semble-t-il, par Europe 1 qui espérait bénéficier d’informations exclusives), un homme d’extrême droite, favorable au rétablissement de la peine de mort, alors que les Laroche avaient choisi un avocat proche du Parti communiste. Les honoraires de Garaud s’élevèrent à environ 2 millions de Francs. Pour payer, les Villemin acceptèrent de faire des photos pour Paris-Match, ce qui contribua à jeter l’opprobre sur la mère de l’enfant dans l’opinion publique.

 

Le dossier va être rouvert. Des traces d’ADN ayant complètement disculpé les parents de Grégory vont peut-être mener la justice au coupable.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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