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11 juillet 2015 6 11 /07 /juillet /2015 05:50

Être condamné à mort, ce n’est déjà pas facile, même si on est le pire des assassins. Être exécuté, c’est encore plus difficile. Mais rôtir, brûler à petit feu pendant de longues minutes,  suffoquer une bonne foi pour toutes avant de … s’éteindre, alors là, c’est le pompon.

 

C’est pourtant ces flammes de l’enfer que connaissent régulièrement des exécutés outre-Atlantique, dans le pays le plus civilisé de l’univers.

 

Récemment, la Cour suprême des États-Unis d’Amérique a rejeté un recours intenté par quatre condamnés à mort de l’Oklahoma. Ils critiquaient l’injection mortelle qui donne l’impression au condamné qu’il brûle vif. La Cour suprême a majoritairement décidé que cette technique n’était pas contraire à la Constitution. Par parenthèse, et dans le même temps, la plus haute juridiction de l’Utah autorisait de nouveau les pelotons d’exécution en cas d'indisponibilité des produits chimiques pour les exécutions capitales. Je ne suis pas spécialiste mais je pense que les autorités de l’Utah jouent avec le feu. En effet, les pelotons d’exécution ne sont constitués que de cinq tireurs, ce qui me paraît aléatoire, cinq balles ne garantissant pas une mort assurée. Mais je me mêle de ce qui ne me regarde pas.

 

Le problème est que l’Union européenne a interdit en 2011 l’exportation des substances chimiques servant à envoyer les exécutés ad patres, produits fabriqués par la Suisse et le Danemark. Les États qui pratiquent la peine de mort ont dû s’adapter.

 

Le site étasunien The Atlantic a raconté par le menu l’exécution, en avril 2014, d’un certain Clayton Lockett. Dans ses veines a d’abord coulé de l’hydrochlorure de midazolam (un produit utilisé couramment dans les hôpitaux pour anesthésier les opérés). Il s’agissait de rendre le condamné inconscient. Mais celui-ci s’est réveillé lors de l’injection de deux autres produits. Lockett est mort d’une crise cardiaque une quarantaine de minutes plus tard, une veine ayant éclaté et les substances s’étant répandues dans tout son corps.

 

 

En janvier 2015, le condamné Jack Warner, à qui on avait infligé une mixture de produits de mauvais aloi, eut le temps de déclarer, juste avant de mourir : « Mon corps est en feu. »

 

Quinze autres personnes (presque toutes noires, mais c’est un autre problème) ont été exécutées depuis aux États-Unis à l’aide de pentobarbital, un barbiturique utilisé depuis la rupture de stock de thiopental fabriqué par la firme Hospira (rachetée par Pfizer en février 2015 pour 15 milliards de dollars, mais c’est nu autre débat), le seul anesthésiant longtemps autorisé pour l’endormissement des condamnés à mort.

 

Les autorités judiciaires étasuniennes ont rejeté tous les recours intentés au nom des souffrances occasionnées par les nouveaux produits en arguant que les plaignants ne démontraient pas que le gouvernement des États-Unis avait volontairement écarté des méthodes plus humaines d’exécution. Dans ce grand pays, du juridisme à la sophistique en passant par la casuistique, il n’y a qu’un pas.

 

Mais revenant à l’exécution de Clayton Lockett, telle que narrée par le site The Atlantic.

 

Le 29 avril 2014, Lockett se confectionne un nœud coulant avec ses draps et s’entaille les bras avec la lame de son rasoir. Il ingurgite une bonne dose de comprimés stockés pour l’occasion. Lorsque les gardiens entrent dans sa cellule en ce matin pour lui fatal, il se cache sous une couverture et refuse de se lever. Les gardiens sortent de la cellule et demandent la permission de le soumettre à des décharges paralysantes (à l’aide d’un « taser »). Permission accordée. Ils reviennent dans la cellule, lui envoie quelques décharges et le traînent jusqu’au quartier d’exécution.

 

A 17 heures 20, après avoir subi un examen médical et avoir été radiographié, – que cherchaient les autorités ? – Lockett est amené dans la salle d’exécution. En son centre, un lit surmonté d’un micro. Derrière la tête de Lockett, dans une petite pièce adjacente, un bourreau actionne une seringue qui libère le midazolam censé couler jusqu’à l’aine du condamné. Mais une bonne partie du produit se répand dans tout son corps, ce qui réduit grandement l’efficacité de l’anesthésie. Le temps s’écoule dramatiquement et Lockett demeure parfaitement conscient. Il retrousse ses lèvres qu’il humecte. Il tourne la tête vers les témoins de l’exécution et, finalement, ferme les yeux.

 

Dans la pièce où se tiennent les bourreaux, une lampe s’allume cinq minutes plus tard : c’est le moment de vérifier si le condamné est toujours conscient. Ce qu'il est. Nouvelle vérification deux minutes plus tard. Le bourreau pince Lockett qui ne réagit pas. Le condamné est déclaré inconscient.

 

On lui injecte alors du vécuronium, un bromure myorelaxant à base de curare. Lorsque ce produit, reconnu par l’Organisation mondiale de la santé, est administré correctement, il bloque les signaux que le système nerveux envoie aux muscles, y compris le signal de la respiration. En cas de dose inadéquate ou de mauvaise administration, la personne peut étouffer sans qu’un observateur extérieur s’en aperçoive : le corps ne bouge pas mais les poumons tentent en vain de fonctionner. La législation étasunienne a interdit l’utilisation de vécuronium dans la mise à mort d’animaux sans anesthésie.

 

Les partisans de l’abolition de la peine de mort outre-Atlantique font observer que si les sédatifs étaient vraiment efficaces, il n’y aurait pas besoin de myorelaxant paralysant. Ces produits paralysants empêchent bel et bien les témoins d’observer à quel point les exécutés souffrent. La procédure est loin d’être simplement clinique.

 

Les bourreaux envoient ensuite du chlorure de potassium, par un cathéter intraveineux qui, en fait, a été mal posé.

 

On voit alors le supplicié bouger, respirer lourdement, serrer les dents, remuer la tête et tenter de parler. Lockett tire sur les sangles, comme s’il voulait descendre du lit. Il parvient à lever complètement la tête. Supposé mettre un terme aux battements du cœur, le chlorure de potassium s’avère largement inefficace. Le cœur du supplicié  bat alors à 20 pulsations par minutes. Un mot sort alors de sa bouche : « Man » (ben, mon vieux).

 

Le médecin pénètre dans la chambre d’exécution, soulève le drap du lit et découvre à l’aine de Lockett une protrusion de la taille d’une balle de tennis. Le condamné parvient à échanger un regard avec le docteur. Le directeur de la prison propose alors de baisser le store « temporairement » tandis que le docteur se demande comment mettre un terme à l’exécution.

 

Il est alors décidé de poser une seconde intraveineuse dans l’artère fémorale gauche. Cela se passe très mal car du sang en abondance gicle de l’artère. Le docteur retire le cathéter (l'exécution est totalement médicalisée, ohé Hippocrate !). Le rythme cardiaque de Lockett tombe à 10. L’un des personnels médicaux propose une réanimation cardio-pulmonaire (pour ressusciter le condamné avant de l’achever ?).

 

Les membres de la famille de la victime de Lockett, présents dans la salle des témoins, sont alors en état de choc. Ils demandent à pouvoir toucher le condamné lorsqu'il sera mort. Pour vérifier. Ils sont emmenés dans une salle de réveil (sic).

 

À l’évidence, la dose de produits infligée à Lockett est insuffisante. Certains responsables sont d’avis d’arrêter l’exécution. Au grand dam de la famille de la victime.

 

Mais à 7 heures 06, le médecin déclare que Lockett est décédé. Il a souffert le martyr au milieu de ce tohu-bohu. Pendant à peine une petite heure.

 

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4 juillet 2015 6 04 /07 /juillet /2015 05:19

Rachid est un bon petit gars d’origine maghrébine, comme on dit. Excellent élève de 6ème, brillantissime en sport. Dire de lui qu’il est « intégré » ou « assimilé » n’a aucun sens. Né à Lyon de parents nés à Lyon, il est tout aussi lyonnais que tous les élèves lyonnais du collège bourgeois qu’il fréquente, après avoir été scolarisé dans une école primaire, elle aussi bourgeoise.

 

Il fait circuler sur les réseaux style Snapchat (ne me demandez pas comment ça marche) la photo d’un Arabe qui se torche l’arrière-train avec un drapeau israélien. Ses « likers », « followers », « abonnés » ont entre 11 et 13 ans.

 

Le document est sur Facebook, ici :

 

Je ne suis pas abonné à Facebook et je ne souhaite pas vous montrer cette photo immonde. Je préfère illustrer ce petit article, car les Français « ont la mémoire courte », n’est-ce pas ? d’une photo de Dieudonné se torchant le fion avec le même drapeau israélien en présence de Faurisson.

 

Cette histoire du « vivre ensemble » est l’une des plus grandioses fumisteries inventées au cours de ce XXIe siècle qui augure décidément très mal. Comme si c’était le problème.

 

En tout cas, il y a du boulot et on n'est pas sortis de l'auberge.

Le “ vivre ensemble ”, disent-ils
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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 05:06
Si ces photos ne sont pas truquées …
Si ces photos ne sont pas truquées …
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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 05:32

En France, la notion de majorité sexuelle a été très rigoureusement définie par les textes. Il s’agit de l’âge à partir duquel un mineur civil peut entretenir une relation sexuelle avec un adulte n’ayant pas autorité sur lui, sans que cet adulte commette une infraction réprimée au pénal. Cette majorité est fixée à quinze ans, pour les relations hétéro et homosexuelles.

 

Aux États-Unis, la majorité sexuelle varie d’un État à l’autre, dans une fourchette de seize à dix-huit ans. En 1880, la fourchette allait de dix à douze ans, à l’exception notoire du Delaware où il était permis d’entretenir des relations sexuelles avec un enfant de sept ans. Je ne sais trop si le fait que le Delaware soit un paradis fiscal à l’intérieur des frontières étasuniennes a un rapport avec ce laxisme sexuel. Mais tout est possible dans ce grand pays.

 

On ne s’étonnera pas qu’aux États-Unis, pays de tradition puritaine, mais également premier producteur de films pornographiques au monde, il existe comme ailleurs – mais peut-être plus qu’ailleurs – des relations sexuelles, des histoires d’amour authentiques entre adultes et jeunes adolescents. En particulier dans le milieu scolaire.

 

À titre d’exemple, je voudrais raconter l’histoire de Stephanie Ragusa, professeur de mathématiques en Floride, âgée de 31 ans au moment des faits qui nous intéressent.

 

Il y a cinq ans, elle fut condamnée à une peine de 10 ans de prison incompressible, assortie d’une mise à l’épreuve de 5 ans, pour avoir eu des relations sexuelles avec deux élèves.

 

Lors de l’énoncé du verdict, le président du tribunal la qualifia de « prédatrice sexuelle ». Stephanie était alors vêtue de la combinaison-pantalon orange que l’on connaît mieux depuis le scandale de Guantanamo (la différence entre cette combinaison et les habits civils que l’on porte dans d’autres civilisations, c’est que, lorsqu’on est affublé de la sorte, on est déjà coupable, exclu du monde, ).

 

 

Le président du tribunal ne se contenta pas de juger : il infligea à l’enseignante une dure leçon de morale : « Les parents accordent leur confiance aux enseignants. Vous avez violé cette confiance de la pire des manières imaginables. Ces jeunes garçons sont devenus vos proies. » Il lui reprocha également son « arrogance » dans le prétoire : « On lit sur votre visage une attitude nonchalante, souriante, joviale. Je ne suis pas certain que vous compreniez vraiment le tort que vous avez causé. Je pense honnêtement [un juge pourrait-il penser malhonnêtement?] que vous représentez un danger pour les enfants de notre communauté. »

 

Stephanie avait reconnu s’être comporté de manière « lascive et lubrique » avec un garçon de 14 ans et un autre de 16 ans. Pour ce dernier, elle n’aurait normalement pas dû être inquiétée. La cour estima que Stephanie avait eu d’autant plus d’ascendant sur ces deux jeunes qu’ils venaient de familles désunies. Une des deux mères déclara que Stephanie avait exploité avec « une extrême malveillance » les faiblesses de son fils, dont elle avait eu connaissance en tant que son enseignante. L’avocat de l’accusée fit, quant à lui, valoir que Stephanie était repentante, qu’elle souffrait de problèmes psychologiques et que son casier judiciaire était vierge. Il demanda donc la mise en liberté surveillée.

 

L’accusée écopa de la peine maxima.

 

Stéphanie Ragusa interwiewée en prison

 

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18 juin 2015 4 18 /06 /juin /2015 05:46
De la misère ordinaire (12)
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9 juin 2015 2 09 /06 /juin /2015 05:05

Chelsea Manning s’appelait il y a peu Bradley Manning. Elle était alors soldat dans l’armée étasunienne. Elle fut condamnée à trente-cinq ans de prison pour avoir transmis à Wikileaks des documents militaires classés secrets (ou « classifiés » comme on dit quand on ne veut pas parler français). Un récent article du Guardian nous livrait récemment des extraits de son journal son journal.

 

Cela fait aujourd’hui cinq ans que je suis détenu dans des prisons militaires. Il m’est parfois difficile de me rendre compte de la durée de cette détention. Pendant tout ce temps, j’ai connu tellement de hauts et de bas qu’il me semble avoir emprunté des montagnes russes, physiquement et émotionnellement.

 

Tout a commencé durant les premières semaines de 2010, lorsque je pris la décision, qui allait bouleverser ma vie, de rendre public un ensemble de documents classés secrets (et non classés secrets mais “ sensibles ”), des documents qui allaient offrir des perspectives à la fois horribles et fascinantes sur la guerre en Irak et en Afghanistan. Après avoir passé des mois à préparer mon transfert vers l’Afghanistan en 2008, je compris rapidement et pleinement l’importance de ces documents pour le monde entier.

 

Il me sembla que ces “ journaux de guerre ” (comme ils furent qualifiés) étaient d’une importance vitale pour que le public comprenne la nature de ces deux conflits reliés entre eux et anti-insurrectionnels, en temps réel et sur le terrain. Durant les années ayant précédé la collecte de ces documents, le public n’avait jamais eu accès à un dossier aussi complet sur la réalité chaotique de la guerre moderne. Dès lors qu’on a réalisé que les coordonnées dans ces dossiers représentent des lieux réels, que les dates appartiennent à notre histoire récente et que les nombres représentent de vraies vies humaines – avec tout l’amour, l’espoir, les rêves, les haines, les peurs, les cauchemars qui accompagnent ces vies – alors il n’est pas possible de ne pas se souvenir à quel point il est important de comprendre et, espérons-le, d’empêcher de tels drames à l’avenir.

 

En 2010, j’étais bien moins mûre que je ne le suis aujourd’hui, si bien que les conséquences potentielles et les résultats de mes actions me semblaient vagues et tout à fait irréels. Assurément, je m’attendais au pire, mais je ne savais pas réellement ce que « le pire » signifierait. Je m’attendais à être diabolisée, à être prise pour cible, à ce que chaque instant de ma vie fût reconsidéré et analysé, que l’on recherche le moindre défaut, la moindre souillure afin qu’ils soient utilisés contre moi au tribunal de l’opinion publique ou contre les transgenres en général.

 

Quand l’armée me plaça en détention, je fus escortée (par deux des types les plus sympathiques de mon unité) jusqu’au Koweït, d’abord en hélicoptère jusqu’à Bagdad, et finalement par avion cargo. Il me fallut arriver au camp de prisonniers au Koweït pour vraiment comprendre que j’étais prisonnière. Les jours suivants, la situation ne fit que s’aggraver tandis que le public et les médias voulurent en savoir plus sur ce qui m’était arrivé. Après avoir été détenue parmi d’autres prisonniers pendant environ une semaine, on me transféra dans ce qui équivalait à une “ cage ” à l’intérieur d’une grande tente.

 

Après plusieurs semaines passées dans cette cage – sans savoir ce que l’on me reprochait, avec un accès très limité à mon avocat et sans avoir la moindre idée de la tempête dévastatrice qui commençait à tourbillonner dans le monde extérieur – je sombrais dans une grave dépression. L’idée que je n’allais pas être traitée de la manière digne que j’avais espérée me terrifia. Je me mis également à craindre que j’allais passer le reste de ma  vie dans une cage brûlante au beau milieu du désert, vivant dans la peau d’un homme et traitée comme tel, disparaissant du monde dans une prison secrète sans jamais être jugée publiquement.

 

Quand je fus dans le trente-sixième dessous, j’envisageai de me châtrer et même – dans ce qui apparut comme un exercice vain et tragicomique, vu l’impossibilité physique de me pendre à partir de quelque chose de stable – de me suicider avec une couverture en lambeaux avec laquelle je tentai de m’étouffer.

 

Après avoir été transférée de nouveau aux États-Unis, je fus confinée dans un cachot militaire (désormais désaffecté) à la base des fusiliers marins de Quantico en Virginie. Cette période fut la plus difficile de ma vie, et je la ressentis comme la plus longue. Je ne pus utiliser aucun effet personnel dans ma cellule (brosse à dents, savon, livres). Le soir, je devais rendre mes vêtements et, malgré les avis de plusieurs psychiatres selon lesquels je n’étais pas suicidaire, je dus porter un vêtement “ anti-suicide ”, une tunique d’une seule pièce, rembourrée et indéchirable.

 

Finalement, après un tollé général dans le public concernant les conditions de mon incarcération à Quantico, on me transféra dans un quartier de sécurité moyenne. Après avoir été surveillée pendant presque un an par des pelotons de trois à six gardiens, alors que j’étais menottée et enchaînée avec très peu de contacts avec d’autres humains, j’avais désormais la possibilité de marcher et d’avoir des conversations normales avec mes semblables.

 

Le gouvernement exerça des pressions pour que fussent retenues des accusations d’« intelligence avec l’ennemi » – un délit de trahison selon la constitution des États-Unis – et diverses accusations en vertu de la Loi sur l’Espionnage de 1917 et la loi de 1986 sur la Répression des fraudes et des infractions dans le domaine de l’informatique.

 

Pendant plus de trois mois, j’observais les magistrats instructeurs me présentant comme « traître » et « ennemi de l’État » avant de redevenir des gens sympathiques, me saluant et papotant avec moi hors de l’enceinte du tribunal. Il m’apparut clairement qu’il s’agissait de gens honnêtes qui faisaient leur travail. Je suis certain qu’ils ne croyaient pas aux accusations de trahison qu’ils portaient contre moi.

 

Il fut difficile de prédire le verdict et la condamnation. Mes avocats étaient très préoccupés par les accusations d’intelligence avec l’ennemi et la possibilité d’être condamné à perpétuité sans liberté conditionnelle. Quand le juge annonça la peine de 35 ans de prison, il me fallut consoler mes avocats qui, après des années de travail acharné et d’efforts, semblaient abattus et déprimés. Nous avions atteint le point le plus bas.

 

Après avoir caché et repoussé mon projet à cause du procès, je finis par annoncer, le 22 août 2013, le lendemain de ma condamnation, mon intention de changer de nom et de vivre en tant que femme. Cependant, dans un premier temps, l’armée repoussa ma demande de traitement médical pour vivre comme une femme, à base d'œstrogènes et d'anti-androgènes. Elle accéda à ma requête après un an et demi. Je me bats encore aujourd’hui pour avoir le droit de laisser pousser mes cheveux.

 

Il peut être difficile, parfois, de donner un sens à tout ce qui m’est arrivé ces cinq dernières années (a fortiori à toute ma vie). Ce qui me semble constant et clair, c’est le soutien que j’ai reçu de mes amis, de ma famille et de millions de gens dans le monde entier. À travers tous les combats que j’ai menés et que j’ai subis – isolement, longues batailles juridiques, processus de transition vers l’état de femme que j’ai toujours été – non seulement j’ai réussi à survivre, mais j’ai grandi, j’ai appris, j’ai mûri, je me suis épanouie en une personne meilleure, plus confiante et plus assurée.

Chelsea Manning parle
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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 05:36

Ce matin, comme presque tous les matins à la belle saison, je tournais à vélo pendant une bonne heure dans le parc de la Tête d’Or à Lyon. C’est le seul endroit de la ville où l'air n'est pas trop pollué. Un petit mot sur le zoo de ce parc de 105 hectares. Membre de l’Association Européenne des Zoos et Aquariums, c’est un lieu voué (« dédié » comme disent les colonisés dans leur tête) à la biodiversité et à la conservation des espèces animales en risque d’extinction. Et, naturellement, il s’y vole régulièrement des plantes rares car dans notre monde de libéralisme financier débridé, tout se vole, se vend et s’achète.

 

À deux ou trois reprises, je croise deux jeunes filles (18/20 ans) qui roulent à un train encore plus de sénateur que le mien. L’une d’entre elles est vêtue d’un T shirt (autrefois, on disait « maillot ») portant une inscription qui me plait bien : « Bonkers ».

 

Le tour suivant, je leur fais signe de s’arrêter. Je demande à la porteuse du maillot si elle sait ce que signifie « Bonkers ». Non, me dit-elle, ça doit être de l’allemand. J’imagine qu’elle pense plus ou moins consciemment à « Bunker ». Je lui réponds qu’il s’agit d'un mot argotique anglais datant des années cinquante et qui signifie, plus au sens figuré qu’au sens littéral, « dingue », « fou » (« When I saw that girl, I went bonkers » : « Quand j’ai vu cette fille, je suis devenu dingue »). Comme elle ne manque pas d’humour, la jeune fille me dit espérer que ce T shirt n'est pas prémonitoire. Je lui réponds que je l’espère aussi mais que son inconscient semble avoir parlé. Nous nous quittons sur cet échange pétillant.

 

À l’origine, « bonkers » était un mot utilisé par les marins pour signifier « pompette » avec l’idée que l’intéressé avait reçu un coup (« a bonk ») sur la tête. Dans les années soixante-dix, le mot « bonk » prit le sens de « baise » : « this woman is good for a bonk » : « cette femme est bonne à baiser ». Je me gardais d’évoquer cette récente acception avec ma jeune congénère cycliste.

 

Que dire de ce manque de curiosité si ce n’est, ce me semble, qu’il est général ? Quantité de gens portent sur eux des inscriptions – quasiment toujours en anglais – dont ils ne connaissent pas le sens. Et cela surprend les étrangers de passage en France. Outre les anglophones de naissance, les Chinois en particulier.

 

 

 

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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 06:20
De la misère ordinaire (11)
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23 mai 2015 6 23 /05 /mai /2015 05:10
De la misère ordinaire (10)
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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 05:54

Un garçon de quatre ans protège sa sœur de deux ans.

Au Népal… ou ailleurs ?
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