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25 octobre 2019 5 25 /10 /octobre /2019 05:14

 

Un inspecteur de l’URSSAF contrôle un restaurant. Contrôle de routine qui se passe normalement. Juste avant de partir, l’inspecteur, avec l’air de ne pas y toucher, demande au restaurateur où il mange le midi. «Ici même » répond le restaurateur. S’il avait anticipé une question aussi perverse, il aurait répondu : « je ne mange pas » ou « j’apporte ma gamelle ».

 

L’URSSAF réclame 14 000 euros à ce restaurateur comme redressement fiscal pour les trois dernières années en se basant sur la dépense moyenne par client, soit 107 euros. Pour l’URSSAF, il s’agit d’un avantage en nature soumis à cotisations sociales et à impôt. Dans son infinie bonté, l’URSSAF accepte un échelonnement sur trois ans.

 

Le restaurateur tente alors d’expliquer au crétin urssafien ce que tout le monde sait, à savoir que les propriétaires, gérants, chefs,  employés, ne mangent pas la même chose que les clients. Ils achètent des produits plus simples pour se faire une cuisine de base : steaks, pâtes, frites, salades etc. Le restaurateur explique ainsi qu’il retient 6 euros par repas (et non 107) à ses employés.

 

Ce n’est pas la première fois que l’URSSAF tombe sur le poil d'un restaurateur. Dans sa logique, elle aurait pu – ce qu'elle a déjà tenté de faire – ajouter aux 107 euros le coût de l’énergie pour préparer des pâtes et des frites, celui de la main d’œuvre, d’une partie du loyer  payé par l’entreprise, et même de majorer ces coûts de la TVA en vigueur. On imagine alors un crétin de l’URSSAF passant chez Bocuse !

 

Des litiges ont été plaidés ces dernières années. La justice s’est montrée plus intelligente que les crétins de l’URSSAF en estimant que la valeur réelle d’un avantage en nature ne peut pas s’apprécier par rapport au coût d’un repas pris dans un restaurant mais par rapport au coût d’un repas pris à domicile.

 

Je conseille à deux cuistots toulousains de ma connaissance de se munir de goudron et de plumes en prévision de la visite d'un crétin urssafien.

 

Pendant ce temps-là, Patrick Balkany mange gratuitement en prison. Á nos frais. Et à ceux du crétin de l'URSSAF. Il y a une justice !

 

Au fait, et si un électricien change une prise dans sa cuisine, il se passe quoi ? Et si un professeur d'anglais donne un cours particulier d'une heure à son fils ? Et si un cultivateur se fait une omelette sur le pouce avec les œufs de sa ferme ? Et sui une retraitée de l'enseignement privé mange à l'œil tous les jours dans un palais présidentiel ? Et si une prostituée couche gratuitement avec son souteneur ?

 

 

Un restaurateur lourdement taxé par l’URSSAF car il mange dans la cuisine de son resto.
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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 05:19

 

Au bord d’une route du sud-ouest, j’ai croisé récemment ce panneau : « Agents en intervention. Levez le pied ».

 

Imaginons un Anglais ou un Allemand ayant une connaissance raisonnable de notre langue et faisant du tourisme dans notre beau pays. En fait, pour l’Anglais, ça ne marche pas : une toute petite minorité d’Anglais connaît très bien le français tandis que le reste de la population n’en connaît rien. Alors, gardons notre Allemand. Comment voulez-vous que ce Teuton comprenne quoi que ce soit à ce panneau qui ne signifie rien d’autre que « Travaux, ralentir » ?

 

Par ce langage aussi prétentieux que stupide, les technocrates des services idoines ont voulu contribuer – consciemment ou non – à effacer les travailleurs, la classe ouvrière, du paysage. Un « agent en intervention » n’est pas un type muni d’une pelle et d’une pioche se décarcassant sous le soleil ou dans le froid pour rendre nos routes plus sûres. C’est une abstraction administrative, tout comme les employés qui ne sont plus des em-ploy-és, employés par des employeurs, mais des collaborateurs.

 

Ce panneau surréaliste m’a ramené plus de cinquante ans en arrière quand j’étais jeune conducteur outre-Manche. Longtemps je me suis demandé ce que pouvait bien vouloir « Hard Shoulder », surtout précédé d’un comminatoire « No ». Cette épaule dure n’était rien d’autre qu’une bande d’arrêt d’urgence. La DDE de là-bas nous informait donc qu’il n’y avait pas de BAD, ce dont on s’était un tout petit peu rendu compte.

 

Franchement jouissif pour un français était en outre l’indication « Soft Verge » qui, non non, n’était pas une verge molle mais qui signifiait que l’accotement n’était pas stabilisé !

 

Mais, pas d’inquiétude ni d’ambiguïté, un radar pompe à fric (en anglais “ money pump ”) est un radar pompe à fric.

 

Sur un panneau signalétique énigmatique et prétentieux

Et puis, pour vous récompenser par un dessert lyonnais,  il y a ce restaurant lyonnais. J'ai failli entrer pour demander la signification de cette enseigne d'autant que le patron s'appelle Christian Têtedoie! J''ai préféré rester dans le mystère...

Sur un panneau signalétique énigmatique et prétentieux
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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 05:28

 

 

Il y a une quinzaine d’années, je me trouvais du côté de Cosnes-sur-Loire (qui s’appelle désormais Cosnes-Court-sur-Loire, les connes du pays ne devaient peut-être pas aimer). Un dimanche, je me blesse sans gravité. Je cherche un lieu où me faire soigner. Le vrai binz! Il me fallut au moins deux heures pour trouver un endroit médicalisé idoine où l’on m’expliqua qu’en effet je me trouvais en plein désert.

 

La situation ne s’est pas améliorée. Avec Sarkozy, Hollande et Macron, il ne fallait surtout pas rêver !

 

Je viens de lire les mésaventures d’un couple de sexagénaires qui auraient pu finir tragiquement. En rentrant de chez des amis, l’épouse se plaint d’horribles maux de têtes, quelques jours après avoir été prise en charge pour un AVC. Elle vomit, au bord de l’évanouissement. Son mari appelle les pompiers qui le redirigent vers le SAMU.

 

Il patiente quinze minutes au bout du fil. Il est alors informé que les services d’urgence ne peuvent s’occuper de son cas et il lui est demandé d’emmener lui-même son épouse à l’hôpital. Affolé, il prend la route vers les urgences de l’hôpital de Nevers en dépassant certainement les 80 kms chers à notre Premier ministre. Á quarante kilomètres de l’endroit où il se trouve. “En arrivant, je me suis fait engueuler” explique-t-il, “car je m’étais garé n’importe comment”.

 

Très vite, l’épouse subit un scanner qui révèle un AVC hémorragique. Les médecins présents ne peuvent intervenir alors que la situation de la malade est d’une urgence totale car elles risque des complications gravissimes, voire la mort. Ils stabilisent son état. La pauvre dame est héliportée le lendemain vers Dijon.

 

De retours à l’hôpital de Nevers, elle souffre d’une phlébite, de pertes de mémoires et ne peut marcher.

 

Interrogé sur ce que vient de subir ce couple, l’hôpital de Bourges estime que tout s’est déroulé normalement et que les désagréments ne sont qu’un “non-événement”.

 

Le cas de parents de malades qui se transforment en ambulanciers n’est pas rare dans ce coin enclavé de notre pays. La ruralité, la rase campagne deviennent des souffrances en soi. La pauvreté aussi. Dans cette région, on a pu noter la fermeture d’une maternité au Blanc, les parturientes ayant le “choix” entre Poitiers et Châteauroux. Á Pithiviers, qui dispose d’une gendarmerie très importante – de ce côté tout va bien, le service d’ambulances du SMUR a été suspendu pendant 18 jours en août.

 

 

 

Dans le centre de la France, mourir, la belle affaire. Souffrir...
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18 août 2019 7 18 /08 /août /2019 05:27

Je n’ai pas connu de près des femmes battues violemment. La seule qui se soit confiée à moi dans la durée, et dont je vais relater l’histoire, n’a pas subi de violences physiques à proprement parler. Avant cela, deux remarques préliminaires : une femme battue dur dix est un homme, battu par sa conjointe ou par ses enfants. Par ailleurs, les femmes battues appartiennent à toutes les classes, à tous les milieux culturels, et non, comme on le disait rapidement et à voix basse quand j’étais gosse, à des milieux populaires où le vin coulait d’abondance.

 

Au moment où j’écris ces lignes (la mi-août), 90 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint depuis le 1er janvier. J’ai toujours dit à mes filles que le premier coup, la première menace de coup, étaient inexcusables et qu’elles devaient partir, quelles qu’en soient les conséquences matérielles. Ce départ ne serait pas une défaite ou une démission mais le moyen de réagir sur des bases à peu près solides.

 

J’en vient à mon histoire “banale”. Un couple d’enseignants amis, la petite quarantaine, une fille d’une dizaine d’années. Vu de l’extérieur, strictement aucun problème. Dans le lycée où ils enseignent ensemble, ils sont bien perçus. Elle est plutôt réservée, lui est extraverti et fait preuve de beaucoup d’humour. Á l’école, la petite  n’a pas de comportement qui pourrait alerter les enseignants.

 

Un jour, je dois remettre des documents à mon amie. Je l’appelle en lui disant que je déposerai une enveloppe dans sa boîte aux lettres. N’en fais rien, me dit-elle, car “ J’ai déménagé ”. Elle me donne sa nouvelle adresse et me suggère de passer la voir. Je sonne et je découvre un T2 où elle réside désormais avec sa fille. Le dialogue suivant s’engage :

 

— Pourquoi as-tu quitté Julien ?
— Il me battait.
— Je n’ai jamais remarqué la moindre trace de coups sur toi.
— En effet, il se contentait de me taper sur le dos de la main ou sur l’avant-bras.
— En quelles occasions ?
— Quand ça lui prenait : j’avais trop salé la soupe, j’avais oublié d’acheter ceci ou cela.
— Il te battait en présence de la petite ?
— Pas systématiquement, mais si elle était là, cela ne lui posait pas de problème.

 

Est-ce parce que j’étais sidéré, je fis alors une remarque d’une grande bêtise :

 

— Une tape sur le dos de la main, ce n’est pas si terrible que cela, non ?


— On voit bien que tu es un homme. Á chaque fois, j’étais humiliée, niée, ridiculisée. Cela durait depuis des années. Je me suis enfin résolue à partir avec ma fille et j’ai engagé une procédure de divorce. Tu peux me croire : ce n’est pas facile. Devant le juge, il n’a nié aucun fait. Il m’a demandé pardon, mais c’est trop tard.

 

Je luis souhaitai beaucoup de courage. Quand je la revis six mois plus tard, je m’attendais à ce qu’elle me décrive sa nouvelle existence. En fait, après plusieurs séances de conciliation avec le juge et les avocats, dont certaines en présence de leur fille, mes amis avaient décidé de reprendre la vie commune.

 

— Tout est rentré dans l’ordre, me dit-elle.

 

Le mot “ordre” me glaça. J’avais tort. Vingt ans après, ils sont toujours ensemble. La gamine a poursuivi des études normales et le mari n’a plus jamais tapé la main de sa femme.

 

On constate que les adultes battants ont souvent été des enfants battus. Ce n’était pas son cas. Alors pourquoi ces chiquenaudes ? Je ne l’ai jamais vraiment su.

Femmes battues : un exemple “banal”
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13 août 2019 2 13 /08 /août /2019 05:38

 

En France, 130 000 divorces sont prononcés chaque année. Il y a en gros 1,8 mariages pour 1 divorce. La courbe ne cesse de croître puisqu’on comptait environ 40 000 divorces en 1970.

 

C’est peu dire que le modèle n’est plus un modèle universel, ni même la référence. C’est un cas de figure parmi d’autres.

 


Il y a bien longtemps que, de par le monde, on réfléchit à d’autres manières de s’accoupler. A Mexico, par exemple, où 40% des mariages se terminent par un divorce et où les procédures juridiques sont extrêmement lentes, on a mis au point des mariages à l’essai, ce qui s’apparente à des CDD de deux ans. Des CDD renouvelables, fort heureusement pour les couples qui souhaitent durer.

 

L’Eglise catholique est fortement opposée à cette formule qu’elle assimile à un contrat commercial qui s’inscrit dans la culture du jetable.

 

En 2007, une députée allemande avait proposé une proposition similaire, refusée en bloc par le parti chrétien démocrate. Cela n’avait rien d’absurde puisque ce mariage CDD a cours en Iran et au Liban.

 

Les économistes Stefania Marcassa et Grégory Ponthière, ont publié, dans Population Review, un article qui étudie la pertinence des contrats de mariage courts par rapport aux mariages « CDI ». Sans a priori moraux ou religieux, évidemment. Ils ont examiné,  dans un contexte où le divorce coûte cher, le bien-fondé de la mise en place de contrats qui s’achèvent, à l’issue d’un terme prédéterminé, sans les dépenses conséquentes qu’entraîne une séparation. Le résultat des courses est que les contrats courts sont préférables pour les gens qui se marient, comme pour ceux qui ne se marient pas (union libre).

 

Dans l’esprit des législateurs du XIXe siècle, dans un pays comme la France, le mariage était un contrat comme un autre. A une époque où les femmes n’avaient pas, ou très peu, d’autonomie financière, elles s’engageaient à enfanter en contrepartie d’une protection et de la garantie de la fourniture de moyens de subsistance. Les femmes devenant plus autonomes,  le nombre des mariages a diminué tandis que celui des divorces a fortement augmenté. 

 

Ce sont aujourd’hui les femmes qui demandent le plus souvent le divorce : elles sont à l’origine des trois quarts d’entre eux. Autrefois, c’était l’inverse, parce que les femmes dépendaient économiquement, donc affectivement, des maris. Aujourd’hui, les trois quarts des femmes qui prennent l’initiative d’un divorce exercent une activité professionnelle. Dans plus de 80% des cas, elles obtiennent la garde des enfants et deux fois sur trois la résidence du ménage leur est attribuée.

 

A une époque où l’espérance de vie a considérablement augmenté, certains se demandent s’il est bien raisonnable de placer au-dessus de tout la valeur d’un engagement dans un mariage CDI.  En France, l’Eglise exige la vie commune jusqu’à ce que la mort sépare les contractants mais elle ferme les yeux sur les doubles vies et les guerres intestines dans les couples qui ne fonctionnent plus. Les féminicides, les violences physiques et morales quotidiennes sont rendus possibles, encouragées, par le mariage CDI.

Le mariage, ça bouge !
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12 août 2019 1 12 /08 /août /2019 05:32

 

Certains se sont étonnés de voir de hauts dirigeants d'Orange traînés en justice pour avoir été indirectement responsables de suicides de salariés, qualifiés de "mode" par l'un des responsables. Ces relations brutales ne datent pas d'hier. Par parenthèse, je ne suis pas trop inquiet pour ces cadres supérieurs : la Justice sera pour eux plus clémente que pour tel Gilet jaune qui a arraché un portrait du banquier éborgneur et noyeur dans un édifice public.

 

Dans les années 70, dans un département du sud-ouest qui m'est cher, le receveur d'un bureau de poste d'un village situé à une trentaine de kilomètres du chef-lieu, fut assassiné par des malfrats qui voulaient sa caisse. A l'époque, il pouvait y avoir ponctuellement beaucoup d'argents dans les recettes.

 

Le directeur général départemental ne se déplaça pas, prétextant un rendez-vous important avec une huile parisienne, et ne daigna même pas informer la famille. Il fallut que des salariés syndicalistes (CGT) se chargent de cette mission et accompagnent la fille du receveur sur les lieux du drame.

 

L’image contient peut-être : une personne ou plus et plein air
 
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5 août 2019 1 05 /08 /août /2019 05:36

Une photo magnifique d'une mère allaitant son petit enfant. Avec cette mise en abyme merveilleuse de la vache et du veau.

 

Cette photo a été censurée des centaines de fois par Facebook.

 

Christine Laforet, qui l'a republiée, nous dit qu'elle représente l'amour maternel, la douceur, la sérénité. Trop violent pour des citoyens d'un pays qui a déversé des centaines de millions de tonnes de bombes de par le monde.

 

Pudibonderie et censure zuniennes
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4 août 2019 7 04 /08 /août /2019 05:33

Menacé par une petite douzaine de CRS, un citoyen a préféré se jeter à l'eau. Dans la France d'avant, les forces de l'ordre, policiers, gendarmes, avaient le devoir de porter secours aux citoyens. Pas sous le banquier éborgneur ... et noyeur. Ce citoyen a été repêché par d'autres citoyens, non sans mal. C'est alors que les CRS l'ont pris par le collet et l'ont plaqué au sol.

 

On atteint des sommets dans l'ignominie.

 

Ci-dessous, le témoignage de la victime du forfait.

 

 « Je restais sans bouger et je cherchais un ami à moi lorsqu’un CRS a dit : "Bah tiens, toi tu vas venir avec nous." Ils étaient cinq, tous la matraque à la main. Je lui ai répondu que non, je n’ai rien fait. J’ai reculé, je me suis retourné et j’ai vu cinq autres CRS. J’étais alors encerclé et par peur de me faire frapper, j’ai sauté sans réfléchir. Déjà dans l’eau, à un moment j’ai paniqué. J’ai cru que j’allais me noyer. Une fois sorti de l’eau. Ils m’ont plaqué au sol et m’ont emmené avec eux. Ils m’ont mis par terre et beaucoup de CRS m’insultaient. Ils disaient "ça aurait été drôle que tu te noies" ou "bah alors t’as froid ?" en rigolant. Ensuite les pompiers sont arrivés. Ils m’ont emmené à l’hôpital. Une fois arrivé là-bas, j’ai remis mes affaires mouillées et j’ai pris la fuite avant que les gendarmes ne reviennent. »

 

La vidéo sur Facebook : https://www.facebook.com/bernard.gensane.1

Le banquier éborgneur est aussi noyeur !
Le banquier éborgneur est aussi noyeur !
Le banquier éborgneur est aussi noyeur !
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2 août 2019 5 02 /08 /août /2019 05:20

UNE COÏNCIDENCE TROUBLANTE

Steve est mort. Je pense à ses pauvres parents qui se rongeaient les sangs entre espoir fou et désespoir asphyxiant. Ton jeune est parti faire la fête et il ne reviendra jamais. Tout l’amour que tu lui portais te reste comme un douloureux membre fantôme. Le futur que ton gamin ouvrait pour toi a fondu dans le néant en un instant comme son pauvre corps.

 

Avec le décalage horaire et le temps des vérifications je réagis plus tard que vous. Tant mieux. J’ai eu le temps d’éteindre les aveuglements de la stupeur et de la sidération. A présent je lis qu’on ne « saurait établir de coïncidence » entre la disproportion de la charge de police et la mort de Steve. Ils nous diront ensuite, je suppose, qu’on ne peut établir de lien entre sa chute dans l’eau et sa noyade, non plus. Ces mots à eux seuls disent où est rendue la parole officielle dans notre pays. Les Castaner et Belloubet, les bras ballants, toujours prêts à justifier n’importe quoi, débitent leurs grosses ficelles pour gagner du temps et miser sur les dilutions de l’été.

 

Braves gens, tenez-le-vous pour dit. Il n’y aura pas de justice rendue. Ils sont tous là pour ça. Voilà ce qu’est devenu notre pays. Un pouvoir qui ne contrôle plus la police parce qu’il l’a sollicitée pour des tâches dont il ne veut pas assumer la responsabilité politique. Une police dont les syndicats menacent les juges sans que nul n’y voit rien à redire et surtout pas la ministre concernée Nicole Belloubet. Un magistrat qui avoue avoir menti pour ne pas embarrasser le pouvoir et sa corporation qui se tait avec application. Toute cette chaine de pouvoir aveuglée, arrête, garde à vue pour un oui pour un non, vend à la presse les comptes rendus d’audition et juge à la chaine des opposants de toute sorte : syndicalistes, militants écologistes, députés opposants. Tout se tient. Le régime fait tirer sur une femme de 83 ans au quatrième étage d’un immeuble, madame Zineb Redouane, éborgne 22 personnes et en mutile six autres. Et chaque fois, les mêmes ministres pitresques, Castaner et Belloubet, se sont contentés d’afficher leur mine perpétuellement hébétée de gens qui ne contrôlent plus rien et n’assument jamais rien.

 

Telle est la France aujourd’hui. Et bien sûr les procès politiques ne sont plus loin. En septembre ce sera celui des six Insoumis choisis au hasard parmi plus de vingt-cinq présents ce jour-là qui ont eu l’audace de vouloir surveiller une perquisition menée au mépris des règles de procédure, sur un motif politique fallacieux et avec des méthodes disproportionnées d’habitude réservées à la traque du grand banditisme. Telle est la France de Macron. Mais comme a dit le policier chargé de la perquisition chez l’insoumis Manuel Bompard : « on est mieux ici qu’au Venezuela ». Police politique et justice politique n’ont pas fini de faire des Steve mourants sans qu’on puisse « établir de coïncidences » avec les brutalités dont ils ont fait l’objet. Tel est devenu ce régime Macroniste qui a ouvert le cycle des violences et de la politisation de la police et de la justice et ne sait plus reprendre une responsabilité dont il a tant voulu se dédouaner.

 

Conclusion : on peut établir une coïncidence entre la façon dont Castaner et Belloubet dirigent leur ministère et la multiplication des actes de violences policières et judiciaires dans le pays. Une coïncidence troublante compte tenu de la question qu’elle pose : est-ce encore un État de droit que la macronie ?

 

Mort de Steve : un texte de Jean-Luc Mélenchon
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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 05:15

 

Ainsi donc, je viens de passer trois jours sur les gradins surchauffés de la piscine de Pierrelatte pour apprécier les très bonnes performances de ma fille Rébecca et de ses collègues de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. J’avais choisi un hébergement dans la petite ville voisine de Bourg-Saint-Andéol, de l’autre côté du Rhône, en Ardèche. J’ai passé deux nuits très reposantes dans l’hôtel Le Brin d’Olivier (publicité gratuite).

 

Entrer en voiture dans Bourg-Saint-Andéol ne m’a pas vraiment posé de problème. En sortir, la première fois, m’a pris trois quarts-d’heure et m’a occasionné une légère panique car je risquais de rater une prestation de Rébecca.

 

Á Bourg-Saint-Andéol, rien à voir avec les pharaons ou Hausmann. Beaucoup plus modestement, la municipalité a décidé d’aménager une route passante sur environ 100 mètres et d’instituer deux ou trois sens uniques. Ah, le sens unique ! L'apanage des vraies grandes cités. Tout comme les ralentisseurs dont les deux tiers dans cette ville ne servent à rien. Seulement, dans une bourgade de 7 000 habitants coincée entre le Rhône majestueux et une grosse colline très pittoresque, le moindre changement dans le système de la voirie est redoutable. Il peut vous falloir accomplir trois kilomètres pour franchir une distance de 200 mètres. Mais dans un gros village où certaines rues ont été conçues au moyen âge pour le passage de brouettes, où de charmantes placettes sont interdites aux voitures et où il fait 40° à l’ombre, on a vite fait de ressentir que Kafka jouait petit bras. Surtout dans la mesure où, nulle part, la municipalité n’a installé le moindre panneau provisoire du style “ Déviation Pierrelatte ”. Mon GPS connut l’affolement et faillit rendre l’âme car il n’avait pas été conçu pour suppléer les carences de la municipalité bourguesane.

 

Je connus heureusement un instant de grâce. Après avoir marché une bonne demi heure dans un cagnard historique à la recherche du seul restaurant ouvert (le dimanche est sacré à Bourg-Saint-Andéol), je m’affalais épuisé à la terrasse ombragée d’un petit resto tenue par des dames (en Ardèche, les hommes sont plutôt chasseurs). Á la table voisine, trois jeunes femmes et un jeune homme parlaient de musique classique. Il me fallut moins d’une minute pour comprendre qu’ils étaient de la partie et qu’ils avaient été les élèves d’Alfred Brendel chez qui ils avaient suivi une classe du maître quelques semaines auparavant. Ils avaient quitté un Brendel de 88 ans encore vaillant dans un très grand moment d’émotion.

 

Des élèves d’Alfred Brendel à Pétaouchnoque-sur-Rhône (non, vous ne me ferez pas écrire « au milieu de nulle part » – in the middle of nowhere) ! Par parenthèse, l’expression anglaise est une pure horreur : comment peut-on être au milieu de nulle part ? Comment peut-on être des personnes précaires dans un hors-lieu indéfinissable ? Je m’immisçai dans leur conversation en leur disant qu’une chose m’énervait autrefois chez Brendel, l’un des plus grands pianistes de la deuxième moitié du XXe siècle (ses lieder de Schubert avec Dietrich Fischer-Diskau ou son Concerto Jeunehomme sont des sommets) : quand il sortait un disque, on pouvait lire “ BRENDEL ” en Times 72 et, en dessous, Chopin, Beethoven, Mozart en Times 10. L’une des quatre jeunes artistes corrobora mes dires en se souvenant des couvertures des 33-tours de ses parents. Elles me confirmèrent – mais je n’avais pas besoin d’être rassuré – que Brendel comme maître était un homme généreux, au service de la musique et non de sa personne et un pédagogue hors pair. Ce, malgré une surdité gallopante.

 

Bref, j’avais bien fait d’avoir tourné dans Bourg Saint-Andéol comme un cochon d’Inde dans une boîte à chaussures et je me promis de revenir plus tard, quand les services de la voirie se seraient calmés, dans ce très charmant lieu de notre belle France.

 

Les Bourguesans sont facétieux
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