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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 05:29

Régulièrement, des messages tel que celui ci-dessous sont déposés sur mon blog. Dans la rubrique des commentaires. L'internet permet de toucher des milliers de gens sans gros efforts. Pour quel résultat ? Le doute m'habite...

 

Mon nom est Adriana Camacho Perez. Il y a de cela 2 ans j'étais une femme malheureuse et malchanceuse. J'avais divorcé avec mon homme il y a longtemps pourtant je l'aimais. Et j'ai parlé de ça sur internet pour avoir des conseils. Parmis tous les conseillés que j'ai reçu, il y a une femme du nom Martinez qui m'a conseillée de contacter un marabout suivie de son mail pour lui expliquer mon cas. Au début je n'avais pas confiance parce que j'ai déjà contacté beaucoup de marabout qui m'ont pas satisfait et quand je l'ai contacté, je lui ai expliqué toute la situation de mon homme et moi. Vous savez quoi?


Le Marabout m'a dit qu'il va me faire quelque chose pour que mon homme revienne. Et j'ai passé à quelque rituel. Et bizarrement dans les sept jours à suivre mon homme est revenu en me suppliant de remarier avec lui, c'est un miracle pour moi en plus de ça j'avais des soucis au travail avec mon directeur tout ces problèmes sont finir et je suis en paix au travail et dans mon foyer. C'est le premier miracle que j'ai vu dans ma vie.


Voici son E-mail:maitre.razack@gmail.com ou marabout.razack@hotmail.com

NB: Je voudrais bien vous dire de faire attention sur le net, car j'ai rencontré beaucoup de marabout qui m'ont escroqué avant ma prise de contacte avec celui dont je te parle.

Revoici son E-mail:maitre.razack@gmail.com ou marabout.razack@hotmail.com

Bonne chance a vous.........

Bouteilles à la mer
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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 09:00

Bien sûr puisque c'est Rébecca !

Ceci n'est pas un avion
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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 05:43

Sandwichs vides, sauces immondes, viande non cuite, produits indescriptibles. L'ordinaire de la restauration rapide. On connaît les enseignes.

Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
Á manger vite avant de vomir vite
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21 avril 2017 5 21 /04 /avril /2017 05:42

Nous sommes à l'école maternelle Loubet. J'ai retrouvé cette vieille photo de ma mère, qui est l'institutrice. La ville s'appelait Hénin-Liétard à l'époque, mais nous, nous disions “Hénin”.

 

En 1953, j'avais cinq ans, ma sœur deux. Mon frère n'était pour l'instant que dans le désir de ses géniteurs. Nous étions encore au lit quand mes parents partaient au travail. Ma mère nous disait simplement : “ Marie ne va pas tarder ”. Et Marie ne tardait pas. Á l'époque, un couple d'instituteurs de moins de trente ans pouvait se payer – un salaire y passait – un femme de ménage à plein temps, déclarée en toute légalité.

 

Si je compte bien, la classe comptait 56 élèves. Bien sûr, pas d'ATSEM (Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles).

Hénin-Liétard, 1953
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19 avril 2017 3 19 /04 /avril /2017 05:36

La scène se passe à Chamonix. Quelque skieurs descendent d'un véhicule utilitaire de sport (SUV, comme il faut dire). De luxe. De location, j'imagine. Ils sont indiens. De l'Inde (capitale, Châteauroux, comme le prétendait Francis Blanche). De la graine de Mittal. Ils portent des tenues de ski dernier cri, ultra chic.

 

Ils prennent le téléphérique et s'envolent vers les pentes neigeuses. Bardés d'appareils photo et d'I Phones 7. Chacun avec sa paire de skis. Une heure plus tard, ils redescendent, les combinaisons complètement sèches. Par internet, ils ont déjà dû envoyer de par le monde des dizaines de photos d'eux dans le décor mythique du Mont Blanc.

 

Ils sont heureux. Demain, ils vivront un autre bonheur fugace à Vérone ou à Istanbul.

La mondialisation heureuse
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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 05:33

Un ami a vécu la mésaventure suivante :

 

 

La police ferroviaire sert à quoi ? A permettre le dialogue ? J’en doute ! A déranger (le mot est faible !) les citoyens ? J’en suis sûr !

 

 

Hier soir, mardi 4 avril, un peu avant 21 h, j’étais en gare de Lille dans l’attente du train qui me ramènerait à Douai.

 

 

Je lisais et un homme s’est approché de moi ; bien esquinté du côté du nez. Il a commencé à parler … C’est alors que les Zorros de la police ferroviaire sont intervenus. Ils étaient en force : trois ! Ils voulaient absolument que la personne qui s’était approchée de moi sorte de la gare. J’ai commencé par dire à ce trio que cet homme me parlait, comme tout un chacun peut normalement le faire dans un pays normal. Ils ont répondu en indiquant que la mendicité était interdite. Sur le moment, je n’ai pas su quoi répondre !

 

 

Je me doutais qu’il y aurait une suite. Quelques instants après, je me dirigeais pour monter dans le train. Les héros de la police ferroviaire, pensant avoir affaire à un dangereux fraudeur, si ce n'est un terroriste, formèrent un barrage pour m’empêcher de passer. Le chef de la troupe de protection des citoyens honnêtes me demanda d’ouvrir mes sacs. Il jeta un coup d'œil rapide et « vit » peut-être des livres, livres que je venais d’acheter et que je recommande :

 

 

- Quand je serai grande, je changerai tout d'Irmgard Keun

- Urgence antiraciste

- Ce qui compte vraiment de Fabrice Nicolino

- Les animaux nuisibles, bouc émissaires de la République des privilèges de Jean Marc Sérékian

 

 

Mon charmant détective ne put évidemment pas voir les titres des livres, étant donné que le trio faisait cela uniquement par représailles. Ils ne fouillèrent même pas suffisamment pour voir si j'avais éventuellement des objets contondants ou une bombe.

 

 

Bien entendu, cela ne s’est pas limité à cette inspection folklorique. Ils me demandèrent mon titre de transport. J'ajoute que cette garde protectrice était accompagnée de deux « contrôleurs ». L’un d’entre eux a vérifié la validité du billet de transport. Chance pour moi : j’étais en règle !

 

 

Naturellement, je ne leur ai pas dit que j’étais certainement fiché S. Car je pouvais risquer une fouille au corps.

 

 

J’en ai profité pour féliciter ces cinq personnes d’être les zélés serviteurs d’un pouvoir au service de la répression, du pays de la Révolution et des droits de l’Homme. Je leur ai aussi dit qu’il était évident que le Monsieur qui m’avait parlé était dans le hall de la gare pour jouir pleinement de la vie et en profiter totalement pour éventuellement faire la mendicité. Je leur ai également dit qu'eux ne risquaient pas de faire la mendicité car ils étaient payés par l’État, c'est à dire par moi, entre autres !

 

 

Par ailleurs, dans le courant de cette conversation de très haut niveau, un contrôleur crut bon de me dire que je n’étais pas obligé de prendre le train. Sciant ainsi la branche sur laquelle il se trouvait !

La police ferroviaire nous protège !

 

Pendant que l'homme qui m’avait parlé dans le hall de la gare essayait éventuellement de récupérer un peu de quoi se sustenter, j’ai donc eu affaire à cinq forçats du boulot bien fait dans une gare presque vide : il n’y avait pas de danger que les « policiers de la voie ferrée » soient entourés par une foule hostile à leurs méthodes.

 

 

Inutile de préciser que j’ai été le seul à être « contrôlé ». C’est d’ailleurs la première fois que je vois la police ferroviaire travailler ainsi !

 

 

Pour la petite histoire, l’un des contrôleurs m’a dit que je pourrais encore être contrôlé dans le train. Sur ce point, il bluffait car, à cette heure-là, il y a très peu de contrôles, les agents ayant besoin d'une nuit réparatrice !

 

 

Soyez donc assurés : la police rassure et contrôle la situation ! Les djihadistes ont de quoi avoir peur. C’est tout de même réconfortant en ces temps tellement moroses.

 

 

 

Une dernière remarque qui permet de voir qu'on est dans une France apaisée. Quand on arrive en gare de Lille, on sent que tout se passe bien. Il y a des déplacements de soldats (avec fusils, bien entendu) ; il y aussi la police en nombre assez conséquent. Il y a enfin la police ferroviaire !

 

 

Tout cela fait prendre conscience que l'état d'urgence n'est pas un vain mot et que l'on aboutit, en ce moment, à une France pacifiée. Vive la République, vive la France etatdurgentisée.

 

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 05:24

Je ne sais plus quel généalogiste a dit que toute famille compte un roi et un pendu. Peut-être est-ce Jean-Louis Beaucarnot, qui avait écrit un livre formidable sur les ascendants de nos politiques, dont j’avais rendu compte il y a six ans de cela.

 

Alors, aujourd’hui, je propose une note très personnelle qui complète une plus ancienne de 2011. La généalogie ne m’intéresse pas particulièrement. Je ne me suis jamais plongé dans les registres poussiéreux des paroisses du Pas-de-Calais et de l’Oise, départements d’origine de mes parents. Je ne suis non plus jamais allé me perdre sur internet grâce aux sites spécialisés en la matière.

 

Dans la famille de ma grand-mère paternelle, il y a toujours eu quelque chose de bizarre. Pas un secret de famille, plutôt un questionnement. Juste après la Première Guerre mondiale, ma grand-mère convole avec un rescapé de la grande boucherie, récent instituteur, fils de paysans très modestes. Nous sommes dans le Boulonnais, plus précisément dans le canton de Desvres, une petite ville connue pour sa faïence, sa métallurgie et son ciment (depuis 1982, la ville s’est fortement désindustrialisée, perdant plus de 60% des employés de son secteur secondaire). Il s'agit d'une région de bocages, un peu vallonnée. Il n’y a pas de grandes exploitations agricoles comme on en trouve dans la Picardie toute proche. Or mes arrière-grands-parents sont des paysans riches. Vraiment riches. Dans les années 1930, mon arrière-grand-père possède une automobile. Ma grand-mère, née en 1900, reste à la maison après avoir réussi brillamment le certificat d’études (soixante-dix ans plus tard, elle écrira toujours dans un français précis, sans la moindre faute), dans l’attente (patiente) d’une demande en mariage, mais un précepteur vient plusieurs fois par semaine lui donner des cours de français et de mathématiques. Enfant, cette même grand-mère n’a jamais lavé une cuiller ou fait un lit. Vivaient à demeure dans la ferme une cuisinière, une femme de ménage et un commis. Lorsqu’elle épousera mon grand-père, elle apportera en dot un corps de ferme et une bonne dizaine d’hectares. Et elle assumera, seule, toutes les tâches ménagères, les courses, sans oublier sa part de jardinage.

 

Je me demandais parfois d’où venait cette richesse mais je n’osais interroger quiconque de peur de froisser ou de faire sortir un énorme squelette du placard. Et puis, pour ajouter un questionnement en second au grand questionnement, il y avait la fameuse Dina, la grand-mère maternelle de ma grand-mère, d’origine portugaise. Que diantre des Portugais seraient-ils allés faire dans le Boulonnais ? Personne, parmi mes aïeux mâles, n’avait à son actif la moindre campagne coloniale africaine, portugaise, brésilienne, que sais-je ? d’où il aurait ramené ce fruit exotique. J’informerais donc mes enfants qu’ils avaient quelques gouttes de sang portugais dans les veines. En tout état de cause, ma grand-mère corroborerait ces faits qui me turlupinaient quelque peu : aisance et Portugal.

 

Il y a quelques années, une cousine, qui possède de nombreuses archives familiales, m’envoie une photo de Dina. En la découvrant, je me dis que, décidément, quelque chose cloche. Bien sûr, il ne faut pas trop se fier aux phénotypes, aux « races », mais Dina fait davantage penser à une citadine de de Hooch qu’à une paysanne de l’Algarve. Et, assurément, sa coiffe est d’un certain prix.

 

Une étrange histoire

Cette cousine me fait également parvenir quelques photos de notre arrière-grand-mère – la fille de Dina – jeune et moins jeune. Á l’évidence, il ne s’agit pas d’une paysanne de base mais d’une dame plutôt distinguée. La photo d’elle à l’âge avancé rend compte que l'arthrose n'empêchait pas le tricot.

Une étrange histoire
Une étrange histoire

Quant à mon arrière-grand-père – Dieu soit loué, il ne nous a pas transmis son strabisme convergent, les mystères de la génétique sont insondables pour les profanes ! – il fait plus penser à un directeur d'école ou un clerc de notaire qu'à un brave paysan.

Une étrange histoire

 

Bref, je ne suis guère plus avancé, d’autant que tous les membres de la famille qui auraient pu savoir quelque chose sont décédés.

 

Un miracle se produisit tout récemment. Un généalogiste, amateur mais obstiné, et qui m'était très vaguement apparenté, m’écrivit pour me demander un petit renseignement sur mes parents. En échange, il m’envoya une masse de documents sur mes ancêtres grâce auxquels le mystère allait être résolu.

 

D’abord, pas plus de Portugaise que de beurre en broche. Le nom de jeune fille de mon aïeule était tout simplement Flahaut, un patronyme courant dans le nord de la France, d’origine germanique et qui signifie gouverner dans la pureté (flets, waldan). Et le nom de sa mère était tout bêtement Roussel. Pourquoi ma grand-mère, mais aussi mon père nous avaient-ils raconté ce bobard pendant des dizaines d’années ? Mystère et boule de gomme. Mais le plus époilant (comme écrivait Proust dans Le Côté de Guermantes) c’est que la brave Dina, qui mourra en 1936 à l’âge de 84 ans, était noble ! Petite noblesse, assurément, mais tout de même. Son père était Jacques Marie Amédée Flahaut de la Barre (1823-1858), fils de Jean-Marie Flahaut de la Barre né en 1793. Et Jean-Marie était le fils de Jean-Marie (quelle originalité !) Flahaut de la Barre, sieur de la Barre, de la Houssoye, d’Évion, Tumière. Le registre d’état-civil faisait de lui un « propriétaire, cultivateur ». Son père n’était autre que Bartélémi Flahaut de la Barre, « Écuyer, sieur de la Barre, de la Houssoye [La Houssoye est un petit village de l’Oise], d’Évion, Tumière et autres lieux » (1708-1786), lui-même fils de Jean-Baptiste Flahaut, « Sieur de La Houssoye » (1662-1741). Jean-Baptiste était le fils de Jean Flahaut, « Sieur de La Houssoye », mort en 1675, lui-même fils de Pierre Flahaut, né en 1590, mais pas sieur pour deux sous.

 

Nous basculâmes donc de la roture à la lumière au XVIIe siècle. Pourquoi avoir caché cela ? Pourquoi ces petits quartiers de noblesse ? Je ne le saurai jamais. L’explication du paysan riche (en fait, sa femme plus que lui) était toute simple : une patiente accumulation de richesses par la terre (la famille compta un notaire en son sein au XIXe siècle, ce dont je n'avais jamais entendu parler). Enrichissement classique, et non, comme je l’avais fantasmé et redouté, un trafic de je ne sais quoi (des épices, du tabac, pas des esclaves, tout de même !) vers les Flandres ou l’Angleterre.

 

C’est donc parce que la bonne Dina épousa un roturier, un Auguste Bernard mort à 35 ans en 1886, que nous nous sommes séparés de la branche des Flahaut de la Barre.

 

J’aimerais énormément que nous fussions apparentés à l’héroïque chevalier François-Jean Lefebvre de la Barre mais il ne faut peut-être pas trop en demander. Je n’ai pour l'instant aucune preuve tangible d'une relation aussi prestigieuse. Je suis sûr que Jean-Louis Beaucarnot va me renseigner.

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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 05:31

 

Cette année, vacances à Gardincourt. In' s'm'aine dinch' gardin, in' s'm'aine dinc'ch cour.

Vacances : faire avec l'austérité ...
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7 avril 2017 5 07 /04 /avril /2017 05:31

Mon ami lot-et-garonnais Bernard décrit aujourd'hui ses souvenirs ruraux de prime enfance. Une enfance qui rime avec Manufrance.

 

On ne peut évoquer le Lot-et-Garonne de 1950 sans parler du catalogue Manufrance et de son mensuel d’application, Le Chasseur français. Chaque ferme comptait au moins un chasseur parmi les trois générations s’abritant souvent encore sous le même toit. Telle une sève généreuse, les produits de la manufacture stéphanoise irriguaient les loisirs et l’ordinaire de la France rurale et ouvrière. Le paloumaïre béarnais, le huttier picard, fabriquaient leurs cartouches avec les mêmes ingrédients commandés à la même source. Pendant leurs congés payés, le docker bordelais et le métallo lorrain couchaient sous de semblables tentes (en toile). Manufrance vendait certes des objets mais offrait aussi du rêve. Il suffisait de feuilleter les premières pages où l’on présentait les armes de chasse. Le haut de gamme s’appelait Robust Idéal et les quelques modèles de ce label étaient surmontés (ou soulignés, je ne vois plus exactement) de la formule suivante :

 

Souvenirs de Manufrance et de La Terre

L’Olympe descendait en majesté sur la toile cirée de la table de la cuisine où j’avais ouvert le catalogue. J’étais en extase. J’avançais d’une page, d’une autre, je revenais en arrière : la même affirmation absolue. Je n’étais plus sur terre. A côté de la vue d’ensemble de l’arme, on donnait un agrandissement du cassé du fusil qui magnifiait les arabesques ciselées de la platine. L’odeur douceâtre de la graisse enduisant les canons d’acier bleu et un âcre relent de poudre grise flottait alors dans la pièce, comme quand mes oncles fabriquaient leurs cartouches et qu’ils me laissaient parfois tourner la manivelle du sertisseur. Tonton Robert me l’aurait laissé tourner plus souvent mais tonton Jeannot rouscaillait : « Putain, merde, il tourne pas régulièrement, ce morpion ! Nos cartouches vont foirer. » Jaloux, va.

 

Après les armes et accessoires s’exposaient les bicyclettes Hirondelle, oui, oui, comme les oiseaux qui revenaient chaque printemps maçonner leurs nids aux encoignures sous le toit. Des vélos d’homme, de femme et … des tandems ! Des tandems, je n’en avais jamais vu mais je trouvais dommage que la tatie Jeannette n’en ait pas un. Au lieu qu’elle m’assoie jambes ballantes sur le porte-bagages de sa bicyclette, je l’aurais aidée à pédaler. Sur une autre page, un homme et une femme, en culotte courte, avaient appuyé leur machine au tronc d’un cerisier chargé de fruits. Le monsieur en pendait aux oreilles de la dame. Je trouvais l’idée bizarre parce que, quand les bigarreaux de l’arbre du ruisseau muraillé étaient mûrs – des bigarreaux écarlates, gorgés de jus, gros comme des noix, c’était à moi que les taties mettaient des boucles d’oreille, ce n’était pas moi qui leur en accrochait. Les vélos demi-course avaient des cale-pieds comme l’infirmier Sicot qui habitait la dernière maison avant le pont sur la Canaule ; il pédalait d’une seule jambe, l’autre était restée à la guerre. Il repliait le tissu inutile du pantalon et le fixait sous le moignon avec des épingles à linge ; je n’y aurais pas pensé.

 

Le Chasseur français m’intéressait moins, les photos de chiens mises à part. J’aimais surtout les chiens courants, ceux qui ressemblaient au Black de tonton Jeannot, avec des taches noires et marron sur le blanc du poil. Black était toujours attaché devant le hangar depuis que les gendarmes s’étaient arrêtés et m’avaient fait si peur. Tonton Jeannot avait tendu un gros fil de fer entre un poteau et le tronc du tilleul. On appelait ça un fil courant, comme la race de Black. Je me méfiais de Black qui m’avait déjà mordu. Fifi, la chienne à vaches, ne bronchait pas quand je lui donnais en cachette un coup de pied bien mérité, pour lui apprendre le métier. Tonton Jeannot disait souvent : « Cette sale carne n’en fait qu’à sa tête ! Je vais lui apprendre le métier. »

 

Je ne comprenais pas grand-chose dans Le Chasseur français quand j’essayais de lire ce qui était écrit sous un titre du genre : « Comment appâter votre coin de pêche ? » Il fallait préparer tout un mélange de cochonneries comme des asticots, des vers de terre coupés en morceaux, avec de la farine, et surtout y ajouter les produits miraculeux de Manufrance. Les articles du magazine suscitaient de longues discussions techniques entre mes oncles et Théo. Théo venait toujours avec son exemplaire dans la poche de sa veste au cas où celui de la maison eût présenté des divergences avec le sien ; les cagoulards étaient partout. C’était toujours Théo qui proposait des innovations, jamais suivies d’effet. « Nous, on chasse le perdreau avec du plomb de sept ; Le Chasseur français conseille du six avec des cartouches à croisillons pour que les plombs s’écartent mieux. Je sais pas si je vais pas m’y mettre. – Ah, tu es bien assez con ! s’emportait le pétardier tonton Jeannot. Est-ce qu’on a à se plaindre de chasser le perdreau avec du sept ? » Théo tordait dubitativement la bouche et la tête, tournait le regard vers un oracle qu’il était seul à voir, retordait encore la bouche et la tête. « Tu as peut-être raison mais j’aurais bien voulu essayer. » Théo lisait Le Chasseur français du début à la fin, même les petites annonces et les articles sur la pêche. Moi, plutôt que leurs brochets et autres truites arc-en-ciel, j’aimais mieux les merluchons que la mémé achetait au poissonnier ambulant.

 

Je savais donc beaucoup de choses grâce au catalogue Manufrance et au Chasseur français. Quelle bonne idée avait eue mon père de m’apprendre à lire sur la Méthode Boscher avant que j’entre à l’école ! Chez les grands-parents, il y avait aussi, sur l’étagère latérale de la cheminée de la cuisine, un almanach de La Terre (La Terre, c’était la version hebdomadaire de L’Humanité, à destination des paysans). Au moins une fois par semaine, je demandais l’almanach pour y dévorer encore et toujours la même histoire, celle du Grand Ferré, ce paysan picard des heures noires de la guerre de Cent Ans. De son destin fabuleux, je tirais et je conserve deux enseignements majeurs : il faut aimer sa patrie et ne pas boire d’eau glacée quand on est en sueur. Le Grand Ferré se servait d’une cognée, encore plus grosse que la hache du pépé Tiennot quand il faisait du bois en hiver. Avec la force du Grand Ferré et le poids de son arme, les soldats rosbifs avaient dû dégringoler plus vite que les troncs d’arbre du pépé. Mais voilà, altéré par le combat, il était allé boire l’eau glacée de la cruche, ce que mon père me répétait souvent qu’il ne fallait pas faire. Le Grand Ferré n’avait peut-être plus de papa : les gens meurent facilement, en temps de guerre.

 

Quand il n’était pas dans les mains du pépé Paul, le numéro de La Terre était posé sur la table. Le pépé Paul le lisait, si je puis dire, religieusement. De temps en temps, il maronnait : ce salopard de Jules Moch avait encore fait des siennes. Je crois me souvenir que le bandeau de première page affichait le dessin d’un paysan dans l’exercice de la plus symbolique de ses fonctions, le labour. Je revois les avant-bras puissants appuyés sur les mancherons de la charrue que tirait – eût-il pu en être autrement ? – un couple de nobles vaches garonnaises. La Terre était le complément spirituel des trois assiettées de soupe qui alimentaient le quotidien du pépé Paul. Il tentait de partager sa nourriture intellectuelle avec la mémé Léonie, elle aussi communiste, comme tout le monde à la ferme. Je n’aurais pas cédé ma place quand il essayait d’engager – en patois, naturellement – la conversation avec sa femme. Il donnait une information. La mémé l’écoutait un peu et le bloquait d’un coup : « Ce n’est pas vrai. – Comment ça, ce n’est pas vrai ? » Il reprenait son explication. « Je te dis que ce n’est pas vrai. » Le pépé abattait sa carte maîtresse : « Je le lus dans La Terre. » Elle le toisait alors : « Dis-moi, un peu : qui fut premier du canton quand nous passâmes le certificat d’études ? Toi ou moi ? »

 

Le pépé Paul avait quitté l’école à douze ans sans pouvoir se présenter au certificat : son père avait préféré le louer pour les labours de printemps. Le travailleur du bandeau de La Terre s’inclinait déjà devant l’arrogance de l’énarchie.

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3 mars 2017 5 03 /03 /mars /2017 06:20

 

On se rappelle comment La Poste maille de magistrale manière la ville de Lyon en matière de boîtes aux lettres.

 

Je fournis ici un autre exemple du génie de La Poste. Je trouve ce matin à 10 heures dans ma boîte aux lettres le petit formulaire horripilant qui dit en gros : « Nous nous sommes présentés ce matin à votre domicile, il n’y avait personne, prière de venir récupérer votre colis demain à partir de 14 heures. »

 

Ce coup-ci, je les ai vraiment pris le doigt dans le pot de confiture du mensonge. Á dix heures, ma femme était dans notre appartement. Quand à moi, je venais de sortir de notre immeuble en croisant à 10 mètres de la porte d’entrée un pauvre hère chargé d’une dizaine de colis légers mais encombrants. Je lui proposai de lui ouvrir la porte de l’immeuble avec mon bip  ce qu’il accepta d’un « merci, c’est très gentil». Par acquis de conscience, j’aurais dû lui demander si, par hasard, l’un des colis ne m’était pas destiné. Mais on ne saurait penser à tout. Comme le colis était un « écocolis » (quelques paquets de café en provenance de mon torréfacteur havrais préféré), le livreur avait le droit de ne pas sonner et de simplement laisser dans ma boîte aux lettres le formulaire cité ci-dessus. C’est bien, La Poste privatisée, c’est vraiment des génies.

 

Comme motif de la non-livraison, l’employé pouvait difficilement cocher la case absent, ce qui eût été un gros gros gros mensonge. Il cocha la case AI, qui signifie quelque chose comme « Accès Impossible ». Bon sang, mais c’est bien sûr ! J’habite dans un bunker souterrain, cerné de barbelés et protégé par des hommes en armes au sommet de miradors.

 

Il se trouve que je suis retraité et que je peux “perdre” une heure à récupérer un colis. Selon le formulaire, il fallait me rendre au bureau de poste “Guillotière”. Il s’agit d’un quartier bien connu de Lyon situé à environ 1 km de chez moi. Mais ce que je ne savais pas – ou que j’avais oublié – c’est que le bureau de poste Guillotière n’est pas celui situé à côté du métro Guillotière, ce qui serait beaucoup trop simple, donc manquerait de génie. Il faut aller le chercher Rue Jean Jaurès, également situé à 1 km de chez moi, mais dans une autre direction. Bref, j’ai triangulé comme une bête, en m’offrant ainsi une agréable promenade post-prandiale.

 

Nous emmerdent, les génies !

 

 

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