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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 06:02

Il y a peu, Arte nous a offert un documentaire absolument remarquable sur Freddy Mercury, que j’ai toujours considéré comme un authentique génie. Avoir écrit « We Are the Champions » (la face B d’un disque simple !), cette chanson reprise en choeur par des centaines de millions de gens chaque année dans le monde entier, vous place pour l’éternité au plus haut rang.

 

 

Mercury se confiait très peu. Il avait retardé au maximum sa sortie du bois tout en s’affublant régulièrement de tenues outrageusement « folles ». Il faisait un complexe terrible pour ses dents qui rayaient le parquet. Enfin, ses origines lui pesaient : il parlait de sa « couleur de peau ». Il était à peine plus bronzato que moi mais ses parents étaient des Iraniens de Zanzibar et son vrai nom était Farrokh Bulsara. En revanche, il aimait évoquer son admiration éperdue pour Montserrat Caballé, pour lui « la plus belle voix du monde ». Timide comme un communiant, il lui avait proposé de lui écrire une chanson, peu de temps avant sa mort et alors qu’il se savait déjà malade. Elle lui avait suggéré tout un disque d’où se détacherait un chef d’œuvre qui m’était un peu sorti de l’esprit : « Barcelona ». A trois reprises ils interprétèrent ensemble cette création magistrale qui deviendra l’hymne officiel des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992.

 

Du coup, je suis allé faire un tour sur Wikipedia pour me rafraichir la mémoire à propos de cette merveilleuse cantatrice que j’ai suivie de loin et loin pendant cinquante ans. Vous connaissez ma propension à systématiquement rechercher la moustache de la Joconde. Avec Montserrat, ma quête ne fut pas bien longue.

 

Âgée de 82 ans (elle en a aujourd’hui 85), elle a été reconnue coupable d’évasion fiscale par un tribunal espagnol. Le magistrat fit cette déclaration sans nuances : « je condamne l'accusée Montserrat Caballé, auteur pénalement responsable d'un délit aux dépens du Trésor public (...) aux peines suivantes : six mois de prison, amende de 254 231 euros. »

 

Comme il est d’usage en Espagne, le juge a épargné la prison à Montserrat car son casier judiciaire était vierge et parce qu’elle avait été victime d’un AVC quelques années auparavant. Elle dut néanmoins s’acquitter de 72 000 euros d’intérêts après avoir remboursé la somme escroquée. Elle reconnut avoir fraudé le fisc pour un demi million d’enros en excipant d’une prétendue résidence en Andorre.

 

De deux choses l’une : ou elle a fraudé toute sa vie et a eu la malchance de se faire prendre à 80 ans passés, ou, ce que je trouverais beaucoup plus passionnant, elle n’a fraudé qu’en cette circonstance. Ce qui signifierait alors qu’elle a éprouvé, en toute fin de vie et après une grave maladie, un prurit fiscal irrépressible sans penser à la confiture qu’elle aurait laissé sur ses doigts.

 

 

En janvier 2017, j’avais publié un texte sur deux infatigables cacochymes, Antoine Pinay et Olivier Giscard d’Estaing. Âgé de plus de 90 ans, le premier avait frétillé de la queue en soutenant le projet des avions renifleurs. Quand au second, il s’était lancé à la conquête de la mairie de Vierzon pour bouter les, selon lui, « Staliniens » hors de la cité. Il avait pris, en termes choisis, une branlée mémorable.

 

 

Tout cela pour dire que plus on est vieux, plus on est sage, ou plus on est con.

 

 

La cantatrice et l’évasion fiscale
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30 juillet 2018 1 30 /07 /juillet /2018 05:32

Je sais que, par ces temps de fortes chaleurs, mes lecteurs apprécieront ce texte délicieux.

 

 

L’histoire se passe au début des années soixante-dix. Un de mes amis était un jeune huissier qui avait une particularité rarissime dans la profession : il était membre du parti communiste. On assume ses contradictions comme on peut. Il lui arrivait, par exemple, de donner discrètement un billet de 100 francs à des personnes dont ils saisissaient le poste de télé ou le canapé.

 

Par un jour torride d’août, il frappe à ma porte, hagard, au bord de l’évanouissement. Il m’explique en bafouillant qu’il s’est arrêté en campagne pour satisfaire à un besoin pressant, que quelqu’un lui a tapé sur la tête et lui a pris son portefeuille avant de s’enfuir. Il a pu reprendre la route péniblement et rouler jusque chez moi.

 

Je lui donne un grand verre d’eau, lui propose un alcool fort qu’il décline. Comme sa peau passe alternativement du vert au blanc et qu’il est incapable d’articuler une phrase cohérente, je lui propose de le ramener chez lui ou de le conduire à l’hôpital. Il me répond qu’il préfère se reposer chez moi un petit moment. Il s’assied dans un fauteuil et s’endort profondément.

 

Pendant qu’il dort, et parce que j’ai vraiment beaucoup de mal à reconstituer ce qui lui est arrivé, je vérifie dans la poche de sa veste que son portefeuille lui a bien été subtilisé. Surprise ! Le portefeuille est là, avec argent et papiers.

 

Deux heures plus tard, mon ami sort de son sommeil lourd. Il a retrouvé quelques couleurs. Il me dit qu’il va bien mieux, me remercie et s’en va.

 

Le lendemain, il sonne de nouveau à ma porte. Il se souvient de ce qu’il s’est réellement passé. Il avait été requis, avec un commissaire de police et un serrurier, pour pénétrer chez un vieil homme qui n’avait pas donné signe de vie depuis plus de deux mois. L’artisan fit sauter la serrure, mais il fallut pousser fortement la porte pour entrer dans le couloir de la maison. Ce qui faisait obstacle n’était autre que le vieil homme, pendu depuis deux mois, avec son chat étranglé entre ses jambes. Même pour un huissier communiste qui en avait vu d’autres, le spectacle était horrible, l’odeur indescriptible. Les deux cadavres étaient en état de décomposition avancée, bouffés par des vers. Des rats circulaient partout dans la maison. Le commissaire de police vomit tripes et boyaux, le serrurier s’évanouit et mon ami courut se réfugier dans sa voiture et prit immédiatement la route. Son organisme réagit donc à contretemps : il s’évanouit quelques kilomètres plus loin en ayant eu la chance de pouvoir faire entrer sa voiture dans un champ.

 

Par ce que je qualifierai, faute de mieux, d’abréaction imparfaite, il s’était – et m’avait – fourni une explication complètement décalée du choc qu’il avait subi.

 

Je ne dirai pas comment ni pourquoi, mais il ne s’est jamais remis de cette expérience.

 

 

Sur un exploit d’huissier
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28 juillet 2018 6 28 /07 /juillet /2018 06:11

Et moi aussi, j'ai tous les droits, comme celui, neuf ans plus tard, en ce Tour de France finissant, de republier ce texte sur une performance physique qui me redonna l'envie de vivre comme jamais après une grave maladie.

 

 

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e3/Izoard-stèle_Bobet-Coppi.JPG

Je regardais, il y a peu, sur Arte, un fort joli film consacré à Éric Tabarly. Le grand marin y parlait de l’amour pour ses bateaux, le légendaire Pen Duick I en particulier, et il expliquait pourquoi il était devenu quasiment muet face aux journalistes neuneux qui lui posaient des questions ineptes du genre « Vous ne vous ennuyez pas pendant ces longues traversées ? » De fait, j'avais assisté à une conférence donnée, il y a une trentaine d’années, au Centre culturel français d’Abidjan durant laquelle Tabarly s’était montré prolixe en réponse à des questions pertinentes posées par des gens concernés.

 

Le film d’Arte nous donna l’occasion de voir Olivier de Kersauzon jeune, plus drôle que ronchon et ayant encore une peau de bébé, de retrouver Alain Colas et tous les autres champions formés par Tabarly. Mais il nous permit surtout de côtoyer un monde fascinant quand on lui est totalement étranger, celui des gens de la mer, avec son discours, ses codes, ses valeurs.

 

Nous éprouvons toujours la même sensation quand nous nous approchons brièvement d’un groupe mu par une même passion. Pensons aux alpinistes, aux collectionneurs de vieilles voitures qui se retrouvent le dimanche matin sur des aires d’hypermarchés, aux numismates, aux aéromodélistes etc. Je me souviens avoir un jour rencontré un groupe de fanatiques de cactus nains. J’avais trouvé cela, à première vue, complètement surréaliste, avant de me dire que cette activité avait autant de sens que la philatélie.

 

Pour ce qui me concerne, à mon modeste niveau, c’est le vélo.

 

D’avoir effectué à bicyclette au moins deux fois le tour de la terre depuis que je suis né (ça a l’air considérable, et pourtant cela n’a rien d’exceptionnel) a permis au citadin que je suis d’entendre le chant des oiseaux et m’a donné l’occasion de croiser quelques champions, beaucoup d’amateurs de haut niveau, des « professionnels de la profession ». Parce que j’ai toujours roulé un peu, j’ai pu franchir des cols, dans les Pyrénées, et surtout dans les Alpes. J’en suis peut-être à une trentaine. Les cols et autres ascensions que j’ai aimés, je les ai répétés deux, trois, quatre fois. Mon préféré : la Cayolle parce que la pente est à 3% pendant les dix premiers kilomètres, ce qui me permet de chauffer doucement mes vieilles jambes. J’ai toujours fait les vingt derniers kilomètres sans m’en rendre compte. Et puis j’adore le petit hameau d’Uvernet, juste avant les gorges du Bachelard. J’aime bien aussi son jumeau, le col d’Allos, souvent emprunté par les coureurs du Tour de France, mais il est plus pentu, avec des passages à 11%. Le col que je déteste – et dont je n’ai jamais répété l’ascension – c’est celui de Restefond, la fameuse route de la Bonnette. Ce n’est pas parce que il est le plus haut d’Europe, mais parce qu’il n’y a pas un mètre de plat (on ne s’en rend pas compte en voiture, mais dans les cols il y a souvent du plat et – j’y reviendrai – des descentes) et parce qu’il se termine vicieusement, après 23 kilomètres à 6%, par mille mètres à 10%, avec généralement le vent dans le nez.

 

Quand on monte, on fait des rencontres. J'ai par exemple été doublé dans la “ Montagne de Reims ” (courte mais bonne) par Zoetemelk qui, alors que je ahanais, aurait très bien pu se faire un shampooing et se curer les ongles de pied. Il me passa tellement vite que je lâchai un cri de surprise. Il se retourna, me sourit gentiment et continua sa route. Lors d’une de mes deux ascensions du Galibier, je montai en compagnie d’un père quarantenaire très musclé qui poussa littéralement sa fille de 15-16 ans pendant les huit kilomètres les plus durs en répétant « Allez mon bébé, allez mon bébé, on va y arriver ». Dans Aspin, j’ai doublé (ça m’arrive de doubler) un unijambiste. Après l’ascension de la Montagne Noire, dans le Tarn, j’ai roulé sur le plat, pendant quelques kilomètres, avec de bons amateurs quadras qui m’ont raconté que, lorsqu’ils étaient bien meilleurs, vers l’âge de 25 ans, ils avaient été lâchés sans rémission à l’entraînement par un gosse de 14 ans qui les avaient d’abord rattrapés. Il s’appelait Jalabert. Dans le haut niveau, il n’y a pas de secret. J’effectuais une petite ascension pyrénéenne en juillet 1998 en compagnie de deux bons amateurs qui avaient bien voulu m’escorter, quelques heures après l’arrestation par la douane du soigneur de Festina. Alors que je ne connaissais même pas le sigle EPO, j’appris tout en deux ou trois kilomètres : combien ça coûtait, qui en prenait (individuellement ou en équipe), qui n’en prenait pas, comment s’en procurer. Dans le milieu cycliste, seuls les commentateurs de France 2 n’étaient pas au courant… Un qui était au parfum, et que j’ai rencontré près de Poitiers dans les années quatre-vingt-dix, c'était le goûteur d’Anquetil : un équipier qui, dans les années soixante, testait la chimie qui donnait du supplément d’âme au grand champion.

 

Il y a quelques semaines, je me suis trouvé, par raccroc, invité dans un colloque scientifique de haut niveau. J’y repérai un collègue quinqua très athlétique. Je lui demandai quelle activité sportive il pratiquait. Il me répondit : le vélo. Ce colloque devint aussitôt beaucoup plus passionnant. Lors d’un repas, nous nous lançâmes dans une conversation pour initiés, écoutés par cinq ou six collègues éberlués. On parla des vertus de l’aluminium et du carbone (il roulait, ce qui n’est pas fréquent sous nos cieux, sur un Raleigh), de braquets, des livres de Jean Bobet ou de Paul Fournel, du Perjuret qu’il avait descendu la peur au ventre en pensant à Roger Rivière. On se raconta quelques-unes de nos ascensions (il en avait au moins 300 à son actif et ne roulait qu’en montagne : le plat le barbait). Plus nous sentions nos collègues largués, plus nous en rajoutions à l’unisson de nos souvenirs, en parfaite connivence :

 

- Dans le Granon, entre le km 11 et le km 13, j’ai failli vomir, me dit-il.

- Ca m’est arrivé dans le Ventoux, répondis-je. Et pourtant, j’avais mis tous les atouts de mon côté : j’étais parti à sept heures du matin, par Sault (moins difficile), par beau temps, sans me conditionner.

- Je me suis gelé au sommet du col Agnel à 2700 mètres, alors qu’il faisait 25° au départ de Molines.

- Moi de même. Pourtant, les habitants du coin m’avaient prévenu. La descente fut un enfer à partir du Rocher d’Annibal.

- Le col de Vars, il est pénible : je hais cette succession de faux-plats, de petites descentes casse-pattes, suivies de remontées sur un bitume mal entretenu.

- Puisque tu parles de descente, rétorquai-je, pense au kilomètre de l’Izoard où une descente nous assassine littéralement dans la casse déserte avant les 1500 derniers mètres à 9%.

- Oui, mais l’Izoard, il a tous les droits, prononça-t-il péremptoirement.

 

De fait, il avait raison : pour tous les cyclistes, de Koblet à celui qui se traîne à 10 à l’heure, l’Izoard c’est le mythe.

 

Un mythe collectif et individuel. C’est le col de Bobet et de Coppi (certains saluent ou se signent en passant devant la stèle érigée en leur souvenir par les lecteurs de L’Équipe). Ce n’est pas l’ascension la plus dure, mais quand on arrive dans la casse déserte, on est ailleurs, sur la lune et dans la lune, tels des extra-terrestres. On ne respire plus le même air.

 

J’effectuai ma première ascension de l'Izoard après une grave maladie, deux lourdes opérations. Me lancer à partir de Châterau-Queyras signifiait pour moi que j’étais de nouveau du côté des vivants. Jusqu’à Arvieux, j’ai douté. Lorsque j’entamai la route droite, à 10%, de La Chalp à Brunissard, j’ai pensé que je n’y arriverais pas. Heureusement, je fus rejoint par une enfant de 14 ans, une Picarde qui voulut bien m’accompagner au long de ces trois kilomètres terribles. Bizarrement, j’effectuai les six derniers kilomètres sur un nuage.

 

Au sommet, j’avais tous les droits…

 

L'Izoard, il a tous les droits
L'Izoard, il a tous les droits
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24 juillet 2018 2 24 /07 /juillet /2018 05:30

 

Dans la catégorie des 15 ans et moins. Rébecca a établi une nouvelle meilleure  performance française de l'année dans le 200 4 nages (2 21 27), deuxième performance française de tous les temps (14 ans). Depuis six ans qu'elle fait de la compétition, elle n'a jamais été battue dans cette discipline, en France, par une adversaire de son âge. Elle a par ailleurs remporté la médaille d'argent du 400 4 nages et a participé à cinq autres finales individuelles et en relais.

 

Pour certains, le 200 4 nages est une épreuve très remarquable. Comme son nom l'indique, elle implique que le compétiteur soit performant dans les quatre nages, à tout le moins dans trois d'entre elles. La difficulté vient du fait que le compétiteur est à peine entré dans une nage qu'il doit en changer. Il commence à fond par du papillon, à fond parce qu'il s'agit de s'imprimer une cadence dans la tête et de se poser par rapport aux adversaires.

 

Trente secondes plus tard, il nage sur le dos. Une tout autre musique. Il faut allonger les bras et les jambes au maximum, dans une certaine lenteur. Il faut bien suivre une ligne repérée au plafond de la piscine pour ne pas zigzaguer.

 

Puis vient la brasse tant redoutée de la plupart des nageurs. Seules les vraies brasseuses connaissent l'une des quinze manières de pratiquer cette discipline. Dans le cas présent, Rébecca a pu maintenir un avantage sur la vraie spécialiste de la brasse dans cette finale.

 

Et puis, à la fin, on lâche les derniers chevaux en crawl, en changeant une dernière fois radicalement de style, sans se désunir.

 

La beauté et la force du 200 4 nages tiennent également à sa longueur. 200 mètres, c'est le début du demi-fond. Il faut être résistant pour tenir 2 minutes à une cadence très soutenue. Mais, parallèlement, par la même occasion, il faut penser sa nage et la réaliser à grande vitesse. Le 400 4 nages permet une petite erreur deci, delà. Pas le 200.

 

Bravo et merci mesdemoiselles pour ce beau et vibrant spectacle.

 

Rébecca Gensane championne de France !
Avec son entraîneur Étienne Janiaud. Photos Lyon Natation Métropole

Avec son entraîneur Étienne Janiaud. Photos Lyon Natation Métropole

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19 juillet 2018 4 19 /07 /juillet /2018 05:40

Un  de mes amis vient d'être hospitalisé pour une intervention relativement bénigne. Rien de bien grave, rien de vraiment angoissant, la vie de tous les jours dans les hôpitaux français. Le ton du témoignage de cet octogénaire est, malgré tout, optimiste, à mes yeux pour deux raisons : ayant longtemps vécu sous les tropiques, il connaît les conditions médicales du tiers-monde et estime qu'on a encore un peu de marge ; par ailleurs, il sait écrire, donc il sait se dire et situer sa parole et son discours au-dessus des contingences de nos misérables vies.

Je ne me prononcerai pas sur les conditions mêmes de ces séjours (j'ai en effet changé d'établissement le quatrième jour) qui m'ont fait vivre des expériences très différentes. Dans le premier cas, dans une clinique dont l'atmosphère était climatisée (car la chaleur était enfin arrivée dans notre Midi), j'ai séjourné dans une chambre très vaste et fort agréable. Le seul inconvénient était qu'elle était située au troisième étage et que des travaux très importants (me semble-t-il la destruction d'un bloc opératoire ancien) menés au-dessus même du plafond de ma chambre, causaient un vacarme insupportable de huit heures du matin à cinq heures de l'après-midi avec une brève pause déjeuner entre 12 et 13 heures ; mon sort était toutefois à coup sûr plus agréable que celui des ouvriers qui trimaient au-dessus de ma tête, au soleil, en plein cagnard, mais cette pensée ne me rendait toutefois pas sourd hélas ! Pour compléter ce décor  sonore, j'avais en plus, juste sous ma fenêtre, un tractopelle  chargé d'évacuer les débris qui étaient sans cesse (à grand bruit), jetés depuis le quatrième étage ! Ce tractopelle était affecté au transfert de ces débris dans un camion mais chacune de ses manœuvres (nombreuses vu l'espace réduit, était agrémentée d'un joyeux "piou piou" qui, au bout de quatre ou cinq heures d'audition, vous mettait les nerfs en pelote au point de vous rendre fou !

Je n'ai fort heureusement subi ce traitement que quatre jours car entre-temps j'avais été transféré dans une autre clinique où j'étais cette fois au rez-de-chaussée mais dans une chambre sans climatisation, exposée plein Ouest, ce qui à Aix-en-Provence signifie le plein soleil jusqu'à 21h30 et en permanence une température voisine des 40° centigrades ! Le vacarme de la chambre précédente était donc remplacé par une température caniculaire que la nuit provençale ne faisait guère baisser !

Bref, cette courte expérience médicale a été d'autant plus désagréable que la brève opération dermatologique (sur le mollet et le bras droits que j'avais dû subir mais que j'imaginais  bénigne s'est accompagnée d'une infection inattendue que, sans le moindre avis médical bien  entendu, je juge « nosocomiale » ; à vrai dire je le fais sur la seule base, probablement incertaine, de la façon dont était fait le ménage de la chambre que j'occupais. 

Au cours de cette opération, j'ai pu observer quotidiennement en effet que la femme de ménage évitait soigneusement chaque jour les pantoufles de mon voisin,  posées au pied de son lit, en se gardant, sans doute par hygiène et pour éviter les déplacements d'air, de les toucher.

Ces détails m'ont amené à méditer moins sur le sens que sur l'étymologie du terme « nosocomial » dont mes études classiques, pourtant longues et assidues, ne m'avaient jamais fait rencontrer chez Démosthène ou Isocrate. J'ai découvert soudain l'étymologie de "nosocomial", beaucoup plus récemment, en 2004 précisément, au cours d'un séjour à Corfou ; en passant devant l'hôpital local, j'ai lu par hasard la pancarte " nosokomion" qui m'a soudain éclairé.

Craignant toutefois de m'avancer sans biscuit, j'ai donc avant d'entreprendre ce blog, consulté ce bon vieux Littré où j'ai lu :  "Nosocomial, ale : (no-zo-ko-mi-al, a-l') adj. Qui est relatif aux hôpitaux. Typhus nosocomial. Fièvre nosocomiale. Les édifices nosocomiaux. Etymologie : Νοσοϰομεῖον, hôpital, de νόσος, maladie, et ϰομεῖν, soigner.".

En somme et pour faire court, de l'hôpital où vous entrez pour vous soigner, vous risquez fort désormais de revenir malade ou infecté et "nosocomial" ne qualifie nullement un type de maladie mais ne désigne que le lieu où on les attrape !

 

Quatre jours d'hospitalisation : même pas mort
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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 05:28

 

 

J’aborde ici un fait divers très troublant concernant des faits de harcèlement d’un professeur des universités à l’encontre de sa doctorante. Je n’ai aucune connaissance directe de ce qui s’est passé mais je sais ce qui a été reproché par l’institution à ce professeur et quelles sanctions ont été prises à son égard. Au sein du corps professoral de l’université Lyon 2, ces sanctions ne font pas l’unanimité et je souhaite, en reprenant un article de Libération  du 9 juillet,  donner le point de vue des enseignants qui contestent les faits reprochés.

 

Le professeur directeur de thèse a été convoqué devant le conseil de discipline de l’université suite à une conversation téléphonique enregistrée par la doctorante avant une réunion de suivi de thèse où il disait ceci : « Et faites comme d’habitude, il faut que vous soyez bien élégante. » Silence gêné. « Non mais c’est important, parce que ça fait partie des règles du jeu. » Libération explique que « L’extrait de cet appel, passé à l’initiative de l’enseignant, est l’une des pièces du dossier qui a abouti à la sanction prononcée par l’établissement le 9 avril 2018 à l’encontre du directeur de thèse, interdit d’exercer et privé de salaire pendant un an ».

 

En des termes que je trouve quelque peu étranges, la section disciplinaire de l’université a condamné un « comportement susceptible de constituer un harcèlement sexuel à l’encontre de [la] doctorante au moyen de propos et de gestes déplacés durant le mois de mars 2017 ». Est-ce qu’un comportement « susceptible de constituer un harcèlement sexuel » est, dans les faits, du harcèlement sexuel ?

 

Libération ajoute ceci : « Lors d’un autre appel, l’enseignant lui aurait dit avoir « bien aimé comment [elle] était en jupe la dernière fois ». Au rendez-vous suivant, il lui aurait caressé l’épaule et l’aurait invitée à s’asseoir à ses côtés « dans un espace contraint », pour « coll[er] sa cuisse à la sienne ». Enfin, il lui aurait conseillé la lecture d’un livre qu’il venait de terminer, Qu’elle aille au diable, Meryl Streep ! L’éditeur de la traduction française de cet ouvrage de Rachid El-Daïf, dont l’histoire se déroule au Liban, le présente ainsi : « Jamais sans doute un romancier arabe n’avait traité les questions du couple et de la sexualité d’une façon aussi directe et décomplexée, pleine d’humour ».

 

Les collègues qui soutiennent le directeur de thèse mettent en avant deux choses que je n’ai pas été à même de vérifier. Dans son bureau, le professeur est assis dans un fauteuil muni de bras, ce qui rend difficile le contact de cuisse à cuisse. Ils ajoutent que l’ouvrage Qu’elle aille au diable, Meryl Streep ! était au programme de l’agrégation d’Arabe. Ce concours n'était pas présenté par la plaignante mais la lecture du livre lui aurait été recommandée par le directeur de thèse « pour sa culture personnelle ». La thèse de la doctorante porte sur la traduction de discours politiques en Syrie, loin de la vie de couple, thème du roman publié par Actes Sud.

 

Le quotidien nous informe que « L’enseignant a fait appel de cette décision devant le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser), chargé des arbitrages disciplinaires en seconde instance, faisant valoir son droit à demander un réexamen sur le fond – ce qui peut prendre un ou deux ans – et à bénéficier d’un sursis à exécution – la suspension de la peine en attendant une nouvelle décision ». Je ne sais ce qu’il en est de cet appel.

 

En parallèle aux accusations de harcèlement, une polémique concerne le travail de la doctorante. En Lettres, une thèse est censée être préparée en trois ou quatre ans. Les soutiens du professeurs me disent que la doctorante n’a rédigé que quelques dizaines de pages durant ce laps de temps. Selon le conseil de discipline de Lyon 2, le directeur de thèse « réfute catégoriquement les accusations portées à son endroit en affirmant que sa doctorante a agi ainsi dans le seul but de lui nuire au motif qu’il avait décidé de resserrer le suivi de l’avancement de ses travaux de recherche au moyen d’un "pacte". Il ajoute que cette étudiante se sentait certainement acculée par ce "pacte" puisqu’elle n’avait pas avancé dans sa thèse depuis 2012, tout en ayant besoin parallèlement de se réinscrire chaque année en doctorat pour conserver son titre de séjour […] ».En d’autres termes, l’étudiante ayant fait preuve d’inefficacité, le directeur l’aurait incitée à accélérer le pas.

 

L’avocate de l’étudiante conteste cette interprétation : « Cette jeune fille de nationalité étrangère n’attendait pas un titre de séjour de sa thèse, elle en avait déjà un au motif d’autres études menées en parallèle. Elle est courageuse, érudite, intelligente, elle a envie d’avancer. Son seul frein, c’est justement ce directeur de thèse. Elle s’est retrouvée dans une situation d’emprise, face à un homme qui a eu une attitude déplacée. Or elle vient d’une culture très respectueuse, elle ne veut pas faire de vague. Elle a encaissé, en se demandant si elle devait en parler ». Elle aurait donc constitué, selon l’avocate, « une proie potentielle évidente ».

 

Yannick Chevalier, vice-président « à l’égalité » de l’université, à déclaré à Libération que « Pendant des années, la tolérance sur ces questions de harcèlement a été très élevée à l’université ». Tiens donc ! Dans cette institution qui jouit depuis longtemps d’un prestige mérité, ont donc eu lieu des actes pendables, intolérables mais tolérés et enfouis sous l’immense tapis de l’esprit de corps (j’ai personnellement enseigné pendant vingt ans dans une même institution universitaire ; je n’y ai connu ni harcèlement massif ni « tolérance élevée »). C’est la première fois, écrit Libération, que « depuis la création de l’université en 1973, la section disciplinaire statue sur le sujet ». Toujours selon Yannick Chevalier, « cette culture de la permissivité est en train de reculer car des femmes accèdent aux plus hauts niveaux hiérarchiques, donc on sort de l’entre-soi masculin. Et la société est beaucoup plus vigilante suite au mouvement MeToo ». Si l’on comprend bien, il aura fallu que les responsables de l’université se branchent sur Twitter et Facebook pour faire preuve de « vigilance ». Sauf que l’affaire qui les concerne a éclaté avant la mise en cause de Harvey Weinstein.

 

Selon Libération, la décision de l’établissement s’est accompagnée d’un signalement au procureur. Cela signifie-t-il que ni l’université ni la plaignante n’ont porté plainte, laissant à l’appréciation du parquet le soin de poursuivre ?

 

Pour être complet, Libération écrit que « la doctorante a dénoncé d’autres manquements de son encadrant, qui l’aurait incitée à falsifier une convention de stage et à mentir lors d’un comité de suivi de thèse ». Si ces faits sont avérés, ils sont d’une autre nature mais largement aussi graves que la possibilité de harcèlement.

 

Le professeur incriminé a été suspendu un an. Á quelques mois de la retraite, on lui a coupé son salaire et on lui a interdit l’accès des lieux d’enseignement et de recherche. Avant que l’affaire ait été jugée sur le fond, il s’agit, selon ses défenseurs, de mesures conservatoires particulièrement sévères. De deux choses l’une, ou bien ce professeur est coupable et il mérite d’être sanctionné. Ou bien la doctorante a affabulé, et la vie de ce professeur, tout comme celle de ses proches, ont été brisées. Á jamais. Pour complaire à l’air du temps.

 

Balance ton porc à l’université Lyon 2
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3 juillet 2018 2 03 /07 /juillet /2018 05:18

Je ne suis malheureusement pas disponible ces jours-ci pour venir en aide à cette malheureuse personne. Je suis sûr qu'un de mes lecteurs, au moins, aura le cœur de répondre à cette supplique.

Un lecteur peut-il prendre le relais ?
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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 05:16

Je reprends ici un article du blog “ Le Journal du Gers ”. Le drame qui est décrit est une preuve de plus de la férocité de la classe dirigeante au service du capitalisme financier et du délabrement, non seulement du service public, mais de la notion même de service public.

 

Ce lundi 26 mars, Antonin Bridard, 19 ans, jeune magasinier dans le secteur bois, débute sa journée à 7h30 dans l’entreprise condomoise Sarremejean.

 

Alors qu’il travaille sur une scie circulaire radiale, outil d’une dangerosité extrême, sa main gauche est sectionnée par la machine. Seul dans le hangar, il parvient malgré tout à alerter un collègue avant de se diriger vers la boîte à pharmacie. Son diplôme de secouriste lui permet de connaître le protocole de premiers soins, et il a le réflexe de récupérer sa main sectionnée, restée dans le gant, pour la conserver dans les conditions d’hygiène.

 

Son collègue, se rendant alors compte de la situation, appelle les pompiers. Il est 8h30.

 

A 8h34, les pompiers sont sur place.

 

C’est à partir de là que les faits se brouillent dans l’esprit d’Antonin, qui n’a pas perdu connaissance et perçoit en partie ce qui se passe autour de lui. Il entend parler d’hélicoptère, mais celui-ci ne viendra pas.

 

Le SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation) de Condom ne peut intervenir. Depuis les nouvelles dispositions imposées par l’Agence Régionale de Santé Occitanie, il est en effet redirigé automatiquement (les nuits, jusqu’à 9 heures du matin) vers le SAMU de Toulouse.

 

Antonin est finalement transporté par les pompiers, avant de changer de véhicule sur le parcours, lui semble-t-il, mais toujours soutenu par la présence rassurante d’une femme pompier qui reste en permanence à ses côtés.

 

Il est pris en charge à Purpan à 12h01.

 

Il s’est donc déroulé trois heures trente entre l’accident et l’arrivée à l’hôpital, durant lesquelles les précieuses minutes vitales, et nécessaires à une rapide intervention, ont été perdues.

 

Le chirurgien de service ce jour-là pratique une greffe de la main durant sept heures. Antonin passera plusieurs jours en soins intensifs. Mais les nécroses qui sont apparues obligent à nouveau l’amputation du pouce, de l’index et du majeur. Durant son séjour de deux mois à l’hôpital, il se rendra douze fois au bloc opératoire, notamment pour des greffes de peau. Il ne lui reste au final que l’annulaire, et une moitié d’auriculaire. Sans parler de la douleur physique. Et psychologique.

 

De retour dans sa famille depuis le 29 mai, Antonin, d’un naturel pourtant volontaire, se retrouve maintenant confronté à la difficulté de retrouver une relative autonomie, et n’envisage pas l’avenir sans une prothèse digne de ce nom. Il sait de plus qu’il va devoir aller à Montpellier pour sa rééducation -et non pas à Toulouse- à partir de septembre, sans le soutien nécessaire de ses amis et ses proches.

 

Quant à la possibilité de reprendre un jour son activité d’ébéniste, elle n’est bien entendu plus envisageable aujourd’hui.

 

Antonin et sa famille entendent porter plainte contre X, pour connaître le déroulé exact des faits entre 8h34 et 12h01, ainsi que le degré de responsabilités de chacun dans sa prise en charge. Il est rejoint dans son combat par la Ligue des Droits de l’Homme, qui envisage de se constituer partie civile si la lettre adressée à la directrice de l’ARS Occitanie (lire ci-dessous) reste sans réponse.

 

De son côté, le syndicat Force Ouvrière (UDR) a rédigé une motion condamnant les politiques de casse de l'hôpital public (HPST de Bachelot, GHT de Touraine, loi santé de Buzyn) qui ont abouti au démantèlement des urgences, et qu'applique rigoureusement l'ARS. FO, qui en appellera aux autres syndicats, exige le rétablissement des urgences de nuit à Condom. Il estime que les dysfonctionnements survenus sont une conséquence de cette politique et seront inévitablement suivis de bien d’autres drames.

 

Combien faudra-t-il de vies brisées par la situation catastrophique des urgences dans le Gers pour que les pouvoirs en place daignent enfin entendre l’inquiétude et la détresse de toute une population, et reconsidèrent leur position ?

 

 

Un Gersois perd une main : une offrande au banquier qui nous gouverne
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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 08:33

 

 

Indéniablement la plus grande figure sportive lyonnaise du siècle, il s’est éteint paisiblement hier à l’âge de 105 ans.

 

Il pratiqua le sport dès l’âge de 9 ans, au patronage de l’église Saint-Louis de la Guillotière. Cet ancien ouvrier lithographe brilla dans de nombreuses disciplines : basket, gymnastique, athlétisme, ski, poids et haltères. En 1948, il est entraîneur national de l’équipe d’athlétisme aux JO de Londres.

 

Proche de Maurice Herzog, il entre en politique aux côtés du maire de Lyon Louis Pradel (dit « Zizi »), le seul maire de France qui imposa de faire passer l’autoroute à l’intérieur de sa ville (sacré « Zizi », pauvres miens poumons !). Délégué aux sports au conseil municipal de Lyon, Tony Bertrand fut vice-président du Conseil général du Rhône.

 

En 2015, la municipalité donna son nom à la grande piscine du Rhône, désormais Centre Nautique Tony Bertrand. Lors de l’inauguration, j’avais été stupéfait par sa vaillance et la clarté de son esprit : il parla sans notes pendant un quart d’heure. Lors du vin d’honneur, je m’approchai de lui et lui demandai : « Tony, ce n’est pas votre prénom ? » « Non », me répondit-il, « c’est Antonin. Mais on m’a fait comprendre qu’il valait mieux changer de prénom pour faire moins ringard dans le sport. » La com’, le buzz ne datent pas d’aujourd’hui.

 

Au milieu des enfants – ici en grande discussion avec Rébecca – il était comme un poisson dans l’eau.

 

Tony Bertrand nous a quittés
Tony Bertrand nous a quittés
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23 juin 2018 6 23 /06 /juin /2018 05:33

 

Une loi aux États-Unis stipule que tout document consulté, touché, par le président – lettres, courriels, rapports – doit être conservé et envoyé aux Archives nationales. Cette loi, Donald Trump ne la respecte absolument pas, il s’en contrefiche comme de sa première tour. Il archive en balançant dans la première corbeille venue. Pas par méchanceté mais parce qu’il se moque de cette contrainte.

 

 

Ce faisant, il se place hors la loi. Trump n’aime pas les règles. On l’a encore observé lors d’un récent sommet mondial quand, après avoir signé un important accord avec ses partenaires, il l’a dénoncé dans l’heure suivante par un simple tweet. Bien sûr, il ne s’agissait pas que d’un tweet ; l’enjeu et la démarche étaient certainement beaucoup plus complexes que cela. Mais notre banquier a eu l’air bien malin de se retrouver ainsi le bec dans l’eau quelques semaines après avoir mamouré de manière obscène l’actuel titulaire de la Maison Blanche. Lorsque Trump n'était qu'homme d'affaires, il agissait de même. Il signait avec un fournisseur pour une valeur de 100 et payait 70. Le fournisseur était furieux. Trump lui disait alors d'attaquer justice, ça prendrait 10 ans et le type serait sur la paille au bout du compte.

 

 

On peut se demander pourquoi Trump agit de la sorte : son pays domine – encore – le monde, sa monnaie dicte la loi dans tous les domaines et ses centaines de bases militaires quadrillent la planète d’une manière qui est devenue aussi évidente que l’invasion des chaînes de télé du monde entier par des films de série B hollywoodiens. Si Trump triche, c’est parce qu’il y a en amont une conduite, une pulsion qui le poussent à agir de la sorte. Il peut très bien – quoique rarement – viser des objectifs honorables : il préfère les atteindre de manière retorse.

 

 

Alors quid des sportifs italiens ? Chacun le sait : l’Italie est une grande nation sportive. Elle a ainsi remporté plus de médailles aux Jeux olympiques que la France. Par exemple 283 médailles d’or aux JO d’été contre 212. En football, l’Italie a remporté quatre fois la Coupe du monde (la France une seule fois). Pas parce que le football italien fut longtemps l’un des plus dopés de la planète, avec des spécialistes qui ont conseillé Lance Armstrong, le cycliste le plus “ stimulé ” et tricheur de tous les temps. Ils ont gagné parce qu’ils étaient les meilleurs. C’est tout.

 

 

Alors pourquoi, en particulier dans les compétitions qui rassemblent de jeunes sportifs, les Italiens trichent-ils ? Récemment, lors d’une rencontre internationale réunissant des nageurs de 13 à 15 ans, ils ont mis en place, pour la nième fois, un petit stratagème de triche mesquine qui ne servait strictement à rien. Lorsque des nageurs s’inscrivent dans une épreuve, ils donnent un temps d’engagement qui est, 999 fois sur 1000, le temps de leur meilleure performance. Cela permet aux organisateurs de les placer dans les séries par ordre décroissant : les compétiteurs les plus faibles intervenant en début de programme, les meilleurs en fin de programme. Á l’intérieur de chaque série, les couloirs 3, 4 et 5 sont attribués aux plus rapides, les couloirs 6, 7,  1 et 8 aux plus lents.

 

 

Quand les Italiens trichent, ils donnent à leurs nageurs un temps d’engagement plus lent que celui qu’ils  ont déjà réalisé. Les nageurs se retrouvent ainsi dans les lignes extérieures, ils se font oublier des lignes 3, 4 et 5 qui s’observent et ne se rendent pas compte que, près du mur, un ou deux nageurs sont en train de les surclasser.

 

 

Dans la compétition à laquelle je me réfère ici, une nageuse a donné deux temps supérieurs de quatre secondes (ce qui est énorme à ce niveau) à sa vraie valeur. Les autres nageurs ne l’ont absolument pas vue débouler et elle a gagné facilement. Je le répète : elle a gagné parce qu’elle était la meilleure et elle l’aurait, de toute façon, emporté, sans tricher. Mais les épreuves ont été faussées car chaque compétiteur pense sa course en fonction de ses adversaires, soit en « faisant sa course » sans les prendre en compte, soit en calquant ses efforts sur eux. Dans le cas de compétitions de nageurs plus âgés, ces stratagèmes sont impossibles car les compétiteurs se connaissent par cœur et les bases de données n’ont de secret pour personne.

 

 

Les sportifs italiens sont comme Trump : ils sont les plus forts sans tricher, mais il faut qu’ils trichent.

 

 

De la triche : Trump et les sportifs italiens
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