Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 06:30

 

 

Il m’a été récemment donné de passer une journée à Genève. Normalement, j’aurais dû rester trois jours pour accompagner pleinement ma fille durant toute une compétition, mais je n’avais pu budgéter un séjour aussi dispendieux.

 

Je connais très peu la Suisse où je n’ai fait que passer un jour par-ci par-là. Juste assez pour me rendre compte que, autant les Français ne savent pratiquement rien du pays de Guillaume Tell, autant les Suisses ont une connaissance très fine de notre pays en général et de sa vie politique en particulier. En témoigne le blog 1dex de Stéphane Riand qui a la gentillesse de m’accueillir régulièrement sur son site.

 

S’il y a tant de richesse à Genève, à Lausanne ou à Crans-Montana, c’est qu’il y a beaucoup de pauvres. Alors, justement, entre deux épreuves de natation, j’ai longuement discuté avec une employée municipale genevoise.

 

Statutairement, elle est en gros au niveau d’une smicarde française. Mais elle m’explique qu’elle exerce en fait trois métiers. Âgée de 60 ans, divorcée (son ancien mari verse une rente de compensation malheureusement faible), elle paye un lourd impôt sur le revenu car elle n’a plus d’enfants à charge. Le soir, cinq fois par semaine, elle exerce des fonctions de régisseuse adjointe auprès d’une compagnie théâtrale qui ne roule pas sur l’or. Le dimanche matin, de 11 heures à 14 heures, elle travaille dans un restaurant. Il lui faut en effet payer un loyer exorbitant et une couverture sociale scandaleusement élevée au regard des critères français. Hors de question pour elle d’être propriétaire : le prix moyen du mètre carré à Genève est de 11 000 euros. Des appartements de 150 mètres carrés peuvent se négocier à 3 500 000 euros. Idéalement, notre employée aurait intérêt à vivre en France, à deux pas de Genève. Á Geix, le prix du mètre carré est d’environ 3 500 euros. Mais tous les Suisses ne peuvent pas venir vivre en France…

 

Le coût des soins est un pur scandale. Je ne parle pas des cliniques privées où les filles “ fautives ” de la grande bourgeoisie française allaient avorter discrètement avant 1981. Je fais référence au système public qui impose une franchise pour les soins. La Suisse étant une confédération, il n’y a pas de système étatique, si bien que, dans certaines régions du pays, cette franchise peut atteindre 2 000 francs suisses ! Donc quantité de gens ne se soignent plus. Ou alors entièrement à leurs frais. Quant à la retraite, our notre employée inspirée du système français agrémentée d’une capitalisation chère à la CFDT, elle n’y pense même pas. Malgré son âge. Comme elle perdra 40% de son salaire actuel, elle envisage – car elle n'aura pas vraiment le choix – de travailler jusqu’au bout de ses forces.

 

 

 

Suisse et pauvre

 Pour me garer une journée sur le parking Rolleix (sic), j'avais économisé deux mois !

 

PS qui n'a rien à voir : il n'y a pas que le bon Gruyère en Suisse, il y a aussi les vers de farine et les sauterelles (qui viennent par avion) pour l'apéro. Et ce n'est pas donné ! .

Partager cet article
Repost0
22 décembre 2018 6 22 /12 /décembre /2018 06:33

Personnellement, je ne suis pas contre les radars mais contre le racket et une invention technique lorsque celle-ci s'avère inefficace. Je reproduis ici une analyse de la Ligue de Défense des Conducteurs, plus radicale que moi en la matière.

 

Le 27 octobre 2003 marque le point de départ du « jour d’après » ;  le premier radar est installé sur la Nationale 20 à hauteur de La Ville-du-Bois (Essonne). Et depuis, le gouvernement n’a eu de cesse de clamer que les radars sauvaient des vies. Mais qu’en est-il réellement ?

 

Ce fameux 27 octobre 2003 est le premier jour d’une ère nouvelle, celle de la répression automatique sur la vitesse, qui ne fera que s’intensifier.

 

En étudiant les données sur l’accidentalité et la mortalité routière en France métropolitaine délivrées par l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière (ONISR*) avant et après ce jour de l’année 2003, des surprises de taille nous attendent concernant l’efficacité de ces engins du tout répressif, appelés Radars Automatiques.

 

2003 : premier radar. La sécurité routière se dégrade

 

Tout d’abord, sur la période de quatorze années successives, 1990-2003, correspondant à l’époque précédant l’apparition du premier radar, il convient de noter que :

 

  • l’évolution du nombre d’accidents corporels est, en moyenne, de -4,0 %* d’un an sur l’autre,
  • l’évolution du nombre de blessés est, en moyenne, de -5,0 %* d’un an sur l’autre,
  • l’évolution du nombre de « Tués » est, en moyenne, de -343 morts* d’un an sur l’autre.
  •  

Or pour une période temporelle similaire (2004-2017), mais suivant l’instauration du premier radar, les chiffres de l’ONISR pour ces mêmes indicateurs de l’accidentalité et de la mortalité routière sont les suivants :

 

  • l’évolution du nombre d’accidents corporels est, en moyenne, de -3,7 %* d’un an sur l’autre,
  • l’évolution du nombre de blessés est, en moyenne, de -4,0 %* d’un an sur l’autre,
  • l’évolution du nombre de « Tués » est, en moyenne, de -253 morts* d’un an sur l’autre.
  •  

Tous ces indicateurs se détériorent depuis l'avènement du radar.

 

Qu'il s'agisse d’accidents corporels, de blessés et de « Tués », tous les indicateurs-clés de l'amélioration de la sécurité routière se dégradent pendant l’ère de domination de la répression de la vitesse.

 

L’inefficacité des radars est éclatante : la diminution de la mortalité routière était plus prononcée avant leur installation nationale, avec une baisse de 343 morts par an en moyenne de 1990 à 2003, contre 253 en moyenne de 2004 à 2017.

 

Pire, ces mauvais résultats sont obtenus alors même que le nombre de radars présents sur l’ensemble du territoire explose.

 

Car rappelons que depuis la mise en place du premier radar, 4 455 radars supplémentaires ont été installés, toujours plus perfectionné, toujours plus invisibles : radars fixes, mobiles, tronçons, discriminants, double sens, radars feux rouges, autonomes, embarqués… Et maintenant ce sont les voitures-radars conduites par des chauffeurs privés qui viennent garnir l’arsenal de la politique de répression menée par l’Etat.

 

Le radar qui sauverait des vies n’est donc qu’un mythe.

Partager cet article
Repost0
15 décembre 2018 6 15 /12 /décembre /2018 05:29

 

Cette photo fut prise au printemps 1951. Ne cherchez pas : le gosse de trois ans qui se cache derrière sa main et qui semble s’abstraire de ce théâtre, c’est moi.

 

Une remarque technique concernant la photo : elle a été prise par le déclencheur à retardement d’un appareil appartenant à mon oncle, l’officier de marine qui regarde tendrement son épouse. Á l’époque, on jugeait nécessaire de prendre les photos en plein soleil et, si possible face à l’astre de la vie, ce qui faisait cligner à mort les yeux des personnages.

 

Nous avons affaire à une authentique photo de famille dans la mesure où la descendance de mes grands-parents paternels est réunie au grand complet sur la petite terrasse d’une petite maison de ville (2 chambres) que mes grands-parents avaient fait construire à Arras dans les années trente.

 

Á gauche, ma grand-mère. Elle vient de fêter ses 51 ans. Le tablier la renvoie à son statut de ménagère – en ce dimanche, elle a fait la cuisine, admirablement, comme toujours – alors qu’elle est issue d’une famille de paysans riches qui possédaient une automobile en 1925 et qui lui ont payé un précepteur après l’avoir sortie du système scolaire dans l’attente d’un mari, au lendemain d’un certificat d’études où elle avait terminé première du canton. Par sa mère, elle était issue d’une famille de petite noblesse, semble-t-il alliée au célèbre chevalier de La Barre. Mes grands-parents s’épousèrent par amour. Lorsque mon grand-père sombra dans un coma de deux mois avant de mourir à 76 ans, ma grand-mère fut au désespoir. Dans la corbeille de mariage, une ferme qui mettra du beurre dans les épinards. Mais malgré de La Barre et la corbeille bien garnie, j’ai toujours connu ma grand-mère chaussée de pantoufles, accessoirement d’espadrilles. En ce temps, la femme n'était vraiment pas l'égale de l'homme.

 

Á sa gauche, ma mère. Á 27 ans, elle enceinte de ma sœur. Après le Brevet Élémentaire, ma mère a intégré l’Éducation nationale comme institutrice. Á la gauche de ma mère, ma tante par alliance. Issue d’un milieu ouvrier, elle est sans profession. Elle est également enceinte (les deux belles-sœurs accoucheront à quelques semaines d’intervalle). Ma tante était d’une très grande gentillesse. La grande et belle dame brune est la sœur aînée de mon père. Elle choisira la voie de l’administration dans l’Éducation nationale, terminant intendante de la Maison de la Légion d’honneur à Saint-Denis. Elle empêche sa fille, ma cousine, de tomber du rebord de la fenêtre. Assis par terre, les trois beaux-frères. Á gauche, le frère aîné de mon père, inspecteur des contributions. Un homme très discret et très bienveillant. Au centre, mon oncle par alliance, fils d’amiral, officier de marine et médecin militaire. Il savait des milliards de choses et avait un humour décapant et communicatif. Breton, il est le seul sur la photo à ne pas être originaire du nord de la France. Á droite, mon père, qui ressemblait furieusement à Jean Marais après la guerre, mais qui ne ressemble plus qu'à lui-même. Il doit peser 115 kilos. Heureusement qu’il a d’autres arguments pour se faire respecter de ses élèves de cours préparatoire. Il perdra du poids par la suite.

 

Derrière la fenêtre, mon grand-père, 57 ans, récent retraité de l’Éducation Nationale. Je suis né dans l’école primaire qu’il dirigeait à Hénin-Liétard. Soldat durant la Première Guerre mondiale, il subit une dose non mortelle de gaz moutarde avant d’être fait prisonnier. Il eut ainsi la chance d’échapper aux boucheries de Verdun ou de la Bataille de la Somme. Un jour, enfant, je lui ai demandé s’il avait tué des soldats allemands. Il me répondit : « un, sûr ; deux, peut-être. C’était eux ou moi. J’y ai pensé presque quotidiennement toute ma vie et j’en ai conçu des dizaines de cauchemars. »

 

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (4)

 

Tous ces adultes ont crevé de faim pendant la guerre. Chaque semaine, mon père enfourchait son vélo pour aller chercher du beurre et des œufs chez des parents cultivateurs à 80 kilomètres d’Arras. Une fois sur deux, il se faisait pincer par des gendarmes qui lui confisquaient, prétextant le marché noir, les victuailles chèrement acquises. Sans récépissé, bien sûr. Alors, dans le soleil, on les voit bien nourris après les restrictions d’après-guerre, ayant confiance en la vie. Des fonctionnaires moyennement bien payés mais plutôt heureux. En surface en tout cas.

 

Le frère de mon père, celui dont la santé était la plus fragile de tous, mourra à 90 ans. Mon père, le costaud de la famille, mourra à 67 ans, donc sans atteindre l’âge que j’ai aujourd’hui.

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2018 6 08 /12 /décembre /2018 18:18

La personne allongée vient de perdre un œil. Le jeune homme qui se tord de douleur vient de recevoir un projectile dans le ventre, tiré à l'aide d'un lanceur de balle de défense (Flashball).

 

On reconnaît très bien la célèbre perspective Nevski.

Répression impitoyable en Russie
Répression impitoyable en Russie
Partager cet article
Repost0
7 décembre 2018 5 07 /12 /décembre /2018 06:30

Cet homme était un père de famille sans histoire. Il avait endossé un gilet jaune et manifestait pacifiquement. Une grenade (arme de guerre) lui a arraché la main.

 

Certains policiers utilisent, contre nos enfants lycéens, des GL 06 (LBD 40) Brüger & Thomet à canon rayé dont la distance de sécurité est de 40 mètres, surmonté d'un viseur EOTech 512 réservé aux unités d'élite. Cette arme militaire qui tire des balles de caoutchouc de 40 mm de diamètre propulsées à la vitesse de 81 m/s peut être létale en deçà de 25 mètres.

Pour le bon plaisir du banquier
Partager cet article
Repost0
6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 06:16

Dans le Nord, comme ailleurs, une bouilloire était effectivement en permanence sur le poêle, prononcé “pouelle”. Mais il trônait aussi, également en permanence, un alambic (une cafetière) de café bouilli-café foutu, café léger qu'on agrémentait de chicorée (dins ch'Nord, y'a taudis eun'alambic sus ch'fû). Mais même avec un peu de cassonat' et d'alcool (une bistoule), ce n'était pas terrible : la chirloute (mauvais café) de tous les jours.

 

Il fallait bien une trentaine de minutes le matin pour vider les cendres froides, aller les porter au bout du jardin (sans marcher dans la berdoule quand il avait plu), puis enflammer quelques pages froissées du journal de la veille (La Voix du Nord ou Nord Matin, qui étaient encore d'authentiques publications issues de la Résistance), les couvrir de quelques bûchettes de bois puis de charbon.

 

Mes parents utilisaient des gaillettes, des morceaux de grosseur moyenne. Il les achetaient telles quelles, ce qui n'était pas le cas de gens plus pauvres qui se faisaient livrer du flou, un conglomérat de charbon, de poussière, de pâte. Un combustible très peu calorique résultant du lavage du charbon. Il fallait alors gratter dans le flou pour retirer les gaillettes (i fallot cafoter dins ch'flou pou artirer chés gaillettes). Il ne s'agissait pas d'arlander (de lambiner) car il fallait “ débarbouiller ” le museau des enfants avant de partir pour l'école. Bref, la cuisine était en plein dalache (désordre). La chaleur se répandait doucement dans la pièce. On avait plus la tranette (on ne tremblait plus).

 

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (3)
Partager cet article
Repost0
30 novembre 2018 5 30 /11 /novembre /2018 06:27

En ce temps-là, les ceintures de sécurité n'existaient pas et les routes à trois voies – très dangereuses – étaient considérées comme une avancée importante. Il y avait très peu de limitations de vitesse, mais déjà on traquait les conducteurs imprudents. La tacatacatique du gendarme...

 

Celui-ci essaie de se cacher derrière un gros tronc d'arbre et il doit donner l'impression, pour les automobilistes qui arrivent dans sa direction, de faire ses besoins.

 

Le bon temps, n'est-ce pas ?

 

La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (2)
Partager cet article
Repost0
22 novembre 2018 4 22 /11 /novembre /2018 06:22

 

 

Daniel Royo a créé un groupe Facebook sur la période 1940-1960. L’idée – très bonne – est de déposer des souvenirs, personnels ou pas, sur ces vingt années. Forcément, les principaux contributeurs sont des gens de ma génération, qui n’ont pas connu la guerre, sauf à la marge, et qui ont vécu le redressement économique, la croissance, d’abord difficile dans les années cinquante, puis soutenue dans les années soixante.

 

La couleur dominante des commentaires est : « c’était mieux avant ». Bien sûr nous n’avions pas le chauffage central, les toilettes étaient au fond de la cour ou sur le palier, il n’y avait que trois fromages dans les épiceries du nord de la France où je résidais (Bombel, Camembert  gruyère … et petits-suisses), les instits nous tapaient sur les doigts avec une règle, maman ne travaillait pas car elle élevait quatre enfants, mais nous étions plus heureux, moins tendus, sans la crainte du chômage. La vie était supportable car nous savions nous contenter de peu et parce que l'avenir de nos enfants serait meilleur que le nôtre.

 

Cette usine à trier les souvenirs s’appelle la nostalgie. Cette reconstruction du passé nous fait par exemple oublier que l’alcool faisait des ravages, qu’un mari qui battait sa femme (ou ses enfants) n’était pas un monstre et qu'il avait ses raisons, que dans les écoles il y avait des poux, du rachitisme, de la gale, de la tuberculose, des hernies inguinales, que plusieurs centaines de milliers de femmes avortaient clandestinement chaque année. Et je ne parle pas des sept morts dans le village de mes grands-parents (où il n'y avait pas l'eau courante) lors de l'épidémie de poliomyélite en 1955.

 

La nostalgie est devenue une démarche compensatrice au milieu des graves difficultés qui disloquent notre société. Comme si, il y a soixante ans, il n’y avait pas de classes, et de luttes des classes. Mes contemporains de Facebook oublient les guerres d’Indochine et d’Algérie et ils occultent les névroses familiales, les secrets de famille, les héritages sanglants.

 

Étymologiquement, la nostalgie est une souffrance : algos est le mot grec pour douleur et nostos signifie le retour. La nostalgie est donc le regret d’un monde perdu, la mélancolie face au désir impossible d’un retour vers un passé qui agit comme un charme, une jouissance aux portes d’un tourment, d’un deuil. Depuis le XVIIeme siècle, les Allemands utilisent le mot Heimweh, quand les mercenaires suisses de l’armée de Louis XIV souffraient du mal du pays. Des Allemands d’aujourd’hui souffrent d’Ostalgie car ils regrettent, non pas l’Allemagne de l’Est dans sa globalité, mais les aspects positifs de son organisation socio-politique à jamais perdus au nom de la “ liberté ” et de l'intégration dans l'Europe capitaliste.

 

Aucune “ belle époque ” ne fut belle pour tout le monde.

 

Je me souviens parfaitement avoir dévoré le très beau livre de Simone Signoret qui me sert de titre. En se retournant vers son passé intense, flamboyant, mais parfois dramatique, elle se préparait à sa fin, en tant qu’actrice et en tant que femme, alors qu’elle n’avait que 54 ans à la parution de l’ouvrage. Nous sommes plus âgés que Simone Signoret à l’époque. Écoutons-la nous empêcher de sombrer dans le passéisme, dans le sentiment délicieux d’un manque et celui, aigre, de nous retrouver dans un présent qu’on ne peut quitter. C’est un peu ce que, à leur manière, les colons portugais appelaient saudade, tendus qu’ils étaient vers la conquête du monde tout en regrettant leur pays d’origine. De même, le blues est né de l’impossibilité d’un retour.

 

 

La nostalgie n’est plus ce qu’elle était (1)

Jusqu'à l'âge de sept ans, tel fut mon bain hebdomadaire (en semaine, une bassine dans l'évier). Rapide, l'hiver. Ma zigounette à la vue de tous. En 1955, mes parents purent se payer, dans une petite maison, une salle de bain minuscule avec une baignoire à sabot. Quel progrès ! J'apprécie les douches à l'italienne...

Partager cet article
Repost0
20 novembre 2018 2 20 /11 /novembre /2018 06:17

"La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer."


Le 30 mai 1917

Léonie chérie,

 

J'ai confié cette dernière lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.

 

Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de première ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crânes, l'odeur est pestilentielle.

 

Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillés, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid à cause de la longueur des boyaux à parcourir. Nous n'avons même plus de sèches pour nous réconforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous réchauffer.

 

Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tôle d'acier lourd et incommode mais qui protège des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaît à tous comme une infâme et inutile boucherie.

 

Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accès boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l'épaule j'errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s'étendait à mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s'emparant de moi.

 

Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'état major. Tous les combattants désespèrent de l'existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine dernière, le régiment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.

Alors, nos officiers ont été chargés de nous juger. J'ai été condamné à passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombée : je vais être fusillé pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempérer. En nous exécutant, nos supérieurs ont pour objectif d'aider les combattants à retrouver le goût de l'obéissance, je ne crois pas qu'ils y parviendront.

 

Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l'aube, agenouillé devant le peloton d'exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t'infliger.

 

C'est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon départ au combat était une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cœur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.

 

Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son père est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple est réhabilitée, mais je n'y crois guère, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.

 

Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.

 

Promets-moi aussi ma douce Léonie, lorsque le temps aura lissé ta douleur, de ne pas renoncer à être heureuse, de continuer à sourire à la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite à toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous méritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cœur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravés dans ma mémoire, seront mon dernier réconfort avant la fin.

 

Eugène ton mari qui t'aime tant.

 

(publiée par LR Leucart sur Facebook)

Lettre d'un poilu à sa femme
Partager cet article
Repost0
17 novembre 2018 6 17 /11 /novembre /2018 06:25

 

Je tiens cette histoire du Daily Mail. Les crimes de Jack l’Éventreur ne sont rien en comparaison de ce qui est arrivé à une gamine de 14 ans à Blackpool en 2003.

 

Á mon niveau, j’entends parler de gangs de violeurs britanniques d’origine pakistanaise depuis une trentaine d’années. La Justice ne s’est intéressée à ce fait de société qu’il y a environ 10 ans. Il ne fallait pas stigmatiser, enflammer les “ communautés ”, pour reprendre un concept officiel et désormais bien établi outre-Manche et qui infeste désormais la République française (de même, il ne faut pas faire de peine aux communautés pakistanaises établies sur le sol britannique en donnant l'asile à une femme condamnée à mort parce qu'elle avait bu l'eau d'un puits réservé aux musulmans).

 

Le fait que l’horreur se soit déroulée à Blackpool n’est pas neutre. C’est en tout cas ce que ressentent les parents de la malheureuse victime. Blackpool, c’est Merlimont au centuple : une station balnéaire du Nord de l’Angleterre où résident des ouvriers, des pauvres, des chômeurs, des victimes du libéralisme thatchérien et blairien. On peut en effet douter que ce summum du sordide ait pu avoir lieu à Torquay, par exemple.

 

Charlene Downes a disparu en 2003 et son corps n’a jamais été retrouvé. Par souci d’« apaisement », j’imagine, la police a décidé que l’enfant avait fait une fugue, comme l’ado de la chanson des Beatles “ She’s Leaving Home ”. Cette même police refusa de transmettre une photo de Charlene aux journaux ou à la télévision. Les parents durent attendre six semaines pour que les autorités consentent à rendre la disparition publique. Les médias évoquèrent ce fait divers pendant un jour ou deux puis passèrent à autre chose. De ce style, par exemple.

 

Il est quasiment certain que Charlene fut, des semaines durant, violée par une centaine de personnes avant d’être découpée en morceaux et consommée dans un restaurant kebab. La Police et la Justice eurent entre les mains un enregistrement de ces individus disant qu’ils avaient découpé l’enfant avant de la hacher menue et de la servir en kebab. Inculpés pour meurtre et cannibalisme, les deux serveurs du restaurant furent jugés et acquittés. Il fut en effet décidé qu’il s’agissait d’une « plaisanterie ». Pour leur incarcération préventive, ils reçurent plusieurs centaines de milliers de livres aux fins d’indemnisation. 

 

Pendant ce temps, les parents de Charlene et son frère sillonnaient la région et distribuaient des tracts pour tenter de retrouver leur fille et sœur par leurs propres moyens. Une partie de l’opinion publique s’en prit aux parents, soupçonnés d’avoir eux-mêmes fait disparaître leur fille. Á la même époque, la police – jusqu’à trente inspecteurs de Scotland Yard – enquêta pendant des mois sur la disparition au Portugal de la petite Madeleine McCann, une enfant d’un milieu favorisée, volatilisée le 3 mais 2007 au Portugal. Cette enquête, infructueuse, coûta des millions au Trésor public.

 

En 2014, donc onze ans après la disparition, la police offrit 100 000 livres de récompense à qui ferait avancer l’enquête.

La disparition d’une gamine de Blackpool : l’horreur
Partager cet article
Repost0