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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 06:19
 

 

La mortalité augmente par les deux bouts. Chez les petits enfants, et chez les anciens dont l'espérance de vie en bonne santé stagne quand elle ne recule pas. Là encore il s'agit d'un problème de classe sociale : Treize années d'espérance de vie séparent les travailleurs les plus aisés des travailleurs les plus pauvres selon l'INSEE. Á noter que la championne d'Europe en la matière est l'Italie, devant la Suède. La France est neuvième … derrière Malte.

 

Les données de l’INSEE montrent une augmentation de la mortalité infantile en France depuis 2012. Près de 70 % des décès sont survenus au cours de la première semaine suivant la naissance, dont environ 25 % au cours du premier jour de vie. Dans l’attente des résultats d’une étude en cours pour en connaître les causes et sans minorer l’importance d’une analyse scientifique de cette situation, il est possible de pointer quelques pistes d’explications potentielles qu’il faudra explorer.

Il s’agit tout d’abord du constat de la fermeture massive des maternités dont le nombre est passé de plus de 1 300 en 1975 à 800 en 1996 et à 460 en 2019. Il s’agit d’un processus continu qui se poursuit encore aujourd’hui. Les motivations des pouvoirs publics interrogent sur leur validité puisque des années 1980 à 2000, l’argument mis en avant était celui de la sécurité en affirmant que les petites maternités étaient dangereuses, puis depuis la justification est le manque de médecins accoucheurs disponibles.

Il faut souligner le fait que des études scientifiques sérieuses ont au contraire montré que les petites maternités n’étaient pas plus dangereuses que les très grandes. Par ailleurs la pénurie de médecins a été sciemment organisée depuis 40 ans en diminuant de manière drastique le nombre de médecins formés, ce qui a permis et permet aujourd’hui de fermer des services et des hôpitaux entiers. Depuis plusieurs années, la presse se fait l’écho de la multiplication des accouchements dans des conditions de sécurité inappropriées du fait de l’éloignement des maternités et donc de temps d’accès croissants.

À cela s’ajoute la saturation des structures existantes qui n’assurent plus le suivi mensuel des femmes enceintes, normalement obligatoire, les renvoyant sur la médecine de ville qui n’a pas les moyens de s’en occuper. De plus, au moment de l’accouchement, comme c’est le cas par exemple à la maternité de Saint-Denis, une des plus grosses de France, il est demandé régulièrement aux femmes qui y sont suivies de se diriger vers d’autres hôpitaux du fait du manque de places. Tout ceci concoure à une prise en charge dégradée, entraînant des risques importants pour la mère et l’enfant à naître.

Nous pouvons évoquer aussi le démantèlement des services de Protection maternelle et infantile par de nombreux départements qui en assurent la gestion de par les lois de décentralisation. En effet, ce service de santé publique pour le suivi des femmes enceintes et des jeunes enfants a été délaissé du fait de choix idéologiques des élus en place qui n’acceptent pas que la santé soit un service public de proximité gratuit et accessible à tous, notamment aux plus défavorisés. Tout ceci montre bien que la santé est une question politique dont les citoyens doivent s’emparer car ce sont eux les meilleurs experts pour savoir ce qui répond le mieux à leurs besoins.

Docteur Christophe Prudhomme

Praticien hospitalier- SAMU 93

 

Source

 

 

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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 06:00

J'ai hérité de cette photo que j'ai conservée précieusement car elle symbolise la pauvreté et l'extrême solitude de nombreuses paysannes d'autrefois. Je n'ai pas connu cette arrière-grand-mère car elle est morte deux ans avant ma naissance. Son nom était Marie Florentine Dubois mais dans la famille, on l'appelait “Grand-Mère Blicourt ” car, sa vie durant, elle avait résidé dans ce petit hameau de l'Oise, à quelques kilomètres de Beauvais.

Elle avait épousé Casimir Lamanné qui mourut à 47 ans en 1899, l'année de la naissance de leur filsGrand-Mère Blicourt connut un veuvage, également de 47 ans. 

Casimir était ouvrier agricole, plus exactement journalier, c'est-à-dire payé à la journée quand il y avait du travail. Elle était couturière.

Cette photo montre les deux seuls objets précieux de sa maison : un rouet et une grande et belle armoire que l'on pourrait qualifier de normande.

Quand je regarde cette représentation de mon arrière-grand-mère, j'entends le silence et je me ris des “ privilèges de l'homme blanc”. Mon ascendance maternelle sortit de la misère et des mains déformées par le labeur avec mon grand-père qui fut adjudant puis commis d'administration. Ma mère débuta comme institutrice et termina sa vie professionnelle comme directrice de collège. Je suivis cette pente montante pour être professeur des universités.

Pauvreté, solitude, silence
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6 mars 2022 7 06 /03 /mars /2022 18:08

Une foule considérable : 10 à 15 000 personnes. La “ Chanson des canuts ” en prime.

 

Très enthousiastes, Raphaëlle et son ami Joris.

Aujourd'hui, Lyon rime avec Mélenchon
Aujourd'hui, Lyon rime avec Mélenchon
Aujourd'hui, Lyon rime avec Mélenchon
Aujourd'hui, Lyon rime avec Mélenchon
Aujourd'hui, Lyon rime avec Mélenchon
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4 mars 2022 5 04 /03 /mars /2022 06:01

La municipalité écolo de Lyon a un projet grandiose de 250 km de pistes cyclables pour la ville et l’agglomération. Douze lignes reliant la périphérie au cœur de la métropole.

 

Pourquoi pas ?

 

Je suis allé jeter un œil sur les travaux de la section quai Claude Bernard, du côté de l’Université et de la piscine Tony Bertrand. Une section d’environ 1 km pour un coût d’un bon million d’euros. J’avoue ne pas avoir été vraiment convaincu par les travaux en cours.

 

Avant ces travaux, qu’avions-nous ? Le tramway, deux voies pour les automobiles, deux voies pour les cyclistes et une allée piétonne, malheureusement considérablement empruntée par les trottinettistes qui sont les terroristes de la circulation à Lyon (et ailleurs).

 

Qu’aurons-nous après les travaux ? Je vous le donne en mille : le tramway, deux voies pour les automobiles, deux voies pour les cyclistes et une allée piétonne, malheureusement considérablement empruntée par les trottinettistes qui sont les terroristes de la circulation à Lyon (et ailleurs).

 

Ces travaux vont durer jusqu’au 24 juin prochain avec le passage de deux, voire trois voies, à une voie pour les automobiles. Á nous les embouteillages !

 

 

Lyon : des pistes cyclables à un million d’euros le kilomètre
Lyon : des pistes cyclables à un million d’euros le kilomètre
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22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 06:06
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe
Le métro new-yorkais, ça décoiffe

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13 février 2022 7 13 /02 /février /2022 06:06

Il nous a donné le meilleur de lui-même, comme joueur de tennis (le dernier français à remporter Roland-Garros), entraineur et sélectionneur au plus haut niveau, et comme chanteur et musicien. Il a eu cinq enfants de trois mariages. Sa seconde épouse a mené, depuis leur séparation, une vie particulièrement sulfureuse.

 

Sa carrière d’artiste a connu des hauts et des bas. Il a joué devant des salles peu remplies. Il a cessé d’être une des personnalités préférées des Français, chutant à la 23ème place. Il a peut-être pâti de ses soutiens contradictoires : François Hollande en 2012 et Dieudonné.

 

Á soixante ans passés, il semble avoir décidé de se réinstaller au Cameroun, le pays de son père où il a passé une partie de son enfance.

 

Yannick est le fils du footballer professionnel Zacharie Noah, né en 1937 à Yaoundé et décédé dans cette même ville en 2017. Zacharie était lui-même le fils de Simon Noah, combattant du 1er régiment de tirailleurs du Cameroun lors de la Seconde Guerre mondiale. Il mourra assassiné à 84 ans d’une balle dans le dos lors d’une tentative de coup d’État au Cameroun en 1985.

 

Zacharie commence sa carrière de footballeur au Stade Saint-Germain en 1956 avant de rejoindre Sedan en 1960, alors une des meilleures équipes françaises. C’est dans cette ville qu’il aura trois enfants : deux filles, puis Yannick. Malheureusement victime d’une fracture du bassin, il est contraint de mettre un terme à sa brillante et prometteuse carrière en 1962, à l’âge de 25 ans.

 

La mère de Yannick, Marie-Claire Perrier, est née à Sedan. Jeune fille, elle est très sportive : elle pratique le tennis et le basket à un bon niveau. Elle entre dans l’enseignement comme institutrice. Entre elle et Zacharie, le coup de foudre est réciproque. Ils se marient très discrètement dans une auberge des Ardennes. Après la grave blessure de Zacharie, la famille part s’installer à Yaoundé. Marie-Claire est institutrice avant de fonder sa propre école.

 

Dans un pays qui ne compte que huit courts de tennis, le jeune Yannick découvre ce sport où il brille rapidement. En tournée en Afrique, le grand champion Arthur Ashe (premier joueur noir à remporter un tournoi du Grand Chelem) le repère. Á 11 ans, Yannick part pour Nice pour suivre un stage avec l’ancien champion Patrick Beust. Il rentre au Cameroun à Noël où il aimerait rester. Mais il repart définitivement pour la France, déchiré par l’éloignement de sa famille.

 

Avant la brillante carrière et les honneurs mérités, on a donc une vie familiale en demi-teintes : un père qui passe du statut de vedette sportive à celui d’employé de banque et un fils qui brillera dans son sport au prix de la perte du Cameroun qu’il a fait sien où il était arrivé à l’âge de trois ans.

 

C’est en tant que Français que Yannick deviendra une vedette internationale du sport, mais c’est en tant qu’Africain qu’il créera de la musique. Son premier album s’intitule Black & What, avec des chansons principalement en anglais. Et quand il chante en français, il s’inspire fortement du français de « là-bas»:

 

Hey là, le type-là
Oui oui, petit blanc
Paris-Yaoundé
Connexion mais venez
Allons ambiancer
Ambiance soukouss
Ambiance makossa
Ou l'ambiance du bikutsi
Ambiance assiko
Mouvement partout
Et mouvement droite
Mouvement à gauche
Roulement de pecos
Direction à l'hôpital
Docteur, c'est mauvais
Attention a cheu

Saga Africa
Ambiance de la brousse
Saga Africa
Attention les secousses

 

Le site Brut publie une promenade de Yannick dans le Yaoundé de son enfance où il retourne après 48 ans. Des observateurs de ce reportage se sont offusqués du fait que l’ancien champion parle en quasi petit nègre. Mais, justement, « In Rome do as the Romans do ». S’il parlait dans son français usuel, on dirait de lui que « son chorobi est haut ». Et on lui demanderait d’arrêter de « chorobiter ». D’autres observateurs s’indignent du fait que Yannick puisse se parachuter comme chef de village. Oui mais, on n’élit pas, dans l’Afrique traditionnelle, selon le modèle du suffrage universel. Yannick succèdera ainsi à son père, trop tôt disparu, selon des procédures que je ne connais pas mais qui existent et qui conviennent forcément aux habitants du cru. Á soixante ans passés, j’imagine que Noah est dans la bonne “ classe d’âge ” pour être intronisé chef.

 

Maintenant, pour ce qui est de son retour aux sources, on ne sait rien de ses motivations profondes, de la sincérité de son élan. Tout ce qu’on constate c’est qu’il est métis, donc à la fois français et camerounais. Et même si, à ma connaissance, il n’a jamais fait preuve de racisme en France – pas plus qu’au Cameroun, cela dit – c’est son droit le plus strict de quitter l’Occident (il a beaucoup vécu aux États-Unis), peut-être pour toujours.

 

 

Yannick Noah : de la difficulté d’être
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11 février 2022 5 11 /02 /février /2022 06:00

En novembre 2013, j’ai publié dans mon blog un billet intitulé “ Sainte Taubira ? ” où je critiquais l’opportunisme de cette personne, cette femme sans réelles convictions politiques profondes – à part peut-être, mais ce n'est pas certain, celle de l’indépendance de la Guyane – uniquement préoccupée de faire carrière. Á l’occasion de cette élection présidentielle, elle va peut-être disparaître dans les poubelles de l’Histoire. Son début de campagne a été comparé au naufrage du Titanic, une tragédie interminable accompagnée par l’orchestre de chambre d’une poignée de soutiens hypocrites.

Ces agissements ont toujours été globalement de droite, tantôt de manière biaisée, tantôt de manière vraiment frontale.

En 1993, députée sans étiquette, elle vote la confiance au Premier ministre Balladur. Elle cautionne la première attaque sérieuse contre les retraites de l’après-guerre. Ce sont alors les retraites du privé qui sont dans le collimateur. On passe des 10 meilleures années aux 25 meilleures. La durée de cotisation nécessaire pour avoir droit à une pension à taux plein passe de 150 trimestres à 160 trimestres. Les retraites sont indexées sur l’indice Insee des prix à la consommation, et non plus sur celui des salaires, ce qui ne peut déboucher que sur un net déclassement des retraités par rapport aux actifs. 

En 1994Christiane Taubira est la 4ème sur la liste radicale de Bernard Tapie aux élections européennes.

En 1997, elle rallie le groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Lionel Jospin lui confie un rapport sur la recherche de l’or en Guyane (!).

En 2002Christiane Taubira est candidate à la présidentielle avec un programme à la droite de celui de Jospin (qui l’a encouragée à se présenter et qui n’a rien compris au film). On connaît la suite : comme elle a pris 2% de voix au candidat socialiste, Le Pen est au deuxième tour. Elle était pour une « France plurielle, une République fraternelle, la solidarité pour tous », ce qui ne mangeait pas de pain. Au plan économique, ses propositions étaient alors nettement de droite : baisse de l’imposition des foyers aux revenus les plus élevés (« afin de ne pas décourager l’effort et l’initiative »), puis suppression de l’impôt sur le revenu, développement de la retraite par capitalisation au-delà d’un certain niveau de pensions, suppression des cotisations sociales dans le financement de l’assurance-maladie.

De 2012 à 2016Christiane Taubira est ministre de Hollande. Elle ne s'oppose pas à la Loi Travail, ni à la loi sur l’ANI (Accord national interprofessionnel) qui crée les contrats collectifs de complémentaires santé, détruit la solidarité intergénérationnelle, et fait exploser les cotisations des retraités.

Á l’occasion de cette élection, on attend avec impatience ce qu’elle a à nous dire sur les salaires et les retraites… Peut-être rien du tout dans la mesure où – et c'est peut-être dramatiquement ironique – elle s'enfonce toute seule, en se trompant de registre, un peu comme si un virtuose du tuba s'entêtait à donner un récital de violoncelle.

 

 

Taubira de gauche ? Tu parles, Charles…
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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 06:01
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu
Encore de l'inattendu

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8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 06:00

Extrait du livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet (Fayard) :

 

"Chaque soir, Jean Piat, aussi faible et âgé qu’il était, venait rendre visite à son grand amour, à « la Dorin ». Un taxi le déposait devant la résidence des Bords de Seine. Un déambulateur l’attendait derrière l’accueil pour prendre le relais de cette canne qui ne le portait plus. Il se rendait à pas lents à la chambre de sa bien-aimée et y restait des heures durant, jusqu’après la fermeture de l’accueil et l’arrivée de l’équipe de nuit. Il lui prenait la main et écoutait sa respiration, à défaut d’autre chose ; ses mots, après s’être désarticulés, étaient devenus des borborygmes. Le Grand Piat veillait sur elle, ne se plaignant jamais de rien, ayant un mot pour tous, un sourire pour chacun. (…)

(…) Françoise Dorin a été admise aux Bords de Seine le 24 octobre 2017. Si elle souffrait de troubles cognitifs importants, elle se portait bien physiquement, affichant même un léger embonpoint. Le 12 janvier 2018, soit deux mois et demi plus tard, elle décédera des suites d’un choc septique causé par la dégénérescence d’une escarre. (...)

 

Une aide-soignante qui passe chaque jour faire la toilette de Françoise Dorin remarque, deux semaines après son admission, l’apparition de rougeurs sur la peau fragile de la résidente et le signale à Amandine [un pseudonyme, à sa demande], la maîtresse de maison [membre du personnel], qui préconise alors l’installation d’un matelas « anti-escarre ». Nous sommes aux alentours du 14 novembre 2017. (…)

 

[La résidence n’ayant pas de matelas de ce type en stock, il faut attendre quarante-huit heures de plus pour en obtenir un et l’installer.]

 

Le lendemain de sa mise en place, l’équipe du week-end du deuxième étage, composée d’une maîtresse de maison et d’un infirmier, entre dans la chambre de Mme Dorin et se rend compte que le matelas livré est défectueux. C’est Amandine elle-même (…) qui me fera cette révélation (…) : « Ça bipait dans tous les sens ! Le matelas n’avait pas gonflé. La pauvre Mme Dorin était allongée sur de la ferraille. »

 

(…) En parallèle, l’état de son escarre, qui se situe au niveau du sacrum, se détériore d’heure en heure ; la plaie devient de plus en plus profonde. Pourtant, durant plus de dix jours, personne aux Bords de Seine ne prendra la peine d’en informer la famille. C’est pourtant une procédure des plus élémentaires. (…)

 

Vis-à-vis de la famille, c’est le black-out le plus total. Personne ne les tient au courant de l’évolution de l’escarre. Alors même que, chaque jour, l’un d’entre eux est présent à la résidence, que ce soit Thomas et sa compagne, son frère Julien, ou l’ancienne aide à domicile de Françoise Dorin. Sans parler de Jean Piat, qui continue de se rendre tous les jours à la résidence, entre 17 heures et 21 heures, qu’il vente ou qu’il pleuve.

(...)

Les jours passent, et le mal devient de plus en plus profond. Le 27 décembre, Françoise Dorin est envoyée par l’équipe médicale des Bords de Seine à l’hôpital Beaujon pour valider la pose d’un pansement VAC, un dispositif qui aspire les impuretés d’une plaie pendant plus d’une heure et nécessite l’intervention d’une infirmière extérieure à l’Ehpad. Sa fille, Sylvie Mitsinkidès, assiste au rendez-vous médical.

 

Ce qu’elle découvre, ce matin-là, la marquera à vie : « L’infirmière de l’hôpital Beaujon soulève le drap, et là, je vois un trou béant, au niveau du sacrum, plus gros que mon poing. C’était terrible. » (…) Même l’infirmière aura un mouvement de recul. (...)

 

A son retour aux Bords de Seine, il ne reste plus que deux semaines à vivre à Françoise Dorin. (…) Le 12 janvier, elle décède, après des semaines de souffrances indicibles, à l’âge de 89 ans. Sans un bruit.

 
 
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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 06:00

Un très bon reportage de Mediapart

 

J'y ai passé la première année de ma vie. Á respirer la fumée jaune des cokeries... Lorsque mes parents faisaient sécher les draps après la lessive, en une demi-heure ils étaient jaunes !

 

Ce qui me frappe d'abord, lorsque je retourne du côté d'Hénin, c'est que – comme il est dit dans l'article – au milieu d'une des populations les plus pauvres de France, on trouve la densité la plus importante de super et d'hyper-marchés du pays.

 

Dans cette petite ville communiste du Pas-de-Calais, les échanges avec les habitants laissent apparaître l’ampleur de la déconnexion avec les thèmes et paroles qui rythment la campagne électorale médiatique.

 

 

Drocourt (Pas-de-Calais).– La rue d’Arras serpente sur toute la longueur de la commune de Drocourt (2 938 âmes et 2 077 inscrit·es sur la liste électorale). Sous le crachin de fin janvier, la chaussée est pareille à la queue écaillée d’un saurien.

 

Drocourt est administré par le communiste Bernard Czerwinski, 63 ans, maire depuis cinq mandats qu’on tutoie et appelle par son prénom : « Il faut savoir que le vote RN est ici aussi fort [47 % au premier tour de la présidentielle 2017 pour le FN et 64 % au second – ndlr] qu’à Hénin-Beaumont. Par ailleurs, je pense que nous aurons une très, très forte abstention, car les slogans et programmes ne parlent pas du tout à la population », déplore celui qui fut trente ans instituteur dans la commune. Celle-ci jouxte à l’ouest Rouvroy (8657 habitants), bastion communiste depuis 1977, et au nord-est Hénin-Beaumont (26370 habitants), gérée depuis 2014 par le FN, devenu RN, Steeve Briois. 

 

Drocourt, l’une des quatorze communes qui composent la communauté d’agglomération Hénin-Carvin (120 000 habitants) au cœur de l’ancien bassin minier, est coupé en deux. Drocourt « mines » et Drocourt « village ». Laissant entendre une oscillation sociologique : d’un côté un habitat locatif de corons et de l’autre un habitat composé de maisons mitoyennes et de nouveaux pavillons avec portails coulissants et boîtiers connectés.

 

« Que tu ailles d’un côté ou de l’autre de la commune, tu restes quand même dans une région sinistrée », précise Patrick en salopette grise et qui impressionne par sa haute carrure. Il est l’un des deux patrons garagistes de la commune. Justement ce dernier s’apprête à mettre sur le marché une Opel Combo Diesel de 2011 qu’il vient de réviser : « 200 000 kilomètres, 2 000 euros. Ici, dans le coin, c’est une voiture neuve. Tu crois p’têt’ qu’on roule à l’électrique ? Et tu vas la faire réparer où, ta voiture, hein ? En plus chez moi on paye en quatre fois, car les gens n’ont pas d’argent pour payer cash une distribution sur un moteur Diesel (environ 800 euros) », explique cet homme chaleureux aux yeux mobiles, qui juge « que la première préoccupation des gens, c’est le pouvoir d’achat avec le prix du gazole qui n’arrête pas de grimper ».

 

Le dernier symbole de la géographie charbonnière de la commune, la cokerie de Drocourt, filiale des Charbonnages de France, a fermé en 2002. Née à l’aube du XXe siècle, reconstruite après le conflit mondial, la cokerie acheminait par le rail encore 300 tonnes de coke vers Metaleurop, distante de 13 km, liquidée brutalement en 2003, jetant littéralement à la rue plus de huit cents personnes, sans compter les sous-traitants. Au total, près de deux mille personnes ont été frappées par la fermeture.

 

Aucun politique ne pourrait vivre comme les gens d’ici, payer le loyer, les courses, passer à la pompe.

 

Pour avoir la taille exacte du fantôme d’acier qui crachait des fumées blanches ou parfois bleutées – sans compter les tonnes de suie –, il faut savoir qu’au mitan des années 1980 sortent alors 5 000 tonnes par jour de coke incandescent, dont 2 000 consacrées à la fonderie de construction de blocs-moteurs et plaques d’égout. Des 70 hectares de tuyauteries géantes de la cokerie, il ne reste rien. En lieu et place, un parc paysager, appelé Parc des îles, à cheval sur Hénin, Rouvroy et Drocourt.

 

Seul vestige de cette époque industrieuse, un terril fait face à la cité minière « La Parisienne », 280 logements locatifs, dont huit foyers d’ayants droit dépendant du régime minier. Contiguë à la cité « La Parisienne », mais sise sur la commune de Hénin, l’épicerie Chez Momo est ouverte tous les jours de 10 heures à 20 heures, sauf le vendredi. 

 

Mohamed est installé depuis trente ans et appelle ses clients par leur prénom. Visage rond et sourire que l’on devine crispé derrière le masque, le commerçant en a vu plus d’un tenter de le fouiller à coups de questions faussement indiscrètes : au fait, il est comment, Briois ? Et le RN ? Vous vous y faites ? Pas trop dur ? Comprendre : pour vous, c’est pas évident, hein ?

 

Momo, qui n’est pas né de la dernière pluie, élude : « Ici, c’est dur, vous savez. Tout a fermé et les gens n’ont pas de travail. » Mais enfin, le maire de Hénin ? « Il fait beaucoup pour sa commune et il est populaire. » Et l’abstention ? « Moi, en tout cas, j’irai voter. C’est un devoir, comme pour mes enfants. » Pour certains, les dieux sont morts, y compris le dieu travail il y a bien longtemps. On comptait à la chute du mur de Berlin 90 paroisses polonaises dans l’ancien Nord-de-Calais. Aujourd’hui, onze.

 

« Il faudrait augmenter le Smic, baisser les charges des entreprises. Je ne parle pas de l’assistanat… Aucun politique ne pourrait vivre comme les gens d’ici, payer le loyer, les courses, passer à la pompe », explose cette commerçante de Drocourt. « Aucun. » La voilà remontée : « Voter ? Mais pour qui ? »

 

Dans l’une des rues du coron, enveloppée dans un peignoir éponge à motifs, Brigitte (prénom modifié), la petite cinquantaine, apprêtée, sort sa poubelle. Elle souhaiterait d’emblée « qu’une femme prenne le pouvoir ». Laquelle ? « Ah, je ne peux pas vous dire. » Puis, un instant gênée, elle poursuit d’un trait ce qu’elle a sur le cœur : « D’abord, je ne voterai jamais pour un banquier. Heureusement, poursuit-elle, que j’ai mes enfants qui travaillent en intérim et qui me font le plein [de courses]. Mais pour eux, y a pas moyen de se projeter plus loin que six mois. Pourtant on est bien ici, on se connaît tous. On s’entraide, vous savez. C’est encore l’esprit des mines. » 

 

« La Parisienne » sera cette année réhabilitée pour un montant de 14 millions d’euros. Face à église Sainte-Barbe, édifice en briques néogothique et bardé d’un grillage pour prévenir du vandalisme, Joël Balan, 66 ans, ancien gardien « d’une copropriété huppée » à Mouvaux (59), moustaches en forme de guidon, mène l’opposition RN au conseil municipal de Drocourt. Il parle tout doucement, comme on le ferait dans une chambre de malade. Fils de mineur de Hénin-Liétard (fusion de Hénin-Liétard et de Beaumont-en-Artois en 1971, qui donnera Hénin-Beaumont), il a voté tour à tour communiste puis socialiste. Puis en 2011, « a suivi les idées de Marine Le Pen », dit-il. 

 

À l’écouter, à Drocourt on ne parle que du pouvoir d’achat et de la vie chère. « Ici, les gens sont ouvriers ou n’ont pas de travail », mais pour autant, selon lui, ils ne se« retrouvent pas » dans les idées de Zemmour. « En fait, il ne leur parle pas. Les gens sont totalement déboussolés, perdus. »

 

Et vers qui se tournent-ils ? « Vers Marine », dit-il. « Quand on a fait campagne pour les municipales, juste avant le Covid, les gens nous disaient : “Oh là là, il y a bien longtemps que personne n’est venu nous voir. C’étaient les communistes qui faisaient ça avant, comme vous du porte-à-porte. Qui prenait le temps de sonner et de discuter », explique Joël Balan.

 

Le maire reconnaît bien volontiers le plagiat de la part du RN du « savoir-faire » communiste en matière militante. Il est d’ailleurs toujours stupéfait quand les élus RN, siégeant à la communauté d’agglomération, en appellent aux mânes de Maurice Thorez (né à Noyelles-Godault) et de Georges Marchais : « Il y a clairement une appropriation de nos méthodes », reconnaît-il, à la fois scié de la dépossession et estomaqué par le culot révisionniste. Puis il se ressaisit : « Si le vote PC dans la commune fait 12 %, ça sera un exploit », avance le maire, un peu rêveur. Patrick, le garagiste, à ce score, s’étrangle de rire : « Mais Bernard, dit-il comme si le maire était devant lui, c’est pas possible… 12 % ?!? »

 

Il ne reste que deux exploitations agricoles dans la commune, dont l’une fait de la vente directe d’œufs, de poireaux et de pommes de terre. Deux friteries se font face sur la route d’Arras, en chiens de faïence. La Fabrik (6 employés) ne désemplit pas. Elle est tenue par Hervé Bourel, 47 ans. La barquette de frites est à deux euros (impossible d’en arriver à bout). « À quatre euros, dit-il, les gens ne reviendraient pas : trop cher. »Hervé est né à Drocourt et a été en primaire à Maurice-Thorez : « J’étais heureux. J’aimais ça, l’école. »

 

 

 

Carrure de lutteur, yeux bleus, cordial, commerçant. Rien ne l’intimide. Il a chez lui une lucidité un peu désenchantée : « Nos élus, c’est simple, on ne les voit pas, ni le RN ni les communistes. Et Marine, je ne l’ai jamais vue ici. Les gens ont le sentiment d’avoir été laissés de côté. Abandonnés à leur sort, à leur misère. Sans compter les gros problèmes liés à l’alcool. Je ne vends plus de bière, rien que des softs : c’est trop compliqué de gérer des gens alcoolisés. » Puis de tendre la main vers les voitures qui stationnent attendant d’être servies « en drive » : « Là, sur dix voitures qui font la queue devant chez moi, neuf votent RN. »

 

Son vote est secret, mais tout de même assez clair : « Zemmour est bien trop radical pour les gens d’ici. Et c’est quoi cette histoire de vouloir changer de prénom quand on porte un prénom arabe : c’est n’importe quoi… » Il plisse ses yeux bleus : « Tiens, au fait, la frite, c’est pour moi. »

 

Deux bistrots dans la commune, dont Le Rallye qui est tenu par Laurent et sa sœur « qui font poste-relais ». C’est l’heure des « Grosses Têtes » sur RTL. Le bistrot est vide. Laurent va bientôt passer à table : « C’est mon heure, 16 h 30. » Dans les années 1950, il y avait 47 débits de boissons. La toute nouvelle pharmacie les « Quatre Vents », côté Drocourt « village », enchaîne les vaccinations. Les gens font la queue en silence. La radio passe Santé, le dernier tube de Stromae. 

 

La campagne n’existe quasiment plus. Presque toutes les terres aux alentours ont été mangées par les zones commerciales (la plus forte densité hexagonale) et les entrepôts de logistique. Le principal bassin d’emplois se trouve dans la gigantesque zone commerciale de Noyelles-Godault. On y retrouve les grands fétiches de la consommation : Auchan, Ikea, Norauto, Kiabi, etc., grandes consommatrices de main-d’œuvre.

 

Les agences d’intérim à Hénin-Beaumont y pourvoient au point de ne pas pouvoir répondre à l’insatiable demande. « L’emploi repart en flèche », assure le responsable de l’une d’elles : « Caristes, manutentionnaires, préparateurs de commandes. On est quasi en pénurie de main-d’œuvre. Les clients sont même prêts à former… » Mais ce dernier peine à trouver suffisamment de bras, ajoutant de manière surprenante qu’« aujourd’hui, les employés sont presque des enfants rois, tellement il y a du boulot partout ».  

 

 

 

Aurélien Gack, 31 ans, est agrégé de géographie et enseigne l’histoire-géographie au lycée Pasteur de Hénin-Beaumont. Il y est aussi conseiller municipal d’opposition sous l’étiquette La France insoumise (quatre opposants au total, dont l’élue EELV Marine Tondelier, l’une des porte-parole de Yannick Jadot). « Il faut savoir que les débats actuels de la gauche ne traversent pas la population de l’ancien bassin minier. Ici, c’est le social, encore le social, toujours le social. L’inclusivité ne parle absolument pas aux gens », explique ce Vosgien, fils d’un employé EDF et d’une femme de ménage, au cursus académique remarquablement élogieux.

 

L’empreinte du PS, qui tenait les baronnies du Nord-Pas-de-Calais, a disparu. Fabrice Houziaux, 54 ans, éducateur, est militant depuis trente-deux ans. Des yeux bleus, une tête mélancolique : « Notre section se réduit à peau de chagrin. Que reste-t-il de nous ? Va-t-on survire ? Les militants à Drocourt ont disparu du jour au lendemain. On n’a même plus de local… Vous me voyez sonner chez les gens, à Drocourt : “Bonsoir, nous sommes du PS” ? » Il fait non de la tête. « Et avec qui ? Nous ne sommes plus que neuf dans la section, dont trois ont plus de 75 ans… » 

 

Les débats qui agitent la gauche « éveillée » et intersectionnelle ne provoquent en retour que des paires d’yeux ronds comme des soucoupes. Thomas, 24 ans, a ouvert il y a deux ans, quelques semaines avant le premier confinement, un commerce de voitures d’occasion à Drocourt, dans un ancien bâtiment de ferme qui jouxte le local d’un armurier et accessoires de pêche. Ce dernier voulait bien parler puis s’est ravisé le lendemain : « La nuit porte conseil. » Et la porte s’est claquée. « Il y a des semaines sans un coup de fil d’acheteur, lâche Thomas en haussant les épaules. Mais faut tenir. Je ne me verse pas de salaire en ce moment, heureusement qu’il y a les parents… » Au fait, le « wokisme » ? Thomas interroge son père du regard. Le père lève la tête du moteur de la petite Peugeot Diesel qui hoquette : « Le quoi ? » Père et fils, eux, iront voter.

 

Jean-Louis Le Touzet

 

À Drocourt, le bassin minier oscille entre abandon et vote Le Pen
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