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26 août 2022 5 26 /08 /août /2022 05:00
 
Même quand nous somme très bien intentionnés, nous les Français avons tendance à être un peu franco-français. Et à oublier, par exemple, que des luttes ouvrières ont pu être menées hors de l'Hexagone, comme dans la "petite" Belgique. Et aussi que ces pays ont pu connaître des catastrophes.
 
J'ai plaisir à reprendre ici un article de mon ami Pierre Verhas sur une lutte des mineurs de charbon d'outre-Quiévrain.
 

Dans la mine de charbon dite du Bois du Cazier au matin, comme chaque matin, 275 hommes étaient descendus dans les profondeurs du sous-sol pour rejoindre leur poste de travail. C’est à 8h10 du matin que le drame se produit lors d’une tragique méprise : suite à un malentendu avec la surface, l’encageur Antonio Ianetta, à moins 975 mètres, encage à un moment inopportun un chariot qui devait expulser de l’autre côté un wagonnet vide. En outre, celui-ci ne sort pas complètement, bloqué par un arrêtoir défectueux.

 

 

Même quand nous somme très bien intentionnés, nous les Français avons tendance à être un peu franco-français. Et à oublier, par exemple, que des luttes ouvrières ont pu être menées hors de l'Hexagone, comme dans la "petite" Belgique. Et aussi que ces pays ont pu connaître des catastrophes.
 
J'ai plaisir à reprendre ici un article de mon ami Pierre Verhas sur une lutte des mineurs de charbon d'outre-Quiévrain.

 

 

Lors du démarrage de la cage, le wagonnet mal arrimé accroche une poutrelle qui perce une canalisation d’huile, détériore deux câbles électriques à haute tension et provoque la rupture d’une conduite d’air comprimé. La formation d’arcs électriques met le feu à l’huile pulvérisée. Cet incendie, activé par l’air comprimé et par l’action du ventilateur de surface, est alimenté par les coffrages, solives et guidonnages voisins, tous en bois. Le feu gagne rapidement la mine.

 

 

Par malheur, ce puits d’extraction est aussi celui qui sert à l’entrée d’air. Une atmosphère viciée, chargée de fumée et de monoxyde de carbone, se répand dans toutes les galeries en suivant le circuit d’aération. Le piège mortel vient de se refermer. Quelques minutes plus tard, sept ouvriers, parmi lesquels l’encageur de 975, réussissent à remonter à la surface, accompagnés par les premières fumées noires et denses annonçant le drame.

 

 

 

Une épaisse fumée sort du fond de la mine montrant l'extrême gravité de l'accident. La foule des familles et des proches des mineurs, angoissée, vient aux nouvelles.

Une épaisse fumée sort du fond de la mine montrant l'extrême gravité de l'accident. La foule des familles et des proches des mineurs, angoissée, vient aux nouvelles.

 

 

 

Angelo Galvan, un chef porion de nuit et sauveteur, déjà atteint par la silicose, fut le héros malgré lui de cette tragédie. Il descendit avec son chef, l’ingénieur Adolphe Calicis, dans le boyau par une galerie parallèle et rampa  pour retrouver ses camarades. Il ne retrouva que des corps calcinés « de gars durs à la tâche, de véritables forçats morts sous terre. »

 

 

L’incendie impossible à maitriser, persista plusieurs jours. Le 23 août, soit quinze jours après l’accident, on connut enfin le nombre exact de victimes. Un sauveteur italien, Angelo Berto, qui fut un des derniers à descendre, hurla ces terribles mots : « Tutti cadaveri ».

 

 

Le charbonnage du Bois du Cazier employait environ 800 mineurs pour une production de 170 000 tonnes en 1955. Sur les 275 hommes qui étaient au fond le 8 août 1956, il y eut 262 victimes de 12 nationalités différentes. Principalement, 136 Italiens, 95 Belges, 8 Polonais, 6 Grecs, 5 Allemands, 3 Hongrois, 3 d’origine algérienne (l’Algérie était encore française en 1956), 2 Français, 1 Anglais, 1 Néerlandais, 1 Russe et 1 Ukrainien.

 

 

 

Angelo Galvan avec son appareil respirateur vient de remonter et ne peut rassurer cette femme proche d'un de ses camarades resté au fond.

Angelo Galvan avec son appareil respirateur vient de remonter et ne peut rassurer cette femme proche d'un de ses camarades resté au fond.

 

 

 

Marcel Leroy écrivit : « Dans le fond du Cazier œuvrait une communauté de travailleurs qui risquaient leur peau pour gagner leur vie. C’est l’Italie qui fut frappée au cœur, avec cent trente-six morts, notamment des Abruzzes dont vingt-deux de Manoppello et sept de Lettomanoppello. »

 

 

La catastrophe eut un impact considérable. Le système médiatique commençait à s’imposer. Des radios et des télévisions de toute l’Europe firent des reportages sur place. Ainsi, par le nombre considérable de victimes et par la large diffusion médiatique, le Bois du Cazier marqua les esprits jusqu’à aujourd’hui.

 

 

Mais, les conséquences de cette tragédie vont bien au-delà de l’émotion qu’elle a suscitée. Pour cela, il faut remonter l’histoire. (Voir étude de Julie Urbain, Le procès de la catastrophe du Bois du Cazier 1959-1962, Université Libre de Bruxelles, mémoire présenté sous la direction d’Anne Morelli en vue de l’obtention du titre de licenciée en histoire, année académique 2002-2003)

 

 

Suite à la Seconde Guerre Mondiale, la Belgique tente de se reconstruire. Cela s’avère plus facile que prévu puisque l’occupant nazi n’a pas détruit l’appareil industriel belge. Par contre, les infrastructures des voisins français et aussi allemands sont très endommagées.

 

 

Dès lors, avec ces énormes besoins. La Belgique devient un de leurs principaux fournisseurs de matières premières et notamment de charbon.

 

 

Afin de relever le pays, le Premier ministre de l’époque, le socialiste Achille Van Acker lance la « Bataille du Charbon ».

 

 

 

Malgré le statut de mineur plus avantageux obtenu par les luttes syndicales et destiné à attirer de nouveaux mineurs, bien que la Belgique ait utilisé des prisonniers de guerre, le manque de main-d’œuvre se fait cruellement sentir.

 

 

Pour les Belges, le métier de mineur, bien que bien rémunéré par rapport aux autres, n’était guère attractif, parce que très dangereux et très dur.

 

 

Aussi, l’Etat belge fit appel à de la main d’œuvre étrangère. Pour ce faire, il conclut, le 20 juin 1946, un traité avec l’Italie.

 

 

La main-d’œuvre italienne fut mise à la disposition de l’industrie charbonnière belge. En échange, la Belgique « … s’engage à fournir à un prix avantageux cinq tonnes de charbon par mois pour chaque travailleur italien » recruté. Mais les conditions dans lesquelles sont accueillis les ouvriers italiens sont des plus déplorables, sans compter le racisme de la population locale.

 

 

Les logements qui leur sont proposés sont insalubres et les conditions de travail, suite notamment au manque de formation, sont extrêmement précaires. Tout cela mena à des mouvements sociaux de grande ampleur qui conduisirent à la grande grève des mineurs de 1955.

 

 

Dans son ouvrage sur Angelo Galvan, Leroy décrit la fin de la catastrophe. Elle s’achève en Italie.

 

 

« Le 28 novembre 1956, les morts revinrent à Manoppello pour y être enterrés. Figée dans un profond chagrin, la population dressa une haie d’honneur pour saluer le convoi des camions chargés de cercueils ramenant les hommes à la maison. Cette cérémonie spontanée scellait aussi, en quelque sorte, la fin du contrat signé en 1946, pour dix ans entre la Belgique et l’Italie. L’objectif du Premier ministre Achille Van Acker était de pousser la production quotidienne à cent mille tonnes de charbon par jour. Pour y arriver, cinquante mille travailleurs seraient fournis par l’Italie, celle-ci recevant mensuellement de deux mille cinq cents à cinq mille tonnes de charbon, afin de relancer son industrie détruite.

 

 

Jamais un déplacement de population aussi massif n’avait été organisé, de manière systématique, entre États. »

 

 

Un capitalisme de rentiers

 

 

Sur le plan économique, on se retrouve devant l’éternel capitalisme de rentiers à la Belge.

 

 

L’appareil charbonnier belge est resté vétuste en comparaison de celui des pays voisins qui ont profité de la reconstruction pour se moderniser. Le prix de revient du charbon belge était très élevé et les prix de vente sont artificiellement bas pour rester concurrentiels.

 

 

En outre, les investissements sont détournés vers d’autres secteurs beaucoup plus attractifs.

 

 

L’entrée en vigueur, en 1951, du traité de la CECA et avec elle l’ouverture des marchés bouleverse également la vie des bassins charbonniers belges.

 

 

Pour maintenir les charbonnages belges à flot, la Haute Autorité de la CECA et le gouvernement belge mènent une politique de subsides. Malgré cela, les fermetures de charbonnages wallons, peu concurrentiels s’accélèrent.

 

 

Les années 1958 à 1961 sont considérées comme les plus noires qu’aient connues les charbonnages wallons. Les régions de Charleroi et du Centre sont parmi les plus touchées. C’est dans ce contexte de morosité que se déclare la catastrophe.

 

 

Le charbonnage du Bois du Cazier occupait une place particulière dans le secteur minier carolo.

 

 

« Le Charbonnage du Bois du Cazier, actif depuis la fin du 19e siècle, ne fait partie d’aucun grand groupe financier. C’est une petite concession dirigée depuis plusieurs décennies par une poignée d’actionnaires.

 

 

Vétuste, le charbonnage n’offre pas les meilleures conditions de travail à ses ouvriers. En 1956, les chevaux de fond sont encore au nombre de quarante-six et accomplissent la majeure partie des travaux de transport de wagonnets.

 

 

Pour l’époque, l’emploi de chevaux au fond est réellement une marque d’archaïsme. Pourtant, le rendement est relativement satisfaisant et des travaux visant à moderniser le charbonnage sont en cours. » (Extrait de l’étude de Julie Urbain)

 

 

Mais tout cela vint trop tard. C’était de l’argent investi en pure perte : la crise charbonnière débutait et allait à terme emporter tout ce secteur industriel.

 

 

C’est en cela que la catastrophe du Bois du Cazier sonna le glas du charbon en Belgique, particulièrement en Wallonie et la région de Charleroi en fut la première touchée.

 

 

D’ailleurs, quelques années avant la crise charbonnière, la catastrophe du Bois du Cazier est perçue comme un véritable révélateur de la situation dans les charbonnages.

 

 

C’est le révélateur des mauvaises conditions de travail, de l’absurdité de la politique de rendement qu’aucun investissement ne vient soutenir et du caractère insensé de maintenir en vie des concessions vouées à la disparition. Elle provoque également le blocage des relations italo-belges. Le gouvernement italien, choqué par l’ampleur de la catastrophe et la manière dont sont traités ses compatriotes, cesse immédiatement toute émigration vers la Belgique.

Six mois dans l’enfer d’une mine belge

 

 

Et les avertissements ne manquèrent pas. Le plus spectaculaire d’entre eux fut celui de Jean Van Lierde (1926 – 2006), chrétien, ancien résistant, antimilitariste, qui fut toute sa vie un militant pour la Justice – il fut anticolonialiste et conseiller de Patrice Lumumba - et pour la Paix en participant activement au mouvement de la Paix en Belgique. Il travailla également pour le CRISP (Centre de Recherche et d’Information Socio-Politique) dont il fut un des fondateurs.

 

 

 

Jean Van Lierde fut un infatigable militant de la Paix et de la Justice.

 

 

 

Van Lierde refusa de faire son service militaire en 1949. A l’époque le statut d’objecteur de conscience n’existait pas et tout refus entraînait une peine de prison. Plusieurs mouvements et personnalités se mobilisèrent en sa faveur. Il fut libéré puis rappelé en 1950. Rebelote ! Refus de Van Lierde. À nouveau la prison. À nouveau des pressions. L’affaire alla jusqu’au gouvernement qui, en 1952, promit d’examiner la possibilité de créer un statut pour l’objecteur de conscience. Van Lierde accepta de travailler dans la mine à la place de son service militaire. Il fut affecté au Bois du Cazier.

 

 

Ce charbonnage avait très mauvaise réputation auprès des mineurs. Jean Van Lierde explique :

 

 

« A l'époque, on était en pleine bataille du charbon. Il fallait des mineurs. Était-ce le fait que je sortais de tôle ou que j'étais objecteur de conscience ? On ne voulait pas m'embaucher. Mais au Cazier, que l'on considérait comme un sale charbonnage, on me permit de descendre à 1035. Maman aurait préféré que je revienne en prison plutôt que de descendre dans le fond. Je me souviens de la chaleur terrible, des kilomètres sous la terre avant d'arriver aux chevaux, des rats qui ont bouffé mes tartines le premier jour. Il fallait produire, aller plus vite. On m'a retiré 1/5 de mon salaire. Les camarades, des étrangers, n'osaient pas protester. Je comprenais... » (Propos rapportés par Marcel Leroy, journaliste, auteur de plusieurs ouvrages sur la catastrophe du Bois du Cazier).

 

 

Mais, Jean Van Lierde, le « rebelle », ne se contenta pas de contester au fond de la mine. Il publia en 1953 avec l’aide des Jeunes Gardes Socialistes de Bruxelles, un réquisitoire, sous la forme d’un livret de 20 pages, sur le charbonnage du Bois du Cazier intitulé Six mois dans l’enfer d’une mine belge.

 

 

Ce petit opuscule eut un retentissement considérable. Van Lierde fut licencié et mis à l’index de toutes les mines belges, mais ne fut pas remis en prison – sa période n’étant pas terminée – tant la pression de l’opinion publique était forte. Le gouvernement le laissa en paix et il fut définitivement « démobilisé » en 1956.

 

 

Et comme l’écrit Marcel Leroy : « Trois ans plus tard, le témoignage du rebelle se voyait dramatiquement confirmé par les 262 morts du Bois du Cazier. »

 

 

Un autre volet du drame du Bois du Cazier fut la révélation du sort que la Belgique réserva aux mineurs étrangers et à leurs familles. Pour la première fois, l’opinion publique fut sensibilisée et fit pression pour que des mesures soient prises pour améliorer leur sort.

 

 

« À Charleroi, ceux qui ont grandi avec les Italiens que certains caricaturaient en tant que « macaronis » peuvent en témoigner. Il faut avoir vu ce qu’étaient les cantines pour comprendre. Des baraquements, un robinet dans la cour, des logements précaires et glacés en hiver. Des Italiens vécurent dans les baraquements où avaient séjourné les prisonniers de guerre allemands employés dans les mines. Certains de ces anciens soldats restèrent en Belgique après la guerre. Dans ces années-là, la moitié des mineurs de Charleroi étaient Italiens. Et la Wallonie se colora d’Italie.

 

 

Malgré ces réalités, des liens forts se nouèrent et c’est ce qui importe, malgré tout, si longtemps après. Oui, c’est elle qui compte, l’unité perçue quand, au Bois du Cazier, les uns et les autres, tous frères et sœurs dans la mémoire, resserrent les rangs au pied du châssis à molette érigé en monument, et font silence. Ce moment-là, c’est Charleroi. Une terre solidaire. »

 

 

Une personnalité déjà évoquée plus haut est l’emblème de tous ces hommes qui sacrifièrent leur vie et leur santé pour le capital belge et le bien-être de la population : Angelo Galvan.

 

 

Un message d’humanité

 

 

Angelo Galvan né en 1920 fut dans sa jeunesse, mineur en Italie. Pendant la guerre, il lutta comme partisan contre le fascisme et émigra en Belgique en 1946 où il fut embauché au charbonnage du Bois du Cazier. Il devint chef porion – l’équivalent d’un contremaître sur un chantier – et, le 8 août 1956, fut le premier à descendre au péril de sa vie avec son chef, l’ingénieur Adolphe Calicis pour tenter de remonter les camarades coincés dans cet enfer. Ajoutons que Calicis fut le seul condamné au procès de la catastrophe. Galvan qui a fait partie de la commission d’enquête, considéra cette condamnation comme particulièrement injuste.

 

 

On avait condamné un lampiste, certes haut placé et qui avait risqué sa vie avec les mineurs, mais on avait accordé le non lieu à la sécurité et à la course à la productivité maximale.

 

 

Galvan était surnommé le « renard du Cazier » parce qu’un proverbe dit : « là où l’air passe, le renard passe ». Il était adoré par ses camarades et apprécié par la hiérarchie directe pour sa compétence et son courage. Marcel Leroy a écrit sa biographie après l’avoir rencontré chaque dimanche pendant deux ans, en 1985-86. (« Angelo Galvan, le renard du Cazier », éditions Luc Pire, Liège, réédité en 2016).

 

 

Galvan disait à Marcel Leroy : « Dans la mine, ce qui comptait était de savoir que ton copain serait peut-être l'homme qui te sauverait la vie. » Leroy écrit : « Cette fraternité veillera sur les cérémonies du cinquantième anniversaire. Elle devrait porter le message d'humanité qu'incarnaient les mineurs. Tous prenaient des risques pour arracher au sous-sol le charbon qui ferait tourner l'industrie du pays. Beaucoup, pour gagner leur vie dans le fond, étaient venus de loin, avaient osé tout quitter, s'arracher à leurs racines, pour nourrir leurs familles. C'était le leitmotiv d'Angelo Galvan. »

 

 

Angelo Galvan rédigea ces quelques mots qu’il demanda à Marcel Leroy de mettre en exergue de son livre, comme étant son dernier message :

 

 

« Je tiens à dire la grande solidarité, la discipline et la camaraderie qui ont joué entre sauveteurs et mineurs de toutes nationalités. On avait gardé espoir jusqu’au bout, nous avons perdu, et n’avons pu empêcher la mine de garder ses victimes. Trente ans après cette tragédie, je tiens encore à remercier ces hommes qui ont risqué leur vie pour tenter de sauver leurs camarades et je leur dis toute la fierté que j’ai d’avoir travaillé avec eux. »

 

 

Angelo Galvan mourut en 1988, ses poumons usés par le charbon. Leroy lui dédia cette épitaphe :

 

 

« … ce message de tolérance et de respect des autres, émanant d’un travailleur d’origine immigrée, est plus important que jamais, par ces temps froids où des réfugiés nous arrivent et se heurtent à la crainte de ceux qui ont peur de perdre, de manquer ou de partager. »

 

Ajoutons cet autre message laissé par feu Ernest Glinne, qui fut député de Charleroi, ministre du Travail et bourgmestre de Courcelles et socialiste jusqu’au bout des ongles où il laisse parler son beau-frère qui fut mineur de fond :

 

 

 

Ernest Glinne (1931-2009), député de Charleroi, bourgmestre de Courcelles, fut très proche des ouvriers mineurs

 

 

 

 

« t’saveu Ernest, vous quand vos astez à l’maison du peupe, vos parlè de l’Internationale, hé bin nous quand nos astons din l’fosse hein, on fait l’Internationale tous les djous. Qu’on fuche Flamin, qu’on fuche Italien, qu’on fuche Marocain. Quand y da uin qui ramasse su s’tiesse, on est tertous là ».

 

 

Traduction (si c’est nécessaire) :

 

 

« Vous savez, Ernest, quand vous êtes à la Maison du Peuple, vous parlez de l’Internationale, eh bien, nous quand nous sommes dans le fond de la mine, on fait l’Internationale tous les jours. Qu’on soit Flamand, qu’on soit Italien, qu’on soit Marocain. Quand il y en a un qui ramasse sur sa tête, on est tous là. »

 

 

En définitive, c’est au charbon que ces hommes ont construit l’Europe, la vraie, pas celle des politiques, des banquiers et des maîtres d’industries qui ne savent pas ce que signifie le mot homme.

 

 

Rappelons-nous d’eux, soixante ans après, car ils nous montrent toujours l'exemple.

 

 

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25 août 2022 4 25 /08 /août /2022 05:01

Selon la dernière campagne du Planning familial. Et j'ajouterais : et mon cul c'est du poulet.

 

Observez cette illustration où l'on a atteint les tréfonds du pire confusionnisme. Deux créatures. A gauche, une femme à barbe qui caresse le ventrounet de son chéri enceint, un homme chauve, myope, noir et qui a été fécondé. On ne sait trop comment, mais on "sait" que les hommes peuvent être enceints. Et moi je sais que si ma tante en avait, comme on disait à l'école primaire dans les années cinquante, elle s'appellerait "mon oncle" et risquerait des problèmes de prostate.

On sait que les hommes peuvent être enceints

 

Comment s'étonner que les critiques de cette horreur viennent en priorité de chez Zemmour ou Le Pen ? A force de courage, de ténacité, grâce au dévouement de milliers de militantes et militants qui se sont battus pendant plusieurs dizaines d'années, le Planning familial, association progressiste, a fait bouger les lignes, a changé la société. Grâce au Planning, la cause des femmes a fini par être entendue. Pour jouir de leurs droits légitimes, les femmes n'eurent plus besoin de se cacher. Les réactions des Le Pen et Zemmour de l'époque, sans parler de celles de l'Eglise catholique dans sa majorité, furent violentes mais l'obscurantisme perdit son combat d'arrière-garde. Alors, aujourd'hui, les fafs boivent du petit lait.

 

Dans le sillage des aberrations étasuniennes où l'on vend des hormones comme on vend des bonbons à des parents qui veulent changer le sexe, pardon : le genre, de leurs enfants, d'aucuns chez nous ont oublié qu'on ne commande à la nature qu'en lui obéissant.

 

Les militantes et militants débloquants à plein tube d'aujourd'hui ont peut-être oublié qu'il y a cinquante ans Mastroianni s'était retrouvé enceint dans un film qui avait fait quelque bruit. Mais le brave Marcello avait abusé du poulet aux hormones dans une pochade qui ne se prenait pas au sérieux mais qui posait de vraies questions sans pour autant terroriser les masses assoupies dans la France pompidolienne où, cela dit, l'accès à la contraception était encore hésitant et où l'avortement était passible des assises.

On sait que les hommes peuvent être enceints

Des militants de gauche ont mis en garde contre cette dérive ridicule. Comme Hélène Franco, anciennement mélenchoniste, désormais proche du parti communiste, Cécile Pina, proche du parti socialiste, ou encore Pierre Minnaert-Guinedor, délégué au conseil fédéral d'EELV. Le Planning envisage des porter plainte contre ceux qui osent le critiquer. La terreur, toujours la terreur. Je lui souhaite bien du courage, pour ne pas parler de plaisir. Il sera heureusement soutenu par Greta Thunberg, Anne Hidalgo et Clémentine Autain, toujours en quête d'un wagon sociétal à raccrocher.

Deux petites dernières pour la route. L'auteur de l'affiche ci-dessus a également commis celle qui suit. Bien sûr, plus d'il : un iel d'autorité. Une femme musulmane, basanée, voilée. Portant pantalon et petite jupette fleurie. Un homme blanc qui en a : du poil... aux bras, ouf ! Une poitrine quasi féminine et un ventre prometteur. Pas de barbe. Et puis cette affirmation selon laquelle il y a plus de genres que de contraception (sans s). Comme il y a quatorze objets contraceptifs sur la table, on attend la liste des genres.

 

Au Pays de Galles, la police a expulsé sans ménagement des femmes lesbiennes de la marche des fiertés parce que leur présence « incitait à une confrontation » avec des hommes biologiques qui s’identifient comme des femmes transgenres.

Pourquoi ai-je du mal à visualiser ce dont on parle ici ? Parce que, comme disait Verlaine,

Suis-je né trop tôt ou trop tard ? 
Qu'est-ce que je fais en ce monde ? 
O vous tous, ma peine est profonde : 
Priez pour le pauvre Gaspard !

On sait que les hommes peuvent être enceints

J'en profite pour renvoyer à une lettre ouverte à la Première ministre de deux militantes féministes, Marguerite Stern et Dora Moutot, sur les dérives du Planning familial. Parue dans Marianne.

 

PS : J'ai publié cette note sur le site du Grand Soir, un site nettement marqué à gauche dont je suis l'un des quatre administrateurs. Un lecteur très engagé, cultivé et qui signe d'un pseudonyme un peu ridicule (alors que les administrateurs du GS n'avancent pas masqués) s'est déchaîné contre moi en me prêtant des intentions que je n'avais pas. Je n'ai pas accepté de répondre sur les site du Grand Soir car je ne discute ou ne polémique jamais avec des gens qui m'insultent. Mais ici, je suis chez moi et donc je m'autorise à reproduire une partie des attaques de mon antagoniste, puis ma réponse.

 

 

« M. Gensane, vous parlez avec toute évidence de ce que vous ne comprenez pas. Si vous aviez dans votre entourage, une personne que vous aimez et qui est trans, vous ne vous permettriez pas ce genre de raccourci fallacieux. »

 

J’ai.

 

Lorsque l’on veut dialoguer, voire polémiquer (« article indigne » qui « pue la naphtaline », « vous ne connaissez pas la différence entre sexe et genre », « se dire de gauche et avoir un ressenti de droite »), il faut éviter de fournir les réponses aux questions que l’on pose. Et de clore le débat avant même qu’il ait commencé par des « point-barre » terrorisants.

 

Ainsi donc, dans mon entourage, j’ai deux personnes concernées par ce problème. Blanches, athées, mouvance universitaire, homosexuelles, 20 et 30 ans, moyenne bourgeoisie. Mutation dans le sens homme-femme. Pour la plus jeune, c’est en bonne voie, pour la plus âgée, c’est réalisé depuis un an. Je suis désolé de ne pas pouvoir ratisser, comme le PF, du côté des musulmans et des Noirs.

 

La personne la plus jeune est dans une grande souffrance. Physique, mais aussi psychique. Elle ne regrette nullement les quatre-cinquièmes du chemin accompli, s’est choisie un prénom féminin (un vrai, pas du genre Claude ou Dominique), elle veut aller de l’avant mais ne cesse de regarder en arrière. Elle voit un psy pour cela. Mais le pire, peut-être, pour elle, est que son père, qui avait déjà eu du mal à faire semblant de ne pas se rendre compte qu’il avait un fils homo, la reniera à tous les coups lorsque la mutation sera accomplie. Elle pense par ailleurs que le couple de ses parents explosera à ce moment-là et s’en sent déjà coupable. La personne trentenaire n’évoque qu’un seul problème, celui de sa voix à laquelle elle ne se fait pas mais qu’elle s’oblige à forcer vers des tessitures féminines. Accessoirement, comme elle mesure depuis longtemps plus d’1m80 et qu’elle s’obstine à porter des chaussures à talon haut, elle a de sérieux problèmes d’équilibre dans les rues de Lyon et d’ailleurs.

 

Les documents du PF publiés ici ne sont rien d’autre que des pubs. En tant que telles, comme 95% d’entre elles, elles sont réductrices, racoleuses et mensongères. C’est à ces pubs et à la démarche qui les sous-tend que je m’en prenais dans ce billet, certainement pas aux transgenres.

 

PPS : J'ai également publié ce texte dans le Club de Mediapart. Aucune réaction outrée à mon intervention. Au contraire : une réflexion fort utile de Luc Rigal, un de mes correspondants : 

 

Conséquence de la pénétration de l’intersectionnalité dans le féminisme, donc du communautarisme. La théorie du genre de Judith Butler a fait le reste. Or, cette théorie repose sur une construction qui a fait, depuis son apparition (1990), l’objet de critiques sur son insuffisance rationnelle. La norme hétérosexuelle, ou « hétéronormativité », serait une pure codification sociale qui engendrerait l’aliénation individuelle dans sa représentation de soi et enfermerait ses comportements dans un schéma réducteur. Or le genre est la conséquence inévitable d’une nécessité pour l’humain de traduire symboliquement le fait biologique de la différenciation sexuelle, l’individu ne s’y conforme qu’en tant qu’il se construit symboliquement. La tendance néoféministe qui condamne le modèle hétérosexuel mâle occidental semble prendre l’ascendant dans cette association historique consacrée au soutien des femmes. Mais c’est l’ultime version du transgenre vantant la licence narcissique de changer d’identité sexuelle à l’envi qui s’exprime à travers sa propagande. Ce n’est plus « on ne naît pas femme, on le devient », mais tout le monde peut désormais accéder à l’identité de femme à condition qu’il le décrète comme tel, homme compris. Une perversion logique qui traduit une volonté de puissance mal embouchée."

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24 août 2022 3 24 /08 /août /2022 05:01

Fils d'instituteur, instituteur lui-même, puis inspecteur, mon père n'était pas le roi de la déconne mais il était doué d'un vrai sens de l'humour et il était surtout  pince sans rire. Et puis il était solidement de gauche.

 

J'assistai un jour à une discussion entre lui et un de ses collègues, lui aussi de gauche mais qui passait le plus clair de son temps libre à lire les pages boursières du Figaro et à placer ses maigres économies dans l'achat de louis d'or, d'actions diverses et variées et autres fanfreluches qui font croire aux pauvres qu'ils pourraient être riches.

 

Le collègue dit à mon père : " Je viens d'acheter des bons du Trésor. C'est une valeur sûre. C'est sans risque, Robert, tu devrais essayer."

 

Comme ce type de conversation commençait sérieusement à le fatiguer, mon père lui dit qu'il faisait depuis plusieurs mois des provisions de moutarde. J'ose dire que je spécule, lui dit-il. La moutarde se conserve des années. Je suis sûr de mon coup.

 

Les deux collègues se séparèrent sur ces puissantes réflexions. Tu vas voir, me dit mon père qu'il va se précipiter chez le premier grossiste venu pour s'acheter un demi quintal de moutarde.

 

Comme celui de Sacha, mon père avait raison. Il en va de la moutarde comme de n'importe quelle " valeur " du CAC40 : rien ne vaut rien car les échanges boursiers, capitalistes en général, sont fondés sur l'ir-raison, une folie douce qui se prétend cartésienne, pensée, avec une petite pointe de vertige que les spéculateurs imaginent être personnelle.

 

Nous étions en 1960. Mon père avait anticipé, soixante ans plus tôt, la folie moutardière qui voudrait nous faire croire qu'il n'y a de moutarde qu'en Ukraine (on sait qu'il n'y a plus de moutarde " française " depuis belle lurette) et qu'une Troisième Guerre mondiale pourrait être déclenchée à cause de ce précieux condiment disparu de nos tables.

 

Quant à la moutarde au miel, c'est nouveau, ça vient de sortir !

Mon père, ce visionnaire...
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13 août 2022 6 13 /08 /août /2022 05:07

Autrefois, je chantais plus juste. 

A la guitare Vincent Mouchès, guitariste professionnel (il fallait ça !).

 
A la caméra : Alex Rossi, un vrai chanteur, lui. Bilingue, il s'exprime en italien et en français. https://shop.bornbadrecords.net/album/lultima-canzone
L'ultima Canzone, by ALEX ROSSI
SHOP.BORNBADRECORDS.NET
L'ultima Canzone, by ALEX ROSSI
L'ultima Canzone, by ALEX ROSSI
 

Au fait, vous imaginez le président René Coty faisant du jet-ski (ou jouant à la belotte) pendant l'épidémie de grippe asiatique de 1956-58 ?

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7 août 2022 7 07 /08 /août /2022 05:01

Le 18 juillet 2022

Ce matin j'ai emmené une de mes filles à la gare Montparnasse pour qu'elle rejoigne une de ses grands-mères.

Tôt. Un peu au radar. L'air est déjà lourd. Mais les petits enfants qui ont la chance de partir en vacances sont contents. Peu importe l'heure, la chaleur ou l'ambiance.

Mais pour l'adulte éveillé, quelque chose ne tourne pas rond. L'approche de la gare Montpanasse ressemble à ce dont j'ai pu être témoin à Belgrade ou à Moscou dans les années 90 : des pays en ruines sur lesquels sont passés des tsunamis économiques et des guerres, rongés par la corruption, livrés aux mafias, sans avenir. 

Les gares sont des révélateurs.

Ici, ça sent la pisse de manière violente à 6h15, même dehors, même sur l'esplanade de la gare ! Ça doit être la chaleur. Allons, il ne faut pas y voir autre chose.

Des déchets en tout genre jonchent le sol, partout des papiers gras, des mégots, des mouchoirs, même des serviettes hygiéniques.

Les poubelles débordent ou sont éventrées ou ne sont pas. Sûrement tous ces feignants de syndicalistes de la voirie qui ne veulent pas se lever tôt pour travailler. Toute autre explication serait inconvenante.

On croise deux seringues qui prennent l'air matinal, visiblement épuisées des services rendus dans la nuit. Trois adeptes des opiacés, les yeux vitreux, ne semblent pas bien inquiets du manque de policiers.

Deux rats ( surmulots) morts et un pigeon éventré (sec, la mort n'est pas récente) en 150 mètres.

Le sol est tapissé d'arabesques immondes superposées, oeuvre de la rencontre de vieilles pisses, de vomis toujours là, de traces de liquides improbables. 

Ici et là des trucs en travaux qui, comme partout, semblent voués à une éternité d'efforts sans que jamais on n'en voie le bout.

Des choses récemment plus ou moins refaites à neuf s'écaillent, se fissurent, se gondolent. Sisyphe a dû élire domicile à Paris, sinon c'est incompréhensible. Mais ça donne l'occasion aux Chinois de passage de rire de nous - c'est important, les bonnes relations entre les peuples.

La moitié des escalators sont en panne - sûrement dans le but de limiter la consommation d'énergie pour, en même temps, sauver la planète et faire s'effondrer l'économie russe ; toute autre interprétation serait politiquement incorrecte.

Les visages épuisés et amers de deux handicapés face au énième escalator à l'arrêt sont un crève-cœur. Heureusement, la solidarité humaine est là pour pallier.

D'horribles blocs de béton dignes des plages du Débarquement encombrent la chaussée. Une piste cyclable est sûrement en voie de réalisation. En attendant son achèvement pour 2024, ça permet de créer quelques bouchons au petit matin.

Des gens errent. 

De petits groupes de migrants epuisés, certains l'air mauvais, croisent sur le petit matin du désespoir des sans-abris bien trop nombreux. La solidarité humaine a visiblement des limites. Eux vont subir avec violence la canicule du jour dans les remugles de pisse. Mais la mairie de Paris a bien fait les choses : un panneau numérique, où toutes les lettres ne s'affichent pas bien, rappelle dans une novlangue bisounours de bien s'hydrater. Ça ira. 

Et pourtant, la France n'a pas été en guerre récemment sur son territoire. Certes, les génies qui nous gouvernent mènent une guerre economique à la Russie, qui bientôt, bientôt aboutira (dire le contraire vous classe dans la catégorie des agents du Kremlin) - étant la 5ème puissance militaire mondiale et la 7ème économie mondiale, on devrait y arriver.

Nous n'avons pas subi un tsunami économique. Bon, certes, des pans entiers des classes populaires et moyennes peinent à sortir la tête des consequences de la crise de 2008, jamais vraiment résorbée par les genies qui nous gouvernent, mais depuis des décennies les richesses s'accumulent. Et puis ça va. Il n'y a presque plus de chômage (le fou rire est interdit).

Le pays est presque chaque année plus riche. La croissance, même réduite, est quand même là. La France bat des records d'enrichissement des plus riches : + 430% en dix ans ; quatre fois plus qu'en Russie, trois fois plus qu'aux USA ! C'est dire si on est des champions ! Faire plus fort que les oligarques russes, ça demande quand même du talent, un art, un être au monde si parfaitement incarné par le locataire de l'Élysée. 

Grâce au ruissellement de ce pognon de dingue, les premiers de cordée nous emmènent assurément vers les sommets. 

Ou alors, peut-être qu'ils nous laissent là pour voir comment on va s'en sortir après qu'ils ont pillé la Nation et sabordé la France ?

Ce que nous observons partout, ce ne sont pas les conséquences d'un effondrement, c'est pire : ce sont ses prémices.

 

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 05:10
Elle me dit que la piscine de Łódź (j'adore écrire Lodz à la polonaise) était magnifique, qu'il n'y en a pas une seule comme ça en France. Elle nageait pour l'université de Lyon qui avait engagé 16 nageuses et nageurs.
 
Entre la peluche et la médaille, on hésite…
 
Par ailleurs, les nageuses de l'Université de Lyon ont remporté (entre autres) la médaille d'argent du relais 4X100 4 nages. Bravo à Amel, Lilou, Rébecca et Maud.
 
Rébecca est revenue de Pologne avec 5 médailles : deux en or, deux en argent et une en bronze.
Rébecca championne d'Europe universitaire sur 200 dos
Rébecca championne d'Europe universitaire sur 200 dos
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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 05:01

Je souhaite raconter ici ma rencontre – de quinze secondes – avec Marcello Mastroianni. Á l'époque, je n'avais pas de téléphone portable permettant de prendre des selfies. En eussé-je eu un que je n'aurais pas importuné Mastroianni en lui infligeant cette corvée.


J’ai toujours éprouvé une grande affection admirative pour cet acteur dont tout le monde a su, dès La Dolce Vita en 1960, qu’il serait une figure mythique. Il me plaisait aussi qu’issu d’une famille antifasciste, il ait été contraint de mettre un terme à sa carrière naissante en se cachant durant la Seconde Guerre mondiale.


Un soir de septembre ou d’octobre 1996 (il était environ dix-huit heures), je me trouvais, au sortir d’un colloque d’universitaires, dans un café de la Place Saint-Sulpice avec un ami angliciste. Nous étions en train de siroter une bière en commérant au détriment de certains collègues côtoyés durant la journée, lorsque, à notre très grande surprise, Catherine Deneuve entra dans le café. Elle se dirigea d’un pas bizarrement leste et pesant vers le comptoir avant de glisser quelques mots au barman. Puis elle ressortit aussi rapidement qu’elle était entrée. Nous avions à peine eu le temps, mon ami et moi, de bien nous convaincre que nous avions vu passer l’actrice à cinq mètres de notre table, que cette dernière entra de nouveau dans le café, plus lentement cette fois-ci, suivie de Marcello Mastroianni.


J’avais vu Mastroianni à la télévision, quelques mois plus tôt, je pense à l’occasion du Festival de Cannes. Il était fatigué, fortement amoindri par la maladie. Ce soir-là, il m’apparut comme un petit homme épuisé, sans carapace, avec ce teint cireux qui distingue au premier regard bien des malades en phase terminale.


Il s’assit lentement à la table qui jouxtait la nôtre, déplia un journal qui me sembla être France-Soir, et entreprit de faire les mots croisés. Le garçon lui apporta un Schweppes, sa boisson apéritive. Catherine Deneuve vérifia que tout allait bien et quitta les lieux pour de bon.


Interloqués, gênés, mon ami et moi ne pûmes reprendre le fil de notre conversation sans intérêt. Nous décidâmes de partir. Mon ami, qui avait un repas familial, me quitta promptement. Je pensai alors que je ne pouvais pas en rester là.


Je retournai dans le café et m’approchai silencieusement de la table de Matroianni. Il leva les yeux de ses mots-croisés. Je lui dis un « bonsoir » hésitant auquel il répondit par un « bonsoir Monsieur » doux et attentionné.


– Monsieur Mastroianni, continuai-je, je voulais vous remercier pour ces moments de bonheur que vous nous avez donnés pendant toutes ces années.


– C’est moi qui vous remercie, me répondit-il, d’une voix cassée mais ferme.


Dans ses yeux, je vis pour la dernière fois son regard profond, tellement humain. Son corps était déjà dans la mort, mais son esprit était toujours dans la vie.


Après un bref salut de tête, je quittai les lieux sans me retourner.

Ma rencontre avec Marcello Mastroianni
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30 juillet 2022 6 30 /07 /juillet /2022 05:01

 

Étant lyonnais depuis moins de 10 ans, je ne dispose évidemment pas du même recul que Gérard Collomb pour évaluer la très nette dégradation des conditions de vie et de sécurité de la capitale des Gaules.

 

Sauf pour le quartier de la Guillotière, sa place Gabriel-Péri et son « marché de la misère », à la sauvette, totalement illégal, où l’on ne vend ni légumes ni fruits, mais où l’on “ deal ” (toujours utiliser un mot anglo-ricain pour brouiller le sens) depuis environ huit ans.

 

J’habite à quelques centaines de mètres de là et j’ai pu constater la transformation inéluctable d’un quartier “ normal ” en un repère de vendeurs de drogue, de proxénètes et autres malfrats.

 

Des habitants du quartier, proche de la Place Belcour – qui se sont endettés pour acheter en cet endroit et dont les appartements sont désormais invendables – ont mis sur pied un comité de réflexions et d’action pour réfléchir à la situation avec la municipalité, de manière constructive. Face au manque d’action du maire écolo en matière de sécurité et propreté, le comité a baissé pavillon et – chose plutôt rare dans la vie de la société française – a décidé de cesser son activité, dénonçant ceux qui « ont préféré, par un vaste système d’enfumage d’ateliers participatifs, donner le semblant aux citoyens que la mairie s’occupe d’eux, qu’elle écoute les problématiques et apporte des solutions. Après deux ans aux manettes, chacun ici peut se rendre compte qu’il n’en est absolument rien ! Là où les millions et les projets sont révélés chaque semaine concernant la Presqu’île et la Part-Dieu, pour la Guillotière il n’y a absolument rien. »

 

Dans un entretien à BFM-TV, Gérard Collomb a expliqué que, par-delà la situation à la Guillotière, il ne reconnaissait plus sa ville. Il réagissait à l’agression d’une extrême violence de trois policiers à la Gillotière suite à une tentative d’interpellation d’un voleur à l’arraché.

 

 

Déplorant la baisse du nombre d’effectifs de police municipale à Lyon, l’ancien maire estime que l’on ne veut pas « prendre en compte les problèmes de sécurité dans la ville : « par le passé, il y avait une vraie politique municipale, une vraie police municipale. Aujourd'hui, d'ailleurs, les policiers s'en vont. Il y avait, lorsque je suis parti, 335 policiers municipaux. Il y en a 271 à ce jour ».

 

En 2020, l'actuel maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, avait affirmé la volonté de recruter plus d'agents de police municipale pour revenir à 365. Mais la Ville peine à recruter. Un problème structurel pour Laurent Bosetti, adjoint (LFI) à la Ville de Lyon, délégué aux ressources humaines : « Il manque 20% de policiers municipaux à l'échelle de la France pour combler les besoins réels des collectivités territoriales. Toutes les grandes collectivités de France, de droite comme de gauche, se retrouvent avec ce marché de l'emploi sous-structuré. »

 

Pour Collomb, la situation n’a jamais été aussi grave : « On n'avait jamais connu des événements comme ceux-là sur Lyon. J'ai connu, comme ministre de l'Intérieur, les quartiers Nord de Marseille et la grande banlieue parisienne. Aujourd'hui, Lyon est en train de devenir comme cela ».

 

L’ancien maire déplore également une ouverture inconsidérée de la ville à ceux qui veulent y entrer : « Lorsque l'on dit par exemple “ Welcome le monde, tout le monde peut venir à Lyon ”, évidemment que cela se traduit ensuite par un renforcement de la délinquance. Il y a une responsabilité, qui est une responsabilité municipale. »

 

L’ancien maire met également le doigt sur des problèmes rencontrés ailleurs qu’à la Guillotière : « Vous avez vu les jeunes qui ont été tués dans le quartier de la Duchère. En juin dernier, un gamin de 16 ans y avait été une victime collatérale d’une fusillade au fusil d’assaut.

 

Le maire de Lyon affirme son soutien au policiers nationaux victimes de violences injustifiables. Pour l’instant, il fait des nœuds à une goutte d’eau.

 

Certains disent, mais je ne puis le vérifier, que Lyon est désormais la ville française où l'on poignarde le plus.

 

 

Gérard Collomb ne reconnaît plus sa ville

Pour parler de quelque chose de différent mais tout aussi sérieux sérieux, 5 médailles pour Rébecca Gensane aux Championnats d'Europe universitaires de Lodz : 2 en or, 2 en argent et une en bronze. 

 

L'Université de Lyon est deuxième au classement général. 

Gérard Collomb ne reconnaît plus sa ville
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24 juillet 2022 7 24 /07 /juillet /2022 05:01

Depuis Proust et quelques autres, on sait que le temps n’existe pas. La conscience que nous avons du temps, à la rigueur, et encore…

 

Il y a quelques jours, Nathalie, uniquement pour moi car le Tour de France n’est pas sa tasse de thé, s’installe à mes côtés sur le canapé pour me tenir compagnie lors de la retransmission d’une étape de montagne. Plus exactement lors de la montée d’un col, quand il est possible, le peloton ayant explosé, de détailler les coureurs presque individuellement. Au bout de quelques minutes, elle me dit : « c’est fou, je pourrais être leur mère à tous ». Je lui précise qu’en forçant un peu elle aurait même pu être la mère de nombre de journalistes, ceux qui frisent la quarantaine.

 

Il est des moments dans la vie où beaucoup de choses basculent, où existe définitivement l’avant d’un après. Lors de la communion solennelle, pour ceux qui ont fait le cathé, quand on a obtenu le bac, quand naît notre premier enfant. Ou quand on se dit que Romain Bardet pourrait être notre fils. C’est en 1953 que j’ai assisté pour la première fois au passage du Tour de France. Avant la première victoire de Louison Bobet, qui avait le même âge que mon père. Aujourd’hui, je pourrais être le grand-père de Tadej Pogacar. Longtemps après avoir vécu en direct l’extraordinaire duel Anquetil-Poulidor en 1964 dans le Puy de Dôme et après avoir été, pendant vingt ans, le collègue du filleul de Jean Bobet, le jeune frère de Louison, âgé de 92 ans tout de même.

 

Bizarrement, peut-être, c’est grâce à Laurent Fabius que j’ai pris conscience du temps qui passe. En 1984, François Mitterrand nomme « le plus jeune Premier ministre » que la France ait connu. Il a 38 ans. J’en ai 36. Il a comme moi deux jeunes enfants. Je me dis qu’en gros j’ai le même âge que « le Premier Ministre de la France », pour reprendre une expression dont il usera maladroitement avec Jacques Chirac lors d’un mémorable échange télévisé perdu par lui en 1985.

 

Á 36 ans, j’avais déjà eu une vie personnelle et professionnelle bien remplie. Mais, inconsciemment, j’étais resté dans l’enfance. Mettons l’adolescence. Soudain, parce que j’avais l’âge d’être Premier ministre, j’étais passé définitivement du côté des adultes. 18 ans plus tard, je serais grand-père.

 

Mais la conscience claire résiste. J’assistai récemment au mariage d’un petit-cousin trentenaire. Á plusieurs reprises, pendant cette belle journée, j’ai dû me pincer pour me forcer à me souvenir que le marié était le fils de ma cousine, et non mon cousin. Je ne sais trop s’il faut voir dans cette résistance un refus du temps qui passe, donc de la mort. Ou si, au contraire, elle exprime un flamboiement, un pétillement de la vie, une prétention à l’éternité qui – on le sait depuis Woody Allen – est bien loin, surtout vers la fin.

 

Bref, tant que je pourrai regarder le Tour de France à la télé ou en vrai, je serai en vie. Et tant que je pourrai convoquer des souvenirs de 70 ans et plus, je ne serai pas complètement gâteux...

Quand tu te rends compte que tu n’es plus (un) jeune
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21 juillet 2022 4 21 /07 /juillet /2022 05:01
Elle : "Quand je voyage en ta compagnie, j'emporte le monde avec toi".
 

Lui : "Moi, je suis dans ta bulle".

Elle et lui
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