Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 09:07

http://www.mon-assurance-auto.be/images/escrocs-internet.jpgDes gugusses escrocs qui se font passer pour la société Apple ont tenté d'obtenir mes coordonnées bancaires en me faisant croire que ma commande pour un ordinateur portable avait été validée. Ils m'ont adressé le courriel suivant, auquel j'ai répondu par une main courante au commissariat de police de mon quartier.

 

 

 

le 27/09/11 11:45, commande@apple.fr à commande@apple.fr a écrit :

Chère Cliente, Cher Client,


Pour faire suite à notre précédent mail, nous avons le plaisir de vous informer que votre commande est validée.

suite à votre commande n° 50522231823V passée sur notre site apple.com et expédiée. Nous vous transmettons la facture correspondante.

Vous trouverez en pièce jointe de votre facture 10559892 au télérèglement concernant votre commande 31912016 du 25 sep 2011

votre facture est également disponibles en téléchargement en cliquant sur le lien temporaire suivant (actif pendant 15 jours) : http://www.weezevent.com/download_billet.php?AGQJaFdlDW5RNAdj

Ce message confirme que vous avez acheté les articles suivants :

Apple - Macbook - Ordinateur portable 13" - Intel Core 2 Duo - 250 Go - RAM 2048 Mo - MacOS X 10.6 - Jusqu'à 10h d'utilisation - NVIDIA GeForce GT 320M - Blanc
 
Montant total de la commande : EUR 595,11
Infos livraison              : commande expédiée en 1 colis
Mode de livraison            : Prioritaire
Conditions de livraison      : Envoyer les articles en un minimum de colis
Total articles (HT)          : EUR 823,18
Livraison (HT)               : EUR 6,68
Emballage cadeau TTC         : EUR 2,17
---------------------------   
Total HT :    EUR 832,03
TVA      :    EUR 163,08
---------------------------  
Montant total pour cette commande :    EUR 995,11

Le montant à payer vous sera facturé à l'aide du moyen de paiement que vous avez choisis :

Type de Payment : CARTE BANCAIRE
 
Nous avons le plaisir de vous informer que votre colis 6920829110901078 est prêt.

Il sera donc confié à notre transporteur en charge de sa livraison très prochainement.

Notre prochain mail vous confirmera la bonne prise en charge de votre colis par le transporteur.

Vous pouvez bien entendu suivre votre commande via votre Espace clients.

Nous vous remercions de votre confiance.

Nous vous en souhaitons bonne réception et espérons vous retrouver
très prochainement


Cordialement,
Votre Service Clients


Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 14:44

http://www.lepsychologue.be/img/femme-battue.jpgChristine entre dans un parking pour autos de Toulouse (un parking privé dans cette ville gérée par la gauche, mais ceci est une autre histoire).

 

Au moment où elle se saisit du ticket d’entrée, elle reçoit un très violent coup de poing en pleine figure qui lui casse une incisive.

 

Elle demande au gérant du parking d’appeler la police. Celle-ci est sur place cinq minutes plus tard.

 

– Il était noir ou gris, lui demande un des deux flics ?

 

 – Elle était blonde, répond Christine. En manque, à mon avis.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 06:15

http://s.tf1.fr/mmdia/i/76/0/3918760wsrsb.jpg?v=1Jacqueline a soixante-dix ans. Elle est retraitée, veuve depuis vingt ans. C'est une femme intelligente, cultivée. Mais seule, très seule.

 

La Jamaïque est l'un de ses jardins secrets, depuis toujours. Elle décide de s'offrir une croisière dans les Antilles, les Caraïbes, comme on dit. Depuis la démocratisation des voyages, du tourisme, les classes moyennes ont désormais accès, en masse, à ce qui était réservé avant-guerre à la grande bourgeoisie et à l'aristocratie. Alors, bien sûr, dans ces contrées lointaines, les femmes seules au porte-monnaie bien garni, même vieilles, on les attend à la prochaine marée.

 

Le personnel du bateau de luxe sur lequel vogue Jacqueline compte des "masseurs", c'est-à-dire des hommes jeunes qui, de leurs mains expertes, détendent les corps fatigués et frippés. Et plus si affinités. Le masseur affecté à Jacqueline s'appelle Jim. Entre eux, va se nouer une idylle. Fulgurante, à la mesure du manque affectif que connaît Jacqueline depuis tant d'années. Puis les amants vont descendre du bateau et poursuivre leur romance à terre, dans quelque hôtel de luxe. Aux frais de Jacqueline, bien sûr.

 

Jim va tenter de persuader la vieille dame qu'il voudrait poursuivre des études de médecine en France, ce qui est hautement improbable : il ne connaît pas le français et son anglais même est bien rudimentaire. En échange d'une vie à deux, il lui demande de l'accueillir en France et de payer ses études. Jacqueline refuse. Durant les deux derniers jours qu'ils passent ensemble, les relations se tendent atrocement.

 

Jacqueline rentre chez elle, seule.

 

Quelques jours plus tard, elle reçoit de Jim deux SMS, à quelques heures d'intervalle. Elle me les a communiqués pour que je les lui traduise. Ce ne fut pas facile :

 

You are gready woman stay far from me and leave me alone don't ask about me again I will give all my love and my life to my country only my country don't wait me in France because if I visite France I have another friends wait me you are big woman and not good with me death alone without any memories in the life

Tu es une gourmande reste loin de moi fous moi la paix ne demande plus jamais après moi je vais donner tout mon amour et ma vie à mon pays à mon pays seul ne m'attends pas en en France parce que si je visite la France j'ai d'autres amis qui m'attendent tu es une grosse et pas bonne avec moi la mort seule et aucun souvenir de la vie

 

Are you forget me I hope to be fine and I am sorry about my words to you but I hope you have good "hurt" because I live ow alone and i need you like before m kiss


As-t oublié moi j'espère être bien et je suis désolé pour ce que je t'ai dit mais j'espère que tu as un bon "cœur" parce que je vis maintenant seul et j'ai besoin de toi comme avant m baiser

Le monde tout entier est dans cette tranche de vie : les rapports Nord-Sud, la solitude des personnes âgées dans les pays "riches", le désespoir des pauvres qui, pour s'arracher de la misère, sont prêts à tout, c'est-à-dire à n'importe quoi, jusqu'à se renier, jusqu'à se vendre.

 

J'écris cette note alors que, sur nos écrans de télévision, passe et repasse la silhouette de Nafissatou Diallo. Je me dis que le destin d'une toute jeune femme guinéenne (ivoirienne, guatémaltèque, roumaine etc.) n'est sûrement pas de s'expatrier pendant des années pour aller changer des draps de lit dans des hôtels de luxe à New York, pour faire la cuisine dans les restaurants de Rotterdam, pour ramasser les poubelles de Paris, de Bruxelles ou de Londres.

 

Naffissatou et Jim préfèreraient vivre tranquillement chez eux, exercer un métier décent, convenablement rétribué pour nourrir et éduquer leurs enfants normalement. Tant qu'ils ne le pourront pas, règnera ce marché planétaire vil et injuste avec toutes les bavures qui vont avec.

 

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 15:05

http://blog.rc.free.fr/blog_photos/edwige%20feuillere%20jean%20cocteau%20jean%20marais.jpgPierre a soixante-dix ans. A l'âge de quarante ans, il rencontre Denise, une collègue enseignante, divorcée, mère d'un enfant.

 

Denise a des qualités : pédagogue hors pair, c'est une femme de convictions, militante syndicale acharnée, dans l'abnégation, au service des autres. Par ailleurs, elle est comme elle est : terriblement castratrice. Enfant, elle a beaucoup souffert d'un père dur et d'une mère indifférente. Elle a reporté sur les autres hommes ses souffrances d'adolescente. Elle a plaqué, sans se retourner, le père de son fils. Le gosse sera balloté entre la névrose d'une mère dominatrice et celle d'un père vaillant à l'extérieur du foyer et soumis à la maison.

 

Quand Denise et Pierre s'unirent, ils mirent en commun des expériences professionnelles et militantes identiques, mais aussi des personnalités antagonistes mais complémentaires. Il apprécia d'être pris en main par une femme meneuse d'hommes, mère d'un enfant alors que lui-même ne pouvait assumer une paternité.

 

Au fil des ans, Pierre sombra dans la dépression. L'emprise de sa femme, pourtant nécessaire, lui devint de plus en plus insupportable. Lorsque Denise se retrouva la grand-mère d'une petite Alexandra, elle reporta toute son affection sur une enfant qui souffrait malheureusement d'un léger handicap. Pierre se fit placer en congé de maladie de longue durée, ce qui le mena doucement jusqu'à soixante ans, l'âge de la retraite.

 

Pendant des années, Denise et Pierre coexistèrent sous le même toit, le temps s'écoulant de plus en plus lourdement pour Pierre qui restait cloîtré chez lui. Pour Denise, la vie fut plutôt douce dans la compagnie de sa petite-fille, et trépidante au sein de deux associations auxquelles elle accordait tout son temps libre.

 

Un soir, Pierre prit sur lui pour accompagner Denise dans une réunion syndicale. Il y revit Raymond, un ancien collègue. Ils échangèrent trois mots de salutation, puis un regard, peut-être aussi brûlant que celui que se décochèrent le jeune Flaubert et Elisa Schlésinger. Cet éblouissement donna à Pierre le sens de sa vie.

 

Enfin.

 

Pierre et Raymond vivent sous le même toit. Très heureux, ce me semble.

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:58

Ce "pauvre a tort" n'est pas de moi. Quand j'habitais en Côte d'Ivoire, des chauffeurs de taxi arboraient ce slogan qui signifiait qu'un piéton écrasé par un taxi avait tort et aurait dû se trouver ailleurs. Il semble que les États-Unis en soient au niveau de la Côte d'Ivoire il y a trente ans, comme en témoigne cet article d'Hélène Crié-Wiesner pour Rue 89.

 

Une mère a été jugée coupable de la mort de son enfant, heurté par une camionnette alors que la famille, juste descendue d'un bus, essayait de traverser une route sans passage protégé à proximité. Le conducteur était ivre. Au pays des autos reines, les sans-voiture ont du mal à survivre.

L'accident a eu lieu dans la banlieue d'Atlanta (Georgie) en avril 2010, la condamnation pour « homicide par véhicule » est tombée le 14 juillet dernier. Le conducteur du van, ayant bu et pris des sédatifs au moment des faits, aveugle d'un œil, et avec des antécédents analogues, a été condamné à six mois de prison.

Depuis, la colère enfle dans la communauté noire, relayée par les mouvements environnementalistes et les partisans de meilleurs transports publics dans le pays. Les urbanistes battent leur coulpe mais ne voient aucune issue possible : c'est ainsi que les Etats-Unis ont été configurés !

Voici l'histoire de Raquel Nelson, femme noire de 30 ans, qui n'est pas la première à vivre ce genre de situation. En Virginie, notamment, la police a pour habitude de verbaliser les piétons heurtés par des voitures au motif qu'ils ont « gêné le trafic automobile ».

Trop fatigués pour marcher si loin

C'est un samedi en fin de journée. Raquel et ses trois enfants, 2, 4 et 9 ans, sortent d'un supermarché Walmart. La famille n'a pas de voiture. Le week-end, les bus sont rares, ils ratent le leur de peu, le suivant arrive une heure plus tard, il fait déjà nuit. Les gosses sont crevés.

Avec d'autres passagers ils descendent à leur arrêt habituel, situé le long d'une route à six voies où les feux sont rares, où donc les voitures roulent à vive allure. Leur appartement est situé de l'autre côté de la route. D'ordinaire, quand ses enfants l'accompagnent, Raquel revient à pied en arrière sur 500 mètres, traverse à un feu et repart dans l'autre sens. (Voir le schéma des lieux)

Schéma des lieux de l'accident. En pointillés verts, le chemin pris par Raquel Nelson pour traverser la rue. A noter qu'aucun passage piéton n'est visible à proximité (cliquez pour agrandir).

Pas cette fois, car il est tard et tout le monde est fatigué. En compagnie d'autres enfants et adultes, la famille traverse bien vite la moitié de la chaussée, et souffle un instant sur la voie centrale de bifurcation. Apercevant une femme qui finit de traverser en courant, le petit garçon de 4 ans lâche la main de sa mère pour la suivre.

Agrippant sa petite fille de 2 ans, Raquel tente de rattraper son fils. Trop tard : l'enfant est percuté par une camionnette, qui blesse aussi la mère et la fillette. Le conducteur ne s'arrête pas.

Couleur de peau et classe sociale

Voici ce qu'en dit le site d'info environnemental Grist, qui a largement contribué à faire connaître le cas de Raquel Nelson :

« Soyons honnête : une partie de cette histoire a quelque chose à voir avec la race et la classe sociale. Les gens qui marchent et qui empruntent les transports publics aux Etats-Unis sont en général des pauvres, ou encore des gens qui ne peuvent pas conduire.

Les usagers des transports en commun et les piétons sont marginalisés, enfermés dans leur situation. La plupart du temps, le service des transports est médiocre, idem pour les infrastructures destinées aux piétons. Le service public utilisé par Raquel Nelson avait lui-même supprimé plusieurs lignes au cours des mois précédents. Qui souffre le plus de tout ça ? Les pauvres. »

 

En ce qui concerne la fréquence des bus et l'aménagement de leurs arrêts, les choses ne risquent pas de s'améliorer de sitôt aux Etats-Unis : depuis le début de la crise économique il y a trois ans, des centaines de municipalités – dont Chicago, Atlanta, Saint-Louis, Washington, New York et autres mégapoles – diminuent le service car elles n'ont plus d'argent en caisse.

C'est d'autant plus paradoxal que pendant ce temps, le chômage augmente, les revenus des gens dégringolent, ils n'ont plus les moyens d'avoir de voiture ou d'en payer l'essence, et le besoin de transport public est d'autant plus criant. Plus grande est la demande, plus l'offre se restreint. Inutile, dans ces conditions, d'espérer une amélioration de ce qui subsiste.

L'irrésistible mutation des banlieues américaines

Un saisissant reportage vidéo, intitulé « Traverser les lignes », a été diffusé dans Blueprint America, sur la chaîne PBS. Voici le lancement de l'émission :

« Un changement subtil s'est produit ces dernières années dans nos banlieues : cet habitat autrefois réservé aux classes moyennes est en train de devenir celui des pauvres qui travaillent.

Résultat : les routes qui avaient été construites pour les voitures sont désormais utilisées par une population toujours plus nombreuse qui n'a pas les moyens de conduire. Les conséquences peuvent être mortelles. »

 

Le reporter donne un chiffre incroyable : 43 000 piétons ont été tués aux Etats-Unis au cours des dix dernières années, soit « l'équivalent d'un jumbo jet qui s'écraserait chaque mois ».

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 07:40

Ma fille Rébecca est âgée de 7 ans. Elle nage avec bonheur et ardeur au sein des Dauphins du TOEC.


Récemment, elle a remporté un 50 m dos en 52 secondes 54, réalisant le meilleur temps de tous les engagés ce jour-là (link).

 

Si je compte bien, elle nage 50 mètres quand Camille et Jérémie en nagent 100.

 

Courage, ma fille chérie !

 

Blog.jpg

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 06:20

         

P. vivait heureux, comme inspecteur de l'enseignement primaire à Yamoussoukro, le village du président Houphouët-Boigny, la capitale de la Côte d'Ivoire. Il passa contrat avec une étudiante française pour qu'elle lui fasse un enfant. L'enfant fut conçu et, quand il eut ses dents définitives, la mère le laissa au père et "tailla la route", contrat rempli. P. résolut de rentrer en France, sans doute pour confier l'enfant à sa famille paternelle.


Le président, celui qu'on appelait en s'inclinant le "Sage de l'Afrique", averti de cette volonté de départ, convoqua l'intéressé :

- Pourquoi veux-tu partir ?

- Je veux rentrer en France.


Félix Houphouët-Boigny n'était pas homme à se satisfaire d'explications toute simples.


- Quel est ton problème ? Argent, santé, famille, différend professionnel ?

- Je veux rentrer en France.

 

 

Le bélier (boigny, en baoulé) est un animal têtu. Chaque fois que le président venait se ressourcer à Yamoussoukro (le village de la reine Yamoussou), il convoquait P. qui comprit qu'il ne s'en sortirait pas s'il ne livrait le nom d'un coupable, de celui qui avait provoqué son désarroi. Il se souvint que, plusieurs années auparavant,  D. (directeur de l'enseignement primaire) lui avait promis l'attribution d'une 504. En fait, à la fin du mois, devaient arriver à la direction de l'enseignement primaire une 504 et une R 12 neuves. D. garda pour lui le véhicule de commandement et attribua généreusement la R 12 à P.


P., fatigué, concéda au président que c'était D. qui lui créait des problèmes mais il maintint sa volonté de quitter le pays. Le président était furieux mais il connaissait le fautif. Séance tenante, il appela le ministre de l'Éducation nationale : "Convoque-moi D. pour demain matin à la présidence."


À huit heures, D. (surnommé La pilule par les coopérants français, à l'incompréhension de leurs collègues ivoiriens) se présenta au Palais. Il y mijota jusqu'à quinze heures, ce qui lui donna le temps de penser au geôles du sous-sol.


 L'huissier l'appela et l'introduisit dans une pièce immense où, derrière un immense bureau, le vieux sage de l'Afrique tendit négligemment la main à son fonctionnaire, ce qui obligea celui-ci à courir pour saisir la dextre royale. Houphouët attaqua fort :


- C'est toi, petit Baoulé, qui veut chasser les Blancs de Yamoussoukro ? Ta mère con, bâtard, chien, terroriste, etc... Tu as jusqu'à demain matin pour me nommer un Blanc en remplacement de celui-là.


- Certainement, Président.


 C'est ainsi que V. succéda à P., V. dont le plus grand titre de gloire était non pas surréaliste mais subsaharien. Originaire des Pyrénées, il arriva à Abidjan dans les années cinquante. Au cours d'une soirée avinée, où étaient stigmatisées les velléités indépendantistes de certains natifs, il proféra des paroles anodines mais frappées du bon sens que procure l'euphorie alcoolique : " Putain, ça me ferait chier d'avoir un préfet nègre à Pau." Le gouverneur le remit à la disposition de la métropole. La colonie ayant accédé à l'indépendance, il revint avec les honneurs dus à un martyr de la colonisation. Après sa retraite, vers 1980 il se reconvertit dans les assurances, sous l'inoxydable égide du président.

 

Coule-t-il des jours heureux dans son Béarn natal, le fessier posé sur un énorme matelas d'argent, ou bien est-il déjà assis à la droite du Père ? Je ne sais.

     


Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 15:00

Un ami me fait parvenir un témoignage partiel (mais non partial) de ce qu'il a vécu pendant les récents événements dramatiques de Côte d'Ivoire. Notez tout particulièrement ce qu'il dit de l'exfiltration de Gbagbo de la Présidence.

 

 Le 31 mars, nous sommes partis pour l'école en passant par le Plateau où nous devions déposer la petite à son collège. La présence de barrages de "jeunes patriotes" (favorables à Gbagbo, stipendiés pour contrôler les identités et fouiller les véhicules) nous a incités à nous diriger vers Koumassi. Vers dix heures, la fantasia s'est déclenchée dans tous les quartiers anti Gbagbo (tout Abidjan sauf Plateau, Cocody et Yopougon). Rafales en l'air, braquages de véhicules (il s'agissait, pour les acteurs, de se procurer les moyens de piller et/ou de partir attaquer les partisans de Gbagbo qui tenaient le Plateau).


    Nous sommes restés six jours bloqués à Koumassi. Sans problème de nourriture. Mais, le lundi suivant, l'eau a été coupée dans tout Abidjan-Sud. J'ai appelé les forces de la Licorne qui sont venus nous exfiltrer le mercredi 7 avril, en toute discrétion : un camion haut sur pattes encadré de deux automitrailleuses, dont les servants faisaient pivoter professionnellement l'arme tous azimuts, et d'un blindé léger. Au moins trois cents badauds du quartier, prudents cependant, pour nous voir embarquer. Dans le camion, casque et cotte de mailles d'au moins quinze kilos pour chacun. Le trajet jusqu'au camp a duré deux heures car il fallait aller prendre d'autres évacués à Marcory. Le poids du gilet pare-balles m'a endolori l'arrière-train, douillettement installé sur un moelleux banc de bois, pour trois jours.


    Nous étions, six jours auparavant, partis au boulot dans les conditions ordinaires : pantalon-chemisette pour moi, bien entendu sans passeports. Nous sommes restés huit jours au camp Licorne (ex RIMA de Port-Bouët) et ce n'est que le mercredi 13 avril que le fiston a pu traverser Abidjan pour récupérer nos documents de voyage. Le lendemain, nous avons quitté Abidjan dans un avion militaire italien à destination de Rome, via Tamanrasset pour un ravitaillement. Nous sommes arrivés à destination soixante heures après. N'ayant ni chéquier ni carte de crédit restés à l'appartement, nous n'avons pu prendre Alitalia qui ne demandait que 660 euros par personne (nous étions six, nous avions pris en charge trois autres compagnons d'infortune, Noirs de nationalité française, une femme et son gosse et une jeune métisse qui est ensuite restée quinze jours à T. avec nous). Nous avions raclé tout l'argent liquide que nous pouvions mais il n'y en avait pas assez en euros. Nous nous sommes rabattus sur le train mais les directs Rome-Paris par Milan étaient complets jusqu'au lundi 18. Sauts de puce : Rome-Vintimille, train pour Nice dans la foulée (nous n'avons rien payé, les guichets étaient fermés et il n'y avait pas de contrôleur français dans le convoi), nuit à l'hôtel Ibis à cent mètres de la gare et départ pour paris en TGV le lendemain matin, en "surréservation". L'avion militaire était gratuit mais nous avons quand même lâché trois mille euros dans le périple.


    Nous n'avons subi aucun préjudice, ni au travail ni à l'appartement situé dans la cité à côté de la télévision ivoirienne, où l'on tirait encore quarante-huit heures après que Gbagbo eut été capturé. Le temps que nous avons passé cloîtrés à K., nous avions accès à internet ; par contre, la messagerie électronique a été coupée dès le samedi soir. Beaucoup de sociétés, de commerces, d'installations et de domiciles ont été pillés par les jeunes de tous bords. La première nuit à l'école, nous entendions la dévastation des magasins à cinquante mètres de nous. Dans une situation de ce genre, j'ai la particularité de n'être pas l'objet de manifestations organiques particulières. Ce n'est qu'ensuite que l'émotion s'évacue par le rêve. La nuit, je retrouve des "rebelles", le camp Licorne et ses militaires spéciaux dans des paysages non identifiables.


    La noria incessante des hélicoptères décollant portes ouvertes pour aller récupérer les gens isolés dans les quartiers, les forces spéciales venues d'Afghanistan dont on dit qu'elles ont extirpé Gbagbo de sa cachette (des barbus qui passent sans doute inaperçus là-bas mais qui, pour l'heure, étaient en uniforme), les sections abandonnant les plateaux quelquefois même pas entamés et giclant du snack, où mangeaient militaires et civils, parce que leur chef venait de recevoir un ordre au téléphone, nous ont quand même durablement marqués.


    Les huit jours passés au camp ont été "enrichissants" : aucune communication tangible avec l'extérieur hormis les appels téléphoniques aux uns et aux autres gentils membres, qui faisaient aussitôt circuler avec ce que cela suppose d'informations partielles et partiales. En fin de compte, on n'en savait pas plus que ce nous en proposait le diplomatique bulletin quotidien que le général faisait placarder. Nourriture satisfaisante, meilleure que celle que j'ai pu consommer dans tous les selfs que j'ai pu fréquenter, que j'ai évaluée à quinze tonnes par jour (3 500 rations par repas).
    

On mettra du temps à effacer tout cela, tant du point de vue général que du point de vue personnel. 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 07:34

Il y a peu, je me retrouve dans une réunion de famille à laquelle sont conviés des amis proches.

 

Je discute avec un homme d’une cinquantaine d’années que je ne connais pas.

 

De fil en aiguille, je finis par comprendre qu’il est le fils d’une Martine V., âgée de 85 ans qui n’a pas pu faire le déplacement.

 

Après la guerre, mes grands-parents avaient souhaité que cette Martine épousât mon père. Cela leur aurait bien plu car elle appartenait à un milieu légèrement plus favorisé que le leur. Martine et mon père se fréquentèrent quelque temps, du bout des doigts. Puis chacun suivit sa pente.

 

Je comprends que mon interlocuteur n’est pas au courant de cette idylle avortée. Pendant quelques secondes, je pense que je pourrais évoquer cette histoire qu’il ne connaît pas. Il y a prescription. Je choisis de n’en rien dire.

 

Il me vient alors à l’esprit que si Martine et mon père avaient construit leur vie ensemble je n’aurais pas existé.

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article
1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 05:50

À Toulouse, je l’ai déjà dit, on aime beaucoup les ralentisseurs ventrus, les barrières de toutes sortes, les trottoirs et les pistes cyclables plus larges que les chaussées pour voitures.

 

Quand on ne sait plus comment gaspiller l’argent public, on redessine des croisements.

 

Rue de la Faourette, il y avait une intersection où les gens qui venaient de la droite devaient céder le passage. Ça se passait plutôt bien, mais ce n’était pas suffisamment classe et carcéral pour nos édiles.

 

Les services de la voirie ont donc redessiné le croisement de sorte que, même si l’on tourne à droite, prudemment, à trente à l’heure, on se déporte vers la gauche. J’attends sadiquement le premier jour de verglas.


 1780

 

Pour sécuriser ce croisement, il suffisait de remplacer le panneau « Cédez le passage » par un stop. C’est ce qu’auraient fait les Anglais qui ne connaissent pas le principe de la priorité à droite. Coût : 2 euros 50 (j'exagère).

 

On fit plus grandiose. Deux mois de travaux, avec les désagréments qui allèrent avec. Un terre-plein goudronné d'une centaine de mètres carrés qui ne sert à rien. Des arbrisseaux. Et puis ces bâtons de fer qui ressemblent à des barreaux de prison dont toute la ville est désormais parsemée.

 

1783.jpg

 

Repost 0
Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
commenter cet article

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche