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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 06:00

 

Merci, Luciole.

 

 

photos, poésie, tafs

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 06:21

Bien sûr, ce texte ne me (nous) concerne pas, mais tout de même...


http://a35.idata.over-blog.com/500x375/2/40/94/41/Th-mes/vieillesse_2539_w560.jpg

 

 

Il me semble qu'ils fabriquent des escaliers plus durs qu'autrefois.
 Les marches sont plus hautes, il y en a davantage. En tout cas, il
 est plus difficile de monter deux marches à la fois. Aujourd'hui, je
 ne peux en prendre qu'une seule.
 À noter aussi les petits caractères d'imprimerie qu'ils utilisent
 maintenant. Les journaux s'éloignent de plus en plus de moi quand je
 les lis : je dois loucher pour y parvenir. L'autre jour, il m'a
 presque fallu sortir de la cabine téléphonique pour lire les
 chiffres inscrits sur les fentes à sous.



Il est ridicule de suggérer qu'une personne de mon âge ait besoin
 de lunettes, mais la seule autre façon pour moi de savoir les
 nouvelles est de me les faire lire à haute voix – ce qui ne me
 satisfait guère, car de nos jours les gens parlent si bas que je ne
 les entends pas très bien.

Tout est plus éloigné. La distance de ma maison à la gare a
 doublé, et ils ont ajouté une colline que je n'avais jamais
 remarquée avant.
 En outre, les trains partent plus tôt. J'ai perdu l'habitude de
 courir pour les attraper, étant donné qu'ils démarrent un peu plus
 tôt quand j'arrive.
 Ils ne prennent pas non plus la même étoffe pour les costumes.
 Tous mes costumes ont tendance à rétrécir, surtout à la taille.
 Leurs lacets de chaussures aussi sont plus difficiles à atteindre.
 Le temps même change. Il fait froid l'hiver, les étés sont plus
 chauds. Je voyagerais, si cela n'était pas aussi loin. La neige est
 plus lourde quand j'essaie de la déblayer. Les courants d'air sont
 plus forts.
 Cela doit venir de la façon dont ils fabriquent les fenêtres
 aujourd'hui.
 Les gens sont plus jeunes qu'ils n'étaient quand j'avais leur âge.



Je suis allé récemment à une réunion d'anciens de mon université,
 et j'ai été choqué de voir quels bébés ils admettent comme
 étudiants. Il faut reconnaître qu'ils ont l'air plus poli que nous
 ne l'étions ; plusieurs d'entre eux m'ont appelé « monsieur » ; il y
 en a un qui s'est offert à m'aider pour traverser la rue.
 Phénomène parallèle : les gens de mon âge sont plus vieux que moi.
 Je me rends bien compte que ma génération approche de ce que l'on
 est convenu d'appeler un certain âge, mais est-ce une raison pour
 que mes camarades de classe avancent en trébuchant dans un état de
 sénilité avancée? Au bar de l'université, ce soir-là, j'ai rencontré
 un camarade. Il avait tellement changé qu'il ne m'a pas reconnu !

 

- T'as un peu grossi, Georges, je lui ai fait remarquer.


- Ben, il m'a dit, c'est la nourriture actuelle, elle fait grossir.


- Il y a longtemps qu'on s'est vus, hein, Georges ?


- Ola, oui, il y a longtemps ! C'était quand la dernière fois ? Ca doit faire plusieurs années. La dernière fois c'était après les élections, je crois, hein ?


- Oui.... Quelles élections ?


- Ben, je sais pas. Celles de Vincent Auriol ?


- Ah oui, c'est possible, oui.


 

Et ce matin, en me rasant, je pensais à ce vieux Georges, et je regardais mon image dans la glace ; ils ne font plus les mêmes miroirs qu'autrefois, j'étais tout flou !

 

 

 

Corey Ford est un humoriste étatsunien, auteur d'une vingtaine d'ouvrages (1902-1969). (link)

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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 15:00

Il y a peu, ma petite dernière, âgée de sept ans, me pose la question suivante :

 

 

      C’est quoi, papa, des homosexuels ?

 

 

C’est à ce type de questionnement d’enfant que l’on constate que, malgré tout, les choses évoluent. À son âge, en 1955, jamais je n’aurais posé cette question à mes parents, d’autant que le vocable m’était totalement inconnu.

 

Partant du principe qu’il faut toujours répondre aux questions des enfants, au niveau où elles sont posées, je lui explique que des homosexuels sont des hommes ou des femmes qui aiment les personnes du même sexe. Ils peuvent vivre ensemble, plus ou moins longtemps, comme les autres couples. L’un des membres de ma famille (anciennement hétéro et père d’une grande fille) vivant désormais avec un autre homme, ce qui n’a pas échappé à ma gamine, je me suis dit qu’il était inutile de tourner plus avant autour du pot.

 

Ce qui a changé, c’est que le statut d’homosexuel est désormais accepté, banal, légalement reconnu, dans pratiquement tous les secteurs de la société. Dans les années soixante-dix, un Premier ministre britannique était homosexuel. Ce n’était jamais dit en ces termes. Lorsque, très rarement, sa vie privée était évoquée, les médias le qualifiaient de célibataire (“ bachelor ”). Autres temps, autres mœurs, la presse, même populaire, n’excitait pas les lecteurs avec des allusions ou des faits plus ou moins croustillants le concernant (dans ce domaine, comme dans d’autres, l’offre et la demande, c’est l’histoire de la poule et de l’œuf).

 

Puisque nous sommes en pays anglo-saxon, restons-y un instant. Depuis quelques décennies, les Étatsuniens, puis les britanniques (puis la terre entière) ont remis au goût du jour le terme “ gay ”. Une manière de se réapproprier le stigmate, sans pour autant le faire disparaître, au contraire (comme pour “ Black ” ou “ Beur ”). “ Gay ” vient du français gai. Plus exactement d’un vocable de vieux provençal venant lui-même du latin “ vagus ”, appliqué aux personnes vivant très librement, sans contraintes (divaguer). À l’origine, plutôt péjoratif, le mot demeurera, au fil des siècles globalement positif : gai comme un pinson, le gai savoir (la poésie des troubadours), des couleurs gaies, « rien de plus gai que la vraie sagesse » (Montaigne), « gai, gai ! marions-nous », avoir le vin gai. En anglais, à la Renaissance, le terme était franchement positif, connotant une idée d’exubérance, de joie, de force physique. Très rapidement, “ gay ”en vint à qualifier des personnes aux mœurs dissolues. Dans le même temps, il fut utilisé pour des couleurs vives, mais aussi un accoutrement tape-à-l’œil. Le sens d’homosexuel (surtout pour les hommes) date des années 1930 et vient du monde carcéral. Il faudra attendre 1965-1970 pour que le français adopte cette acception.

 

La question de ma fille m’a remis en mémoire un épisode de mon enfance, vers 1956-57. J’avais huit ou neuf ans. Avec mes parents, nous étions allés à Orly pour nous retrouver exactement dans l’état d’esprit de la chanson de Bécaud “ Dimanche à Orly ” :

 

Je m'en vais le dimanche à Orly

Sur l'aéroport on voit s'envoler

Des avions pour tous les pays

Tout l'après-midi... y'a de quoi rêver (link

 

En ce temps-là, Roissy n’existait pas, le terrorisme dans les aéroports non plus. On pouvait se promener comme on voulait, accéder à la terrasse d’où l’on voyait les avions sur les pistes ou les aires de stationnement. Point de ces boyaux qui relient la chambre d’embarquement aux aéronefs, mais des passerelles (parfois télescopiques). Point de policiers ou de soldats déambulant par deux, armés jusqu’aux dents. Orly était un monde ouvert, accueillant, propice à la rêverie.

 

Nous étions donc une cinquantaine de personnes sur la terrasse, contemplant de tous nos yeux des passagers descendant d’une caravelle. Sous nos pieds, des amis, de la famille, pour les accueillir. Parmi eux, nous n’avions pas remarqué une personnalité très connue de l’époque, académicien, écrivain, cinéaste : Jean Cocteau. En revanche, nous reconnûmes instantanément Jean Marais, descendant de l’avion. Marais était alors, avec Gabin (link), l’acteur le plus célèbre de France. Belmondo et Delon n'étaient pas encore éclos. À mes côtés, deux ménagères de moins de cinquante ans, du Nord de la France, comme nous. L’une commença à s’époumoner et s’égosiller en hurlant : « Jean, Jean, regardez-nous, nous sommes là ! ». Le beau Jean (je l’imaginais plus grand), qui ressemblait un peu à mon père, sourit vers nous et poursuivit son chemin vers la porte d’entrée située à nos pieds. Il se précipita dans les bras de Jean Cocteau et les deux hommes échangèrent un patin, une pelle de cinéma. Magnifique.

 

Nous fûmes tous, chacun à notre manière, interloqués. Pas la Nordiste vociférante, qui continua à s’égosiller : « Jean, Jean ! ». Pour la faire taire, son amie lui dit alors – et cette phrase me poursuivra jusqu’à ma mort – « Tais-toi, il y a monsieur Marais qui dit bonjour à monsieur Cocteau ! »


Je n’avais vu Jean Marais que dans les bras de Viviane Romance ou Françoise Christophe. Plus tard, mes enfants le découvriraient dans le rôle d’un père incestueux dans Peau d’Âne avec Catherine Deneuve.

 

Je ne pense pas qu’il y ait aujourd’hui beaucoup plus d’homosexuels que quand j’étais gosse. Seulement, à l’époque, l’homosexualité n’était évoquée, tolérée que dans les milieux artistiques (un couple de mineurs de fond homosexuels vivant ensemble dans un coron d'Hénin-Liétard était aussi impensable qu'un voyage vers Jupiter). Dans le théâtre, en particulier, où la proportion était importante. Dans les années soixante, on savait tous que les acteurs Jacques Charon et Robert Hirsch (qui venait de la danse classique) étaient plus que des collègues de travail. De temps en temps, Paris Match s’amusait à publier des photos d’Anabelle Buffet en compagnie de sa copine Françoise Sagan. Anabelle avait épousé Bernard, le célèbre peintre, qui venait de quitter Pierre Berger. Tout cela était beaucoup plus compliqué que les frasques de l’inénarrable Jacques Chazot.

 

De retour à la maison, le soir, je demandai à mon père pourquoi Marais et Cocteau s’étaient donné « un baiser d’amour ». Fort gêné, mon père, qui était un instituteur moyennement coincé pour l’époque, me répondit : « Ce sont des invertis. »

 

Ce fut tout. Naturellement je compris « avertis ». Lorsque, quelques mois plus tard, je tombai sur l’expression « un homme averti en vaut deux », la confusion fut totale. Je ne sais plus trop ce que je fantasmai à l’époque, mais cela ne dut pas être triste ! Ce fut peut-être gai...

 

 

 

 

 

 

GPPortrait20ans.jpg

 

Mon père à 20 ans. Un petit air de Jean Marais, mais en mieux !

 

 


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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 09:07

http://www.mon-assurance-auto.be/images/escrocs-internet.jpgDes gugusses escrocs qui se font passer pour la société Apple ont tenté d'obtenir mes coordonnées bancaires en me faisant croire que ma commande pour un ordinateur portable avait été validée. Ils m'ont adressé le courriel suivant, auquel j'ai répondu par une main courante au commissariat de police de mon quartier.

 

 

 

le 27/09/11 11:45, commande@apple.fr à commande@apple.fr a écrit :

Chère Cliente, Cher Client,


Pour faire suite à notre précédent mail, nous avons le plaisir de vous informer que votre commande est validée.

suite à votre commande n° 50522231823V passée sur notre site apple.com et expédiée. Nous vous transmettons la facture correspondante.

Vous trouverez en pièce jointe de votre facture 10559892 au télérèglement concernant votre commande 31912016 du 25 sep 2011

votre facture est également disponibles en téléchargement en cliquant sur le lien temporaire suivant (actif pendant 15 jours) : http://www.weezevent.com/download_billet.php?AGQJaFdlDW5RNAdj

Ce message confirme que vous avez acheté les articles suivants :

Apple - Macbook - Ordinateur portable 13" - Intel Core 2 Duo - 250 Go - RAM 2048 Mo - MacOS X 10.6 - Jusqu'à 10h d'utilisation - NVIDIA GeForce GT 320M - Blanc
 
Montant total de la commande : EUR 595,11
Infos livraison              : commande expédiée en 1 colis
Mode de livraison            : Prioritaire
Conditions de livraison      : Envoyer les articles en un minimum de colis
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Montant total pour cette commande :    EUR 995,11

Le montant à payer vous sera facturé à l'aide du moyen de paiement que vous avez choisis :

Type de Payment : CARTE BANCAIRE
 
Nous avons le plaisir de vous informer que votre colis 6920829110901078 est prêt.

Il sera donc confié à notre transporteur en charge de sa livraison très prochainement.

Notre prochain mail vous confirmera la bonne prise en charge de votre colis par le transporteur.

Vous pouvez bien entendu suivre votre commande via votre Espace clients.

Nous vous remercions de votre confiance.

Nous vous en souhaitons bonne réception et espérons vous retrouver
très prochainement


Cordialement,
Votre Service Clients


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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 14:44

http://www.lepsychologue.be/img/femme-battue.jpgChristine entre dans un parking pour autos de Toulouse (un parking privé dans cette ville gérée par la gauche, mais ceci est une autre histoire).

 

Au moment où elle se saisit du ticket d’entrée, elle reçoit un très violent coup de poing en pleine figure qui lui casse une incisive.

 

Elle demande au gérant du parking d’appeler la police. Celle-ci est sur place cinq minutes plus tard.

 

– Il était noir ou gris, lui demande un des deux flics ?

 

 – Elle était blonde, répond Christine. En manque, à mon avis.

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 06:15

http://s.tf1.fr/mmdia/i/76/0/3918760wsrsb.jpg?v=1Jacqueline a soixante-dix ans. Elle est retraitée, veuve depuis vingt ans. C'est une femme intelligente, cultivée. Mais seule, très seule.

 

La Jamaïque est l'un de ses jardins secrets, depuis toujours. Elle décide de s'offrir une croisière dans les Antilles, les Caraïbes, comme on dit. Depuis la démocratisation des voyages, du tourisme, les classes moyennes ont désormais accès, en masse, à ce qui était réservé avant-guerre à la grande bourgeoisie et à l'aristocratie. Alors, bien sûr, dans ces contrées lointaines, les femmes seules au porte-monnaie bien garni, même vieilles, on les attend à la prochaine marée.

 

Le personnel du bateau de luxe sur lequel vogue Jacqueline compte des "masseurs", c'est-à-dire des hommes jeunes qui, de leurs mains expertes, détendent les corps fatigués et frippés. Et plus si affinités. Le masseur affecté à Jacqueline s'appelle Jim. Entre eux, va se nouer une idylle. Fulgurante, à la mesure du manque affectif que connaît Jacqueline depuis tant d'années. Puis les amants vont descendre du bateau et poursuivre leur romance à terre, dans quelque hôtel de luxe. Aux frais de Jacqueline, bien sûr.

 

Jim va tenter de persuader la vieille dame qu'il voudrait poursuivre des études de médecine en France, ce qui est hautement improbable : il ne connaît pas le français et son anglais même est bien rudimentaire. En échange d'une vie à deux, il lui demande de l'accueillir en France et de payer ses études. Jacqueline refuse. Durant les deux derniers jours qu'ils passent ensemble, les relations se tendent atrocement.

 

Jacqueline rentre chez elle, seule.

 

Quelques jours plus tard, elle reçoit de Jim deux SMS, à quelques heures d'intervalle. Elle me les a communiqués pour que je les lui traduise. Ce ne fut pas facile :

 

You are gready woman stay far from me and leave me alone don't ask about me again I will give all my love and my life to my country only my country don't wait me in France because if I visite France I have another friends wait me you are big woman and not good with me death alone without any memories in the life

Tu es une gourmande reste loin de moi fous moi la paix ne demande plus jamais après moi je vais donner tout mon amour et ma vie à mon pays à mon pays seul ne m'attends pas en en France parce que si je visite la France j'ai d'autres amis qui m'attendent tu es une grosse et pas bonne avec moi la mort seule et aucun souvenir de la vie

 

Are you forget me I hope to be fine and I am sorry about my words to you but I hope you have good "hurt" because I live ow alone and i need you like before m kiss


As-t oublié moi j'espère être bien et je suis désolé pour ce que je t'ai dit mais j'espère que tu as un bon "cœur" parce que je vis maintenant seul et j'ai besoin de toi comme avant m baiser

Le monde tout entier est dans cette tranche de vie : les rapports Nord-Sud, la solitude des personnes âgées dans les pays "riches", le désespoir des pauvres qui, pour s'arracher de la misère, sont prêts à tout, c'est-à-dire à n'importe quoi, jusqu'à se renier, jusqu'à se vendre.

 

J'écris cette note alors que, sur nos écrans de télévision, passe et repasse la silhouette de Nafissatou Diallo. Je me dis que le destin d'une toute jeune femme guinéenne (ivoirienne, guatémaltèque, roumaine etc.) n'est sûrement pas de s'expatrier pendant des années pour aller changer des draps de lit dans des hôtels de luxe à New York, pour faire la cuisine dans les restaurants de Rotterdam, pour ramasser les poubelles de Paris, de Bruxelles ou de Londres.

 

Naffissatou et Jim préfèreraient vivre tranquillement chez eux, exercer un métier décent, convenablement rétribué pour nourrir et éduquer leurs enfants normalement. Tant qu'ils ne le pourront pas, règnera ce marché planétaire vil et injuste avec toutes les bavures qui vont avec.

 

 

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6 août 2011 6 06 /08 /août /2011 15:05

http://blog.rc.free.fr/blog_photos/edwige%20feuillere%20jean%20cocteau%20jean%20marais.jpgPierre a soixante-dix ans. A l'âge de quarante ans, il rencontre Denise, une collègue enseignante, divorcée, mère d'un enfant.

 

Denise a des qualités : pédagogue hors pair, c'est une femme de convictions, militante syndicale acharnée, dans l'abnégation, au service des autres. Par ailleurs, elle est comme elle est : terriblement castratrice. Enfant, elle a beaucoup souffert d'un père dur et d'une mère indifférente. Elle a reporté sur les autres hommes ses souffrances d'adolescente. Elle a plaqué, sans se retourner, le père de son fils. Le gosse sera balloté entre la névrose d'une mère dominatrice et celle d'un père vaillant à l'extérieur du foyer et soumis à la maison.

 

Quand Denise et Pierre s'unirent, ils mirent en commun des expériences professionnelles et militantes identiques, mais aussi des personnalités antagonistes mais complémentaires. Il apprécia d'être pris en main par une femme meneuse d'hommes, mère d'un enfant alors que lui-même ne pouvait assumer une paternité.

 

Au fil des ans, Pierre sombra dans la dépression. L'emprise de sa femme, pourtant nécessaire, lui devint de plus en plus insupportable. Lorsque Denise se retrouva la grand-mère d'une petite Alexandra, elle reporta toute son affection sur une enfant qui souffrait malheureusement d'un léger handicap. Pierre se fit placer en congé de maladie de longue durée, ce qui le mena doucement jusqu'à soixante ans, l'âge de la retraite.

 

Pendant des années, Denise et Pierre coexistèrent sous le même toit, le temps s'écoulant de plus en plus lourdement pour Pierre qui restait cloîtré chez lui. Pour Denise, la vie fut plutôt douce dans la compagnie de sa petite-fille, et trépidante au sein de deux associations auxquelles elle accordait tout son temps libre.

 

Un soir, Pierre prit sur lui pour accompagner Denise dans une réunion syndicale. Il y revit Raymond, un ancien collègue. Ils échangèrent trois mots de salutation, puis un regard, peut-être aussi brûlant que celui que se décochèrent le jeune Flaubert et Elisa Schlésinger. Cet éblouissement donna à Pierre le sens de sa vie.

 

Enfin.

 

Pierre et Raymond vivent sous le même toit. Très heureux, ce me semble.

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1 août 2011 1 01 /08 /août /2011 14:58

Ce "pauvre a tort" n'est pas de moi. Quand j'habitais en Côte d'Ivoire, des chauffeurs de taxi arboraient ce slogan qui signifiait qu'un piéton écrasé par un taxi avait tort et aurait dû se trouver ailleurs. Il semble que les États-Unis en soient au niveau de la Côte d'Ivoire il y a trente ans, comme en témoigne cet article d'Hélène Crié-Wiesner pour Rue 89.

 

Une mère a été jugée coupable de la mort de son enfant, heurté par une camionnette alors que la famille, juste descendue d'un bus, essayait de traverser une route sans passage protégé à proximité. Le conducteur était ivre. Au pays des autos reines, les sans-voiture ont du mal à survivre.

L'accident a eu lieu dans la banlieue d'Atlanta (Georgie) en avril 2010, la condamnation pour « homicide par véhicule » est tombée le 14 juillet dernier. Le conducteur du van, ayant bu et pris des sédatifs au moment des faits, aveugle d'un œil, et avec des antécédents analogues, a été condamné à six mois de prison.

Depuis, la colère enfle dans la communauté noire, relayée par les mouvements environnementalistes et les partisans de meilleurs transports publics dans le pays. Les urbanistes battent leur coulpe mais ne voient aucune issue possible : c'est ainsi que les Etats-Unis ont été configurés !

Voici l'histoire de Raquel Nelson, femme noire de 30 ans, qui n'est pas la première à vivre ce genre de situation. En Virginie, notamment, la police a pour habitude de verbaliser les piétons heurtés par des voitures au motif qu'ils ont « gêné le trafic automobile ».

Trop fatigués pour marcher si loin

C'est un samedi en fin de journée. Raquel et ses trois enfants, 2, 4 et 9 ans, sortent d'un supermarché Walmart. La famille n'a pas de voiture. Le week-end, les bus sont rares, ils ratent le leur de peu, le suivant arrive une heure plus tard, il fait déjà nuit. Les gosses sont crevés.

Avec d'autres passagers ils descendent à leur arrêt habituel, situé le long d'une route à six voies où les feux sont rares, où donc les voitures roulent à vive allure. Leur appartement est situé de l'autre côté de la route. D'ordinaire, quand ses enfants l'accompagnent, Raquel revient à pied en arrière sur 500 mètres, traverse à un feu et repart dans l'autre sens. (Voir le schéma des lieux)

Schéma des lieux de l'accident. En pointillés verts, le chemin pris par Raquel Nelson pour traverser la rue. A noter qu'aucun passage piéton n'est visible à proximité (cliquez pour agrandir).

Pas cette fois, car il est tard et tout le monde est fatigué. En compagnie d'autres enfants et adultes, la famille traverse bien vite la moitié de la chaussée, et souffle un instant sur la voie centrale de bifurcation. Apercevant une femme qui finit de traverser en courant, le petit garçon de 4 ans lâche la main de sa mère pour la suivre.

Agrippant sa petite fille de 2 ans, Raquel tente de rattraper son fils. Trop tard : l'enfant est percuté par une camionnette, qui blesse aussi la mère et la fillette. Le conducteur ne s'arrête pas.

Couleur de peau et classe sociale

Voici ce qu'en dit le site d'info environnemental Grist, qui a largement contribué à faire connaître le cas de Raquel Nelson :

« Soyons honnête : une partie de cette histoire a quelque chose à voir avec la race et la classe sociale. Les gens qui marchent et qui empruntent les transports publics aux Etats-Unis sont en général des pauvres, ou encore des gens qui ne peuvent pas conduire.

Les usagers des transports en commun et les piétons sont marginalisés, enfermés dans leur situation. La plupart du temps, le service des transports est médiocre, idem pour les infrastructures destinées aux piétons. Le service public utilisé par Raquel Nelson avait lui-même supprimé plusieurs lignes au cours des mois précédents. Qui souffre le plus de tout ça ? Les pauvres. »

 

En ce qui concerne la fréquence des bus et l'aménagement de leurs arrêts, les choses ne risquent pas de s'améliorer de sitôt aux Etats-Unis : depuis le début de la crise économique il y a trois ans, des centaines de municipalités – dont Chicago, Atlanta, Saint-Louis, Washington, New York et autres mégapoles – diminuent le service car elles n'ont plus d'argent en caisse.

C'est d'autant plus paradoxal que pendant ce temps, le chômage augmente, les revenus des gens dégringolent, ils n'ont plus les moyens d'avoir de voiture ou d'en payer l'essence, et le besoin de transport public est d'autant plus criant. Plus grande est la demande, plus l'offre se restreint. Inutile, dans ces conditions, d'espérer une amélioration de ce qui subsiste.

L'irrésistible mutation des banlieues américaines

Un saisissant reportage vidéo, intitulé « Traverser les lignes », a été diffusé dans Blueprint America, sur la chaîne PBS. Voici le lancement de l'émission :

« Un changement subtil s'est produit ces dernières années dans nos banlieues : cet habitat autrefois réservé aux classes moyennes est en train de devenir celui des pauvres qui travaillent.

Résultat : les routes qui avaient été construites pour les voitures sont désormais utilisées par une population toujours plus nombreuse qui n'a pas les moyens de conduire. Les conséquences peuvent être mortelles. »

 

Le reporter donne un chiffre incroyable : 43 000 piétons ont été tués aux Etats-Unis au cours des dix dernières années, soit « l'équivalent d'un jumbo jet qui s'écraserait chaque mois ».

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 07:40

Ma fille Rébecca est âgée de 7 ans. Elle nage avec bonheur et ardeur au sein des Dauphins du TOEC.


Récemment, elle a remporté un 50 m dos en 52 secondes 54, réalisant le meilleur temps de tous les engagés ce jour-là (link).

 

Si je compte bien, elle nage 50 mètres quand Camille et Jérémie en nagent 100.

 

Courage, ma fille chérie !

 

Blog.jpg

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 06:20

         

P. vivait heureux, comme inspecteur de l'enseignement primaire à Yamoussoukro, le village du président Houphouët-Boigny, la capitale de la Côte d'Ivoire. Il passa contrat avec une étudiante française pour qu'elle lui fasse un enfant. L'enfant fut conçu et, quand il eut ses dents définitives, la mère le laissa au père et "tailla la route", contrat rempli. P. résolut de rentrer en France, sans doute pour confier l'enfant à sa famille paternelle.


Le président, celui qu'on appelait en s'inclinant le "Sage de l'Afrique", averti de cette volonté de départ, convoqua l'intéressé :

- Pourquoi veux-tu partir ?

- Je veux rentrer en France.


Félix Houphouët-Boigny n'était pas homme à se satisfaire d'explications toute simples.


- Quel est ton problème ? Argent, santé, famille, différend professionnel ?

- Je veux rentrer en France.

 

 

Le bélier (boigny, en baoulé) est un animal têtu. Chaque fois que le président venait se ressourcer à Yamoussoukro (le village de la reine Yamoussou), il convoquait P. qui comprit qu'il ne s'en sortirait pas s'il ne livrait le nom d'un coupable, de celui qui avait provoqué son désarroi. Il se souvint que, plusieurs années auparavant,  D. (directeur de l'enseignement primaire) lui avait promis l'attribution d'une 504. En fait, à la fin du mois, devaient arriver à la direction de l'enseignement primaire une 504 et une R 12 neuves. D. garda pour lui le véhicule de commandement et attribua généreusement la R 12 à P.


P., fatigué, concéda au président que c'était D. qui lui créait des problèmes mais il maintint sa volonté de quitter le pays. Le président était furieux mais il connaissait le fautif. Séance tenante, il appela le ministre de l'Éducation nationale : "Convoque-moi D. pour demain matin à la présidence."


À huit heures, D. (surnommé La pilule par les coopérants français, à l'incompréhension de leurs collègues ivoiriens) se présenta au Palais. Il y mijota jusqu'à quinze heures, ce qui lui donna le temps de penser au geôles du sous-sol.


 L'huissier l'appela et l'introduisit dans une pièce immense où, derrière un immense bureau, le vieux sage de l'Afrique tendit négligemment la main à son fonctionnaire, ce qui obligea celui-ci à courir pour saisir la dextre royale. Houphouët attaqua fort :


- C'est toi, petit Baoulé, qui veut chasser les Blancs de Yamoussoukro ? Ta mère con, bâtard, chien, terroriste, etc... Tu as jusqu'à demain matin pour me nommer un Blanc en remplacement de celui-là.


- Certainement, Président.


 C'est ainsi que V. succéda à P., V. dont le plus grand titre de gloire était non pas surréaliste mais subsaharien. Originaire des Pyrénées, il arriva à Abidjan dans les années cinquante. Au cours d'une soirée avinée, où étaient stigmatisées les velléités indépendantistes de certains natifs, il proféra des paroles anodines mais frappées du bon sens que procure l'euphorie alcoolique : " Putain, ça me ferait chier d'avoir un préfet nègre à Pau." Le gouverneur le remit à la disposition de la métropole. La colonie ayant accédé à l'indépendance, il revint avec les honneurs dus à un martyr de la colonisation. Après sa retraite, vers 1980 il se reconvertit dans les assurances, sous l'inoxydable égide du président.

 

Coule-t-il des jours heureux dans son Béarn natal, le fessier posé sur un énorme matelas d'argent, ou bien est-il déjà assis à la droite du Père ? Je ne sais.

     


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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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