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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 05:10

Le TGV Bordeaux-Lille a été stoppé pendant plus d'une heure, vers 15 h, en gare de Saint-Pierre. Une centaine de patrons ivres semaient le trouble dans les wagons. La police est intervenue.

En gare de Saint-Pierre, vers 15 h, les voyageurs ont pu assister à un curieux spectacle. Une vingtaine de policiers, portant des casques et la tenue d'intervention, ont été déployés aux abords du TGV Bordeaux-Lille. Le motif ? Des incidents perpétrés dans le TGV par 120 personnes manifestement ivres... Des patrons en séminaire ! La police est intervenue pour calmer les esprits et le train est reparti seulement au bout d'une heure...

 

Ils avaient embarqué à Bordeaux, avec des bouteilles !

 

Dans la soirée, on apprenait que ces voyageurs étaient des membres de la Confédération des jeunes dirigeants qui se rendaient en congrès à Lille... Ils avaient embarqué à Bordeaux, avec des bouteilles. A Saint-Pierre-des-Corps, les forces de l'ordre ont négocié avec eux de les vider sur le quai.

 

Original de l'article (La Nouvelle République).

120 patrons ivres mettent la pagaille dans le TGV
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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 04:55

Une photo de famille transmise par une cousine.

 

Nous sommes en 1936/37, sur la plage de Berck, dans le Pas-de-Calais. Mes grands-parents (Clément et Marie-Louise) résident à Arras. Mon grand-père est instituteur, ma grand-mère ne travaille pas. En fait, elle travaille 10 heures par jour pour tenir son ménage. Ils sont propriétaires de leur maison, rue des Hochettes.

 

S'ils sont sur la plage de Berck, c'est parce que l'un de leurs fils, mon oncle, victime d'une ostéomiélite, est, ce qu'on appelait, un "malade de Berck". 

 

Pourquoi Berck ? Parce que cette plage était, à ce que l'on disait du moins, l'endroit le plus iodé au monde, avec un air extraordinairement pur. L'hôpital est à l'arrière-plan.

 

Voici donc une trentaine de "congés payés" et non pas "vacanciers". Mes grands-parents doivent être les plus bourgeois du lot. Les maillots des hommes, des femmes et des enfants sont identiques. À droite, une gamine nous montre, à son corps défendant, ses seins naissants.

 

Assis dans l'eau : que des femmes et des enfants. Les hommes sont tous debout. Mon grand-père est très envahissant. Ce qui ne m'étonne pas.

 

Tous ces gens du peuple ont pris possession des lieux. Ils ne savent pas que, dans quatre ans, l'armée allemande construira des blockhaus sur cette plage et fera régner la terreur.

 

Pour ne pas crever de faim, mes grands-parents élèveront – en toute discrétion – un cochon qu'ils prénommeront Adolf. Mon père le tuera à coups de marteau.

Berck-Plage au temps du Front populaire
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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 05:23

Un de mes amis vient de faire un voyage banal dans le centre de notre beau pays. Prendre le train, aujourd'hui, c'est ce qu'il narre. Tout récemment un de mes proches a perdu trois heures dans le TGV Perpignan-Lyon parce qu'une porte de cette merveille de technique (et non de technologie comme on dit désormais en français neuneu) refusait obstinément de se fermer.

 

Une petite remarque avant de laisser la parole à mon téméraire ami : on ne dit plus “ La SNCF ” mais “ SNCF ”. Comme Air France. Comme invention (on imagine une commission de huit énarques et de sept ingénieurs des Ponts et Chaussées se triturant les neurones), c'est du niveau de débilité des trains trop larges. Il doit y avoir quelque chose de sexuel à propos de ces machins qui ne rentrent plus dans les trucs.

 

 

C'était en avril : le chemin de fer devait nous emmener à Clermont-Ferrand, un voyage qui fut une véritable aventure. L'itinéraire prévu était le suivant : un omnibus de Tours à Moulins, via Bourges et Nevers, correspondance à Moulins pour Clermont-Ferrand.

 

Tout se passa très bien dans le taxi qui nous conduisit en temps voulu à la gare, où nous montâmes dans le compartiment de l'unique wagon de première classe (on verra plus tard l'intérêt de ce détail), en tête de notre train.

 

L'heure du départ étant imminente, la première annonce fut hurlée et mâchouillée, qui éveilla cependant en nous une humeur joyeuse, mais suscita bientôt quelque inquiétude :

 

"Bienvenue … bla-bla-bla … Nous vous rappelons … bla-bla-bla … compostés. Le départ de notre T.E.R. xxx à destination de Bourges va partir (sic). Il desservira les gares de bla-bla-bla … bla-bla-bla …, terminus Bourges."

 

 

BOURGES ??!! Et Nevers ? Et Moulins ? Passées à la trappe ! Nous serions-nous trompés de train ? Mais, par bonheur, la S.N.C.F. fait bien les choses, ménageant tout de même un certain suspense, et notre inquiétude fut dissipée quelques minutes plus tard par une seconde annonce, un mâchouillement hurlé :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, le terminus de notre T.E.R. n'est pas Bourges, mais Lyon. Il desservira les gares de bla-bla-bla … bla-bla-bla …, Bourges, bla-bla-bla …, Nevers, bla-bla-bla …, terminus Lyon."

 

Ouf ! Aucune erreur de notre fait ! Le plaisir du voyage envahit à nouveau nos poitrines téméraires, mais fut bref : une troisième annonce, un hurlement mâchouillé, nous laissa perplexes :

 

"Mesdames et Messieurs, ce train est composé de deux rames. Pour des raisons de sécurité, la rame de queue n'est pas accessible aux voyageurs. Les voyageurs ne disposant pas d'une place assise doivent donc rester dans la rame de tête."

 

Peu après, une quatrième annonce, moins hurlée mais plus mâchouillée, changea notre perplexité en malaise :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, en raison de l'affluence de voyageurs, la rame de queue sera exceptionnellement accessible aux voyageurs. Les voyageurs ne disposant pas d'une place assise pourront se rendre dans celle-ci."

 

Peu avant Nevers, une cinquième annonce, hurlée sans mâchouillement, nous étourdit et nous contrarie passablement :

 

"Notre train changeant de sens à Nevers, pour des raisons de sécurité, les voyageurs assis dans la rame de queue devront descendre et se rendre dans la rame de tête."

 

Où est la tête ? Où est la queue ? Il y a de quoi perdre la tête ! Après quelques secondes de réflexion, nous comprenons qu'il nous faudra changer de rame à Nevers, mais en seconde classe. Horreur ! Et notre argent usurpé ! Les sandwiches ont du mal à passer.

 

Quelque temps plus tard, une sixième annonce, très hurlée, très mâchouillée, déclenche l'hilarité générale, mais aussi un grand soulagement :

 

"Contrairement à ce qui a été annoncé, en raison de l'affluence de voyageurs, les voyageurs assis dans la rame de queue peuvent rester dans cette rame. Nous informons les voyageurs descendant à bla-bla-bla et bla-bla-bla qu'ils devront être très prudents en descendant sur le ballast, car le train ne sera pas reçu à quai. (commode, avec les valises ! Heureusement, nous ne sommes pas concernés). Notre train arrivera en gare de Moulins avec 20 minutes de retard."

 

Nouvelle inquiétude : aurons-nous notre correspondance ? Inquiétude qu'une septième annonce, calme mais très hurlée transforme en angoisse :

 

"Notre T.E.R. va arriver en gare de Nevers. Correspondance pour bla-bla-bla … bla-bla-bla …, et Clermont-Ferrand."

 

Panique : nos billets indiquent bien la correspondance à Moulins et non à Clermont ! Renseignements pris sur le quai, nous voilà rassurés : il y a aussi une correspondance à Nevers, qui ne nous concerne pas. Comme la S.N.C.F. l'avait prévu, le train repart en sens inverse, et arrive à Moulins en temps voulu, c'est-à-dire avec le retard annoncé. Il faut se hâter, car notre train va bientôt arriver. Hâte inutile toutefois car, décidément, la S.N.C.F. fait bien les choses : une annonce sur le quai nous informe que, en raison de difficultés de mise en place, le T.G.V. xxx à destination de bla-bla-bla … aura 20 minutes de retard.

 

Notre T.G.V. arrive enfin avec le retard annoncé, et nous montons dans la voiture 11, impressionnante, style 1ère classe de Boeing 747, à la recherche de nos places réservées. Réservation obligatoire, bien entendu, une suave annonce ne manque pas de nous le rappeler au micro.

 

 

Impossible de trouver les places 32 et 34 ! Des voyageurs obligeants, nous voyant désemparés, sans aucun doute des habitués étant donné leur calme et leur assurance, nous apprennent en souriant que ces places n'existent pas, que c'est normal et que nous pouvons nous asseoir n'importe où. Aucun problème : il y a de la place. Deuxième annonce, sereine et veloutée :

 

"Notre T.G.V. xxx en direction de bla-bla-bla … bla-bla-bla … arrivera à Clermont-Ferrand avec 20 minutes de retard."

 

Nous arrivâmes effectivement à Clermont avec le retard exactement prévu. Décidément, la S.N.C.F. fait bien les choses. On nous attendait patiemment à la gare... Quel beau voyage ! Quelle aventure !

 

Nous avons compris le sens de "notre T.E.R.", "notre T.G.V." : la S.N.C.F. veut nous rendre aimables complices de son organisation…

 

P.S. : nous ignorons si les quais avaient reçu un coup de rabot avant notre passage dans les différentes gares, mais nous pensons que ce fut le cas car la S.N.C.F. fait toujours bien les choses.

 

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11 mai 2014 7 11 /05 /mai /2014 05:10

C'est mon plus vieil ami : on se connaît depuis 52 ans. Il est conservateur comme c'est pas possible. Moi, pas vraiment. Notre amitié a résisté à tous nos différends et différences. Parmi nos points communs, qui n'est pas le moindre, deux de nos enfants portent le même prénom, à l'accent aigu près.

 

Le meilleur des arracheurs de dents

J'ai appris l'anglais et l'Angleterre chez lui et ses parents, un couple si gentil. Ils m'ont fait aimer le Yorkshire, et même la cuisine à l'eau à la cocotte minute. Lui qui avait les moyens s'est ensuite vengé de cette ascèse parentale en fréquentant les gargottes de Bocuse et des Troisgros. Moi, je n'avais pas ces moyens-là.

 

Tout ce qu'il a entrepris, il l'a réalisé à la perfection. Comme d'être un des meilleurs coureurs britanniques de 400 mètres scolaire ou un très sûr pilote de ballon dirigeable. Heureusement pour moi, dans nos échanges linguistiques, j'avais de la marge.

 

Il passe le relais à l'un de ses quatre enfants qui a choisi de marcher dans ses pas. Il va enfin pouvoir se reposer en compagnie de sa merveilleuse épouse. Mais comme l'inaction lui pèse, il continuera de s'occuper de sa petite entreprise de vente de vins qui sortent de l'ordinaire.

 

Bonne retraite, Martin.

 

PS : J'écris ces quelques lignes le jour de mon anniversaire. Encore une preuve de l'existence du dieu de l'amitié.

Le meilleur des arracheurs de dents
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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 06:16

Je fais partie de ceux qui, dans les années quatre-vingt, trouvaient horripilant le côté m’as-tu-vu de Ségolène Royal. Lorsque Mitterrand était en déplacement officiel ou semi-officiel, Ségolène – tout comme Jack (Lang) et Pascal (Sevran) – jouaient des coudes pour être dans le soleil du Prince, ou dans son ombre portée. C’était puéril, mais moins ridicule que de débarquer à la garden-party de l’Élysée avec des fromages de chèvre du Poitou, ou encore, de convoquer les photographes de Paris-Match dans une chambre de maternité. À l’ENA, personne n’avait appris à Ségolène Royal que, depuis soixante ans, toutes les photos et tous les articles de Paris-Match mentent, au même titre, d’ailleurs, que toutes les images de tous les films de Claude Lelouch (mais ceci est un autre débat).

 

La seule excuse que j’accordais à l’étoile montante du PS, c’est que, tout comme Madame Soleil ou encore Harlem Désir, elle avait un nom authentique impossible à porter.

 

Vers 1997-98, j’eus l’occasion, non pas de corriger mais de relativiser ma vision de cet aspect de la personnalité du ministre délégué à l’Enseignement scolaire.

 

Une de mes collègues de l’Université de Poitiers, mairesse de Saint-Romans-les-Melle (le fief – comme on dit dans notre bonne République – de Ségolène), devait être décorée de l’Ordre National du Mérite par son amie ministre dans la salle des fêtes du village. La cérémonie se déroula dans les meilleures conditions. Très chaleureuse, la population avait massivement répondu à l’invitation, et l’observateur extérieur que j’étais, put vérifier à quel point Ségolène Royal, comme ma collègue, était fortement appréciées dans leurs activités de femmes politiques de terrain.

 

 

Une quinzaine de minutes après avoir prononcé son allocution, Ségolène Royal prit congé de l’assemblée. Pour ma part, je quittai les lieux quelques minutes après l’élue des Deux-Sèvres. Je fus alors témoin d’une scène à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Ségolène était en grande conversation avec une poignée d’enfants de trois à cinq ans. Il n’y avait pas un photographe, pas une chaîne de télévision à des kilomètres à la ronde. Elle prenait sur son temps privé (nous étions un samedi après-midi) pour discuter gentiment, longuement, “ pour rien ”, avec des enfants qui ne savaient même pas qui elle était. Elle y prenait à l’évidence un très grand plaisir. À part moi, cette scène n’avait aucun témoin.

 

Lorsqu’elle eut fini de discuter, et après qu’elle eut embrassé les gosses, je me présentai à elle et je m’excusai de rompre le charme en lui disant simplement ceci : « vous ne pouvez gagner aucune élection nationale contre ou sans les enseignants. Votre, notre, ministre nous humilie. Cela se payera forcément. » Je ne savais pas que l'adipeux dégraisseur de mammouth l’humiliait elle aussi. Ségolène Royal ne me répondit pas. Je ne m’attendais évidemment pas à ce qu’elle engage un dialogue sur ce sujet épineux avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas.

 

Cela ne m’empêcha pas de garder un souvenir ému de ces quelques minutes passées en sa compagnie sous les arbres de la place de Saint-Romans-les-Melle.

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3 avril 2014 4 03 /04 /avril /2014 05:41

A Lyon, avec une touche de rosé...

L'Église veille sur la ville
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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 19:16

C'était le teaser (je parle comme les gens de la com') du jour : ne zappez pas !

 Photo : N. R.-G., d.r.

La semaine prochaine : un entretien avec Pierre Lemaitre
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26 mars 2014 3 26 /03 /mars /2014 06:42

  Il ne s’agit pas à proprement parler d’un vrai secret de famille puisque la personne concernée a toujours su qu’elle ne connaîtrait jamais ses parents, qu’elle serait toujours absolument sans famille, que son histoire lui serait à jamais inconnue.

 

Il y a une bonne trentaine d’années, j’ai eu pour collègue une jeune femme qui, à mes yeux, avait deux caractéristiques majeures : elle avait un nom de famille qui sentait son faux nom à des kilomètres (tiré droit du calendrier des postes, du style Baptiste de la Salle), et elle était en permanence invraisemblablement gaie et volubile, ce qui, point besoin d’être grand clerc, cachait une souffrance authentique.

 

Elle était célibataire et l’on ne lui connaissait aucun petit ami. « Elle avait le temps, et trop de travail », assurait-elle dans un grand éclat de rire.

 

 

Un jour, en prenant d’infinies précautions, je lui laissai entendre que je trouvais son patronyme un peu étrange. Elle se raidit, blêmit avant de se laisser aller à cette dilatation de la rate qui nous était si familière. Et elle me dit tout. Enfin, tout ce qu’elle savait.

 

Elle avait été abandonnée par une mère inconnue, littéralement sous un porche de l’Assistance Publique. On lui avait donné le nom du saint du jour et le prénom de la première assistante sociale qui l’avait prise dans ses bras. Le mystère de ses origines biologiques se doublait d’un mystère géographique. En se regardant dans la glace, elle voyait bien qu’une partie d’elle-même était indochinoise. Quelle partie, elle l’ignorait.

 

« Un jour, je me tuerai », me dit-elle.

 

Je sais de source sûre qu’elle n’a pas mis sa menace à exécution et qu’elle est moins suicidaire aujourd’hui qu’il y a trente-cinq ans.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’un vrai secret de famille puisque la personne concernée a toujours su qu’elle ne connaîtrait jamais ses parents, qu’elle serait toujours absolument sans famille, que son histoire lui serait à jamais inconnue.

 

Il y a une bonne trentaine d’années, j’ai eu pour collègue une jeune femme qui, à mes yeux, avait deux caractéristiques majeures : elle avait un nom de famille qui sentait son faux nom à des kilomètres (tiré droit du calendrier des postes, du style Baptiste de la Salle), et elle était en permanence invraisemblablement gaie et volubile, ce qui, point besoin d’être grand clerc, cachait une souffrance authentique.

 

Elle était célibataire et l’on ne lui connaissait aucun petit ami. « Elle avait le temps, et trop de travail », assurait-elle dans un grand éclat de rire.

 

Un jour, en prenant d’infinies précautions, je lui laissai entendre que je trouvais son patronyme un peu étrange. Elle se raidit, blêmit avant de se laisser aller à cette dilatation de la rate qui nous était si familière. Et elle me dit tout. Enfin, tout ce qu’elle savait.

 

Elle avait été abandonnée par une mère inconnue, littéralement sous un porche de l’Assistance Publique. On lui avait donné le nom du saint du jour et le prénom de la première assistante sociale qui l’avait prise dans ses bras. Le mystère de ses origines biologiques se doublait d’un mystère géographique. En se regardant dans la glace, elle voyait bien qu’une partie d’elle-même était indochinoise. Quelle partie, elle l’ignorait.

 

 

« Un jour, je me tuerai », me dit-elle.

 

Je sais de source sûre qu’elle n’a pas mis sa menace à exécution et qu’elle est moins suicidaire aujourd’hui qu’il y a trente-cinq ans.

 

FIN

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 06:44

En pays ch’timi, il n’y a pas que des histoires de postiers sympas, rigolards, altruistes qui se shootent au maroille (sur un site lot-et-garonnais, un certain Jean-Jacques propose du « véritable maroille » et assure une livraison « rapide et discrète ». Discrète ? Oui, car pour ceux qui sont nés dans le nord de la France, le maroille est une drogue douce.

 

En pays ch’timi, donc, il se joue aussi des drames.

 

Lorsque j’étais jeune ado au début des années soixante, mes parents avaient pour amis un couple d’une quarantaine d’années, enseignants comme eux. Pour elle, il s’agissait d’un deuxième mariage. Elle avait divorcé sans enfant à l’âge de vingt-six ans et avait rencontré un ou deux ans plus tard le second homme de sa vie. Il était donc prévisible qu’ils auraient, à court ou moyen terme, un ou plusieurs enfants. Mais les années passèrent, sans heureux événement. Je me souviens que lui et elle consultèrent dans notre ville, puis à Lille. Après une douzaine d’années – ils avaient donc presque quarante ans – l’arrondissement tant espéré survint. Une petite fille naquit, magnifique. On imagine le bonheur des parents qui annoncèrent à leurs amis qu’ils allaient remettre le couvert dès que possible. Le second enfant, un garçon, lui aussi très réussi, se fit attendre trois ans.

 

 

Pourquoi tout ce temps ? Elle et lui se perdaient en conjectures. Jusqu’au jour où, avec une violence à laquelle ils n’étaient pas préparés, un secret de famille fut révélé qui leur fit comprendre le pourquoi du comment.

 

Elle était la fille d’un artisan, un peintre que je connaissais vaguement, fort brave homme, bon père, bon mari, très sociable. Cet homme, qui portait le secret depuis tant d’années, finit par s’épancher à sa fille (et à sa femme, par la même occasion). Il était le fils de sa sœur, son aînée de quatorze ans. Son père, qui était donc également, d’une certaine manière, son grand-père, avait imposé, plusieurs années durant, des relations incestueuses sous son toit. Après une grossesse discrète, l’accouchement avait eu lieu à la maison, comme c’était classiquement le cas à l’époque. L’enfant avait été déclaré comme étant le fils de son père et de son épouse.

 

J’imagine que, dans l’inconscient de l’amie de mes parents, la notion de procréation devait peser très lourd, associée à la honte du tabou absolu.

 

 

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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 06:38

L’histoire se passe dans les années trente, en Ille-et-Vilaine.

 

Une jeune rennaise venait de prendre son premier poste d’institutrice du côté de Tinténiac. Elle mordait la vie à pleine dents, ne sachant pas, évidemment, que la guerre serait déclarée quelques années plus tard.

 

Elle fit rapidement la connaissance d’un bourrelier, pour qui elle éprouva un fort sentiment, partagé. L’homme était jeune, vigoureux, sérieux. Ils envisagèrent très vite de se marier et, comme on disait dans nos campagnes, fêtèrent Pâques avant les rameaux, le plus discrètement possible.

 

Leur relation durait depuis quelques semaines lorsque le jeune frère du bourrelier revint, pour une permission, du service militaire. Entre l’institutrice et le jeune appelé, ce fut le coup de foudre. L’appel de la chair fut plus fort que tout. L’institutrice vécut une pièce de Corneille, les deux frères une tragédie de Racine (ou l’inverse). Dans le village, on ne disait rien mais on n’en pensait pas moins.

 

Après quelques semaines d’hésitation, l’institutrice convola avec le bourrelier. Sept mois plus tard, un fils naquit. Ce garçon apprit fortuitement, à l’âge de seize ans, l’histoire d’amour compliquée dont il était issu. De qui était-il le fils ? Il ressemblait beaucoup à son oncle, mais cela ne prouvait rien. Il finit, en tremblant, par demander à sa mère qui était son père. La mère lui répondit que cela ne le regardait pas. Fortement ébranlé, ne sachant pas vraiment comment réagir, le garçon décida, en représailles improvisées, de ne plus jamais tutoyer sa mère. Du moins tant qu’elle ne lui dirait pas la vérité.

 

 

Aujourd’hui, le garçon a soixante-douze ans et sa mère quatre-vingt-treize. Ils ont tous les deux bon pied, bon œil. Ils vivent à une dizaine de kilomètres l’un de l’autre. Le septuagénaire s’occupe très filialement de la nonagénaire, en la vouvoyant cependant. Je lui ai demandé s’il ne pourrait pas, maintenant que la messe est quasiment dite, faire un pas en avant. Il m’a répondu que, depuis tout ce temps, il ne lui serait absolument pas naturel de dire « tu » à sa mère.

 

Je n’ai aucune lumière particulière sur cette histoire. Mon hypothèse est que l’ancienne institutrice n’a jamais su qui était le géniteur de son fils, mais qu’elle a voulu se taire, estimant que c’était son histoire à elle, pas celle de son fils, ni celle de son mari ou de son beau-frère.

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