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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 05:31

C'est une photo saisissante prise par Luciole. Quel a été le long chemin de cette personne jusqu'à ce banc ? Peut-elle encore rêver ? Peut-elle encore vivre ?

 

 

 

Montreuil 007.JPG

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 14:27

http://www.artactif.com/bdd/oeuvre/g_69255.jpgEntre la Bourgogne et Paris. En face de moi, un type au visage en lame de couteau. Il somnole, mais on le sent aux aguets. Je me mets à fantasmer qu’il s’agit d’un proxénète serbe. Son portable sonne. Il décroche et se met à parler fort. Je ne connais pas la langue serbe, mais je peux la reconnaître. Gagné ! C’est un Serbe, avec plusieurs dents en or. Je me fais mon film : il les a arrachées à des Croates qu’il a torturés. Je ne comprends pas ce dont il parle, mais avec une grande assurance, il donne des ordres brefs, comminatoires. On sent qu’à l’autre bout de la communication, la personne ne peut pas répondre. Il raccroche et somnole de nouveau.

 

À côté de lui, une femme noire d’une quarantaine d’années. Son visage est dur. Son portable sonne. Pas plus que le Serbe, elle n’a la courtoisie d’aller converser dans le sas. Son français est très fluide, très rapide au point qu’elle avale une voyelle sur deux. Elle donne une bonne dizaine de consignes à son correspondant. Des consignes banales. Là non plus, pas de discussion possible. Aucune chaleur. Dans sa main droite, une Bible portable, dans un étui en cuir rouge, qu’elle continuera de dévorer jusqu’à sa destination.

 

De l’autre côté de la rangée, un Français, blanc, d’une quarantaine d’années. De nature anxieuse. L’intérieur de ses oreilles est rouge d’eczéma. Dans la passagère qui lui fait face, il vient de retrouver une vieille amie, par le plus grand des hasards. Elle est noire, je pense d’origine camerounaise. Elle sourit volontiers à chacune des phrases de son interlocuteur. Je suis absolument persuadé qu’ils ont vécu quelque chose ensemble. Lui est intermittent du spectacle, dans la production. Il sort de son sac une mince brochure en quadrichromie avec les derniers spectacles qu’il a montés. Elle est admirative, emballée. Comme si de rien n’était, il pose sa main droite sur la cuisse gauche de cette femme qui l’admire. Elle se raidit un tiers de seconde et demande : « Ta femme et tes enfants vont bien ? ». « Tout baigne », répond-il. Il laisse sa main sur la cuisse mais il sait qu’il ne doit pas aller plus loin. En gare de Melun, il nous quitte. Ils se reverront.

 

Je devrais prendre le train plus souvent.

 

*En illustration : un tableau de Linda Mouffadil.

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27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 06:13

http://dreamindemonwp.dreamindemon.netdna-cdn.com/wp-content/uploads/Carlos-DeLuna-Wrongly-Executed-For-Another-Mans-Crime.jpgEn l'occurrence, est-ce ainsi que les hommes meurent ? Au Texas, un État qui exécute à tour de bras. Y compris des innocents.

Philippe Bilger, pour Marianne.fr, revient sur l'exécution en 1989 de Carlos de Luna qui eut l'infortune de ressembler à un autre Carlos, meurtrier de Wanda Lopez, une jeune mère célibataire hispanique, poignardée dans la station-service où elle travaillait. Il fallut une enquête de cinq ans d'un professeur de droit et de ses étudiants pour révéler les tenants et les aboutissants de cette fâcheuse méprise.

Les auteurs ont identifié les « nombreuses erreurs, les indices perdus, les occasions manquées qui ont conduit les autorités à accuser de Luna de meurtre, malgré les preuves non seulement qu'il n'avait pas perpétré le crime mais qu'un autre individu, Carlos Hernandez, l'avait commis », souligne leur enquête de quelque 780 pages. Le rapport, intitulé « Los Tocayos Carlos: Anatomy of a wrongful execution » (Les sosies Carlos: anatomie d'une exécution arbitraire) , a refait l'enquête, près de 30 ans après les faits.

 

 

L'enquête a permis d'établir que Carlos Hernandez était un sosie du premier, qu'il demeurait dans la même région, qu'il avait un casier judiciaire chargé avec notamment des agressions et un vol à main armée. Son passé judiciaire n'a jamais empêché qu'il soit traité étrangement par les autorités du Texas avec indulgence.

 

Le comble, c'est que Carlos De Luna n'avait pas cessé de protester de son innocence tandis qu'Hernandez à plusieurs reprises a avoué être l'auteur de cet homicide. Incarcéré à nouveau en 1996, ce dernier est mort en 1996.

 

Ces deux hommes se ressemblaient tellement que même leurs proches les confondaient. Le jour des faits cependant, un témoin avait fourni un signalement vestimentaire et physique - moustachu et une chemise grise- qui correspondait à Hernandez mais non à De Luna: rasé, avec une chemise blanche.

 

La certitude de l'existence dans le même secteur de ces deux jeunes gens si similaires d'apparence n'avait pas dissuadé le procureur, lors du procès, de prétendre «qu'Hernandez n'est qu'un fantôme né de l'imagination de DeLuca».

 

Les deux sont morts mais l'un dans la honte, en ayant réclamé justice sans l'avoir jamais obtenue, l'autre en se sachant coupable mais en n'étant pas cru.

 

Le défaut de conscience, de vigilance, de compétence, quelle catastrophe!

 

Mais la peine de mort, quelle horreur !

 

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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 13:50

 

Comme des millions de téléspectateurs, je viens d’assister à la télévision à une scène assez étrange : l’apparition de Carla Bruni au bureau de vote du XVIe arrondissement, où elle et son mari allaient remplir leurs devoirs de citoyens français. Un mot sur lui : il était égal à lui-même, c’est-à-dire toujours aussi incorrect, aussi peu présidentiel. On le vit en effet se passer longuement la main dans les cheveux, qu’il avait à peu près propres, juste avant de la tendre au responsable du bureau.

 

Quant à elle, quel tableau ! Des cheveux gras, pas lavés depuis huit jours, des cuisses de mamma bien moulées dans un pantalon à deux balles, une veste informe, une espèce de maillot cachant mal un bon ventrounet bien flasque.

 

Qu’aurait tiré de cette apparition le grand Roland Barthèssss (comme dit le kleiner Mann) ? Que signifie ce délabrement chez une professionnelle de l’apparence ? Je me perds en conjectures face à cette conjoncture.

 

Lecteur sarkozyste (je dois bien en avoir un), aide-moi !

 

PS : On me dit que DSK a glissé son bulletin dans la fente et que l'urne était consentante !

 

PPS : Au moment précis où j'écris ce petit texte (14h50), nous sommes des millions à connaître les premiers sondages de sortie des urnes. 

 

 

Nicolas and Carla Sarkozy

 

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28 avril 2012 6 28 /04 /avril /2012 15:05

Toujours Luciole, bien sûr ...

 

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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 14:03

Une de mes amies m’écrit ceci :

 

« Ci-dessous un petit échange avec ma tante (sœur aînée de mon défunt père) qui confirme une histoire que je croyais sortie de mon imagination : c'est mon grand-père paternel, Maurice V., commandant de gendarmerie, ex-prisonnier de guerre, que je n'ai jamais connu puisqu'il est mort à 53 ans (deux ans avant ma naissance), qui a conduit Pétain à sa première prison, dans les Pyrénées, au Fort du Portalet, en août 1945, juste après le jugement de celui-ci et sa condamnation pour haute trahison et pour tout ce qui s'en est suivi d'abominations au cours du sinistre régime de Vichy.

 

Ma grand-mère m'avait aussi bien souvent raconté que, bien qu'entretenant le jour des rapports nécessairement corrects avec la Kommandantur locale, mon grand-père partait parfois des nuits entières porter des informations aux résistants dans les montagnes toutes proches d'Oloron Sainte-Marie (qui était en zone occupée, comme Bordeaux) où il était en poste. 

 

Un petit moment d'histoire familiale, petite parcelle de la grande Histoire. Cela ressemble sans doute à beaucoup d'autres, mais il importe de collecter de tels fragments, de ne jamais oublier.

 

Oui papi avait conduit Pétain au Portalet en fourgon blindé. Nous étions présents puisque le Convoi s'est arrêté devant l'église Notre- Dame à Oloron . C'et alors que  papi l'a pris en charge et l'a conduit au Pourtalet. C'était assez impressionnant. »

 

http://madatana.com/colline/ambohimanga/ranavalona-III.jpgCette histoire a réactivé chez moi un vieux souvenir. Le seul de mes quatre arrière-grands-pères que j’ai connu a, durant son service militaire, gardé en prison pendant quelques semaines, la dernière reine de Madagascar Ranavalo III (link). En 1897. Mon aïeul avait 27 ans. Il nous disait, dans son accent picard à couper au couteau, que la seule personne noire qu’il ait jamais rencontrée était une reine ! Il était de Bonnières, dans l’Oise. Tout près, dans le petit village de La Neuville-Vault (L'Neuville-Weu, comme on dit là-bas), résidait le grand poète Philéas Lebesgue (link). Lui et mon aïeul avaient des champs mitoyens. Ils avaient quasiment le même âge. Philéas, qui se vivait comme un paysan poète et non comme un poète paysan, considérait mon arrière-grand-père Demarseille comme son collègue. Un collègue presque illettré qui ne put jamais savourer la beauté de la poésie de son voisin. Philéas Lebesgue eut la gentillesse de nous accueillir, mes parents instituteurs et moi-même (âgé d’environ 5 ans) à deux ou trois reprises chez lui. Je me souviens de l’âtre (visible ici link) de la salle à manger et de sa grande barbe blanche. C’est à peu près tout.

 

http://a7.idata.over-blog.com/0/30/38/90/p.lebesgue.jpg

 

De Lebesgue, j’aime bien ceci :

La bicyclette

 

 

Toi, tu me plais.

Tu es agile,


Tu es fine et nerveuse

Comme l'hirondelle et comme les chevreuils;

Tu franchis vallons et collines;

Tu es ivre du moindre rayon de soleil matinal;

Tu es heureuse d'être libre,

Et de fuir par la campagne.

Souple et vive

Tu bois l'espace!...

Tu me plais, et je veux que tu sois ma compagne;

Avec tes muscles d'acier,

Tes roues

Qui agrippent le gravier,

Tu t'élances sur la route :

Les pierres du sentier

N'arrêtent point ta course,

Ni le clair filet d'eau qui jaillit de la source,

Ni les feuilles mortes des bois,

Ni la pelouse....

Je te vois jaillir de la forge,

Métal brûlant et rouge aux reflets bleus;

Je te vois peu à peu prendre forme....

Que le mécanicien ajuste la brasure ;

Qu'il tende tes rayons de la jante au moyeu;

Qu'un féal cortège de billes

Arme contre l'usure

La tige

De chaque essieu;

Que chaque écrou, d'un tour de clef habile,

Prenne sa place la plus sûre,

Et que le pédalier soit bien réglé de jeu!

Or le voici bien d'aplomb et gracile,

Avec son nickel qui brille,

Et où le soleil fait feu !

Te voici comme un jeune oiseau qui rêve :

L'air entassé captif en la prison des pneus

Te soulève!

A l'homme maintenant d'avoir du cœur!...

 

Et ceci :

 

Mon père

 

Mes pas dans les tiens, mon Père,

Etouffent leur bruit mou, ce soir,

Dans la bruyère

Où tu vins si souvent t’asseoir,

Pour y bercer ton rêve austère ;

Mes pas dans les tiens,

Mon père, Je me souviens...

Voici le ruisseau, mon Père,

Où nous buvions, loin des regards,

La belle eau claire ;

Voici la prairie aux grisards ;

Voici le sentier aux fougères.

J’entends le ruisseau, Mon Père,

Dans un sanglot...

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 13:47
J'aimerais tant marcher deux heures en sa compagnie...

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 05:44

http://www.rfi.fr/actufr/images/086/hospital_pointenoire432.jpgEn temps réel, on pourrait être 100000 chaque jour à apporter un témoignage comme celui qui suit.

 

Une de mes amies, âgée de 80 ans subit une opération au pied. Pas gravissime, mais c’est embêtant : il y a plein d’os et le pied, ça fait toujours mal une fois qu’on a été opéré. 36 heures après l’opération, ils la virent. Manque de place. Elle est peut-être rentrée chez elle à cloche-pied.

 

 

En ce moment, à Marseille comme ailleurs, c’est le printemps. La nuit qui a suivi l’opération, mon amie a découvert qu’elle dormirait sans couverture. Non seulement, elle a eu très mal au pied cette nuit-là, mais en plus elle s’est bien gelée. Cette opération avait été repoussée d’une semaine, à cause d’une panne dans le service.

 

 

Un dernier pour la route. Je ne donne pas le nom de l’hôpital car il y a eu mort d’homme. Le père d’une amie. 82 ans. Vit en maison de retraite avec un léger Alzheimer. Il fait une mauvaise chute. Le responsable de la maison de retraite le fait transférer à l’hôpital le plus proche. Le service d’urgence est débordé. Après plusieurs heures, notre homme est soigné. Dans les règles. Comme l’univers hospitalier est pour lui très anxiogène, il s’énerve, panique quelque peu. On lui administre une forte dose de calmants. Forte, mais normale. Sa fille, pharmacienne, est présente et le constate. Au lieu de le garder en observation 48 heures, ce qui aurait été le cas avant que le kleiner Mann ne s’occupe de l’hôpital public, on le renvoie à la maison de retraite. Il est alimenté, mais il ingère mal la nourriture qui passe par le mauvais tuyau. Comme il est sous calmants, il ne réalise pas bien ce qui se passe et ne réagit pas, par exemple en se mettant debout, en toussant, en se faisant vomir. Il défaille. On le renvoie à l’hôpital où il meurt peu de temps après d’une pneumopathie.

 

PS : Pendant ce temps, Bertrand, le ministre de la Santé continue de favoriser les médecins scélérats qui s'engraissent et de tuer à petit feu les mutuelles. Je cite Marianne.fr :

 

Avec la plus grande des discrétions, le ministre vient de faire publier au JO un décret et un arrêté instaurant l'option de coordination renforcée qui oblige les assureurs et mutuelles à rembourser aux patients des dépassements d’honoraires plafonnés à 50 % au-dessus du tarif Sécu en ce qui concerne il concerne trois spécialités : la chirurgie, l’anesthésie-réanimation et la gynécologie-obstétrique 

Vers un grand krach sanitaire ? 

C'est assez probable dans la mesure où après le doublement de la taxe sur les contrats de santé solidaires et responsables des complémentaires santé, qui devrait, selon la Mutualité française, entraîner une hausse des tarifs de 4,7% en moyenne en 2012, on voit mal les assureurs et mutualistes ne pas répercuter, une fois de plus, la nouvelle obligation de remboursement ! 

Quelle efficacité sur la hausse permanente des dépassements d'honoraires ? 

Visiblement aucune expliquent les organisations de consommateurs qui expliquent : « (...) les médecins pratiquant de gros honoraires en secteur 2 avec une bonne clientèle n'ont aucun intérêt à passer dans le secteur optionnel. Quant à ceux qui dépassent peu vont augmenter leurs prix puisqu'in fine, le dépassement sera pris en charge par les mutuelles (...) » 

Ce que la Mutualité française qualifie, à juste titre, comme un formidable effet d'aubaine ! 

Plus précisément détaille Le Monde, cité par la Mutualité française : « (...) Avec ce dispositif, les mutuelles et les associations de consommateurs craignent que dans les grandes villes et les régions où les dépassements d'honoraires sont élevés (Paris, Paca, Rhône-Alpes…), le plafond de 50% du tarif opposable ne soit trop bas pour attirer les candidats, et que dans les zones où les tarifs du secteur 2 étaient peu élevés, les médecins ne soient tentés d'augmenter leurs prix jusqu'à 50% (...) » 

Ajoutons à celà, que Selon Le Monde : « (...) le ministre de la Santé ne compte pas s'arrêter là et pourrait faire publier, avant la présidentielle, un nouveau décret, qui obligerait cette fois les complémentaires à prendre en charge les dépassements plafonnés à 20% des autres spécialités (...) » 

Conséquence 

Une nouvelle pénalisation de la santé des français qui ne disposent pas de complémentaire santé que UFC Que Choisir chiffre de façon précise : « cela signifiera que les 4 millions de Français dépourvus de complémentaire devront assumer seuls le poids écrasant de ces nouveaux dérapages tarifaires » 

Face à cette décision de Xavier Bertrand, les syndicats de salariés et la Mutualité française réclament : 

« un strict encadrement des dépassements d’honoraires comme première mesure d’urgence ;
- L’ouverture immédiate de négociations avec l’ensemble des acteurs concernés pour fixer une juste rémunération des actes médicaux » 

Mais il est plus que probable, compte tenu de l'urgence avec laquelle cette mesure a été prise, que le ministre reste sourd à ces demandes et préfère sacrifier la santé d'au minimum 4 millions de français, afin d'obtenir le vote massif du corps médical pour le président candidat ! 

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 06:39

Depuis quelques années, j’assiste régulièrement à des concerts pour piano donnés par des enfants de cinq à dix-huit ans. Les œuvres appartiennent au registre classique, mais aussi au jazz et à la variété. Ça ne rate pas : à chaque fois, on a droit à une interprétation de “ Mistral Gagnant ” de Renaud (link).

Je ne fais pas la fine bouche : c’est une très belle chanson et, pianistiquement, elle pose des problèmes subtils aux apprentis musiciens. Je note, par parenthèse, qu’on a aussi droit, plus souvent qu'à notre tour, à du Yann Tiersen. Intéressant pour les pianistes, mais, à mes yeux – et surtout à mes oreilles – de la guimauve au kilomètre. Il faut croire que ça parle aux gosses. Tenez : cette vidéo (qui m’endort au bout de 15 secondes) a été vue 4 millions de fois : (link).

Pour moi, cet engouement pour la chanson de Renaud reste un mystère. Elle date de 1985. Pour les enfants, elle appartient à un passé à peu près aussi éloigné que la “ petite musique de nuit ” de Mozart. Quant au référent, il est quasiment aussi lointain que la poule au pot d’Henri IV. Comme il m’a fallu un bon moment pour expliquer à mes filles ce qu’étaient les Mistral gagnants, j’ai décidé d’en faire profiter les jeunes lecteurs de ce blog.

Le Mistral gagnant était un bonbon en poudre. Dans un sachet en papier nous attendait une substance poudreuse sucrée, au parfum bien chimique, effervescente sous le palais. Dans le sachet, on insérait une paille en réglisse douce qui nous permettait d’aspirer la poudre. Dans certains sachets était inscrit le mot « gagnant », ce qui donnait droit, évidemment, à un autre bonbon.

Je ne sais plus quand cette confiserie a disparu de la circulation, en tout cas bien avant la chanson. Au moment de l’enregistrement, Renaud, né comme moi un onze mai, a trente-trois ans. L’âge du Christ, dont il a un peu la figure. Dans ce texte qu’il destine à sa fille Lolita, il évoque avec nostalgie son enfance “ sucrée ” qui ne reviendra plus.

C’est sûrement la fin de la chanson qui interpelle le plus les gosses d’aujourd’hui : Renaud leur dit qu’un jour ils ne seront plus des enfants. Ce qui est à la fois merveilleux et déstabilisant.

Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie

Et l'aimer même si le temps est assassin

Et emporte avec lui les rires des enfants

Et les Mistral gagnants

Pour ne rien vous cacher, ma friandise préférée à l’époque, c’était çelle-là. Bien chimique, elle aussi, et on pouvait la faire durer trois heures.

http://www.mamie-dine.com/images/Photo%20709.jpg


 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:00

http://reunion.orange.fr/IMG/jpg/photo_1253120034533-1-0.jpgCette note m’a été inspirée par un extrait d’un entretien accordé par le romancier Alain Julien Rudefoucauld à Télérama(n° 3245), dont les pages culturelles sont toujours aussi nourrissantes, mais qui est de plus en plus entaché d’anglicismes, ce qui est un autre débat.

 

Rudefoucauld quitte l’Algérie à 12 ans en 1962 :

 

« L’arrivée de sa famille à Toulouse, protégée de la foule et des insultes par une haie de militaires. L’accueil de la prof de maths, au lycée de Toulouse : « Vous venez d’Algérie ? Eh bien, retournez-y ! » Et la mise en quarantaine qu’il subit immédiatement de la part de ses camarades de classe. La violence, alors, qui s’empare de lui, les conseils de discipline, le bac raté. »

 

J’ai deux ans de plus que cet écrivain. Comme je suis né dans un coron du Pas-de-Calais, mon vécu, heureusement pour moi, sera complètement différent. En 1962, je suis en classe de 3ème dans un grand lycée lillois. Le recrutement est petit et moyen-bourgeois. En début d’année, la grande majorité des élèves de ma classe est pour l’indépendance de l’Algérie. Quelques semaines après la rentrée, nous accueillons un camarade pied noir. Fils de commissaire de police. Extrêmement sympathique. Il a été indéniablement traumatisé par un départ brusqué de son pays natal et a beaucoup de mal à s’habituer aux brouillards automnaux du nord de la France. Il surmonte son mal être par l’humour. On l’adopte sans peine. On sympathise avec lui. Au point qu’en fin d’année nous ne sommes plus que deux, dans la classe, à être en faveur de l’Algérie algérienne tandis que tous les autres ont adopté la cause de l’OAS. Mes parents sont à fond pour l’Algérie algérienne. Bien qu’étant viscéralement de gauche, ils y ont quelques mérites : pendant la guerre, mon père eut comme prof d’anglais Guy Mollet qui fut pour lui une sorte de père spirituel, pendant que ma mère, de son côté, faisait du théâtre avec le futur président du Conseil (link).

 

Trois ans plus tard, dans un lycée amiénois, j’ai deux très bon copains, tous deux internes comme moi. Le premier est pied noir, aussi sympathique que le fils du flic lillois. Tout le monde l’aime et comprend sa douleur. Il nous explique fréquemment pourquoi il se sent algérien et rien d’autre. Des années plus tard, il retournera vivre pour toujours dans son pays natal. L’autre camarade est un fils de harki. Quand il nous arrive, il parle français comme une vache espagnole. Forcément, on se moque de son accent « bicot ». Du coin de l’œil, il nous fait comprendre qu’il va travailler et nous surprendre. Lors de l’élection présidentielle de 1965, je lui demande s’il soutient Tixier-Vigancour, le mentor d’extrême droite de Le Pen. Nullement, me dit-il. Il sait que la page est irrémédiablement tournée. Pendant les événements de 68, il militera au sein du PSU. Il suivra les cours de la fac de droit, aura le ministre socialiste Jean-Pierre Cot comme prof et finira lui-même prof de fac.

 

E la nave va, comme disait fellini.

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