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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 06:16


Justin. Un  gamin de 13 ans. Fou de foot depuis l’âge de trois ans. Il joue dans l’équipe de son village. Il y brille. Des instances régionales le repèrent.

 

Avec deux mille autres gosses, il est sollicité pour participer à une grande sélection qui lui permettrait de jouer à un très bon niveau. Il accepte, pas très chaud car, en cas de réussite, il devra quitter le collège où il est le meilleur de sa classe.

 

Un parcours du combattant. Des épreuves physiques et techniques. Il finit par faire partie du dernier peloton pour la dernière épreuve : une course d’endurance.

 

Là comme partout, il excelle. Il arrivera dans les cinq premiers sans problème. Après deux kilomètres, il double un des copains de son village. Le gamin respire comme une locomotive à vapeur en se pressant la main sur le cœur. Il a mal, il est blême, au bord de la syncope. Justin s’arrête, l’aide à s’asseoir, à reprendre son souffle. Les autres concurrents passent. Justin fait de grands signes pour alerter les responsables. L’un d’entre eux vient vers lui à petits pas. Justin explique la situation et propose au responsable de marcher avec son copain jusqu’à la ligne d’arrivée.

 

Justin est éliminé.

 

Le lendemain, il me dit :

 

— Si c’est cela, l’esprit de compétition de haut niveau, je préfère rester dans mon village et continuer de jouer avec mes potes.

 

Petit rappel : pour le basket professionnel, on peut relire ceci : Florilège (33) 

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 17:43

 

 

TRon

 

Le Petit Journal de Yann Barthès avait coutume de présenter le beau Georges comme un séducteur patenté.

Pas comme un obsédé du peton.

Une preuve de plus que la réalité dépasse toujours la fiction.

 

Ce blog se voulant avant tout culturel, il accueille volontiers un petit questionnaire de Rue 89 sur le pied dans la politique :

 

 

Quiz spécial 'le pied dans la politique'
Le quiz hebdomadaire de Rue89.
 Q1. 'Un homme qui porte de pareilles chaussettes ne peut être malhonnête. ' Qui a prononcé cette phrase et qui vise-t-elle ?
 
 
 
 Q2. Edouard Balladur était connu pour aimer porter. . .
 
 
 
 Q3. Qu'a déclaré Alain Juppé à TF1 le 6 juillet 1995, alors qu'on l'accusait d'avoir bénéficié d'un loyer en dessous des prix du marché pour son appartement parisien ?
 
 
 
 Q4. L'ex-ministre des Sports Roselyne Bachelot a porté des Crocs roses à la sortie d'un conseil des ministres, comme elle l'avait juré si. . .
 
 
 
 Q5. Qu'a fait offrir Ségolène Royal, présidente de la région, à des lycéens du Poitou-Charentes ?
 
 
 
 Q6. Combien Christine Deviers-Joncour a-t-elle payé la fameuse paire de Berluti destinée à son amant Roland Dumas ?
 
 
 
 Q7. 'J'aurais dû l'écraser et du pied gauche, ça m'aurait porté chance. ' Qui a prononcé cette phrase et qui vise-t-elle ?
 
 
 
 Q8. Qui a dit 'Oh, là mon pote je t'arrête, tu déconnes. Masser les pieds et bouffer la chatte d'une gonzesse ça fait deux' ?
 
 
 
 Q9. Qu'est-ce qui a valu à Michelle Obama, Première dame américaine, d'être pour la première fois moquée par les ennemis de son mari ?
 
 
 
 Q10. Qu'a dit François Hollande à propos de Nicolas Sarkozy ?
 
 
 

 

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 06:00

Comme beaucoup, je suis à la fois quatre-roues et deux-roues. J’aime que les services de voirie me facilitent la vie quand je roule à vélo. J’apprécie en zone périurbaine en particulier, les pistes cyclables comme celles, pas encore assez nombreuses à mon goût, que j’emprunte dans la banlieue sud de Toulouse.


De par le monde, un certain nombre de grandes villes sont en train, par la force des choses, d’interdire les voitures en transit. Ce n’est pas le cas dans Toulouse et ses environs immédiats. Mais, comme je l’ai déjà mentionné, tout est fait pour pourrir la vie des automobilistes et accessoirement des cyclistes : des radars placés non pour la sécurité mais pour le rendement financier, des barrières qui interrompent inopinément certaines pistes cyclables, des ralentisseurs ventrus comme certains gendarmes qui vous bousillent un essieu de voiture ou qui vous voilent une roue de vélo en deux temps trois mouvements (certaines rues de la commune de Tournefeuille en comptent un tout les cinquante mètres), enfin des chaussées qui sont rétrécies alors qu’elles pourraient être élargies.


Puisque je sens que vous voyez en moi un râleur impénitent, j’ai pris deux photos lors d’une de mes balades à vélo illustrant ce problème.

 

Dans la première photo, la piste cyclable (à droite) est légèrement plus large que la chaussée (à gauche). Mais elle est interrompue par une barrière blanche qui permet le passage des camions se rendant au dépôt des magasins Leclerc.

 Leclerc.jpg

 

Dans la seconde photo, la piste cyclable (souvent désespérément vide) fait un mètre de plus en largeur que la chaussée. Les camions ont intérêt à viser juste.

 

1778.jpg

 

The Way of all Flesh !

 

 

PS : deux curiosités :

http://raphaellegensane.over-blog.com/

http://rebeccagensane.over-blog.com/

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27 avril 2011 3 27 /04 /avril /2011 06:56

Un petit tour, il y a deux jours, à la brocante de Castelsagrat, village du Tarn-et-Garonne.

 

Le principe des brocantes, c'est qu'on se débarrasse d'objets dont on ne se sert plus. En Sarkozie, les choses ont bien changé.

 

Tout le monde connaît la vaisselle de Gien. Magnifique. Le savoir-faire bien de chez nous. Dans le commerce, une assiette coûte entre 20 et 50 euros. Une théière, environ 150 euros. Sous les arcades de Castelsagrat, une dame proposait un service de 54 pièces pour 100 euros. Impeccable. Pas une égratignure.

 

Dans la France du kleiner Mann, on ne vend plus des objets qui nous ont accompagnés toute notre vie pour faire de la place, mais pour ne pas crever.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 06:15

Ce drame de Septembre 2008 m'avait complètement échappé.

 

http://www.letelegramme.com/ar/imgproxy.php/PhotoIntuitions/2011/04/18/1273328_ubo.jpg?article=20110418-1001273328&aaaammjj=20110418Une femme de 39 ans, maître de conférence stagiaire de philosophie à l'université de Brest s'est donné la mort. Elle a expliqué sa décision en quelques mots graves :

 

"Devant l'accumulation des difficultés à laquelle je dois faire face depuis des mois, j'ai décidé de mettre fin à mes jours. L'événement qui a précipité ma décision a été la nouvelle de ma non-titularisation à l'université de Brest, que j'ai apprise il y a tout juste une semaine."

 

Elle s'est noyée devant la Bibliothèque nationale de France. Un temple du savoir. Ses proches ont dit d'elle qu'elle aimait la vie, qu'elle était très bonne musicienne, qu'elle aimait les bons vins, les soirées entre amis.

 

Un petit point technique et administratif : lorsqu'une personne est nommée maître de conférences, elle doit, comme la plupart des fonctionnaires, exercer pendant un an comme stagiaire avant d'être titularisée. L'institution vérifie que cette personne a les compétences requises. Toujours possible, prévue par les textes, une non-titularisation est rarissime. En quarante ans de vie universitaire, j'en ai connu personnellement trois ou quatre. Jusqu'au vote de la LRU, une non-titularisation était proposée par la commission de spécialistes qui avait nommé la stagiaire. Cette commission était composée d'un nombre variables de collègues (environ une dizaine). L'avis de la commission était transmis au président de l'université qui ratifiait - ou non- et transmettait au ministre. Je me souviens tout particulièrement de deux cas de proposition de non-titularisation. La première concernait une MCF de chimie qui, durant son année de stage, n'avait strictement rien fait, malgré les admonestations répétées de sa hiérarchie. La personne n'intégra jamais l'Université. L'autre concernait un MCF d'anglais. La commission de spécialistes de Rennes (la Bretagne, décidément), dont je connaissais plusieurs membres, estimait que le collègue était par trop instable. De fait, il connaissait quelques problèmes d'ordre affectif. En bon syndicaliste, je passai plusieurs heures au téléphone pour convaincre mes amis de Rennes de ne pas commettre un véritable crime administratif. En effet, si ce jeune collègue n'avait pas été titularisé, il aurait été rayé des cadres de la Fonction publique et aurait perdu sa qualité antérieure de professeur certifié de l'enseignement secondaire. Dans son infinie bonté, la commission de spécialistes décida - pour ne pas perdre la face, j'imagine -  de prolonger le stage d'un an au bout duquel le jeune MCF fut titularisé. Il est, depuis plusieurs années, professeur des université, très apprécié en tant que collègue et en tant que personne.

 

Revenons à Marie-Claude Lorne. Il fallut deux ans au ministre Pécresse pour faire diligenter une enquête par l'Inspection générale de l'Education nationale et de la recherche. L'Inspection dénonça dans son rapport des insuffisances et des irrégularités. Elle releva des manquements aux règles de déontologie. La commission de spécialistes ayant siégé réduite à deux membres, le quorum n'était évidemment pas atteint. Le reproche principal fait à la candidate est qu'elle n'envisageait pas de résider à Brest. Cette critique était non seulement infondée mais illégale. La commission avait siégé en juin. Son président n'osa pas informer Marie-Claude Lorne de sa décision. Marie-Claude apprit ce qu'il en était à la rentrée de septembre dans un courrier dépourvue de toute formule de politesse. L'opinion publique n'a pas toujours conscience que le secteur public est parfois bien plus dur dans sa "gestion des ressources humaines", comme on dit désormais, que les patrons du privé.

 

Avec la LRU, des couacs administratifs de ce type (avec ou sans suicide) seront de plus en plus nombreux. En effet, les commissions de spécialistes, malgré leurs imperfections, étaient démocratiquement élues. Elles fonctionnaient de manière stable, pour une période de trois ans. Elles ont été remplacées par des "comités de sélection" nommés, pour chaque poste à pourvoir, par le président de l'université. Ce qui contribue à renforcer le copinage et le localisme. Donc l'arbitraire. Un des "ravages" de la LRU.

 

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 14:41

J'ai sous les yeux deux photos. Vous avez le droit de chercher un petit air de ressemblance avec moi : il s'agit de photos de famille, mais là n'est pas la question.

La première date de 1957.


photo-2----copie.jpg

 

Outre le fait que cette personne est vraiment belle, ce qui m'intéresse, c'est qu'elle a 36 ans. Je me dis tout simplement qu'aujourd'hui une femme de 36 ans aurait l'air beaucoup plus djeuns, beaucoup plus gamine.

 

La seconde date de 1946. La femme est âgée de 46 ans, l'homme de 52 ans. La femme semble en avoir 10 de plus, tandis que l'homme a 11 ans de moins que moi aujourd'hui.

 

C'est fou ce que l'aspect des gens a pu évoluer en deux générations.


photo-3----copie.jpg

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 09:55

1997---copie.jpgVendredi dernier, une petite fille a été enlevée, séquestrée pendant sept heures, violée par un prédateur pervers, récidiviste. L’enlèvement a eu lieu vers 18 heures dans le parc de Fontaine l’Estang, quartier de la Faourette à Toulouse.


Ce jardin public est à l’image de notre société : il est spacieux, agréable, les enfants des écoles viennent y courir avec leurs instituteurs. Mais le soir, il est un des lieux de rendez-vous préférés des junkies de cette partie de Toulouse où le chômage des jeunes avoisine les 30%.


Une de mes proches, elle-même accompagnée de sa fille de cinq ans, était présente. Elle n’a rien vu. Ou plutôt si : elle a vu des gamins et gamines jouer sous la surveillance de leurs parents. Quelques secondes d’inattention de tous et le prédateur enlevait sa victime.


Des malades, des tarés, il y en a toujours eu. Mais ce drame, qui n’a malheureusement rien d’exceptionnel, nous dit quelque chose sur un pays où le malheur s’est installé durablement avec la “ crise ” économique. Dans tous les domaines, les tabous, les interdits sautent les uns après les autres. J’avais exprimé cette délitescence de notre société dans mon blog censuré à propos d’une visite effectuée dans un de mes cimetières de famille, en Picardie.


Je me permets de republier ce petit texte in extenso :


Je me suis récemment rendu au cimetière de M., en Picardie. Des membres collatéraux de ma famille y sont enterrés depuis cinq générations. Je souhaitais, tout particulièrement, me recueillir sur la tombe d’un de mes cousins mort d’une leucémie à 14 ans, au début des années soixante. Son calvaire avait duré deux ans. Vers la fin, il ingurgitait 90 cachets par jour. En vain, puisque cette maladie était incurable.

 

À l’époque, à l’exception d’une petite poignée de jeunes morts au champ d’honneur durant les deux Guerres mondiales, ce cousin était le seul adolescent enterré dans le cimetière de M. Mais dans ces allées où je n’avais pas déambulé depuis quelques lustres, je dénombrai pas moins d’une douzaine de caveaux contenant les restes de jeunes gens âgés de 16 à 35 ans. Une douzaine sur 300 environ.

 

Je demandai à une parente, résidant dans le village, quelles étaient les causes de ces décès précoces. Sa réponse me désarçonna quelque peu : trois accidents de voiture (dont un de mes petits-cousins de 20 ans), cinq victimes d’alcoolisme et de drogue (héroïne, entre autres), deux femmes et un homme qui s’étaient suicidés après des années de mal-être personnel couplé à de longues périodes de chômage.

 

Comme beaucoup de villages de Picardie, M. est situé à proximité d’une ville d’importance, et l’on n’y compte pratiquement plus aucune activité agricole. Les adolescents, les jeunes gens vivent dans la ruralité, mais pas de la ruralité. À la ville toute proche, ils se rendent uniquement les vendredi et samedi soir pour boire, glander, danser, draguer. Ils ne sont donc ni ruraux ni urbains.

 

Faut-il donc que ces populations soient déstructurées, par l’absence de travail au premier chef, mais aussi par un manque de repères, de vrais rapports sociaux, et de ce que Lucien Sève appelle « une conquête d’autonomie par rapport au monde comme à eux-mêmes » ?

 

En 1957, un commis agricole du village âgé d’une vingtaine d’années, brave garçon, travailleur sérieux, “ emprunta ” une mobylette. Il fut condamné à deux mois de prison ferme. Ce fait-divers causa un émoi collectif comme le village n’en avait pas connu depuis la Libération.

 

Aujourd’hui, à M., on se pique à l’héroïne et on meurt. Dans l’indifférence la plus totale.

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16 avril 2011 6 16 /04 /avril /2011 07:00

En classant quelques archives, je me suis aperçu que j’avais publié mon premier article il y a quarante et un ans.

 

Dingue…

 

Comme disait ma mère quelques semaines avant de mourir, « c’est court, une vie ».

 

Il s’agissait d’un bref article sur les Beatles, pour la revue de l'Association des professeurs de langues vivantes.

 

 

De fait, ma toute première publicationDépêche.jpg date de cinquante-trois ans. Mon grand-père était le correspondant de La Dépêche pour son village, Monclar d’Agenais, dans le Lot-et-Garonne. Un jour, il écrivit une brève consacrée à l’inauguration du four à pruneaux (qui a disparu depuis, ainsi que ses effluves enivrants). Il me demanda de pendre une photo. Je m’exécutai avec mon tout nouveau Brownie Flash (l'appareil en forme de cube qu'on positionnait devant son nombril). Le quotidien de la famille Baylet passa ma photo. La gloire…

 

À la demande d'un très vieux monsieur qui a connu mon grand-père du temps de La Dépêche, je joins un cliché  d'époque.

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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 14:10

http://a6.idata.over-blog.com/500x417/0/56/45/40/chignon/chignon-bas-mariage.jpgCe 12 avril 2011, France 3 nous a proposé une fort plaisante soirée consacrée aux derniers mois de la vie de Pompidou. Une fiction avec Jean-François Balmer offrait une puissante réflexion sur la mort, le pouvoir, l’amour (les Pompidou formaient un couple très uni). Puis le précieux boniparleur Taddéi (link) réunit un plateau de qualité avec, entre autres, l’auteur du film et l’inévitable Marie-France Garraud, aujourd’hui âgée de 77 ans, conseillère de Pompidou, puis de Chirac.

 

Bien qu’étant plutôt de gauche (avec la présence d’Yves Boisset – dont j’appris que le père avait été un condisciple de Pompidou à Normale Sup’ – et de Marina Vlady), ce plateau ne fit pas grand mal à l’homme politique, celui qui avait choisi la banque d’affaires contre l’université, qui fut l’instigateur d’une politique anti-ouvrière avec Raymond Marcellin au début des années 70 et qui étouffa toute tentative de liberté dans les médias d'État. Et, avant cela, celui qui avait maté une grève du désespoir des mineurs de charbon en 1962. À cette occasion (j’avais 14 ans), j’avais participé à ma première action de soutien à un mouvement revendicatif en récoltant des fonds pour que les grévistes et leurs familles puissent manger.

 

Malgré cette bienveillance, Marie-France Garraud partit bille en tête contre le réalisateur, estimant qu’il avait manqué de respect pour la statue du commandeur. Ce que tous les participants au débat nièrent.

 

Je l’avais complètement oubliée (refoulée ?), cette acrimonie (j’adore le mot anglais cantankerous) de la conseillère de l’ombre me remit en mémoire notre brève rencontre dans le TGV Poitiers-Paris il y a une quinzaine d’années.

 

J’avais pris place à une table dans la voiture-bar pour manger un sandwich quand je découvris qu’étaient assis en face de moi Marie-France Garraud et un compagnon de voyage, se restaurant tous deux d’une salade composée. Je la reconnus telle que je l’imaginais : brillante, extraordinairement phallique, n’acceptant pas la contradiction. À Châtellerault, l’homme descendit (était-ce prévu ou n’en pouvait-il plus ?) et je me retrouvai seul face à la redoutable égérie. Plusieurs possibilités s’offraient à moi : je faisais comme si elle n’existait pas tout en restant à table, je quittai mon siège ou je restai en sa compagnie en engageant la conversation. J’étais demeuré jusqu’alors impassible, mais je sentis qu’elle savait parfaitement quel type d’individu je pouvais être : assurément pas quelqu’un de son camp politique ou de son milieu (les vieilles familles de juristes bien à droite du Poitou).

 

J’eus l'irrépressible envie de lui envoyer une vacherie. J’hésitai. Si je la jouais politique, il ne lui faudrait pas trente secondes pour me clouer le bec ou me rouler dans la farine, selon le choix de la métaphore. Je décidai de la faire perso et adressai à cette personne qui représentait tout ce que je détestais la flèche du parthe suivante :

 

— En vous regardant et en vous écoutant, je me suis longuement demandé si vous étiez Marie-France Garraud ou la femme de Chaban-Delmas.

 

Garraud détestait Chaban : l’homme, le politique. Mais elle avait la même forme de visage et le même magnifique chignon que Micheline, la femme de Chaban.

 

Je ressentis une forte surprise et une imperceptible indignation chez ma voisine de table : comment pouvais-je la confondre avec cette femme qui n’était rien d’autre qu’une « femme de » ?

 

— On nous prend en effet parfois l’une pour l’autre, dit-elle habilement.

 

Un silence pesant s’installa, que Marie-France rompit par un :

 

— Voulez-vous mon yaourt, je n’ai plus faim ?

 

Comme c’était habile de sa part ! Pour le yaourt, en effet, c’était moi ou la poubelle. Et en me donnant quelque chose, elle reprenait le dessus.

 

Malgré tout, je pris tout mon temps pour savourer ce laitage. Quasiment jusqu’à Paris. Gare Montparnasse, elle me salua courtoisement.

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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 06:26

Je reprends ce texte non sans quelque appréhension. Lorsque je l'ai publié sur mon ancien blog et sur le site du Grand Soir, il m'a valu, non pas une volée de bois vert, ce qui aurait été bien modéré, mais un torrent d'injures, presque toutes anonymes. J'étais bien sûr un affreux colon. Un raciste patenté. Je mentais car je n'avais nullement assisté à ce que je décrivais. J'étais un dandy uniquement préoccupé de sa personne. Complètement hystérique, une historienne universitaire démontra, sur son propre blog, à neuf heures du soir, que les faits narrés n'avaient jamais existé, avant de se rétracter à une heure du matin: effectivement, il y avait eu des problèmes entre les communautés que je décrivais. Avant cela, certains internautes, méfiants, avaient conseillé : attention, Gensane est un universitaire qui vérifie tout ce qu'il écrit ; il dit peut-être la vérité ! Des fous furieux me dirent que j'aurais dû défendre l'enfant égorgé. Bien sûr, c'est ce qu'ils auraient fait, eux, et en chantant L'Internationale ! “ Tu n'es qu'un lâche! ”, proclamèrent-ils. L'anonyme a le tutoiement et le courage faciles, à 5000 kilomètres de distance et vingt ans après les faits.


http://www.dakaronline.net/photo/art/default/1992331-2749422.jpg?v=1289523787

Cela a été dit avant moi mais je le répète : la meilleure dénonciation du colonialisme de la littérature française est le fait de Céline, le pire raciste d'extrême droite que nous ayons connu. Je renvoie au tiers du Voyage au bout de la nuit consacré à l'Afrique. Lorsque tout a été dit, force est de reconnaître que ce haut fait littéraire nous expose une seule chose : les gens du Nord ont volé leur continent aux gens du Sud, et ils s'y sont perdus.

 

Lorsque l'on séjourne, ce qui fut mon cas des années durant, dans nos anciennes colonies, cette réalité ne nous revient en pleine figure qu'en temps de graves difficultés. Aujourd'hui, je pense bien sûr aux Français et autres expatriés qui résident en Côte d'Ivoire. Cela fait quinze ans maintenant que ce pays est en crise plus ou moins violente, après trente ans d'éteignoir et d'étouffoir imposés par le très habile autocrate Houphouët-Boigny. Je lis sur le visage de ces Européens et autres Libanais, protégés dans leur intégrité physique par les soldats du 43e Bataillon d'infanterie de marine stationné en permanence à Port-Bouët (accords militaires bilatéraux obligent), juste à côte de l'aéroport, l'acceptation plus ou moins confuse d'une réalité toute simple : par-delà leur attachement à ce pays attachant, par-delà leur engagement authentique dans la vie de ce pays, les dés étaient pipés.

 

Il y a cinquante ans, juste après les indépendances, le Sénégalais Cheikh Hamidou Kane publiait L'Aventure ambiguë. Ce roman séminal racontait le passage d'un jeune homme de l'école coranique à l'école des Blancs, des “ toubabs ”, là ou l'on apprend la dialectique et son côté obscur, la mauvaise foi (dans les deux sens du terme). Un séjour en Europe le fera douter de son dieu. Depuis que les Européens se sont partagé l'Afrique lors de la Conférence de Berlin en 1885, ce qu'on appellera, sous tous les présidents de la République française, la Françafrique, est totalement conditionnée par l'ambiguïté de cette aventure commune. Les gens du Nord ont déterminé le regard que les gens du Sud portent sur eux-mêmes. Mais le regard que ceux du Sud leur ont renvoyé les a empêchés de se voir tels qu'ils sont et de comprendre l'ambiguïté existentielle de leur situation sous les tropiques.

 

En cette circonstance dramatique, j'avais enfin compris cela. Dans mes fibres.

 

Un enfant égorgé

 

En 1988, j’ai passé quelques mois à Dakar, où j’ai donné des cours à l’Université Cheikh Anta Diop.
Le soir, j’aimais beaucoup descendre et remonter la rue principale du Plateau, m’arrêter à une terrasse de café (un établissement géré par une Française qui possédait un basset aussi laid que raciste : il aboyait après tout mendiant noir s’approchant à moins de cinq mètres des lieux) pour siroter une bière et croquer des arachides. Parfois, rarement, quand le cinéma offrait autre chose qu’un navet, je m’offrais un billet pour la séance de dix-huit heures.
Un soir, j’assistai à un film de guerre, disons de série C, mais très efficace, violent à souhait. Ce film dénonçait l’occupation soviétique de l’Afghanistan. Toute une époque : Georges Marchais justifiait cette guerre en disant que les troupes des camarades allaient éradiquer le droit de cuissage. Les dialogues de cette toile impérissable n’étaient pas du Claudel. Il ne fallait surtout pas interférer avec le bruit assourdissant des mitrailleuses et les hurlements des Afghans torturés. Je finis par m’endormir d’un demi-sommeil, bercé par les détonations.
Lorsque, vers vingt heures, je sortis de la salle, je découvris que la grande artère (Avenue Pompidou, anciennement William Ponty) était bizarrement déserte. Un chauffeur de taxi, que je n’avais pas sollicité, s’arrêta à mon niveau et me dit : « Monte, monte, vite ! ». Je m’exécutai et lui demandai ce qui se passait. Il me répondit : « Ils ont tué des Nars ».
- Qu’appelles-tu des « Nars » ?
- Des Naritaniens.
Des Mauritaniens, pensai-je.
- Mais qui a tué des Mauritaniens ?
- Nous, les Sénégalais.
- Mais pourquoi ?
- Parce qu’ils ont égorgé nos femmes en Mauritanie. Ils leur ont coupé les seins. Alors, nous on s’est vengé, mais l’armée a balancé des grenades offensives. Sinon, on les tuait tous.
À la frontière sénégalo-mauritanienne, des paysans sénégalais avaient tué des bergers mauritaniens dont les troupeaux dévastaient leurs plantations. En représailles, des Mauritaniens avaient mutilé des Sénégalaises. Heureusement, la diplomatie allait rapidement triompher.
Je réalisai soudain que, dans mon demi-sommeil de cinéphile, des vraies détonations s’étaient mélangées aux détonations fictives. Je rentrai chez moi aussi vite que le taxi le put et me couchai sans manger. Toute la nuit, des échanges sporadiques de coups de feu se firent entendre à l’autre bout de la ville.
Le lendemain matin, comme j’avais sauté un repas, j’avais très faim. Je descendis dans la rue pour acheter une baguette. Surprise : toutes les petites échoppes étaient par terre. Impossible de se procurer du pain, des légumes, le journal. Il était neuf heures et je décidai de partir en quête de nourriture. Je marchai deux ou trois kilomètres et ne trouvai rien. Tous les petits commerces avaient été détruits. Forcément, puisqu’ils appartenaient à des Mauritaniens. Je me résolus à revenir vers le centre de Dakar, où j’allais bien finir par trouver une boulangerie appartenant à un Sénégalais. Il commençait à faire bien chaud et j’avais l'estomac dans les talons.
Je me trouvai soudain en présence d’un rassemblement d’une cinquantaine de personnes très excitées, devant une villa de taille moyenne. « Ils sont comme moi, ils ont faim », pensai-je. Tous criaient en wolof, une langue dont je ne connaissais pas un traître mot, mis à part les salutations, assez déplacées dans ce contexte. Je me hissai sur la pointe de pieds pour mieux voir.
Ce que je découvris me fit tourner de l’œil : le père, la mère, une petite fille d’environ huit ans, sur le trottoir, égorgés.
Quand on est dépassé par un spectacle, quand on est submergé par une vision, on réagit toujours un peu bêtement. Au lieu de demander aux Sénégalais, dont deux d’entre eux tenaient toujours fermement une machette rouge de sang, pourquoi ils avaient fait cela, je dis:
- Pourquoi les avez-vous traînés dehors ? Sous-entendu : si vous les aviez laissés dedans, je n’aurais rien vu.
- C’est pour montrer qu’on les a tués.
- Mais pourquoi avez-vous tué la petite ?, demandai-je toujours aussi bêtement car le meurtre d’un enfant innocent – quoi qu’en pensent certains – n’est pas plus scandaleux que celui d’un adulte tout aussi innocent.
- Comme ça, elle ne fera pas d’enfants qui nous tueront.
Je ne pensai plus rien et je me dis : ce n’est pas tout, mais j’ai vraiment faim, il faut que je trouve du pain.
Il me fallut quelques secondes pour m’étonner de mon attitude, de ma réaction. Je me remémorai une conversation avec un étudiant chrétien de Beyrouth et une très belle page d’Orwell. Au début des années soixante-dix, j’avais eu une longue conversation avec un jeune Libanais résidant à Paris, qui m’avait expliqué la guerre civile dans son pays. Il m’avait raconté – ce qu’il m’avait été impossible d’intérioriser – que, le matin, des jeunes fréquentaient les mêmes bancs de la même université américaine, que l’après-midi ils se canardaient, et que le soir ils draguaient les mêmes filles dans les mêmes boîtes. Bien sûr, le jour suivant était identique au précédent. Comment, en effet, comprendre cela ?
Dans “ L’art de Donald McGill ”, un essai de 1942, Orwell explique que, en chacun de nous, il y a une moitié de Don Quichotte et une moitié de Sancho Pança. Une moitié prête à l’héroïsme et une moitié qui préfère rester gentiment en vie. Cette seconde moitié, Orwell la dénomme notre moi privé, notre moi officieux. Elle est la voix de notre ventre qui conteste celle de notre âme. Sancho Pança préfère dormir dans des lits douillets, ne pas trop travailler, boire de la bière. Et il gagne toujours contre Don Quichotte.
Voilà pourquoi, au beau milieu de cette horreur, je cherchais du pain.

Que je finis par trouver.

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