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9 février 2022 3 09 /02 /février /2022 06:01
Encore de l'inattendu
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8 février 2022 2 08 /02 /février /2022 06:00

Extrait du livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet (Fayard) :

 

"Chaque soir, Jean Piat, aussi faible et âgé qu’il était, venait rendre visite à son grand amour, à « la Dorin ». Un taxi le déposait devant la résidence des Bords de Seine. Un déambulateur l’attendait derrière l’accueil pour prendre le relais de cette canne qui ne le portait plus. Il se rendait à pas lents à la chambre de sa bien-aimée et y restait des heures durant, jusqu’après la fermeture de l’accueil et l’arrivée de l’équipe de nuit. Il lui prenait la main et écoutait sa respiration, à défaut d’autre chose ; ses mots, après s’être désarticulés, étaient devenus des borborygmes. Le Grand Piat veillait sur elle, ne se plaignant jamais de rien, ayant un mot pour tous, un sourire pour chacun. (…)

(…) Françoise Dorin a été admise aux Bords de Seine le 24 octobre 2017. Si elle souffrait de troubles cognitifs importants, elle se portait bien physiquement, affichant même un léger embonpoint. Le 12 janvier 2018, soit deux mois et demi plus tard, elle décédera des suites d’un choc septique causé par la dégénérescence d’une escarre. (...)

 

Une aide-soignante qui passe chaque jour faire la toilette de Françoise Dorin remarque, deux semaines après son admission, l’apparition de rougeurs sur la peau fragile de la résidente et le signale à Amandine [un pseudonyme, à sa demande], la maîtresse de maison [membre du personnel], qui préconise alors l’installation d’un matelas « anti-escarre ». Nous sommes aux alentours du 14 novembre 2017. (…)

 

[La résidence n’ayant pas de matelas de ce type en stock, il faut attendre quarante-huit heures de plus pour en obtenir un et l’installer.]

 

Le lendemain de sa mise en place, l’équipe du week-end du deuxième étage, composée d’une maîtresse de maison et d’un infirmier, entre dans la chambre de Mme Dorin et se rend compte que le matelas livré est défectueux. C’est Amandine elle-même (…) qui me fera cette révélation (…) : « Ça bipait dans tous les sens ! Le matelas n’avait pas gonflé. La pauvre Mme Dorin était allongée sur de la ferraille. »

 

(…) En parallèle, l’état de son escarre, qui se situe au niveau du sacrum, se détériore d’heure en heure ; la plaie devient de plus en plus profonde. Pourtant, durant plus de dix jours, personne aux Bords de Seine ne prendra la peine d’en informer la famille. C’est pourtant une procédure des plus élémentaires. (…)

 

Vis-à-vis de la famille, c’est le black-out le plus total. Personne ne les tient au courant de l’évolution de l’escarre. Alors même que, chaque jour, l’un d’entre eux est présent à la résidence, que ce soit Thomas et sa compagne, son frère Julien, ou l’ancienne aide à domicile de Françoise Dorin. Sans parler de Jean Piat, qui continue de se rendre tous les jours à la résidence, entre 17 heures et 21 heures, qu’il vente ou qu’il pleuve.

(...)

Les jours passent, et le mal devient de plus en plus profond. Le 27 décembre, Françoise Dorin est envoyée par l’équipe médicale des Bords de Seine à l’hôpital Beaujon pour valider la pose d’un pansement VAC, un dispositif qui aspire les impuretés d’une plaie pendant plus d’une heure et nécessite l’intervention d’une infirmière extérieure à l’Ehpad. Sa fille, Sylvie Mitsinkidès, assiste au rendez-vous médical.

 

Ce qu’elle découvre, ce matin-là, la marquera à vie : « L’infirmière de l’hôpital Beaujon soulève le drap, et là, je vois un trou béant, au niveau du sacrum, plus gros que mon poing. C’était terrible. » (…) Même l’infirmière aura un mouvement de recul. (...)

 

A son retour aux Bords de Seine, il ne reste plus que deux semaines à vivre à Françoise Dorin. (…) Le 12 janvier, elle décède, après des semaines de souffrances indicibles, à l’âge de 89 ans. Sans un bruit.

 
 
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3 février 2022 4 03 /02 /février /2022 06:00

Un très bon reportage de Mediapart

 

J'y ai passé la première année de ma vie. Á respirer la fumée jaune des cokeries... Lorsque mes parents faisaient sécher les draps après la lessive, en une demi-heure ils étaient jaunes !

 

Ce qui me frappe d'abord, lorsque je retourne du côté d'Hénin, c'est que – comme il est dit dans l'article – au milieu d'une des populations les plus pauvres de France, on trouve la densité la plus importante de super et d'hyper-marchés du pays.

 

Dans cette petite ville communiste du Pas-de-Calais, les échanges avec les habitants laissent apparaître l’ampleur de la déconnexion avec les thèmes et paroles qui rythment la campagne électorale médiatique.

 

 

Drocourt (Pas-de-Calais).– La rue d’Arras serpente sur toute la longueur de la commune de Drocourt (2 938 âmes et 2 077 inscrit·es sur la liste électorale). Sous le crachin de fin janvier, la chaussée est pareille à la queue écaillée d’un saurien.

 

Drocourt est administré par le communiste Bernard Czerwinski, 63 ans, maire depuis cinq mandats qu’on tutoie et appelle par son prénom : « Il faut savoir que le vote RN est ici aussi fort [47 % au premier tour de la présidentielle 2017 pour le FN et 64 % au second – ndlr] qu’à Hénin-Beaumont. Par ailleurs, je pense que nous aurons une très, très forte abstention, car les slogans et programmes ne parlent pas du tout à la population », déplore celui qui fut trente ans instituteur dans la commune. Celle-ci jouxte à l’ouest Rouvroy (8657 habitants), bastion communiste depuis 1977, et au nord-est Hénin-Beaumont (26370 habitants), gérée depuis 2014 par le FN, devenu RN, Steeve Briois. 

 

Drocourt, l’une des quatorze communes qui composent la communauté d’agglomération Hénin-Carvin (120 000 habitants) au cœur de l’ancien bassin minier, est coupé en deux. Drocourt « mines » et Drocourt « village ». Laissant entendre une oscillation sociologique : d’un côté un habitat locatif de corons et de l’autre un habitat composé de maisons mitoyennes et de nouveaux pavillons avec portails coulissants et boîtiers connectés.

 

« Que tu ailles d’un côté ou de l’autre de la commune, tu restes quand même dans une région sinistrée », précise Patrick en salopette grise et qui impressionne par sa haute carrure. Il est l’un des deux patrons garagistes de la commune. Justement ce dernier s’apprête à mettre sur le marché une Opel Combo Diesel de 2011 qu’il vient de réviser : « 200 000 kilomètres, 2 000 euros. Ici, dans le coin, c’est une voiture neuve. Tu crois p’têt’ qu’on roule à l’électrique ? Et tu vas la faire réparer où, ta voiture, hein ? En plus chez moi on paye en quatre fois, car les gens n’ont pas d’argent pour payer cash une distribution sur un moteur Diesel (environ 800 euros) », explique cet homme chaleureux aux yeux mobiles, qui juge « que la première préoccupation des gens, c’est le pouvoir d’achat avec le prix du gazole qui n’arrête pas de grimper ».

 

Le dernier symbole de la géographie charbonnière de la commune, la cokerie de Drocourt, filiale des Charbonnages de France, a fermé en 2002. Née à l’aube du XXe siècle, reconstruite après le conflit mondial, la cokerie acheminait par le rail encore 300 tonnes de coke vers Metaleurop, distante de 13 km, liquidée brutalement en 2003, jetant littéralement à la rue plus de huit cents personnes, sans compter les sous-traitants. Au total, près de deux mille personnes ont été frappées par la fermeture.

 

Aucun politique ne pourrait vivre comme les gens d’ici, payer le loyer, les courses, passer à la pompe.

 

Pour avoir la taille exacte du fantôme d’acier qui crachait des fumées blanches ou parfois bleutées – sans compter les tonnes de suie –, il faut savoir qu’au mitan des années 1980 sortent alors 5 000 tonnes par jour de coke incandescent, dont 2 000 consacrées à la fonderie de construction de blocs-moteurs et plaques d’égout. Des 70 hectares de tuyauteries géantes de la cokerie, il ne reste rien. En lieu et place, un parc paysager, appelé Parc des îles, à cheval sur Hénin, Rouvroy et Drocourt.

 

Seul vestige de cette époque industrieuse, un terril fait face à la cité minière « La Parisienne », 280 logements locatifs, dont huit foyers d’ayants droit dépendant du régime minier. Contiguë à la cité « La Parisienne », mais sise sur la commune de Hénin, l’épicerie Chez Momo est ouverte tous les jours de 10 heures à 20 heures, sauf le vendredi. 

 

Mohamed est installé depuis trente ans et appelle ses clients par leur prénom. Visage rond et sourire que l’on devine crispé derrière le masque, le commerçant en a vu plus d’un tenter de le fouiller à coups de questions faussement indiscrètes : au fait, il est comment, Briois ? Et le RN ? Vous vous y faites ? Pas trop dur ? Comprendre : pour vous, c’est pas évident, hein ?

 

Momo, qui n’est pas né de la dernière pluie, élude : « Ici, c’est dur, vous savez. Tout a fermé et les gens n’ont pas de travail. » Mais enfin, le maire de Hénin ? « Il fait beaucoup pour sa commune et il est populaire. » Et l’abstention ? « Moi, en tout cas, j’irai voter. C’est un devoir, comme pour mes enfants. » Pour certains, les dieux sont morts, y compris le dieu travail il y a bien longtemps. On comptait à la chute du mur de Berlin 90 paroisses polonaises dans l’ancien Nord-de-Calais. Aujourd’hui, onze.

 

« Il faudrait augmenter le Smic, baisser les charges des entreprises. Je ne parle pas de l’assistanat… Aucun politique ne pourrait vivre comme les gens d’ici, payer le loyer, les courses, passer à la pompe », explose cette commerçante de Drocourt. « Aucun. » La voilà remontée : « Voter ? Mais pour qui ? »

 

Dans l’une des rues du coron, enveloppée dans un peignoir éponge à motifs, Brigitte (prénom modifié), la petite cinquantaine, apprêtée, sort sa poubelle. Elle souhaiterait d’emblée « qu’une femme prenne le pouvoir ». Laquelle ? « Ah, je ne peux pas vous dire. » Puis, un instant gênée, elle poursuit d’un trait ce qu’elle a sur le cœur : « D’abord, je ne voterai jamais pour un banquier. Heureusement, poursuit-elle, que j’ai mes enfants qui travaillent en intérim et qui me font le plein [de courses]. Mais pour eux, y a pas moyen de se projeter plus loin que six mois. Pourtant on est bien ici, on se connaît tous. On s’entraide, vous savez. C’est encore l’esprit des mines. » 

 

« La Parisienne » sera cette année réhabilitée pour un montant de 14 millions d’euros. Face à église Sainte-Barbe, édifice en briques néogothique et bardé d’un grillage pour prévenir du vandalisme, Joël Balan, 66 ans, ancien gardien « d’une copropriété huppée » à Mouvaux (59), moustaches en forme de guidon, mène l’opposition RN au conseil municipal de Drocourt. Il parle tout doucement, comme on le ferait dans une chambre de malade. Fils de mineur de Hénin-Liétard (fusion de Hénin-Liétard et de Beaumont-en-Artois en 1971, qui donnera Hénin-Beaumont), il a voté tour à tour communiste puis socialiste. Puis en 2011, « a suivi les idées de Marine Le Pen », dit-il. 

 

À l’écouter, à Drocourt on ne parle que du pouvoir d’achat et de la vie chère. « Ici, les gens sont ouvriers ou n’ont pas de travail », mais pour autant, selon lui, ils ne se« retrouvent pas » dans les idées de Zemmour. « En fait, il ne leur parle pas. Les gens sont totalement déboussolés, perdus. »

 

Et vers qui se tournent-ils ? « Vers Marine », dit-il. « Quand on a fait campagne pour les municipales, juste avant le Covid, les gens nous disaient : “Oh là là, il y a bien longtemps que personne n’est venu nous voir. C’étaient les communistes qui faisaient ça avant, comme vous du porte-à-porte. Qui prenait le temps de sonner et de discuter », explique Joël Balan.

 

Le maire reconnaît bien volontiers le plagiat de la part du RN du « savoir-faire » communiste en matière militante. Il est d’ailleurs toujours stupéfait quand les élus RN, siégeant à la communauté d’agglomération, en appellent aux mânes de Maurice Thorez (né à Noyelles-Godault) et de Georges Marchais : « Il y a clairement une appropriation de nos méthodes », reconnaît-il, à la fois scié de la dépossession et estomaqué par le culot révisionniste. Puis il se ressaisit : « Si le vote PC dans la commune fait 12 %, ça sera un exploit », avance le maire, un peu rêveur. Patrick, le garagiste, à ce score, s’étrangle de rire : « Mais Bernard, dit-il comme si le maire était devant lui, c’est pas possible… 12 % ?!? »

 

Il ne reste que deux exploitations agricoles dans la commune, dont l’une fait de la vente directe d’œufs, de poireaux et de pommes de terre. Deux friteries se font face sur la route d’Arras, en chiens de faïence. La Fabrik (6 employés) ne désemplit pas. Elle est tenue par Hervé Bourel, 47 ans. La barquette de frites est à deux euros (impossible d’en arriver à bout). « À quatre euros, dit-il, les gens ne reviendraient pas : trop cher. »Hervé est né à Drocourt et a été en primaire à Maurice-Thorez : « J’étais heureux. J’aimais ça, l’école. »

 

 

 

Carrure de lutteur, yeux bleus, cordial, commerçant. Rien ne l’intimide. Il a chez lui une lucidité un peu désenchantée : « Nos élus, c’est simple, on ne les voit pas, ni le RN ni les communistes. Et Marine, je ne l’ai jamais vue ici. Les gens ont le sentiment d’avoir été laissés de côté. Abandonnés à leur sort, à leur misère. Sans compter les gros problèmes liés à l’alcool. Je ne vends plus de bière, rien que des softs : c’est trop compliqué de gérer des gens alcoolisés. » Puis de tendre la main vers les voitures qui stationnent attendant d’être servies « en drive » : « Là, sur dix voitures qui font la queue devant chez moi, neuf votent RN. »

 

Son vote est secret, mais tout de même assez clair : « Zemmour est bien trop radical pour les gens d’ici. Et c’est quoi cette histoire de vouloir changer de prénom quand on porte un prénom arabe : c’est n’importe quoi… » Il plisse ses yeux bleus : « Tiens, au fait, la frite, c’est pour moi. »

 

Deux bistrots dans la commune, dont Le Rallye qui est tenu par Laurent et sa sœur « qui font poste-relais ». C’est l’heure des « Grosses Têtes » sur RTL. Le bistrot est vide. Laurent va bientôt passer à table : « C’est mon heure, 16 h 30. » Dans les années 1950, il y avait 47 débits de boissons. La toute nouvelle pharmacie les « Quatre Vents », côté Drocourt « village », enchaîne les vaccinations. Les gens font la queue en silence. La radio passe Santé, le dernier tube de Stromae. 

 

La campagne n’existe quasiment plus. Presque toutes les terres aux alentours ont été mangées par les zones commerciales (la plus forte densité hexagonale) et les entrepôts de logistique. Le principal bassin d’emplois se trouve dans la gigantesque zone commerciale de Noyelles-Godault. On y retrouve les grands fétiches de la consommation : Auchan, Ikea, Norauto, Kiabi, etc., grandes consommatrices de main-d’œuvre.

 

Les agences d’intérim à Hénin-Beaumont y pourvoient au point de ne pas pouvoir répondre à l’insatiable demande. « L’emploi repart en flèche », assure le responsable de l’une d’elles : « Caristes, manutentionnaires, préparateurs de commandes. On est quasi en pénurie de main-d’œuvre. Les clients sont même prêts à former… » Mais ce dernier peine à trouver suffisamment de bras, ajoutant de manière surprenante qu’« aujourd’hui, les employés sont presque des enfants rois, tellement il y a du boulot partout ».  

 

 

 

Aurélien Gack, 31 ans, est agrégé de géographie et enseigne l’histoire-géographie au lycée Pasteur de Hénin-Beaumont. Il y est aussi conseiller municipal d’opposition sous l’étiquette La France insoumise (quatre opposants au total, dont l’élue EELV Marine Tondelier, l’une des porte-parole de Yannick Jadot). « Il faut savoir que les débats actuels de la gauche ne traversent pas la population de l’ancien bassin minier. Ici, c’est le social, encore le social, toujours le social. L’inclusivité ne parle absolument pas aux gens », explique ce Vosgien, fils d’un employé EDF et d’une femme de ménage, au cursus académique remarquablement élogieux.

 

L’empreinte du PS, qui tenait les baronnies du Nord-Pas-de-Calais, a disparu. Fabrice Houziaux, 54 ans, éducateur, est militant depuis trente-deux ans. Des yeux bleus, une tête mélancolique : « Notre section se réduit à peau de chagrin. Que reste-t-il de nous ? Va-t-on survire ? Les militants à Drocourt ont disparu du jour au lendemain. On n’a même plus de local… Vous me voyez sonner chez les gens, à Drocourt : “Bonsoir, nous sommes du PS” ? » Il fait non de la tête. « Et avec qui ? Nous ne sommes plus que neuf dans la section, dont trois ont plus de 75 ans… » 

 

Les débats qui agitent la gauche « éveillée » et intersectionnelle ne provoquent en retour que des paires d’yeux ronds comme des soucoupes. Thomas, 24 ans, a ouvert il y a deux ans, quelques semaines avant le premier confinement, un commerce de voitures d’occasion à Drocourt, dans un ancien bâtiment de ferme qui jouxte le local d’un armurier et accessoires de pêche. Ce dernier voulait bien parler puis s’est ravisé le lendemain : « La nuit porte conseil. » Et la porte s’est claquée. « Il y a des semaines sans un coup de fil d’acheteur, lâche Thomas en haussant les épaules. Mais faut tenir. Je ne me verse pas de salaire en ce moment, heureusement qu’il y a les parents… » Au fait, le « wokisme » ? Thomas interroge son père du regard. Le père lève la tête du moteur de la petite Peugeot Diesel qui hoquette : « Le quoi ? » Père et fils, eux, iront voter.

 

Jean-Louis Le Touzet

 

À Drocourt, le bassin minier oscille entre abandon et vote Le Pen
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1 février 2022 2 01 /02 /février /2022 05:23
Un de mes proches, retraité de France Télécom, m'a envoyé le récapitulatif suivant :
 
J’ai consulté les fiches des pensions de retraite, portant sur les dix dernières années.
J’ai constaté que je percevais environ 25 Euros de plus par mois, soit 1% et sur dix ans : 0.1% par an.
Durant la même période l’inflation s’est élevée à 10%, soit 1% par an.
Sur une pension d’environ 2000 Euros Ce sont 200 Euros qui manquent à l’appel par mois.
Qu’elle est la perte sur dix ans ? Environ 13000 Euros.
Le calcul est simple, la première année la perte est 20 Euros x 12 soit 240 E, la deuxième année se sont 480 qui manquent à l’appel, jusqu’à la dixième année 2400 E.
Ce n’est pas l’augmentation de 1.1 % de cette année, pour une inflation d’environ 3 %, qui va corriger notre spoliation.
Retraites dans la Fonction publique : cela vire au scandale !
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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 06:01

Á rien, me répondrez-vous, et vous aurez raison.

 

Jouxtant les Halles Paul Bocuse se dresse un parking public à l’architecture hélicoïdale, construit en 1970. La société qui gère ce parking y a fait construire un jardin de 1800 m2 de toit-terrasse végétalisé, avec une buvette, des bancs et une œuvre d’art.

 

 

Á quoi sert un jardin public totalement invisible ?

Non seulement ce jardin est totalement invisible depuis la rue (mois qui ne suis pas lyonnais, je viens de le découvrir alors que j’habite à quelques centaines des mètres depuis 7 ans) mais en plus il ne peut accueillir que 99 personnes à la fois et sa végétation de « rooftop », comme on dit à Lyon, fait plus pitié qu’autre chose.

 

Bravant le froid glacial, j'y suis monté aujourd'hui en me faisant la réflexion que l'été on doit cuire là-haut, vu la modestie de la végétation.

 

Au moins, la vue est belle...

Á quoi sert un jardin public totalement invisible ?
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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 06:01

C'EST DINGUE ! C'est le plus grand cycliste du monde, le plus glorieux de tous les sportifs italiens et il mange des esquimaux comme moi.

 

Cet enfant doit avoir en gros mon âge. Ami, si tu te reconnais, les colonnes de mon blog te sont grandes ouvertes.

 

PS : Mon beau-père rencontra Coppi en 1959. Au titre de technicien des PTT. Le campionissimo était venu participer à un critérium à Cazes-Mondenard, un petit village du Tarn-et-Garonne célèbre pour son Chasselas, dit “ Chasselas de Moissac ”. Mon beau-père avait été requis pour un branchement téléphonique pour un journaliste de la RTF. Et comme à l'époque, dans ces coins reculés, dans ce désert communicationnel, les habitants d'une petite bourgade comme celle-là ne pouvaient téléphoner qu'un à la fois, mon beau-père avait coupé les téléphones des cinq ou six abonnés (on dirait “ clients ” maintenant).

 

Peut-être parce que très impressionné, le grand-père de Raphaëlle et Rébecca n'osa pas engager la conversation avec le champion des champions. C'eût été facile : Coppi parlait français et mon beau-père italien.

 

Á cette occasion, mon beau-père découvrit une coïncidence de dingue. Le premier prénom de Coppi était Angelo, prénom de mon beau-père. La mère de Coppi s'appelait Angiolina, comme sa propre grand-mère paternelle.

 

Fou, non ?

 

Des esquimaux, comme moi !
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13 janvier 2022 4 13 /01 /janvier /2022 06:00

 

Un article publié par Ballast :

 

Les invisibles arborent désormais un gilet jaune ; ils sont venus du pays tout entier pour exiger une vie meilleure. On appelle à la démission du « président des riches », on élève des barricades. « C’est le peuple en colère », nous dit-on aussitôt. Et c’est déjà l’émeute sur les Champs-Élysées — peut-être l’insurrection. L’un des membres de notre rédaction se dirige en direction de l’avenue Franklin‑D.-Roosevelt. Des tirs, des gaz, des cris. Il entend : « Un blessé ! Appelez les pompiers ! » Il s’approche. « Il y a du sang partout. Un gamin en état de choc », écrira-t-il quelques jours plus tard dans nos colonnes.

 

Il a 21 ans, il s’appelle Gabriel, il vient de la Sarthe, il est monté sur la capitale pour exprimer son « ras-le-bol de voir les gens dans la misère », il s’apprêtait à passer son BTS en chaudronnerie. C’est la première fois qu’il participe à une manifestation et les forces armées du régime fraîchement élu « pour faire barrage à l’extrême droite » viennent de lui arracher une partie de la main — 26 grammes de TNT, catégorie « arme de guerre ». La guerre contre « ceux qui ne sont rien ». Sa mère se tient à ses côtés. « Mon regard croise celui de son fils. Il lève sa main en l’air afin d’éviter une hémorragie. »

 

Nous sommes restés en contact avec la famille Pontonnier. Cette semaine de publications lui sera consacrée : deux ans ont passé — deux ans d’une lutte quotidienne : sanitaire, juridique, financière, psychologique. Laissons la parole à l’écrivaine Sophie Divry, qui ouvre cette série de textes : « J’ai rencontré, environ un an après leur accident, les cinq gilets jaunes qui avaient eu la main arrachée par une grenade. À partir de ces cinq entretiens, et avec leur accord, j’ai monté un texte choral publié en octobre 2020 au Seuil sous le titre Cinq mains coupées. Exceptionnellement, pour Ballast, avec l’autorisation de Gabriel et de sa famille, je livre ici l’entièreté de l’interview réalisée en janvier 2020, au Mans, lorsque je l’ai vu avec sa mère. L’entretien a duré trois heures. Ce sont des mots difficiles, un parcours brisé, qu’il importe que chacun considère à leur juste place. Nous savons que l’État protège les riches et écrase les ouvriers. Les mots de Gabriel permettent de réaliser ce que cela veut dire vraiment. »

 


 

 

 

Je m’appelle Gabriel, j’ai 22 ans. 

 

J’ai été mutilé le 24 novembre 2018 boulevard Roosevelt dans le XVIe arrondissement, à Paris.

 

Je suis né au Mans. Mon père est agent d’entretien dans une maison de retraite. 

 

Ma mère est ingénieure pédagogique de formation, son contrat peut s’arrêter du jour au lendemain. Je vis avec mes parents dans un village dans la Sarthe, à 30 kilomètres du Mans. On est une famille de quatre enfants et je suis le plus jeune.

 

J’ai jamais été très très fort à l’école, mais ça allait. En troisième, j’ai fait des stages tout au long de l’année, j’ai essayé plein de trucs pour savoir ce que j’aimais et en tombant sur la chaudronnerie, j’ai vu que c’était vraiment ça qui me plaisait. J’aime travailler tous les métaux, l’aluminium, le cuivre, la ferraille. J’aime créer quelque chose avec rien. Faire des choses belles et utiles.

À 16 ans, je suis entré chez les Compagnons du devoir pour faire mon bac pro chaudronnier-soudeur. N’importe qui ne rentre pas chez les Compagnons, j’ai fait des tests. Il faut qu’ils voient le potentiel du jeune. Comme ma mère le dit, les jeunes qui intègrent les Compagnons, ils apprennent vite l’autonomie. On se côtoie tous dans le même hébergement. Les gens viennent de la France entière. Chez les Compagnons, les anciens sont vraiment derrière nous. On est vraiment suivi, c’est six jours sur sept. Après ma journée de travail en entreprise, je continuais au sein des Compagnons et ce jusqu’à 22 heures tous les jours. C’était dur, mais j’en suis sorti content. J’ai gardé de très bons amis. 

 

Ça m’a appris à vivre en communauté, et ça m’a appris l’amour du travail bien fait. J’ai fait plusieurs concours de meilleur apprenti de France. J’ai obtenu la médaille de bronze en tant que chaudronnier. J’ai fait le concours COBATY, où j’ai fini troisième, j’étais content.

 

En novembre 2018, j’étais apprenti. J’étais rentré chez mes parents temporairement pour faire mon BTS, toujours en chaudronnerie, dans le but de monter mon entreprise, dans le but d’être un peu chef. J’allais passer le diplôme en fin d’année scolaire. Je devais réintégrer les Compagnons du devoir avec mon BTS, et faire mon tour de France ensuite. J’allais reprendre un logement autonome. Comme apprenti, j’étais payé 1 200 euros par mois, je faisais beaucoup d’heures sup’.

 

Je faisais de la guitare. Je grattais de la basse, j’étais en train d’apprendre à jouer de la batterie. Je faisais de la moto-cross aussi, plus rarement. Généralement, je faisais tout ce qui tourne autour des sports mécaniques, mais aussi de l’escalade, de la via ferrata, des sports nautiques…

 

 

On ne parle pas politique en famille. Mais on va voter, ça oui. Ce jour-là, on est allés manifester pour les services publics. On est très attachés au service public. À la campagne, plus ça va, plus on nous enlève des trucs. Les écoles, les hôpitaux, les gares, même les médecins… C’était un ras-le-bol tout simplement. Nos anciens ils ne peuvent plus se déplacer. Je le vois maintenant comme je ne peux plus conduire, je suis dépendant de mes parents. C’était surtout pour les services publics. Et aussi un ras-le-bol de voir les gens dans la misère, ça, c’est insupportable.

 

On est allés à Paris parce que les cameras sont tournées sur Paris. À la campagne, on peut mourir tranquillement, y a rien qui va se passer. Je n’avais jamais foutu les pieds dans une manifestation. C’était la première fois.

Gabriel, Gilet-jaune mutilé

On est partis vers 7 heures du matin, parce qu’il faut deux heures de route pour monter à Paris. C’était une voiture cinq places, donc tout le monde ne pouvait pas venir. On y est allés avec mon grand frère, ma sœur et son compagnon. Là-bas, mon cousin et ma cousine nous ont rejoints, ils étaient montés depuis Toulouse.

 

Dans la voiture, on a chanté comme dans une boîte de nuit. Vers 10 heures, on a laissé la voiture Porte d’Italie, c’était pas la peine de rentrer plus dans Paris. Parce qu’on est aussi un peu écolos sur les bords. Dès la place d’Italie, des flics nous ont sauté dessus. Ils nous ont fouillés entièrement.

 

On n’avait pas d’équipement. J’avais un bonnet et une veste de ski, parce qu’il faisait super froid ce jour-là. On n’avait rien d’autre à part nos gilets jaunes. Nous partagions des gants afin de se réchauffer les mains à tour de rôle, moi je n’avais pas de gants.

 

Le temps de payer, de se garer, on avait faim. Il était 10 heures, on a trouvé un bar pour prendre un petit-déjeuner. On a pris notre temps. Puis on n’a pas arrêté de marcher, je n’avais jamais autant marché dans Paris que ce jour-là.

 

Mais on était vraiment des dilettantes. Des touristes. C’était un peu, ma mère elle dit, c’était un peu les Tuche qui arrivent à Paris.

 

Notre idée, c’était de défiler de Bastille à République. On avait décidé ça entre nous, sans rien savoir. C’était très symbolique pour nous : partir de la monarchie et arriver vers la République. Mais à Bastille, il n’y avait pas grand monde. Des gilets jaunes nous ont demandé si on allait aux Champs-Élysées, mais on a répondu non, on n’était pas très motivés.

 

La manifestation avait déjà commencé ailleurs, mais nous, on la croisait sans cesse sans vraiment la suivre, on se perdait…. On restait tous ensemble, tous les sept, en famille. On n’a pas parlé vraiment avec d’autres gilets jaunes. Je n’ai pas crié de slogans ni rien, on a plus mangé et bu de l’eau qu’on a manifesté, sincèrement. On buvait un café, on achetait de l’eau. Des photos devant le BHV, des photos devant le Louvre. Ce n’était pas que la manif, ce jour-là, c’était plus une sortie familiale.

 

On a fait comme une spirale d’escargot autour de la manif. Il y avait vachement de gaz. On ne pouvait pas prendre certaines rues qui étaient bloquées par les flics. On se retrouvait à être dans les gaz, même si on essayait toujours de fuir ces endroits-là.

Je ne sais pas trop comment on est arrivés boulevard Roosevelt, dans le XVIe. On était tous fatigués, c’était 18 heures, il commençait à faire nuit, on avait décidé de retourner à la voiture. Mon frère voulait juste faire une vidéo pour la montrer à ses collègues, maintenant c’est celle qui est sur internet.

 

C’était vraiment un endroit où il ne se passait rien du tout. Il y avait des papis, des mamies, il y avait même des enfants. Les flics, on les voyaient au loin, mais c’était pas du tout la manifestation. 

 

D’après le rapport de l’IGPN, c’était de l’autre côté que ça se passait, ils ont reconnu qu’ils se sont plantés de côté. Et qu’il n’y a pas eu de sommations. Aucune procédure n’a été respectée.

 

C’est à ce moment-là que la grenade m’a atterri dessus. Je ne l’ai pas vue arriver. Elle a explosé sur moi, au niveau de la poitrine, du côté droit.

Je me rappelle juste de l’explosion qui m’a sonnée. Ça fait comme dans les films de guerre, quand il y a du blanc et un sifflement aigu dans les oreilles.

 

Juste après, je me rappelle sentir que j’avais des fourmis dans les mains. Comme il faisait un petit peu nuit, j’ai regardé ma main, mais vraiment vaguement : j’ai vu que c’était le chaos clairement. Et du coup je me suis dit « C’est mort, faut pas trop que je regarde parce que sinon je vais tomber dans les pommes ». Et si je tombe dans les pommes là, je vais crever. Ça va vite dans ma tête. Mon frère a vu ça aussi, il m’a maintenu la main et puis on a couru, tout simplement. On a couru pour essayer de trouver les secours. Il m’a dit après qu’il sentait mes doigts qui lui coulaient entre les doigts, dans le mauvais sens.

 

C’est ma mère qui m’a assis contre une vitrine, en plein milieu d’une rue. Elle a essayé de me protéger des gaz et de tout ce qui pouvait encore tomber sur moi.

 

 

Pendant ça, ma mère faisait les soins. J’avais des impacts sur les yeux, sur le visage. J’avais des trous dans mon jogging, sur la jambe. J’avais mon gilet jaune où on pouvait voir la déflagration de la bombe. Et encore, en sachant que j’étais habillé en vêtement d’hiver, alors j’imagine pas ce que ça aurait donné en tee-shirt. C’est une arme, ce truc. C’est une arme de guerre. Pourquoi ils jettent ça sur les gens ? J’ai de la chance que ça ne me soit pas tombé sur la gorge, sinon j’étais mort, j’étais mort. Comme c’est arrivé à un mec, à Rémi Fraisse, dans la capuche.

 

Il n’y avait pas encore de street medics à cette époque. C’était l’acte II seulement. Mais là, on voit arriver un type qui avait pris, au cas où, des compresses et de l’eau. Ma mère voulait me faire un garrot, et, c’était improbable, ce type est arrivé et il a dit à ma mère, je suis pompier, je vais gérer. Il a ouvert son sac avec les compresses et c’était vraiment un cadeau à ce moment-là.

Et puis les gens m’ont protégé des gaz lacrymo qui nous étaient envoyés en grande quantité. Leurs corps ont servi de boucliers.

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 06:38

Mon poissonnier me met régulièrement en garde contre le saumon en provenance de Norvège. Il est bourré de médicaments, d’un insecticide, le diflubenzuron, non reconnu par l’Europe. Et autres joyeusetés. Les Français sont les seconds consommateurs de saumon au monde. Donc les seconds empoisonnés puisque 80% de notre consommation vient de Norvège. On ne trouvera pas de saumon sauvage de Norvège chez nos poissonniers car c'est une denrée de luxe, très chère, qui n'est pas exportée et qui est réservée à quelques Norvégiens privilégiés.

 

En photo d'illustration, un saumon d'élevage attaqué par des poux. Absolument banal.

 

Ci-dessous un article de Jérôme Henriques publié par Le Grand Soir.

 

 

Le saumon est considéré comme un produit phare des fêtes de fin d'année et une majorité de français s'apprêtent à en consommer. Pourtant, derrière son image festive et conviviale, ce produit cache une réalité bien plus glauque.

60% de la production mondiale provient de l’élevage.

Il existe deux sortes de saumons : le saumon du Pacifique et le saumon d’Atlantique. Le premier est essentiellement péché en mer (Alaska, Russie, Japon ...) tandis que le second provient essentiellement de fermes d’élevage (Norvège, Chili (1), Royaume-Uni...) (2). A elle seule, la Norvège assure environ 60 % de la production mondiale (totale) et 90% de la production Atlantique. La France, elle, est le deuxième consommateur mondial (après le Japon). Elle importe environ 120 000 à 130 000 tonnes de saumon chaque année, dont 66% en provenance de Norvège.

Un poisson migrateur ... dans quelques mètres carrés

Les conditions de vie en élevage n’ont pas grand chose à voir avec celles de l’animal sauvage. Déjà, le saumon étant un animal anadrome (vivant naturellement en mer mais remontant les rivières pour pondre), il s’agit de simuler artificiellement cet environnement. Ainsi, les saumons naissent généralement sur la côte, dans une écloserie (en eau douce), avant d’être placés au bout d’un an dans une ferme de grossissement. Là, ils passeront environ deux ans, dans des enclos (en mer) ou des bassins (alimentés en eau de mer) avant d’être abattus.

Des poissons modifiés génétiquement et hormonalement

En élevage, seule la logique économique compte. Ainsi, parce qu’elles grossissent plus vite, les éleveurs font croître des femelles stériles. La stérilisation est obtenue par la technique dite de "triploïdisation", une modification génétique au stade embryonnaire permettant d’obtenir 3 chromosomes au lieu de 2. Quant à la "femellisation", elle est obtenue en ajoutant à la nourriture des jeunes saumons, de la methyltestosterone, une hormone ayant pour effet de transformer l’ovaire en testicule.

Des conditions de vie sordides

Environ 25 % des saumons d’élevage meurent avant d’avoir atteint l’âge adulte. La surpopulation notamment (entre 50 et 100 kg de poisson par m3) engendre stress, maladies et blessures. Si les cas de cannibalisme ne sont pas rares (insuffisamment nourris, certains poissons attaquent la pupille de leurs congénères), c’est surtout l’infestation par des poux rouges qui constitue le fléau des élevages. Partout sur leur corps, les saumons présentent alors de larges plaques roses (plaies ouvertes), des cloques, signe que les saumons sont littéralement rongés vivants par ces parasites (3).

Des traitements douloureux

Pour s’en débarrasser, les élevages utilisent plusieurs techniques : les jets d’eau haute pression, les bains haute température ou encore le traitement à l’eau oxygénée. Toutes ces techniques causent stress, douleurs et blessures aux saumons et nombre d’entre eux n’y survivent pas. Notons que des techniques plus douces existent (comme l’emploi de "poissons nettoyeurs" se nourrissant précisément de ces parasites) mais celles-ci restent ultra-minoritaires.

L’utilisation de produits toxiques

A cela, s’ajoute les traitements chimiques. Certains se souviennent sans doute du scandale du diflubenzuron en 2011-2012, du nom de ce pesticide interdit dans l’UE mais utilisé en Norvège (hors UE) pour lutter contre le poux rouge. Un produit "hautement toxique pour les organismes aquatiques et capable d’avoir des effets à long-terme sur l’environnement aquatique" selon sa propre notice. A l’époque, l’affaire avait fait grand bruit ... mais depuis, silence radio. Le produit est vraisemblablement toujours utilisé aujourd’hui, mais il est difficile de savoir dans quelle proportion (4).

Nourriture chimique

La nourriture, elle non plus, n’a pas grand chose de naturel. Au programme : farines animales (poissons, cochons, poulets ...), farines végétales (soja ...), huiles de poisson, huiles végétales, glucides, vitamines, minéraux ... et un pigment de synthèse, l’astaxanthine, qui permet de donner au saumon sa couleur rose (en liberté, il l’obtient naturellement en mangeant des crevettes). Plus problématique, l’utilisation d’éthoxyquine (un conservateur censé éviter l’oxydation des saumons pendant le transport), lui aussi classé toxique (5).

Contamination de l’environnement

Bien évidemment, ces substances toxiques se retrouvent dans l’environnement. A cela s’ajoute une contamination par les fèces : un élevage type (plusieurs centaines de milliers de têtes) génère autant qu’une ville moyenne (50 à 100 000 habitants) ; or, ces fèces participent à l’eutrophisation du milieu (croissance d’algues), appauvrissant ainsi la faune et la flore. Autre contamination, celle par les poux : rejets d’eau, évasions ... ces parasites finissent par toucher les populations sauvages, déjà fortement en baisse (elles ont chuté de plus de moitié en 20 ans) (6).

Des actes de cruauté

On peut ajouter à ce tableau (déjà bien noir), des cas de maltraitance caractérisés, filmés ici ou là par des associations animalistes. Une maltraitance provenant d’actes gratuits (poissons balancés sur le sol ou dans des poubelles tels des ballons de basket ...) (7) ou des conditions d’élevage et d’abattage elles-mêmes, induisant la plupart du temps une agonie prolongée (asphyxie dans une eau insalubre, asphyxie à l’air libre, paralysation/asphyxie au CO2, bain électrique, assommage manuel, saignée sans étourdissement préalable...)

Les poissons, ces êtres sentients

De récentes études ont montré que les poissons ressentent la douleur, et ce, d’une manière très similaire à la nôtre. D’autres ont montré qu’ils étaient dotés d’une véritable vie intérieure, qu’il s’agisse de ressentir des émotions, mémoriser des expériences, ou encore élaborer des comportements stratégiques. Rien ne nous oblige à participer, de par notre alimentation, à la souffrance de ces êtres sentients (ni d’ailleurs à celle des autres animaux). Pour les accros, il existe de très bonnes alternatives végétales (à base d’algues etc.). Et si vous essayiez le Solmon pour Noël ?

Notes

(1) Comme sa localisation ne l’indique pas.
(2) Une ferme d’élevage contient typiquement plusieurs centaines de milliers de saumons (jusqu’à un million).
(3) D’autres maladies touchent les saumons d’élevage, parmi lesquelles des maladies virales (orthoréovirus pisciaire, alphavirus des salmonidés ...), bactériennes (vibriose, furonculose ...), parasitaires (henneguya salminicola, gyrodactylus salaris ...).
(4) Il faut ajouter à cela l’utilisation de nombreux antibiotiques pour lutter contre les infections bactériennes ; à noter qu’en Norvège, la mise en place d’une vaccination à la naissance a permis de limiter fortement leur usage.
(5) Le saumon (d’élevage et sauvage) contient en outre des quantités relativement élevées de métaux lourds, pesticides, PCB, dioxine ... Etant un prédateur (assez haut dans la chaîne alimentaire) et un poisson gras, il les accumule d’avantage que d’autres poissons.
(6) Egalement des cas de contamination virale (orthoréovirus pisciaire ...), lesquelles contribuent à décimer les populations sauvages.
(7) Généralement des poissons jugés non rentables (malades, affaiblis, déformés ...) et traités comme des déchets.

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23 décembre 2021 4 23 /12 /décembre /2021 05:40

Après plusieurs mois de doute, de blessures, dont une très handicapante, Rébecca a retrouvé la confiance, la détermination, comme un brûlot.

 

Elle le doit à son sérieux et son travail très rigoureux, et aussi et surtout à son entraîneur, Yoann Exbrayat, ainsi qu'à son club, Lyon Natation Métropole, à ses dirigeants, au premier chef son président Christophe Frappé.

 

Rébecca est revenue des championnats de France junior qui viennent de s'achever à Massy avec trois médailles (une en bronze et deux en argent), en battant nettement ses meilleures performances personnelles.

 

La vie continue…

Rébecca Gensane est de retour
Rébecca Gensane est de retour
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22 décembre 2021 3 22 /12 /décembre /2021 06:02

... et iel (sic) s'appelle Jean-Michel !

 

Depuis au moins les années trente, rien ne vaut l’extrême droite pour faire dans le crapoteux politico-sexuel (notez qu’en écrivant « politico-sexuel », je fais comme l’extrême droite qui adore accoupler deux termes qui n’ont rien à voir, ce qui empêche toute discussion et permet de masquer le vide de la pensée).

 

Une dénommée Natacha Rey, proche de la lettre confidentielle Faits et Documents et du blog Profession Gendarme (Soral et le chanteur Lalanne ne sont pas très loin), affirme, après « une enquête de trois mois », que Bribri d’amour est une transgenre prénommé Jean-Michel. On se souvient que Michelle Obama avait également été accusée par des médias d’extrême droite étasuniens de la mouvance QaNon d’être une transgenre.

 

J’ai vécu de 1964 à 1976 à Amiens ou dans les environs et je peux dire que, vu l’exposition de la famille Trogneux dans la ville, si Bribri d’amour avait été un homme, cela se serait su, ne serait-ce que dans la très importante clientèle du grand pâtissier-chocolatier dont mes parents faisaient partie.

 

La journaliste part d’une photo de famille et pose la question : « Quelqu’un peut-il nommer chaque personne sur cette photo ? » Quelqu’un, peut-être, mais elle : non. En tout cas, avec certitude. Elle laisse entendre que Brigitte pourrait être la fillette assise sur les genoux de sa mère, soit le jeune garçon à gauche de la photo.

Faisons dans le complotisme : Bribri d'amour serait un transsexuel

Pour étayer sa thèse, Natacha Rey fait appel à un site bien connu des internautes, bien utile assurément, mais bien parsemé d’erreurs et d’approximations, comme j’ai pu le constater en m’y rendant pour ma propre gouverne : un de mes grands-pères, pourtant sous-officier puis employé du Trésor, donc figurant dans de très nombreux documents administratifs, est décédé « après le 25 mai 1947 » (sic). En fait, en 1951.

 

Rey s’appuie sur des contradictions – évidentes – trouvées dans deux documents distincts. Le premier nous donne la descendance de Jean Trogneux (1909-1994) :

 

Annie Trogneux 1932

Jean-Claude Trogneux 1933-2018

Maryvonne Trogneux 1937-1960

Monique Trogneux 1941

XX

Brigitte Trogneux 1953.

 

Le second concerne un dénommé Jean-Michel Trogneux « né vers 1944 », dont le père est Jean Trogneux. Assurément, l’expression « né vers », pour un enfant de la bourgeoisie amiénoise est très fâcheuse.

Faisons dans le complotisme : Bribri d'amour serait un transsexuel

Sur Geneanet, Jean-Michel est surnommé “ Le disparu d’Amiens ”, alors que, par ailleurs, une fiche complète lui est consacrée :

Faisons dans le complotisme : Bribri d'amour serait un transsexuel

Ce Jean-Michel a cinq frères et sœurs : Annie, Jean-Claude, Maryvonne, Monique et Bribri d’amour. Est-il le XX du document précédent ? Sur sa fiche, il nous est donné comme “ Ancien dirigeant mandataire de la SAS Les Spécialités Picardes”, une entreprise de confiserie ayant pignon sur rue et qui dégage encore aujourd’hui de réels bénéfices. Après Jean-Michel, elle a été dirigée par Jean-Alexandre puis Jean-Baptiste Trogneux. Il ne semble pas que Natacha Rey ait rencontré des responsables récents de cette entreprise.

 

Sur une première fiche, Bribri d’amour compte cinq frères et sœurs.

Faisons dans le complotisme : Bribri d'amour serait un transsexuel

Sur une reprise de cette fiche, elle n’en compte plus que quatre, exit Jean-Michel.

Faisons dans le complotisme : Bribri d'amour serait un transsexuel

Peut-on en déduire pour autant que Jean-Michel est Bribri, et vice-versa ? Jean-Michel, sors de ce corps !

 

Bribri d’amour a déclaré avoir l’intention de porter plainte.

 

Y'a pas, ce couple d'enfer suscite les émois. Comme quand Élisabeth Moreno, nouvelle ministre chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes, a appelé le banquier éborgneur “ Madame le Président ”. Ou, plus récemment, quand Darmanin s'est légèrement laissé emporté dans un excès incontrôlé de flagornerie : “ Emmanuel Macron est attaqué dans sa vie, sa femme, ses enfants, son mari ”.

 

PS : on ne répètera jamais assez que, lorsque Bribri d'amour se lance dans une liaison avec le futur banquier éborgneur, elle est dans l'illégalité la plus totale : “ le fait, par un majeur, d'exercer une atteinte sexuelle sur un mineur de quinze ans est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende ” (article 227-24-1).

 

Pauvre Gabrielle Russier...

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