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14 février 2016 7 14 /02 /février /2016 06:38
La publicité s'occupe du bien-être des Français

Prochaine campagne : comment s'essuyer l'anus.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 06:34

Mon vieil ami Bernard C. poursuit sa recherche du temps, quand il était élève au collège de Villeneuve-sur-Lot (le premier chapitre de ses souvenirs est ici).

 

            Sur leurs collègues des matières assises, les profs de gym possédaient l’avantage d’évoluer en terre propice car, presque tous d’origine rurale et rompus aux exercices du corps, nous adorions l’activité physique : nous inclinions donc naturellement vers ceux qui nous la donnaient à pratiquer, bien qu’ils ne disposassent pas du majestueux piédestal de l’estrade ni de l’intimidante tenue vestimentaire.  Le sifflet en sautoir compensait largement le costume trois-pièces et l’apparition du chronomètre, réservée aux moments solennels, faisait sourdre parmi nous le même frisson de ferveur que l’élévation de l’ostensoir devant l’assemblée des fidèles.

 

            Au collège Georges-Leygues, les deux professeurs d’éducation physique étaient MM. Leterre et Massaly. « Faites-le taire, il m’a sali » gloussait finement notre condisciple Fournier, par ailleurs expert en calembours géographiques : Tu ponds, dis, chérie ? Quel cul t’as ! Rabats tes fesses que le mec naisse, (Pour qu’un mec naisse, faut qu’un salaud nique)… Fortiche, le Fournier ; sa grande sœur se payait une superbe paire de nichons à la manière d’Ava Gardner.  Fournier, issu de l’école primaire annexée au collège, nous avait aussi avertis que M. Leterre n’appréciait pas, mais alors pas du tout, qu’on l’appelât Juteux. Fait rare, M. Massaly n’avait pas de surnom. Tous deux étaient d’anciens moniteurs sportifs militaires, diplômés de l’Ecole d’Antibes ou de Joinville. M. Leterre approchait de la soixantaine, il aurait pu être notre grand-père ; M. Massaly avait dix ans de moins.

 

Nous respections et craignions M. Massaly, capable, jambes tendues,  en se laissant simplement aller en avant, de toucher du front ses genoux. M. Massaly respirait sa fonction ; vêtu d’un survêtement bleu marine vintage 1950, il allongeait un pas martial de sa démarche élastique. Nous craignions et vénérions M. Leterre qu’un hasard favorable nous attribua les trois premières années. « Je jouais à la mêlée avec Maxou à l’ouverture. » Il fallait l’entendre raconter comment il mystifiait les adversaires en lançant, au lieu du cuir, son béret à Max Rousié (à l’époque ancienne, on gardait les bérets pour jouer). Vous ne connaissez  pas Max Rousié ? Il était au rugby ce que fut Pelé au football, Michel-Ange à la sculpture. M. Leterre avait été un éminent gymnaste, il conservait à cinquante mètres du collège une salle de culture physique où la rumeur lui faisait encore donner quelques leçons particulières et où certains d’entre nous – j’en étais, et très fier – l’accompagnaient parfois pour prendre un accessoire.

Aux profs de gym perdus. Une enfance en terre de rugby (1)

L'auteur de cet article est sur la photo, au premier rang. Je n'en dis pas plus...

 

M. Leterre portait en toutes circonstances des chaussettes à motif écossais, un pantalon de golf, un blouson de velours marron à fermeture éclair et un béret. Par grand froid, il endossait par dessus une canadienne avec le col fourré de laquelle il se couvrait les oreilles. Nouveau centaure, M. Leterre enfourchait son vélo à sacoches et nous partions pour les Allées, où les leçons se déroulaient. La classe, préalablement bâtée du matériel didactique, traversait le centre-ville par la rue principale et le boulevard, sous la surveillance platonique de M. Leterre qui, résident de longue date, saluait tous les passants. Il n’était d’ailleurs pas nécessaire de nous surveiller : la circulation était peu dense à l’époque, et nous évitions les comportements déplacés, non par sagesse congénitale mais par sens pratique. En effet, nous savions que M. Leterre pouvait être averti en direct live de ce que faisait le grand sifflet aux oreilles décollées ou le petit gros aux cheveux en brosse. Qu’un incident survienne, la main de granit de M. Leterre s’abattrait sur le crâne du malotru et, pour la séance à suivre, le ballon de rugby resterait dans la sacoche matricielle. Avec M. Leterre, le cours de gym, c’était surtout le ballon ! La marche ayant servi d’échauffement, la séquence de saut en hauteur était tôt expédiée : nous défilions entre les poteaux à la vitesse d’un stick de parachutistes (la file qui se succède par la même porte) en quête de record du monde. Alors M. Leterre sortait le ballon … et le vrai bon temps commençait, comme le dit Petit Toomaï du Livre de la jungle. Evidemment, pas question de plaquer sur le sol nu de l’esplanade : on se contentait de jouer à toucher ou à tenir. Par contre, le samedi après-midi, nous jouions pour de vrai.

                                              

Il faut peut-être préciser ici que, si notre conception de la gym au collège semblait se limiter au ballon, c’est que les courses quotidiennes dans les collines abruptes, les batailles bihebdomadaires à coups de cailloux, les dénichages de pies en saison, nous avaient dotés d’une endurance et d’une capacité respiratoire qui se sont à coup sûr raréfiées dans nos pays développés. Pas besoin de nous initier au grimper de corde, nous en aurions remontré aux singes ; nos écoles de campagne disposaient de portiques auxquels nous avions accès en tout temps (à nos risques et périls, est-il nécessaire de le préciser ?). Ce que nous attendions du collège, c’était de jouer sur un terrain tracé, avec un ballon de match, selon les règles officielles, sous le regard d’un expert, et de mettre notre VO2max surdimensionné au service de nos aspirations.

 

En ce temps-là, écoles et collèges – comme tout le monde d’ailleurs – travaillaient le samedi entier. De deux heures à cinq heures, nous avions plein air : nous allions dans une prairie sur l’emplacement du futur lycée, à deux kilomètres. Nous, les pensionnaires, étions doublement heureux car, après le plein air, nous partirions en famille ; les valises patientaient dans l’entrée du dortoir. Jusqu’à ce que nous ayons passé le pont, M. Leterre pédalotait à nos côtés.  Nous traversions encore le foirail en formation orthodoxe mais, tourné le coin du couvent des Annonciades, les rangs se distendaient et c’est en grappes allègres que nous suivions le trottoir de la rue Crochepierre. M. Leterre glissait alors à l’arrière, bavardant avec les riverains de rencontre. Nous menions bon train pour ne pas perdre trop de temps de jeu. Les façades collées du début de la rue se trouaient de courettes de plus en plus nombreuses puis venaient des maisons espacées entourées de jardins. Une fois traversée la route de Tournon, il n’y avait plus de trottoir ni même de maisons, A droite, des jardins clos, à gauche des champs qui bordaient la voie encaissée et étroite, le Chemin du Rooy. Nous arrivions alors au pré de tous les exploits.

 

Les premiers s’étaient déjà mis en tenue sous l’opportun marronnier quand M. Leterre arrivait, poussant devant lui quelques retardataires, toujours les mêmes, que le sport n’enthousiasmait pas. Cette poignée d’anarchistes, les bras cassés, était affectée par M. Leterre à la tâche exaltante de bouchonner et bichonner son destrier métallique avec des chiffons doux et du pétrole. Nous autres, sous les orgues célestes, pénétrions sur le terrain, les yeux illuminés d’un espoir de gloire infinie.

 

 Dans les matières intellectuelles, la performance, tout en offrant des possibilités d’extension, s’inscrivait dans un cadre fini ; on ne pouvait faire mieux que zéro faute en orthographe. Au rugby, la subtilité de la passe, la pertinence du coup de pied, l’efficacité du plaquage, possédaient une potentialité de perfectionnement illimité qui, comme les secousses sismiques, s’étalonnait  sur une échelle ouverte. Pour le sort du match en cours, la charge pachydermique de Fournier, le service au cordeau de Titine à son ailier, pouvaient même dépasser ceux des sublimes Tarozzi et  Merquey. Le samedi après-midi des années de sixième et cinquième, nous réalisions des prouesses qui irrigueraient les conversations de la semaine à venir et dont les plus éclatantes nous accompagneraient durant la scolarité entière et même au-delà. Les assauts de Fournier étaient-ils contrariés par des mottes malencontreuses, les passes de Titine gâchées par les mains en bois de Nénette, aussi gourd qu’il était véloce ? Qu’importe. Loin de les réduire, les aléas grandissaient les actions : sans la touffe d’herbe, sans la maladresse de Nénette…

 

 

Aux profs de gym perdus. Une enfance en terre de rugby (1)

Un samedi cependant, la terre trembla. Dans le virage avant le passage à niveau, notre avant-garde fut dépassée en trombe par M. Leterre. La garde-barrière s’essuya les mains à son tablier de cuisine et ferma la route de son portail roulant. Nous nous attroupâmes, les yeux ronds, à deux mètres du professeur. « Quel est celui qui a dit que j’étais un con ? » Un renard surgissant au milieu d’une convention de gélines n’eût pas créé plus d’émoi que la question de M. Leterre. Ce fut un ahurissement majuscule. Des camarades survenaient, que M. Leterre bloqua à distance : « Dans mes sacoches, j’ai un poste de radio émetteur-récepteur et j’ai tout entendu : quel est celui qui a dit que j’étais un con ? » Une onde d’absolue dénégation émanait de notre groupe : rien à en sortir. « En rangs par deux ! » Ce jour-là, nous alignâmes abdominaux et tours de terrain, les bras cassés aussi. C’est dans la même formation militaire que nous revînmes au collège, à la stupéfaction des passants. Le lundi matin, grand branle-bas dans Landerneau : qui avait traité M. Leterre de con ? Les externes restaient prudents : l’avant-garde du samedi n’en comptait aucun, sauf Fournier, mais, bien que plus nombreux, ils se méfiaient de l’instinct grégaire et agressif des pensionnaires. L’affaire débordait la confrérie ; des élèves de troisième, et même de seconde ! étaient venus aux nouvelles. Dans le groupe ciblé par M. Leterre, on tentait de reconstituer le verbatim des conversations du Chemin du Rooy mais, en totale bonne foi, nul n’avait souvenir de l’insulte. D’ailleurs qui aurait osé Monsieur Leterre est un con  alors que nous le révérions ? Un bras cassé aigri, à la rigueur, mais ils étaient hors de cause.

 

Après le repas du soir, nous cherchions encore lorsque Nénette se souvint qu’on avait parlé des joueurs de l’équipe de cadets (son frère aîné, minime surclassé, en faisait partie) et que Fournier avait dit que M. Leterre avait dit que, si Chalareng continuait à jouer comme ça, il allait avoir sa place en équipe première de Villeneuve XIII (avec Tarozzi et Merquey !), alors, devant l’énormité du postulat, Titine avait rigolé : « Quel con, ce Juteux ! » Ce n’était pas une insulte mais un commentaire. Il s’agissait  donc d’un malentendu, difficile, convenons-en, à expliquer. Titine avait voulu dire ; « Monsieur Leterre exagère. » Pour nous, l’affaire était close. Une énigme subsistait : comment M. Leterre avait-il pu savoir ? Le poste émetteur-récepteur avait fortement ébranlé nos esprits. « Mais vous êtes cons, puisque  Juteux n’était pas avec vous, comment son poste aurait pu vous capter ? » C’était vrai aussi. « Vous parliez fort et quelqu’un qui faisait son jardin a entendu. Quand Juteux est passé, le type vous a cafardés. » Le grand-frère de Nénette venait de remettre les choses en place. Durant la quinzaine qui suivit, nous redoublâmes de bonne volonté et de gentillesse – de bassesse et de léchage de Pataugas ? – avec M. Leterre qui voulut bien jeter au Lot cette offense non avenue.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 06:38

Pour ma part, je sais désormais pourquoi je ne suis pas bricoleur. La photo de cette beaufitude immonde (un 4X4 sur quatre places pour handicapés) a été prise sur un parking de Castorama.

S'attaquer frontalement aux handicapés : quel courage !
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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 06:23
Un conseil de Jean-Maurice, du magazine Fémina
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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 06:40

Bernard, mon ami septuagénaire, continue de dérouler ses souvenirs d'enfance. Il a la gentillesse de le faire pour mon blog, et pas pour celui de la voisine. Originaires du Pas-de-calais et de la Somme, nous nous sommes connus à Monclar (d'Agenais) au début des années cinquante. J'avais six ans (lui quelques années de plus). Moi, le chti du plat pays, je découvrais des rues en pente, un drôle d'accent, des Espagnols (réfugiés politiques), des Italiens (qui avaient fui la misère) et des Nord-Africains qui avaient choisi la France avant le début de la Guerre d'Algérie.

 

Dans ce village qui me fait aujourd'hui pitié, à l'écart de tout développement économique, le Front National a obtenu 30% des voix lors du premier tour des élections régionales, la droite en général plus de 60%. C'était autrefois un bastion du radical-socialisme. J'ai raconté ailleurs comment ce village n'était en rien, à l'époque, un terreau de communautarisme.

 

 

 

Lycéens des années cinquante, nous ne jouissions pas de ces armes incomparables  d’instruction massive, – télévision et nouvelles technologies de l’information et de la communication, qui épanouissent si fort les générations actuelles. Après leur sortie mondiale, les films mettaient un an pour illuminer les écrans des Cyranos et Lutetias de nos sous-préfectures, trois ans pour les chefs-lieux de canton.   Aussi le rôle de nous ouvrir le monde et au monde reposait-il principalement sur nos respectés professeurs. En proportion de l’intérêt que leur personnalité et leur enseignement suscitaient, nous les installions plus ou moins haut sur les pentes de l’Olympe et, bien qu’il nous arrivât d’en traiter certains en simples mortels,  jamais ne remettions-nous en cause leur essence sacrée.

 

C’est avec une appréhension mêlée de fierté que les élèves de première entraient dans la classe de M. G... qui enseignait l’histoire et la géographie, épreuve du baccalauréat première partie. Ficelle, surnom trivial pour ce quinquagénaire à l’aise dans le traditionnel costume gris trois-pièces. Assez grand, mince, d’une calvitie abondante, nous lui eussions trouvé une ressemblance prononcée avec Lee Van Cleef si ce dernier eût déjà été à la mode : «  Déjà quinze secondes perdues ! », soulignait-il sarcastiquement alors que nos outils étaient pourtant prêts en un temps record. Réglé comme du papier à musique, il dictait son cours en tournant lentement dans les rangées, toujours en sens contraire des aiguilles d’une montre. La rumeur le prétendait nostalgique de l’Ancien Régime : il portait, paraît-il, une cravate noire le 21 janvier, anniversaire de la mort de Louis XVI. A la date fatidique, l’on ne pensait pas à vérifier, ou ça tombait un dimanche, ou l’on n’avait pas cours avec lui. De toute façon, nos professeurs portaient toujours des cravates sombres : à cette époque, les hippies et Antoine n’étaient pas encore nés.

 

La fantaisie de la phrase introductive du cours d’histoire de M. G... – nous ignorions son prénom – illustrait le personnage ; En 1789, la France était une mosaïque de circonscriptions enchevêtrées. Nous la notions avec la ferveur de l’alchimiste au bord de découvrir le suprême secret. Dans le programme de géographie, le contrecoup du plissement alpin s’était avéré un monument érotique parce que Ficelle le mentionna à l’instant où il remontait vers le tableau, ce qui laissa à Gaston, dans le dos imperturbable de notre Amerigo Vespucci, le temps de mimer l’acte sexuel, en ramenant vers lui ses deux poings serrés dans une frénétique secousse. Monsieur G... nous conduisait, manu militari, vers les cimes du savoir dont il figurait une haute mais aride représentation. Il était en quelque sorte notre huile de foie de morue intellectuelle.

 

 A côté de notre appétence pas toujours spontanée pour les travaux de l’esprit, nous accordions une part considérable au sport, à sa pratique, à son spectacle et aux commentaires enflammés qui en découlaient. Villeneuve-sur-Lot était une place forte du rugby à XIII et la décennie cinquante y fut grandiose. Il nous arrivait de reconnaître en ville des joueurs qui enchantaient le spectacle dominical. Hors de leur costume d’apparat, ils rapetissaient un peu sans perdre cependant l’auréole gagnée à grands coups de charges folles, de plaquages destructeurs ou d’insaisissables arabesques.

 

On poussait parfois la porte de la pharmacie de la rue de Paris en espérant recevoir le tube de Dolpic des mains magiques de Jacques Merquey. Les fées s’étaient penchées sur le berceau rustique de ce fils de très modestes paysans, le douant de qualités exceptionnelles. Le rugby lui avait permis de faire des études de pharmacie et d’acheter une officine : la réalité éclipsait la légende. En passant devant la station Shell qui jouxtait le théâtre Georges-Leygues, on apercevait souvent Tito Tarozzi, penché sur un moteur, immense dos en V à la taille pincée par la ceinture élastique de la combinaison bleu-ciel, habit ouvrier que magnifiait la gloire de son propriétaire. On osait l’interpeller : « Bonjour, Tito ! », il se dépliait et répondait d’un large sourire en agitant sa clé à molette. L’élégance de Merquey et la puissance de Tarozzi incarnaient les deux faces du rugby villeneuvois et les deux pôles de nos rêves adolescents.

 

Le cas de Merquey qui avait un pied dans chacun des deux ordres antinomiques, celui des savants et celui des athlètes, qui structuraient le monde, du moins tel qu’il nous apparaissait, aurait dû nous dessiller. Mais le sublime Jacky était encore au faite de sa carrière sportive, si bien que nous le rangions naturellement du côté des jambes. S’il passait le plus clair de ses journées en blouse blanche d’apothicaire, nous ne voulions le voir que dans le maillot vert à chevron et épaulières blancs.

 

Jacques Merquey

 

Les chevaliers du Corps et ceux de l’Esprit évoluant dans des sphères étanches et contradictoires, nous n’aurions jamais pensé que l’ébranlement de  notre conception de l’univers pût un jour venir de Monsieur G... lui-même. Les jeudis après-midi sans compétitions sportives, les internes de première et de terminale avaient la permission de sortie en ville. Nous étions quatre mordus de billard qui nous rendions au café Castel, mitoyen de la Porte de Paris. En ces temps de plein emploi, les tapis étaient déserts et les clients se limitaient à quelques tables de beloteurs, retraités costumés et cravatés, à l’autre bout de l’immense salle 1900. Le seul repère familier, c’était les épaules démesurées de Tito Tarozzi qui attendait en tapant le carton l’heure de l’entraînement hebdomadaire. Une voix infernale troubla soudain nos calculs prévisionnels de carambolage : « Hé ! Hé ! Hé ! Tito ! Que pensez-vous de celui-là ? » N’eût été le lieu, elle ressemblait  à s’y méprendre à celle de Monsieur G... Et la grosse voix sonore de Tito qui appréciait grassement : « Alors là, Monsieur G..., vous m’avez bien eu ! Je m’attendais pas que l’impasse, c’était vous. » Et le rire d’hyène qui crucifiait les réponses erronées des interrogations orales retentit et s’amplifia encore, accompagné des gloussements qui secouaient notre Tito.

 

Nous échangeâmes des regards déments et, soudain paniqués par la crainte d’être découverts en ce lieu de perdition par le plus redouté de nos professeurs, nous remisâmes dans l’instant les instruments et nous déguerpîmes sans penser alors à la tête que feraient nos condisciples… 

Villeneuve-sur-Lot : collégiens et lycéens dans les années cinquante
Villeneuve-sur-Lot : collégiens et lycéens dans les années cinquante

Villeneuve-sur-Lot en 1959, bien avant Cahuzac. Quatre voitures dont deux Panhard (mais je vous parle d'un temps...).

 

Mon copain Bernard, qui a lu ma page de blog dès potronminet, ajoute ceci :

 

En sus de ses dons, Jacky Merquey était plus que beau : solaire. S'il avait été question de pétanque, on l'aurait qualifié de grand pointeur.

 

Ernesto a au moins quatre-vingts ans sur la photo. S'il est des gens que l'âge rend méconnaissables, Tito, cheveux noirs en moins, est le même, avec son nez qui en avait pris des tonnes ( une livre d'os répétitive multipliée par quarante matchs multipliés par quinze saisons, cela fait bien des tonnes) et cet air d'intérêt bienveillant qu'il portait en permanence sur tout interlocuteur ou toute chose. Son buste et ses bras étaient très longs. Quand il se courbait légèrement pour dézinguer un adversaire, on aurait dit la course d'un chimpanzé, ses mains velues frôlant le sol.

   
La Porte de Paris : photo prise en été, pas plus tard que neuf heures (sur le cliché, le Castel est à droite de la tour).
 
Bien entendu, nous étions revenus jouer au billard et Ficelle belotait toujours avec Tito. Nous étions les biches qui ne se gênent pas pour aller boire sous le nez du lion quand elles savent que ce n'est pas son heure. Le premier coup, on avait quand même été sciés. Le duo Ficelle-Tito, c'était encore plus insolite que La Belle et la Bête ou Quasimodo et Esméralda.
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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 06:30

Université d’Aix-Marseille (ils disent désormais "Aix Marseille Université", ces colonisés dans leur tête par les Zuniens !). Une soutenance de thèse en linguistique. Tout se passe comme sur des roulettes. Très bonne thèse, très bonne soutenance.

 

Très ému, le président du jury fait remarquer que le jury est à l’image de la France d’aujourd’hui : un Juif, une personne d’origine italienne, une d’origine catalane, une autre d’origine espagnole. Le candidat est marocain.

 

Le titre de docteur une fois décerné, le thésé, comme c’est la coutume, offre un pot d’honneur aux jurés et à ceux qui ont assisté à la soutenance.

 

Pas de cochonnaille, pas de champagne ! Du jus d’orange pour faire passer les cornes de gazelle. Les professeurs, blanchis sous le harnais, n’avaient jamais vu cela.

 

Le pendant de cette scène ? Les soupes au cochon organisées par les identitaires fachos.

 

La France est désormais communautarisée à tous les étages. L’intégration n’est plus possible. Avant très longtemps, en tout cas.

Pas de champagne pour les profs !

Au Maroc, on sait boire du champagne.

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 06:46

Un vieil ami septuagénaire me transmet ce souvenir d'une époque que les moins de vingt ans ...

 

 

 

A quoi l’'autorité tenait-elle avant 1968 ? Notre prof de philo, Roger S., était un rondouillard qui dépassait la cinquantaine mais n’'atteignait pas le mètre soixante. Boudiné dans un costard gris trois-pièces, pinces de vélo aux chevilles (il ne prenait pas la peine de les enlever), chapeau mou sur son crâne chauve, jambes en parenthèse (d'aucuns le prétendaient gratuitement ancien officier de cavalerie). Des moustaches cramées par la nicotine ; il roulait ses clopes en juxtaposant verticalement deux feuilles de Job maïs  dans le sens de la largeur. Cela faisait des cigarettes obscènes, comme des limaces, pincées du côté lèvres, évasées avec des brins de tabac en bataille de l’'autre. Il fumait évidemment en classe mais, comme il parlait, ça s’'éteignait constamment et il rallumait au milieu de la clope avec un briquet à flamme de chalumeau. Je ne dis pas le trophée que représentait le mégot mâchouillé de Roger S. pour qui avait la chance d’en récupérer un dans la poubelle de la classe. On l’'exhibait fièrement aux yeux des mécréants qui n’'avaient pas le privilège de recevoir l’'enseignement du phénomène. Ses cours étaient pénibles mais personne ne s'avisait de le manifester. Pas question de se dégourdir un bras ou une oreille. Une fois, le grand M. s’'était oublié à décoincer une de ses longues guitares. S. dégringole de l’'estrade ; M. assis était aussi grand que S. debout : « Dis donc, M., tu veux une calotte ? » L’'énorme M. serait rentré dans un trou de souris. Et nous autres, tels des Buster Keaton. La partie la plus animée des cours, c’'était après, en récréation, le commentaire. 

 

 

Le père Roger S. avait quand même de bons côtés ; aussi cossard que nous, il n’'était pas regardant pour la date de remise des devoirs qu’il corrigeait en diagonale (sa cartouche d’'encre rouge a dû lui faire toute la carrière). Alors nous nous autorisions des délais. Comme il était de bon ton de saupoudrer le texte de citations, j’'en fabriquais sur mesure que j’'attribuais à Maurice R., le plus fameux arsouille du Monclar d'Agenais de l'époque. Mon S. n’'y voyait que du feu. Ayant trouvé là un amusement bon marché, j’'en avise mon copain Gaston . Au devoir suivant, le Gaston termine sa dissertation par une pensée de notre intellectuel local. Au compte rendu du devoir, S. interpelle Gaston : « Dis donc, mon vieux, qui c'’est ce Maurice R. ? » Bon camarade, Gaston me passe la balle : « M'sieu, c’est Bernard...qui me l’'a fait connaître… ». Les mouches changèrent d’'âne, à la muette jubilation de nos condisciples : « Alors, Bernard, qui est ce Maurice R. ? – M’sieu, je l’'ai lu… dans un livre… ». S. grogna d’'un air entendu, essayant de se souvenir de ce Maurice R., puis il tendit son devoir à Gaston. Le boulet était passé près.

 

Une autre fois, je m'étais fait piéger par mon sens de l'humain, tel un Chvéik, que je ne connaissais pas encore, au petit pied. C'était jour de ramassage des devoirs : "M'sieu, j'ai pas tout à fait terminé.. " ; " M'sieu, j'ai pas fini. "; "M'sieu, j'ai pas encore fini."

 

 Désir de varier la sauce ? Désir d'adoucir la peine du vieux crabe devant tant de désistements ? Idiotie ? Je me laisse aller à dire : " M'sieu, je l'ai oublié en étude.

- Ben, mon vieux, va le chercher. " La mort dans l'âme, je descends à l'étude qui servait aussi de salle de permanence pour les externes. Il falait bien que je remonte : "M'sieu, elle est fermée à clé.

- Va t'asseoir ", m'a-t-il dit en riant et les autres ont ricané, avec une grande retenue cependant. tant ce salopard nous terrorrisait.

 

En dehors de la classe, il était gentil et jovial. Si on tombait sur lui dans la rue – inutile de préciser que nous faisions tout pour ne pas nous mettre dans le cas de telles rencontres – il répondait à nos salutations hypocrites par un franc et massif coup de chapeau.

 

 J'avais la charge de présenter le cahier de textes au prof à la fin du cours. Une fois que la leçon devait être moins insipide que d'ordinaire, sans doute était-ce un point de psychologie, Roger S. émet une idée qui amène une moue désapprobatrice sur le museau de mon voisin A. qui aggrave son cas en ne réprimant pas un mouvement de dénégation de sa main droite. "Dis donc, A., tu deviens fou ?" lui demande S. courroucé. A. bafouille quelque piteuse excuse. L'autre reprend le cours de son cours. A la sortie : "A., tu resteras." Je présente servilement le cahier de texte pour m'éclipser au plus tôt. L'autre commence à remplir puis interpelle A. sur ses mauvaises manières. Nous baissons les oreilles. Voilà-t-y pas que le vieux Roger S. déclare ; "Il me semble que je vous laisse suffisamment de liberté (s ?)" et me prend à témoin : "N'est-ce pas, Bernard ?" Intronisé dans le rôle de Salomon, je mûris intensément ma réflexion avant de concéder un "oui" très objectif. 

 

    Je pense maintenant que Roger S. était un grand farceur dont je n'étais pas le moindre dindon.

 

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26 novembre 2015 4 26 /11 /novembre /2015 06:17

Je ne sais pas où cette photo a été prise mais elle me rappelle Jerez de la Frontera dans les années soixante.

De la misère ordinaire (21)
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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 11:37
Attentats : un dessin d'enfant

Dessin de Rébecca Gensane, 11 ans.

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 06:55

Que nous dit la photo ci-dessous ? Un maire, politiquement correct, a voulu “ faire plaisir ” aux handicapés. Il a donc matérialisé deux places, de la manière la plus grossière et grotesque qui soit. Vous pouvez être sûrs que ces emplacements ont dû rendre furibarde la population des non handicapés.

 

Le pire, peut-être, car le moins visible, c'est le ralentisseur qui ne sert strictement à rien. Croyez-en ma vieille expérience d'ancien Toulousain et Haut-Garonnais, sur cette photo, il y a trois pots de vin.

 

PS : J'habite désormais Lyon. Troisième ville de France, quasiment pas un seul ralentisseur. Et pourtant, les boulevards et autres avenues où l'on peut prendre de la vitesse ne manquent pas. À Tassin (banlieue ouest de Lyon), il est impossible de rouler vite à cause du relief très vallonné. Il y a des ralentisseurs partout. La raison ? Voir ci-dessus.

Une insulte aux handicapés
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