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22 septembre 2016 4 22 /09 /septembre /2016 05:50

La langue d’oïl est la langue romane qui s’est développée au nord de la Gaule, puis dans le sud de la Belgique et dans les îles anglo-normandes. L’appellation « langue d’oïl » vient de « oïl » qui a donné le français « oui ». Dans Vita Nuova, Dante repère deux groupes de langues : celui des langues germaniques dans lequel on dit « jo » et celui des langues romanes qu’il classe en trois langues : une dans laquelle on dit « oïl », l’ancien français, sorte de latin vulgaire où par exemple, l’accent tonique se place sur l’avant-dernière syllabe, avec un amuïssement progressif des voyelles post-toniques (calidus -> caldus), une dans laquelle on dit « oc », une dans laquelle on dit « sì » (l’italien ; à l'époque de Dante, on parlait quatorze dialectes en Italie). L’oïl se subdivise en plusieurs variétés. En Île de France, on parle le français ; à l’est, on parle le lorrain, le champenois, le bourguignon, au nord le picard et le wallon ; à l’ouest le gallo (parlé en Bretagne mais qui n’est pas apparenté au breton, langue celtique) ; au sud-est le franc-comtois ; au sud-ouest le poitevin-saintongeais (fortement teinté d’occitan et à qui les Québécois et les Acadiens doivent beaucoup); au sud le berrichon (« cagouille », « aga ! », « chagner », « ça pleut » ; qu'ont fait les oreilles de Chopin de ces berrichonnades ?).

 

Quand les Gaulois ont-ils cessé de parler latin ? Selon le linguiste britannique Anthony Lodge : jamais. Les historiens de la langue se sont néanmoins efforcés de différencier le « bas-latin » du « protoroman » (langue de transition par excellence) et de l’« ancien français » qui sera parlé du IXe au XIVe siècle. Les Serments de Strasbourg ont été prononcés en langue romane et en germanique (les rois Charles le Chauve et Louis le germanique étaient bilingues et ont juré dans la langue de l’autre) mais ils ont été écrits en langue romane (une langue quelque peu artificielle, le texte contenant des tournures juridiques calquées sur le latin). Les suites royales prêteront serment dans leur langue : celle de Louis en Allemand, celle de Charles en français. Les Serments constituent, selon les linguistes Bernard Cerquiglini et Claude Hagège, « l’acte de naissance de la langue française ». Frédéric Duval (Mille ans de langue française) ne parle pas de génération spontanée mais plutôt d’un lent continuum : « C’est plutôt de scissiparité qu’il s’agirait, d’une séparation progressive et graduelle entre un latin des lettrés et un latin vernaculaire ».

 

Du français (III)

 

En 813, le concile de Tours demande aux prêtres de prononcer leurs sermons dans le vernaculaire local ou dans la langue tudesque (« rusticam Romanam linguam aut Theodiscam »). Preuve que le latin n’est plus parlé ni compris par le peuple. La Séquence (ou Cantilène) de sainte Eulalie (880), qui raconte le martyre de cette jeune fille, fut le premier texte littéraire composé en langue romane.

 

Texte en roman   Adaptation française
Buona pulcella fut Eulalia.   Bonne pucelle fut Eulalie.
Bel auret corps bellezour anima.   Beau avait le corps, belle l'âme.
Voldrent la ueintre li d[õ] inimi.   Voulurent la vaincre les ennemis de Dieu,
Voldrent la faire diaule seruir.   Voulurent la faire diable servir.
Elle nont eskoltet les mals conselliers.   Elle, n'écoute pas les mauvais conseillers :
Quelle d[õ] raneiet chi maent sus en ciel.   « Qu'elle renie Dieu qui demeure au ciel ! »
Ne por or ned argent ne paramenz.   Ni pour or, ni argent ni parure,
Por manatce regiel ne preiement.   Pour menace royale ni prière :
Niule cose non la pouret omq[ue] pleier.   Nulle chose ne la put jamais plier
La polle sempre n[on] amast lo d[õ] menestier.   À ce la fille toujours n'aimât le ministère de Dieu.
E por[ ]o fut p[re]sentede maximiien.   Et pour cela fut présentée à Maximien,
Chi rex eret a cels dis soure pagiens.   Qui était en ces jours roi sur les païens.
Il[ ]li enortet dont lei nonq[ue] chielt.   Il l'exhorte, ce dont ne lui chaut,
Qued elle fuiet lo nom xp[ist]iien.   À ce qu'elle fuie le nom de chrétien.
Ellent adunet lo suon element   Qu'elle réunit son élément [sa force],
Melz sostendreiet les empedementz.   Mieux soutiendrait les chaînes
Quelle p[er]desse sa uirginitet.   Qu'elle perdît sa virginité.
Por[ ]os suret morte a grand honestet.   Pour cela fut morte en grande honnêteté.
Enz enl fou la getterent com arde tost.   En le feu la jetèrent, pour que brûle tôt :
Elle colpes n[on] auret por[ ]o nos coist.   Elle, coulpe n'avait : pour cela ne cuit pas.
A[ ]czo nos uoldret concreidre li rex pagiens.   Mais cela ne voulut pas croire le roi païen.
Ad une spede li roueret tolir lo chief.   Avec une épée il ordonna lui ôter le chef :
La domnizelle celle kose n[on] contredist.   La demoiselle cette chose ne contredit pas,
Volt lo seule lazsier si ruouet krist.   Veut le siècle laisser, si l'ordonne Christ.
In figure de colomb uolat a ciel.   En figure de colombe, vole au ciel.
Tuit oram que por[ ]nos degnet preier.   Tous implorons que pour nous daigne prier,
Qued auuisset de nos Xr[istu]s mercit   Qu'ait de nous Christ merci
Post la mort & a[ ]lui nos laist uenir.   Après la mort, et qu'à lui nous laisse venir,
Par souue clementia.   Par sa clémence.

 

On note l'utilisation d'articles (li nimini : « les ennemis », lo nom : « le nom », la domnizelle : « la demoiselle », etc.), absents du latin. Certaines voyelles finales du latin sont désormais tombées (utilisation de e ou a pour rendre le son [ǝ] : pulcella : « pucelle (jeune fille) », cose : « chose » etc.). Certaines voyelles sont devenues des diphtongues (latin bona > roman buona : « bonne »). On trouve également dans ce texte le premier conditionnel de l'histoire (sostendreiet : « soutiendrait »), formé à partir du futur et la terminaison de l'imparfait. Pour l'anecdote, on relèvera le destin du mot ”empedementz”. La forme francisée “impediments” a disparu de la langue française. La forme “latine” “impedimenta” (bagages encombrants) est peu usitée. En revanche impediment (dans le sens d'obstacle) est très courant en anglais.

Du français (III)

 

(A suivre)

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commentaires

A
Merci Bernard ! Si Michèle est "bin continte", moé jh'etions beun'aise. O va beun dau dire in chat, un chat, in cheun, in cheun. Cher Bernard, "au sud le berrichon (« cagouille »)" : la "cagouille" est l'emblème des Saintongeais (Charentais) - qui va chap'ti va loin, (autre forme de "qui va piano va sano") - , dans le Berry olé le "luma" ! C'est vrai que le parler au Québec et l'accent rappellent le Saintongeais et en entendant un Québecois on a parfois l'impression d'être au fin fond de la campagne saintongeaise ! Normal un certain Champlain est parti de Brouage et Pierre Dugua de Mons de Royan ! Et puis olé connu, "quant o faut qu'o mouille, o fait bia et quant o faut qu'o fasse bia, et beun, o mouille !"
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