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3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 05:33

Mediapart a récemment publié un article fort intéressant  sur le financement très « finances » de la campagne de Macron («Macron Leks»: les secrets d'une levée de fonds hors norme).

 

J’en ai surtout retenu à quel point les « Macron Boys », ces éphèbes à barbe de trois jours, avaient choisi le bain linguistique de la langue du fric : le sabir atlantique cher à Etiemble. Le problème est qu’ils veulent nous imposer cette aliénation, déjà présente mais qui peut mieux faire.

 

Extraits :

 

Emmanuel Macron est encore à Bercy, mais il veut déjà tout faire pour se présenter à la présidentielle. Une véritable « task force » s’organise alors autour de Christian Dargnat, le président de l’association de financement d’En Marche!

[Chez Macron, on adore les « task forces ». En bon français, on parlera de « force opérationnelle » si le contexte est militaire ou de « groupe de travail » si le contexte est civil].

 

L'équipe veut passer à la vitesse supérieure en activant un impressionnant maillage des réseaux d’entrepreneurs, banquiers, avocats, lobbyistes et autres « influencers » susceptibles de dégainer un jour ou l’autre l’équivalent de 6,5 Smic pour aider le candidat Macron.

[L’anglais n’utilise guère le mot « influencer ». L’équivalent français serait « prescripteur »].

 

La cash machine est lancée. Pour multiplier les rencontres, l’équipe « fundraising » (« collecte de fonds ») d’En Marche! a élargi son maillage par l’intermédiaire de rabatteurs, des sympathisants du mouvement – très bien intégrés dans les hautes sphères économiques – qui ouvrent leurs carnets d’adresses, accueillent des déjeuners, voire, parfois, organisent des événements « clés en main ».

[Une « cash machine » n’est autre qu’un distributeur de billets. Mais, évidemment, pour une équipe « fund raising », DAB fait un peu plouc].

 

Le 1er juin 2016, le conseiller de dirigeants d'entreprise Édouard Tétreau, un temps protégé par l'ancien PDG d'Axa Claude Bébéar, accueille l’un des tout premiers grands cocktails parisiens. « Durée : 1 h 30, dont passage Emmanuel d’1 h 00 », note minutieusement l’équipe d’En Marche! Tout est millimétré : « Salutations 15 min/speech 20 min/Q&A [questions/réponses – ndlr] 20 min/sortie 5 min. » Les invités sont triés sur le volet : une trentaine de « quadra, hors CEO [PDG – ndlr] CAC40 ». Une semaine plus tard, Édouard Tétreau renouvelle l’expérience pour une nouvelle cible. Cette fois, 32 personnalités issues de « différents cercles (avocats, conseil, lobbying, édition, etc.) » sont concernées. Ne reste qu’à valider la liste d’invités. Mais « attention ! », alerte En Marche !, « un partner d’Image 7 », la boîte de la communicante Anne Méaux, qui conseille François Fillon, fait partie des convives potentiels.

[Dans le milieu des éphèbes à barbe de trois jours, point de discours ou d’allocutions : des « speeches ». Avec cette idée que c’est plus court, plus léger, avec une fonction uniquement phatique. On n’a pas d’associés mais des « partners » et on fait du « lobbying » auprès des CEO (chief executive officers)].

 

 

« Mon sentiment, développe Chardoillet, si nous restons sur l’objectif précis du fundraising, est que cette cible centre droit n’est pas, pas du tout mûre pour la donation. Positionnement, programme et démarcation de Hollande seront des éléments clés pour que cette cible évolue. » 
« Top de voir ces manifestations », se réjouit dans la foulée Emmanuel Miquel, dans un message en copie au reste de la direction d’En Marche!

[« Top » de constater que le « fundraising » fonctionne bien].

 

Retour de Dargnat, un mois plus tard : « J’ai déjeuné avec le DG et : excellents contacts et gros potentiels de networking. Merci encore. »

[Pourtant, les éphèbes avaient précédemment utilisé le mot « maillage ». Il faut dire que le mot « networking » n’est pas très précis en anglais. Il signifie à la fois « « maillage », « réseautage », « mise en réseau », « travail en réseau », « réseautique », interconnexion de réseaux »].

 

Très investi, Cédric O préconise aussi de convier à un dîner du mois de juillet un patron qu’il connaît personnellement : « Je ne suis pas certain qu’il donnera, mais c’est un très gros driver pour d’autres (sur la thune et en termes de réseau). »

[Un « driver » n’est autre qu’un « conducteur ou un « pilote ». Ici, je ne suis pas certain que la barbe de trois jours sache exactement ce qu’elle veut dire].

 

 

Bonne pioche : ce quadra donnera plus tard 2 500 euros à la candidature. « Pas mal », note, impassible, le mandataire. 
« Nous organisons le 1er juillet un déjeuner autour d’E. Macron : si vous avez des gens prêts à contribuer à hauteur de 7,5 K€, envoyez à Emmanuel Miquel et moi-même les coordonnées de ces personnes », relance encore Dargnat à une dizaine de ses contacts.

 

 

Dans la liste : Frédéric Surry, directeur des investissements actions et obligations convertibles à la BNP, Denis Panel, DG d’une des filiales du groupe bancaire, et un ancien de la maison, David Pillet, ex-business manager ayant fondé en 2016 sa propre société de conseil.

[Un « business manager » n’est rien d’autre qu’un « chef d’entreprise »].

 

 

Le sabir des Macron boys

Deux mois plus tard, une nouvelle soirée fait saliver l'équipe : 23 chefs d'entreprise « qui peuvent bcp aider » ont déjà promis d’être là. L’un d’entre eux, patron d’une jeune société d’investissement, semble « très helpful ».

[Mais oui, « helpful » ! Dans le français qu’utilisent les gogos qui ont voté Macron car ils pensaient que la Le Pen allait les dévorer tout crus, « helpful » signifie « serviable » ou « utile ».

 

Le 19 mai 2016, un cadre de Rothschild, Philippe Guez, a aussi organisé une récolte de dons dans son appartement du XVIe arrondissement. Y étaient conviés une dizaine d’invités – chefs d’entreprise, avocats, family office et investisseurs dans l’immobilier.

[« Family office » : tout bêtement « gestion de patrimoine »].

 

C'est le cas par exemple de Mylène Bonot, une chargée de partenariat qui n'a pas ménagé son temps dans la collecte. « Salut à tous. Suite à notre échange d’hier soir et comme convenu, je vous fais suivre le profil de Mylène, proposait Cédric O en avril 2016. Je pense qu’elle serait top pour donner un coup de main sur le fundraising pour gérer la bande passante de contacts : elle est très maligne, hyper sympa, c’est son job de soutirer de la maille aux gens qui ont de la thune et en plus c’est une meuf, ce qui est un atout non négligeable. Par ailleurs je la connais très bien et je lui fais confiance ».

[Ou comment parler djeuns quand on est quadra avec une barbe de trois jours].

 

PS (qui n'a rien à voir) : des amis me demandent ce que je pense de l'anglais de Macron. Ce qui est plus important que son anglais, c'est évidemment le fait qu'il se soit exprimé en anglais sur les marches de l'Élysée. Cela dit, son anglais n'est pas mauvais du tout. Nos présidents gallo-ricains devront s'exprimer dans un anglais correct, fluide. J'ai simplement observé des erreurs d'intonation (committed, responsibility). Or, pour les anglophones, l'intonation est le critère fondamental. Dans son cas, c'est la preuve que, pour lui, l'anglais n'est pas naturel. C'est une acquisition de bonne facture. Je passe sur les h aspirés qu'il n'aspire pas (whoever).

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