Pour Serge Halimi, qui ne manque pas d’ironie, nous allons vivre des « années folles » : À leurs yeux, l’orage est passé, l’élection de M. Donald Trump et le Brexit sont presque conjurés. La large victoire de M. Emmanuel Macron a enthousiasmé les milieux dirigeants de l’Union européenne. Un de leurs commentateurs assermentés, ronronnant de bonheur, estimait même qu’il s’agissait du « premier coup d’arrêt décisif à la vague populiste ». Profiter de l’instant pour faire passer en force le programme néolibéral de la Commission européenne démange donc les nouveaux gouvernants français, qui ont le code du travail dans leur viseur. Une orientation politique identique sera désormais incarnée à Paris par un homme plus jeune, plus cultivé et moins radicalement dépourvu d’imagination et de charisme que son prédécesseur ; les miracles de la communication et du « vote utile » permettent de travestir ce léger changement en un basculement historique ouvrant la voie à toutes les audaces. L’effacement du clivage entre les deux camps que chante une presse occidentale en pâmoison devant son nouveau prodige relève lui aussi de la fantaisie : gauche et droite françaises appliquent en effet à tour de rôle la même politique depuis 1983. Dorénavant, des pans entiers de l’une et de l’autre se retrouvent dans un même gouvernement, demain dans une même majorité parlementaire. La clarté y gagne, mais c’est tout.
Le saviez-vous ? La CFDT Carrefour a crée une association "pour la représentation des actionnaires et salariés Carrefour". Jean-Michel Dumay ne s'est pas étonné : « Pressé de réécrire le code du travail, le nouveau président français, M. Emmanuel Macron, espère s’appuyer sur les syndicats dits « réformistes », et en premier lieu la Confédération française démocratique du travail (CFDT). Alors qu’elle incarna un profond renouvellement de l’action collective dans les années 1960 et 1970, celle-ci accompagne depuis trente ans le détricotage du droit social, tout en jurant rester fidèle à ses valeurs. »
Un article très intéressant de Jean-Baptiste Mallet sur tomate et capitalisme : « Le capitalisme raconté par le ketchup. La force d’un système économique tient à sa capacité à s’insinuer dans les moindres replis de l’existence, et en particulier dans nos assiettes. Une banale boîte de concentré de tomate contient ainsi deux siècles d’histoire du capitalisme. Pour son nouvel ouvrage, Jean-Baptiste Malet a mené une enquête au long cours sur quatre continents. Une géopolitique de la « malbouffe » dont il présente ici un tour d’horizon inédit. »
Julien Boelaert, Sébastien Michon et Étienne Ollion expliquent les voies d’accès à la députation aujourd’hui : « Adeptes du cumul des mandats et de l’embauche de leurs proches comme assistants, nombre de parlementaires français symbolisent cette « caste » de politiciens professionnels avec laquelle le président de la République a promis d’en finir. Mais en quoi consiste cette professionnalisation ? Retraçant les trajectoires des députés depuis les années 1970, une enquête éclaire cette question d’un jour nouveau. »
De quoi le basket-ball aux Etats-Unis est-il le nom, se demande Julien Brygo ? « Le rêve américain au miroir du basket-ball. Avec près de trente millions de joueurs occasionnels, le basket-ball compte parmi les sports les plus populaires aux États-Unis. Selon qu’il est pratiqué sur le parquet des Chicago Bulls, dans les rues d’un ghetto noir ou dans l’université d’une petite ville de l’Indiana, il revêt des fonctions sociales très disparates. »
On l’avait oublié mais (François Cusset) « Au Chiapas, la révolution s’obstine
Au début des années 1990, le soulèvement zapatiste incarnait une option stratégique : changer le monde sans prendre le pouvoir. L’arrivée au gouvernement de forces de gauche en Amérique latine, quelques années plus tard, sembla lui donner tort. Mais, du Venezuela au Brésil, les difficultés des régimes progressistes soulèvent une question : où en est, de son côté, le Chiapas ? »
Evelyne Pieiller analyse les Pathologies de la démocratie : « Le fonctionnement du « gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » suscite aujourd’hui de plus en plus de critiques, sinon de doutes. Les analyses des limites et des dérives de la démocratie en désignent comme principales responsables soit l’impuissance du politique, soit l’incapacité des citoyens mêmes. Serait-on donc condamné à l’oligarchie ou au populisme ? »
Pour Willy Pelletier, « leVote FN est une bataille de proximité. La progression continue du Front national a agrégé des groupes sociaux disparates qui, parfois, ne sont pas seulement attirés vers lui par son discours xénophobe et antimusulman. Flexibilité, précarité, austérité, chômage : le vote d’extrême droite leur a semblé mieux répondre à ces humiliations que les propositions d’une gauche en voie de disparition dans leur environnement immédiat. »
Pour Alain Gresh, la La Palestine est toujours recommencée : « Le 5 juin 1967 à l’aube, l’armée israélienne détruit au sol l’aviation militaire égyptienne. En six jours, elle conquiert le Sinaï, le Golan syrien et la partie de la Palestine historique qui avait échappé à son contrôle en 1948 : la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Cinquante ans plus tard, l’occupation se poursuit, mais la stratégie d’éradication de l’aspiration nationale palestinienne se heurte à une résistance enracinée dans une longue histoire. »
L’Afrique du Sud est, quant à elle, lassée de ses libérateurs (Sabine Cessou- : « Coup dur pour l’Afrique du Sud : fin mai, General Motors annonce son retrait du pays. Mille cinq cents emplois directs sont menacés et plusieurs milliers d’autres sont indirectement en jeu. Cette décision n’est qu’une illustration du trou d’air que traverse la première économie du continent. Sur fond de tensions sociales, de corruption et de violence, le pays de Nelson Mandela cherche un nouveau souffle. »
Pour Claire Lecœuvre, le bio peut dénaturer le bio : « Démarche vertueuse en termes d’emploi, d’utilisation des ressources et de santé publique, l’agriculture biologique progresse rapidement en France. Alléchées, l’industrie agroalimentaire et la grande distribution entendent bien s’emparer de ce marché. Au risque d’en effacer les fondements en faisant pression sur la Commission européenne pour réduire les exigences de qualité. »
Jean-Michel Qyatrepoint estime que L’Europe est en retard d’une guerre industrielle ; « Pour la première fois, la Commission de Bruxelles a présenté, le 2 décembre 2016, un plan d’action destiné à soutenir les industries de la défense du Vieux Continent. Il serait doté de 5,5 milliards d’euros par an à partir de 2020. L’histoire industrielle européenne est toutefois jalonnée de promesses qui, aussi modestes soient-elles, n’aboutissent pas. »
Un portrait sans concessions du Royaume-Uni par Paul Mason : « Élections, club-sandwichs et nids-de-poule au Royaume-Uni. L’attentat du 22 mai à Manchester a interrompu la campagne pour les législatives anticipées au Royaume-Uni. Le scrutin du 8 juin n’en demeure pas moins décisif pour l’avenir du pays : même si certains électeurs voteront en fonction de préoccupations locales, le résultat national déterminera les marges de manœuvre du 10 Downing Street pour négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. »
Minsk se rebiffe contre le grand frère russe (Ioulia Shukan) : « Depuis le changement de pouvoir en Ukraine, la Biélorussie tente d’échapper à la montée des tensions entre la Russie et l’Union européenne. En jouant les bons offices, Minsk espère diversifier ses échanges et affirmer son indépendance vis-à-vis de Moscou. Mais, soucieux de préserver son pouvoir et son partenariat stratégique, le président Loukachenko connaît bien les lignes rouges à ne pas franchir. »
Marie-Noël Rio nous invite à retrouver le rire de Bertolt Brecht : « Parce qu’il proposait au spectateur le plaisir de se libérer des fausses évidences que sécrète l’ordre en place, Bertolt Brecht ouvrit à la représentation théâtrale un champ radicalement nouveau, tant dans les formes que dans l’objectif. Cette grande secousse fut célébrée lors de sa découverte en France, puis peu à peu neutralisée. Son timide retour signe celui de l’audace de penser avec gaieté. »
Un barrage peut en cacher un autre, prévient Paul Rimbert : « L’accession de Mme Marine Le Pen, la candidate du Front national (FN), au second tour de l’élection présidentielle aura au moins eu pour vertu d’éliminer les prudences et rondeurs déontologiques qui d’ordinaire enrobent le discours journalistique. Et de donner à voir les grands médias pour ce qu’ils sont : une force politique, celle qu’on oublie de décompter dans les temps de parole. Un titre de Libération (6 mai 2017) a résumé la ligne de ce parti non déclaré : « Faites ce que vous voulez mais votez Macron ». »
Une de Libération la veille u 2ème tour de l'élection présidentielle pour nous exhorter à "faire barrage" au FN.
