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12 septembre 2026 6 12 /09 /septembre /2026 05:01

Un récit sur l'éducation populaire vu depuis la MJC de Briançon

[Diverses circonstances de vie m'ont empêché de m'établir à Briançon, mais je n'ai jamais cessé d'aimer et de m'intéresser à cette ville. BG]

 

En 2022, l’association de la MJC (Maison de la culture et de la jeunesse) de Briançon est placée en liquidation judiciaire. Mais avant de disparaître, celle-ci confie à l’écrivain François Beaune le soin de raconter son histoire. Ce dernier en a tiré un récit collectif inspirant qui raconte à travers cette MJC un pan de l’histoire de l’éducation populaire en France. Ce récit documentaire, qui montre les grandes joies collectives, mais aussi les difficultés du monde associatif (éditions Cause Perdue), mérite assurément toute notre attention.

 

Pour retracer l’histoire de la MJC du Briançonnais, François Beaune a réalisé de nombreux entretiens avec les acteurs et actrices de cette structure (responsables de l’association, salariés et bénévoles). L’ouvrage recèle donc différents points de vue et cet aspect polyphonique est très appréciable, même s’il n’est pas toujours aisé de suivre les différents protagonistes. Au niveau de la forme, l’écrivain a fait le pari réussi de faire parler la MJC à la première personne. Cette dernière commence par raconter sa fin, triste et sans adieux officiels, avant de remonter à sa naissance en 1965, puis de retracer presque cinquante ans de vie associative.

L’altitude pour décor

François Beaune revient brièvement sur l’histoire des MJC, qui se multiplient après la Seconde Guerre mondiale, dans le sillage du programme du CNR. Celle de Briançon ne naît qu’en 1965 et, à l’époque, elle est vue comme un moyen possible de « canaliser les ardeurs juvéniles » par le maire gaulliste. Ville de garnison située en altitude, d’où l’implantation de sanatoriums, Briançon est également très peu dotée en vie culturelle et associative. Elle bénéficie à ses débuts d’animateurs très engagés qui proposent de nombreuses activités aux jeunes du territoire. Très vite, la population locale adhère au projet et s’en saisit.

Après Mai 68, de nombreuses initiatives fleurissent : festivals de cinéma, ateliers tricot, poterie, yoga, danse… Quand, à la fin des années 1970, la MJC se retrouve en conflit avec la mairie, des adhérents et adhérentes occupent le bâtiment, donnant lieu à une expérience autogestionnaire quelques années après Lip et le Larzac. Cette dynamique inaugure une nouvelle période faste à la MJC qui repart ensuite de plus belle.

La force du collectif

Ce qui frappe à la lecture de ce récit, c’est l’inventivité et le dévouement des acteurs de cette histoire qui rénovent eux-mêmes les locaux ou les équipements quand c’est nécessaire et qui développent un grand nombre d’activités, à destination de la jeunesse, mais plus largement des habitants et des habitantes du territoire. La MJC devient une grande maison abritant en son sein de nombreuses initiatives et associations, pour lesquelles certains services sont mutualisés. L’association compte jusqu’à un millier d’adhérents pour une population de 10 000 habitants !

En fin de compte, ces personnes défendent et construisent au jour le jour un modèle de société « post-capitaliste, émancipé des logiques de concurrence, d’accaparement des richesses au profit d’une infime minorité » où les talents de chacun sont mis au service du collectif, et c’est très inspirant.

Un modèle en crise

Forcément, voir mourir une structure qui a eu une si belle vie est assez déprimant, mais la recherche des causes est riche d’enseignements. Celles-ci sont à la fois conjoncturelles et structurelles. Située près de l’Italie, Briançon voit arriver des migrants à partir de 2015. La municipalité est complètement démunie, c’est donc depuis la MJC que va s’organiser l’accueil de ces personnes. Si celle-ci est une réussite, elle détourne cependant les salariés et bénévoles de la MJC de leurs activités originelles.

Par ailleurs, l’association souffre d’un manque de renouvellement des forces militantes. Enfin, comme de nombreuses associations, la logique d’appel à projets étouffe la liberté dont elle jouissait et l’entraîne dans une dépendance aux subventions publiques. Quand ces dernières se tarissent, cela porte un coup fatal à l’association.

Et puis, de manière générale, la société individualiste tend aussi à transformer une aventure collective en une structure prestataire de services. Face à toutes ces causes, peut-être qu’il faut réinventer le modèle associatif pour se tourner, par exemple, vers celui des SCOP. En tout cas, nous avons toujours besoin de perpétuer la longue histoire de l’éducation populaire : ce récit est la preuve de tout ce qu’elle peut apporter sur le plan individuel et collectif.

De la banalité du bien, par François Beaune

PS (qui n'a rien à voir) :

 

Philippe Arnaud a réagi à une réaction de Christine Lagarde :
Tout récemment Christine Lagarde a réagi à la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette française. Voici comment France Inter relatait l'affaire :
"Il suffit de prendre les titres de la dette et de les foutre au feu", disait Jean-Luc Mélenchon - "Impossible, a taclé Christine Lagarde : "Je ne vais pas me lancer sur un extrait de programme politique, mais je dois dire que ce n'est pas parce que vous répétez quelque chose qui n'a aucun sens d'un point de vue juridique, technique ou financier, que cela le valide. L'annulation de la dette est prévue par l'article 123 du traité de l'Union européenne et c'est un pilier de la stabilité. L'un des rares piliers de stabilité pour l'avenir. Et ce principe a été accepté, soutenu et approuvé par tous les États membres. Donc, tout ce qui irait à l'encontre du financement de la dette serait une violation flagrante du traité. Donc légalement, techniquement, financièrement, ce n'est vraiment pas une bonne idée".
Remarque 1. En présentant le jugement de Christine Lagarde, France Inter, subrepticement et lâchement, faisait passer son opinion en n'ayant pas l'air de l'exprimer. Un peu comme ces gens qui disent à un interlocuteur : "Ce matin, j'ai rencontré Untel, qui m'a affirmé que tu étais le dernier des imbéciles". Le fait de rapporter un propos ne signifie-t-il pas, implicitement, qu'on l'assume soi-même ? En plus l'emploi du verbe tacler témoigne d'une certaine admiration devant l'adresse d'un footballeur qui a déstabilisé un adversaire...
Remarque 2. Il y a un grand mépris dans cette réaction de Christine Lagarde : le mépris de la pédagogue pleine de morgue pour un élève qui lui a remis un devoir qu'elle considère comme nul. Le mépris social d'une grande bourgeoise pour un prolétaire qui ne sait pas tenir un couteau à poisson, pour un bouseux qui dit "votre dame" au lieu de "votre femme". Et l'horreur de la grande prêtresse du culte de l'argent devant le manant qui manqué de respect envers les saintes espèces, devant celui qui, à l'entrée du Temple du capital, a omis de plonger la main dans le bénitier aux grosses coupures et de se signer en psalmodiant : "Au nom du Pèze, et du Fric et du saint Grisbi. Amène le Flouze".
Remarque 3. Alors que l'article 2 de la Constitution dispose que la langue de la France est le français, Christine Lagarde (qui est pourtant Française elle-même) a l'outrecuidance de s'adresser en anglais à un de ses compatriotes. Comme si, au fond, elle ne s'adressait pas à Jean-Luc Mélenchon (trop menu gibier) mais à ses maîtres, qui, eux, ne parlent que la langue de Wall Street. [...]
Remarque 4. Christine Lagarde témoigne d'un respect religieux pour l'Union européenne, et, plus encore, pour la Banque Centrale Européenne. Elle les voit comme des institutions insubmersibles, comme des espèces de monts Saint-Michel battus par les flots de la démagogie et de la valetaille. Une âme charitable pourrait-elle rappeler à Christine Lagarde qu'avant le 14 juillet 1789, c'était une violation flagrante des lois du royaume que de s'en prendre au gouverneur de la Bastille, aux biens du clergé, à l'aristocratie et au roi ? Et que ce n'était pas non plus une bonne idée de le juger et de le guillotiner...
De la banalité du bien, par François Beaune
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