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11 septembre 2026 5 11 /09 /septembre /2026 05:01

Autrefois, lorsqu’une personne était condamnée à mort, il s’agissait non seulement de mettre un terme à son existence mais aussi de la faire souffrir. Dans cette optique, on ne dira jamais assez à quel point le docteur Guillotin fut un grand humaniste puis qu’il mit au point une machine censée ne pas faire souffrir et même apporter un certain bien être puis qu’il était dit qu’au moment précis où la lame coupait le coup du condamné, celui-ci ressentait – de manière fugace, certes – une certaine fraîcheur (ce qui reste à démontrer). La lame tranchait la moelle épinière et les gros vaisseaux sanguins en une fraction de seconde, le cerveau n’étant plus alimenté, la perte de conscience était quasi instantanée.

 

 

La pauvre Ann Boleyn n’eut pas l’occasion de jouir des derniers développements de la science de la mise à mort.

 

 

Avant toute chose, le bourreau, français de Saint-Omer, arriva à Londres avec une journée de retard, ce qui repoussa la mise à mort d'autant. Dès lors, tout se passa dans les règles, tel qu’en tout cas le décrivit le gouverneur de la Tour de Londres : « Ce matin elle [Ann Boleyn] m'envoya chercher, car elle voulait que je l'accompagne dans sa communion pour que les gens comprennent son innocence et me dit ceci : « M. Kingston, j'ai entendu que je ne mourrai pas avant midi. Je suis déçue car je pensais être morte à cette heure et avoir oublié ma souffrance. » Je lui répondis qu'elle ne souffrirait pas, c'était peu. Et elle me dit : « J'ai entendu que le bourreau était très habile, et j'ai un petit cou », elle prit alors son cou entre ses mains et se mit à rire. J'ai vu beaucoup de femmes exécutées, et elles étaient toutes en grande peine, et à ma connaissance, cette femme était dans la joie en l'attente de la mort. Son aumônier est toujours avec elle depuis deux heures après minuit. »

 

 

On l'amena à l'endroit où était dressé l'échafaud dans l'enceinte de la tour de Londres. Elle fit fait une courte déclaration :

 

« Bon peuple chrétien, je suis venue ici pour mourir, parce que selon la loi et par la loi je dois mourir, alors je ne parlerai pas contre. Si j'ai été amenée à cette fin par la volonté de Dieu, je ne suis ici pour accuser personne, ou pour parler de ce dont je suis accusée et condamnée à mort, mais je prie Dieu pour sauver le roi et pour qu'Il lui accorde un long règne, car jamais il n'y eut de prince plus doux et clément, et, pour moi, il a toujours été un bon et doux souverain. Et si une personne s'intéresse à ma cause, je lui demande de juger pour le mieux. Sur ce, je prends mon congé du monde et de vous tous, et je vous demande du fond du cœur de prier pour moi. »

 

Selon l'usage, elle pardonna au bourreau. Elle demanda aux assistants de prier pour le roi « qui est si bon ». Elle s'agenouilla. Lors d'une exécution à la française, il n'y avait pas de billot pour poser la tête du supplicié. Les demoiselles d'honneur d'Ann lui enlevèrent sa coiffe et lui bandèrent les yeux. L'exécution fut brève : un seul coup d’épée suffit. Il fut rapporté, bien que ce ne soit pas totalement attesté, que le bourreau fut tellement touché par le sort d’Ann Boleyn qu'il aurait dit à son aide, afin qu'elle n'attende pas le coup fatal : « Garçon, va me chercher mon épée ? » la décapitant dans le même mouvement. Il profita de quelques dixièmes de seconde d’inattention de la part de la suppliciée qui se demanda elle aussi où pouvait être l’épée.

 

En cas d’exécution à la hache, le billot immobilisait la tête. La victime regardant vers le bas, elle ne pouvait voir le geste du bourreau. Ayant refusé le billot, Ann dut s’agenouiller en se tenant bien droite afin que sa tête fût bien dégagée. De son côté, le bourreau devait utiliser une lame au tranchant parfait et porter, horizontalement, un seul coup rapide. Si Ann avait entrevu la lame venir dans sa direction, par réflexe elle aurait tressailli et aurait tenté de reculer. Un léger mouvent d’esquive aurait eu des conséquences catastrophiques : l’épée aurait frappé l’épaule ou le côté ou l’arrière de la tête. Raison pour laquelle ses dames de compagnie fixèrent une toile de lin noir sur ses yeux afin qu’elle ne puisse rien voir de ce qui se passait.

 

Décidément très prévenant, le bourreau fit avec la reine ce qu’il n’avait jamais fait auparavant : il se déchaussa et avança sans un bruit sur l’échafaud couvert de paille.

 

Les canons sonnèrent, signalant la fin de l’exécution. L’archevêque de Canterbury, principal artisan de la séparation de l’Eglise d’Angleterre et du Saint-Siège, déclara : « Elle qui était une reine anglaise sur terre est devenue une reine du paradis ». Et il pleura.

 

Les habits de la reine furent offerts au bourreau pour partie de sa paye. Revêtu d'un linceul blanc, le corps et la tête d’Ann furent placés dans une caisse ordinaire et enterrés discrètement dans la chapelle de St Peter ad Vincula (Saint-Pierre-aux-Liens) dans l'enceinte de la Tour de Londres.

 

L'ambassadeur de l'Empire, Eustache Chappuis, indéfectible soutien de Catherine d’Aragon et de Marie Tudor, l'un des principaux acteurs de la chute d’Ann (et dont la vie fut un roman), écrivit au roi en guise de condoléances : « Plus d'un homme bon et grand, même parmi les empereurs et les rois, a souffert de l'astuce des mauvaises femmes ». Afin de bien montrer qu'il ne regrettait rien, le roi lui dira qu'Anne avait eu au moins cent amants. Colossale blague ! Mais quatre hommes furent exécutés pour avoir obtenu ses faveurs. Elle fut par ailleurs accusée d'avoir entretenu des relations incestueuses avec son frère George, qui fut, lui aussi, exécuté deux jours avant Ann. Plus tard, Chappuis écrivit à l'empereur Charles Quint : « Vous n'avez jamais vu de prince ni d'homme qui fasse plus parade de ses cornes et les porte avec autant de sérénité ».

 

Revenons à l’exécution d’Ann Boleyn
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