Aujourd’hui, une revue de presse consacrée à la finance
Communiste Hebdo nous dévoile les méandres de la politique monétaire : Un vif débat s’est engagé au sujet du sort à réserver aux titres de dette publique détenus par la Banque de France (plus de 600 milliards d’euros soit environ 20% de l’encours). Pour mémoire, M. Mélenchon a proposé d’en faire des confettis et a provoqué les cris d’orfraies des « sachants » en matière d’économie, dont M. Bardella.
Il convient de mettre un peu de lumière sur cette épineuse question, déjà évoquée il y a quelques années dans un cercle plus étroit d’économistes distingués.
La Banque de France, comme toutes les banques nationales de l’Eurosystème, s’est mise à l’ouvrage sous la conduite de la Banque centrale européenne (BCE) lors des crises des « subprimes » puis du COVID (2008 puis 2020) pour mettre en œuvre une politique monétaire d’assouplissement quantitatif. Laissant choir leur rigueur toute germanique, les banques centrales se sont mises à racheter sur les marchés financiers les titres de dettes publiques nationales (obligations, bons du Trésor) en grande quantité, non pas pour venir au secours des travailleurs mais au secours des investisseurs inquiets des états des finances publiques doublés d’une croissance économique flageolante (et des taux d’intérêt très bas). Il fallait donc les alléger au plus vite d’actifs financiers peu rémunérateurs. En clair, la BCE a volé au secours des gros épargnants.
Ainsi, la Banque de France est créditrice de son unique actionnaire, l’État. Il lui verse donc les intérêts, les récupère en partie en dividendes et impôts sur les résultats. Bref, cela reste dans la famille, comme on dit. Supprimer d’un trait de plume cette dette permettait de passer d’un encours de dette publique de plus de 3 000 milliards d’euros à environ 2 500 milliards d’euros, soit environ le PIB annuel français.
Autre détail intéressant : les taux d’intérêt sur la dette détenue par la Banque de France sont nettement inférieurs à ceux décidés dernièrement par la BCE. Donc, la Banque de France touche des intérêts moins rémunérateurs de l’État que ceux perçus par les banques commerciales sur leur réserves placées à la Banque de France. Ces réserves sont fluctuantes mais d’un montant similaire à l’encours de la dette publique détenue par la Banque de France.
Selon Nick Beams, du World Socialist Website, les rendements obligataires s’envolent alors que les gouvernements empruntent pour financer la guerre et le réarmement.
Le rendement des obligations d'État ont atteint leurs plus hauts niveaux depuis avant la crise financière de 2008, les marchés financiers envoyant la directive aux gouvernements du monde entier qu’ils doivent réduire drastiquement les dépenses consacrées aux services sociaux et intensifier leurs attaques contre la classe ouvrière afin de financer la guerre et le réarmement. Les marchés obligataires mondiaux ont subi une vague de ventes. Les rendements au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et en Australie ont atteint des niveaux inédits depuis les années 1990. Les coûts d'emprunt au Royaume-Uni ont grimpé à leur plus haut niveau depuis 2008. Le rendement de l'obligation japonaise à 10 ans, qui était resté à un niveau extrêmement bas jusqu'à récemment, a bondi à 3%, son plus haut niveau depuis 1996.
Selon L’Obs : Jean-Luc Mélenchon rêve d’effacer la dette française détenue par la Banque centrale européenne. L’idée, devenue un objet de débat entre économistes, a percé dans l’opinion.
En mai 2020, Jean-Luc Mélenchon dépose une proposition de résolution au Parlement sur « la nécessité du rachat de la dette publique par la Banque centrale européenne et de sa transformation en dette perpétuelle ». Quelques semaines plus tôt, Nicolas Dufrêne et Alain Grandjean, économistes de l’Institut Rousseau, think tank de gauche, avaient formulé la même proposition dans leur ouvrage, Une monnaie écologique, aux éditions Odile Jacob, ce qui a donc séduit les insoumis. « Nous avions constaté que lorsque les États remboursaient leurs dettes à la Banque centrale européenne, cet argent était simplement… détruit. Nous nous sommes demandé si ces sommes ne seraient pas plus utiles ailleurs, dans l’investissement pour la transition écologique, par exemple », dit Nicolas Dufrêne.
La proposition iconoclaste a prospéré. Le 5 février 2021, 150 économistes, dont Thomas Piketty auréolé du succès mondial de son livre Le Capital au XXIème siècle, ont lancé dans Le Monde un appel pour annuler les dettes publiques détenues par la BCE.
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