Depuis quelques années, j’assiste régulièrement à des concerts pour piano donnés par des enfants de cinq à dix-huit ans. Les œuvres appartiennent au registre classique, mais aussi au jazz et à la variété. Ça ne rate pas : à chaque fois, on a droit à une interprétation de “ Mistral Gagnant ” de Renaud (link).
Je ne fais pas la fine bouche : c’est une très belle chanson et, pianistiquement, elle pose des problèmes subtils aux apprentis musiciens. Je note, par parenthèse, qu’on a aussi droit, plus souvent qu'à notre tour, à du Yann Tiersen. Intéressant pour les pianistes, mais, à mes yeux – et surtout à mes oreilles – de la guimauve au kilomètre. Il faut croire que ça parle aux gosses. Tenez : cette vidéo (qui m’endort au bout de 15 secondes) a été vue 4 millions de fois : (link).
Pour moi, cet engouement pour la chanson de Renaud reste un mystère. Elle date de 1985. Pour les enfants, elle appartient à un passé à peu près aussi éloigné que la “ petite musique de nuit ” de Mozart. Quant au référent, il est quasiment aussi lointain que la poule au pot d’Henri IV. Comme il m’a fallu un bon moment pour expliquer à mes filles ce qu’étaient les Mistral gagnants, j’ai décidé d’en faire profiter les jeunes lecteurs de ce blog.
Le Mistral gagnant était un bonbon en poudre. Dans un sachet en papier nous attendait une substance poudreuse sucrée, au parfum bien chimique, effervescente sous le palais. Dans le sachet, on insérait une paille en réglisse douce qui nous permettait d’aspirer la poudre. Dans certains sachets était inscrit le mot « gagnant », ce qui donnait droit, évidemment, à un autre bonbon.
Je ne sais plus quand cette confiserie a disparu de la circulation, en tout cas bien avant la chanson. Au moment de l’enregistrement, Renaud, né comme moi un onze mai, a trente-trois ans. L’âge du Christ, dont il a un peu la figure. Dans ce texte qu’il destine à sa fille Lolita, il évoque avec nostalgie son enfance “ sucrée ” qui ne reviendra plus.
C’est sûrement la fin de la chanson qui interpelle le plus les gosses d’aujourd’hui : Renaud leur dit qu’un jour ils ne seront plus des enfants. Ce qui est à la fois merveilleux et déstabilisant.
Te raconter enfin qu'il faut aimer la vie
Et l'aimer même si le temps est assassin
Et emporte avec lui les rires des enfants
Et les Mistral gagnants
Pour ne rien vous cacher, ma friandise préférée à l’époque, c’était çelle-là. Bien chimique, elle aussi, et on pouvait la faire durer trois heures.
