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4 mars 2026 3 04 /03 /mars /2026 06:01

Elle avait 21 ans. Lui, 61. Elle fut la seule femme à quitter ce génie, abasourdi pour une fois.

Pablo Picasso détruisait ses femmes, en peinture, mais aussi dans la vraie vie.

Marie-Thérèse Walter, qui fut sa maîtresse pendant huit ans et la mère de Maya, se suicida par pendaison quatre ans après la mort du peintre.

La photographe Dora Maar qu’il peignit sous les traits de “ La Femme qui pleure ”, mourut dans l’anonymat à l’Hôtel-Dieu de Paris après avoir été soignée par Lacan.

Jacqueline Roque, sa seconde femme, se suicida d’une balle dans la tempe en 1986.

Picasso rata sa destruction avec l’étudiante en peinture Françoise Gilot qu’il connut en 1943.

Elle vécut dix ans à ses côtés et lui donna deux enfants, Claude et Paloma.

Elle fut, pour lui, sa seule vraie muse, mais elle refusa ce rôle sa vie durant.

Vers 1950, il lui déclara une vraie guerre psychologique, dénigrant son talent, refusant ses velléités d’indépendance.

Un beau jour de 1953, à l'âge de 32 ans, elle prit ses cliques et ses claques et ses deux enfants, et elle s’en alla.

« Personne ne quitte Picasso », lui dit-il.

Hé bien si !

En 1964, elle publia Vivre avec Picasso. Le livre fut traduit en seize langues et mit Picasso en fureur. Il essaya d’en interdire la publication, fit trois procès à Françoise, rameuta l’arrière-ban de ses amis dans une pétition publiée par Les Lettres Française : Aragon, Prévert, Soulages etc.

Françoise continua de peindre. En 1970, elle épousa Jonas Salk, l’inventeur du premier vaccin contre la poliomyélite, et vécut avec en sa compagnie jusqu’à la mort de ce grand savant en 1995. « Picasso voulait posséder le monde », dit-elle un jour, « Jonas voulait le guérir ».

Sa renommée en tant que peintre prospéra. Ses toiles furent exposées au MoMa et au Centre Pompidou.

Elle vécut en femme et en artiste libre jusqu’en 2023 et mourut à l’âge de 101 ans, cinquante ans après la mort de Picasso.

 

Le formidable destin de Françoise Gilot
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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 06:01

Avoir les yeux de Chimène, c’est éprouver un grand intérêt ou une vive passion pour quelqu’un. Au XIème siècle, le chevalier Rodrigue, Le Cid (le seigneur) est l’époux de Chimène, la nièce du souverain d’Espagne. Mais le père de Chimène a humilié celui de Rodrigue (Don Diègue). Le Cid (Rodrigo Diaz de Vivar) a connu la gloire en repoussant les musulmans hors de la péninsule ibérique. Rodrigue tue le père de Chimène qui, d’ailleurs, n’est pas n’importe qui puisqu’elle est la nièce du souverain. Chimène finit par pardonner.

 

Je reprends ici l’analyse du site @laterre.com :

 

« Le Cid a été créé au Théâtre du Marais en janvier 1637 et publié à Paris en mars de la même année. Corneille s’est inspiré d’une comédie espagnole, Las Macedades del Cid (les enfances du Cid) de Guillen de Castro. C’est la neuvième pièce de Corneille et sa seconde tragi-comédie. Cette œuvre en 5 actes connaît dès sa création un succès immense. Elle bouleverse le paysage dramatique de l’époque mais vaut à Corneille de vives critiques d’auteurs rivaux et de théoriciens du théâtre. Les pamphlets à l’encontre de l’auteur se multiplient. Richelieu s’en mêle et demande à la jeune Académie française de prendre position. Celle-ci, prudente, déclare cependant que la pièce pêche contre la vraisemblance tant sur le plan dramaturgique que sur le plan moral. Le public, faisant fi des critiques, se presse aux représentations (En vain contre le Cid un ministre se ligue, Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue (Boileau)). Paris, qui n’a jamais connu un tel triomphe ne parle plus que du cas de conscience de Rodrigue, partagé entre son amour pour Chimène et sa volonté de venger Don Diègue, son père offensé : le dilemme Cornélien est né… »

 

Donc, de base, comme disent les djeuns’, c’est les yeux de Rodrigue qui étaient en jeu. Oui mais, les hommes savent raison garder, tandis que les femmes peuvent être tellement choooodes !

 

 

Le rang d’oignon est un classement en ligne, par ordre de taille. Au XVIème siècle, le baron d’Ognon, quand il festoyait, rangeait ses invités par ordre de taille. L’anglais “ mind your own business ” n’est pas terrible. Pas plus que l’italien “ fatti gli affari tuoi ”.

 

Ne pas confondre avec “ mêle-toi de tes oignons ”. Au XIXème siècle, l’oignon désignait l’anus, que d’aucuns appelaient “ l’oignon brûlé ”. Tout cela me fait penser à l’expression “ se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude ”, une gymnastique d’auto-sodomie. Aux petits enfants anglais on dira : « to get the wrong end of the stick » (prendre le bâton par le mauvais bout), ou encore « to take the wrong sow by the ear » (prendre la mauvaise truie par l’oreille). Les ados préfèreront « to have one’s head up one’s ass » (avoir la tête enfoncée dans le cul).

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (10)
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25 février 2026 3 25 /02 /février /2026 06:01

Sous l’Ancien Régime, plus précisément sous Louis XIII et Louis XIV, la cour des Miracles s’étendait sur plusieurs quartiers, où des mendiants, le plus souvent prétendument infirmes, demandaient la pièce et disparaissaient le soir, comme par “ miracle ”. Elle a été immortalisée par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris. D’autres villes eurent leur cour, avec à leur tête un roi et sa “ cour ”.  Celle de Paris disparut en 1667, après la création, par Louis XIV, de l’Hôpital général de Paris qui fournissait aux pauvres hères le gîte et le couvert en échange de quelques travaux.

 

 

Que fait-on exactement lorsqu’on fait les 400 coups ? Selon la légende, Louis XIII, lors du siège de Montauban, aurait bombardé cette ville de 400 coups de canon, ce qui aurait eu pour effet de renforcer la détermination des habitants – des protestants – à lui résister. Les troupes auraient fini par se retirer. Les historiens contestent cette version. L’artillerie de Louis XIII ne comportait que 59 pièces et ne pouvait donc pas tirer “ 400 coups ”. Zola en évoque 119. Ces 400 coups inutiles ont été associés dans la langue à l’idée d’enfiler des bêtises comme des perles, puis à celle de vivre de manière dissolue.

 

 

La Palice n’a jamais proféré de vérités, et pourtant… Une lapalissade est un truisme (de l’anglais true), c’est-à-dire une vérité fausse mais qui paraît vraie et qui ne déclenche que le rire ou les moqueries. Les frères Goncourt furent les premiers à attribuer à Jacques II de Chabannes, seigneur de La Palice, le don de proférer des lapalissades. Ce seigneur fut un général remarquable, ayant servi trois rois de France. Il mourut lors de la bataille de Pavie en 1525. Ses soldats composèrent ce quatrain en son honneur :

 

Monsieur de la Palice est mort

Mort devant Pavie

Un quart d’heure avant sa mort

Il faisait encore envie !

 

 

Ce quatrain fut repris par sa veuve qui fit inscrire sur son monument funéraire :

 

Ci-gît le Seigneur de La Palice

S'il n'était mort il ferait encore envie

 

Au XVIIème siècle, le poète Bernard de la Monnoye composa une chanson burlesque en l’honneur de La Palice :

 

Hélas ! S’il n’était pas mort

Il serait encore en vie.

[…] Il était fort bien vêtu

Son habit doublé de frise

Et quand il était tout nu

Il n’avait point de chemise

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (11)
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24 février 2026 2 24 /02 /février /2026 06:01

« Mon royaume pour un cheval ! » Cette supplique n’est pas du roi anglais Richard III mais de Shakespeare dans sa pièce Richard III. Désigné tuteur de son neveu Édouard V, Richard fait enfermer dans la Tour de Londres Édouard V et son frère Richard de Shrewsbury. Les deux enfants mourront dans la prison, vraisemblablement assassinés (Édouard avait 13 ans). Représentant de la maison d’York, le régent Richard guerroie contre la maison de Lancastre durant la Guerre des Deux-Roses qui va durer trente ans. Le 22 août 1485, les deux maisons s’opposent à Bosworth. Richard tombe de son cheval, s’enlise dans la boue, a le crâne et le bassin fracassé à coups d’épée. Shakespeare inventera la célèbre supplique à la fin du dernier acte.

 

 

Une expression très courante quand j’étais enfant mais qui semble avoir fait son temps : « à tire-larigot ». Autrefois, le larigot était une petite flûte. L’expression s’utilisait dans un contexte de boisson. Aujourd’hui, on peut la rencontrer dans n’importe quel contexte. Une autre origine plausible est la cloche de la cathédrale de Rouen appelée Rigaud en l’honneur d’un archevêque du XIIIème siècle.

 

 

Les comptes d’apothicaire sont des calculs complexes, souvent à dessein pour frauder. Au XIVème siècle, apparaissent de nouveaux commerçants proposant des produits rares comme des épices ou des médicaments. Des apothicaires sans scrupules se baptisent guérisseurs quand ils ne deviennent pas empoisonneurs. Ils vendent de petites quantités très cher et fournissent des factures incompréhensibles. D’où leur réputation d’escroc.

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (9)
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9 février 2026 1 09 /02 /février /2026 06:01

Ce n’est pas « Tout est perdu fors l’honneur » que François Ier, prisonnier des Espagnols, écrivit à sa mère mais « Pour vous faire savoir comment se porte le reste de mon infortune, de toutes choses ne m’est resté que l’honneur et la vie sauve. » Après sa défaite à Pavie, François Ier reste prisonnier un an à Madrid, jusqu’à ce qu’il signe le 14 janvier 1526 le traité de Madrid, très défavorable à la France, qu’elle rejeta une fois qu’il fut libéré. Malin… L’idéal chevaleresque avait ses limites !

 

Le « coup de Jarnac » n’a rien à voir avec Mitterrand terrassant Rocard lors de la bataille pour la conquête du parti socialiste. Il s’agit d’un coup porté à l’arrière du genou ou de la cuisse, précisément dans le creux poplité, rendu célèbre par Guy Chabot de Jarnac lors d’un duel en1547, en présence du roi (le dernier duel autorisé dans l’histoire de France). Un duel très codé, précédé par la proclamation : « De par le Roi, laissez aller les vaillants combattants et, sous peine de la vie qu'il soit fait aucun signe de la main, du pied, de l’œil, de la voix ou en toussant, ni autre faveur de l'un et de l'autre ». Aujourd'hui, l'expression désigne un coup habile ou déloyal.

 

Quand on vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué, c’est qu’on a présumé du résultat d’une action incertaine. On trouve aussi plus rarement « il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant que l’ours ne soit né ». Cette expression nous vient de Jean de la Fontaine dans “ L’Ours et les deux Compagnons ”, fable inspirée d’Ésope :

 

Deux compagnons pressés d'argent

Á leur coureur voisin vendirent

La peau d'un ours encore vivant.

Mais qu'ils tueraient bientôt, du moins à ce qu'ils dirent

[…]

Mais que t'a-t-il dit à l'oreille?

Il m'a dit qu'il ne faut jamais

Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.

 

 

La Fontaine avait traduit avec ses mots la relation de Philippe de Commines :

 

« Auprès d’une ville d’Allemagne y avoit un grand ours qui faisait beaucoup de mal. Trois compagnons de la dicte ville qui hantoient les tavernes, vindrent à un tavernier, à qui ils devoient, prier qu’il leur accreust encore un escot et qu’avant deux jours le payeroyent du tout : car ils prendroyent cet ours qui faisoit tant de mal et dont la peau valoit beaucoup d’argent, sans les présents qui leur seroyent faits des bonnes gens.

« Le dict hôte accomplit leur demande et quand ils eurent disné, ils allèrent au lieu ou hantoit cest ours et comme ils approchèrent de la caverne, ils le trouvèrent plus près d’eulx qu’ils ne pensoyent ; ils eurent paour, si se mirent en fuite. L’un gaigna un arbre, l’autre fuit vers la ville : le tiers, l’ours le print et le foula fort soubs lui en lui approchant le museau fort près de l’oreille. Le pauvre homme estoit couché tout plat contre terre et faisoit le mort.

 

« Or ceste beste quand elle veoit qu’il ne se remue plus elle le laisse là cuidant qu’il soit mort et ainsi le dict ours laissa le pauvre homme sans lui avoir fait guères de mal et se retira en sa caverne et quand le pauure homme se veit délivré, il se leva tirant vers la ville. Son compagnon qui estoit sur l’arbre ayant veu ce mystère, descend, court et crie après l’autre qui estoit devant, qu’il attendist, lequel se retourna et l’attendist. Quand ils furent joincts, celui qui estoit dessus l’arbre demanda à son compagnon par serment ce que l’ours lui avait dit en conseil, que si longtemps lui avoit tenu le museau vers l’oreille ; à quoi son compagnon lui respondit : Il me disoit que jamais je ne marchandasse de la peau de l’ours jusques à ce que la beste fust morte. »

 

 

L’anglais recommande de ne pas compter les poussins avant qu’ils aient éclos. L’Allemand dit plus prosaïquement de ne pas se féliciter d’une journée avant que la soirée soit révolue.

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (10)
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6 février 2026 5 06 /02 /février /2026 06:01

 

Byzance, Constantinople, Istamboul on s’y perd. L’expression « C’est Byzance ! » date du XXème siècle. Le nom Istambul est une dérivation turque du grec eis tên polin, en français « dans la ville » que les habitants grecs faisaient aux étrangers qui demandaient où ils se trouvaient. Istambul fut la seconde capitale de l’empire romain au IVème siècle. Elle supplanta Rome que les empereurs avaient plus ou moins abandonnée au Vème siècle. En tant que siège du patriarcat œcuménique, elle fut un centre important du christianisme orthodoxe et de l’islam sunnite. Aujourd’hui, Istambul représente 30% de l’économie turque. Elle est la deuxième ville la plus visitée au monde. Deux aéroports internationaux la desservent. Elle compte deux universités. La population de l’agglomération est de 15 millions d’habitants.

 

 

Quoi de plus trivial que l’expression « regagner ses pénates ». Et pourtant, Dieu est présent. Les penates étaient les dieux de la maison. Relisons le tome 2 d’Á la recherche du temps perdu : « J'ai été très heureuse d'apprendre que vous aviez définitivement choisi ce pays pour y fixer vos tabern… Elle allait dire tabernacle mais ce mot lui sembla hébraïque et désobligeant pour un juif qui pourrait y voir une allusion. Aussi se reprit-elle pour choisir une autre expression solennelle : pour y fixer, je voulais dire vos peinates (il est vrai que ces divinités n'appartiennent pas à la religion chrétienne non plus mais à une qui est morte depuis si longtemps qu'elle n'a plus d'adeptes qu'on puisse craindre de froisser. » Bref, “ Regagner ses pénates ” signifie rentrer chez soi pour vénérer ses divinités afin de les remercier d'avoir veillé sur sa maison. 

 

 

Le serment d’Hippocrate a été rendu obligatoire par un édit royal de 1707. Sa valeur est déontologique, mais non juridique. Extrait : « “Au moment d’être admis à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité. J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. […] Que les hommes et mes confrères m’accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses ; que je sois déshonoré et méprisé si j’y manque. » Hippocrate avait environ 100 ans quand il mourut. Un cordonnier bien chaussé…

 

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (5)
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5 février 2026 4 05 /02 /février /2026 06:01

Pourquoi une chaleur “ de chien ” (caniculaire).

Réponse rappelée récemment par l’actuel brillant champion de l’émission de France 2 “ Tout le monde veut prendre sa place ”. C’est la faute à Sirius, de la constellation du Grand Chien. Emprunté du latin canicula, « petite chienne », qui traduit le grec kuôn, désignant l’étoile Sirius comme « chien (d’Orion) ». Entre le 19 juillet et le 23 août, Sirius se lève en même temps que le soleil. Le calendrier religieux égyptien commence le jour du premier lever de Sirius. La canicule désigne un épisode de trois jours consécutifs durant lequel les minimales et maximales dépassent des seuils moyens. Á Lyon, la nuit : au-dessus de 20 degrés ; le jour : au-dessus de 34 degrés.

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (4)

PS qui n'a rien à voir. Le magicien le plus extraordinaire au monde est ici :

https://www.instagram.com/jester_crafts/reel/DUTNJMlCEv4/?fbclid=IwY2xjawPv0vBleHRuA2FlbQIxMABicmlkETAwSDhJVzA3bGR0dXpiWXJBc3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHtIU2k3b_EoHZAujlqIcZqropO-gObftQVigbiogYcZ799rK-pEnszSrRHoR_aem_6-5H97q3_TleWhgdWrXITA

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30 janvier 2026 5 30 /01 /janvier /2026 06:01

Á l’heure du tout zunien obligatoire, il est bon de se souvenir qu’en tant qu’êtres de parole et de culture nous venons de quelque part et que, comme pour les Chinois ou les Zoulous, notre expression intime et extime est le produit de siècles de sédimentation, d’accumulation, d’avancées, de reculs, de tournants, et que nos langues disent notre histoire. Les langues reflètent nos sociétés, donc ce que nous sommes, mais, surtout, elles conditionnent notre être social, elles sont la société à tous les moments de l’histoire.

 

Aujourd’hui, la situation est grave : où nous choisissons d’être nous-mêmes en tant qu’êtres de parole dans notre histoire, où nous acceptons de parler le trumpien, une langue pauvre, grotesque, sans variations notoires, taillée par et pour l’impérialisme le plus brutal. Hors la vie, hors notre vie. La langue est l’architecture de notre identité historique. Elle exprime nos valeurs, notre vision du monde. Elle est le réceptacle de ce que nous savons de notre histoire en développement. Jusques à quand ?

 

La langue française est née avant celle du propriétaire de Mar-a-Lago. Dans les faits en 842, lors des serments de Strasbourg. Les petits-fils de Charlemagne ne s’entendaient gère. Louis le Germanique et Charles le Chauve s’allièrent contre leur aîné Lothaire Ier. En février 842, ils signèrent les serments de Strasbourg qui furent retranscrits par leur cousin le Franc Nithard. Ces serments furent rédigés en deux langues, le roman (ancêtre du français) et le tudesque (ancêtre de l’allemand). Pour la première fois, un document officiel était rédigé, non en latin, mais en langue romane. On connaît la suite avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539. L’obligation du français pour les textes officiels contribua à unifier le pays autour d’une même langue. Dix ans plus tard, Joachim du Bellay écrivit la Défense et illustration de la langue française, le manifeste des poètes de la Pléiade, dont l’objectif était de faire du français – contrairement au latin – une langue vivante, de l’enrichir pour la rendre aussi « noble » et influente que le latin.

 

Je me propose, en m’aidant du Dictionnaire des expressions et locutions d’Alain Rey et Sophie Chantreau (Paris, Le Robert 1993) d’aller à la pêche aux exemples de ces mots et expressions produits par l’histoire et qui l’ont façonnée.

 

Á suivre

Quand l’Histoire fait la langue (et vice-versa) (1)
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19 janvier 2026 1 19 /01 /janvier /2026 06:01

Dans son blog, Laurent Bertin dresse un portrait implacable de Pascal Praud, l’une des grandes figures de CNews : « Son dispositif repose sur une mécanique très simple et profondément perverse. Réduire tout problème social à une faute morale individuelle. Réduire toute analyse à une opinion. Réduire toute contradiction à une attaque personnelle. Réduire toute complexité à du mépris de classe. Ainsi, le réel disparaît. Il n’y a plus de structures, plus d’histoire, plus de rapports de pouvoir, plus de déterminations économiques ou symboliques. Il ne reste qu’un théâtre de pulsions où l’on désigne des coupables commodes, où l’on hurle à l’injustice tout en défendant exactement l’ordre qui la produit. C’est la grande imposture. Se présenter comme porte-voix du peuple tout en neutralisant toute possibilité de politisation réelle.

 

Ce qui le rend particulièrement nocif, ce n’est pas son agressivité, mais son anti-intellectualisme militant. Il ne se contente pas de ne pas penser, il apprend aux autres à se méfier de la pensée. Il instille l’idée que réfléchir, c’est déjà trahir, que nuancer, c’est déjà excuser, que comprendre, c’est déjà capituler. C’est une pédagogie de la régression, une école du soupçon contre l’intelligence elle-même.

 

Et surtout, il n’y a chez lui aucune tragédie, aucune profondeur, aucune contradiction féconde. Pas de lutte intérieure, pas de doute, pas de faille créatrice. Seulement une satisfaction lourde, un confort moral obscène, une jouissance de plateau. Il n’est pas un cynique lucide. Il est un satisfait brutal, un homme parfaitement ajusté à une époque qui préfère la certitude hurlée à la vérité inquiète. »

 

 

Le blog Communistes estime qu’un impératif pour l’impérialisme occidental est de cacher le sens du combat anticolonial en Palestine : « Il n’y a pas plus de cessez-le-feu que de beurre en broche ! L’armée d’occupation sioniste le viole en permanence. Plus de 450 Palestiniens dont au moins 165 enfants ont été tués dans la Bande de Gaza, depuis le 10 octobre, date de l’entrée en vigueur de la pseudo trêve.

 

Au sud de Rafah, totalement sous contrôle de l’armée d’occupation, on en est aux préparatifs de la construction d’un vaste camp de concentration censé accueillir les Gazaouis déportés, baptisé « zone verte ».

 

L’expulsion des Palestiniens de leurs maisons, le vol de celles-ci et des terres, le meurtre ou le kidnapping par l’armée sont monnaie courante en Cisjordanie.

 

La loi sur la « peine de mort pour les terroristes » votée par la Knesset, va permettre de pendre sans jugement des détenus Palestiniens.

 

Et tout cela dans le silence assourdissant des media en France. Les quelques allusions au génocide qui pouvaient exister avant le prétendu cessez-le-feu ont fait place à un vide sidéral, comme si tout était redevenu normal en Palestine. Les images de Gaza dévastée, des exactions et massacres commis par l’État colonial sioniste sont nombreux depuis deux ans et demi. Mais nos media au service du Grand Capital occidental refusent de les diffuser.

 

 

Le Monde cite des Groenlandais effarés par les outrances du président des États-Unis : « Il a proposé 10 000 dollars pour annexer l’île, mais pour qui nous prend-il ? »

 

 

Selon L’Humanité : « La droite veut faire travailler 1,5 million de salariés le 1ermai : pour les syndicats et la gauche, c’est toujours non. Au moins 1,5 million de travailleurs privés de repos le 1er mai ? C’est le sens d’une proposition de loi centriste, adoptée par le Sénat en juillet, et qui sera débattue lors de la niche LR, le 22 janvier. Le texte, loi « visant à permettre aux salariés de certains établissements et service de travailler le 1er mai », entend autoriser l’ouverture des commerces de bouche de proximité (boulangerie, pâtisserie, boucherie, poissonneries) mais aussi ceux liés à un usage traditionnel du 1er mai, pour s’offrir du muguet » (fleuristes et jardiniers).

 

« Depuis 1947, le 1er mai est le seul jour férié et chômé pour l’ensemble des salariés », rappelle le député PCF Stéphane Peu, qui affiche son opposition à ce texte, comme l’ensemble des parlementaires de gauche. En l’État, des exceptions sont déjà permises pour les employés et les agents des services publics vitaux (sécurité, santé, hôpital), des hôtels et des industries ne pouvant arrêter leurs productions.

 

Revue de presse 594

 

 

PS : revu l'ami Pierre Lemaitre chez Babette Lemoine. Alors, avec ou sans barbe? 

Revue de presse 594
Revue de presse 594

 

PPS : Philippe Presti, cousin de Nathalie, nouveau chef d'équipe (pardon : team manager) de l'équipe de France de voile.

Je vous renvoie à un article que j'ai écrit en 2017 sur mon cousin par alliance :
https://bernard-gensane.over-blog.com/2017/06/connaissez-vous-philippe-presti.html?fbclid=IwY2xjawPYm5dleHRuA2FlbQIxMABzcnRjBmFwcF9pZBAyMjIwMzkxNzg4MjAwODkyAAEe8R396ckG8BiACulFuviHURn5y6tM8y9jGVwnGniS11jSeqAEStmSfnDAPI4_aem_-M1ENVdwPyEMTQzNC77-4g
Revue de presse 594

 

 

SUR SON RÉSEAU SOCIAL TRUTH, Donald Trump se présente comme le “ Président par intérim du Venezuela ” (je n'insiste pas sur sa mine tellement avenante).

 

Revue de presse 594
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17 janvier 2026 6 17 /01 /janvier /2026 06:01

J'avais depuis longtemps l'intention d'évoquer cette photo qui est l'une des plus célèbres dans la conscience collective historique de la Pologne. Elle fut prise à Varsovie par Julian Bryan, un photographe étasunien, le 14 septembre 1939.

 

Ce jour-là, les diplomates et les officiers de la plupart des gouvernements étrangers fuient la capitale. Bryan prend contact avec le maire de Varsovie qui lui prête une automobile et lui attribue un guide et un interprète en lui permettant de circuler et de photographier dans la capitale de la Pologne. Bryan va prendre des centaines de clichés en noir et blanc et aussi en couleurs, ce qui était rare à l'époque. Il va par ailleurs consommer 5 000 pieds de films documentant le siège de la capitale, les bombardements de la Luftwaffe qui font régner la terreur dans la ville. Il était vraisemblablement le seul journaliste étranger sur place à ce moment-là.

 

La photo montre une enfant affolée et désespérée devant le corps inanimé d'une jeune fille. Avec une poignée d'autres polonaises qui, comme elle, mourait littéralement de faim, ces 2 sœurs avaient décidé de creuser dans un champ à la recherche de pommes de terre. Deux avions allemands passèrent au-dessus de leur tête et larguèrent deux bombes sur une petite maison voisine ou les deux occupantes furent tuées. Les femmes dans le champ se jetèrent à plat ventre pour se protéger mais les avions revinrent mitrailler le champ en faisant deux nouvelles victimes. Ce sont elles qu'on voit sur les photos prises par Brian. L'une des deux s'appelait Anna Kostewicz. Brian vit Kazimiera, la petite sœur d’Anna âgée de 10 ans s'agenouiller et pleurer près de son aînée morte.

 

Pour la petite fille, le traumatisme fut énorme. En une seconde elle venait de voir mourir sa sœur alors qu'elle n'avait jamais vu une personne décéder et que la mort en tant que concept lui était complètement inconnu. Pour la petite histoire c'était également la première fois qu'elle rencontrait un étranger.

 

En ce tout début de guerre Brian avait, sur les ondes de la radio polonaise, exhorté le président Roosevelt à venir en aide à la Pologne, et il avait prévenu contre le risque d'une guerre mondiale.

 

En 1958 Brian revint en Pologne et publia des centaines de photos de Varsovie prise par lui en 1939. Avec l'aide du journal polonais Express Wieczorny, il lança une campagne de recherche sous le titre “ Reconnaissez-vous vous-même, vos parents, votre maison et votre rue ? ” C'est ainsi qu'il put rencontrer et enregistrer l'histoire de plusieurs personnes qui apparaissaient sur les photos du quotidien du soir. En 1959, il tira de cette expérience le livre Warsaw: 1939 Siege, 1959 Warsaw Revisited.

 

Kazimiera ou la photo de l’enfant qui pleure sa sœur
Kazimiera ou la photo de l’enfant qui pleure sa sœur

PS : Facebook (ou son ordinateur) vient de censurer cet article. Pour des raisons peu claires.

 

En fait, c'est plus subtil qu'une vraie censure :

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    Source : Le Drapeau Noir Le 3 août 1546 mourait Etienne Dolet, libre penseur, et humaniste français, brûlé vif Place Maubert à Paris. Il naît à Orléans en 1509. Après des études à Paris, puis une tournée dans les universités de Padoue (Italie) et de Toulouse,...
  • Souvenons-nous de Gabrielle Russier
    Elle était née en 1937 à Paris. Elle se suicida en 1969 à Marseille. Elle fut au centre, et la victime, d’une des affaires « sociétales » les plus dramatiques que connut la France de l’après-guerre. Cette agrégée de lettres fut condamnée à un an de prison...
  • Marcel Boussac, du sommet du monde à la ruine
    Quand j’étais enfant, dans le Nord des années cinquante, le nom de Marcel Boussac était tellement familier, tout comme ses entreprises textiles, évidemment, que j’étais persuadé qu’il était lui-même du Nord. Or l’industriel, célèbre éleveur et propriétaire...
  • Autour de deux films sur De Gaulle (La Bataille de Gaulle et L’Âge de fer)
    Réalisés par Antonin Baudry, proche de Dominique de Villepin, un cinéaste dont j’avoue qu’il m’était inconnu. Deux très beaux films, avec des acteurs exceptionnels : entre autres Simon Abkarian (De Gaulle), Niels Schneider (le maréchal Leclerc), Simon...
  • Reve de Presse 620
    Vijay Prashad, pour Le Grand Soir, dit adieu au dollar étasunien : Le dollar peut sembler être une monnaie neutre, mais il est en réalité une forme de pouvoir impérial qui discipline les économies, finance les guerres et oblige le Sud Global à financer...
  • A propos du racisme anti-Blancs (par Jacques Cotta)
    Le meurtre de Thomas à Crépol vient de connaitre un nouveau rebondissement politique avec la qualification de « racisme anti blanc » portée par la juge d’instruction chargée du dossier. Ce qui jusque-là était communément qualifié de simple rixe aux conséquences...
  • La Coupe du monde 2026 de la FIFA : corruption à grande échelle du «beau jeu»
    Repris du World Socialist Website . Les médias capitalistes se sont délectés des scènes déplorables qui ont suivi la finale : des joueurs argentins s'en prenant physiquement à leurs rivaux espagnols, les champions qui méritaient la victoire. Le récit...
  • Quand Willam Hanson m'aide à (r)affiner mon anglais
    Mon nouvel ami William Hanson me fait parvenir une liste de cinq mots anglais qu’il faut éviter d’utiliser si l’on veut faire preuve d’élégance. Son conseil primordial est que la prétention ou le fait de parler pour faire de l’effet ne font jamais bonne...
  • Un témoignage bouleversant de Yoann Offredo
    Ancien champion cycliste, Yoann Offredo est consultant pour France 2 sur le Tour de France et dans d'autres courses cyclistes. Il est gravement malade : atteint de sarcoïdose, il sera aveugle sous peu. Il témoigne ici de son amour pour la vie. La sarcoïdose...
  • Diplomatie de l’ombre : les États-Unis manipulent l’UE sur le thème des réparations
    Repris du Grand Soir En politique internationale, il n’est pas rare que les dirigeants officiels ne puissent pas mener de négociations ouvertement, de peur de perdre la face ou de provoquer la colère de leurs propres électeurs. Pour ces cas, il existe...