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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 05:26

Ils décident de faire de la pub pour leur dernier téléphone Huawei. Excellent “produit ” au demeurant et nettement moins cher que son concurrent étasunien.

 

Ils vont chercher le BG (beau gosse, pour les djeuns') du football français.

 

Ils te le déconstruisent au point que le bel Antoine en devient méconnaissable à 20 mètres. Tout cela pour nous suggérer que le P30 Pro photographie mieux que ses concurrents, ce que pensent les utilisateurs à qui j'en ai parlé.

 

Picasso n'aurait pas fait mieux avec Dora Maar !

Les Chinois ne sont pas comme nous !
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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 05:28

Alex est un vieil ami de ma belle-famille. Il s'appelle aussi Rossi, même s'ils ne sont pas parents. Sa femme est une amie d'enfance de ma femme. C'est un type extrêmement bonnard et sympa.


Quand on le retrouve l'été à Auch et qu'il fait un soleil éclatant, il ne porte pas forcément des lunettes de soleil. C'est ça les artistes.


Je souhaite que sa chanson fasse fureur sur les plages (et dans les tracteurs climatisés) cet été.

 

Ci-dessous une très mauvaise photo. Je suis de dos à gauche et Alex est à droite en bout de table. Il y a une dizaine d'années. Ce n'est pas pour dire : j'ai 60 ans et pas un cheveu blanc.

Quand Alex met le feu chez Babette...
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16 juin 2019 7 16 /06 /juin /2019 05:07
En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde
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En France profonde
En France profonde
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En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde
En France profonde

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12 juin 2019 3 12 /06 /juin /2019 05:10

Celle-là, vous n'auriez même pas imaginé qu'elle avait pu exister.

La publicité nous prend pour des cons ( et nous rend cons, air connu)

Ce goût de douceur dont les femmes enceintes ont un besoin maladif. Cette publicité date de l'après Deuxième Guerre mondiale.

 

Dans le genre “ Célébrons la femme objet ”, il y a, à la même époque, cette image de la femme qui doit faire le ménage avant de se comporter en salope fidèle : “ N'oubliez pas d'être une bonne épouse. S'il vous trompe, c'est de votre faute. ”

 

 

 

La publicité nous prend pour des cons ( et nous rend cons, air connu)
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1 juin 2019 6 01 /06 /juin /2019 05:16

Mon vieil ami P.G. n'est pas de ces chochottes qui croient avoir pris le Palais d'Hiver parce qu'elles écrivent “ une auteure ”. Linguiste authentique, P.G. sait de quoi il parle et les ressources de son inventivité sont inépuisables. Comme il a un certain âge – il est plus vieux que moi, c'est tout dire – il a tous les droits. je m'efface donc respectueusement et lui passe le relais.

 

 

Cher.ère.s. amie.e.s linguiste.teuse.s ou pas,  

 

 

C’est à la suite d’une longue réflexion sur l’avenir (pardon : le futur) de notre langue que je me suis décidé : le.la linguiste.euse doit-il.elle être un.e. observateur.euse curieux.se, impartial.e et neutre.e (c’est le cas de le dire) ? Ou doit-il.elle être le.la vigi.e. et sentinel.le de notre patrimoine linguistique ? Ou encore doit-il.elle être un.e. prescripteur.euse impitoyable ?

 

 

Pour sortir de cette situation schizophrénogène, je prône le passage de notre langue à une neutralisation totale. Cette réforme a un double but : d’une part éliminer l’écriture inclusive qui, à mes yeux, est une complication absurde et illisible de la langue, d’autre part mettre fin à la querelle des genres.

 

 

Je vais donc vous exposer ma réforme. Loin de moi l’idée d’employer une terminologie problématique au niveau du métalinguistique : tout sera clair, limpide, simple et non complexe, et vous constaterez que mes propositions, tellement qu’elles sont simples, n’impactent en aucune façon la langue française que je signale au passage que le génie unique de celle-ci est universellement reconnu, et que grâce à ma réforme il sera encore mieux connu. Je propose au passage quelques modestes réformes orthographiques.

 

 

Je démarre donc l’essentiel du process de mon propos.

 

 

1. Tous les noms sont neutres et ont 2 formes : un singulier et un pluriel en -s : chapeau/chapeaus.

 

 

 2. L’article défini est lu au singulier (l’ devant voyelle) , les au pluriel (le s final étant toujours prononcé : [s] devant consonne et [z] devant voyelle).

 

Pourquoi lu ? Parce que je, suite à mes récentes découvertes sur le passage du latin au français, lu est dérivé du neutre latin illud (tout comme l’article masculin le est dérivé du masculin latin ille, et l’article féminin la du féminin latin illa).

 

 

Le u apparaît donc comme la marque du genre neutre, qu’on va pouvoir généraliser et qui, quelle que soit sa position, doit toujours être  prononcé [y] comme dans turlututu ou dans pointu.

 

Exemples :  lu chapeau, lu femme, l’homme, l’enfant ; les hommes, les femmes.

 

 

J’avais pensé suivre l’exemple du roumain, où l’article défini est enclitique (= placé à la fin du nom), par exemple sous la forme ul. Exemple : train = tren ; le train = trenul.

 

 

On aurait ainsi en français : le train = trainul ; l’homme = hommul, la femme = femmul.

 

 

Certes, on obtiendrait de choses très amusantes, comme :  

la mandibule = mandibulul ; la rotule = rotulul ; le ridicule = ridiculul (cf. ridiculul ne tue pas !) ; J’ai lu fasciculul sur petit beurre luul.

 

J’avais pensé ensuite utiliser mon article neutre lu en le postposant comme en roumain : 

 

l’élu = élulu ;  l’hurluberlu = hurluberlulu ; le début = débulu ; la Goulue = Goululu.

 

 

Mais tout cela pourrait sembler très bizarre à certains, et les jeunes enfants qui apprennent à lire se demanderaient parfois s’il n’ont pas berluul/berlulu. De plus,  je ne tiens pas à être  farfeluul/farfelulu de service.

 

 

Restons donc raisonnable, et ne postposons pas : gardons la forme lu, qui donne d’ailleurs des résultats tout aussi linguistiquement intéressants :

 

lu garçon, lu fille, lu hurluberlu, lu lutin, lu lumignon ; lu soleil a rendez-vous avec lu lune.

 

 

2. Par analogie avec l’article défini, les démonstratifs sont aussi en -u :

 

 ce, cet et cette = çéu ; ces = çéus (noter la présence subtile de l’accent aigu qui évite l’emploi du tréma sur le u, un signe dont auquel beaucoup s’interrogent sur à quoi ça sert).

celui, celle = çéul ; ceux, celles = çéuls (prononcer le -s final).

 

 

3. L’article indéfini n’a qu’une forme, par analogie avec l’article défini :

 

un, une = unu ; toutefois les uns, les unes = les unus (prononcer le -s final).

 

 

4. L’article partitif a les formes suivantes, par analogie avec l’article défini :

 

du lait = du lait ; de la viande = du viande ; de l’eau = du l’eau ; des livres = des livres.

 

 

5. Les adjectifs n’ont que 2 formes, un singulier en -u et un pluriel en -us : grandu, grandus ; beau, beaus, velu, velus (noter pour ces derniers la fusion adroite du u du radical et du u de la désinence).

 

lu beau garçon, lu beau fille ; les beaus garçons et les beaus filles.

 

 

6.  Comme l’adjectif possessif s’accorde avec le nom qu’il détermine (mon livre le mien ; ma serviette, la mienne), il n’a désormais logiquement au singulier qu’une forme neutre : 

 

mon, ma = mu, mes = mus (prononcer le -s final) ; ton, ta = tu, tes = tus ; son, sa = su, ses = sus.

le mien, la mienne = lu mu ; les miens = les mus, etc.

 

 

 7. Les pronoms personnels désignant les humains ne changent pas. Ceux désignant des non-humains sont ilu au singulier, ilus au pluriel.

 

le livre > je l’ai lu = je ilu lu ; les livres > je les ai lus = je ilus lu (notez cette innovation foudroyante : le participe passé devient invariable).

 

8. Le -e final des noms, symbole exécrable de féminité, est supprimé pour tous les substantifs pour lesquels cela ne pose pas de problème :

 

lu vigi, les vigis ; lu sentinel, les sentinels ; lu estafet, les estafets (le -t final se prononce).

unu bougi, unu idiossi, unu geni, des jolius incendis.

 

 

Tout ce travail profondu et réfléchiu n’est encore qu’unu ébauch ; je prépare unu dico et unu gramère du français modernu qui, je l’espère sincèrement, vous seront utilus au niveau de l’excellence du processus d’expression oralu ou écritu.

 

 

 J’espère que vous m’avez lu attentivement et je vous donne lu salu.

 

Pour une vraie et couillue réforme de la langue française
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26 mai 2019 7 26 /05 /mai /2019 04:36

 

C’est en voulant me documenter de nouveau sur Louis Le Prince, chimiste français émigré en Grande-Bretagne et auteur du premier film cinématographique que je suis tombé sur la Française Alice Guy, réalisatrice (pardon : réalisateure) du second film de fiction de l’histoire du cinéma.

 

Je connaissais l’existence de Le Prince depuis très longtemps car cet inventeur de génie s’était installé dans le West Riding du Yorkshire, à deux pas d’un endroit où j’ai beaucoup séjourné. Le 14 octobre 1888, Le Prince filma ses beaux-parents et son fils pendant deux secondes et demi. Après une brève et féconde carrière, Le Prince disparaîtra de manière très mystérieuse dans le train Bourges-Paris. On évoquera un possible assassinat ou un suicide.

 

Enfoncés, les frères Lumière ! Inventeurs de génie – et, accessoirement, ardents soutiens de Mussolini et Pétain – ils tournèrent leur premier film le 19 mars 1895 en plantant leur caméra devant leur usine avant de tourner, quelques mois plus tard, L’arroseur arrosé, premier film de fiction de l’histoire du cinéma. Les frères Lumière innovèrent par ailleurs en inventant le principe de séances publiques, la première ayant lieu à Paris le 28 décembre 1895. Pour 1 franc, 33 spectateurs virent 10 films, dont L’arroseur arrosé, mais pas la très spectaculaire Arrivée d’un train en gare de La Ciotat.

 

Alice Guy naquit le 1erjuillet 1873 à Saint-Mandé. Cette réalisatrice restera dans l’histoire du cinéma comme la première scénariste et productrice de cinéma. Elle tourna son film La Fée aux choux en 1896 pour aider à la vente de caméras Gaumont. Ce film fut refait au moins deux fois (en 1900 et 1902) car, ayant remporté un énorme succès, les copies d’origines avaient été très abimées.

 

Sténographe, Alice Guy est nommée secrétaire de direction à 21 ans au Comptoir général de la photographie. Elle y a pour collègue Léon Gaumont. La société fait faillite. Gaumont la rachète. Alice suit des cours de photographies, s’initie au trucage et aux rayons X. En mars 1895, elle assiste à une projection privée des frères Lumière. Elle réalise alors La Fée aux choux en se désignant comme “directrice de prise de vues ”. Elle devient productrice et fait tourner Ferdinand Zecca (auteur de la première analepse de l’histoire du cinéma en 1901) et Louis Feuillade, futur adaptateur du roman Fantomas. En 1898, Alice Guy coréalise La Passion de Jésus Christ, le premier peplum de l’histoire du cinéma. Entre 1902 et 1906, elle filme et enregistre Dranem et Félix Mayol. Elle tourne également des films sociétaux comme Les Résultats du féminisme (les hommes à la cuisine et les femmes allongées sur des sofas, fumant et morigénant les hommes) et Madame a des envies.

 

En 1910, Alice et son mari s’installent aux États-Unis. Elle fonde, près de New York, sa première société de production, la Solax Film où elle accueille d’autres sociétés comme la Goldwyn, Pathé ou la Metro. Elle tourne des mélodrames, des westerns, des films historiques, des films sur le racisme (Across the Mexican Line). Elle réalise le premier film joué par des acteurs noirs (A Fool and his Money).

 

Divorcée et ruinée, Alice décide de rentrer en France en 1922 avec ses deux enfants. Elle souhaite retravailler pour la Gaumont mais cela ne peut se faire. Elle retourne aux Etats-Unis, vit avec sa fille secrétaire d’ambassade et écrit des livres pour enfants sous le pseudonyme de Guy Alix.

 

En 1957, à l’initiative de Louis Gaumont, elle reçoit un hommage de la Cinémathèque française. Elle meurt aux Etats-Unis en 1968 à l’âge de 94 ans sans avoir pu récupérer les films qu’elle avait produits.

 

En avril 2019, un documentaire de Pamela Green intitulé Be Natural : The Untold Story of Alice Guy-Blaché, lui est consacré et sort en salles aux États-Unis.

 

Alice Guy a réalisé ou produit des centaines de films. Il m’a été donné de voir The Pit and The Pendulum (“ Le Puits et le pendule ”) d’après la terrifiante nouvelle d’Edgar Poe. Tourné en 1913, ce film fut la première adaptation en langue anglaise d’une œuvre littéraire.

 

 

 

Alice Guy, la première vraie cinéaste au monde

 

De cette femme qui fréquenta Eiffel ou Émile Zola, Martin Scorsese déclara en 2011 : « Alice Guy était une réalisatrice exceptionnelle, d'une sensibilité rare, au regard incroyablement poétique et à l'instinct formidable. Elle a écrit, dirigé et produit plus de mille films. Et pourtant, elle a été oubliée par l'industrie qu'elle a contribué à créer ».

Alice Guy, la première vraie cinéaste au monde
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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 05:30

 

Laurent Demanze et Dominique Rabaté (dirs.). Emmanuel Carrère. Faire effraction dans le réel. Paris : P.O.L., 2018.

 

 

Il y a quelques années, j’ai publié cette photo dans mon blog :

 

 

 

Note de lecture (187)

 

C’était au moment précis où ce territoire martyr subissait le plus effroyable bombardement de son histoire. La réalité de mes filles, en cet instant précis, était de vivre une formidable tranche de bonheur, comme si le monde réel – celui contre lequel on se cogne, comme disait Lacan – n’existait pas. Un monde de toutes les frayeurs, de tous les malheurs, un monde que même Dante n’avait pas imaginé. Un monde où les enfants, où les Innocents vivent en enfer.

 

L’idée de cette légende m’est venue, au sens propre du terme, en un quart de seconde. Mon inconscient me l'avait sûrement dictée. Un inconscient qui n’avait jamais oublié les phrases clés de l'incipit de l'ouvrage sans pareil d’Emmanuel Carrère, L'Adversaire, menaçantes et déstabilisantes comme les premières mesures de l’ouverture d'Egmont : « Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j’assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l’école de Gabriel, notre fils aîné. Il avait cinq ans, l’âge d’Antoine Romand. Nous sommes allés ensuite déjeuner chez mes parents et Romand chez les siens, qu’il a tués après le repas. »

 

Quoi que nous fassions, quoi que nous soyons, le monde, du monde existe. C’est non seulement parce que Carrère reconnaît cette dualité mais aussi parce qu’il en fait l’alpha et l’oméga de la construction de ses textes de non fiction que son honnêteté tranche par rapport au contrat de lecture complètement pervers de son modèle, le célébrissime De sang froid de Truman Capote. Celui-ci raconta les deux assassins de l’extérieur alors qu’il s’était impliqué dans leur existence tandis que Carrère renonça à s’absenter en écrivant son livre à la première personne. Il faut le croire lorsqu’il assène que ce choix lui sauva la vie. C’est quand il rencontra Jean-Claude Romand que Carrère décida de ne plus écrire de … romans, mais de devenir le « narrateur du réel » en s’efforçant de parvenir à des personnages vrais a priori « hors d’atteinte ».

 

J’ai lu ce gros livre comme je lis les livres d’Emmanuel Carrère : à petites doses, en sirotant voluptueusement, en relisant. On peut évaluer la force d’un créateur à l’aune de son pouvoir d’attraction. Nous sommes servis : de Pierre Michon à Olivier Assayas, de Michel Houellebeck (auteur d’une magnifique contribution – c’est comme ça !) à Michel Déon, de Pascal Bonitzer à Nicole Garcia en passant par John Updike, c’est tout un aréopage de romanciers, de journalistes, de plasticiens, de cinéastes et d’universitaires qui sont partis, dans ce volumineux ouvrage, à la découverte du “ réel ” de cette personnalité hors norme de la littérature française.

 

Ce que j’apprécie particulièrement chez Emmanuel Carrère, c’est qu’il surgit toujours là où on ne l’attend pas, et d’originale manière. Comme sur la photo de couverture de ce livre. Devant un halo de lumière très étudié, un bourgeois – peut-être bobo – issu d’un milieu bien bourgeois s'est affublé d'un maillot informe et d'un haut de survet’ à deux balles.

 

Note de lecture (187)

 

Fasciné mais très lucide, Carrière a consacré un long article à notre banquier éborgneur pour le Guardian. Il fut le seul à remarquer – en tout cas à écrire – que l’homme ne transpire jamais (comme Aznavour qui avait appris à ne pas transpirer sur scène, ce que Brel trouvait aberrant), même s’il marche pendant trois heures en plein soleil sous les tropiques, mais surtout que son visage est double : le côté droit grave, sévère, jupitérien : le côté gauche cordial, optimiste, espiègle. C'est pourquoi son pouvoir de séduction, tel celui du joueur de flûte de Hamelin – “ L’attrapeur de rats ” dans la version originale, a quelque chose d’« effrayant ».

 

Est-ce par une sorte d’épuisement rimbaldien que Carrère décida, à moins de quarante ans, après avoir publié La classe de neige, de ne plus écrire de romans, avant de prendre à bras-le-corps, dans un combat mortifère, le destin de Jean-Claude Romand dans L’Adversaire, sa première œuvre de non fiction ? Un peu comme pour E.M. Forster (Route des Indes, Howards End) qui décida, pour d’autres raisons, de ne plus écrire de romans vers l’âge de 40 ans. En tout cas, c’est bien la “ trame narrative ” qui a toujours été le souci primordial de cet auteur. Autre priorité, rendre évident ce qui ne l’est pas du tout, comme l’histoire de deux juges boiteux, promis aux plus belles destinées, et qui traient des dossiers de surendettement dans l’Isère (dans D’autres vies que les miennes, son livre préféré – et le mien aussi, ce qui tombe bien et me conforte. Je suis également heureux que sa musique préférée soit les Sonates de Scarlatti par Horowitz). Et puis aussi rendre limpide ce qui est opaque, en particulier grâce à un style sans aspérités, parfaitement fluide, celui de l’évangéliste Luc qu’il admire, un style qu’Orwell aurait qualifié de styleless style. En acceptant les limites consenties que le genre impose, comme avec L’Adversaire ou Limonov.

 

Pour affronter le réel de l'autre (l’Autre?), sans le dénigrer, comme l’a bien repéré dans ces pages Frank Wagner, il faut parvenir à une « figuration de soi au prisme de l’autre ». Grâce à Carrère, on comprend enfin que le mystère Romand réside dans ce fait inouï : derrière le faux Romand, il n’y a pas de vrai Romand (que l'on pourrait réécrire “ Derrière le faux roman, il n'y a pas de vrai roman ”). Dans ces zones limites, il ne faut pas hésiter non plus à se demander si l’on est fou lorsqu’on parle de fous. Alors on peut convaincre – dans un jeu dangereux, certes – que c’est comme ça et pas autrement (Paul Otchakovsky-Laurens). Que l’horreur, non seulement cohabite avec le terre à terre, mais qu’elle lui est contigüe, consubstantielle. Une fois qu’on a intériorisé cela, on s’en trouve, nous aussi lecteurs, enrichis à jamais, sauvés – plus ou moins – par la littérature. Parce que, comme l’écrit Ariane Geffard, le grand écrivain sait « parler à tous de façon singulière ». Il n’y a pas de vérité universelle qui transcende le réel (Émilie Brière) mais une vérité personnelle à laquelle chacun doit se tenir.

 

Quel bonhomme !

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24 avril 2019 3 24 /04 /avril /2019 05:32

 

Supposez que vous assistiez à la finale de la Coupe de France de football au Parc des Princes. Imaginez qu’une demi-heure avant le coup d’envoi de la partie, puis pendant tout le match – mi-temps comprise – vous receviez dans les oreilles, tantôt les commentaires débiles d’un didgi (comme on dit) payé pour cela par la FFF, tantôt une musique assourdissante avec des basses à vous décrocher l’estomac, tantôt – le fin du fin – les deux à la fois.

 

C’est ce que j’ai enduré, plusieurs jours durant, dans la fort belle piscine olympique de Rennes, à l’occasion des championnats de France élite de natation.

 

Á ma connaissance, ce sport est le seul à éprouver une sainte trouille du silence. Un tel pandémonium sonore serait inconcevable à Roland-Garros, dans une salle de gymnastique ou de judo, lors d’un match de volley-ball, lors d’une épreuve de tir à la carabine, dans des régates.

 

Dans le monde de la natation, faut qu’ça gueule. Faut qu’un didgi balance dans le public des cadeaux à deux balles en criant « Faites du bruit », truc sonore (pardon : “ gimmick ”) qu’il a piqué à Nagui.

 

Mais, cette fois, nous eûmes droit à la totale. Normalement, la musique de boîte de nuit cesse durant les épreuves mêmes. Donc, pendant un 100 mètres, nous avons une minute de silence. Á Rennes, la musique n’a jamais cessé. Je me suis même demandé si, en un moment d’une petite trentaine de secondes, le didgi n’avait pas fumé la moquette quand il nous balança un court extrait d’une valse de Strauss dans la version originale et pas remixée, donc avec orchestre symphonique.

 

Une conséquence de ce bruit lancinant et insupportable est qu’il n’est pas possible de déposer des vidéos sur Youtube, sauf pour lecture privée. La raison de cette interdiction est que la bande son n’est pas libre de droit.

 

Vous connaissez mes qualités de père. Je vous propose Rébecca remportant la quatrième place de la finale B du 200 4 nages. En espérant que cela marchera...

 

 

 

https://youtu.be/plziHVJZtBQ?fbclid=IwAR0nDtH3jFASEoacOYE4JTp2RPpv8JPtMAceqZPhUvO_qlCiTGO807VIBxg

Natation et bruit
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19 avril 2019 5 19 /04 /avril /2019 05:29

 

 

Il y a bientôt 60 ans que j’ai noué des liens privilégiés avec le Yorkshire. L’incendie qui a partiellement détruit Notre-Dame de Paris m’a remis en mémoire celui de la cathédrale de York (York Minster) en 1984.

 

 

Un éclair frappa un boîtier électrique, ce qui déclencha un incendie d’une violence et d’une rapidité phénoménales. Le transept sud s’enflamma comme de l’amadou. La rosace atteignit une température de 450 degrés.

 

 

Dans les heures qui suivirent la catastrophe de Notre-Dame, des torrents de tweets écrits par des jeunes musulmans se sont déversés sur la toile, en allant tous dans le même sens : il s’agissait d’une vengeance d’Allah réagissant aux insultes que des Français « de souche » avaient cru proférer contre l’Islam les jours précédents.

 

 

Il y eut un peu le même type de réactions lors du désastre de York. Il faut dire que, deux jours auparavant, David Jenkins avait été consacré évêque de Durham dans la cathédrale. Ce David n’était pas n’importe quel chrétien. Il avait remis en question la virginité de la mère du Christ, les capacités de ce même Jésus à marcher sur l’eau et sa résurrection physique. Pour lui, ces phénomènes miraculeux n’étaient pas à prendre de manière littérale mais symbolique.

 

 

Les courriers des lecteurs des journaux britanniques reçurent des tonnes d’appréciations du genre : « C’est la colère de Dieu qui a fait brûler la cathédrale ». Le premier prélat de l’Église anglicane, Robert Runcie, archevêque de Cantorbéry, calma les esprits, arrondit les angles en reprenant à son compte l’analyse du chef des pompiers pour qui « Dieu s’est rangé de notre côté alors que nous combattions le feu ».

 

 

Quatre ans après l’incendie, un an avant les prévisions des architectes, le transept était entièrement restauré, dans le respect scrupuleux de l’architecture originelle. Des dons privés et l’argent des assurances avaient couvert la totalité des dépenses.

 

 

PS : je ne sais exactement à quoi joue Dieu en ce moment mais je rappelle qu’il y a un mois, un incendie s’est déclaré dans l’église Saint-Sulpice à Paris. Cette église est, à Paris, la deuxième en taille après Notre-Dame. Elle est l’un des lieux de l’action du roman Da Vinci Code.

 

 

La cathédrale de York en feu
La cathédrale de York en feu
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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 05:19



La présidence de l'Université a rédigé un prospectus (avec dessins à l'appui, au cas où on ne comprendrait pas) qui présente le "PIA3" (= Projet d'Investissement d'Avenir"), à savoir :

- elle met en place le programme PaRM (= Parcours de Réussite Modulaire), moyennant quoi :

- elle va “ construire 
une université inclusive pour les étudiants en situation particulière (Formation Continue, Régime Spécial d’Etudes, ou avec aménagement d’études en raison d’un handicap, etc.) ”

- elle crée un syllabus, qui “ explicite les attendus et les contenus à côté des compétences spécifiques ou générales à acquérir ”.

 

- elle valorisera les contenus des enseignements et les rendra “ visibles au plus grand nombre ”.



- elle va créer la FOAD (= Formation Ouverte à Distance), qui est une “ Didactique spécifique structurée et organisée pour la distance et un format homogène défini, multimodal et hybride ”.

- les directeurs d'étude offriront “ un contact de première proximité ”.

- Ce projet a baptisé les enseignants universitaires “ acteurs de l'accompagnement ”. Il s'agira de “renforcer l’accompagnement du projet d’orientation en soutenant les acteurs de cet accompagnement ”
. 

 

Une interface numérique d'accompagnement et d'orientation sera mise en place. “ Cette interface permettra des alertes qui se déclencheront selon des réglages définis par l’équipe pédagogique (par exemple, échec notable dans une discipline fondamentale ou combinaison d’échecs successifs lors d’une série d’évaluations). Les acteurs de l’accompagnement de l’étudiant et, en premier lieu, le Directeur d’Etudes, auront ainsi une meilleure vision des éléments entourant le projet de l’étudiant, et ainsi permettront un accompagnement plus adapté et fluide. ” Mais la fluidité ne sera pas tout : un “ suivi consolidé ” aura lieu tous les trois ans.

 

La philosophie générale du projet est “ Investir l'avenir ”.

 

Coût de ce projet révolutionnaire : 8 millions d'euros sur 10 ans.

 

Á noter que la chef (cheffe ?) de projet est une linguiste. Si les linguistes s'expriment de la sorte, on se demande comment baragouinent les non-linguistes.

 

Ce qui se conçoit bien... La langue de ce texte est laide et imprécise parce que les pensées qu'elle véhicule sont creuses. C'est une langue vague et d'autant plus dans l'esbroufe que ce qu'elle exprime n'est en fait jamais ce qui est visé. C'est une langue qui n'est pas constituée de mots utilisés pour eux-mêmes mais d'expressions toutes faites, importées d'un ailleurs jamais nommé. Bref, c'est une langue qui ment.

 

 

 

 

 

L'université de Tours se modernise.
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    Ahmed Alnaouq et Pam Bailey. Nous ne sommes pas des chiffres. Les voies de le jeunesse de Gaza. Éditions Demi-Lune, Collection Résistances, 29710 Plogastel Saint-Germain. Rarement un livre m’a ému à ce point. Nous entendons ici les voix de la jeunesse...
  • Revue de Presse 628
    Selon le World Socialist Website, près de 1 000 gardes privés armés ont été déployés dans des établissements postaux aux États-Unis. Ce déploiement intervient dans le contexte des attaques incessantes de Trump contre le vote par correspondance. Un décret...
  • Sur les hauteurs, mais aussi en plaine !
    FORMIDABLE BATAILLE PIANISTIQUE AVEC LANG LANG !
  • De quoi la sûreté ferroviaire est-elle le nom ?
    Lorsque j’étais étudiant un peu avant et un peu après 1970, je prenais très fréquemment le train depuis la gare d'Amiens. À l'époque dans ce type de gare de grandes villes, il n'y avait pas un seul policier, gendarme ou autre agent de sécurité. Sauf,...
  • Horreur Zunienne !
    Christa Pike : la condamnée à mort a survécu à deux injections létales, après un ultime sursis annulé. Cette femme de 50 ans respirait encore après avoir reçu deux doses de Pentobarbital, ont annoncé ses avocats, qui ont ajouté : “ Christa reçoit des...
  • Et une photo qui ment, une !
    Cette photo a fait le tour du monde et a fait pleurer dans bien des chaumières, pas que chez les Zuniens. Elle fut récompensée – c’était la moindre des choses – par un prix Pulitzer. Nous sommes le 17 mars 1973 sur la base aérienne Travis en Californie,...
  • Connaissez-vous Séraphine Louis ?
    Son destin n’est pas sans rappeler celui de Camille Claudel . Elle naquit dans l’Oise le 3 septembre 1864. Son père était ouvrier journalier et sa mère était issue d’une famille de petits paysans. Elle perd sa mère le jour de son premier anniversaire...
  • Les cages de torture de Trump pour les immigrés : quand Guantanamo débarque aux États-Unis
    Par Jacob Crosse pour le World Socialist Website Dans un rapport daté du 11 septembre et rendu public lundi, le Bureau de l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure a documenté l’utilisation de cages de torture métalliques contre des...