L'Obs a publié un article passionnant du linguiste Sylvain Gatelais sur le nom de Noël :
La période des fêtes de Noël restent, même dans une société largement déchristianisée, l'un des temps forts qui rythment l'année.
Si la signification et les traditions varient d'un pays à l'autre, selon les individus ou les époques, personne ne contestera les origines chrétiennes de cette fête : il s'agit historiquement de la célébration de la naissance de l'enfant Jésus. Toutefois, les choses ne sont pas aussi simples.
Les mots peuvent parfois considérablement fossiliser des pans entiers d'histoire humaine et culturelle. Ainsi, l'étymologie du mot "Noël" dans nos langues met moins au jour les racines chrétiennes de cette fête que de vieilles croyances ancestrales ou l'hégémonie culturelle et coloniale de l'Europe. Quelques surprises nous attendent. Bon voyage dans le temps !
Des origines latines : un mot qui célèbre la naissance
Dans toutes les langues romanes ("Navidad" en espagnol, "Natale" en italien, "Natal" en portugais, "Nadal" ou "Nadau" en occitan, "Nadal" en catalan et bien sûr "Noël" en français), le mot est issu de l'adjectif latin natalis qui signifiait "de naissance, relatif à la naissance" (de natus, "né").
À l'origine, il s'agissait d'une locution composée d'un nom et d'un adjectif (Dies Natalis : "jour de naissance"). C'est au latin (natalica : la fête célébrée pour une naissance) que l'on doit aussi les mots celtes : "Nollaig" en gaélique, "Nedeleg" en breton...

L'origine du mot célèbre donc clairement une naissance. On pense immédiatement à celle du Christ. Pourtant, certains historiens ont depuis le XVIIIe siècle émis l’hypothèse que le choix du 25 décembre par l'Église (on ignorait la vraie date de naissance du Christ) traduisait une volonté de concurrencer une autre fête romaine, cette fois païenne : la grande fête de la naissance du Soleil Invaincu (Dies Natalis Solis) qui mettait fin aux Saturnales (qui, comme leur nom l'indique, célébraient le dieu Saturne). On doit cette idée aux écrits du moine syrien Jacob Bar-Salibi (XIIe siècle) et, bien que toujours très populaire de nos jours, elle reste controversée. Ces fêtes des Saturnales commençaient le 17 décembre et s’achevaient le 24 : le barrières sociales disparaissaient durant quelques jours et les rôles étaient inversés (les esclaves jouissaient ainsi d'une relative liberté et dînaient même à la table des maîtres), on s'échangeait des cadeaux et on faisait bombance.



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