Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 05:59

Johann Jack Unterweger est né en 1950 en Autriche. Il a passé une certaine  partie de sa vie à tuer des prostituées dans son pays, en Pologne et aux Etats-Unis.

 

Il est condamné pour meurtre une première fois en 1974. Il avait étranglé une jeune fille avec son soutien-gorge. En prison, il écrit des livres qui lui apportent célébrité et fortune. Il est libéré en 1990 comme exemple de réhabilitation. Pour le directeur de la prison, « jamais nous ne retrouverons de meurtrier aussi bien préparé à la liberté. » Celui qui avait fasciné les milieux littéraires assassine neuf prostituées (peut-être quatorze). Il est de nouveau condamné à la prison à perpétuité.

 

Le 29 juin 1993, il se pend dans sa prison, en ayant, on se demande bien pourquoi, toujours clamé son innocence.

 

(Pudor)

« Si la photo est bonne », chantait Barbara. Plus bonne que ça, tu meurs.

 

 

 

 

 

En 1906, la future prix Nobel de littérature, la poétesse Gabriela Mistral, âgée de 20 ans, rencontre Romelio Ureta, flambeur comme pas deux. Plus il flambe, plus il vole pour acquitter ses dettes, plus elle l’aime. Il est alors employé des chemins de fer chiliens. Elle est alors institutrice stagiaire.

 

Confondu pour vol, il se tire une balle dans la tête le 25 novembre 1909. Ce suicide sera à l’origine des Sonnets de la mort publiés cinq ans plus tard qui feront connaître Gabriela au monde littéraire chilien.

 

(Pudor)

 

 

 

 

 

 

Dandy excentrique, Jacques Vaché se désignait comme « pohète ». Bien que n’ayant laissé à la postérité que quelques textes et quelques dessins, il exerça une influence considérable sur les surréalistes.

 

Il est mobilisé en août 1914, envoyé au front, blessé et rapatrié. En janvier 1916, il fait la connaissance d’André Breton, affecté comme interne en médecine. En juin, il est renvoyé au front comme interprète auprès des troupes britanniques. Il déteste l’institution militaire : « Je suis on ne peut plus à bout, et puis ILS se méfient. ILS se doutent de quelque chose. Pourvu qu’ILS ne me décervellent pas pendant qu’ILS m’ont en leur pouvoir.

 

Le 24 juin 1917, il assiste à la première de la pièce d’Apollinaire, Les Mamelles de Tirésias. Le spectacle tourne au fiasco. Déguisé en officier anglais, revolver au poing, il somme de faire cesser la représentation, qu'il trouvait trop artistique à son goût, sous menace d'user de son arme contre le public. Breton parvient à le calmer.

 

Le 6 janvier 1919, à 23 ans, dans une chambre d’hôtel de sa ville de Nantes, il ingère 4 grammes d’opium. Le lendemain, on retrouve les corps nus de deux jeunes hommes, gisant sur un lit. Les deux victimes sont présentées comme de « jeunes écervelés » sans expérience de la drogue en même temps que comme « de braves soldats qui avaient fait leur devoir devant l'ennemi et avaient été blessés ».

 

Ce que les journaux ne racontent pas c'est la présence dans la chambre de deux autres personnes : André Caron, membre du groupe de Nantes et un dénommé Maillocheau qui s'étaient retrouvés le 5 au soir pour fêter leur prochaine démobilisation. Une fois dans la chambre d'hôtel, Vaché sortit un pot de faïence qui contenait de l'opium dont ils confectionnèrent des boulettes qu'ils avalèrent. Maillocheau, que la drogue n'intéressait pas, s'en alla. Plus tard, Caron, rendu malade, rentra chez lui. À l'aube du 6, Vaché et Bonnet se déshabillèrent, plièrent soigneusement leurs vêtements, s'installèrent sur le lit et reprirent quelques boulettes d'opium.

 

André Breton n'apprend la mort de son ami qu'une semaine plus tard.Il pense, très certainement à tort, que son ami a été assassiné.

(Impatienta doloris).

 

 

 

Partager cet article
Repost0
17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 05:13

 

 

 

Moi qui relis Madame Bovary une fois tous les deux ans depuis quarante ans, je ne vais pas me plaindre que le sujet du Bac L ait porté sur ce chef-d’œuvre. J’ai été alerté par la grand-mère d’un candidat, pas brillantissime dans le civil, mais pas nul non plus, qui a récolté un 3/20 et a dû aller au repêchage.

 

Je rappelle que, une " réforme " chassant l’autre en l’aggravant, les élèves n’ont plus que deux heures de français par semaine, ce qui, dans la patrie de Flaubert, est un pur scandale.

 

En deux petites heures, les candidats devaient répondre à deux questions – excellentes au demeurant – à la fois pointues et très larges. Chaque question aurait pu faire l’objet d’une épreuve de CAPES, voire d’agrégation, la seconde en particulier :

 

1 - Les scénarios d'ensemble centrent la fin du roman sur "la petite fille de Charles [...] envoyée aux écoles gratuites". Mais c'est sur le triomphe du pharmacien Homais que s'achève la version définitive de Madame Bovary. Que pensez-vous de cette modification ?  (8 points)

 

2- Un critique a écrit : "C'est l'angoisse de la forme qui a de l'importance chez Flaubert." Qu'en pensez-vous ? Vous fonderez votre réponse sur votre connaissance du roman Madame Bovary et de sa genèse. (12 points)

 

Ces questions comportaient deux pièges dans lesquels je vous fiche mon billet que certains candidats se sont perdus.

 

La fille de Charles et Emma est en effet envoyée « aux écoles gratuites » (Flaubert n’était pas de gauche), une précision anecdotique dans la perspective du sujet, mais qui a certainement décontenancé et polarisé de nombreux candidats. Dans le second sujet, le terme « angoisse » est à lui seul … angoissant. Que fallait-il en faire ? Et puis, quand on est tellement malin pour proposer des sujets aussi difficiles (des professeurs soumettent des sujets à des commissions spécialisées qui proposent un choix à un inspecteur général), on ne dit pas « un critique », on précise de quel critique il s’agit, et l'on date la critique car les grands lecteurs de la seconde  moitié du XXe siècle n’ont pas abordé Flaubert comme ceux de la première moitié, qui, eux-mêmes, l’avaient lu autrement que ceux du XIXe siècle.

 

Pour répondre correctement à la première question, il était impératif d’avoir plus que des bases solides en critique génétique, ce qui est inimaginable lorsqu’on a suivi un simple cours de deux heures par semaine. D’autant qu’il n’y avait pas que Flaubert au programme. La génétique des textes est une science récente (une petite cinquantaine d’années). Elle étudie – à partir de brouillons, d’épreuves –  le processus de création (la « fabrique du texte », disait Francis Ponge) d’œuvres qui ne sont plus considérées comme closes mais comme le résultat d’un processus de maturation, le texte étant l’aboutissement d’avant-textes. On débouche alors sur une théorie de la création (voir l’article de Fabula à ce sujet).

 

Pour la seconde question, il fallait pouvoir théoriser sur le réalisme de Flaubert, sur la question de savoir s’il y avait (il y avait !) un au-delà de la forme (l’angoisse existentielle du créateur, « le livre sur rien » mais la forme au service d’un fond).

 

 

Je propose ici le corrigé de Delphine Vasseur, professeur de français, publié par L’Express.

 

 

Question 1 (8 points)

 

Les scénarios d'ensemble centrent la fin du roman sur "la petite fille de Charles [...] envoyée aux écoles gratuites". Mais c'est sur le triomphe du pharmacien Homais que s'achève la version définitive de Madame Bovary. Que pensez-vous de cette modification? 

 

 

La formulation de la question peut déstabiliser, mais étant donné le thème dans lequel apparaît l'oeuvre au programme, "Lire, écrire, publier", il était attendu qu'elle serait associée à la correspondance de Flaubert, ou, comme c'est le cas ici, aux phases successives du manuscrit. Mais tout candidat aura compris que c'est l'importance du personnage d'Homais qui est au coeur de la question. 

 

            I. L'originalité de l'explicit

 

Notons qu'Emma est déjà morte, elle s'est suicidée dans l'avant-dernier chapitre. Flaubert lui refuse le rang d'héroïne tragique en l'évinçant de l'incipit et de l'explicit. 

 

Le sort de Berthe, la fille d'Emma et de Charles, est évoquée dans la fin définitive du roman, mais elle est envoyée chez sa grand-mère, qui meurt, puis dans une filature de coton. Flaubert choisi ainsi de noircir également la fin de ce personnage mineur. Il fallait voir aussi que dans aucune de ces deux fins Emma n'est mentionnée. Le "Elle n'existait plus" qui vient clore sa mort prend là tout son sens. 

 

Mais c'est bien sur Homais que se termine le roman. La dernière phrase, "Il vient de recevoir la croix d'honneur", marque son triomphe, avec un présent qui s'emble l'asseoir tout à fait et durablement. Le fait qu'il empêche également les médecins qui succèdent à Charles de s'installer à Yonville signale la victoire de la médiocrité bourgeoise à l'oeuvre au XIXè siècle. 

 

            II. Ce qu'incarne Homais dans le roman

 

Les différents scénarios montrent bien l'importance progressive que prend Homais tout au long de la genèse du roman. 

 

Il apparaît dès le premier chapitre de la deuxième partie, lors de l'arrivée des Bovary à Yonville, d'abord à travers sa boutique : "Mais ce qui attire le plus les yeux, c'est, en face de l'auberge du Lion d'or, la pharmacie de M. Homais !", dans une exclamation pseudo-emphatique qui annonce déjà la superficialité et la grandiloquence de ce fat. Il sera présenté ensuite par les discussions qu'il entretient à l'auberge comme un être suffisant, prétentieux et catégorique. L'article qu'il rédigera au sujet des comices montre bien son arrogance et son style pompeux. 

 

Il incarne également cette petite bourgeoisie laïcarde post-révolutionnaire, qui a remplacé le culte de Dieu par celui de l'argent et des faux honneurs. Ses enfants se nomment Napoléon, Franklin, Irma et Athalie, et ses débats contradictoires avec le curé rythment le roman. Achever Madame Bovary sur son triomphe permet ironiquement d'insister sur les vices d'une société qui donne de l'importance aux succès lisses de cet arriviste. 

 

C'est surtout l'indifférence et l'égocentrisme qu'il incarne le mieux. Sa stupidité crasse associée à son arrogance fait de lui un moteur pernicieux de l'action. Il fallait songer à l'épisode du pied-bot et à l'indécence du repas qu'il partage pendant l'agonie d'Emma avec les docteurs Canivet et Larivière, car "il ne pouvait, par tempérament, se séparer des gens célèbres." 

 

Le triomphe du personnage le plus ridicule et le plus pédant du roman sert donc bien le propos satirique de l'auteur. 

 

Question 2 (12 points)

 

Un critique a écrit: "C'est l'angoisse de la forme qui a de l'importance chez Flaubert." Qu'en pensez-vous ? Vous fonderez votre réponse sur votre connaissance du roman Madame Bovary et de sa genèse. 

 

S'interroger sur l'importance de la forme chez Flaubert est un sujet évidemment tout à fait classique.  

 

"Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style." (lettre à Louise Colet, 16 janvier 1852) 

 

            I - L'importance obsessionnelle de la forme chez Flaubert

 

Le temps de rédaction et les différents remaniements du scénario montrent clairement l'importance de la forme pour Flaubert. Il a passé plus de cinq ans à écrire Madame Bovary, et la richesse des manuscrits conservés à la Bibliothèque de Rouen est le signe clair de cet accouchement laborieux. 

 

Au-delà du plan, le style et le rythme de chaque phrase font l'objet d'une attention très particulière. Dans le gueuloir, Flaubert vérifiait l'économie générale de ses phrases, leur cadence, l'aspect indispensable de chaque terme. Ses correspondances montrent son ardeur à la tâche et ses angoisses profondes quant au style. L'exemple le plus parlant est sans doute son désarroi quand il lui a fallu modifier le nom du "Journal de Rouen". Il opta d'ailleurs pour un nom proche, le Fanal de Rouen, pour casser le moins possible le rythme de ses phrases. 

 

            II - Un "livre sur rien" ?

 

Madame Bovary est-il pour autant un "livre sur rien", comme l'a dit, de façon un peu provocatrice, Flaubert ? 

 

Certes, la longueur des descriptions, la lenteur de l'action, l'inanité des rêveries de l'héroïne pourraient laisser penser que Flaubert a choisi volontairement des personnages médiocres, un village banal et un sujet quotidien pour ne s'intéresser qu'au style et à la forme. 

 

Mais ce serait oublier la satire développée tout au long du roman avec une ironie mordante. On pouvait évoquer la disproportion grotesque entre les idéaux d'Emma et la médiocrité de son existence, le personnage d'Homais ou du curé, ou bien encore les grandes scènes que constituent les comices ou le repas à l'auberge du Lion d'or. 

 

Madame Bovary a peut-être pour thème le vide, le néant, ou plutôt l'anéantissement des êtres dans la torpeur du schéma social conservateur, mais on ne peut dire qu'il ne parle de rien. 

 

            III - La forme au service du fond

 

L'exigence formelle de l'auteur est mise au service du fond, de la description quasi-médicale, naturaliste avant l'heure, de ces "moeurs de province", du portrait précis d'une société moribonde et mortifère. 

 

D'abord, les changements successifs opérés dans le plan d'ensemble font sens. C'est le cas de l'importance progressive que prend le personnage d'Homais à la fin du roman, ou du fait de déplacer dans le temps l'adultère, imaginé plus tôt avec Léon, et reculé avec ce dernier dans la troisième partie, afin d'accentuer le désespoir d'Emma, et son incapacité à concrétiser ses rêveries romantiques. 

 

Toute la réflexion sur la forme permet à l'auteur d'organiser tout le travail de sape de sa pseudo-héroïne romantique. Alors qu'il avait pu imaginer pour Emma, à la fin du bal chez le marquis d'Andervilliers, une promenade lyrique dans le parc, il va préférer bien sûr insister sur le contraste brutal entre les lumières de cette vie luxueuse traversée un instant et la froideur de la réalité : "Mais elle grelottait de froid. Elle se déshabilla et se blottit entre les draps, contre Charles qui dormait." 

 

Enfin, la fulgurance du style de Flaubert vient éclairer son propos. Le génial incipit qui pose les bases de la gentille médiocrité de Charles, comme sa casquette, "dont la laideur muette a des profondeurs d'expression comme le visage d'un imbécile", l'extraordinaire impact du "Elle n'existait plus" pour supprimer Emma montrent à quel point fond et forme sont liés. Madame Bovary est l'expression d'une fatalité, qui n'est pas transcendante mais immanente : Charles et Emma succombent à la misère intellectuelle de leur temps, et au règne artificiel de l'argent. 

 

 

Et puis, parce qu'on est en vacances, écoutons Jean Rochefort raconter Madame Bovary :

 

 

Partager cet article
Repost0
8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 05:22

Ce matin, comme presque tous les matins à la belle saison, je tournais à vélo depuis une bonne heure dans le parc de la Tête d’Or à Lyon. C’est le seul endroit de la ville qui ne soit pas trop pollué. Un petit mot sur le zoo de ce parc de 105 hectares. Membre de l’Association Européenne des Zoos et Aquariums, c’est un lieu voué (« dédié » comme disent les colonisés dans leur tête) à la biodiversité et à la conservation des espèces animales en risque d’extinction. Et, naturellement, il s’y vole régulièrement des plantes rares car dans notre monde de libéralisme financier débridé, tout se vole, se vend et s’achète.

 

À deux ou trois reprises, je croise deux jeunes filles (18/20 ans) qui roulent à un train encore plus de sénateur que le mien. L’une d’entre elles est vêtue d’un T shirt (autrefois, on disait « maillot ») portant une inscription qui me plait bien : « Bonkers ».

 

Le tour suivant, je leur fais signe de s’arrêter. Je demande à la porteuse du maillot si elle sait ce que signifie « Bonkers ». Non, me dit-elle, ça doit être de l’allemand. J’imagine qu’elle pense plus ou moins consciemment à « Bunker ». Je lui réponds qu’il s’agit d'un mot argotique anglais datant des années cinquante et qui signifie, plus au sens figuré qu’au sens littéral, « dingue », « fou » (« When I saw that girl, I went bonkers » : « Quand j’ai vu cette fille, je suis devenu dingue »). Comme elle ne manque pas d’humour, la jeune fille me dit espérer que ce T shirt n'est pas prémonitoire. Je lui réponds que je l’espère aussi mais que son inconscient semble avoir parlé. Nous nous quittons sur cet échange pétillant.

 

À l’origine, « bonkers » était un mot utilisé par les marins pour signifier « pompette » avec l’idée que l’intéressé avait reçu un coup (« a bonk ») sur la tête. Dans les années soixante-dix, le mot « bonk » prit le sens de « baise » : « this woman is good for a bonk » : « cette femme est bonne à baiser ». Je me gardais d’évoquer cette récente acception avec ma jeune congénère cycliste.

 

Que dire de ce manque de curiosité si ce n’est, ce me semble, qu’il est général ? Quantité de gens portent sur eux des inscriptions – quasiment toujours en anglais – dont ils ne connaissent pas le sens. Et cela surprend les étrangers de passage en France. Outre les anglophones de naissance, les Chinois en particulier.

 

Partager cet article
Repost0
20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 05:29

Kurt Tucholsky est né le 9 janvier 1890 à Berlin. Après avoir combattu durant le Première Guerre mondiale, il s’efforce, en tant qu’essayiste et journaliste, de rapprocher les deux pays ennemis. En vain. Il exècre le nationalisme. En 1922, après l’assassinat du ministre des Affaires étrangères Rathenau, il rédige ce vibrant appel pour une république forte :

 

« Relève-toi ! Montre leur la frappe de tes poings !

Ne t'endors pas à nouveau après deux semaines !

Dehors avec les juges monarchistes,

les officiers – et la canaille

qui vit de toi et qui te sabote

et placarde des croix gammées sur tes maisons.

(…)

Quatre années de meurtres – mon Dieu, ça suffit,

Tu en est maintenant à ton dernier souffle.

Montre ce dont tu es capable. Fais ton examen de conscience.

Meurs ou bien bats toi. Il n'y a pas d'autre issue. »

 

 

Il s’en prend violemment au parti social-démocrate et à son chef Ebert en leur reprochant d’avoir trahi pendant la révolution de novembre 1918. Dépressif, il tente une première fois de se suicider.

 

Il se prononce pour un patriotisme populaire : « il est faux que ceux qui prétendent représenter le sentiment national et qui ne sont que des bourgeois militaristes aient accaparé à leur profit ce pays et sa langue. Ni ces Messieurs du gouvernement en redingote, ni ces professeurs, ni ces Messieurs Dames du Stahlhelm [anciens combattants de droite] ne sont à eux seuls l'Allemagne. Nous sommes là aussi. (…) L'Allemagne est un pays divisé. Nous en sommes une partie. Et malgré toutes les contradictions, nous exprimons avec constance notre amour serein pour notre patrie, sans drapeaux, sans orgue de Barbarie, sans tirer l'épée. »

 

Face à la montée du nazisme, il s’estime désemparé : « Je vais maintenant la fermer. On n'engueule pas un océan. »

 

Juif, il se réfugie en Suède où il assiste, impuissant, au triomphe des nazis en 1933.

 

Le 20 décembre 1935, il avale une surdose de somnifères et meurt le lendemain. Dans sa satire Requiem, il avait proposé pour lui cette épitaphe :

 

Ici repose un cœur en or et une grande gueule

Bonne nuit !

 

(Impatienta doloris/Pudor)

 

Pas de réussite sans femme, avait-il écrit. Ce qui ne l’empêcha pas de rater sa vie sentimentale.

 

 

 

 

À l’occasion de la montée en puissance de la firme Apple, on a redécouvert le grand mathématicien et informaticien Alan Turing. Pendant la Seconde Guerre mondiale, sa machine à calculer parviendra à décrypter le système de codage allemand Enigma, réputé inviolable.

 

Turing est né à Londres en 1912. Il apprend à lire en trois semaines. À l’école, il devient vite la tête de Turc des autres élèves. Il est également un authentique sportif : en 1948, il terminera 4ème du championnat national du marathon en 2 heures 46 minutes.

 

En 1928, il découvre les travaux d’Albert Einstein et comprend qu’ils remettent en cause Euclide, Galilée et Newton.

 

Il soutient une thèse à Princeton en 1938 sur l’hyper calcul puis poursuit des études à Cambridge où il fait la connaissance de Wittgenstein.

 

Fin 1938,Turing fait partie des jeunes scientifiques appelés à suivre des cours de chiffre et de cryptanalyse. Juste avant la déclaration de guerre, il rejoint le centre secret de la GC&CS à Bletchley Park. Il y est affecté aux équipes chargées du déchiffrage d’Enigma. Turing pénètre les réseaux de l’armée de terre et de l’aviation. Il découvre ensuite les clés de l'Enigma navale, ce qui redonne à la Grande-Bretagne un avantage dans les batailles d'Angleterre, de Libye et de l'Atlantique.

 

Turing part en 1943 pour les Etats-Unis. Il élabore une machine à coder la voix, du nom de code Delilah.

 

Fin 1945,il rédige le premier projet détaillé d'un ordinateur : l’ACE (Automatic Computing Engine). Pour des raisons administratives, l’ordinateur ne sera pas construit. En 1948, il rejoint l’université de Manchester où il conçoit et fabrique – pour de bon cette fois-ci – le premier ordinateur, le Manchester Mark I.

 

Turing n’a jamais caché son homosexualité. En 1952, sa maison est cambriolée. Turing porte plainte. Arrêté, le cambrioleur dénonce le complice qui lui avait indiqué l'affaire, un ex-amant du mathématicien. Turing et l’amant sont inculpés d'outrage aux mœurs et de perversion en vertu d’une loi de 1885. À la même époque, éclate l’affaire des cinq de Cambridge, des intellectuels communisants et homosexuels ayant livré des renseignements à l’Union soviétique. Il ne fait pas bon être homosexuel et intelligent dans le Royaume-Uni de ces années.

 

Le procès de Turing défraye la chronique. Le savant doit choisir entre l’emprisonnement ou la castration chimique. Il choisit le traitement, d'une durée d'un an, avec des effets secondaires temporaires comme le développement de ses seins et des accès dépressifs.

 

Le 8 juin 1954, Turing est retrouvé mort, empoisonné au cyanure. Il aurait partiellement mangé une pomme imbibée du poison. D’où l’origine, peut-être mythique, du logo de la firme Apple.

 

En 2009, une pétition est envoyée au Premier ministre Gordon Brown : « Nous, soussignés, demandons au Premier ministre de s'excuser pour les poursuites engagées contre Alan Turing qui ont abouti à sa mort prématurée ». Brown présente ses regrets au nom du gouvernement britannique mais, en 2012, le ministre de la Justice exprime son refus de revenir sur la condamnation qu’il qualifie cependant de « cruelle et absurde ». En décembre, onze scientifiques britanniques, dont Stephen Hawking, demandent au gouvernement d’annuler sa condamnation. Le 24 décembre 2013, la reine gracie Turing en déclarant : « nous considérerions aujourd'hui cette condamnation comme injuste et discriminatoire ».

 

(Impatienta doloris).

 

 

Partager cet article
Repost0
17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 05:40

Simon Leys. Quand vous viendrez me voir aux Antipodes. Lettres à Pierre Boncenne. Paris, Philippe Rey, 2015.

 

Lorsque Simon Leys publia Orwell ou l’horreur de la politique en 1984, je résidais en Afrique de l’Ouest et je m’étais attelé à la rédaction d’une longue thèse sur Orwell. Je lui écrivis à propos de son livre très subtil car je ne partageais pas toutes ses analyses. Nous échangeâmes quelques courriers. Il me répondit (sous la signature de Pierre Rickmans) avec beaucoup de gentillesse et de manière très constructive.

 

Comme beaucoup de gens de ma génération (disons celle de Gérard Miller), j’avais été ébranlé par Les habits neufs du président Mao, publié en 1971. Non que j’aie jamais été tenté par le maoïsme, ni pour la Chine, ni surtout pour la France : la vision de centaines de milliers de personnes agitant en défilant un petit livre (dont j’avais lu une traduction française) à la pensée aussi élaborée que celle d’un livre de cuisine de seconde catégorie, me glaçait, même si elle pouvait faire frémir de contentement les maolâtres Serge July ou Philippe Sollers. Je m’étais dit que Leys avait deux grands avantages sur Maria-Antonietta Macchiocchi qui avait publié un De la Chine après un voyage très « villages Potemkine » : vivant à Hong Kong et connaissant parfaitement le chinois, Leys s’était vite rendu compte que la prétendue « révolution culturelle » avait beaucoup moins à voir avec la quête d’un homme nouveau qu’avec de banales luttes intestines de palais. Rien de glorieux dans la posture d’un Mao qui avait perdu le pouvoir et qui s’efforçait de le récupérer par les moyens les plus pendables qui fussent. Dans cet ouvrage, Leys règlait leur compte aux maoïstes occidentaux de manière cinglante : « Le maoïsme occidental est effroyablement suspect ; un luxe de gens riches, tout le contraire de ce que j’avais admiré à Singapour, c’est-à-dire des gens pauvres et talentueux qui compromettaient leur carrière. » Le maoïsme des occidentaux était un « caprice de riches, un luxe ! »

 

À l’extrême gauche le livre de Simon Leys fut voué aux gémonies, tout simplement parce que, vingt-cinq ans après Orwell, le sinologue belge répétait que voir ce qui est juste « devant son nez » (“ In Front of Your Nose ”) est un combat de tous les instants et non une évidence naturelle. Il est tellement facile, disait Orwell, lorsqu’une croyance imbécile est mise en pièces par les faits, de faire comme si elle nous avait toujours été étrangère. Le raisonnement politique, ajoutait l’auteur de 1984, est un monde non-euclidien où la partie peut être plus importante que le tout et où deux objets peuvent être simultanément à la même place.

 

Cela dit, et bien qu’il ne s’en soit jamais laissé compter, Leys a toujours écrit à partir de quelque part. D’un lieu difficile à cerner. L’axe gauche-droite n’est pas tellement pertinent chez lui. Je vois plutôt une posture d’idéaliste qui convoque certains faits et pas d’autres pour corroborer ses idées ou ses intuitions (« le nazisme est un phénomène de l’Allemagne méridionale et de l’Autriche »). Alors il peut lire Céline en érigeant un Mur de Berlin entre les chefs-d’œuvre et les immondices. Le problème est que Le voyage au bout de la nuit contient à la fois des éléments de pensées racistes et anticolonialistes, et que chaque ligne de ce monument annonce le Vichyste fou de la suite. Parce que, contrairement à ce que postule Leys, il a une foultitude de « points de contact, de contamination » entre les opinions politiques et l’œuvre littéraire. Comment, à un autre niveau, expliquer l’admiration sans bornes que Leys a constamment voué à Jean-François Revel ? Un philosophe inclassable – il était contre l’existentialisme, le structuralisme, le lacanisme et j’en passe) – mais n’est pas Nietzsche qui veut, et un politique bien peu fulgurant qui avait rompu avec les socialistes et François Mitterrand qu’il voyait phagocytés par les communistes et qui, donc, selon lui, n’accèderaient jamais au pouvoir.

 

Il faut prendre Simon Leys (et Pierre Rickmans, mais lequel est le double de l’autre ?) comme il est : un homme à la fois brut de décoffrage qui avance avec l’assurance et le culot d’un enfant bien né, et un intellectuel d’une finesse et d’une culture immense, inquiet car, plus il apprend, plus il comprend que tout reste à découvrir.

 

Comme tous les ouvrages de Leys, celui-ci – qui n’avait pas vocation à être un livre puisqu’il s’agit d’une correspondance sur plusieurs années – est d’une richesse très stimulante. Quand il évoque les États-Unis en 2002, il reproche à Revel (une fois n’est pas coutume) de ne s’intéresser qu’aux riches, à ceux qui ont réussi. Il justifie son obsession anti-américaine : « L’Amérique est effrayante. Son déséquilibre interne me paraît extrême et entraîne, je crains, une inimaginable fragilité. Cela nous concerne de près : elle est un miroir du futur ; elle représente notre avenir, si toutefois nous avons encore un avenir. »

 

 

Si des gens de la trempe de Leys n’avaient pas le droit d’égratigner leurs collègues, le monde serait bien triste. L’ego de BHL le fait « doucement rigoler ». Il est « tout, sauf fou ou vrai » tandis que Houellebecque est « fou mais vrai ». Cela dit, ce qui domine chez Leys, c’est l’esthète, le critique et théoricien de la littérature. Il n’emporte pas toujours la conviction parce qu’il ne parle pas de nulle part et parce qu’il a ses chouchous et ses détestations, mais ce qu’il dit importe toujours : « L’art n’ayant, à strictement parler, pas de contenu moral devient aisément l’innocent otage d’idéologies perverses. » Ou encore, en poursuivant le sillon d’E.M. Forster : « Tout artiste qui accomplit une œuvre vraiment belle se rend compte qu’il n’en est pas l’auteur : il n’en est que le canal, ou le medium. Ce mot de Bernanos considérant Le Journal d’un curé de campagne (qui est effectivement un chef-d’œuvre) : « j’aime ce livre comme s’il n’était pas de moi. […] Ce que l’auteur veut dire, il peut le dire lui-même – pas besoin d’un critique pour ça. Le rôle du critique, c’est de révéler et d’expliquer tout ce que l’auteur est incapable de dire, car il l’a exprimé sans le savoir. C’est le sublime paradoxe d’Unamuno, prenant la défense de Don Quichotte CONTRE Cervantès (qui n’a pas vraiment compris son génial personnage). » Sa réflexion sur la maladresse nécessaire de l’artiste authentique est féconde : l’habileté de l’artiste est exposée au « danger de la vulgarité : la virtuosité facile, les trucs et ficelles etc. Le sommet de l’habileté, c’est de posséder une technique si parfaite que l’artiste lui-même puisse l’oublier et retrouver alors une maladresse – nourrie, elle, d’expérience, et de savoir. Cette maladresse-là est une qualité suprême et inimitable. » Ou encore ceci, même si c’est à ses yeux un peu schématique, à propos de la différence entre le romancier et l’essayiste : « La force du romancier tient dans ce pouvoir de dire bien plus (et autre chose) que ce qu’il croyait dire. La force de l’essayiste, c’est de dire clairement et complètement ce qu’il avait l’intention de dire. Chez l’essayiste, c’est l’intelligence lucide qui doit être constamment au poste de commande, et conserver le complet contrôle de l’écriture. Le poète, le romancier, lui, doit trouver le moyen de se mettre en état de disponibilité, ou de transe, ou de grâce (son intelligence doit se tenir un peu en retrait. » Raison pour laquelle, par exemple, il admire le Sartre de La Nausée alors qu’il se méfie de l’essayiste politique qui ne s’intéresse pas au « côté concret de la vie ». Ce que Sartre voit, en URSS, en Chine ou ailleurs, n’est que la confirmation d’une « vision préalable ». Pour ce qui est de la Chine, Leys a d’abord adhéré, puis il est allé voir. Ce qu’il a le plus affligé, vers la fin de sa vie, c’est la manière très orwellienne dont les autorités sont parvenues à éradiquer de la mémoire les événements de Tien'anmen, « en parvenant à les effacer des générations plus jeunes. »

 

Comme tous les anglicistes de ma connaissance – et le professeur Rickmans en fut un de haute volée – Leys adorait David Lodge, moins « génial » qu’Evelyn Waugh, mais maître, comme tant d’écrivains britanniques, dans l’art de « raconter une histoire totalement vraie. » Leys loue le réalisme des Britanniques qui n’exclut ni la poésie ni le mystère. Mais je crois que Leys se trompe quand il affirme qu’on ne sait rien de ce que pensait Shakespeare et que, par conséquent, ses œuvres « atteignent l’anonymat ». Il existe des constantes, des lignes de force qui permettent de dire, par exemple, que Shakespeare était royaliste et non républicain, qu’il reconnaissait l’ordre “ naturel ”, c’est-à-dire divin, des choses, qu’on ne pouvait pas s’en prendre impunément au souverain. Bref, et pour simplifier, qu'il était un conservateur éclairé. Comme Leys.

 

Il n’empêche : neuf fois sur dix, son jugement est d’une grande sûreté. Cocteau a écrit une cinquantaine de vers inoubliables. Leys les connaît tous :

 

Rien ne m’effraie plus que la fausse accalmie

D’un visage qui dort ;

Ton rêve est une Égypte et toi c’est la momie

Avec son masque d’or

 

 La quête morale de Leys est celle, spéculaire, de l’honnêteté. Comme Orwell, il cherche ce qu’il y a de moral dans l’autre pour être soi-même meilleur. Je retiens sa mention de Vargas Llosa, passé de l’extrême gauche à une droite dure. Il note que, dans son Dictionnaire de l’Amérique latine, le prix Nobel n’a rien renié de sa ferveur de jeune homme pour Guevara.

 

Admirer avec sagacité, critiquer avec tendresse. Tel fut son chemin.

 

 

PS : une erreur de Leys qui m’a chagriné. Orwell n’a jamais dit que, concernant le fascisant Ezra Pound, il fallait le fusiller et garder son œuvre. Son approche du poète étasunien était bien plus subtile. Pound a trahi pour des raisons de prestige, estimant que son inégalable génie n’était pas suffisamment reconnu. Il haïssait la Grande-Bretagne et les Etats-Unis et s’estimait victime d’une conspiration du monde anglophone. Orwell espérait que les autorités étasuniennes ne mettraient pas la main sur lui et ne le fusilleraient pas comme ils avaient menacé de le faire.

Partager cet article
Repost0
16 juin 2015 2 16 /06 /juin /2015 06:05

On connaît cette célèbre définition anglaise : « Football is a gentleman's game played by ruffians, and rugby is a ruffian's game played by gentlemen. » (Le football est un sport de gentilshommes joués par des voyous tandis que le rugby est un sport de voyous joués par des gentilshommes). Le sport ne sera plus traversé par la lutte des classes lorsque les poules auront des dents.

 

Le rugby à XIII est né dans le nord de l’Angleterre en 1895 d'une sécession au sein de la Rugby Football Union. Le nœud du problème était la compensation des heures de travail perdues par les joueurs, la plupart de condition ouvrière (entraînements, matchs, transport ferroviaire), ce que les clubs du sud du pays refusaient. Vingt clubs du Yorkshire et du Lancashire décident alors de payer le manque à gagner (six shillings) à leurs joueurs. Ils créent une fédération autonome, la Northern Rugby Football Union (qui deviendra en 1922 la Rugby Football League). Les joueurs sont donc désormais “ professionnels ”.

 

Issu d’une mouvance de gauche (en France comme en Angleterre), le rugby à XIII est interdit par le régime de Vichy le 19 décembre 1941. Pétain, qui signe le décret en personne veut marquer sa volonté d'éradiquer le professionnalisme dans le sport français, comme c’est le cas dans l’Allemagne nazie. Dès le 22 août 1940, Jean Ybarnegaray, président-fondateur de la Fédération française et internationale de Pelote basque, secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Famille et député du Parti social français du colonel de la Roque, avait prévenu : « Le sort du rugby à XIII est clair, il a vécu [et sera] rayé purement et simplement du sport français. »

 

En 1942, le ministre des sports Joseph Pascot (ancien international de rugby à XV et proche de René de Chambrun, le gendre de Laval) explique que sa politique est de contrôler et de diriger la jeunesse et de « mettre au pas » le monde du sport.

 

À la Libération, le rugby à XIII relance son championnat et obtient en 1946 une existence officielle à condition de s'appeler “ jeu à XIII ”. Ce changement d'appellation a des conséquences matérielles sérieuses puisque, selon une ordonnance du 7 octobre 1943 prise par le Général De gaulle, les associations supprimées retrouveront leurs biens et droits à la Libération. En raison du changement d'appellation, le rugby à XIII ne retrouvera jamais ses biens, ses stades et son argent qui reviendront en grande partie à des clubs de rugby à XV.

 

Au bout de huit années d'une procédure lancée en 1985 par Jacques Soppelsa, président de la Fédération française de jeu à XIII, la discipline retrouve son appellation « rugby à XIII » par un arrêt de la Cour de cassation du 4 juin 1993. Lorsque la procédure avait été lancée, Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby à XV, avait déclaré : « Je dis simplement ceci, et c'est un avertissement gratuit : nous ne nous laisserons pas faire ! [...] je ne veux pas la guerre, mais je vous le dis, Messieurs, que s'il faut la faire, nous la ferons totale ! Et tant pis si nous abattons la Fédération de jeu à XIII ».

 

Lorsque Jean Zay fut accueilli au Panthéon, c’est un authentique défenseur du Rugby à XIII qui fut honoré. Comme ministre de l'Education nationale de 1936 à 1939, il avait pris la défense de ce sport. C'est certainement le déclenchement de la guerre qui empêcha Jean Zay de faire reconnaître le rugby à XIII comme une discipline à part entière. Et c’est cette absence de reconnaissance qui permettra sa suppression par décret.

 

 

 

Avec la disparition de Léo Lagrange (tué sur le front en juin 1940) et de Jean Zay (assassiné par la Milice en juin 1944), le Rugby à XIII perdit ses deux meilleurs défenseurs.

 

À part Marie-Georges Buffet en mai 2000 (Ministre Jeunesse et Sport), nul ministre n'a, depuis des dizaines d'années, assisté à une finale treiziste (championnat ou coupe lord Derby). La ministre communiste avait mis sur pied une commission afin de rétablir le rugby à XIII dans ses droits. Son successeur de droite, Jean-François Lamour, enterra cette commission

 

Signalons enfin qu'aucun membre des équipes de France de Rugby à XIII (excepté Puig Aubert) n'a été, fait titulaire de la Légion d'Honneur.

 

Partager cet article
Repost0
15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 05:22

Il y a de par le monde, des routes qui tuent. Littéralement. Elle sont situées dans des endroits insensés et rien n'est fait pour protéger celles et ceux qui les empruntent. Il faut y voir, généralement, un mépris pour les gens du commun dans le mesure où des investissements souvent peu coûteux permettraient de sauver des vies.

 

Un premier exemple avec cette route chinoise de la province du Hanan. Elle est située à 120 mètres au-dessus d'un village de 300 habitants. L'endroit est très touristiques, et les touristes vraiment courageux.

Des routes qui tuent

Les Boliviens l'appellent la Route de mort. Elle relie La Paz à Coroico. Point de touristes mais des emprunteurs obligés. On compte entre 200 et 300 morts par an.

Des routes qui tuent

Des centaines de conducteurs meurent chaque année sur cette route qui relie le Sichuan (80 millions d'habitants, tout de même) au Tibet. Les conditions climatiques sont souvent épouvantables et les conducteurs subissent régulièrement des avalanches et des glissements de terrain.

Des routes qui tuent

Enfin, une petite dernière que je connais personnellement : le col du Stelvio. Le plus mythique des Alpes italiennes. À mi-chemin entre Venise et Innsbruck, à la frontière entre l'Empire austro-hongrois et le royaume d'Italie, on ne sait jamais trop si on est en Italie ou en Autriche. Je connais par cœur les 60 virages de ses 28 kilomètres d'ascension à 7%. Seul l'Iseran est plus élevé en Europe.

 

C'est le col de Fausto Coppi. Il y passa en tête devant Koblet, en 1953, pour la première escalade.

 

Quand on descend le Stelvio en voiture, on a intérêt à bien agripper la poignée de la porte. Ça vire. Mais quand on le monte à vélo, chaque 5 à 10 mètres de chaque épingle à cheveux offre un répit.

 

Partager cet article
Repost0
20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 05:27

Né en 1937, John Kennedy Toole est l’auteur d’une œuvre très originale, refusée par de nombreux éditeurs : La conjuration des imbéciles (A Confederacy of Dunces), non publiée de son vivant. Accablé parce qu’il ne parvenait pas à faire publier son livre, Toole se suicidera en 1969 à l’âge de 31 ans.

 

Dès sa publication (par un petit éditeur courageux), le livre connaît un succès phénoménal (il sera vendu à 1,5 million d’exemplaires, traduit dans 18 langues et sera couronné par le prix Pulitzer en 198)1. Heureusement peut-être, les tentatives d’adaptation au théâtre ou au cinéma échoueront toutes.

 

L’action se situe à la Nouvelle-Orléans. Le personnage principal est un étudiant en littérature médiévale, franchement parano et qui hait son époque. Il démolit tous les archétypes des Etats-Unis des années 60.

 

Le 26 mars 1969, Toole se gare sur une petite route déserte du Mississipi, s’enferme dans sa voiture et meurt empoisonné par les gaz d’échappement.

 

(Impatienta doloris)

 

 

 

 

Autre “ fou ” génial : Georg Trakl. Il naquit à Salzbourg en 1887. Avant de se suicider à 27 ans, il aura rédigé l’une des œuvres poétiques majeures du XXe siècle. La drogue, la folie, l’amour incestueux – partagé – pour sa sœur, son obsession d’une fuite vers Bornéo, le sentiment que la mort « entre à pas pourissants dans sa maison », n’empêche pas de ressentir un effroit devant la Première Guerre mondiale. Il se rate une première fois d’un coup de révolver et est interné à l’hôpital de Cracovie. Il pense qu’il va être fusillé à cause de cette tentative, et, ne voulant pas retourner vers l’horreur de la guerre (il avait été mobilisé dans les services de santé), il ingurgite une dose mortelle de cocaïne.

 

Le monde poétique de Trakl est un monde de silence, d’obscurité, de clair-obscur, où le noir peut trancher avec le rouge. C'est un monde obsessionnel où des animaux, des personnages, des paysages reviennent sans arrêt. Sa poésie est hautement symbolique, expressionniste. Le brun est associé à la nature, le blanc à la mort.

 

(Impatienta doloris/subtractio).

 

 

 

 

 

 

Autre poétesse majeure : Marina Tsvetaïeva. Elle naît en 1892 dans une famille russe aisée. Sa vie sentimentale ne sera pas des plus simples. Elle épouse un officier tsariste qui deviendra membre du NKVD avant d’être fusillé en 1941. Cela ne l’empêchera pas d’avoir des relations avec d’autres hommes (comme Ossip Mandelstam), ou des femmes (la poétesse Sophia Parnok). Après la Révolution d’Octobre, une de ses deux filles mourra de faim dans un orphelinat, où ses parents l’avaient placée… pour qu’elle ait à manger.

 

Marina va passer vingt ans en exil à Paris et à Prague. Elle entretiendra une correspondance croisée nourrie  avec Rilke et Pasternak.

 

Elle rentre en Union soviétique en 1939. Sa sœur a été arrêtée. Elle est ostracisée par le pouvoir et par l’Union des écrivains soviétiques. Après l’exécution de son mari, elle est exilée en république de Tatarie. Elle se pend le 31 août 1941 à un crochet d’une porte de hangar. Elle sera réhabilitée en 1955.

 

Malgré les vicissitudes de sa vie, Tsvetaïva  put produire une œuvre très abondante.

 

Je connais la vérité – abandonnez toutes les autres vérités !


Il n'y a plus besoin pour personne sur terre de lutter.


Regardez – c'est le soir, regardez, il fait presque nuit :


de quoi parlez-vous, de poètes, d'amants, de généraux ?



Le vent s'est calmé, la terre est humide de rosée,


la tempête d'étoiles dans le ciel va s'arrêter.


Et bientôt chacun d'entre nous va dormir sous la terre,

nous
 qui n'avons jamais laissé les autres dormir dessus.

 

En novembre 2013, le Conseil de Paris a décidé lui rend hommage en donnant son nom à la bibliothèque Glacière dans le 13e arrondissement de Paris.

 

Six de ses poèmes ont été mis en musique par Chostakovitch en 1973.

 

Le chanteur français Dominique A lui a dédié une chanson, intitulée “ Marina Tsvetaïva ”.

 

(Impatienta doloris).

 

 

Partager cet article
Repost0
16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 05:08

Quand j’étais gosse et que je regardais des films de fiction mettant en scène des résistants, j’étais frappé par un contraste, à la réflexion, inouï : des hommes et des femmes écoutaient, dans des conditions de danger gravissimes, des messages radio en provenance de Londres au contenu totalement drolatique. Il y avait un côté enfantin, potache dans l’élaboration et la réception de ces messages. Comme si on devait rire de tout mais pas avec n’importe qui.

 

J’ai retrouvé un florilège de ces messages au Centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon.

Ici Londres …
Ici Londres …
Partager cet article
Repost0
11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 05:43

Ma naissance, par une fin d’après-midi qui vit un orage se déchaîner et ma mère se libérer d’un prématuré de 7 mois qui pesait moins de 2 kilos. Cela se passa à Hénin-Liétard, dans une école primaire dont le directeur était mon grand-père. Après-guerre, dans le nord de la France, on se logeait comme on pouvait. Quelques mois après cet heureux événement, mes parents purent louer une petite maison de mineur de deux pièces, dans un coron, juste en face de la cokerie de Drocourt. Les draps blancs qu’ils faisaient sécher jaunissaient en une heure. Heureusement, une de mes arrière-grands-mères m’oxygénait dans mon landau dans le bien nommé Bois-Bernard.

 

J’ai repensé à cela en tombant sur un calendrier canadien, donc légèrement nord-américano-centré, qui recense un grand nombre des événements de l’histoire de l’humanité. Dont ceux qui se sont déroulés un 11 mai.

 

En l’an 330 naît la ville de Constantinople. Du nom de l’empereur Constantin qui veut en faire la nouvelle Rome. À noter que Constantin fait construire un hyppodrome pouvant accueillir 50 000 personnes. En 1953, le groupe des Four Lads enregistre “ Istambul  not Constantinople ”. Succès planétaire.

 

Istanbul was Constantinople

Now it's Istanbul, not Constantinople

Been a long time gone, Constantinople

Now it's Turkish delight on a moonlit night

 

 La version française dit exactement le contraire de la version en anglais (“ Istanboul c'est constantinople, Istanboul ce n'est plus l'Europe"). C’était au temps où l’on adaptait, où l’on traduisait les succès en anglais, ou en d’autres langues.

 

 

Le 11 mai 868, est imprimé le premier livre. C’est une édition par un procédé de gravure sur bois du "Sutra de diamant". Pourquoi, dans nos écoles communales, s’obstinait-on à nous à nous persuader que Gutemberg avait inventé l’imprimerie, je ne sais.

Que s’est-il passé un 11 mai ?

Le 11 mai 1745, les Français remportent la bataille de Fontenoy (dans l’actuelle Belgique). 45 000 hommes et 65 canons l’emportent sur 80 000 hommes et 80 canons. Ah mais … Le duc de Cumberland, chef de la coalition anglo-hollandaise, avait prévenu : « J'irai à Paris ou je mangerai mes bottes. » Déjà la nourriture anglaise …

 

 

Le 11 mai 1872, meurt le Premier ministre anglais Spencer Perceval. Il est le seul Premier ministre du pays à être mort assassiné. Bénéficia-t-il d’une prime pour accident du travail ? Il fut tué alors qu’il traversait le Palais de Westminster pour se rendre à un débat à la Chambre des Communes. Son assassin fut jugé et pendu sept jours plus tard.

 

 

Le 11 mai 1881 naît le physicien hongrois Theodore von Karman. Il fut un des concepteurs du premier avion supersonique, le Bell X-1.

 

 

Le 11 mai 1904 voit la naissance de Salvador Dali. Il est mondialement connu et reconnu à l’âge de 28 ans. À quarante ans, il est toujours aussi génial, mais avec sa femme, il fait tant de commerce (à défaut de faire l'amour) que Breton le surnomme “ Avida Dollars ”. À 76 ans, il est atteint par la maladie de Parkinson. Il meurt à 84 ans. Sa fortune est pillée. Il considérait que les mouches étaient « les fées de la Méditerranée ».

 

 

Jacqueline Cochran est née le 11 mai 1906 en Floride. Elle est la première femme à réussir un atterrissage sans visibilité et à franchir le mur du son en 1953.

 

 

Le 11 mai 1914, la fête des Mères est célébrée pour la première fois. Elle a pour origine les États-Unis. C'est à Anna Jarvis (1864-1948), originaire de Grafton en Virginie de l'Ouest, dont la mère est morte à Philadelphie le 9 mai 1905, qui la mit en œuvre.

 

 

Le 11 mai 1927, est fondée l'“ Academy of Motion Picture Arts and Sciences ”. L'académie attribue des "Oscar"
aux films, acteurs ... choisis par les membres de l'académie. L’entre-soi. Le trophée représente un chevalier sur un socle, debout sur une bobine de film et tenant une épée dans ses mains gantées.

 

 

Le 11 mai 1942, des sous-marins allemands remontent le Saint-Laurent. Cela n'est en rien le résultat d'un plan établi par la marine allemande : suite à des pannes de machines, un U-boat est entré dans le Golfe du Saint-Laurent afin d'effectuer des réparations et de trouver des cibles faciles.

 

 

Le 11 mai 1946 voit la naissance de Robert Koffler Jarvik, chirurgien étasunien. Il est l'inventeur du premier cœur artificiel implanté à titre permanent.


Que s’est-il passé un 11 mai ?

Le 11 mai 1947, Enzo Ferrari lance son premier prototype dans une course automobile. Jusqu’alors « Il commandatore ” travaillait pour Alfa Romeo.

 

 

Le 11 mai 1960, mort de John Davison Rockefeller Junior. Durant la crise il avait construit le Rockefeller Center, ce qui fit de lui le plus grand propriétaire de bureaux du pays. Il fit don du terrain où fut érigé le siège des Nations Unies. Son père s’appelait John Davison Rockefeller. Ah, la monarchie ! Il avait fait fortune dans le pétrole (Standard Oil).

 

 

Le 11 mai 1960, Les services secrets israéliens enlèvent en Argentine Adolf Eichmann. Il avait été le responsable de la “ solution finale ” appliquée aux Juifs d'Europe. Son exfiltration avait été rendue possible grâce à un moine franciscain et un évèque allemand. Avant cela, il était resté dans la clandestinité pendant cinq ans, en Allemagne et en Italie. Le gouvernement de l’Allemagne fédérale, ainsi que la CIA, connaissaient, dès 1952 (1958 pour la CIA), la localisation et le pseudonyme sous lequel se cachait Eichmann (Ricardo Klement), mais ils ne le révèlent pas pour raison d'État. Il vivait à Buenos Aires, sous le nom de Ricardo Clément, avec sa femme et ses trois fils. Eichmann sera condamné à la pendaison le 11 décembre 1961 et exécuté le 31 mai 1962 après un jugement en appel.

 

 

Le 11 mai 1973, l’acteur Lex Barker meurt à 54 ans. Il avait succédé à Johnny Weissmuller comme dixième Tarzan. Il avait tenu un petit rôle dans La dolce vita en 1960. En Allemagne de l’Ouest, il fut un acteur culte.

 

 

Le 11 mai 1981, Bob Marley meurt d'un cancer au cerveau à l'âge de 36 ans. Par son père, il avait du sang anglais, juif et syrien.

 

 

Le 11 mai 1996, un DC9 s’écrase en Floride : 110 morts. Un incendie avait été causé par le déclenchement d'anciennes cartouches d'oxygène, ayant entraîné un incendie, embarquées illégalement par la société chargée de l'entretien des appareils. Des bouchons sur les 48 cartouches auraient permis d'éviter la catastrophe.

 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de Bernard Gensane
  • : Culture, politique, tranches de vie
  • Contact

Recherche

Articles Récents

  • Le lycée Jean Moulin de Lyon s'engage pour le climat...
    ... Par le biais d'une campagne qui ne m'a pas vraiment convaincu. L'auteur de cette campagne est le photographe grec Mikhail Karikis. Il s'exprime ici avec mesure et passion. Je vous laisse découvrir des slogans très creux, passe-partout, tautologiques,...
  • Des déclarations et agissements scandaleux dans une université française
    Source : communiqué de la CGT Rétablissons la vérité face à des déclarations indignes de l’Université française. La Présidence a ainsi fait rentrer la police dans l’enceinte de l’Université. Un blocage avait été décidé par des étudiantes et étudiants...
  • Note de Lecture 196
    Ahmed Alnaouq et Pam Bailey. Nous ne sommes pas des chiffres. Les voies de le jeunesse de Gaza. Éditions Demi-Lune, Collection Résistances, 29710 Plogastel Saint-Germain. Rarement un livre m’a ému à ce point. Nous entendons ici les voix de la jeunesse...
  • Revue de Presse 628
    Selon le World Socialist Website, près de 1 000 gardes privés armés ont été déployés dans des établissements postaux aux États-Unis. Ce déploiement intervient dans le contexte des attaques incessantes de Trump contre le vote par correspondance. Un décret...
  • Sur les hauteurs, mais aussi en plaine !
    FORMIDABLE BATAILLE PIANISTIQUE AVEC LANG LANG !
  • De quoi la sûreté ferroviaire est-elle le nom ?
    Lorsque j’étais étudiant un peu avant et un peu après 1970, je prenais très fréquemment le train depuis la gare d'Amiens. À l'époque dans ce type de gare de grandes villes, il n'y avait pas un seul policier, gendarme ou autre agent de sécurité. Sauf,...
  • Horreur Zunienne !
    Christa Pike : la condamnée à mort a survécu à deux injections létales, après un ultime sursis annulé. Cette femme de 50 ans respirait encore après avoir reçu deux doses de Pentobarbital, ont annoncé ses avocats, qui ont ajouté : “ Christa reçoit des...
  • Et une photo qui ment, une !
    Cette photo a fait le tour du monde et a fait pleurer dans bien des chaumières, pas que chez les Zuniens. Elle fut récompensée – c’était la moindre des choses – par un prix Pulitzer. Nous sommes le 17 mars 1973 sur la base aérienne Travis en Californie,...
  • Connaissez-vous Séraphine Louis ?
    Son destin n’est pas sans rappeler celui de Camille Claudel . Elle naquit dans l’Oise le 3 septembre 1864. Son père était ouvrier journalier et sa mère était issue d’une famille de petits paysans. Elle perd sa mère le jour de son premier anniversaire...
  • Les cages de torture de Trump pour les immigrés : quand Guantanamo débarque aux États-Unis
    Par Jacob Crosse pour le World Socialist Website Dans un rapport daté du 11 septembre et rendu public lundi, le Bureau de l’inspecteur général du département de la Sécurité intérieure a documenté l’utilisation de cages de torture métalliques contre des...