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17 juin 2025 2 17 /06 /juin /2025 05:01

Propos recueillis en 2004 par Antony Burlaud, Savoir/Agir n° 54

 

Savoir/ Agir : Parler de ton parcours, c’est évoquer une vie d’intellectuel, et une pratique continue de l’écriture. Première question : ce statut d’intellectuel, cette familiarité avec (et ce goût de) la chose écrite, ont-ils été une conquête ou un héritage ?

Bernard Cassen : Pendant des décennies, j’ai effectivement passé beaucoup de temps à écrire : des livres, des articles, des préfaces, des traductions, des discours, des motions, des comptes rendus, des communiqués, et j’en passe… Très tôt, j’ai eu conscience du poids des mots, de leur capacité de structurer le réel ou de le faire émerger. J’ai pu voir à quel point la maîtrise de la langue était un outil inestimable dans les relations personnelles et sociales. Mais ce n’était pas ma motivation première : je prenais tout simplement plaisir à « habiter » la langue française. J’aimais les dictées et j’avais généralement un dictionnaire à portée de la main. Mon implication dans les combats pour le français et la francophonie vient donc de loin, du temps de l’école primaire !

Pour répondre plus directement à ta question, je dirais que mon rapport à l’écrit n’est pas un héritage familial, il s’est formé au fil des années. Ce n’est pas non plus une conquête au sens militaire du mot car, dans ce domaine, je n’ai jamais rencontré d’obstacle dans mon parcours.

Savoir/ Agir : S’il n’y a pas eu d’« obstacle » dans ton parcours scolaire et académique, il y a eu, assurément, des étapes. Peux-tu les rappeler ?

Bernard Cassen : Je suis titulaire du certificat d’études primaires élémentaires et d’un doctorat d’État en civilisation britannique. Entre les deux, j’ai passé le brevet, le bac, la licence, la maîtrise, le CAPES et l’agrégation d’anglais. Pourquoi le « certif » ? Dans les années 1950, c’était encore le diplôme terminal de la majorité des jeunes des milieux modestes. Pour les meilleurs élèves des écoles primaires, repérés par les instituteurs, il existait cependant une possibilité de continuer des études après l’obtention du certificat. C’était soit le lycée, auquel on pouvait accéder via le concours d’entrée en sixième, soit les écoles dites « cours complémentaires » qui prolongeaient les enseignements du primaire de la sixième à la troisième, mais avec un encadrement composé d’instituteurs triés sur le volet, et non pas de profs du secondaire. J’avais été reçu au concours, mais mes parents avaient dû renoncer à me faire entrer au lycée car ils n’avaient pas les moyens d’acheter les manuels de la classe de 6ème. Je me suis donc retrouvé dans le cours complémentaire de garçons Carnot à Argenteuil (Val d’Oise). À Carnot, j’ai eu la chance d’avoir des enseignants qui m’ont d’office inscrit au concours d’entrée à l’école normale d’instituteurs de Versailles. J’y ai passé trois ans : les classes de seconde, de première et de terminale, et j’ai obtenu le bac. Ensuite, j’aurais dû faire une quatrième année de formation professionnelle pour devenir instituteur. Là encore, je n’ai pas eu à me poser de questions sur mon avenir. Sans que je demande quoi que ce soit, ce sont les profs de Versailles qui m’ont exfiltré (avec une bourse d’études) vers une classe prépa au lycée Chaptal à Paris. Puis, j’ai suivi les cours d’agrégation à l’Institut d’anglais de la Sorbonne. Ma baraka ne m’a pas déserté : j’ai été reçu premier au concours d’agrégation en 1961, puis nommé au lycée Henri IV à Paris. Pas pour longtemps, car j’ai ensuite été nommé assistant à la Sorbonne en 1963, sans avoir fait acte de candidature. De l’école Carnot au Quartier latin, j’ai en quelque sorte été pris en charge par la main invisible de l’école républicaine qui m’a fait gravir sans encombre les premiers étages de l’ascenseur social. Ce qui me frappe rétrospectivement, c’est qu’à aucun moment je ne me suis préoccupé du « jour d’après » la réussite à un diplôme ou un concours.

Savoir/ Agir : Ce moment de la formation universitaire est-il aussi, pour toi, le moment de la formation politique ?

Bernard Cassen : Ma formation politique a commencé avant l’université, et sur le tas, à Argenteuil où j’habitais. Mon père, employé à EDF, était membre du Parti communiste et de la CGT. Il était également conseiller des Prud’hommes où il avait une réputation de « dur » face au patronat. Je le revois encore tenant chaque dimanche matin sa table de vente de L’Humanité dimanche près du marché. C’est dans ce contexte militant, plus que dans la lecture des classiques du marxisme, que s’est développée en moi une conscience de classe qui ne m’a jamais quitté. Ma relégation dans un cours complémentaire – alors que j’avais été reçu au concours d’entrée au lycée – ne pouvait qu’alimenter mon sentiment d’injustice ! Pour autant, vu mon parcours, j’aurais trouvé indécent de me la jouer damné de la terre.

À partir du milieu des années 1950, ma conscience politique s’est déplacée d’un anti-capitalisme surtout théorique (les Trente Glorieuses anesthésiaient les luttes sociales) à un anticolonialisme qui s’exprimait dans les campagnes pour la paix au Viet Nam et en Algérie.

Je n’ai jamais été porteur de valises, mais j’ai participé à la plupart des grandes manifestations pour la paix et contre l’OAS, y compris à celle du 8 février 1962 au métro Charonne où la police, sous les ordres du préfet Papon, massacra huit manifestants. J’ai eu une sacrée chance de ne recevoir qu’un coup de matraque ce soir-là…

De 1959 à 1961, pendant les trois années (de la licence à l’agrégation) où j’ai suivi des cours à la Sorbonne, j’ai été membre (disons plutôt simple cotisant) de l’Unef sans y exercer des responsabilités.

Savoir/ Agir : As-tu – comme ton père, et comme beaucoup d’intellectuels de gauche à l’époque – pris ta carte au PCF ?

Bernard Cassen : Non. On m’a souvent demandé pourquoi je n’avais pas adhéré au PC. D’une part, je n’étais pas d’accord avec son alignement sur l’URSS. D’autre part, j’étais allergique au centralisme démocratique et à la discipline de parti, et j’en aurais vraisemblablement été exclu très vite. Le statut informel de « compagnon de route » du PC me convenait parfaitement. J’étais dans la position confortable de celui qui peut choisir ses engagements, tout en étant adossé à la capacité de mobilisation du parti. Mais j’ai toujours eu une grande admiration pour les militants du PC, pour leur courage, leur sérieux et leur abnégation.

Savoir/ Agir : À la fin des années 1960, tu vas jouer un rôle clef dans la création de l’université de Vincennes. Comment le jeune angliciste que tu étais se retrouve-t-il embarqué dans cette aventure ?

Bernard Cassen : Aucune université n’a été aussi médiatisée que celle de Vincennes, tant elle a multiplié les innovations en tout genre. Sa création elle-même a dérogé aux règles administratives et comptables les plus élémentaires et donné pendant quelques mois de considérables pouvoirs à trois enseignants qui se trouvaient être « the right people in the right place and at the right time ». Il s’agissait de trois anglicistes : Pierre Dommergues, familier des universités américaines, Hélène Cixous et moi. On était en juillet 1968, juste après Mai. Le pouvoir gaulliste, craignant une rentrée chaotique, avait décidé de faire quelque chose pour les universités. Le ministre de l’éducation nationale, Edgar Faure, avait constitué une commission chargée de lui faire des propositions, et dans laquelle figurait le doyen de la Sorbonne nouvellement élu, Raymond Las Vergnas, par ailleurs angliciste lui aussi. La commission avait débouché finalement sur la création de deux universités à part entière : les futures Dauphine et Vincennes, cette dernière bénéficiant du statut de « Centre expérimental ». Las Vergnas fut nommé par le ministre chargé de mission pour le créer. Vu la charge de travail que cela représentait, Hélène Cixous, très proche de lui, lui suggéra de se faire représenter à la commission par Pierre Dommergues dont elle était également très proche. À son tour, Pierre me proposa de me joindre à lui pour cette aventure. Ce que j’acceptai. C’est ce trio ne détenant aucun mandat officiel et s’abritant derrière celui de Las Vergnas qui est devenu l’interlocuteur du ministère, des prestataires de services et des entreprises opérant jour et nuit sur le chantier de la future université dans le bois de Vincennes. En fait, Hélène n’était pas intéressée par les questions d’intendance et se cantonnait aux contacts intellectuels, plus valorisants pour elle. Pierre et moi avons ainsi été amenés à décider de tout, de la taille des amphis à l’implantation de la crèche. Nous prenions des engagements financiers considérables en ne sachant pas si nous pourrions vraiment les tenir. Évidemment, nous activions aussi nos réseaux, y compris, dans mon cas, les réseaux politiques et syndicaux.

Savoir/ Agir : Racontée ainsi, la chose semble relever du miracle. J’imagine pourtant qu’il y a eu des difficultés…

Bernard Cassen : En effet, fin août, le projet Vincennes fut à deux doigts de capoter. La raison ? La rupture intervenue entre mes deux collègues. En guise de représailles, Hélène demanda à Las Vergnas de nous retirer le mandat officieux que nous nous étions attribué. Le coup était rude, nous n’étions plus rien dans le dispositif Vincennes. Surtout, c’est le projet qui, sans notre « force propulsive », risquait de se banaliser, de perdre son caractère expérimental et même d’être placardisé. Le ministère avait compris que la rentrée ne serait pas nécessairement chaude et qu’il pourrait peut-être se dispenser de créer une université en catastrophe.

J’ai pensé qu’il y avait quand même une carte à jouer : rechercher un accord avec le PC pour sauver la Vincennes que nous étions en train de bâtir. Tout reposait sur Las Vergnas, qui avait absolument besoin du soutien du parti (via le Snesup) pour rester doyen de la Sorbonne face aux mandarins de droite qui le détestaient. Les bases d’un accord étaient donc simples : le Snesup confirmait son soutien à Las Vergnas qui nous remettait en selle. En contrepartie, nous faisions nommer une douzaine de profs communistes dans la nouvelle université. Chacun a respecté sa parole et, au grand dam d’Hélène, Pierre et moi sommes revenus à la barre. L’affaire fut bouclée en moins d’une semaine. Sans la confiance personnelle dont je bénéficiais à la direction du PC, les choses auraient été plus compliquées. Bien qu’elle n’ait pas hésité à mettre en danger le projet Vincennes pour des raisons strictement personnelles, Hélène Cixous en a constamment revendiqué la paternité exclusive. Ni Pierre de son vivant, ni moi n’avons jamais voulu la suivre sur ce terrain.

Savoir/ Agir : Il y a, autour de Vincennes, toute une légende. Toi qui y as enseigné, quel souvenir en gardes-tu ? Et quels bilans – intellectuel, politique… – en tirerais-tu ?

Bernard Cassen : Pendant une quinzaine d’années, j’ai fait partie des instances de gestion de l’université, en même temps que du département d’études des pays anglophones initialement appelé département d’anglo-américain. Accepter une responsabilité de direction au niveau central relevait un peu du sacerdoce. Il fallait par avance se préparer à des interventions intempestives d’étudiants dans les cours, des occupations de locaux, voire des séquestrations. Chez les profs, le clivage principal opposait deux ensembles : d’un côté ceux que l’on appelait les « gauchistes » (mais dont seulement un très petit nombre étaient des militants d’extrême-gauche) rejoints par des enseignants de droite ou de gauche soudés par l’anticommunisme ; d’un autre côté, le reste des profs, plus nombreux, dont les communistes. Je me situais dans cet ensemble. Chez les étudiants, le ton était donné par les maos de la Gauche prolétarienne, experts en manipulation des assemblées générales. Tout cela ressemblait à du théâtre avec ses rituels, et il ne fallait pas prendre au premier degré les affiches du style « À mort Cassen ». En fait, il y a eu très peu de violences physiques à Vincennes.

Il est difficile de faire un bilan global des expériences de ce centre expérimental. Les méthodes pédagogiques variaient d’un département à l’autre et également d’un prof à un autre. Mais quelle que soit leur discipline, ils ont tous immédiatement vu la différence avec les autres universités : ils avaient devant eux un public nettement plus âgé que celui qu’ils avaient pu connaître auparavant. Il comprenait en effet beaucoup de salariés, dont certains non-bacheliers. Outre cette conquête qui s’est généralisée par la suite au niveau national, que retenir de mes années Vincennes ? Principalement, une atmosphère de liberté, des rapports moins formels entre étudiants et enseignants, la présence de nombreux collègues étrangers qui ont fait de Vincennes une université-monde. J’ai cependant regretté le comportement de certains profs, parmi lesquels des stars de leur spécialité. Dans les années 1970, il s’en est trouvé un petit nombre pour cautionner le trafic de drogue dans les amphis et pour inscrire dans la liste des reçus à une unité de valeur les noms d’étudiants qu’ils n’avaient jamais vus. J’ai toujours eu horreur de la démagogie, quitte à me faire huer dans une assemblée générale.

Savoir/ Agir : Pendant ces années 1960 et 1970, tu enseignes l’anglais, mais tu développes une autre passion : l’espagnol. D’où te vient ce goût, qui va en quelque sorte « t’arrimer », et pour longtemps, à l’Amérique latine (hispanophone, mais aussi lusophone) ?

Bernard Cassen : En 1958, j’ai commencé à apprendre l’espagnol dans la rue, d’abord en Espagne, puis en Amérique latine, muni d’un dictionnaire et d’une grammaire. J’avais, en effet, à me présenter à une épreuve de deuxième langue pour boucler ma licence d’anglais et j’avais décidé d’aller passer le mois de juillet en Espagne. Je m’étais mis sur les traces d’Ernest Hemingway après avoir vu le film tiré de son roman Le Soleil se lève aussi, qui se déroule pendant les fêtes de la San Fermin à Pampelune. Je suis ainsi entré dans l’univers de la langue espagnole ; je m’y suis senti immédiatement chez moi.

J’ai fait mon premier voyage en Amérique latine en 1971 : un périple de deux mois dans une dizaine de pays, qui avait commencé par le Mexique, pour se terminer en Uruguay. J’étais alors président d’une association d’échanges internationaux, Inter-Échanges. Sous l’empire de la nécessité, j’ai dû mobiliser ce qui restait de mes compétences en espagnol et je m’en suis tiré finalement pas trop mal.

Plusieurs facteurs jouèrent un rôle important. Le premier est la proximité culturelle entre une partie de l’Espagne et le Sud-Ouest français. Mes parents étaient landais et j’avais de la famille à Mont-de-Marsan, à Dax, à Tarnos, à Hendaye et à Bayonne, ma ville de prédilection avec Biarritz où je passe régulièrement une partie de mes vacances. Dans les années 1950, tous (y compris moi) parlions encore ou comprenions ce que nous appelions le patois, en fait une variété du gascon (rien à voir avec le basque).

Savoir/ Agir : Je suppose qu’il y avait aussi, dans ton tropisme sud-américain, une composante politique.

Bernard Cassen : Bien sûr. Mon rapport à l’Amérique latine s’est construit largement à travers le prisme de problématiques politiques françaises. Exclue du pouvoir à Paris depuis la création de la Vème République, la gauche du Programme commun avait reporté ses espoirs sur la victoire dans les urnes de Salvador Allende et de l’Unité populaire au Chili. Le 11 septembre 1973, le coup d’État du général Pinochet la plongea dans un véritable deuil qui se prolongea pendant plus d’une décennie avec les dictatures militaires en Argentine et en Uruguay. Il a fallu attendre les années 2000 pour que la gauche latino-américaine redevienne porteuse d’espoir avec, comme figures emblématiques, Lula au Brésil, Evo Morales en Bolivie, le sous-commandant Marcos au Mexique, Rafael Correa en Equateur, Hugo Chavez au Venezuela et Fidel Castro comme référence commune. J’ai eu le privilège de les rencontrer et je ne m’étonne pas que les États-Unis aient voulu leur peau, notamment en ce qui concerne ces deux visionnaires hors du commun qu’ont été Fidel et Chavez.

Comme avec Salvador Allende et l’Unité populaire, le débat politique français a largement puisé dans le répertoire des expériences latino-américaines. À droite, où les mots « Venezuela » ou « Chavez » ont été érigés en épouvantails, mais aussi dans une partie de la gauche qui a fait de même et rendu les armes. Dans leur grande majorité, et parfois sans craindre les fake news, les médias ont relayé les campagnes de déstabilisation concoctées à Washington contre les gouvernements progressistes du sous-continent. Dans la période récente, ils ont adapté leur vocabulaire au contexte français en faisant un large usage du qualificatif fourre-tout – et infamant à leurs yeux – de « populisme ». Déconstruire ce bourrage de crâne est une tâche à laquelle, avec Ignacio Ramonet, avec Maurice Lemoine, ancien rédacteur en chef du Diplo, avec Christophe Ventura, entre autres, j’ai participé en veillant à rester dans les clous de l’honnêteté intellectuelle.

J’ajouterai, pour finir d’expliquer mon « tropisme » latino-américain, un autre facteur, l’Espagne : je vivais les victoires remportées par les gauches latino-américaines, même transitoires, comme autant de revanches rétrospectives sur la dictature franquiste.

Savoir/ Agir : C’est encore dans ces années 1960 et 1970 que tu entres en journalisme. À quels motifs obéissait cette bifurcation ? La carrière universitaire ne te suffisait-elle pas ?

Bernard Cassen : Je ne raisonnais pas en termes de carrière, mais en termes de capacité d’influence et de conviction. Je me trouvais intellectuellement à l’étroit dans l’anglicisme, tout en y acceptant des responsabilités, notamment en étant élu au Conseil national des universités.

Savoir/ Agir : Comment es-tu entré au Monde diplomatique ? Et quel était l’esprit du journal, à l’époque ?

Bernard Cassen : À sa création en 1954, le Diplo était un simple supplément mensuel de politique étrangère du Monde. Nommé à sa tête en 1973, Claude Julien en a rapidement fait un journal à part entière avec sa ligne propre et sa petite équipe de collaborateurs permanents ou semi-permanents dont les premiers étaient deux universitaires : Ignacio et moi.

J’avais déjà un pied dans la maison (ce dont j’étais très fier !) car, depuis 1967, je collaborais au Monde des livres, supplément hebdomadaire du quotidien, dans lequel je suivais particulièrement l’actualité littéraire anglaise. C’est Claude Julien, alors chef du service étranger du quotidien, qui m’avait recommandé comme pigiste à Jacqueline Piatier, responsable de ce supplément. En 1973, et, à mon grand regret, j’ai dû choisir entre Le Monde des livres et Le Monde diplomatique. Il n’y avait pas photo ! Dans le Diplo, je n’avais plus de limites géographiques ou thématiques pour le choix des collaborateurs et des sujets. Avec Claude Julien, Micheline Paunet (rédactrice en chef adjointe), Ignacio et moi, nous nous partagions le monde…

Savoir/ Agir : Tu as évoqué, en même temps qu’Allende, l’Union de la gauche française. Comment te situais-tu par rapport à cette dynamique ?

Bernard Cassen : Comme la plupart de mes amis, j’ai toujours voté à gauche. J’ai donc jubilé quand le programme commun a été signé en juillet 1972, et je me souviens bien d’un meeting enthousiaste auquel participaient François Mitterrand, Georges Marchais et Robert Fabre. L’heure de la gauche semblait venue, mais il fallut attendre 1981 pour qu’elle arrive au pouvoir.

Cette victoire a eu des conséquences presque immédiates pour moi : Jean-Pierre Chevènement, nouveau ministre de la recherche et de la technologie, me proposa de prendre la direction de la Mission interministérielle de l’information scientifique et technique, la Midist, qui entrait dans ses attributions. Cette structure d’une trentaine de collaborateurs avait un triple objectif : élaborer et impulser une politique nationale et internationale de l’information scientifique et technique ; développer la culture scientifique et technique ; promouvoir le français comme langue scientifique.

Savoir/ Agir : Tu t’es donc retrouvé projeté dans l’appareil d’État. Comment as-tu vécu cette expérience ?

Bernard Cassen : Je découvrais un nouveau métier. C’est tout juste si je savais qu’un serveur n’était pas nécessairement un salarié de la restauration ! Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans un environnement dont je n’avais qu’une connaissance très limitée et dans lequel mes interlocuteurs étaient les patrons des grands organismes de recherche, plusieurs ministères, les sociétés savantes, des entreprises et des élus.

Mais, se dirent certains, que diable venait faire un angliciste dans ce poste où l’on attendait normalement un profil un profil d’X, des Mines ou de Centrale ? J’ai pris un gros risque en l’acceptant, mais je ne pouvais pas refuser une telle offre. Pour me convaincre, Chevènement m’avait dit, en plaisantant à moitié, que cela me permettrait de faire avancer la cause du français langue scientifique et, au-delà, celle de la francophonie dont nous étions des militants de longue date. Je l’avais rencontré plusieurs fois dans des colloques et dans des réunions dans la mouvance du CERES, et je me retrouvais dans ses analyses et dans ses propositions. J’ai pu apprécier sa vision d’état-major, son absence de sectarisme dans le choix de ses collaborateurs et sa capacité de mobilisation de la communauté scientifique et de l’opinion pour faire de la recherche une grande cause nationale. Et c’était un lecteur assidu du Monde diplomatique !

De novembre 1981 à juillet 1985, la Midist a été un grand moment de ma vie professionnelle. J’ai eu la chance de pouvoir m’entourer de collaborateurs brillants, de disposer de budgets non négligeables pour nos actions et de bénéficier de la confiance de Chevènement jusqu’à son départ du gouvernement en 1983. Pendant ces années, j’ai pu voir de près les rouages de la haute fonction publique et comment on peut animer une équipe de fonctionnaires. Signe qui ne trompe pas à cet égard : trente-cinq ans après mon départ de la Midist, une bonne partie des anciens se retrouvent toujours régulièrement pour un repas amical…

Savoir/ Agir : Après ton départ de la Midist, tu reviens à la vie universitaire et explore de nouvelles thématiques en créant l’Institut d’Études européennes. Pourquoi ?

Bernard Cassen : De toute manière, mon poste à la Midist dépendait des alternances politiques, et la droite revenue au pouvoir en mars 1986 n’avait aucune raison de me faire un cadeau que je n’aurais pas accepté. Pas principalement pour des motifs politiques, d’ailleurs, mais parce que je voulais me consacrer prioritairement au Diplo et aussi à l’université. Pourquoi ? Pour prendre en compte la montée en puissance de la question européenne dans les affaires publiques, que nous avions quelque peu négligée. En 1986 est ratifié par le Parlement l’Acte unique européen, dans l’indifférence presque générale. En revanche, le traité de Maastricht adopté de justesse par référendum en 1992 fait l’objet de débats qui inaugurent des visions critiques de la construction européenne. La victoire du « non » au référendum du 29 mai 2005 sur le Traité constitutionnel européen en sera la manifestation la plus spectaculaire.

C’est pour accompagner cette évolution que Mireille Azzoug et moi créons à Paris 8 (Vincennes), en 1992, un Institut d’études européennes (IEE). Mireille en assurera efficacement la direction jusqu’à sa retraite, et Edith Cresson acceptera pendant 20 ans de présider son conseil d’administration. Une des originalités de l’IEE est son pluralisme idéologique, alors que la majorité des enseignements sur l’Europe dans les universités françaises semblent sortir tout droit d’une filiale de la Commission européenne. Ce n’est évidemment pas mon cas, et les papiers que je publie alors dans le Diplo ou ailleurs passent mal à Bruxelles… Il faut croire cependant que l’information circule mal au sein de la Commission ou bien que l’on n’y lit pas les dossiers, puisque, il y a quelques années, une de ses structures m’avait attribué une « chaire européenne Jean-Monnet »…

Au Diplo également, il nous fallait mieux prendre en charge les affaires européennes en ne nous laissant pas enfermer dans les questions techniques et institutionnelles, tout en les maîtrisant au moins aussi bien que ceux qui nous critiquaient dans les structures communautaires, dans les administrations et dans les départements de droit et d’économie des universités. Mine de rien, cela implique un travail considérable, et qui n’est jamais achevé. À partir du milieu des années 1980, je serai un peu le « Monsieur Europe » du Diplo. Anne-Cécile Robert est venue ensuite renforcer ce pôle au sein de la rédaction.

Savoir/ Agir : Dans les années 1990, on peut dire que le Diplo travaille à « réarmer » intellectuellement une gauche désorientée par l’expérience Mitterrand, la fin de la logique des blocs, l’offensive néolibérale…

Bernard Cassen : Oui, on peut faire cette lecture, même si nous n’avons jamais ambitionné le statut de maîtres à penser. Claude Julien avait intitulé un de ses livres Le Devoir d’ irrespect et cette formule définissait bien notre démarche commune. Il s’agissait de remettre en question les idées dominantes dans tous les domaines, et d’abord le néocolonialisme, l’impérialisme, l’atlantisme, et plus tard le néolibéralisme, l’européisme béat et le conformisme médiatique. Je te rassure : nous n’utilisions ces mots en « isme » qu’avec la plus extrême parcimonie, en sachant qu’un bon reportage peut être aussi parlant qu’un long développement théorique.

Au fil des années, le Diplo a élargi son lectorat autant par la qualité de son contenu éditorial que par l’absence de concurrents sur son créneau. Pratiquement tous les médias généralistes sont aujourd’hui entre les mains de milliardaires qui, comme Vincent Bolloré, sèment la terreur dans des rédactions insuffisamment dociles à leurs yeux. Finalement, il est rassurant de voir qu’une entreprise de presse comme Le Monde diplomatique peut être en très bonne santé financière, ce qui constitue une des garanties de son indépendance.

Savoir/ Agir : Cette indépendance du Diplo (qui était à l’origine, tu l’as dit, un supplément duMonde) a été consolidée au milieu des années 1990. Et tu as été, alors, l’un des artisans de cette prise d’autonomie.

Bernard Cassen : Oui, nous avons négocié les structures de la société qui gère le Diplo avec Jean-Marie Colombani, lorsqu’il était directeur du Monde. Le capital de cette structure est détenu à 51 % par le groupe Le Monde, à 24 % par l’association Günter Holzmann (AGH), dont font partie tous les personnels du Diplo, et à 25 % par l’association Les Amis du Monde diplomatique (AMD) qui regroupe environ 4 000 lecteurs organisés en groupes locaux, et dont la mission est de contribuer à la mise en débat des analyses du journal, ainsi qu’à sa diffusion. Cette architecture est un cas unique dans le paysage médiatique français. Les personnels du journal et les lecteurs y détiennent conjointement 49 % des actions et c’est l’AGH qui, statutairement, désigne le directeur du mensuel (et non pas l’actionnaire majoritaire). Il faut reconnaître que cet actionnaire a toujours joué le jeu et n’a jamais tenté d’infléchir la ligne du mensuel.

Savoir/ Agir : Peux-tu dire un mot du duo que tu formes, alors, avec Ignacio Ramonet ?

Bernard Cassen : C’est Claude Julien qui m’avait fait connaître Ignacio lors d’un dîner chez lui au moment où, en janvier 1973, il prenait la direction du Diplo et constituait avec nous sa petite équipe. Nous étions rapidement devenus non seulement des collègues, mais aussi des amis et, pendant presque un demi-siècle, il n’y a pas eu la moindre anicroche entre nous. Nous étions (et sommes restés) à la fois intellectuellement complices et complémentaires. J’étais impressionné par sa culture, notamment scientifique, la clarté de ses analyses géopolitiques et son acharnement documentaire quand il relisait un papier ou une carte. Je partageais sa vision du monde et sa rigueur dans le traitement de l’information. Et j’apportais un « plus » : mon expérience de l’organisation acquise dans mes fonctions de direction à l’université et dans la haute administration, ainsi que ma connaissance des milieux politiques et des mouvements sociaux, et pas seulement en France. Autant dire que cette expérience s’est révélée décisive dans la naissance de l’association Attac et celle du Forum social mondial (FSM).

Savoir/ Agir : En effet, c’est Ignacio Ramonet et toi qui « inventez » Attac. D’où vient l’idée, quel est le projet ? Et comment trouve-t-il une traduction concrète ?

Bernard Cassen : Tout est parti d’un éditorial d’Ignacio intitulé « Désarmer les marchés » et publié dans le numéro de décembre 1997. Il analyse le rôle prédateur de la finance et suggère la création d’une association qui s’appellerait Attac et militerait pour une taxation des mouvements de capitaux spéculatifs dont les produits seraient affectés à des projets sociaux, éducatifs, environnementaux et de santé publique à l’échelle planétaire. C’était la fameuse taxe Tobin, du nom d’un prix Nobel d’économie américain très connu.

Deux ou trois jours après la sortie du journal, énorme surprise : nous commençons à recevoir des lettres, messages et coups de fil nous demandant de créer l’association Attac, ce que nous n’avions jamais envisagé ! En quelques semaines, ce sont plusieurs milliers de lecteurs qui nous somment de passer à l’acte. Nous n’avons plus le choix. Malgré les réserves de certains d’entre nous, la décision est prise de lancer Attac, et c’est moi qui suis à la manœuvre. Après quelques consultations, je prépare un projet de statuts originaux : peuvent devenir membres des adhérents individuels et des personnes morales (syndicats, autres associations, entreprises, journaux proches du Diplo). C’est ainsi que se retrouveront autour de la même table lors des conseils d’administration, entre autres, des composantes de la FSU, de la CGT, de Solidaires, la Confédération paysanne, l’association Raisons d’agir devenue Savoir/Agir, le Mrap, le DAL, Charlie Hebdo. Autre innovation : la mise en place d’un conseil scientifique – essentiellement composé d’universitaires et de chercheurs – qui peut être saisi ou se saisir pour produire des textes ou des livres sur les thématiques d’Attac. Ignacio sera nommé président d’honneur et moi élu président tout court. Je resterai cinq ans à la tête d’Attac et je continuerai à siéger dans son Bureau pendant toute la mandature de mon successeur Jacques Nikonoff. Je suis toujours membre de l’association.

Savoir/ Agir : Il n’est pas question de retracer ici toute l’histoire d’Attac. Mais on peut s’arrêter sur le référendum de 2005…

Bernard Cassen : J’ai relu récemment un bon nombre d’articles de mon dossier de presse sur ce référendum. Pratiquement tous étaient favorables au « oui » et certains s’en prenaient violemment à Attac, jugée responsable de leurs déboires. Ils découvraient tardivement les raisons de notre victoire : un travail de fond sur le texte du traité pour s’en approprier le contenu, et un déploiement sur l’ensemble du territoire de toutes nos forces militantes (nous avions à l’époque environ 30 000 membres). Tout cela ne s’improvise pas. Attac s’y était préparée depuis que, dans nos analyses et à l’occasion du traité de Nice de 2000, l’Union européenne (UE) avait rejoint le club très fermé des institutions de la mondialisation libérale que nous combattions depuis la création de l’association (le FMI, la Banque mondiale, l’OMC, les accords de libre-échange, l’OCDE, la Banque centrale européenne). Je suis de ceux qui ont introduit la question européenne dans nos rencontres-débats, dans nos universités d’été et dans nos livres. Le Diplo avait évidemment été un de nos outils privilégiés pour cette entreprise d’éducation populaire. Quand, le 14 juillet 2004, Chirac annonça la tenue d’un référendum sur le TCE, nous avions déjà des centaines de militants maîtrisant le sujet et prêts à affronter les tenants du « oui », y compris des ministres qui avaient à peine lu le traité. Nous avons tous la nostalgie de cette exaltante campagne ! J’espère que l’histoire repassera les plats, tant sont nombreuses les raisons de nous mobiliser aux niveaux national, européen et international.

Savoir/ Agir : Au nombre des succès d’Attac, il faut aussi compter le lancement du Forum social mondial…

Bernard Cassen : Sans le Diplo, il n’y aurait pas eu d’Attac, et sans les deux il n’y aurait pas eu de Forum social mondial (FSM). Comme je l’ai raconté dans mon livre Tout a commencé à Porto Alegre (paru en 2003), tout a d’abord été imaginé en février 2000, le 16 exactement, dans mon bureau du Monde diplomatique à Paris. Ce jour-là, je recevais deux amis brésiliens, Chico Whitaker et Oded Grajew, qui revenaient de Davos, en Suisse, où venait de se terminer le Forum économique mondial et où se retrouve chaque année le gratin des dirigeants politiques, de la finance, des multinationales et des médias en général à leur dévotion. Ils en avaient été scandalisés et me demandaient ce que l’on pouvait faire contre cette forteresse de l’oligarchie mondiale.

Très rapidement, nous avons conçu un plan de bataille : d’une part, organiser un événement international qui s’appellerait le Forum social mondial (FSM) et cela aux mêmes dates que celles du raout de Davos : il s’agissait d’utiliser sa notoriété pour nous hisser à sa hauteur dans un mano a mano entre deux Forums ; d’autre part, l’organiser au Brésil : je proposai à mes deux amis qu’il se tienne à Porto Alegre, capitale de l’État de Rio Grande do Sul. En 1998, j’avais publié dans le Diplo un reportage sur cette ville devenue un laboratoire de la démocratie participative, et j’avais gardé le contact avec le maire, Tarso Genro, et le gouverneur de l’État, Olivio Dutra. Ils allaient être de précieux partenaires.

La suite est la chronique d’un véritable tour de force : comment mettre sur pied une rencontre de 4 ou 5 jours, que nous espérions de grande ampleur, en moins d’un an ? Le FSM était en effet programmé pour le 25 janvier 2001. Il fallait tout prévoir : les locaux, les transports, les financements, le programme, les interprètes, l’accès à Internet, et j’en oublie. Restait cependant à faire connaître cette initiative aux quatre coins du monde. Ce fut la tâche du Diploet d’Attac auxquels le FSM avait emprunté leur mot d’ordre « Un autre monde est possible ». Le mensuel était traduit en une quinzaine de langues et des mouvements Attac s’étaient constitués dans une vingtaine de pays. Par leur biais, nous avons pu toucher un grand nombre de mouvements et de militants du monde entier. Ce premier FSM, tenu à Porto Alegre, fut une grande réussite et le forum est devenu un rendez-vous annuel ou presque de la galaxie altermondialiste.

Je garde encore vivante en moi l’émotion que je ressentis lorsque je fus le seul non Brésilien convié à prendre la parole lors de la séance d’ouverture devant plus de 10 000 personnes.

Savoir/ Agir : Peux-tu dire un mot de ton rapport à l’Europe ?

Bernard Cassen : Comme je te l’ai dit, la centralité de la question européenne dans les politiques publiques m’est progressivement apparue comme une évidence à partir de Maastricht. Dans le Diplo, comme dans Attac, j’ai analysé l’Union européenne comme une déclinaison européenne de la mondialisation libérale et je n’ai pas changé d’opinion. La question que je me pose est d’ordre géopolitique : est-ce que l’Union européenne ne peut être que cela dans un nouvel ordre international caractérisé par l’émergence à visée hégémonique de pôles de puissance, voire d’hyper-puissance, à savoir les États-Unis, la Chine, l’Inde et la Russie ? Une Europe-puissance, une souveraineté européenne articulée avec une souveraineté nationale sont-elles compatibles avec un projet démocratique, solidaire et environnemental ? Je me dois d’être cohérent avec moi-même : comme j’ai toujours été favorable à l’unité latino-américaine, dans la lignée de Bolivar et telle que relancée par Chavez de son vivant, je dois logiquement adopter la même attitude pour l’Europe. Il me paraît donc urgent de tenter de répondre à ces interrogations…

Savoir/ Agir : Pour finir, une question rétrospective plus générale. Comment qualifierais-tu le type de « rôle » que tu as joué, le type de posture intellectuelle et politique que tu as manifestement choisie – rôle et posture qui ne sont pas réductibles, me semble-t-il, aux figures de l’universitaire, ou du journaliste, ou de l’homme politique, ou même de l’essayiste ? S’il fallait résumer le tout d’un mot, que choisirais-tu ? « Architecte » ? « Organisateur » ? « Homme-orchestre » ?

Bernard Cassen : Cela va sans doute te paraître curieux, mais je ne me suis jamais posé la question de mon identité sociale. Probablement parce que j’en ai toujours eu plusieurs, simultanées qui plus est… Formellement, je peux me considérer comme un intellectuel dans la mesure où, pour une large part, ma formation et mes activités m’ont conduit à évoluer dans le champ de la production et de la transmission des savoirs et des idées. Quant à me définir comme écrivain, cela ne m’est jamais venu à l’esprit. Malheureusement, je ne suis ni poète ni romancier ni dramaturge ! S’il fallait que je remplisse un formulaire administratif ou un CV comportant la rubrique « profession », je pourrais choisir entre professeur, journaliste, éditeur, traducteur, dirigeant associatif, haut fonctionnaire, mandataire social dans une entreprise de presse...

Bref, ta question est bonne, mais elle me plonge dans l’embarras. Tu me demandes de me caractériser en un seul mot ! Dans la presse écrite, les titres, les sous-titres et les chapeaux sont rédigés par un secrétaire de rédaction et pas par l’auteur du papier. J’invoque cette pratique pour te refiler la patate chaude : à toi de choisir le qualificatif approprié ! Enfin, si je devais malgré tout proposer quelque chose, alors oui, pourquoi pas : « homme-orchestre engagé dans le débat d’idées » ?

Bernard Cassen par Bernard Cassen
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16 juin 2025 1 16 /06 /juin /2025 05:01

 

Le Parisien revient sur le viol en 2024 d'une fille juive de 12 ans à Courbevoie. Le tribunal pour enfants de Nanterre a condamné à 9 et 7 ans de prison ferme deux mineurs jugés pour ce viol à caractère antisémite.

Les magistrats ont prononcé une mesure éducative de cinq ans et un placement à l’encontre d’un troisième jeune homme, âgé de 12 ans et 10 mois au moment des faits et contre qui une peine d’emprisonnement ne pouvait pas être prononcée en raison de son âge. Le président a justifié la lourdeur de la peine « nonobstant leur jeune âge et les carences éducatives importantes, au regard de leur personnalité toujours inquiétante et du trouble social immense à la société et à la victime et en raison de ce qu’elle était : une jeune fille de confession juive ».

Selon ses premières déclarations, l’un des mineurs avait filmé la scène, qui s’est déroulée dans une crèche désaffectée de Courbevoie, au pied du quartier d’affaires de la Défense et non loin du domicile de la préadolescente. L’un des mineurs l’avait ensuite menacée de mort si elle parlait à la police et exigé qu’elle lui remette 200 euros le lendemain.

En 2024, un total de 1570 actes antisémites ont été recensés en France, selon le ministère de l’Intérieur.

 

 

Dans ResPublica, Bernard Tepper fait la recension du livre de Raymond Debord Vers un monde sans enfants ? : en nous conseillant de sortir des clichés : « Le livre nous vaccine contre le néo-malthusianisme largement répandu dans toutes les franges de la société jusque dans les institutions internationales. Non, il n’y a pas trop de monde sur la Terre. Toutes les analyses démographiques montrent que c’est l’inverse, puisque nous allons vers un hiver démographique. Non, il ne faut pas commencer par obliger les Africains à avoir moins d’enfants pour qu’ils se développent mieux. À l’inverse, il faut développer leur économie et leur société et, tout naturellement, le nombre d’enfants par femme en âge de procréer va diminuer. Non, il ne faut pas écouter Terra Nova. Dans un premier temps, cet organisme de réflexion a eu l’idée saugrenue de conseiller à la gauche d’abandonner les couches populaires pour les remplacer par une alliance des couches moyennes avec les catégories discriminées que l’on doit essentialiser. Dans un second temps, Terra Nova produit un gloubi-boulga mélangeant un néo-malthusianisme avec des louvoiements dont la présentation complexe rime avec la pseudoscience. Non, ni la nuptialité ni la religion ne sont la cause principale directe du nombre d’enfants.

Selon le World Socialist Website, « L’administration Trump mène de vastes rafles sur les lieux de travail et le déploiement de l’armée se poursuit dans les villes américaines. L'une des plus importantes descentes sur un lieu de travail de la nouvelle administration Trump a eu lieu mardi, lorsque des agents ont arrêté environ 80 travailleurs de l'usine de conditionnement de viande Glenn Valley Foods à Omaha, dans le Nebraska. Cela représente plus de la moitié de l'effectif total de l'usine et, selon un mandat, 107 des 140 travailleurs faisaient l'objet d'une « enquête ».

Les rafles se caractérisent par une illégalité de plus en plus flagrante, les personnes détenues se voyant refuser toute procédure régulière. Selon Le Guardian, de nombreuses personnes arrêtées ces derniers jours ont déjà été expulsées.

Les immigrants représentent une part importante de la population des grandes villes américaines. Environ 40 % des habitants de Los Angeles et 35 % de ceux de New York sont nés à l'étranger.

 

 

Enfin, L’Humanité évoque le pantouflage florissant ces dernières années : « Christophe Castaner, Cédric O, Muriel Pénicaud… On ne compte plus les responsables macronistes qui ont fait le choix de se reconvertir dans le privé, avec tous les risques de conflit d’intérêts que cela comporte. Ex-ministre de l’Intérieur et par ailleurs président de la société du Tunnel du Mont-Blanc alors qu’il avait été sèchement battu lors des dernières législatives, le premier a été embauché comme conseiller par l’entreprise chinoise fast-food chinoise Shein ; ancien secrétaire d’État au Numérique, le second a posé ses valises comme lobbyiste dans une start-up d’intelligence artificielle ; ancienne ministre du Travail, la troisième a intégré le conseil d’administration du géant de l’enseignement privé Galileo.

 

Revue de Presse 563
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8 juin 2025 7 08 /06 /juin /2025 05:01
On part du mot “ queer ”. Les premiers sens de ce mot sont étrange, suspect, louche. Et aussi dérangé. La connotation sexuelle est venue après. Et là, pas d'hésitation : l'équivalent de queer en français est pédé. Donc, utiliser queer dans le contexte homo, c'est dire, sans le dire, tout en le disant. Donc pas très franc du collier.
 
Que dire des personnages ? Á gauche, une femme, à l'air méchant, semble porter une écharpe tricolore. Á droite, une femme relativement âgée porte en bandoulière un sac aux couleurs de la Palestine (sans le noir). Au centre : une femme voilée encadrée par deux hommes colorés. L'un de ces deux hommes est en train de pendre, d'étrangler un homme blanc affublé d'une cible dans le cou. En se marrant.
 
Quant au slogan “ Queers de tous les pays, unissons-nous ”, il s'agit d'un détournement minable d'un vrai slogan révolutionnaires du XIXème siècle. Les personnes concernées n'ont même pas été fichues de forger un slogan à elles.
Je n'aime pas du tout cette affiche !
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24 mai 2025 6 24 /05 /mai /2025 05:01

D'une manière générale, les noms de villes anglaises comportent de nombreuses lettres muettes. Les socio-linguistes expliquent cela par le fait que lorsque des gens résident longtemps dans un même lieu, suivis par leur descendance, ils ont tendance à triturer et raccourcir les noms de leur ville ou village de diverses manières. Mais si les prononciations changent, les orthographes évoluent très peu.

 

 

Marc Fryd, un de mes anciens collègues de Poitiers, consacra un article à “ la variation dans le lexique toponymique anglais : le cas de la métathèse [changement de la place d'un son dans un mot] dans l’élément – thorp ”. J'en extrait ceci : « On se souvient de l’émoi causé par la mort tragique de la princesse Diana, née Spencer, le 31 août 1997. L’ampleur de la couverture de l’événement par la presse et les media eut incidemment pour effet d’attirer l’attention du grand public sur une question d’onomastique qui se trouva vite investie d’une charge dramatique : la prononciation du siège de la famille Spencer, le célèbre château d'Althorp, dans le Northamptonshire. En effet, à l’occasion de l’afflux de journalistes, de curieux, et de visiteurs venus se recueillir devant les grilles du château, l’écart entre la prononciation [ˈɔːlθɔːp] employée par la presse et le grand public, et la, ou plutôt, les prononciations reçues par le Comte Spencer lui-même, fut cause chez les premiers d’une irritation croissante suscitée par la hauteur dont il faisait preuve pour faire valoir le bon usage, en l’occurrence [ˈɔːltrəp], voire [ˈɔːlθrəp]. Comme il convient dans le pays lorsque la prononciation d’un nom propre est en jeu, la presse se tourna vers un expert à l’autorité incontestable pour en avoir le cœur net, et l’on fit ainsi appel à Graham Pointon, directeur de la BBC Pronunciation Unit. Interrogé par un reporter du journal télévisé de la BBC, Graham Pointon fut à même d’apporter une réponse claire et sans appel : ’The only criterion we go by is what the owner of a name says.’ [J'ai personnellement toujours pensé cela : les gens du cru ont raison, même s'ils ont tort car une prononciation, bizarre aujourd'hui, peut toujours s 'expliquer pour des raisons historiques ou sociologiques]. Sur ce point, Pointon parlait avec assurance, fort en effet d’une preuve irréfutable, matérialisée par le billet retranscrit ci-dessous, à lui transmis par nul autre que le neuvième Comte Spencer en personne :

 

’I can remember my grandfather pronouncing it like this ; my octogenarian great-aunt does, too – and it is clear that alternative pronunciations only came about recently, out of laziness (it became simpler not to correct the many who mispronounced it – the majority of whom were foreign visitors to the house.’ »

 

Le résultat est que les prononciations contre-intuitives sont légions. Quelques exemples accompagnés d'une phonétique pseudo-anglaise puis de l'alphabet phonétique international :

 

Je vous laisse chercher pour Cholmondeley, Gloucester, Worcester, Featherstonehaugh, Leicester, Newark. 

 

Source 

Des noms de villes anglaises pas piqués des vers

Rien à voir :

Raphaëlle me dit que mes cheveux sont blancs. Ah bon…
Bon, d'accord mais, sans me vanter, contrairement à la plupart des hommes de 77 ans, j'ai des cheveux. Na !
Des noms de villes anglaises pas piqués des vers
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19 mai 2025 1 19 /05 /mai /2025 05:01

Selon le World Socialist Website, Israël intensifie les bombardements, les déplacements forcés et la famine à Gaza. Tandis que le président américain Donald Trump poursuivait sa tournée au Moyen-Orient, Israël a intensifié ses massacres à Gaza, bombardant deux hôpitaux et tuant au moins 80 personnes en une seule journée. Mardi, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou a promis d'achever l'occupation militaire de Gaza, affirmant que « dans les prochains jours, nous entrerons [...] avec toute la force nécessaire pour achever l'opération ».

Il a ajouté : « Il n'y aura pas de situation où nous arrêterons la guerre. » Nétanyahou a réitéré son plan de nettoyage ethnique de Gaza, déclarant que son gouvernement avait « mis en place un organe de direction qui permettra aux [civils] de quitter » Gaza.

 

Pour le site Communistes, la seule réponse à Macron et au patronat : la lutte tous ensemble et en même temps ! 

Durant trois heures dans un spectacle bien huilé où Macron et des faire valoir ont occupé la scène, d'un cirque propagandiste, les idées et les exigences patronales ont été la ligne directrice de ce show présidentiel sur TF1. Si les commentaires de la presse se dessinent sur un arc allant d'une certaine déception du "tout ça pour ça" du journal le Parisien jusqu'à celui ressemblant à la découverte de l'eau tiède de l'Humanité et son : "Macron s'enferme dans l'arrogance et le libéralisme", peu d'entre eux soulignent les quelques points forts qui confirment la trajectoire politique du fondé de pouvoir de la grande bourgeoisie, trajectoire qui vise à conforter les intérêts de la classe capitaliste.

Pour notre part, nous avons retenu trois points significatifs de cette orientation.

Le premier, c'est le refus absolu d'un changement quelconque dans le domaine économique et social avec la justification d'une politique d'aide massive au patronat au détriment des salariés : pas question de revenir sur la réforme des retraites, sur le maintien des aides aux entreprises capitalistes en leur laissant la liberté totale de licencier comme chez Arcelor-Mittal, Vencorex et bien d'autres, le tout accompagné du rejet d'un revers de main de leur nationalisation. Ajoutons-y que la petite musique sur le coût de la protection sociale et des retraites s'est accompagné d'une attaque en règle contre le financement de celle-ci qui "repose trop sur le travail". Le journal patronal Les Echos fait une lecture correcte de cette orientation en titrant : « Macron remet la TVA sociale sur la table », revendication chère au MEDEF qui y voit l'effacement des cotisations patronales et fait miroiter une augmentation des salaires nets en diminuant les cotisations salariales (en réalité l'une et l'autre sont une partie du salaire socialisé) au profit d'une fiscalisation totale du financement qui déjà bien avancée mine les bases même de la protection sociale et affaiblit le salaire réel par la voie de l'impôt.

 

 

Selon Christian Eyschen, dans Le Grand Soir, à en croire les relais du gouvernement français, l’hexagone serait un parangon de liberté pour l’Université et la recherche, un havre vers lequel les scientifiques étasuniens brûleraient de se réfugier… Sous-entendu : si bien sûr les universités et organismes de recherche leur faisaient des offres ad hoc au lieu de persister dans l’archaïsme du recrutement par voie de concours, sous le statut de la fonction publique. L’antienne est martelée sur tous les tons depuis janvier, et de fait, les attaques de Donald Trump et Elon Musk contre l’Université et la recherche sont très concrètes, elles ont des effets dévastateurs et elles relèvent de l’obscurantisme le plus total, même s’il est adossé à de grandes déclarations d’amour à la technique et à l’innovation.

Ce dernier paradoxe n’est qu’apparent et se retrouve chez certains des nouveaux convertis français de la liberté académique : la science, c’est bien, quand c’est pour le marché, l’innovation, le profit, et tant qu’à faire, l’armée. Le reste, en revanche, relève du « wokisme », de « l’islamo-gauchisme » etc., et mérite qu’on lui coupe les vivres, voire qu’on l’embastille quand les choses vont vraiment trop loin.

 

Revue de Presse 559
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16 mai 2025 5 16 /05 /mai /2025 05:01

Elle est née vers 1773 dans le comté de Charles City (ainsi nommée en l’honneur du futur roi Charles Ier). Elle est morte en 1835 à Charlottesville (hommage à Charlotte de Mecklembourg-Strelitz, épouse du roi George III.

 

Esclave de son métier. Sa mère travaillait pour John Wayles, le père de Martha Wayles, épouse de Thomas Jefferson, décédée avant que celui-ci ne devienne le troisième président des États-Unis. Á noter que la mort du père de Martha apporta aux Jefferson 20 000 hectares de terre et 135 esclaves, ce qui fit doubler la fortune du futur président. Avec le remariage de Martha Wayles avec Thomas Jefferson, Sally passe au service de l’illustre planteur de Virginie.

 

Après la mort de Martha, vraisemblablement de diabète, Thomas Jefferson s’installe à Paris comme ambassadeur des États-Unis. Il y fait venir Sally, qui voit donc du pays. De retour aux États-Unis, Jefferson meurt en 1826. Sally s’installe à Charlottesville.

 

Jefferson était contre le métissage, tout en ayant eu – très vraisemblablement – un enfant avec Sally. Il écrivit : « La fusion des Blancs et des Noirs produit une dégradation à laquelle aucun amoureux de son pays, aucun amoureux de l'excellence du caractère humain, ne peut innocemment consentir. »

 

Les historiens hésitent sur la nature des relations entre le président Jefferson et Sally. Certains pensent qu’il abusa d’elle, d’autres estiment que les relations furent consenties. En particulier Dumas Malone, auteur d’une biographie de Jefferson en six volumes (Jefferson and His Time, prix Pulitzer) qui estiment que l’on manque toujours d’indices probants, dans un sens ou dans l’autre.

 

Des rumeurs plus ou moins folles commencèrent à courir. Le journaliste crapoteux James T. Callender écrira en 1802 : « Tout le monde sait que [Jefferson] eut pour concubine une de ses esclaves, du nom de Sally. Le nom du fils aîné de Sally est Tom. Il ressemble comme deux gouttes d’eau au Président. Il a aujourd’hui entre 10 et 12 ans. »

 

En 1873, Madison Hemings, l’un des fils de Sally, déclara que tous les enfants de Sally étaient de Jefferson. Le film de James Ivory Jefferson à Paris (1995) corrobore cette version des faits. Tout comme, avant lui, le roman de Barbara Chase-Riboud, La Virginienne (1979).

 

Comme ses frères et sœurs, Madison fut affranchi par le Président. Mais selon certains historiens, le père des enfants de Sally serait Randolph, planteur de son état, le plus jeune frère de Thomas Jefferson. Les questions de bâtardise qui parcourent l’histoire de France ont dû inspirer les Zuniens de la classe supérieure !

 

 

En 2017, des archéologues découvrent, à l’occasion de travaux dans la maison de Thomas Jefferson à Monticello, une pièce cachée où Sally aurait vécu en compagnie de ses enfants. L’historien Winthrop Jordan affirma que Jefferson séjournait à Monticello pour la conception de chacun des enfants de Sally…

 

Connaissez-vous Sally Hemings ?

PS : États-Unis : La police de l’immigration poursuit sa campagne de terreur dans tout le pays

Encouragée par Trump et les démocrates qui le laissent faire, la police de l'immigration à travers les États-Unis opère dans une impunité sans foi ni loi en menant ses opérations d’expulsion fascistes. Dans les États gouvernés par les républicains comme par les démocrates, les agents fédéraux relevant du ministère de la sécurité intérieure (DHS) – y compris les brutes de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE) et leurs complices de la Customs and Border Protection (CBP) et des Homeland Security Investigations (HSI) – arrêtent des parents, des enfants et même des fonctionnaires sans motif, sans mandat et sans procès équitable.

Chaque jour, les médias sociaux diffusent des vidéos montrant des images horribles de brutes masquées et lourdement armées qui déchirent des familles, les menottent et les font disparaître dans des véhicules banalisés. Les personnes détenues sont gardées dans un réseau de prisons à but lucratif pendant des semaines, voire des mois, avant d'être exilées vers un pays « d'origine », qui peut aller d'une méga-prison salvadorienne à un donjon libyen, en passant par un pays où la personne n'est pas allée depuis des années ou dont elle n'a aucun souvenir, parce qu'elle est arrivée aux États-Unis alors qu'elle était enfant et qu'elle y a grandi.

Incapable de procéder à des « expulsions de masse » avec les forces dont il dispose actuellement, Donald Trump a ordonné vendredi au ministère de la sécurité intérieure d'embaucher 20 000 agents supplémentaires. Cherchant à expulser un million de personnes d'ici la fin de l'année, l'administration Trump fait appel à la police des États pour participer aux opérations.

Dans le Tennessee, sous direction républicaine, la Tennessee Highway Patrol s'est associée à l'ICE pour procéder à des perquisitions et enlèvements illégaux de résidents. L'opération raciste et ciblée a débuté le 3 mai et s'est concentrée sur les quartiers latinos de Nashville. Au petit matin, la police de l'État a commencé à effectuer des centaines de contrôles routiers avec des agents de l'ICE. Les immigrants soupçonnés d'être sans papiers ont été arrêtés et rapidement embarqués dans deux bus nolisés pour être envoyés en Louisiane.

Depuis le 3 mai, la patrouille routière du Tennessee a effectué près de 600 contrôles routiers de ce type, et les agents de l'ICE ont arrêté 103 personnes pour des infractions présumées à la législation sur l'immigration, selon l'Associated Press. Cette rafle fasciste a provoqué une colère générale dans l'agglomération de Nashville, qui compte plus de 2 millions d'habitants.

Samedi, un match de la Major League Soccer organisé au Geodis Park de Nashville a été boycotté par des milliers de résidents locaux. La Brigada De Oro, le groupe de supporters latino-américains officiellement reconnu du Nashville SC, a annulé toutes ses activités le jour du match, tandis que de nombreux spectateurs ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Nous ne sommes pas tous là » et « No estamos todo aquí » en espagnol.

Dans une vidéo publiée sur sa page Instagram tôt dimanche matin, la chanteuse de rock Monte Mader a indiqué qu'il y avait eu de multiples perquisitions dans le centre-ville de Nashville pendant qu'elle se produisait.

« Nous avons travaillé dans le centre-ville de Nashville, sur le Broadway Strip et il y a eu des descentes de l'ICE sur Broadway dans les bars ce soir. Les établissements fermaient leurs cuisines plus tôt que prévu, renvoyaient leur personnel chez lui et affichaient des panneaux disant “Privé. Ne pas entrer”. »

« Et que ce soit clair », a-t-elle poursuivi. « Ces “policiers fédéraux” masqués qui ne s'annoncent pas, qui n'ont pas de motif valable et qui n'ont pas de mandat violent la loi. [...] Il s'agit d'un enlèvement et d'un trafic d'êtres humains. »

 

Par Jacob Crosse (World Socialist Website)

Connaissez-vous Sally Hemings ?
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11 mai 2025 7 11 /05 /mai /2025 05:01

Bon, d'accord, je m'intéresse de nouveau à l'individu peut-être le plus connu et important de l'histoire de l'Humanité. Après ce texte, je me calme ! Je reprends ici un extrait d'un texte de Christian Brohet.

 

L’évangile de Jean décrit les circonstances de la mort de Jésus sur la croix. Deux caractéristiques ont intrigué les commentateurs : d’une part la courte survie de Jésus sur la croix, d’autre part la nature de la plaie de côté.

Après trois heures de lutte contre l’étouffement progressif causé par sa position, Jésus, tourmenté par la soif atroce du crucifié, demande à boire. Un soldat trempe une éponge dans une cruche remplie de vin aigre (posca), la fiche sur une branche d’hysop (arbuste méditerranéen) et la tend à Jésus. Celui-ci, s’étant humecté les lèvres pousse un grand cri, incline la tête et expire. Peu après, les soldats s’approchent des condamnés pour leur briser les jambes, car il faut se hâter, le soir va tomber et il ne convient pas que des cadavres restent pendus à leur croix alors que va commencer le sabbat des juifs et la fête de Pâque qui suit. Arrivé à Jésus, l’un des soldats s’aperçoit qu’il est déjà mort. Au moyen de sa lance, nous raconte Jean, il le frappe au côté et aussitôt sortit de la plaie du sang et de l’eau.

Jean ne spécifie pas de quel côté le coup de lance a été donné, mais le linceul montre qu’il s’agit du côté droit. En fait, le soldat a appliqué le règlement, il a donné le « coup de grâce » de façon à s’assurer de la mort de la victime. Le côté droit est choisi, comme cela est enseigné dans les écoles de gladiateurs, ce côté n’étant pas protégé par le bouclier. La forme en ellipse de la plaie permet même d’identifier l’arme utilisée, la lancea, courante dans l’armée romaine, de longueur variable et dont le fer plat est en forme de laurier. Les bords de la plaie sont restés écartés de 1,5 cm environ, ce qui prouve que Jésus était déjà mort au moment du coup de lance.

Jean, qui est un témoin oculaire, présent au pied de la croix avec Marie et deux des Saintes femmes, est si bouleversé par ce qu’il voit qu’il insiste dans son évangile sur la véracité de son récit. Le fait qu’il écrit que sortit de la plaie du côté « du sang et de l’eau » ne signifie pas que ce soit un ordre chronologique car la traduction grecque met en premier lieu le terme qui parait à l’auteur le plus important, ici le sang…En réalité, les premiers manuscrits décrivent « …de l’eau et du sang », ce qui paraît plus conforme à la réalité des choses. En effet, la lame de la lance, glissant entre la 5e et la 6e côte, a transpercé les plèvres pariétale et viscérale, ensuite le poumon droit, pour atteindre la cavité péricardique distendue, l’oreillette droite et la veine cave supérieure, éventuellement le ventricule droit. L’écoulement d’une quantité peu importante d’eau représente sans doute le liquide des épanchements pleuraux et péricardique dont l’abondance est faible à cause de l’état de déshydratation. L’écoulement qui a suivi d’une quantité plus importante de sang représente le sang de l’oreillette et du ventricule droit, à moins qu’il ne s’agisse d’un hémopéricarde.

 

Causes de la mort de Jésus

Beaucoup d’hypothèses ont fait florès autour de la mort de Jésus au terme de la crucifixion. Tout d’abord, on a eu droit à des théories farfelues déniant la réalité de cette mort. Certains ont même suggéré que d’autres, Simon de Cyrène, ou même Barrabas auraient été crucifiés à la place de Jésus et que Jésus se serait en quelque sorte « échappé » du tombeau ! David Strauss (1808-1874) a répondu que Jésus était certainement mort parce-qu’il était impossible d’imaginer l’apparition d’un « Christ en gloire », après qu’il ait eu à subir un tel supplice ! Il y a actuellement consensus quant à la réalité de la mort de Jésus. De plus en plus l’unanimité se dégage quant aux causes médicales de cette mort.

Récapitulons la synthèse des faits majeurs concernant la Passion de Jésus de Nazareth. Très affaibli par les sévices administrés lors de ses interrogatoires, surtout la séance de flagellation qui aurait pu le tuer, le couronnement d’épines et le chemin de croix, Jésus arrive en état de choc hypovolémique lorsqu’il se voit encloué brutalement, ce qui provoque de nouvelles hémorragies. Alors commence l’agonie avec la lutte incessante pour respirer en s’arc-boutant sur les clous des quatre membres, les crampes musculaires, les douleurs fulgurantes, la soif dévorante, le développement d’une acidose respiratoire et métabolique. L’estimation d’une perte de sang d’environ deux litres pendant le temps allant de la flagellation à l’agonie sur la croix, d’un litre supplémentaire lors du coup de lance et de deux litres lors de la descente de croix explique que Jésus était pratiquement exsangue au moment de la mise au tombeau… La mort pouvait tout simplement être causée par l’état d’épuisement qui amène le crucifié à cesser de lutter, ce qui provoque inévitablement la mort par asphyxie. Les évangiles nous disent qu’au moment d’expirer Jésus lança un grand cri « Tout est achevé ». Nous pouvons donc nous demander si ce cri n’indique pas un dernier événement catastrophique, par exemple un arrêt cardiaque par arythmie ventriculaire ou un infarctus du myocarde avec rupture cardiaque. Il est également possible que dans de telles circonstances des végétations thrombotiques se soient constituées et aient embolisé dans les artères coronaires. Il n’en reste pas moins que l’hypothèse de la mort par asphyxie est la plus souvent retenue : 28 auteurs sur 42, d’après un article tout récent de Habermas et coll (6).

Ce qui paraît certain, c’est que Jésus est bien mort sur la croix, que la mort avait déjà fait son œuvre au moment du coup de lance et que la rigidité cadavérique était déjà présente au moment de la descente de croix.

 

 

De la mort de Jésus

 

 

PS qui n'a rien à voir : pourquoi ne me reste-t-il qu'un an pour lire Tintin ?

De la mort de Jésus
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9 mai 2025 5 09 /05 /mai /2025 05:01
Lettre d'un général italien à Mussolini

Cette photo montre le général italien Alexandro Luzano devant le cadavre d’un enfant serbe près de l’école de Prebiloci. Ci-dessous des extraits d’une lettre envoyée au Duce :

Cher Duce,

La dévotion sans limites que je vous porte me permet, je l’espère, de m’écarter du strict protocole militaire. Raison pour laquelle je m’empresse de vous décrire un événement auquel j’ai personnellement assisté il y a trois semaines.

En visite dans la région de Dubrovnik, nos responsables du renseignement m’ont informé que les oustachis de Pavelic [https://fr.wikipedia.org/wiki/Oustachis] avaient commis un crime dans le village de Prebilovsi la veille et que, lorsque le fait fut connu :es Serbes des environs en furent bouleversés.

Les mots me manquent pour décrire ce que j’ai découvert. Dans la grande salle de classe, j’ai trouvé une maîtresse massacrée et 120 de ses élèves. Aucun enfant n’avait plus de 12 ans ! Le mot crime est ici inadéquat et naïf. Il dépasse toute folie.

De nombreuses victimes avaient été décapitées, leur tête ayant été déposées sur des tables d’élèves. Les Oustachis avaient arraché les entrailles et, tels des rubans de la Nouvel Année, les avaient étirés sous le plafond et les avaient fixés dans les murs avec des clous. Les essaims de mouches et la puanteur insupportable ne nous avaient pas permis de rester plus longtemps.

Je remarquai un sac de sel déchiré dans le coin et fut choqué de trouver qu’ils les assassinaient lentement en enfonçant du sel dans leur coup ! Comme nous quittions les lieux, nous entendîmes un enfant grogner sur le siège arrière. J’envoyai deux soldats voir ce qu’il en était. Ils dégagèrent l’un des élèves qui vivait encore. Il respirait la gorge tranchée en deux. J’emmenais ce pauvre enfant dans ma voiture jusqu’à notre hôpital militaire, je le réanimai et appris de sa bouche la réalité de cette tragédie.

Les criminels, en premier lieu, chacun leur tour, violèrent Stana Arnautovic, une institutrice serbe, puis ils la tuèrent devant les enfants. Ils violèrent également des gamines de huit ans. Pendant tout ce temps, des musiciens gitans, amenés sur les lieux par force chantaient et jouent du tambourin !

Pour notre honte éternelle, un pasteur de l’Église catholique, un homme de Dieu, participa à tout cela ! Le garçon que nous sauvâmes récupéra rapidement. Dès que sa blessure fut guérie, il profita de notre inattention pour s’échapper de l’hôpital et retourner dans son village à la recherche de sa famille.

Nous envoyâmes en vain une patrouille à sa recherche. Elle le retrouva à l’entrée de la maison des gens massacrés. Des mille habitants que comptait le village, il n’en retsait plus un seul ! Le même jour, nous découvrîmes que, plus tard, un crime ayant été commis à l’école, les Oustachis avaient capturé 800 autres habitants dans le village de Prebilovci. Ils les avaient jetées dans une fosse et les avaient tués comme des animaux.

300 hommes seulement furent sauvés en parvenant à franchir les lignes oustachis autour du village et en s’enfuyant dans les montagnes ! Ces 300 survivants étaient plus forts que la division d’lite de Pavelic. Ils avaient perdu tout ce qui était à perdre : enfants, femmes, mères, sœurs, maisons, terres.

Ces massacres des Serbes ont atteint de telles proportions que de nombreuses sources d’eau ont été polluées. De la source de Popovo Polje, près de la fosse dans laquelle 4 000 Serbes avaient été jetés, coulait une eau rougeâtre, comme j’ai pu par moi-même m’en rendre compte ! Une tache indélébile va marquer la conscience de l’Italie et de sa culture si nous ne parvenons pas à nous désolidariser des Oustachis et si nous n'empêchons pas que notre soutien à cette folie nous soit attribué.

 

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5 mai 2025 1 05 /05 /mai /2025 05:01


 

Dans Le Grand Soir, Gerald Posner se demande quelle est la nature du Vatican : une cité, une cité-Etat, une nation ou une banque :

 

Beaucoup de gens ne considèrent la Cité du Vatican que comme le siège du gouvernement des 1300 millions de catholiques romains du monde. Quelques athées critiques y voient une holding capitaliste jouissant de privilèges spéciaux. Cependant, ce petit bout de terre au centre de Rome est également une nation souveraine, qui dispose d’ambassades diplomatiques appelées nonciatures apostoliques dans plus de 180 pays, et possède le statut d’observateur permanent auprès des Nations Unies. Cela étant, le Vatican diffère radicalement des autres pays. Pour le comprendre, il faut connaître l’histoire de sa souveraineté. Depuis plus de 2 000 ans, le Vatican est une monarchie non héréditaire. Le pape est son chef suprême, investi du pouvoir décisionnel exclusif sur toutes les questions religieuses et temporelles. Il n’y a pas de pouvoir législatif, judiciaire ou de système de contrôle et d’équilibre des pouvoirs.

 

Même les pires papes – sachant qu’il y en a eu de vraiment terribles – sont sacro-saints. Il n’y a jamais eu de coup d’État, de démission forcée ou d’assassinat avéré d’un pape. En 2013, le pape Benoît XVI est devenu le premier pape à démissionner en 600 ans. Les problèmes de déclin cognitif sont balayés sous le tapis. En investissant un seul homme d’un pouvoir illimité, le modèle gouvernemental du Vatican se rapproche de celui d’une poignée de monarchies absolues comme l’Arabie saoudite, Brunei, Oman, le Qatar et les Émirats arabes unis.

 

L’OBS explique comment Gérald Darmanin recrute les surveillants de ses futures prisons de haute sécurité : Prime de 1 500 euros, anonymisation, sécurisation :

 Le premier établissement destiné à accueillir les narcotrafiquants les plus dangereux doit ouvrir le 31 juillet à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais. Le deuxième, à Condé-sur-Sarthe, dans l’Orne, sera opérationnel le 15 octobre. La vague d’attaques que vient de subir l’administration pénitentiaire renforce les nécessités d’une sécurité sur mesure.

 

Combien de volontaires pour devenir surveillant dans l’une des deux nouvelles prisons de haute sécurité lancées par le ministre de la Justice Gérald Darmanin ? Comment insuffler auprès des agents la motivation et la fierté d’intégrer des unités en première ligne face au narcotrafic ? Comment éviter qu’ils ne soient « mis à l’amende » par des délinquants qu’on sait peu encombrés de scrupules ? Et avec quels moyens les protéger, autant des attaques extérieures que des tentatives de corruption ?

 

Ces questions étaient déjà au cœur du premier comité de pilotage relatif à la création des prisons de haute sécurité, destinées à accueillir les plus importants trafiquants de drogue, que le garde des Sceaux a réuni, le 7 avril, place Vendôme en présence de son collègue de l’Intérieur, Bruno Retailleau, et, plus discrètement, des responsables de la pénitentiaire, de la police, de la gendarmerie et des services de renseignements.

 

Dans le World Socialist Website, Jacob Crosse rapporte que Trump a prononcé, pour célébrer ses 100 premiers jours à la Maison Blanche, un discours aux accents fascistes lors d'un rassemblement clairsemé à Warren, Michigan. L'arène, qui peut accueillir jusqu'à 5 000 personnes, n'a jamais été remplie plus qu’à moitié.

Un fait pratiquement ignoré par les médias patronaux : plus de gens ont manifesté à l'extérieur du site pour s'opposer à Trump et à ses attaques contre les immigrés, les étudiants, les fonctionnaires et les droits démocratiques, qu'il n'y en avait pour l'acclamer à l'intérieur. Les manifestants brandissaient des pancartes faites à la main dénonçant le piétinement de la Constitution et les aspirations de Trump à devenir un « Führer américain ».

 

Selon les derniers sondages, Trump est largement impopulaire. Un sondage ABC News/Washington Post/Ipsos publié cette semaine donne à Trump un taux d'approbation de 39 %, le plus bas pour un président à ce stade depuis 80 ans. 

 

Défendant son invocation de l'Alien Enemies Act et les disparitions d'immigrés et d'étudiants pour des délits de pensée et des tatouages, Trump a qualifié à plusieurs reprises tous les immigrés de violeurs et de meurtriers. Reprenant la théorie suprémaciste blanche du « Grand Remplacement », il a accusé « l'administration précédente d’avoir organisé une invasion massive des frontières, permettant aux gangs, aux cartels et aux terroristes d'infiltrer nos communautés et de violer et d'assassiner nos concitoyens, et c'est être gentil que d’en parler ainsi ».

Il s'est vanté d'avoir interdit les aides sociales aux «illégaux» et signé un décret mettant fin au droit du sol, inscrit dans le quatorzième amendement de la Constitution. 

Revue de Presse 557
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27 avril 2025 7 27 /04 /avril /2025 05:01

Il était né en 1715, dans un petit village près d’Arras.

Il fut enrôlé dans l’armée avant d’être réformé. Il trouve un emploi comme serviteur dans une université. Il est licencié avant même d’avoir commencé à travailler.

Pour son entourage, il est quelqu’un de très instable, ce qui expliquerait ses sautes d’humeur violentes et imprévisibles.

Il décide d’assassiner le roi Louis XV. Alors que ce dernier allait entrer dans son carrosse, Damiens se jette sur lui et le poignarde à plusieurs reprises. Il n’avait aucune chance de tuer le roi. La lame de son canif faisait 8 cm et le roi était chaudement habillé. Damiens ne tente pas de fuir et se laisse appréhender.

Dans un premier temps, alors que le chirurgien Lamartinière examine la blessure, le roi demande qu’on épargne Damiens. Il changera d’avis par la suite.

Bien qu’aucun organe royal n’ait été touché, le roi va garder la chambre pendant une dizaine de jours. Il en profite pour faire son examen de conscience. Il affirme vouloir assumer une pratique religieuse plus régulière, renoncer à ses maîtresses et préparer le dauphin à sa succession.

Comme c’était prévisible et normal en ces temps, Damiens va subir de longues séances de torture, pour l’aider à parler.

Ses jambes vont subir le supplice des “ bottes malaises ” ou brodequins. L'accusé était assis sur un fauteuil. Deux planches étroites et solides étaient alors attachées de part et d'autre de chaque jambe, et une corde liait étroitement les quatre planches entre elles. Des coins étaient ensuite enfoncés à coups de marteau entre les deux planches centrales, ce qui, en resserrant les planches autour des jambes de l'accusé, leur imprimait une force cruelle. Le nombre de coins variait : quatre pour la question ordinaire, huit pour la question extraordinaire. Généralement, l’intérieur des bottes étaient hérissées de pointes de clou Souvent, les os éclataient.

Damiens fut naturellement condamné à mort. Plus de vingt bourreaux furent convoqués pour cette occasion historique.

Sa main régicide fut attachée à une barre perpendiculaire fichée le long de la table. Dans les doigts on fixa avec une chaîne le couteau dont il s’était servi pour frapper le roi. Cela fait, le bourreau Sanson posa sous cette main le réchaud de soufre enflammé. Le feu était médiocre mais la douleur fut grande. Elle fit pousser à Damiens un cri qui domina tous les bruits de la place de Grève.

Du plomb et de la cire fondues furent versées dans les plaies et de l’huile bouillante fut répandue sur tout le corps.

Gabriel Sanson comprit qu’il n’aurait pas la force nécessaire pour le tenaillement. C’est son adjoint Soubise qui devait procéder à cette partie du supplice. Mais Soubise était saoûl. Plusieurs valets refusèrent de le remplacer. Finalement, André Legris accepta la tâche.

 

Sanson l’entraîna vers l’échafaud, et lui mit entre les mains des tenailles d’acier longues d’un pied et demi. Legris commença par tenailler Damiens au gras des jambes, puis au gras des bras. Son instrument mordit également les cuisses. De là il remonta aux mamelles, qu’il traita de la même façon. Un des adjoints de Sanson fit un témoignage précis de la torture : « Cet exécuteur, quoique très robuste, a eu beaucoup de peine à arracher les morceaux de chair qu’il prenait dans ses pinces. Cela était si dur à arracher qu’il était obligé de tourner ses pinces deux ou trois fois du même côté ; et ce qu’il emportait formait à chaque partie une plaie de la grandeur d’un écu de six livres. »

 

Damiens hurlait. La mutilation des mamelles fut ce qui parut le faire le plus soufrir. De temps en temps, son confesseur lui donnait le crucifix à baiser. Ses lèvres s’en approchaient avidement. Le tenaillement terminé, André Legris fit un signe à un valet. Celui-ci s’avança, une sorte de marmite à la main. Dans cette marmite il y avait du plomb fondu, de l’huile bouillante, de la cire et de la poix de résine en fusion. André Legris plongea une cuiller de fer dans cette mixture et en répandit sur chacune des plaies de Damiens. La chair grésilla avec un bruit strident sous l’action du liquide enflammé. Les yeux de Damiens sortirent de leur orbite. On eut le spectacle d’un damné, écumant, crispé, rouge, sanglant, rugissant.

 

Legris arrosait les jambes, les cuisses, les bras, excepté les mamelles. Il ne fallait pas que le cœur risquât d’être atteint ; il ne fallait pas que le condamné pût mourir sitôt et tout d’un coup.

 

On laissa respirer Damiens pendant quelques instants. Il y avait trois quarts d’heure que son supplice durait. Le greffier Le Breton profita de ce moment pour s’approcher de lui.

 

— Avez-vous quelque chose à dire ? lui demanda-t-il.

— Grâce pardon, mon Dieu ! murmurait Damiens.

— Messieurs les présidents et messieurs les commissaires sont prêts à se transporter auprès de vous.

— J’ai tout dit.

— Songez-y, reprit le greffier, dans un instant vous allez mourir.

— Oh ! faites-moi donc mourir bien vite !

— Ce que vous avez souffert n’est rien en comparaison de ce qui vous reste à souffrir encore.

— Parlez... au nom de votre famille...

— Ma famille ? répéta Damiens avec émotion ; grâce pour elle.

— Révélez vos complices, continua le greffier.

— Qu’on me donne la mort, je vous en prie ! Hâtez-vous !

— C’est votre dernier mot ?

— Seigneur, mon Dieu ! la force ! la forcie ! s’exclama Damiens.

 

Lorsqu’ils furent convaincus que les efforts du greffier avaient été inutiles, les bourreaux préparèrent le nécessaire à écartèlement.

 

On amena dans l’enceinte quatre chevaux jeunes et vigoureux.

 

Les bourreaux avaient obtenu la permission de dépecer le condamner.

 

Les chevaux furent encore excités et lancés. Alors, quand les membres de Damiens furent tendus à point, les deux bourreaux coupèrent les nerfs aux jointures des cuisses. Cela ne se fit pas sans peine. Le sang jaillit en abondance. « Oh ! hurla Damiens ; ayez-pitié de moi, Seigneur ! Jésus, secourez-moi ! » Les couteaux fouillaient sa chair, ne s’arrêtant que devant les os. « Voyons maintenant », dit Henri Sanson. Les chevaux tirèrent.

 

Cette fois une cuisse se détacha, la cuisse gauche. Le peuple battit des mains. Après de nouvelles secousses des chevaux, l’autre cuisse partit.

 

Restaient les bras. Henri Samson et Legris recommencèrent le jeu de leurs couteaux à l’endroit des épaules et aux aisselles. On aurait dit deux bouchers travaillant dans la même viande. Ils n’épargnaient aucun nerf. « Grâce ! grâce ! » criait toujours Damiens. Le bras droit tomba. Damiens ne perdit pas encore connaissance.

 

Enfin, les chevaux emportèrent le dernier bras. Il n’y eut plus sur la table basse qu’un tronc qui vivait encore et une tête dont les cheveux venaient de blanchir tout à coup. Il vivait ! Pendant qu’on détachait les chevaux et qu’on ramassait ses quatre membres, les confesseurs se précipitèrent vers lui. Mais Henri Samson les arrêta en leur disant que Damiens venait de rendre le dernier soupir.

 

Pendant une heure et demie que dura ce supplice, personne ne songea à quitter sa place, ni aux fenêtres ni sur le pavé.

 

Un bûcher avait été préparé à quelque distance de l’échafaud, avec des fagots et de la paille. On y jeta d’abord les quatre membres du supplicié, et ensuite le tronc. Pas un spectateur, pas une spectatrice n’avait déserté la place de Grève. Tout le monde voulait assister jusqu’au bout à ce drame unique.

 

Les pièces de chair et le tronc mirent quatre heures à brûler. Les cendres furent jetées au vent, selon la formule du jugement.

 

Damiens fut la dernière personne en France à être exécutée par écartèlement.

 

Après sa mort, sa maison natale fut rasée avec interdiction de rebâtir. Sa femme, sa fille et son père furent bannis du royaume et le reste de sa famille fut contraint de changer de nom.

 

 

Cette horreur en a peut-être inspiré une autre. Le vice-gouverneur de Bohême-Moravie, Reinhard Heydrich, fut assassiné à Prague le 27 mai 1942. La Gestapo estima, à tort, que les assassins de Heydrich étaient originaires du village de Lidice parce que plusieurs officiers tchèques exilés en Angleterre étaient originaires de ce lieu. Le 9 juin 1942, les Allemands massacrent la population du village : 199 hommes sont tués, 195 femmes déportées au camp de concentration de Ravensbrück et 95 enfants sont fait prisonniers. 81 des enfants sont ensuite tués dans des camions à gaz dans le centre d’extermination de Chełmno, huit sont adoptés par des familles allemandes dans le cadre du programme Lebensborn. Les ruines de Lidice sont rasées. Le sol du village sera nivelé par-dessus les cadavres sans sépulture.

Robert-François Damiens, presque régicide
Robert-François Damiens, presque régicide
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