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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 06:39

Le poète Attila József naquit en 1905 à Budapest et mort en 1937 au bord du lac Balaton. Son enfance se déroula dans des conditions d’extrême pauvreté : son père, ouvrier, abandonna la famille quand l’enfant avait trois ans. Il parvint néanmoins à suivre un cursus secondaire et universitaire. Membre du parti communiste, il en fut exclu pour « crime d’idéalisme ». Il devint schizophrène et se jeta sous un train à l’âge de 32 ans. Quelques années plus tôt, il s’était étendu sur des rails mais avait vainement attendu un convoi bloqué par un autre suicide. « Quelqu’un est mort pour moi », avait-il alors écrit.

 

L’UNESCO décréta 2005 comme l’année mondiale d’Attila József. Il ne voulait qu’un seul lecteur :

 

Je ne veux qu'un lecteur pour mes poèmes :

Celui qui me connaît – celui qui m'aime –

Et, comme moi dans le vide voguant,

Voit l'avenir inscrit dans le présent.

Car lui seul a pu, toute patience,

Donner une forme humaine au silence.

 

 

L’optimisme n’était pas son fort :

 

Seul peut devenir un homme, celui

qui est orphelin de cœur et de corps,

qui sait que la vie déposée en lui

est un simple supplément à la mort.

 

(Impatienta doloris)

 

http://szeretetkuldo.zsozirisz.hu/hangosvers/images/jozsef_attila1.jpg

 

 

 

Plus connu que le poète hongrois, Judas Iscariote qui vendit son maître pour trente sesterces. Son nom venait peut-être d’Issachar, signifiant « homme du salaire ». La Bible n’étant qu’une belle histoire écrite sur les bases du téléphone arabe, il existe trois versions de la mort de Judas. Selon le Nouveau Testament, il se pendit après avoir rendu les trente sesterces à ses commanditaires (Matt. 25/7). Mais dans les Actes des Apôtres, il serait tombé dans son champ acquis avec le salaire du crime et ses entrailles se seraient répandues. Enfin, dans l’apocryphe Évangile de Judas, Jésus lui aurait demandé de le débarrasser de son enveloppe charnelle.

 

(Pudor)

 

http://www.nostra-aetate.org/ratzinger/judas.jpg  

 

 

En 1857, le chef Maori Kahika s’allonge par mégarde sur le lit où vient de se reposer sa femme, alors en période de règles. Lorsqu’il apprend que la couche est impure, le chef tombe en prostration et meurt deux jours plus tard. Ce phénomène de thanatomanie a été observé à de nombreuses reprises en Nouvelle-Zélande ou en Polynésie. Je cite l’Universalis :

 

« Décrite par Marcel Mauss dans son étude intitulée Définition de la suggestion collective de l'idée de mort, la thanatomanie est un comportement par lequel, dans une société primitive (notamment en Australie et en Nouvelle-Zélande), un individu qui a péché ou croit avoir péché et qui est enchanté ou se croit enchanté se laisse mourir, souvent très vite, parfois à une heure qu'il a prévue.

Selon Mauss, pour qui ce comportement est caractérisé par une action directe du social sur le psychique, c'est le désaccord entre l'individu et la société qui enlève à celui-ci sa raison de vivre, lui fait nier ses propres instincts de conservation et de vie, au point qu'il meurt sans maladie apparente. L'appui psychologique de la société religieuse dont il fait partie lui ayant été enlevé, il ne croit plus possible de continuer à vivre, le processus suicidaire et ses motivations demeurant toutefois inconscients. Dans ces conditions un individu blessé, même légèrement, par une lance qu'il croit enchantée, n'a plus aucune chance de se rétablir. Il en est de même s'il se casse une jambe, mais il se rétablira rapidement à partir du jour où il aura fait la paix avec les règles qu'il a violées. On peut rattacher à cette thanatomanie l'amok malais qui fait que, pour venger la mort de l'un de leurs proches, des individus « courent l'amok » et tuent le plus grand nombre possible de gens jusqu'à ce qu'ils soient eux-mêmes exécutés. »

 

(Pudor)

 

 

http://p3.storage.canalblog.com/32/25/818611/69807817.jpg
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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 06:38

http://vietdom.blog.lemonde.fr/files/guerre_vn2.jpgBan Tai Doan est né en 1923 au Vietnam. Il appartient à la minorité ethnique Dao. Il lutta contre l’invasion de son pays par le Japon et commença alors à écrire des poèmes en langue man à la manière des troubadours. Dans le poème qui suit, écrit en 1965, il exprime la détresse de ses compatriotes qui ont fui leur pays car ils refusaient les regroupements de population au Sud-Vietnam.

 

 

 

 

 

 

 

 

NOSTALGIE DE L’ANCIEN VILLAGE

 

 

Et tu as au cœur la nostalgie de ceux des hameaux voisins,

Parce que l’ennemi les a trompés et qu’ils ont abandonné le pays natal,

Arrachés au vieux village, aux bons amis,

Le petit frère séparé du grand, et le grand loin du petit.

Notre lit laissé vide, personne n’y dort plus.

Le battant de la porte, plus personne ne l’ouvre.

Le petit tabouret, laissé là, plus personne ne s’y assoit.

La pipe à eau est envahie par la mousse.

Le petit au cœur trop jeune écoute et suit l’ennemi

Qui parque et pousse les gens du pays sir les routes du Sud.

Les escargots des rizières dorment sous le champ aride ;

Ils attendent la main qui retiendra les eaux.

Soir et matin, en aval de l’embarcadère, passent les poissons

Qui jamais plus ne retrouveront la belle, venue laver sa tunique

Couleur de ces terres.

 

 

Ban Tai Doan a également écrit ces vers que je trouve très beaux :

 

Demain tu iras vers ta ville

Avec toi j’irai jusqu’au bout.


Moi l’homme au village tranquille


Perdu dans la brousse des monts


Mes pas resteront dans ta trace.


À jamais nos peuples ne font


Qu’un seul foyer aux mille faces


Dans la chaleur de la maison.

 

 

Photo : Le Monde.

 

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 10:28

http://www.devoir-de-philosophie.com/images_fiches_de_lecture/7296.jpgUne émission de Canal+ suggère comme cadeau de Noël les Fragments d’un discours amoureux. Excellente idée.

 

Ce livre (comme tous les autres d’ailleurs) prouve que Barthes fut d’abord un très grand écrivain, et pas simplement un « écrivant », comme il craignait sans doute de l’être. J’ai lu ce livre au moment de sa sortie. Je vais le relire.

 

Cela m’a remémoré une anecdote savoureuse. Une de mes collègues anglicistes, plus jeune que moi, rencontre un jour un sémillant universitaire issu d’une autre discipline. Ils se plaisent. Par paresse intellectuelle ou par timidité, le jeune homme se sent incapable de lui écrire des choses de son cru (oui, je sais, tout de son cru…). Alors il lui écrit des lettres en pompant (oui, je sais…) hardiment dans les Fragments de Barthes.

 

Elle ne découvrira la supercherie qu’après le mariage.

 

Ils sont toujours ensemble malgré ce plagiat sûrement constitutif de quelque chose de très profond.

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 06:20

Marius Jacob (1879-1954) fut un « anarchiste illégaliste ». Cambrioleur ingénieux et doté du sens de l’humour, capable de grande générosité à l'égard de ses victimes, il sera un des modèles dont Maurice Leblanc s'inspirera pour créer le personnage d’Arsène Lupin. 


 

Il s'engage à douze ans comme mousse pour un voyage qui le mènera jusqu'à Sydney où il désertera.


Fiché, compromis dans une affaire d'explosifs et quelques menus larcins, condamné à six mois de prison, Jacob ne peut se réinsérer. Il va alors choisir « un illégalisme pacifiste » (« Puisque les bombes font peur au peuple, volons les bourgeois, et redistribuons aux pauvres ! »).


Il signe ses forfaits d'une carte au nom d’Attila. Cambriolant la demeure d'un capitaine de frégate, Julien Viaud, il s'aperçoit soudain qu'il s'agit de Pierre Loti, remet tout en place et laisse un de ses fameux mots : « Ayant pénétré chez vous par erreur, je ne saurais rien prendre à qui vit de sa plume. Tout travail mérite salaire. Ci-joint dix francs pour la vitre brisée et le volet endommagé. » 


 

Il réplique au président du tribunal qui lui demandait pourquoi, lors d'un cambriolage, il avait volé un diplôme de droit sans valeur marchande : « Je préparais déjà ma défense. » On est obligé de changer périodiquement ses gardiens, car il les convertit à l'anarchisme. Il est condamné à perpétuité au bagne de Cayenne.

 

En 1936, il va à Barcelone dans l'espoir de s'y rendre utile à la CNT, mais comprenant que c'est sans espoir, il revient en France et il achète en 1939, une maison à Reuilly : « Le pays où il ne se passe jamais rien ». Il se marie. En 2004, une impasse est baptisée à son nom et une exposition lui est consacrée à l'Office du tourisme en novembre.

Après la mort de sa mère en 1941 et de sa femme en 1947, il vieillit entouré d'amis comme Jean Maitron, auteur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, ou Robert Treno, le directeur du Canard Enchaîné.

 

En 1953, il rencontre un couple de jeunes enseignants, Robert et Josette. Profonde amitié entre les deux hommes, et passion partagée avec la jeune femme, à qui il accorde, malgré sa décision d'en finir avec la vie maintenant que son corps le lâche, une année.

Le 28 août 1954, il s'empoisonne, à l'aide d'une injection de morphine, avec son vieux chien, Négro, laissant le dernier de ses fameux mots : « (...) Linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J'ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de rosé à côté de la paneterie. À votre santé. » C’était sa première attaque à main armée.

 

(Tædium vitæ)

 

http://raforum.info/dissertations/IMG/jpg/mjacobthese.jpg  

 

 

Figure peu banale de savant fou, Morris Jessup (1900-1959) construisit le plus grand télescope d’Afrique du Sud. On le considérait comme un des grands spécialistes des problèmes de gravitation. Mais il s’intéressa surtout aux soucoupes volantes. Il écivit La Question des O.V.N.I.s. Il provoqua la risée de ses collègues en essayant de définir la puissance capable de modifier la structure moléculaire des corps.

 

Le 20 avril 1959, il relia le pot d'échappement de sa voiture à l'intérieur du véhicule.

 

(Pudor)

 

http://www.dominiosfantasticos.xpg.com.br/jessuphoto2.jpg

 

 

Jim Jones (1931-1978) fut l’auteur d’un des suicides les plus spectaculaires et les plus solidaires de l’histoire de l’humanité. Il fonda le groupe religieux d'inspiration protestante : le Temple du Peuple », prônant l’égalité raciale et la justice sociale. Sa communauté était établie au Guyana.

 

Jones fut brièvement affilié au parti communiste des États-Unis. Dès le début des années 1960, il adopte des enfants de différentes races qu'il appelle sa « rainbow family » (famille arc-en-ciel). Jones se dit maoïste et s’identifie à Marx. Il veut créer sa propre version du marxisme : le « socialisme apostolique ». Il pense être l’incarnation de Jésus et de Lénine. La femme du président Carter l’admire.

 

En novembre 1978, le député Leo Ryan est envoyé mener une enquête dans la communauté à la suite de plaintes déposées par des proches de membres du Temple du Peuple, selon qui la communauté était un véritable camp disciplinaire.

 

Le matin du samedi 18 novembre, le groupe de Ryan cherche à quitter les lieux lorsqu’un homme de la communauté agresse Leo Ryan avec un couteau. Le groupe de Ryan tente de fuir. D'autres membres de la communauté fidèles à Jones prennent alors un camion pour rejoindre le lieu du décollage et font feu sur le groupe qui commence à prendre place dans l’avion, tuant aussitôt Leo Ryan et 5 autres personnes. Dans la même journée, 908 habitants de la communauté, dont plus de 300 enfants, meurent dans ce qui fut appelé « un suicide collectif ».

 

 

Toutes les personnes ne sont pas mortes volontairement (plusieurs ont été abattues par des armes à feu ou des flèches). La majeure partie des membres a cependant ingurgité un mélange mortel de jus de fraise mélangé à du cyanure.

 

Il n’y a pas d’image de ce suicide collectif, mais une bande audio. Jones dit aux membres de sa communauté que l’URSS, avec laquelle il avait préalablement négocié un exil, ne les accueillerait plus à cause de l'assassinat de Ryan. Dans ces conditions, Jones et d'autres membres de la communauté déclarèrent qu'ils devaient commettre un « suicide révolutionnaire » en buvant un breuvage au cyanure mêlé à des somnifères. Seule, Christine Miller (link), membre de la communauté, exprime, son désaccord au début de la bande. D'autres membres se mettent à pleurer. Jones leur déclare : « arrêtez cette hystérie, ce n'est pas ainsi que les socialistes et les communistes meurent. Nous devons mourir avec dignité ». Jones dit alors : « N'ayez pas peur de mourir, la mort est juste le passage vers un autre plan, la mort est une amie ». À la fin de la bande, Jones conclut : « nous commettons un acte de suicide révolutionnaire en protestation contre les conditions de ce monde inhumain »

 

(Jactatio)

 

http://www.evi.com/images/thumbs/180/250/01-jones-jim.jpg

 

 

 

Dans le même ordre d’idées, Luc Jouret (1947-1994) avait créé, avec le spiritiste Joseph Di Mambro (link), une secte prospère, l’Ordre du temple solaire. Jouret pensait relier l’homéopathie au cosmos.

 

En 1993, la secte est soupçonnée de trafic d’armes et de blanchiment d’argent. Pour échapper à l’opprobre, Jouret décide de se saborder avec ses fidèles. Dans la nuit du 6 au 7 octobre, le temple de la secte s’embrase. On découvre 23 morts, la majorité tuée par balles. Quelques heures plus tard, trois chalets appartenant à la secte explosent : 25 morts. Un an plus tard, 16 autres membres meurent dans une clairière du Vercors, assassinés par deux maîtres de cérémonie qui se suicident juste après. Le 25 mars 1997, 5 autres membres de la secte se suicident au Québec.

 

(Jactatio)

 

http://farm4.staticflickr.com/3512/3959782527_53268c7959_z.jpg?zz=1

 

 

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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 07:47

 

 

http://www.youtube.com/embed/XAXAs03xsI8?rel=0

 

Selon Wikipédia, les premières mobilisations éclair (flashmob) eurent lieu lors de la visite de De Gaulle au Québec et après l'assassinat de Robert Kennedy.

 

Ici un rassemblement musical. Il y a aussi des kissmobs :

 

http://jet-society.com/wp-content/uploads/2011/02/KISSINGFLASHMOB.jpg

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 11:10

http://pictures2.todocoleccion.net/tc/2010/03/03/17890505.jpgUne des grandes voix de l’Amérique latine, Miguel Ángel Asturias fut un poète, diplomate guatémaltèque, prix Nobel de littérature (1967). Né à Guatemala en 1899, il est mort à Madrid en 1974. Il a été inhumé à Paris, au cimetière du Père-Lachaise.

Indien par sa mère, il puisa une bonne partie de son inspiration dans la culture maya.

Influencés par le surréalisme, ses romans relèvent d’un genre qu’il a beaucoup contribué à promouvoir : le réalisme magique.

Il connut l’exil de 1954 à 1961.

 

 

LITANIES DE L’EXILÉ

 

 

Être de passage, toujours de passage,

ne pas avoir d’ombre mais des bagages,

toaster bien que la fête ne soit pas la nôtre,

partager un lit qui n’est pas le nôtre,

Un lit et « notre pain » qui n’est pas le nôtre,

raconter des histoires qui ne  sont pas les nôtres,

prendre, laisser des toits qui ne sont pas les nôtres,

travailler à des tâches qui ne sont pas les nôtres,

parcourir des villes autres que la nôtre,

et dans les hôpitaux qui ne sont pas les nôtres

faire soigner des maux qui ont leur guérison

ou du moins leur soulagement. Mais non le nôtre,

qui ne peut guérir que par le retour…

 

Et toi, l’exilé :

Être de passage, toujours de passage,

à moins que demain, demain ou jamais…

le temps des horloges est un temps factice

qui au lieu du temps mesure l’absence.

Vieillir à coups d’anniversaires

qui ne sont pour nous qu’années décomptées

sur un agenda qui n’est pas le nôtre,

mourir sur une terre qui n’est pas la nôtre,

entendre pleurer ceux qui ne sont pas les nôtres,

et voir un autre drapeau que le nôtre,

recouvrir un bois qui n’est pas le nôtre,

couvrir un cercueil qui n’est pas le nôtre

et des fleurs et des croix qui ne sont pas les nôtres,

dormir dans une fosse qui n’est pas la nôtre,

se mêler à des os qui ne sont pas les nôtres,

être au bout du compte l’homme sans patrie,

un homme sans nom, un homme sans homme…

 

Et toi l’exilé :

 

Être de passage, toujours de passage,

avoir la terre pour auberge,

avoir pour tout bien des choses d’emprunt,

ne pas avoir d’ombre, mais des bagages,

à moins que demain, demain ou jamais…

 

(Rome, hiver 1966)

 

Poèmes indiens, NRF, Poésie/Gallimard

Traduction : Claude Couffon et René L.F.  Durand 

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7 décembre 2012 5 07 /12 /décembre /2012 07:09

http://www.qcm-de-culture-generale.com/fiches_images/2621.jpgOn connaît tous cette anecdote concernant Picasso. Le grand Pablo est au restaurant avec des amis. Machinalement, il crayonne un dessin sur la nappe de la table. Le patron se rue sur lui :

 

 

—   Monsieur Picasso, vous me signez ce dessin et je vous offre le repas, ainsi qu’à vos amis.

 

Et Picasso de répondre :

 

—   Si je signe, je prends le restaurant.

 

Jean-Baptiste Corot n’était pas comme ça. Vers la fin de sa vie, le célèbre caricaturiste Daumier avait quasiment perdu la vue. Il se rend chez son ami Corot, très gêné, et lui demande de lui avancer le prix d’un mois de loyer. Corot lui achète illico  une maison à Auvers-sur-Oise. Il restait au créateur du célèbre Don Quichotte sept ans à vivre. En ce temps-là, comme peut-être demain chez nous, il était de grands artistes qui ne pouvaient pas se soigner et qui finissaient leur existence dans la misère la plus noire.

 

Corot aida ses amis, mais aussi des anonymes. Pour secourir quelques peintres débutants, il lui arriva de signer leurs toiles. Il avait d'ailleurs choisi une signature en majuscules facilement imitable. En 1871, il donna 20000 francs aux pauvres de Paris pendant le siège des Prussiens. En 1875, il donna 10000 francs à la veuve de Jean-François Millet pour l’aider avec ses enfants. Il offrit également une aide financière à un centre pour jeunes déshérités à Paris.

 


 

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:23

Depuis quelques jours, je broute sur internet dans un domaine que je connais moyennement bien : la peinture. Je suis tombé sur un tableau dont je n’avais jamais entendu parler, mais que tous les spécialistes connaissent : Le lit défait de Delacroix. Comme son titre l’indique, ce tableau représente un lit … défait. Le peintre a forcément travaillé les plis des draps. Mais, contrairement à quantités d’autres de ses prédécesseurs qui avaient accordé aux plis en général un statut noble (plis des robes de princesses, plis des draps de velours etc.), Delacroix nous a proposé des draps tout à fait banals, limite propres, couvrant un lit sans intérêt, dans une chambre vide de meubles et de personnages.

 

Mais, en regardant de plus près, on découvre, au milieu des draps, quelques chose de terrifiant : la tête d’une Méduse. Singulier endroit pour une telle rencontre ! Et alors là, je me suis souvenu d’un écrit de Sacha Guitry, repris dans Cinquante ans d’occupation, un ouvrage où, à côté de la narration de ses rencontres avec quelques grands peintres qu’il a bien connus, il se garde bien d’amorcer la moindre autocritique sur sa posture (ne parlons pas de son rôle) pendant l’occupation allemande de la France. Le grand et beau Sacha raconte qu’il fut à deux doigts d’acheter ce tableau lors d’une vente aux enchères mais qu’il en fut dissuadé par un ami qui lui expliqua qu’aucun des propriétaires de cette aquarelle quasi monochrome n’avait jamais pu la conserver. Selon la légende, la Méduse, bien évidente au milieu des plis désordonnés, serait responsable de cet état de fait. Du coup, Guitry n’enchérit ni ne renchérit.

 

http://1.bp.blogspot.com/_U6kCOhPCoM8/TQVEK6y-6JI/AAAAAAAAEAM/qIIw72m5o_0/s1600/delacroix+le+lit+defait.jpg

 

Lit2.jpg

 


 

Puisque nous sommes dans les bizarreries picturales, je propose aux lecteurs de ce blog une énigme qui me dépasse complètement. Il est un tableau du grand siècle hollandais que j’adore, intitulé L’Enfant malade (Het zieken kind). Sur certains sites, il est répertorié comme étant l’œuvre de Jan Steen. Sur d’autres, il est dit avoir été peint par Gabriel Metsu, un contemporain de Vermeer qui fit du Vermeer toute sa vie. Ce qui me touche dans ce tableau, c’est que l’enfant aux yeux tristes regarde à peine le peintre (donc nous) tandis que sa mère (ou sa nounou) sourit légèrement. Pour elle, il y a de l’espoir, alors que l’enfant (une fille ou un garçon ?) est complètement enfermé dans sa souffrance.


(Je ne peux proposer une illustration car la reproduction du tableau est protégée par toutes sortes de droits).

 

À noter, sur le même thème, cette composition d’Edvard Munch : link

 

 

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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 10:17

http://a4.idata.over-blog.com/260x300/3/78/56/22/maunick-edouard-J-jpgÉdouard Maunick est né dans une famille métisse de l’Île Maurice (« Quant aux valeurs des différentes civilisations, n’oubliez pas que métis est mon état-civil », a-t-il proclamé). Il s’installe à Paris en 1960, où il collabore à la Coopération radiophonique. Il publie des articles pour Présence africaine. Il devient ensuite diplomate mauricien à Paris, après l’indépendance du pays.


Influencé par Césaire ou Senghor, Il écrit une poésie où il transmet son sentiment d’isolement et rappelle les persécutions subies par les Africains (Les Oiseaux du sang en 1954,  Les Manèges de la mer en 1964, Mascaret ou le livre de la mer et de la mort en 1966). Il écrit Fusillez-moi en 1970 pour protester contre la guerre du Biafra.


Il publie ensuite Africaines du temps jadis en 1976, En mémoire de mémorable, puis Jusqu’en terre Yoruba en 1979.


Le prix Guillaume-Apollinaire lui est attribué en 1977 pour Ensoleillé vif, puis le grand prix de la Francophonie en 2003.


Dans En mémoire du mémorable (1979), dont sont tirés les vers qui suivent, Maunick mêle intime et universel. L’oralité créole est fortement présente :

 

 

D’EXIL EN MÉMOIRE

 

En mémoire du mémorable

Ne pas craindre de bondir

Sur les mots les plus créoles

Ils ont goût de petit piments verts

Mais aussi saveur de mangue que l’on tête

[…]

 

en mémoire du mémorable

ouvrir toute grande sa gueule

d'insulé en rupture de malédiction

pour réciter Rimbaud à la sauce séga

crever toutes les baudruches à crocs perdus

dire à cette race de je-je-tu-tu accablée

sous le poids séculaire de ses livrées d’emprunt

que le vocabulaire est un don des entrailles

et qu’elle ferait mieux de marronner Molière

 

en mémoire du mémorable

relire l'Histoire à notre façon

pagayer en amont jusqu'à l'écorchure

réveiller tous les morts mal enterrés

entasser cendre sur cendre en plein midi

Ratsitatane hé Zulu, hé Boukman hé Nat Turner !

Il est temps de déserter tous les musées

Qui ne sont pas bois païens de chaire et d’os

Lumumba hé Malcolm X hé King hé Cabral hé Biko !

 

En mémoire du mémorable

Compter ses absents debout

Parce qu’ils ne sont pas morts

De leur propre mort mais en fraude

Des noms certes des noms grands fétiches

Et pourquoi pas quand l’Apartheid s’engraisse

Pourquoi pas fêler nos gorges jusqu’à la déchirure

En une plaie d’appels plus clairs que discours d’État

Nous sommes depuis longtemps pourquoi rêver d’être

 

En mémoire du mémorable

Toucher de nos doigts toucher

Ceux qui ne seront jamais cadavres

Ce peuple né n’a cure de légendaire

Il est bien planté dans la chair du temps

Il ne sera pas il est depuis longtemps déjà

A Soweto c’est aujourd’hui que meurent les enfants

Parce qu’ils en ont assez d’attendre l’avènement

Le nègre est de toute éternité il n’est pas à venir

[…]

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 09:17

http://www.dessinateur.biz/blog/wp-content/uploads/2012/10/1057c_bar_des_amis.jpgEn français, une héroïne est une personne exceptionnelle ou un personnage de roman. C'est aussi une substance très toxique.


Même chose en anglais sauf que la personne s'écrit heroine et la substance heroin.


Ça n'a pas raté : dans l'intitulé – de deux lignes – d'une épreuve du tout récent Capes d'anglais, heroin a remplacé heroine.


Un collègue et ami attristé m'écrit ceci :

 

“ C'est complètement désolant, on peut toujours se dire que les concepteurs/correcteurs étaient sous l'emprise de quelque chose d'assez violent, mais même comme ça, ça ne me fait pas rire. C'est assez symbolique de toute l'importance attachée au concours de recrutement d'enseignants, et du statut que notre société postmoderne accorde aux enseignants. ”

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