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8 mars 2026 7 08 /03 /mars /2026 06:01

L’empire américain s’effondre comme l’Union soviétique, affirme Emmanuel Todd. En 1976, le démographe avait prédit la chute de la superpuissance communiste en se basant sur des données relatives à la mortalité infantile. Aujourd’hui, il voit dans les statistiques démographiques le signe du déclin des États-Unis. Et il met en garde contre une Allemagne réarmée. 

 

La guerre en Ukraine concerne l’Allemagne, avait déclaré le démographe, historien et auteur à succès français dans le magazine Weltwoche au printemps 2023. Peu après, Emmanuel Todd a consacré un livre à ce pays, dans lequel le nihilisme de la civilisation occidentale occupe une place importante : « La Défaite de l’Occident », publié en 2024. Au printemps 2025, un autre entretien a eu lieu avec le magazine Weltwoche. Todd a alors déclaré : « La Russie a gagné la guerre. » Une opinion que partagent désormais des experts de renom tels que le colonel américain Douglas Macgregor.

Jeune chercheur, Todd s’était fait connaître en 1976 en prédisant l’effondrement de l’Union soviétique. Il justifiait cette prédiction par le taux élevé de mortalité infantile dans l’empire communiste. Plus tard, lorsqu’il critiqua l’introduction de l’euro, exigée par la France en contrepartie de la réunification allemande, il fut très sollicité pour des interviews en Allemagne. Todd attribuait à l’élite de son propre pays une « névrose allemande ». Il pressentait que la monnaie unique aiderait également l’Allemagne à asseoir sa suprématie politique en Europe. 

Son livre “Après l’Empire”, publié en 2002, est devenu un best-seller international. Il nous a accordé une troisième interview depuis le début de la guerre en Ukraine, dans laquelle il établit des parallèles entre le déclin de l’Amérique et l’effondrement de l’Union soviétique. Et il pose la question suivante : que fera l’Allemagne lorsque la guerre sera terminée ?

 

Weltwoche : Monsieur Todd, la guerre en Ukraine entre dans sa cinquième année. Avec le recul, y a-t-il des aspects que vous avez mal évalués ? 

 

Emmanuel Todd : J’ai toujours des scrupules et des doutes. La prévision était correcte : l’Occident a perdu cette guerre depuis longtemps. Si les Américains l’avaient gagnée, Joe Biden aurait été réélu. Donald Trump est le président de la défaite. Aujourd’hui, il faut ajouter à cela que la conséquence de la défaite est le déclin de l’Occident. On peut comparer cet effondrement d’une civilisation – la civilisation occidentale – à la fin du communisme et de l’Union soviétique. Il est encore difficile de se faire une idée précise de son évolution. Son symptôme le plus spectaculaire est la perte de réalité.

 

Weltwoche : Quand avez-vous pris conscience de l’ampleur de la guerre en Ukraine ?

 

Todd : Lorsque j’ai réussi à déterminer le nombre d’ingénieurs aux États-Unis et en Russie. La population américaine est deux fois et demie plus importante que la population russe, mais les États-Unis forment moins d’ingénieurs. John Mearsheimer, que j’admire, estime que l’Ukraine revêt une importance existentielle pour la Russie. C’est sans aucun doute vrai. Mais contrairement à Mearsheimer, je suis convaincu que l’Ukraine est encore plus importante pour les États-Unis : la défaite des États-Unis révèle la faiblesse de leur système. Elle a une signification tout à fait différente des défaites au Vietnam, en Irak et en Afghanistan. Les États-Unis perdent, laissent le chaos derrière eux et se retirent. En Ukraine, ils mènent une guerre contre leur ennemi historique depuis 1945. La perdre est inimaginable.

Le début d’une guerre mondiale, par Emmanuel Todd

Weltwoche : Donald Trump voulait y mettre fin en 24 heures.

 

Todd : C’était son intention sincère. La vulgarité et l’amoralité de Trump sont insupportables pour un bourgeois européen comme moi. Mais il défend aussi des causes tout à fait raisonnables. Le projet MAGA, « Make America Great Again », consiste à représenter les intérêts de la nation. Après un an, Trump a dû admettre que malgré le protectionnisme et les droits de douane élevés, la réindustrialisation ne fonctionnait pas. Il manque des ingénieurs, des techniciens, des ouvriers qualifiés. La proportion d’analphabètes parmi les jeunes âgés de 16 à 24 ans est passée de 17 à 25 % au cours des dix dernières années. L’Amérique dépend des importations, elle ne peut s’en passer. En tant que première puissance mondiale, délocaliser l’industrie en Chine était pure folie. Même dans le domaine de l’agriculture, la balance commerciale est déficitaire. Les droits de douane sont devenus une menace pour le dollar. Il est l’arme de l’empire qui vit à crédit du travail d’autres pays. L’état désastreux de la société américaine rend impossible la mise en œuvre du MAGA. Il manque le dynamisme économique et intellectuel nécessaire. 

 

Weltwoche : Et c’est pourquoi Trump doit mener des guerres à contrecœur ? 

 

Todd : C’est son dilemme. Il a été pris dans le tourbillon de la politique étrangère américaine des dernières décennies. Les États-Unis cherchaient à étendre et à renforcer leur empire. Trump n’a pas freiné cette évolution, il l’a accélérée. Joe Biden a compensé le déclin de l’empire par la guerre en Ukraine. Trump multiplie les théâtres d’opérations. Il a cherché à mesurer sa force à celle de la Chine, qui l’a mis à genoux avec son embargo sur les terres rares. Il menace le Canada et Cuba. Il veut le Groenland et humilie les Européens. Au Venezuela, l’impérialisme d’un empire en phase terminale s’est manifesté sous la forme d’un enlèvement et d’un pillage. Sa politique douanière est une forme de chantage. Dans pratiquement tous les domaines, il a obtenu l’effet inverse de celui escompté.

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6 mars 2026 5 06 /03 /mars /2026 06:01

Le Monde Diplomatique donne la parole à Francesca Albanese : « Le ministre des affaires étrangères français, M. Jean-Noël Barrot, persiste, signe et s’enferre : la rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation dans les territoires palestiniens occupés doit démissionner… pour des propos qu’elle n’a pas tenus. Mme Francesca Albanese répond dans nos colonnes à la vaste campagne de dénigrement dont elle est victime.

« Depuis plus de deux ans, mon mandat fait l’objet de polémiques soigneusement orchestrées, et d’une virulence croissante. Le 8 février, une députée française a attaqué ma personne sur la base de déclarations tronquées me faisant dire qu’Israël « est l’ennemi commun de l’humanité », alors que mon discours visait les pays qui ont armé Israël, ainsi que les médias et les algorithmes des réseaux sociaux qui ont amplifié le discours génocidaire. Sans prendre soin de vérifier la teneur exacte de mes dires ni examiner les faits, le ministre des affaires étrangères français Jean-Noël Barrot s’est aussitôt fait l’écho de ces attaques à l’échelle internationale, condamnant comme « outranciers et coupables » des propos que je n’ai jamais tenus et annonçant que la France saisirait le Conseil des droits de l’homme des Nations unies pour appeler à ma démission. Ses homologues italien, allemand et tchèque lui ont emboîté le pas, sans davantage procéder aux vérifications élémentaires qu’exige leur charge. Le 19 février, le premier ministre français Sébastien Lecornu a publiquement repris la même demande. »

 

 

Pour Christophe Ventura, Cuba est bien seule : « Est-ce la fin de la révolution cubaine ? Le président américain Donald Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio semblent bien décidés à la faire advenir. En quête d’un nouveau trophée impérial, ils appliquent la méthode testée avec succès contre le Venezuela, l’allié numéro un de La Havane et son premier soutien économique depuis les années 2000. Pour un adversaire des États-Unis en Amérique latine, M. Trump et son administration n’envisagent qu’un destin : la soumission. Mais deux chemins peuvent y conduire. La première voie est celle de la négociation — avec un pistolet sur la tempe —, qui doit aboutir à un « accord », aux conditions américaines. Si cette première option s’avère impraticable, la seconde s’impose, comme ce fut finalement le cas à Caracas : l’utilisation de la force brute. C’est alors M. Trump qui fixe, seul, les règles, donne le tempo et siffle la fin de la partie. Le locataire de la Maison Blanche dispose d’un atout redoutable dans la confrontation : son imprévisibilité. À tout moment, il peut changer d’avis et frapper. La mise en scène de son « imperium » est dorénavant bien huilée, presque ritualisée. M. Trump a pris l’habitude de partager ses humeurs du jour avec quelques journalistes. Une intervention militaire à Cuba « Ce ne serait pas une opération très difficile comme vous pouvez l’imaginer. Mais je ne pense pas que cela sera nécessaire »

 

 

Nos maires sont en campagne(Julian Mischi) : « Á la suite du scrutin municipal de 2014, journalistes et universitaires se sont pressés pour observer de près l’expérience de démocratie locale à l’œuvre à Saillans, un bourg de 1 300 habitants situé au pied du Vercors. Des habitants, opposés aux élus sortants à propos de l’installation d’un supermarché, avaient constitué une liste citoyenne et remporté le scrutin, en promettant une gestion collégiale et participative. Ce laboratoire politique n’émerge pas n’importe où : nous sommes dans le Diois, une partie de la Drôme qui voit, depuis plusieurs décennies, l’arrivée de néoruraux diplômés, fortement impliqués dans la vie associative. »

 

 

Constantin Brissaud débusque l’invention du trou de la Sécu : « Les systèmes de protection sociale mis en place par de nombreux pays après la seconde guerre mondiale appréhendaient la santé comme une condition nécessaire au bien-être. Huit décennies plus tard, elle n’apparaît plus dans les discours publics et les médias que comme une « dépense » comptable. Entre-temps, une sourde bataille dans les institutions internationales fut menée — et perdue. »

 

 

Arsène Ruhlman nous emmène à bord du TGV chinois : « Qu’est-ce que le train à grande vitesse chinois ? Un écosystème technique intégré à l’échelle vertigineuse, une prouesse d’ingénierie à l’équilibre économique fragile, un puissant vecteur d’intégration régionale. Tout cela, sans doute, mais aussi une vitrine que la Chine aime présenter au monde dans le cadre de ce que la presse locale a baptisé la « diplomatie du TGV »

 

 

 

Tom Stevenson évoque la surenchère de M. Bukele : «  Pour les droites latino-américaines, le président salvadorien fait figure de modèle en matière de lutte contre le crime organisé. Sa politique de la « main de fer » multiplie les violations des droits humains, au nom du combat antigang. Elle inspire d’autres États comme l’Équateur. Et enchante Washington, qui expulse ses migrants encombrants vers les prisons du pays centre-américain. »

 

 

 

Dans les vergers de Californie, des enfants triment et tremblent (Robert Lopez) : « epuis des décennies, des enfants nés aux États-Unis ramassent les fruits en Californie aux côtés de leurs parents immigrés. Les luttes syndicales des années 1960 et 1970 leur ont permis d’acquérir certains droits. Mais pas assez pour vivre correctement, protégés des accidents du travail et des pesticides. À cela, la police de l’immigration ajoute à présent la peur de l’expulsion de leurs proches. ».

 

 

Pour Eva Tapiero, la colère rurale couve au Maroc : « Partenaire choyé de l’Union européenne, le royaume a connu plusieurs contestations au cours des dernières années, dont celle de la « Gen Z 212 », sigle choisi par la jeunesse en révolte contre les inégalités et la corruption. Les revendications qu’elle formule font écho à celles des travailleurs agricoles, qui ne bénéficient que très peu de la manne des exportations de fruits et de légumes. »

 

Bernard Hourcade demande quelle relève pour l’ran : « Depuis le début de l’année, les États-Unis ont soufflé alternativement le chaud et le froid sur l’Iran. D’un côté, l’administration américaine a déployé une imposante armada aéronavale dans les eaux du golfe Persique et dans ses bases de la région. Pour de nombreux observateurs, il ne fait aucun doute qu’une telle concentration d’avions et de navires de guerre, dont deux porte-avions, ne peut qu’être le prélude à une attaque d’envergure, fût-elle limitée dans le temps. De l’autre, Washington et Téhéran ont accepté de reprendre les négociations au sujet du programme nucléaire iranien, mais il s’agit, derrière cette question stratégique, d’une tentative de régler le contentieux politique global qui oppose l’Iran et les États-Unis depuis la prise en otage des diplomates américains en 1979. S’il est difficile de prévoir quelles seraient les conséquences d’une opération militaire, notamment en ce qui concerne la survie du régime iranien, une éventuelle, longue et difficile « normalisation » Iran - États-Unis serait une nouvelle révolution pour les Iraniens, car elle saperait les fondements idéologiques de la République islamique.

 

La révolution iranienne de 1979 fut marquée par l’irruption de l’islam populaire comme force politique. Depuis lors, on a surtout regardé la République islamique au prisme de l’islam révolutionnaire et régulièrement prédit sa chute imminente en occultant les forces et idées politiques d’indépendance, de liberté, de respect des droits humains et de justice sociale qui avaient abouti au renversement d’une monarchie despotique et inféodée aux États-Unis. Ces forces n’ont jamais disparu, tandis que le régime s’enfermait dans le despotisme et la corruption et que la société continuait de se transformer et, souvent, de se révolter. »

 

 

Fanny Pigeaud estime que Washington veut déloger Pékin du Congo : « Premier producteur mondial de cobalt et deuxième de cuivre, la République démocratique du Congo est devenue l’un des principaux théâtres de l’offensive américaine pour sécuriser l’accès aux ressources stratégiques, sur fond de rivalité croissante avec la Chine. Soutenus par la Maison Blanche, les investisseurs cherchent à s’implanter dans un pays toujours en proie à une guerre dévastatrice. »

 

 

Philippe Descamps montre que Montpelleier parie sur la gratuité des transports : « En 2018 et 2019 ont eu lieu deux phénomènes majeurs dans notre histoire sociale : les “gilets jaunes” et les marches des jeunes pour le climat. En cherchant une réponse politique, j’ai commencé à m’intéresser à la gratuité des transports. »Élu maire de Montpellier et président de la métropole en 2020, le socialiste Michaël Delafosse a fait de ce sujet un « totem »,un engagement qui figurait sur ses bulletins de vote. Il cite le « droit à la ville » d’Henri Lefebvre pour défendre ce choix « structurant »reliant « justice sociale, transition écologique et cohésion territoriale », dans une commune où le taux de pauvreté atteint 28 %, contre 15,4 % en France métropolitaine. »

 

 

Serge Halimi et Pierre Rimbert dénoncent les “ fake news ” du Quai d’Orsay : « Où va la diplomatie française ? Et qui parle en son nom ? Lorsque la réaction de M. Emmanuel Macron à l’enlèvement de son homologue vénézuélien par des militaires américains fut à ce point enthousiaste que M. Donald Trump la relaya aussitôt sur son compte, le président français en parut embarrassé. Pour un défenseur proclamé du droit international contre les transgressions des « régimes autoritaires », saluer l’action meurtrière (une centaine de tués) d’un commando dans une capitale étrangère faisait plutôt mauvais genre. M. Macron se défendit en expliquant… qu’il ne fallait pas accorder la moindre importance à sa réaction sur X : « La politique ne se fait pas avec des “tweets”. La seule chose qui compte, c’est le communiqué du ministre des affaires étrangères » —un communiqué qu’il disait avoir « cautionné » (Le Monde,10 janvier 2026). »

 

 

Dominique Pinsolle évoque la vertu selon Netflix : « Série phare de Netflix au succès planétaire, Stranger Things(2016-2026) a été rapidement accueillie comme une œuvre progressiste. Probablement parce que, entre fantastique et science-fiction, cette histoire d’enfants passionnés de jeux de rôles et confrontés à des forces maléfiques cultive la nostalgie des années 1980 — où elle se déroule — sous l’angle du féminisme, de la diversité culturelle et de la marginalité. Lors de la remise d’un prix couronnant la série en 2017, l’acteur David Harbour s’est enflammé, au nom de tous ses collègues : « Cette récompense (…) est un appel (…) à construire, à travers notre art, une société plus empathique et plus compréhensive (…). Nous repousserons les brutes, nous protégerons les marginaux et les exclus, ceux qui n’ont pas de foyer. » Il n’en fallait pas davantage, au début de l’ère Trump, pour voir dans ce programme l’avant-garde d’une résistance culturelle portée par Netflix, plate-forme réputée proche des idées démocrates. L’univers parallèle au cœur de l’histoire (le « Monde à l’envers ») et ses inquiétantes créatures ont même été perçus comme une métaphore de l’Amérique ravagée par le néolibéralisme. Et comment ne pas assimiler au président républicain le traître de la troisième saison (un politicien blond, affairiste et corrompu par les Russes) ? »

 

 

Olivier Koch et Nikos Smyrnaios dénonce ce que l’IA inflige au journalisme : « Il suffit de mettre en parallèle l’efficacité des robots conversationnels et la médiocrité de l’information produite par la plupart des médias pour goûter une amère ironie : volontairement asservi à la pression du clic et de l’instantané, le journalisme s’est lui-même rendu automatisable. Face à l’intelligence artificielle, la presse doit se refonder ou disparaître. »

 

 

Lahouari Addi a regardé le monde vu de Königsberg : « À la toute fin du xviiie siècle, le philosophe Emmanuel Kant (1724-1804) s’engageait sur le terrain cosmopolitique, et réfléchissait aux conditions d’une « paix perpétuelle ». Sa pensée, fondatrice pour le droit international, reste vivace. Elle éclaire les dynamiques guerrières, les dilemmes sécuritaires, les blocages diplomatiques et les tragiques renversements qui caractérisent notre époque. »

 

 

Lionel Richard explique l’art de durer en politique : « Comment un parlementaire « de gauche », engagé dans le combat contre la haine raciste, a-t-il pu rallier Vichy et servir avec zèle le maréchal ? Moins atypique qu’il n’y paraît, le cas de Paul Marchandeau (1882-1968) éclaire le rôle des ambitions personnelles, des connivences notabiliaires et des réseaux de pouvoir dans les phénomènes de dérive politique. »

 

 

 

Jean-Arnault Dérens évoque des Balkans imaginaires : « Ceux qui en ignoraient à peu près tout les ont rêvés longtemps et confusément. Les Balkans étaient de remarquables embrayeurs de fantasmes. Frontières indécises, paysages contrastés, ils apparaissaient secrets, à l’écart de la modernité, d’une singularité qui favorise leur réinvention en principautés d’opérette ou en contrées vaguement primitives. »

 

 

 

Evelyne Pieillier se demande pourquoi Saint-Exupéry a écrit sur un mouton : « e n’est pas juste un phénomène. C’est un mystère. Tout le monde connaît l’inoxydable « S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ». On en est tout ému ou tout crispé, peu importe, on connaît. Depuis quatre-vingts ans, on connaît. De près, de loin, comme s’il faisait partie depuis toujours ou presque de l’imaginaire collectif ; du patrimoine, pour tout dire. Le monde change, Le Petit Prince reste.

 

Difficile de ne pas se demander pourquoi. L’aviateur Antoine de Saint-Exupéry, écrivain couronné, combattant honoré, est à New York depuis la fin 1940 ; il y a publié Pilote de guerre, qui fut un grand succès. En 1943, il fait paraître un bref texte qu’il a illustré de ses aquarelles, un conte pour les enfants, ceux qui en ont l’âge, ceux qui se rappellent l’avoir été. Il dédie Le Petit Prince à son ami, celui qui, cette même année 1943, est déjà au cœur de sa Lettre à un otage, l’écrivain Léon Werth, « quand il était petit garçon ».

 

En 1944, après avoir rejoint l’Afrique du Nord et repris du service dans l’armée de l’air, il disparaît dans la Méditerranée au cours d’une mission. Dès lors, il devient une légende. Un aviateur raconte sa rencontre, alors qu’il est en panne dans le désert, avec un enfant venu d’un lointain astéroïde. Cet enfant, le Petit Prince, souverain et unique habitant de son univers, en est parti pour s’éloigner de la capricieuse rose qu’il aime. Il a voyagé, fait la connaissance de quelques habitants d’autres planètes. Arrivé sur Terre, il converse avec un renard dont il devient l’ami, et avec un serpent. Il partage un long moment avec l’aviateur, puis choisit de retourner chez lui. En se faisant piquer par le serpent. »

 

Le Monde Diplomatique Mars 2026

PS qui a forcément à voir...

 

Pete Hegseth, secrétaire d'Etat étasunien, a appelé en 2025 à revenir sur le 19è amendement de la Constitution qui donne le droit de vote aux femmes.


Notez bien son tatouage...

Le Monde Diplomatique Mars 2026
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2 mars 2026 1 02 /03 /mars /2026 06:01

Dans Le Grand Soir, Chris Hedges dénonce les attaques croissantes contre Francesca Albanese qui présagent une nouvelle période sombre : « La campagne vicieuse et soutenue menée contre Francesca Albanese, rapporteure spéciale des Nations unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, par Israël et les États-Unis, inclut désormais les ministres des Affaires étrangères allemand, italien, français, autrichien et tchèque, qui exigent sa démission. Cette campagne s’inscrit dans le cadre d’un effort des nations industrialisées visant à la fois à soutenir le génocide à Gaza – près de 600 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis l’entrée en vigueur du faux cessez-le-feu – et à réduire au silence tous ceux qui exigent que la communauté internationale respecte l’état de droit.

La dernière attaque contre Francesca Albanese, qui s’inscrit dans le cadre d’une campagne concertée visant à discréditer les organismes internationaux tels que l’ONU, repose sur une vidéo délibérément tronquée d’un discours prononcé par Francesca Albanese à Doha le 7 février, qui déforme et interprète de manière erronée ses propos. Mais la vérité, bien sûr, n’a aucune importance. L’objectif est de la réduire au silence, ainsi que tous ceux qui défendent les droits des Palestiniens. »

 

 

Dans L’Obs, Louis Sarkozy assène que, face au RN, s’il gagne à Menton, il sera « président de la République ». Nous verrons bien…

 

 

L’Obs : à l’occasion de la mort de Quentin Deranque, Villepin dénonce la « diabolisation » de LFI qui « prépare la prise de pouvoir par l’extrême droite » : l’ex-Premier ministre estime que « renvoyer dos à dos » LFI et extrême droite est une « faute politique majeure ». Et il dénonce une normalisation de l’extrême droite, rappelant que depuis 1986 « 59 morts sont attribués à l’ultradroite, contre 6 à l’ultragauche ».

 

Pour Le Monde, à l’occasion de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran : Paris, Berlin et Londres font preuve d’une grande prudence : « Dans un communiqué commun indiquant une forme de soutien tacite sans participation offensive, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont à la fois souligné qu’ils n’avaient pas participé aux frappes contre Téhéran et critiqué les « attaques iraniennes contre les pays de la région ». De simples mises en garde, presque du bout des lèvres, mais aucune condamnation de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran. S’ils redoutent la perspective d’un changement de régime imposé de l’extérieur par la force, les principaux alliés européens des Etats-Unis et de l’Etat hébreu – France, Allemagne et Royaume-Uni – ont fait preuve d’une grande prudence, après le déclenchement des frappes contre des responsables du régime iranien et les installations nucléaires et balistiques du pays, non sans dénoncer avec fermeté la réplique orchestrée dans la région par Téhéran. Avant même que la mort du Guide suprême Ali Khamenei soit confirmée dans la nuit de samedi à dimanche.

Dans un communiqué commun diffusé samedi après-midi, le président français, Emmanuel Macron, le chancelier allemand, Friedrich Merz, et le premier ministre britannique, Keir Starmer, ont réaffirmé leur « engagement en faveur de la stabilité régionale et de la protection des vies civiles », sans autre forme de commentaire, ni d’appel à la retenue.

 

 

Dans L’Humanité, Francis Wurtz, député honoraire au Parlement européen, rend hommage à Leila Shahid : « Leila Shahid nous a quittés. Combien sommes-nous à ne pas arriver à accepter l’idée que nous n’entendrons plus cette voix sans pareille, si chaleureuse, si généreuse, si sincère ; que nous ne verrons plus cette personnalité élégante qui incarnait comme nulle autre la cause palestinienne, « cause d’un peuple courageux, digne, qui se bat tout seul depuis près d’un siècle, simplement pour la justice ». Loin des slogans réducteurs, elle puisait avec sa sensibilité dans le quotidien de son peuple et dans sa vaste culture les arguments à même d’éclairer ses interlocuteurs. »

 

Revue de Presse 599

 

 

PS : Y'a pas à dire : nos grands médias sont équanimes et ils aiment Mélenchon

Revue de Presse 599
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23 février 2026 1 23 /02 /février /2026 06:01

Dans le Grand Soir, Theophraste R. revient sur l’extrême violence de Mélenchon : « Citez-moi un seul appel à la violence de Mélenchon », s’égosille Manuel Bompard.

« Toujours, j’appelle aux débats pacifiques, hors de toute violence » clame Mélenchon.

Et alors, qu’est-ce que c’est sinon un appel public au meurtre, trois fois répété en quelques secondes ?

Ah ? On me souffle dans l’oreillette que je confonds avec Enrico Macias appelant en direct, à la télé, à « dégommer » les militants de LFI.

Peut-être, mais l’extrême violence de l’extrémiste Rama Hassan, du parti extrémiste LFI, inquiète quand on la voit à un ou deux km d’une bagarre (et pas à la même heure) continuer à dénoncer les meurtres extrêmes d’enfants extrêmement jeunes par une armée extrêmement immorale.

Théophraste R

 

Toujours dans Le Grand Soir, Daniel Vanhove évoque la disparition de Leila Shahid : « Femme simple et abordable, personnalité hors du commun, Leila Shahid était d’une intelligence rare et d’une perspicacité que ses opposants redoutaient. Même aux pires moments, jamais elle ne se laissait ’’mettre en boîte’’ par quelque interlocuteur qui soit. Elle connaissait la Palestine et ses habitants mieux que quiconque. Et les défendaient avec courage et brio en toutes circonstances.

Épuisée par ses combats et une lutte acharnée à défendre les Palestiniens et leur juste cause en toutes circonstances, Leila s’était retirée de la vie publique tout en continuant, plus discrètement à intervenir ici-et-là quand elle y était invitée et que son état de santé le lui permettait.

Femme admirable, rayonnante d’une ferveur communicative, renvoyant ses détracteurs dans les filets par des arguments imparables, Leila Shahid restera l’une des plus brillantes diplomates que la Palestine ait connue. Et beaucoup pourront puiser dans ses interventions matière à les éclairer sur leur approche de la Palestine, afin d’en mieux comprendre les rouages et les complexités. »

 

L’Obs évoque les opérations anti-hernie sans prothèse : « On a perdu l’habitude d’opérer sans prothèse » : enquête sur le scandale des implants anti-hernie :

Ces dispositifs médicaux, qui se sont imposés dans les hôpitaux français au point d’être implantés à 200 000 patients par an, sont sous haute surveillance, après la médiatisation de complications dramatiques. Ailleurs dans le monde, ils font l’objet d’alertes depuis plusieurs années.

Sophie, 47 ans, ne peut rester « ni trop longtemps debout, ni trop longtemps assise ». La vie de cette ancienne secrétaire dans l’informatique a basculé voilà deux ans, après la pose d’une prothèse destinée à réparer une hernie inguinale, soit une masse qui se forme sous la peau, au niveau de l’aine, lorsqu’une partie du contenu de l’abdomen sort par une brèche. « Je n’ai pas de mots pour décrire la douleur que j’ai ressentie juste après l’opération. » Son état de santé s’est ensuite tellement dégradé qu’elle a été licenciée pour inaptitude et déclarée en invalidité.

 

 

Le site Communistes revient sur la personnalité de Quentin Deranque, le militant d’extrême droite récemment assassiné : « il est présenté par les média tel un « militant pacifique », jeune étudiant de 23 ans « joyeux » et « non violent », une image idyllique du «jeune chrétien tué par les antifas». Les groupes néofascistes revendiquent quant à eux « leur camarade » sous un tout autre jour : celui d’un militant néofasciste engagé… Mediapart révèle également sa présence l’an dernier à Paris à la manifestation du comité du 9 mai (C9M), groupuscule néofasciste dans lequel il militait. Un engagement actif dans une ligne idéologique néofasciste glorifiant le nazisme, pratiquant l’intimidation politique contre toute opposition. Loin de l’image « pacifique » relayée par les grands "média ", le militant défendait un projet politique clair : violent, néofasciste, structuré par l’antisémitisme, le racisme, le besoin de restaurer une pureté raciale, lié à un catholicisme intégral, militant traditionaliste, royaliste.

Il était venu assurer le service d’ordre dans le cadre d’une action raciste organisée par des militantes d’extrême droite de Némésis, se mobilisant contre la tenue d’une conférence de Rima Hassan dans le campus de Sciences-Po Lyon.

 

Dans Courrier International, Stefano Montefiori, à propos de l'assassinat de Quentin, dit avoir tout de suite pensé qu’il s’agissait d’un événement très grave et qui était malheureusement le résultat d’un climat politique de plus en plus radicalisé et violent en France. Ce n’est pas un simple épisode mais quelque chose qui doit alerter la classe politique, qui doit apporter des solutions et des réponses. Cette agression mortelle risque de n’être que la partie émergée d’un iceberg de violences.

J’ai l’impression que la société est de plus en plus polarisée. La France n’est pas le seul pays concerné, c’est un phénomène que l’on observe un peu partout dans le monde. 

Revue de Presse 598
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16 février 2026 1 16 /02 /février /2026 06:01

- Une nouvelle attaque contre la Sécu

- Travailler au bureau en chaussettes ?

- La lutte des classes aux États-Unis bat son plein

 

Pour ResPublica, une attaque d’envergure contre la Sécu est en route : de Benjamin Morel, le constitutionnaliste chouchou des médias dominants, à Clément Beaune, Haut-commissaire à la stratégie et au Plan de l’extrême centre macroniste, en passant par le rapporteur LR Philippe Juvin du budget de l’État, la fusion des budgets de l’État et de la Sécurité sociale est revenue dans le débat. Le journal Les Echos en fait un article intitulé « Fusionner le budget de l’État et de la Sécu : une fausse bonne idée ? ».

Or c’est le budget de la Sécu qui finance déjà le budget de l’État ! Prenons un exemple : 75 milliards d’exonérations de cotisations sociales et 15 milliards d’exemption de cotisations sociales ont été le terrain favori de la non-compensation des exonérations et de l’autorisation des exemptions.

Voilà pourquoi le grand patronat veut faire fusionner le budget de l’État (501 milliards) et le budget de la Sécu (685 milliards), pour pouvoir pomper encore plus facilement tout en préparant la privatisation des profits une fois la Protection sociale complémentaire des fonctionnaires (PSC) installée.

 

 

Nicolas Santolaria, dans Le Monde se demande si travailler en chaussettes au bureau est un summum de décontraction ou de suprême aliénation ? « Venue de la Silicon Valley, la tendance “ no shoes ” invite à travailler en chaussettes, claquettes ou pantoufles. Une décontraction encouragée qui brouille la frontière entre les sphères privée et professionnelle. »

 

 

Tom Hall, dans le World Socialist Website, observe que la lutte des classes aux États-Unis bat son plein, avec des grèves importantes. « Le premier mois de 2026 a été marqué par l'éclatement de luttes sociales majeures aux États-Unis, à commencer par les manifestations de masse contre la dictature et les meurtres commis par l'ICE. Lundi, 6 400 enseignants de San Francisco se sont mis en grève. Dans une ville où les coûts du logement ont atteint des niveaux inabordables en raison des dépenses des milliardaires du secteur technologique, les enseignants réclament des augmentations salariales, des limites applicables en matière d'effectifs par classe et de dotation en personnel, ainsi qu'une augmentation des financements. Ils font grève alors que les lycéens, bravant les menaces des administrateurs scolaires, des politiciens et des bureaucrates syndicaux enseignants, se mettent en grève dans tout le pays pour s'opposer aux attaques contre les immigrants. À Los Angeles, des dizaines de milliers d'enseignants ont voté en faveur d'une grève pour les mêmes raisons. 4000 employés de pharmacies et de laboratoires se sont joints à la grève en cours de 31 000 infirmières et autres travailleurs de la santé de Kaiser Permanente, qui entre maintenant dans sa troisième semaine, contre les coupes budgétaires dans les soins de santé motivées par le profit. Il est significatif que le même jour, les syndicats de New York aient décidé de trahir une grève d'un mois menée par 15 000 infirmières de la ville de New York, précisément en raison de l'émergence potentielle d'un mouvement national des travailleurs de la santé. Des dizaines de milliers de travailleurs chez UPS, Amazon, dans l'industrie automobile et ailleurs luttent également contre les licenciements collectifs.

La répression de la résistance organisée par la bureaucratie syndicale a créé une situation dans laquelle des décennies de tensions sociales refoulées éclatent aujourd'hui au grand jour. Ses salaires à six chiffres, ses milliards en actifs provenant des cotisations des travailleurs et son accès à la direction et aux politiciens bourgeois dépendent tous de sa capacité à remplir cette fonction. La rémunération de Becky Pringle, présidente de la National Education Association, l'organisation mère du syndicat en grève en Californie, s'élève à près de 500 000 dollars. Le président de l'United Steelworkers (USW) touche 250 000 dollars, et le président du United Auto Workers est payé 270 000 dollars. En réponse aux manifestations de masse contre les meurtres commis par l'ICE, les bureaucrates syndicaux se sont opposés à la participation à une grève générale à Minneapolis, invoquant cyniquement les clauses de « non-grève » qu'ils ont eux-mêmes insérées dans les contrats. Leur point de vue a été résumé par une injonction des responsables du syndicat des enseignants de San Diego, en réponse au soutien croissant des enseignants de la base pour une grève : « Obéissez maintenant. Vous vous plaindrez plus tard. » En Californie, la California Teachers Association a maintenu la plupart des grands districts au travail pendant des mois. À New York, la New York State Nurses Association a répondu à la prolongation de la grève chez Kaiser Permanente en annonçant un accord de capitulation qui ne répondait à aucune des revendications des infirmières. Le syndicat United Steelworkers, qui se vantait en 2022 que la dernière convention collective luttait contre l'inflation en limitant les augmentations salariales, tente aujourd'hui d'imposer un accord national qui isolerait les travailleurs de la raffinerie BP de Whiting, dans l'Indiana. La police de New York, sous l'administration du maire soi-disant socialiste démocrate Zohran Mamdani, a arrêté plus d'une douzaine d'infirmières en grève lors d'une manifestation la semaine dernière.

Un mouvement de masse est en train de naître. Son issue dépendra de la capacité des travailleurs à se libérer de l'emprise de la bureaucratie syndicale et à intervenir en tant que force sociale indépendante. »

Revue de Presse 597
Revue de Presse 597
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14 février 2026 6 14 /02 /février /2026 06:01

Repris du Figaro

La majorité des jeunes de 15 à 17 ans juge « inacceptable » la critique des religions, selon un sondage.
« C'est dans les rangs des catégories populaires (61 à 65%), des catholiques pratiquants (76%) et des musulmans (92%) que le refus de toute critique des religions est la plus forte », Soulie l'IFOP dans un sondage pour le magazine Elle.
 

Des adolescents de plus en plus conservateurs vis-à-vis de la religion ? Dans un sondage Ifop effectué auprès de 1028 adolescents de 15 à 17 ans, le magazine Elle dresse un constat frappant sur le rapport des jeunes à la liberté d’expression. On y apprend notamment que 58% des personnes interrogées estiment qu’il est « inacceptable » de critiquer la religion. « C’est dans les rangs des catégories populaires (61 à 65 %), des catholiques pratiquants (76%) et des musulmans (92%) que le refus de toute critique des religions est la plus forte », souligne l’institut de sondage. C’est ainsi plus de huit croyants religieux sur dix (81%) qui jugent inacceptable la critique d’une religion.

Ce sondage nous apprend également que «les valeurs morales des jeunes apparaissant d’autant plus conservatrices qu’elles sont influencées par la morale religieuse», analyse l’Ifop. Ainsi, «les jeunes musulmans» sont «parmi les plus rétifs aux droits des LGBT». Dans le détail, seulement 28% des 15-17 ans jugent le changement de genre inacceptable. Mais ce chiffre grimpe à 57% chez les musulmans. La moitié d’entre eux (49%) s’opposent ainsi aux relations amoureuses entre personnes du même sexe, contre 13% pour le reste des jeunes interrogés.

Moins de jeunes de gauche

L’étude de l’Ifop fait aussi état d’un désintérêt global pour la politique. 45% d’entre eux ne se sentent proches d’aucun parti, contre 25% pour les adultes. Dans le détail, on constate toutefois une légère droitisation de la jeunesse : 44% des jeunes ayant une opinion sur le sujet se considèrent de gauche, contre 54% en 1994, note l’institut de sondage. Un « gender gap » [fossé générationnel, en bon français] sur le sujet se fait sentir, puisque seulement 36% des jeunes hommes se situent à gauche de l’échiquier politique, contre 53% des jeunes filles.

Les 15-17 ans font aussi part de leur inquiétude par rapport à la guerre (30% d’entre eux), l'insécurité (25%) et la pollution de la planète (16%). Le racisme n’est un sujet d’inquiétude que pour 6% des sondés. Ce qui n’empêche pas 71% d’entre eux de s’estimer heureux, en accord avec les derniers sondages effectués auprès des adultes. Ces adolescents sont toutefois conscients qu’il est nécessaire, pour leur santé, de limiter leur temps d'écran. Sept sur dix (71%) sont pour une limitation quotidienne de l’usage pour les moins de 15 ans, mais aussi pour l’instauration d’un couvre-feu (22h-8h). La majorité d’entre eux (56%) plaident en outre pour une interdiction totale des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.

Les jeunes en France de plus en plus fachos ?
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13 février 2026 5 13 /02 /février /2026 06:01

Sur un mur de la cave collective de mon immeuble, quelqu’un a apposé cette publicité, il y a un bon moment déjà.

 

Pour la nième fois, je reprends la célèbre devise de François Cavanna : « La publicité nous prend pour des cons, la publicité rend con ». Donc, « quelles que soient la longueur et la difficulté des étapes, vous arriverez toujours sans retard et sans fatigue. Vous tiendrez aisément et en toute sécurité le 110 à l’heure. Les reprises en côte vous stupéfieront. »

 

La Peugeot 402 a été produite de 1935 à 1942. Á une époque où – outre-Manche et outre-Atlantique, mais aussi en Tchécoslovaque, voir la Tatra 77 – les constructeurs s’intéressaient à l’aérodynamisme, en concevant des courbes plus fluides et des profils plus “ nez en avant ”. De nombreux modèles possédaient une très longue carrosserie et une calandre arrondie, la 402 allant même jusqu’à intégrer les phares dans la calandre, ce qui ne s’était jamais fait.

 

Á ce moment précis de son histoire, Peugeot avait dû se surpasser en termes d’innovations car Citroën venait de lancer son premier modèle de Traction Avant tandis que Renault avait franchi un pas qualitatif avec ses Vivaquatre et Primaquatre.

 

Pour revenir à la pub qui nous concerne, nous sommes clairement en présence de personnages de la bonne bourgeoisie devant leur maison de campagne. Au bout de la rue, on distingue deux berlines également très chic. Ces gens distingués partent apparemment en vacances. Ils n’ont que faire des “ congés payés ”, conquis de haute lutte à l’époque de la 402.

 

Cette publicité est parue dans L’Illustration, journal de la bourgeoisie républicaine, très hostile au Front populaire, qui continua son bonhomme de chemin durant l’occupation allemande après avoir été le premier magazine illustré au monde dès les années 1920. Il sera interdit de publication en 1944.

 

Parue en 1936, cette publicité dit aux bourgeois que, malgré le bouillonnement populaire, tout va bien, et elle dit aux salariés modestes de France que… tout va bien…

 

 

Ah, les Peugeot d’autrefois !
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9 février 2026 1 09 /02 /février /2026 06:01

Selon Le Figaro  et un sondage Ifop pour le magazine Elle, la majorité des jeunes de 15 à 17 ans juge « inacceptable » la critique des religions.

« C'est dans les rangs des catégories populaires (61 à 65%), des catholiques pratiquants (76%) et des musulmans (92%) que le refus de toute critique des religions est la plus forte ».

Ce sondage nous apprend également que « les valeurs morales des jeunes apparaissant d’autant plus conservatrices qu’elles sont influencées par la morale religieuse », analyse l’Ifop. Ainsi« les jeunes musulmans » sont « parmi les plus rétifs aux droits des LGBT ». Dans le détail, seulement 28% des 15-17 ans jugent le changement de genre inacceptable. Mais ce chiffre grimpe à 57% chez les musulmans. La moitié d’entre eux (49%) s’opposent ainsi aux relations amoureuses entre personnes du même sexe, contre 13% pour le reste des jeunes interrogés.

L’étude de l’Ifop fait aussi état d’un désintérêt global pour la politique. 45% d’entre eux ne se sentent proches d’aucun parti, contre 25% pour les adultes. Dans le détail, on constate toutefois une légère droitisation de la jeunesse : 44% des jeunes ayant une opinion sur le sujet se considèrent de gauche, contre 54% en 1994, note l’institut de sondage. Un « gender gap » [fossé générationnel, en bon français] sur le sujet se fait sentir, puisque seulement 36% des jeunes hommes se situent à gauche de l’échiquier politique, contre 53% des jeunes filles.

 

 

L’Obs s’est intéressé à « La créature Bardella. Couvé par les patrons, poussé par les médias, alors que Marine Le Pen se débat dans son procès en appel et reste menacée d’inéligibilité à l’approche de la prochaine élection présidentielle, son poulain Jordan Bardella, président du Rassemblement national, lui échappe. Peu expérimenté, fasciné par la jet-set, le trentenaire est devenu le favori des sondages pour la présidentielle 2027, notamment grâce à l’influence de la sphère Bolloré.

Le dîner ne figure à aucun agenda, et aucune photo ne fuite en cette fin d’année 2025. Au cœur du 7arrondissement de Paris, l’hôte de Jordan Bardella, ce soir, est à peine plus âgé que lui, mais son patronyme est celui de la plus riche famille française, un nom qui résonne dans le monde entier grâce à quatre lettres, LVMH. Alexandre Arnault, 33 ans, l’un des quatre fils de Bernard, a organisé pour le patron du Rassemblement national (RN) un dîner, entouré de quelques amis, tous extérieurs à la politique. Ils sont venus rencontrer le probable candidat à l’élection présidentielle.

 

 

L’Humanité dénonce la direction de Monoprix qui va signifier aux élus du personnel, lors d’un CSE (comité social et économique) extraordinaire « son intention de fermer ou de céder plusieurs magasins en France. Les syndicats dénoncent une « réorganisation brutale » guidée par la volonté de sabrer, de façon détournée, dans les effectifs.

Si la menace couvait depuis plusieurs mois, la nouvelle n’en a pas été moins dévastatrice. La direction de Monoprix s’apprête à annoncer le projet de céder ou de fermer plusieurs magasins dans toute la France. « C’est une réorganisation d’une extrême brutalité », une fois encore au détriment des travailleurs, a aussitôt réagi la CGT Commerce.

Ceci expliquant peut-être cela – et pour nous faire mieux comprendre la jungle de la grande distribution – L’Humanité avait brossé, en septembre 2023, un portrait de Daniel Kretinski, le tout récent racheteur de Casino et d’Atos : « Récent repreneur de Casino et d’Atos, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, l’un des hommes d’affaires les plus mystérieux d’Europe. Il se construit un empire industriel dans l’Hexagone, à cheval entre les médias et la grande distribution.

Pour appréhender un personnage aussi énigmatique, il est tentant de le définir comme ce qu’il n’est pas. Il n’est pas Bernard Tapie : même s’il prospère en rachetant des entreprises en difficulté, il n’a ni la gouaille de l’homme d’affaires français, ni ses accablantes casseroles judiciaires et sociales. Daniel Kretinsky n’est pas Vincent Bolloré, dont il partage la boulimie de médias mais pas l’agenda idéologique ultradroitier. Daniel Kretinsky n’est pas Patrick Drahi, qui a édifié sur une montagne de dettes un colosse aux pieds d’argile, embourbé dans un scandale financier. À la fois intraitable et volontiers charmeur, avare en coups d’éclat et allergique aux projecteurs, le magnat tchèque se construit un empire dans l’Hexagone, suivant à la lettre une feuille de route qui n’appartient qu’à lui.

En l’espace de cinq années, il a raflé des médias (Marianne, Elle,  Franc-Tireur), des entreprises industrielles (les centrales à charbon de Gardanne et de Saint-Avold), des marques de grande distribution (Fnac, Darty, Casino, Metro). »

Revue de Presse 597
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4 février 2026 3 04 /02 /février /2026 06:01

Pour Benoît Bréville, l’Amérique est sans fard et l’Europe sans vie : « Plus d’Europe pour contrer les États-Unis et leur imprévisible président ? Assénée jusqu’à plus soif par les dirigeants du Vieux Continent, cette réponse réflexe refoule une évidence qui n’a pas échappé à M. Donald Trump : en matière économique, sociale ou diplomatique, l’Union européenne ne fait pas la force. Elle encourage la soumission. »

 

 

Comment nier un génocide, demande Razmig Keucheyan ? : « S’il est relativement aisé, pour le gouvernement d’un État puissant, de perpétrer des massacres de masse, il est plus difficile d’assumer publiquement la responsabilité d’un génocide. Il faut donc minimiser, cacher, récrire l’histoire. Le cas du génocide des Arméniens (1915-1916), toujours contesté par le pouvoir turc, laisse apparaître les logiques et les méthodes d’un tel déni. »

 

 

Matt Bernardini et Morgane Fert Malka  ont observé le ballet d’affairistes autour d’un gazoduc : « Détruits par un sabotage commis par une équipe ukrainienne probablement avec l’appui des États-Unis, les gazoducs Nord Stream, qui acheminaient du gaz russe en Allemagne, gisent au fond de la Baltique. Les États européens, qui prétendent se passer des hydrocarbures russes, ont exclu toute remise en service. Mais, dans les coulisses, Moscou et Washington se penchent sur leur avenir. »

 

 

La bataille culturelle ne suffit pas, estime Vivek Chibber : « Ces dernières décennies, les penseurs critiques ont mis l’accent sur le rôle de la « culture » dans la fabrique du consentement. Au point d’oublier, parfois, que l’hégémonie s’appuie aussi, et peut-être d’abord, sur des forces matérielles, des structures tangibles. Face à ce que Karl Marx appelait la « sourde pression des rapports économiques », il importe de ne pas se résigner. »

 

 

Selon Meriem Laribi et Marta Vidal, en Cisjordanie, le vin est au service de la colonisation : « Dans les territoires occupés de Cisjordanie, la vigne s’étend de plus en plus. Produits sur des terres confisquées aux Palestiniens, avec un soutien sans faille de Tel-Aviv, les vins israéliens prospèrent et s’exportent. Il suffit de quelques dissimulations pour faire oublier leur origine et les écouler sur le marché européen. »

 

 

Pour Peter Harling, Donald Trump veut faire le vide : « Un milliard de dollars. C’est le montant du ticket d’entrée exigé par M. Donald Trump pour qu’un État siège à son Conseil de la paix. Cette instance aux contours flous doit résoudre les guerres, dont celle qui se déroule encore à Gaza, malgré la proclamation d’un « cessez-le-feu ». Les Palestiniens, qui n’ont pas leur mot à dire sur leur propre avenir, sont ainsi effacés. »

 

 

Emil Pacha Valencia décrit le Japon et son « parti unique » : « Depuis 1955, une même formation dirige le Japon (presque) sans discontinuer. L’essor économique du pays, quatrième puissance mondiale ? C’est elle. L’alignement sur la croisade anticommuniste des États-Unis dans la région ? C’est elle. Et le retour à une logique de guerre froide ouvrant la possibilité d’un conflit avec la Chine, c’est encore elle. Plongée au cœur du Parti libéral-démocrate japonais. »

 

 

Hélène Duclos nous invite à comprendre le chaos du monde : « Depuis quatre ans, la guerre fait rage entre Kiev et Moscou. L’enlisement des pourparlers tient non seulement à l’intransigeance des Russes, mais aussi à la fermeté des Européens et à l’inconstance des États-Unis. Ces derniers ont fait machine arrière au sujet du Groenland. Mais l’ordre américain n’a, de fait, jamais vraiment cessé de régner sur le monde, y compris en Asie de l’Est, malgré la montée en puissance de la Chine. Pour conforter cette domination globale, Washington ne cherche plus tant à renverser les gouvernements qu’à les mettre au pas, comme au Venezuela. Voire comme en Iran, où la République islamique semble pourtant plus contestée que jamais. L’administration Trump n’ignore pas qu’un changement de régime à Téhéran aurait des conséquences majeures au Proche-Orient — l’un des si nombreux foyers de conflit actuels. »

 

 

Pourquoi le Groenland, demande Philippe Descamps ? : « Pour la première fois depuis la signature du traité de l’Atlantique nord en 1949, des troupes ont été déployées pour dissuader un membre de l’Alliance d’accaparer le territoire d’un autre membre. Le caprice impérialiste de M. Donald Trump pour le Groenland met ses « alliés » européens à l’épreuve. La surexposition géopolitique du Groenland doit probablement beaucoup à la carte du monde dessinée par Gerard Mercator en 1569. Pour représenter à plat le globe terrestre, le mode de projection cylindrique choisi par le géographe et mathématicien flamand défigure les régions polaires. Sur la plupart des planisphères publiés encore aujourd’hui, ce territoire autonome du Danemark apparaît de la taille de l’Afrique… alors qu’il est quatorze fois plus petit. Une même distorsion affecte les imaginaires au sujet des enjeux maritimes, militaires, ou mercantiles de cette île de 57 000 habitants, recouverte à plus de 80 % par une calotte glaciaire. »

 

 

Pour Hélène Richard, face à Moscou, l’Europe est dans l’impasse : « Célébrée comme un symbole d’unité et de vigueur, la politique européenne de soutien à l’Ukraine présente une contradiction majeure : en prolongeant une guerre qui ne peut être menée sans les Américains, les Européens se sont placés dans la main des États-Unis. À quel prix ? »

 

 

Pour la prochaine coupe du monde de foot, pas de billets pour les gueux (Florian Lefèvre) : Le Mondial masculin, qui aura lieu en Amérique du Nord du 11 juin au 19 juillet, s’annonçait plus ouvert, avec l’augmentation du nombre de pays participants. En réalité, le coût des billets, des hébergements ou des déplacements, ainsi que les restrictions dans l’attribution de visas éloignent plus que jamais l’événement du sport populaire. »

 

 

Le combat des marchands de journaux est aussi important que tous les autres (Roxane Volclair) : « Avant de se matérialiser par d’immenses fermes de serveurs, la diffusion de l’information reposait sur une constellation de marchands de journaux. Malgré des conditions de travail souvent éreintantes et le déclin des publications imprimées, les kiosquiers, libraires, maisons de la presse, livreurs et déposants s’évertuent à faire vivre ces lieux. Il est cinq heures et, comme tous les matins, M. Jean-Paul Guth ouvre les portes de son kiosque à journaux, avenue de Toulon à Marseille. Après avoir réceptionné les cartons tout juste arrivés du dépôt de presse, il récupère quelques exemplaires qu’il livre aux boulangeries et aux particuliers. À sept heures, le voilà derrière son comptoir, où il restera toute la journée, à l’exception de sa pause-déjeuner. Cela fait vingt-cinq ans que M. Guth répète cette routine, tous les jours. Il ne s’octroie de repos que les samedis et dimanches après-midi. Quant aux vacances, le quinquagénaire n’y songe même pas : « Je n’ai jamais pris de congés, à part le 1er-Mai », explique-t-il. Les revenus dégagés par son commerce ne le lui permettent pas. »

 

 

Prenons garde, selon Hélène Yvonne Meynaud, moins de prud’hommes signifie moins d’indemnités : « La négociation interprofessionnelle sur l’assurance-chômage doit permettre de réaliser 400 millions d’euros d’économies, selon l’objectif fixé par le ministre du travail. Le patronat voudrait y discuter du durcissement des conditions d’indemnisation après une rupture conventionnelle. Un dispositif qu’il a pourtant revendiqué à l’origine. »

 

 

On en sortira jamais des sondages et du bricolage (Alain Garrigou) : « Entre les élections municipales de mars, une dissolution à nouveau possible de l’Assemblée nationale et le prochain scrutin présidentiel, les entreprises de sondage ne vont pas chômer en France. Mais l’actuelle confusion politique ne plaide pas en faveur de leurs pronostics : que vaut une réponse lorsqu’on ne connaît ni les candidats ni les alliances, et que la date de l’élection est incertaine ? »

 

 

Tout comme de la misère de la fiction (François Bégaudeau) : « Avec quelques années de retard, le cinéma français s’est saisi du mouvement des « gilets jaunes ». Que faire d’un soulèvement – politique, populaire, et déjà diffracté en milliers d’images proliférantes – longtemps après qu’il est retombé ? Scénaristes et réalisateurs se sont posé la question. Pris dans les routines de l’œil et de la pensée, ils n’ont, hélas, pas trouvé la réponse. Pas encore. »

 

 

Pour Gérard Mauger, Jack London fut un vrai sociologue sociologue : « C’est en s’inspirant de sa propre vie, celle d’un trimardeur devenu écrivain à succès, que Jack London a composé son roman « Martin Eden » (1909). Trop souvent associé à l’aventure, aux grands espaces et à la vie sauvage, l’écrivain y manifeste un sens aigu du social. Il décrit le phénomène de la migration de classe avec une acuité et une profondeur que les sociologues auraient tort de dédaigner. »

 

 

Il est possible de voyager dans l’éternité du monde (Patrice Dericuqbourg) : « Le récit de voyage est à la mode. Le lecteur y trouve des sensations fortes et des émotions, vendues comme relevant de la spiritualité, qui l’aident dans son développement personnel. Il y a cinquante ans, Jacques Lacarrière, au plus loin du tourisme, faisait du voyage un apprentissage de la joie. »

 

Serge Halimi nous invite à découvrir un bien triste et dangereux personnage : (La guerre est son métier) : « Le 4 janvier dernier, l’année commence à peine et le président des États-Unis revient à Washington dans son avion. Il est en forme. À Mar-a-Lago, où il a joué au golf, il a également assisté la veille, en direct, à l’enlèvement de son homologue vénézuélien Nicolás Maduro par un commando de l’armée américaine. Surprise totale, exécution parfaite. M. Donald Trump a donc envie de parler aux journalistes plus encore que d’habitude. En roue libre, il menace six États en quelques minutes. Ceux qu’il vient d’attaquer, le Venezuela et Cuba — trente-deux gardes du corps cubains de M. Maduro ont été tués —, mais aussi l’Iran, un pays qu’il a déjà bombardé sept mois plus tôt. S’ajoutent à la liste la Colombie, le Mexique, le Groenland. »

Le Monde Diplomatique, février 2026
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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 06:01

Repris de L'Humanité

 

Que restera-t-il dans l'histoire des présidences Macron ? L’euphorie économique de l'été 2017 ou, par ordonnance, la nouvelle majorité oriente le pays vers des politiques néolibérales, suppression de l'ISF, flat tax pour les hauts revenus, baisse des APL ou des droits au chômage ?

 

La crise des gilets jaunes en 2018, ces cahiers de doléances enterrés et une répression policière marquée par un nombre inédit débordement dans la République ? Le COVID la pénurie de masques et l'absence de vaccin français ? L'inflation à 2 chiffres entre 2020 et 2023 ? La ruine orchestrée du pays à 4 chiffres avec 3500 milliards d'euros de dettes ? Le passage en force de la réforme des retraites par 49-3 au mépris des syndicats et après les plus longues mobilisations sociales de notre histoire récente ? La dissolution de convenance de l'Assemblée nationale en 2024 suivi du maintien forcené des gouvernements macronistes fantoches défaits aux élections minoritaire à l'assemblée, rejetés dans le pays ? Le soutien inconditionnel à Israël dont le chef du gouvernement est pourtant poursuivi pour ses crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza ou la reconnaissance symbolique de l'état de Palestine et ces positions concernant la guerre en en Ukraine ?

 

Au-delà de ce bilan plus glorieux de huit années de pouvoir, l'histoire retiendra peut-être du Macronisme un constat plus problématique encore : l'effondrement de la raison politique et la défiguration du discours politique que le chef de l'État semble quotidiennement orchestrer. C'est en tout cas le diagnostic posé par Clément Viktorovitch dans Lagocratie (Le Seuil 2025). La démocratie, notamment le principe électif majoritaire, cède la place à un système dans lequel les discours du président abolissent le réel, tordent le cou à la réalité et précipite notre raison élémentaire dans l'impuissance démocratique. À l'image de Trump aux États-Unis, Macron utilise la puissance des discours et le feu médiatique non pour éclairer le débat démocratique mais pour imposer un pouvoir sans légitimité réelle car minoritaire tant dans les urnes que dans la société, soutenu essentiellement par une fraction étroite riche et vieillissante de la population.

 

Une ère de post-vérité

 

Les propos d'Emmanuel Macron comme en apesanteur, affranchis de toute obligation de rendre compte du monde, nous font basculer dans un état de post-vérité où le vrai et le faux, le majoritaire et le minoritaire, le juste et l'injuste, la République et l'autoritarisme, les enfants morts ou vivants selon qu'ils sont du « bon » côté de la frontière, sont devenus relatifs ou interchangeables. La radicalisation inquiétante du discours d'extrême centre du chef de l'État passe ainsi par une criminalisation illibérale insensée en démocratie, de son opposition politique, déclarée sans preuve mais sans ambages trahison des mots et des valeurs, et retournement systématique de la charge.

 

Mais ce sont surtout les déclarations bellicistes du chef de l'État comme ultime rustine à un pouvoir dégonflé qui nous projette désormais dans l'inconnu. On prête à tort à Machiavel ces mots : « Pour maintenir un peuple dans l'obéissance et le silence inventez lui un ennemi faites-lui peur et dénoncer ceux qui veulent la paix comme des ennemis de la patrie. » Si la citation est apocryphe, l'idée demeure d'une actualité troublante : un leader affaibli se mue toujours en chef de guerre. De l'Océania de George Orwell à Globalica de Jean-Christophe Rufin, les Césars se maintiennent au pouvoir en agitant à la télévision un ennemi intérieur à combattre souvent désignés « terroriste », « eurasien » ou « axe du mal. »

 

Dans l'univers orwellien, la guerre permet de maintenir l'ordre intérieur, d'effacer les conflits sociaux, d'excuser les échecs économiques de suspendre l'esprit critique, de justifier la surveillance et de transformer toute opposition en trahison. Elle permet à un pouvoir dépourvu de légitimité démocratique de remplacer le débat par la peur et la peur en obéissance ; et le mensonge en vérité officielle. Déjà dans l'Antiquité, les deux rois de Sparte asseyaient leur domination sur la centralité du fait militaire pour enrégimenter la cité. Plus tard l'aristocratie occidentale se donna une légitimité en lançant périodiquement des croisades. Plus récemment encore, la guerre du Koweït servit autant à restaurer la popularité déclinante de Georges Bush qu'a assurer le contrôle des ressources pétrolières.

 

Emmanuel Macron, lui aussi, instrumentalise le discours guerrier pour enrayer l'effondrement de sa popularité, de manière aussi caricaturale qu'inquiétante. Après la crise des gilets jaunes, il martèle lors de la pandémie : « Nous sommes en guerre », répété six fois dans une adresse aux Français d'une légèreté confondante. Puis vient le contournement démocratique de l'élection présidentielle : en difficulté dans les sondages, sans bilan assumé ni programme explicite, il annule ses meetings, refuse les débats télévisés et invoque la guerre en Ukraine – transformant un moment décisif pour le pays en plébiscite forcé du chef de guerre. S'ensuit l'usage obsessionnel d'un vocabulaire martial : « réarmement économique, réarmement de l'État, réarmement civique, réarmement industriel, réarmement de la nation.

 

Enfin, l'escalade verbale des derniers mois inquiète jusqu'à nos partenaires européens. Après la dissolution manquée, la débâcle électorale et le spectacle affligeant de gouvernements macronistes minoritaires, le président redouble de rhétorique martiale. La Russie devient selon lui une menace existentielle ; les jeunes Français sont invités à un retour du service militaire armé ; le pays doit accepter de « perdre ses enfants », affirment-il par la voix de son chef d'état-major ; l'économie est désormais qualifiée « d'économie de guerre », justifiant le doublement du budget militaire au détriment de l'Éducation nationale et de la Santé. « Nous sommes en guerre », répète le président de la République. Par ces mots, déclare-t-il officiellement la guerre à la Russie comme Poincaré le fit jadis à l'Allemagne ? Si tel est le cas, l'histoire du monde en serait bouleversée. Si ce n'est pas le cas, alors c'est la valeur même des mots, et le sens du discours politique, que notre représentant suprême fait voler en éclats.

 

Damon Mayaffre et l'auteur de Macron ou le mystère du verbe. Ses discours décryptés par la machine. Les éditions de l'Aube 2021.

 

Un président en guerre contre la raison démocratique, par Damon Mayaffre
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