Il y a un demi-siècle, profitant des grandes vacances, j'ai laissé pousser ma barbe pendant 2 mois pour voir quelle tête j'aurais (et non “ j’aurai ”) avec une barbe. À l'époque, je résidais en Côte d'Ivoire et je m'étais dit que de laisser pousser mes poils de barbe ferait du bien à ma peau qui souffrait un peu à cause du climat chaud et humide. À la rentrée je me suis rasé.
En 20 ans le port de la barbe est devenu un phénomène universel, sauf peut-être dans le pays asiatique. Cela signifie forcément quelque chose. Les statistiques sont parlantes : selon une étude Opinion Way pour la marque Bic Shave Club, 92% des hommes entre 25 et 34 ans porte la barbe. Cette tendance ne faiblit pas et le retour au visage imberbe et rasé normalement n'est pas près de, et prêt à, faire son retour.
Il y a 10 ans la barbe était tendance ; elle est aujourd'hui la norme assumée par le plus grand nombre. Et même par les autorités de l'État puisque dans notre pays, depuis juin 2015, les policiers ont désormais le droit de l'arborer.
Sous l'ancien régime, en Europe la barbe était un un phénomène très minoritaire. Les mentalités à ce sujet ont commencer à changer avec l'accession au trône de trois jeunes rois barbus : Henri VIII d'Angleterre, François Ier de France et Charles Quint du Saint-Empire. Ces 3 fortes têtes on contribué à faire de la Renaissance le grand âge de la barbe. Barbe qui recula ensuite puisque Louis XIV, Louis XV, Louis XVI et les rois contemporains anglais, par exemple, ne la portèrent pas. Durant la Révolution française, les meneurs comme les citoyens de base étaient généralement glabres. Au milieu du XVIIe siècle, les barbus furent de retour.
Avec Victor Hugo, sûrement le plus célèbre d'entre eux, qui se laissa pousser la barbe pour de mauvaises raisons. En 1861, à l'âge de 59 ans donc, à la suite d'un fort mal de gorge, il décida : « Je laisse pousser ma barbe pour voir si cela me protégera contre les maux de gorge ». On trouvera par la suite dans sa correspondance : « Il faut qu'une tête d'homme soit bien belle, bien modelée par l'intelligence et bien illuminée par la pensée, pour être belle sans barbe ; il faut qu'une face humaine soit bien laide, bien irrémédiablement déformée et dégradée par les idées étroites de la vie vulgaire, pour être laide avec la barbe. Donc, laissez croître vos barbes, vous tous qui êtes laids, et qui voudriez être beaux ». Pour Hugo, la barbe était donc synonyme de confort personnel, et en même temps une moquerie au pouvoir de l'Empereur qui avait interdit le port de la barbe dans le corps enseignant.
Des deux côtés de l'Atlantique, la barbe ne fut pas particulièrement prisée durant le XXe siècle. Le XXIe siècle va voir le retour des barbiers. On voit aujourd'hui dans la barbe un signe de maturité et de confiance en soi.
Aujourd’hui :
92% des 25 à 34 ans portent la barbe.
53% des plus de 35 ans sont rasés.
60% des plus de 50 ans sont barbus.
Selon l’ethnologue Christian Bromberger, « Porter la barbe est devenu un nouveau rite de passage à l'âge adulte ». Il se vend des quantités de produits pour faire pousser la barbe plus rapidement. Dans son ouvrage de 2015 Les sens du poil, il explique que, dans la tradition, la barbe était le symbole de la maturité, de la vieillesse. Voir également les hommes qui se mettaient à fumer la pipe. Il relève également que, dans la seconde moitié du XIXème siècle, la barbe était un marqueur social : les médecins, les professeurs d’université, les hommes politiques portaient la barbe. Dans Wikipédia, pas une seule photo de Pasteur sans sa barbe. Les domestiques, quant à eux, ne devaient pas être barbus.
En 2017, les Éditions Alpha publiaient une Histoire du poil. On voyait, dans cet ouvrage à quel point – sans aller jusqu’aux femmes à barbe et aux hommes-chiens – la barbe était un marqueur d’une très grande richesse sociale, politique, religieuse chez les chrétiens (Moïse, Jésus et ses apôtres étaient barbus), chez les juifs (le troisième livre de la Torah interdisait de se raser), et chez les musulmans (Mahomet portait la barbe et ordonnait à ses fidèles de faire de même et de se tailler la moustache). D’autres manifestations poilues eurent également un très grand succès : la perruque de Louis XIV, nid à vermine bien connu, les nattes des Chinois (la refuser à une époque pouvait entraîner une condamnation à mort jusqu’à ce que le dernier empereur Puyi coupe la sienne en 1922 et se coiffe à l’occidentale), la barbe héroïque des Poilus de la guerre 1914-18, les eunuques de l’Empire byzantin.
La barbe connote généralement la force physique (Hercule était barbu, tout comme les pharaons qui se laissaient pousser la barbe ou portaient une “ postiche ”) et, par extension, la puissance sexuelle, l’animal dans l’homme. Mais les Romains ne furent pas barbus. César, comme les autres empereurs, avait son barbier personnel.
PS : un petit conte par Régis de Castelnau :
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