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24 septembre 2024 2 24 /09 /septembre /2024 05:01

Mon ami et maître Holger Klein est décédé tout récemment à l'âge de 86 ans. C’est tout un pan de ma vie qui s’est écroulé. Nous nous connaissions depuis la fin des années 1970. Il fut un très éminent professeur de littérature anglaise en Allemagne, en Angleterre, en France et en Autriche. Sa culture était encyclopédique : il connaissait parfaitement la littérature allemande et avait plus qu’un faible pour la littérature française (il était capable de réciter du Baudelaire pendant une demi-heure d’affilée). Sans parler du roman policier, son jardin secret. Sa “ liste de publis ”, comme on dit dans notre jargon, était kilométrique. Mais je note qu’Holger offrait à chaque article, à chaque livre, quelque chose de neuf, n’étant pas de ceux qui se contentaient de changer l’emballage d’un contenu exploité jusqu’à plus soif. Je relèverai simplement son travail sur le théâtre de Priestley (J.B. Priestley’s Plays), Artistry of Political Literature Essays on War, Commitment and Criticism, une réflexion sur l’engagement dans la littérature, Narrative Strategies in Early English Fiction où il abordait les œuvres d’Aphra Behn, David Gascoigne, John Lily, Marguerite de Navarre, Philip Sidney, Thomas Lodge, Robert Greene, Gustave Flaubert, et bien d’autres.

 

 

La fin d’Holger était malheureusement annoncée depuis un bon moment. Il souffrait de dégénérescence maculaire (lui qui avait lu 10 000 livres était mortifié de ne plus pouvoir en ouvrir un seul) et Alzheimer l’avait rattrapé il y a peu. Il a fait venir sa femme et ses filles à son chevet et il s’est éteint en leur présence, volontairement, stoïquement.

 

Nathalie et moi sommes de tout cœur avec son épouse Dorothea, très férue elle aussi de littérature, et avec leurs trois filles.

 

Dorothea et Holger m’avaient fait la gentillesse de s’infliger l’aller et retour Salzbourg-Toulouse il y a seize ans pour fêter mes soixante ans (voir photos ci-dessous).

 

 Né en 1938, il avait de vrais souvenirs d’enfant de la guerre, des bombardements alliés en particulier. Mais l’épisode qui l’avait le plus traumatisé avait été, en 1945, l’arrestation par la Gestapo de son père qui, directeur d’école, refusait d’accrocher le portrait du Führer dans ses classes. Ne voulant peut-être pas insulter l’avenir, les gestapistes l’avaient relâché le soir même sans l’avoir molesté. Mon ami garderait de cet épisode un bégaiement, léger mais tenace.

 

Il va de soi que cette famille allemande n’avait absolument aucune responsabilité dans l’horreur nazie. Néanmoins, Holger connaîtra longtemps – s’il l’a jamais perdu – un sentiment de culpabilité vis-à-vis de la France qu’il adorait et de sa littérature qu’il chérissait par-dessus tout.

 

Il y a une trentaine d’années, je m’étais rendu avec lui à Oradour-sur-Glane. J’ai vécu pendant une décennie pas très loin du village martyr. J’y avais souvent accompagné des parents, des amis. J’avais mis un terme à ces pèlerinages après avoir surpris un vieux copain anglais en train de prendre sa fille en photo devant l’une des voitures calcinées. « Devant la tour Eiffel, je comprendrais », lui avais-je dit, « mais, dans ces lieux, c’est limite. Les vivants ne doivent pas polluer ce théâtre de mort ».

 

Un jour, donc, de passage chez moi, Holger me dit : « j’aimerais que tu m’emmènes à Oradour ». « Tu n’y es jamais allé ? », lui demandai-je un peu surpris. « Non car si j’y étais allé seul ou avec ma femme, j’aurais eu l’impression de commettre une effraction. Je ne peux m’y rendre qu’avec toi, mon meilleur ami français. » « Ce sera un honneur », lui répondis-je. Je fis naturellement une exception pour lui.

 

Nous marchâmes longuement dans Oradour, sans un mot. Devant les petits objets personnels des enfants martyrs (encriers, ciseaux, porte-plumes), il pleura.

 

Pour terminer sur une note plus légère, je n'oublierai jamais qu’Holger Klein c’était aussi la joie, un formidable humour (il était à fond “ wider den tierischen Ernst ”), les réunions débridées entre amis.

 

Et le goût des bons vins français.

 

Adieu, très cher Holger.

 

Holger Klein
Holger Klein
Holger Klein
Holger Klein
Holger Klein
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commentaires

A
Je ne veux pas entacher par mes propos cette hommage qui se suffit à lui-même et qui par conséquent ne peut été suivi que par un silence respectueux mais j’ai relevé cette phrase : « Sans parler du roman policier, son jardin secret « ainsi que les souvenirs de la seconde guerre mondiale car ils correspondent à un sentiment que je partage.<br /> Voici :<br /> Romain Slocombe est un auteur de romans que l'on classe dans la catégorie thriller.<br /> Bien que cette catégorisation ne soit pas un classement dépréciatif il n'en reste pas moins qu'on ne lui accorde pas le statut du roman classique. <br /> Pourtant il permet au lecteur’d' apprendre énormément sur l'époque et le pays dans lesquels l'action se déroule. Slocombe lui s'intéresse particulièrement aux années noires de l'occupation, de celles qui les ont précédées et de la libération. Il fonde ses récits dans un contexte historique qu'il ne survole pas mais qu'il construit à partir d'une documentation importante. D'ailleurs son travail préparatoire , c’est-à-dire la masse de documentations accumulées, est exemplaire. De cette manière on croise dans ses romans des personnages et des situations réelles. Ce qu’il réussit en particulier c’est de rendre les ambiances des époques considérées, les comportements et l’état des esprits. Ainsi dans sa trilogie consacrée à l’inspecteur Sadorski on est dans les couloirs et dans les bureaux du Quai des Orfèvres où on constate que la machine policière, grâce à ses fonctionnaires , effectuait professionnellement les missions demandées par le régime de Vichy. Tout ça au milieu d’un état d’esprit de gens majoritairement peu ou prou gagnés par le poison de l’antisémitisme, celui de la chasse aux résistants et de la dépréciation des français en général.<br /> Cependant le livre qui est à lire est La débâcle, qui lui n’est pas un thriller, car il est un complément du célèbre essai de Marc Bloch L’étrange défaite. En effet il donne à voir concrètement à hauteur d’ hommes, de femmes et d’ enfants les conséquences d’une politique et d’une stratégie militaire coupables d’incompétence mais aussi de trahison. L’Etat n’existe plus du tout brutalement et les citoyens sont laissés à leur sort individuel comme le sont les soldats français qui pourtant continuent de se battre dans une absence totale de coordination entre les différentes armées et d’information. Ces malheureux militaires seront 90 000 à mourir comme mourront les civils errant qui subissent le mitraillage des avions allemands bien que ces civils ne présentent aucun danger pour l’ennemi. Ce comportement pervers et sadique de aviateurs allemands est matérialisé par le son aigu des avions en piqué qui avait pour objectif de terroriser. Ce son était obtenu par un petite hélice qui, en tournant, produisait un son strident lors des attaques en piqué et que déclenchait le pilote.<br /> Malgré le sort subi par les civils et les troupes militaires - par exemple les prisonniers noirs contrairement aux soldats blancs etaient sur le champ fusillés - la classe dominante est arrivé depuis à convaincre que la défaite serait le résultat de l’incompétence naturelle et de la mentalité supposée des français en opposition à l’efficacité et le professionnalisme soit disant enviables allemands. Pourtant cette défaite et cette débâcle est le résultat non seulement de l’impéritie du haut commandement et des gouvernants mais aussi pour certains d’entre eux d’’une complicité objective avec le régime allemand dans lequel il voyait une solution radicale pour faire un sort définitif à tous ces rouges qui encombraient leurs affaires<br /> Alors même si comparaison n’est pas raison je ne peux m’empêcher de voir des similitudes entre les français de juin 40 en déshérence sur les routes et bombardés et le sort actuel des palestiniens. Les français devraient se rappeler ces moments dramatiques pour eux pour évaluer justement le crime en cours. Il y a aussi une autre similitude, celle avec le macronisme : le peuple français est continuellement et implicitement coupable de l’état actuel du pays comme le sont restés dans la mémoire collective les français de 40. Pourtant ils ne font que subir, il est vrai avec la complicité d’une partie de l’électorat populaire, l’incompétence de nos dirigeants et de l’oligarchie et surtout de leur trahison constante contre l’intérêt du pays et de ses habitants au profit de la finance apatride.
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