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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 05:34

Dans la France de Sarkozy/Hollande, cette question n’est pas que rhétorique. Les conditions de travail, de vie, de statut des jeunes enseignants se sont considérablement dégradées depuis une dizaine d’années. Aujourd’hui, dans la perception du grand public, enfants inclus, un enseignant du secondaire vaut moins qu’une assistante sociale il y a vingt ans. Un professeur d’université jouit d’un statut bien inférieur à celui d’un instituteur en blouse grise après la Seconde Guerre mondiale. Mieux vaut travailler dans la com’ et vendre du vent.

 

Ci-dessous le témoignage d'un tout nouveau certifié.

 

Juillet – je reçois mon affectation (rattachement administratif : collège XXXX, dans le 95) – ma demande avait été un lycée dans les Hauts de Seine (92) – J’ai 71 points (année stage + formation IUFM) et le vœu demandé dans le 92 est à 71 points. Je téléphone à l’académie de Versailles pour connaitre la raison pour laquelle mon vœu m’a été refusé, on me répond que j’ai fait un « vœu complètement surréaliste » et que j’ai donc été affecté dans un département proche du 92. 

 

Mi-juillet / début août – nombreuses recherches pour trouver un appartement – demande d’aide auprès de l’académie de Versailles pour trouver un logement : on me répond à côté puis on me demande mon adresse mail pour pouvoir m’envoyer de la documentation – je reçois un mail par la suite avec un bulletin d’adhésion (syndicat) mais toujours pas de réponse à la question du logement.

 

Début août – je parviens à trouver des logements que je visite sur Paris – on me dit au téléphone que c’est bon, qu’il faudra venir à Paris pour les visiter. Je me suis donc déplacé plusieurs fois en train pour visiter ces appartements – mais une fois sur place les agents immobiliers / propriétaires paraissaient moins sympathiques qu’au téléphone – on m’informe (une fois sur place) qu’il y a d’autres dossiers en attente et qu’on me contactera. Une fois rentré chez moi sur Toulouse, toujours dans l’attente d’une réponse pour un logement, n’ayant pas de nouvelles des agences immobilières, je décide de les appeler. C’est au téléphone qu’on m’informe que tel ou tel appartement (visité) a été loué à une autre personne. 

 

 

Mi-août / fin août – je téléphone  à un service de l’académie de Versailles pour les mutations. Je tombe sur le répondeur et laisse un message expliquant que je ne trouve pas de logement et que je suis désespéré. Je laisse mes coordonnées afin qu’on me rappelle, mais sans succès.

 

Par la suite, je parviens à trouver d’autres numéros auxquels je téléphone: les interlocuteurs sont désagréables, me disent qu’ils ne s’occupent pas des logements (mais sont incapables de me dire QUI contacter concrètement) et me mettent en attente au téléphone, faisant gaspiller des unités pour en fin de compte n’avoir personne en ligne. 

 

Fin août – je me déplace de nouveau sur Paris (et définitivement) avec quelques affaires afin de visiter un studio et afin de pouvoir faire ma pré-rentrée, le 1er septembre.

 

Le 28 août, je visite un studio à Paris (Suresnes) dont la location m’est acceptée. Je reste donc à l’hôtel (avec très peu d’affaires) du 27 août au 2 septembre. Je reçois ma paie pour le mois de septembre mais je m’aperçois qu’à cause des dépenses et des frais liés à ma mutation il ne me reste déjà que la moitié de mon salaire.

Afin de signer le bail pour le studio, je dois verser un règlement de 1900 euros (en une seule fois) – somme que je ne peux pas verser. 

 

 

lundi 1er septembre : après une nuit blanche et un mois d’août angoissant, je dois aller au collège XXXX pour effectuer ma pré-rentrée. D’après le courrier m’informant de mon affectation en tant que TZR, si je ne suis pas présent lors de la pré-rentrée, je suis licencié.

 

Une fois sur place, je fais la connaissance de mes collègues et le principal du collège m’informe que je ne vais pas travailler dans son établissement et que je peux donc partir. Je n’ai donc pas d’affectation pour l’instant.

 

Je constate qu’il s’agit d’une zone sensible et que je ne me sens pas prêt à travailler dans cet environnement. 

Perdu et angoissé, je décide de rentrer à l’hôtel et d’annuler la signature du bail pour le studio (par peur de manquer d’argent par la suite).

 

Je décide de téléphoner au rectorat pour leur expliquer mes problèmes et ma situation: on ne me laisse pas parler, on me coupe la parole et on me dit que je ne suis pas tout seul, puis la personne me met en attente – j’attends, mais au bout de dix minutes personne ne décroche et ça sonne dans le vide.

 

Je rappelle le rectorat, demandant qu’on me mette en contact avec une personne qui pourra m’aider. Même chose: on me transfère vers un numéro qui ne répond pas. 

 

Agacé, énervé, épuisé et angoissé, je repars sur Toulouse le lendemain matin. Une fois dans le train, mon collège de rattachement me téléphone pour me dire que je suis affecté dans un lycée, à XXXX (95). Une fois rentré sur Toulouse, j’effectue des recherches sur cet établissement via internet. Je trouve des articles de la presse traitant de faits liés à ce lycée (racisme anti-blancs, émeutes entre lycéens, agressions envers un professeur, jets de flashball..). Apeuré, je téléphone au lycée en question pour leur dire que je ne suis plus à Paris et que je ne me sens pas en mesure de faire la rentrée.

 

 

 

A lire également cet autre témoignage.

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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commentaires

Gensane 26/09/2014 12:47

Savez-vous lire, HN ? Ce jeune Toulousain a bel et bien le Capes. Il est affecté, non seulement dans une zone pourrie, mais en plus comme titulaire remplaçant.

HN 26/09/2014 13:14

OK, le statut du jeune homme était peu clair dans le texte, merci donc pour la précision. Tout de même, avec son profil, on fait ses armes à la campagne, ou simplement en province, où l'écrasante majorité des enseignants officie, et où nul ne donnerait sa place, tant ils aiment le métier. Seuls les parents d'élèves sont une plaie

HN 26/09/2014 12:38

Ce jeune Toulousain sans concours, sans expérience et sans argent, aurait dû savoir que sa place n'était pas en Ile de France, où les loyers sont hors de prix, où les collèges en zones sensibles sont infréquentables. Sa place est dans un collège peinard de campagne, et ils sont légion. Ce récit misérabiliste doit être pris avec une louche de sel et les nuances qui s'imposent.

Lyonnais 26/09/2014 11:03

On trouve l' explication de cette gabegie ici :

http://www.legrandsoir.info/OCDE-et-en-plus-ils-l-ecrivent.html

et évidemment là :

http://www.oecd.org/dataoecd/24/23/1919068.pdf


avec ce passage savoureux concernant l'Education Nationale :

"Pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement,
il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’ élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population.

Si les analyses sur de larges échantillons ont montré une relation entre ces mesures d’austérité et les grèves, les études de cas nous ont aussi montré qu’il existe une marge de manoeuvre pour un gouvernement, qui a été exploitée avec
succès dans certains pays comme le Maroc ou la Côte d’Ivoire. Les salaires nominaux peuvent être bloqués (ce qui allège rapidement la masse salariale en termes réels si le taux d’inflation atteint 7 ou 8 pour cent) ; on peut ne
pas remplacer une partie des salariés qui partent en retraite ; ou bien l’on peut supprimer des primes dans certaines administrations, en suivant une politique
discriminatoire pour éviter un front commun de tous les fonctionnaires.

Évidemment, il est déconseillé de supprimer les primes versées aux forces de l’ordre dans une conjoncture politique difficile où l’on peut en avoir besoin.

Quelques précautions sont souhaitables. Cette réforme ne devrait tout d’abord pas coïncider avec un programme de stabilisation, car la coalition des opposants serait très dangereuse, avec la conjonction de manifestations de masse et de grèves dans des secteurs clés. Ensuite, il ne faut pas acculer ces salariés au désespoir en les licenciant purement et simplement. Des fonds de reconversion sont indispensables pour les réinsérer. Enfin, il est souhaitable, dans un premier temps, d’exclure de la réforme les secteurs stratégiques comme l’énergie ou les
transports, quitte à prendre des mesures plus tard, dans une conjoncture politique et économique meilleure."

Bien sûr l'OCDE n' a pas manqué de rétorquer que ce rapport ne l'engageait en rien mais alors quelle coïncidence extraordinaire si toutes les propositions qu'il contient sont appliquées tous les jours sous nos yeux, la réforme Peillon des rythmes scolaires en étant un exemple parfait !

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