17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 15:54

Pierre Verhas, après Le Monde, met en regard l'accident dramatique du car belge avec l'affaire Dutroux.


Le terrible accident de Sierre suscite en Belgique une émotion considérable. Une cinquantaine de pères et de mères ne riront plus jamais et bien des grands parents n’auront plus de joie de vivre. La perte d’enfants est la pire blessure.

 

Fallait-il une fois de plus que les médias en rajoutent ? N’est-il pas indécent de voir ces journalistes harceler des parents, des témoins, des secouristes en leur posant des questions stupides ? À l’indicible, il n’y a pas de réponse. Ils le savent bien, mais ils ne s’arrêtent jamais.

 

Est-ce l’événement qui mobilise les médias ou ceux-ci exploitent-ils cette tragédie pour se mettre eux-mêmes à l’avant de la scène de cette sinistre comédie humaine ? La dictature de l’audimat ne pousse-t-elle pas les chaînes de télé publiques comme privées à l’excès afin d’être « le premier » ? On imagine aisément les dirigeants de ces sociétés audiovisuelles se précipiter le lendemain sur les chiffres d’audience afin d’empocher les dividendes de l’émotion.

 

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N'est-ce pas indécent d'exploiter l'émotion ? Ici les enfants de Lommel

 

 

La « Libre Belgique » critique vertement le correspondant belge du journal « Le Monde » qui a mis en parallèle les émotions suscitées par l’affaire Dutroux, par les affaires de pédophilie dans l’Eglise catholique et la catastrophe de Sierre. On touche aux enfants et le Belge ne le supporte pas.

 

Où est le scandale ? Lisez plutôt : « Sidérée par le bilan de l'accident, la population est d'autant plus impressionnée qu'une grande majorité d'enfants figurent parmi les victimes. Après les terribles révélations, consignées dans un rapport officiel, sur les actes de pédophilie commis au sein de l'Eglise catholique durant des décennies mais, surtout, depuis l'affaire Marc Dutroux, les Belges ont une sensibilité à fleur de peau.

 

Les multiples disparitions de très jeunes filles organisées par le tueur pervers durant les années 1990 ont engendré un traumatisme durable dans le royaume. Par sa durée, la cruauté des révélations qu'elle a apportées et, surtout, la prise de conscience que la justice et la police étaient, à l'époque, incapables de protéger les plus faibles, cette affaire n'a pas fini d'impressionner. Et chaque accident impliquant des enfants ravive désormais les plaies mal cicatrisées des Belges. »

 

Cette analyse est pertinente. L’émotion – bien compréhensible – est cependant mauvaise conseillère. Les médias ne cessent de l’attiser empêchant ainsi de prendre les décisions les plus adéquates.

 

L’affaire Dutroux a désorganisé la Justice et accouché d’une réforme des polices qui n’a fait que renforcer le pouvoir d’une gendarmerie, véritable Etat dans l’Etat, au service de la classe dirigeante. L’émotion populaire, certes compréhensible, fut aveuglante et les cyniques en ont tiré parti.

 

Tout est fait pour étouffer les graves déviances de l’Eglise catholique qui ont fait des centaines de victimes. Là aussi, l’émotion fut exploitée pour éviter les réponses gênantes. Comme dans l’affaire Dutroux, ce furent des magistrats qui se retrouvèrent au banc des accusés. Ah ! Comme il est bon d’accuser un juge ! Mais la vérité, elle, ne figura pas à la barre.

 

Pour en revenir à Sierre, personne n’a posé la question des dangers du « tout à la route » qui provoque tant de drames. Les cyniques vous renvoient dans les ténèbres de la ringardise. Les médias vous noieront dans l’émotion, dans leurs plus sordides intérêts. Et les choses suivront leur cours habituel.

 

La cupidité qui guide ce monde continue à se draper dans l’indécence. Ainsi, la raison sera une fois de plus vaincue.

 

http://uranopole.over-blog.com/

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Published by Bernard Gensane - dans Tranches de vie
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