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21 février 2014 5 21 /02 /février /2014 06:12

Une nouvelle série !

 

2,6 milliards de personnes dans le monde ne disposent pas de vraies toilettes. Ils doivent faire dehors ou se contenter d’endroits insalubres, sans eau courante. On peut parler de « crise sanitaire globale », au point que l’année 2008 a été déclarée « année internationale de l'assainissement » par les Nations unies.

 

La langue française étant, dans ce domaine en particulier, riche, multiple, variée et fleurie, on a le choix pour parler de ce qu’on dénommait par euphémisme, dans mon enfance petite-bourgeoise, des lieux d’aisance : latrines, toilettes, W.C., water-Closets, cabinets, pipi-room, pissodrome, lavabos. Et puis chiottes, gogues, goguenot, cagouinces.

 

Dans l’acception qui nous intéresse, le mot toilette (s) est apparu au XVIIème siècle. Avant cela, une toilette était une table couverte de dentelle agrémentée d’un miroir. Apparurent alors des expressions telles « salle de toilette », « cabinet de toilette ». Les Québécois utilisent indifféremment la ou les toilettes.

 

Les cabinets désignaient toute pièce de la maison, plus retirée que les autres (espagnol : retretes), avec le sens de cabinet d’aisance. On alla au petit coin, « là où le roi va seul » (là où tu ne peux pas aller à ma place). Water closet (WC) n’est guère usité en Angleterre. Nos voisins préfèrent toilet, toilets, rest room (salle de repos), wash room (salle pour se laver) et bathroom (salle de bain). Les Allemands, qui ont depuis longtemps démissionné face à leurs responsabilités langagières, disent die Toilette. Das Klo est l’équivalent de chiottes, en un peu moins vulgaire.

 

Dans l’anglais populaire, on va to the loo. Personne n’est d’accord quant à l’origine de cette expression. Ce pourrait être une déformation de « regardez l’eau », gardy loo, quand on jetait le contenu de son pot de chambre par la fenêtre. Un échange de bons procédés puisque nous utilisons le mot water. Loo pourrait être une déformation du mot « lieu ». Enfin, ce pourrait être un jeu de mots à partir de « Waterloo ».

 

La première chasse d’eau fut inventée par un des 102 filleuls d’Elisabeth I en 1592. John Harrington était un dramaturge rabelaisien. Pour décrire son invention, il écrivit un petit traité : The Metamorphosis of Ajax.

 

En Allemagne, les toilettes sont généralement à fond plat. Les matières tombent sur un palier sec, non immergé, ce qui évite les éclaboussures et peut permettre des recherches – à vue de nez, certes – (et oui, ça pue) d’éventuels problèmes dans les feces.

 

Les Aztèques utilisaient des toilettes publiques faites de roseaux. Les déjections étaient récupérées pour servir dans la tannerie.

 

En Grande-Bretagne, pour dire qu’on va soulager sa vessie dans une toilette publiques, on dit qu’on va « dépenser un sou » (spend a penny).

 

Le très délicat poème poème “ Le petit endroit ” :

 

Vous qui venez ici dans une humble posture,


Débarrasser vos flancs d'un importun fardeau,


Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature


Et déposé dans l'urne un modeste cadeau,


Épancher dans l'amphore un courant d'onde pure,


Puis, sur l'autel fumant, placer pour chapiteau


Le couvercle arrondi dont l'auguste jointure


Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau.

 

n’est pas d’Alfred de Musset mais d’Emmanuel Arago qui l’écrivit pour son ami Maurice Sand qui l’adressera à sa mère George Sand, auprès de laquelle il passera toute son existence. Scato et œdipien, le Momo.

 

Des toilettes (1)

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Published by Bernard Gensane - dans culture
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commentaires

Gensane 23/02/2014 22:30

J'emménage à Lyon vers la mi-mars. J'habiterai juste à côté du métro Garibaldi.
Une nouvelle vie. À mon âge...

Adario 23/02/2014 13:36

Merci ! Question tout aussi matérielle : j'ai cru comprendre que vous alliez bientôt être Lyonnais. Je vous souhaite séjour fructueux et vie agréable à Lyon, ville que, pour raisons personnelles et douloureuses, j'ai beaucoup aimée (particulièrement le quartier St Jean). Au début des années 1980, j'y ai "pris" le premier métro automatique... Lyon, depuis le XVIe siècle toujours rivale culturelle de Paris, avec Maurice de Scève et la délicieuse Louise Labé :

On voit mourir toute chose animée,
Lors que du corps l'âme subtile part :
Je suis le corps, toi la meilleure part :
Où es-tu donc, ô âme bien aimée ?

Ne me laissez pas si longtemps pâmée :
Pour me sauver après viendrais trop tard.
Las ! ne mets point ton corps en ce hasard :
Rends-lui sa part et moitié estimée.

Mais fais, Ami, que ne soit dangereuse
Cette rencontre et revue amoureuse,
L'accompagnant, non de sévérité,

Non de rigueur, mais de grâce amiable,
Qui doucement me rende ta beauté,
Jadis cruelle, à présent favorable.

Ah ! "si jeunesse savait, si vieillesse pouvait". Bon dimanche à vous... toutes et tous.

Gensane 22/02/2014 18:50

Non, sur Sand, vous en savez cent fois plus que moi. Le meilleur spécialiste irlandais de Sand est Nigel Harkness, un vieil ami. Il a écrit The Poetics of Masculinity in G. Sand's fiction.
Lorsque je suis arrivé en Afrique en 1976, une des premières questions que je me suis posée fut : dans les villages, comment se torchent-ils, puisqu'ils n'ont peut-être pas les oisillons de Rabelais ? Avec des feuilles, genre bananier. Question subsidiaire : où font-ils ? Partout où ils peuvent se retirer. Les Africains sont très pudiques.

Adario 22/02/2014 16:52

Je n'avais pas eu le temps de lire ! Tautologie fulgurante : les "chiottes" sont indispensables car on ne peut pas s'en passer et vous soulevez un problème crucial à savoir que même ça est un indicateur de richesse ou de pauvreté !

S'il y a un bon exemple du complexe d'Oedipe (ce que Freud peut nous courir avec cette théorie et le reste d'ailleurs !), effectivement Maurice Sand le représente bien. Indolent mais du talent peu et mal exploité, il est le "fifils à maman" par excellence. Bizarre, il est souvent tombé amoureux des amies que sa mère affectionnait (Pauline Viardot par exemple) et s'est marié sur le tard. Scato ! Oui, avec Dumas fils, Emmanuel Arago (le fils de François) le gros Marchal et Cie, les dîners à Nohant étaient emplis de plaisanteries stercoraires, je crois que c'est Dumas qui le souligne...
terrible quand on lit que Sand est morte des suites de "l'atonie de ses organes" comme l'écrivait pudiquement un ami Henry Harrisse d'origine américaine. Elle a fait une occlusion, ce qui fait atrocement souffrir, vraisemblablement conséquence d'un cancer digestif.
A sa mort, en accueillant Henry Harrisse, Maurice lui aurait dit : « C’est plus que la moitié de moi-même que je perds. » Un commentaire ?

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